- il y a 9 heures
Au G7 de Biarritz, le président français s’est présenté comme un artisan de la lutte contre le dérèglement climatique. Bras de fer avec le Brésil sur la gestion des incendies en Amazonie, appel à la réduction de la vitesse des navires marchands, pour limiter les émissions de gaz à effet de serre… Mais qu’a-t-il fait concrètement, depuis son arrivée à l’Elysée en mai 2017 ? Cet épisode est raconté par deux journalistes du Parisien : Valérie Hacot, du service politique et Frédéric Mouchon, spécialiste environnement. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Clara Garnier-Amouroux - Production : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian - Archives : RMC, BFM TV, M6, France Inter
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Emmanuel Macron est-il si vert qu'il le prétend ?
00:14Au G7 de Biarritz, le président français s'est présenté comme un artisan de la lutte contre le dérèglement climatique.
00:19Bras de fer avec le Brésil sur la gestion des incendies en Amazonie,
00:23appel à la réduction de la vitesse des navires marchands pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.
00:28Mais qu'a-t-il fait concrètement depuis son arrivée à l'Elysée en mai 2017 ?
00:33C'est ce que nous racontent aujourd'hui dans CodeSource deux journalistes du Parisien,
00:37Valéry Hacot du service politique et Frédéric Mouchon, spécialiste environnement.
00:46Le 1er juin 2017, Emmanuel Macron est à l'Elysée depuis moins d'un mois.
00:50Il réagit au retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat quelques heures plus tôt.
00:54Je considère qu'il commet là une erreur pour les intérêts de son pays et de son peuple
01:01et une faute pour l'avenir de notre planète.
01:05Frédéric Mouchon, racontez-nous ce moment.
01:07C'est un moment important et fondateur pour Emmanuel Macron
01:10parce que la décision de Donald Trump de se retirer de l'accord de Paris a été un vrai séisme
01:14dans tout le monde.
01:15Ça intervenait suite à l'accord de Paris obtenu à la COP21.
01:18Et pour Emmanuel Macron, c'est l'occasion de reprendre la main et de devenir à l'international
01:24le responsable qui va lutter contre le réchement climatique et qui s'oppose à Donald Trump.
01:41Avec cette formule donc, make our planet great again.
01:44Expliquez-nous un peu là, en quelques mots, d'où ça vient ?
01:46C'est un pied de nez justement à Donald Trump qui lui, sur sa campagne,
01:50avait lancé la formule make America great again.
01:54Emmanuel Macron invente cette nouvelle formule,
01:56make our planet great again, qui tout de suite a un succès mondial.
01:59Qu'est-ce qu'il cherche à faire à ce moment-là ?
02:00Il cherche vraiment à reprendre la main et à devenir un peu le leader international
02:05de la lutte contre le réchauffement climatique.
02:08Et il invite même les scientifiques américains à venir en France
02:11pour travailler sur des études autour du climat.
02:19Valéria Co, à cet instant, est-ce qu'Emmanuel Macron est en phase avec ce qu'il avait promis quand
02:23il était candidat ?
02:24Alors, le candidat Emmanuel Macron à la présidentielle avait promis effectivement une enveloppe globale de 15 milliards d'euros pour
02:29la transition écologique,
02:31avec quelques mesures phares, comme la réduction de la part du nucléaire à 50% d'ici à 2025,
02:36des mesures un petit peu plus cosmiques, un petit peu moins précises,
02:40comme notamment la cohabitation entre les hommes, les loups et les ours, des trucs un petit peu plus confettis.
02:46Mais ce qu'il faut quand même retenir, c'est qu'Emmanuel Macron, c'est pas forcément un écologiste dans
02:51l'âme.
02:51Il a verdit son programme en cours de route, ce n'est qu'au mois de février qu'il a
02:55commencé à avoir des propositions précises,
02:58notamment parce qu'il s'est rendu compte que c'était un point faible par rapport à certains autres,
03:03comme Dida, comme Benoît Hamon, qui en avait fait une priorité.
03:05Et donc ses équipes de campagne lui ont dit, il va falloir muscler tout ça.
03:17Bonsoir à tous, dans l'actualité ce soir, la composition du premier gouvernement du quinquennat,
03:2122 ministres et secrétaires d'État, 11 hommes, 11 femmes, une tête d'affiche parmi les nouveaux visages,
03:27Nicolas Hulot est nommé numéro 3 en charge de la transition écologique.
03:31Le 17 mai 2017, Nicolas Hulot arrive au ministère de l'Écologie, Nicolas Hulot une personnalité très populaire.
03:37C'est même la personnalité qui incarne le plus l'écologie depuis des années,
03:41les gens le connaissaient parce qu'il avait présenté l'émission au Chouaïa,
03:44mais après, rapidement, il s'est engagé dans ses combats écologiques au point de fonder une fondation.
03:48Et il est connu en France pour ses combats écologiques, notamment depuis 2007,
03:53lorsqu'il avait engagé les candidats à l'élection présidentielle à signer son pacte écologique,
03:57où il demandait notamment la création d'un vice-premier ministre chargé de l'écologie.
04:01Pourquoi sa nomination est importante ?
04:03Parce que Nicolas Hulot, c'est un symbole très fort.
04:05C'est un symbole très fort parce que tous les précédents présidents de la République,
04:09de Chirac, en passant par Sarkozy et jusqu'à Hollande, ont essayé d'enrôler Nicolas Hulot.
04:14Qu'il n'a jamais voulu.
04:15Et le seul qui a réussi à le convaincre, qui a réussi à le séduire, c'est Emmanuel Macron.
04:19Et Nicolas Hulot va rapidement se rendre compte qu'on ne va pas lui faciliter le travail à son ministère.
04:23C'est compliqué.
04:24Il s'aperçoit qu'en fait, beaucoup d'arbitrages sont perdus.
04:27Rapidement, il est obligé d'annoncer aux Français que la part du nucléaire ne sera pas réduite d'ici 2025,
04:33mais qu'il faudra 10 ans pour le faire.
04:35Si on veut réaliser cet objectif d'ici 2025, il faudrait fermer entre 17 et 25 réacteurs d'ici 2025.
04:42On peut s'obstiner.
04:43Impossible.
04:45Impossible sauf quoi ?
04:46A ne pas tenir compte des conséquences sociales.
04:48A renier tous nos engagements climatiques.
04:51Nicolas Hulot, lui, était pour l'interdiction du glyphosate inscrit dans la loi.
04:55Le Parlement dit non.
04:57Ce qui est très mal vécu par les associations écologistes.
05:00Ce qu'il y a aussi, c'est que Nicolas Hulot se révèle ne pas être le ministre le plus
05:03investi du gouvernement.
05:05Notamment, il a un petit peu marqué les esprits lors d'un séminaire gouvernemental
05:09où tout le gouvernement au grand complet était présent.
05:11C'était un dimanche.
05:13Nicolas Hulot ne vient pas.
05:14Et la réponse qu'il donne à Edouard Philippe, c'est le dimanche, on se repose.
05:18C'est une anecdote, mais ça en dit long aussi sur le peu d'investissement parfois de Nicolas Hulot à
05:24son ministère.
05:24En janvier 2018, le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique est abandonné.
05:29C'est la grande victoire, on va dire, que l'on peut mettre au crédit de Nicolas Hulot.
05:33Cela dit, si on est objectif, c'est une victoire, mais ce n'est pas un projet qui se fait.
05:38C'est un projet qui ne se fait pas.
05:39Et ne pas le faire, c'était à la fois une décision écologique, mais qui répondait aussi à des notions
05:45d'ordre public.
05:46Donc finalement, cette mesure lui a été portée à son crédit.
05:48Mais voilà, ce n'est pas une mesure écologique qui changera les choses.
05:51Je vais prendre pour la première fois la décision la plus difficile de ma vie.
05:55Le mardi 28 août 2018, il y a donc tout juste un an, Nicolas Hulot démissionne en direct sur France
06:00Inter.
06:01Et donc je prends la décision de quitter le gouvernement.
06:03C'est une scène que l'on n'a pas l'habitude de voir en fait.
06:07Donc ça se passe à France Inter.
06:09Le ministre, elle est larme aux yeux, on le sent vraiment ému.
06:12Il a du mal à parler et il annonce contre toute attente qu'il démissionne.
06:17Vous êtes sérieux ?
06:18Oui, je suis sérieux.
06:20Je tiens à préciser que vous ne l'aviez absolument pas dit avant de rentrer dans ce studio.
06:25Bien au contraire.
06:27C'est la décision la plus douloureuse.
06:29Et le plus fou dans cette histoire, c'est que Nicolas Hulot n'a prévenu personne.
06:33Alors, ni Emmanuel Macron, ni Édouard Philippe, ni même non plus ses plus proches collaborateurs
06:39qui sont dans le studio avec lui, qui l'ont accompagné,
06:42qui sont ses collaborateurs qu'il conseille sur sa stratégie média.
06:45Il n'en a parlé à personne.
06:47Pourquoi est-ce qu'il démissionne ?
06:49Il démissionne parce qu'il en a sans doute assez de perdre tous ses arbitrages.
06:53Il est en permanence en combat avec notamment le ministre de l'Agriculture.
06:58Sur le glyphosate, il a perdu ses arbitrages.
07:01Sur beaucoup de dossiers emblimatiques, il a l'impression de ne jamais peser.
07:05Et il a l'impression qu'il y a beaucoup de pesanteurs.
07:07Il parle d'une politique des petits pas, alors que lui a beaucoup plus d'ambition.
07:11Mais vous croyez que la situation climatique s'accommode des petits pas ?
07:17Vous croyez que l'état de la planète s'accommode des petits pas ?
07:19Vous croyez que les inégalités qui s'exposent dans un monde qui aujourd'hui est connecté
07:23s'accommode des petits pas ?
07:24Mais ça fait 40 ans qu'on s'accommode des petits pas, c'est pour ça qu'on est dans
07:28une situation qui nous dépasse.
07:30Et souvent on me disait, t'es content ? On a fait ce que tu as demandé.
07:34Et moi c'est pas ça que j'avais envie d'entendre.
07:37J'avais pas envie d'entendre qu'on fasse des choses pour me faire plaisir.
07:40J'avais envie d'entendre qu'on faisait des choses parce qu'on avait compris la gravité de la situation.
07:44Il a l'impression que ce gouvernement n'a pas pris la mesure du changement que lui attend en matière
07:48d'écologie.
07:49Pourquoi il démissionne à ce moment-là ?
07:51Alors ce qu'on raconte c'est que la veille de l'annonce de sa démission,
07:55il y avait une réunion avec les responsables de la chasse.
07:58Et qu'à cette réunion, il est tombé sur une personne qui est considérée comme le lobbyiste en chef de
08:03la chasse,
08:04un certain Thierry Coste, et qu'il est sorti de ses gonds, que ce Thierry Coste n'était pas censé
08:08être invité.
08:09Et il s'est dit, ben voilà, on m'a encore fait un coup dans le dos.
08:12Politiquement, c'est un coup dur pour Emmanuel Macron ?
08:14C'est vraiment ce qui marque le début des ennuis pour Emmanuel Macron.
08:18C'est la rentrée 2018, et là c'est la catastrophe.
08:21Il perd le ministre le plus populaire de son gouvernement,
08:24dans un gouvernement où en prime, personne ne connaît vraiment les ministres.
08:27Donc Nicolas Hulot, c'est le seul qui vraiment existe.
08:29Il le perd sans s'y attendre du tout.
08:32Donc il n'a aucun plan B de surcroît.
08:35En termes de crédibilité politique sur la question de l'écologie, il perd sa meilleure carte.
08:41Que fait Emmanuel Macron pour essayer de remplacer Nicolas Hulot ?
08:44Sa difficulté, c'est que comme il n'a pas de plan B, il est obligé un petit peu d
08:49'aller regarder partout ailleurs.
08:50Alors la première idée qu'il vient, c'est Daniel Cohn-Bendit, qui est un très très proche d'Emmanuel
08:54Macron,
08:55qui incarne aussi l'écologie.
08:57Mais Daniel Cohn-Bendit, il n'a pas du tout envie d'aller au gouvernement.
09:00Il dit d'ailleurs lui-même dans les médias qu'il n'ira pas,
09:02ce qui n'est pas très très fréquent dans ce genre de situation.
09:06Finalement, on s'oriente vers la solution qui semble la moins polémique,
09:11c'est la nomination de François de Rugy.
09:12A l'époque, il est président de l'Assemblée Nationale.
09:15François de Rugy, qui historiquement est un des cadres d'Europe Écologie-Les Verts,
09:19il est écolo.
09:20Et puis il y a aussi un autre avantage, c'est que Richard Ferrand,
09:24qui est un autre proche d'Emmanuel Macron,
09:26a des visées sur la présidence de l'Assemblée Nationale.
09:29Et donc la nomination de François de Rugy a aussi cet avantage de libérer la place pour Richard Ferrand.
09:33François de Rugy succède à Nicolas Hulot,
09:35ils ont tous les deux des personnalités bien différentes.
09:37Autant Nicolas Hulot est flamboyant,
09:40c'est une personnalité médiatique très connue,
09:42mais finalement qui n'est pas du tout dans le monde politique.
09:45Autant François de Rugy, il est dans le monde politique depuis des années,
09:48c'est quelqu'un qui connaît parfaitement les rouages de l'Assemblée Nationale
09:50et qui a un côté aussi assez opportuniste.
09:53Par exemple, lors de la primaire socialiste à laquelle il a participé,
09:56il avait été très critique sur le programme écologiste de Macron
09:59en disant qu'en gros il n'y avait rien.
10:01Et rapidement, lorsqu'il a perdu la primaire,
10:03il s'est rallié à Emmanuel Macron.
10:04J'espère que vous ne soupçonnez quand même pas Emmanuel Macron
10:07de faiblesse sur ce sujet, notamment vis-à-vis de Donald Trump.
10:10Il a été le premier dirigeant occidental,
10:12il a pris la tête d'ailleurs,
10:13il a un leadership sur l'écologie dans le monde.
10:24Dès l'automne 2018, la contestation des Gilets jaunes balaie la première mesure
10:28qu'aurait dû défendre le nouveau ministre de l'écologie.
10:31L'augmentation de la taxe carbone, elle est abandonnée.
10:34Frédéric Mouchon, rappelez-nous ce que c'était.
10:36La taxe carbone, c'est un dispositif qui a été mis en place en France en 2014,
10:39qui consiste à taxer notamment les carburants,
10:41en l'occurrence l'essence et le diesel,
10:43pour inciter les Français à moins polluer.
10:46La taxe carbone qui existe toujours,
10:47mais donc son augmentation a été abandonnée.
10:50Valérie Hacot, le gouvernement n'avait pas le choix ?
10:52Le gouvernement s'est retrouvé au pied du mur.
10:54Ensuite, ils ont pris beaucoup de temps avant de réagir.
10:56C'est-à-dire que le mouvement des Gilets jaunes par le 17 novembre,
10:59et cette taxe s'est finalement abandonnée le 5 décembre seulement.
11:03Au départ, ils étaient droits dans leur botte,
11:06ils étaient convaincus que c'était un mouvement qui n'aurait pas beaucoup d'impact
11:09et qu'ils avaient raison de faire cette augmentation de la taxe carbone.
11:12Et puis très vite, ils se sont rendus compte que ça ne tiendrait pas.
11:15Ça n'a pas été simple non plus, parce que ça a été par étapes.
11:18C'est-à-dire qu'Edouard Philippe a d'abord annoncé un moratoire,
11:22puis même devant les parlementaires à l'Assemblée nationale, une suspension.
11:27Ça c'était, si ma mémoire est bonne, le 4 décembre.
11:30Et quelques heures plus tard, l'Elysée est obligée de corriger le tir
11:32en envoyant un communiqué à tous les journalistes pour dire
11:34« Non, non, ce n'est pas une suspension,
11:36mais c'est bel et bien un abandon définitif de la hausse de la taxe carbone. »
11:39À partir du début de l'année 2019, les manifestations pour le climat s'intensifient.
11:44Les politiques, ils n'agissent pas, ils ne font rien pour le climat.
11:47Et c'est absolument aberrant en 2019.
11:49C'est pour ça qu'il y a une urgence vraiment climatique.
11:51Et si on ne change pas les choses maintenant, ce n'est pas demain qu'on va les changer.
11:54Oui, elles s'intensifient et elles sont représentées ou symbolisées par une jeune Suédoise
11:58qu'on connaît tous maintenant, qui s'appelle Greta Thunberg,
12:01qui incitait les enfants et les adolescents à faire grève pour le climat tous les vendredis.
12:05Et ce mouvement prend une ampleur mondiale.
12:07Et on voit aux côtés des manifestations des Gilets jaunes,
12:10parfois le même jour dans les rues de Paris et d'autres villes en France,
12:13des dizaines de milliers de jeunes faire grève pour le climat.
12:16Comment réagit Emmanuel Macron, Valérie Ako ?
12:19Emmanuel Macron, il prend la mesure de cette attente d'écologie de la part de l'opinion.
12:24Il en prend d'autant mieux la mesure qu'il a lancé depuis le mois de janvier
12:28une initiative qui s'appelle le Grand Débat.
12:30Et durant le Grand Débat, c'est quand même un des sujets qui revient le plus.
12:36Donc il se rend compte qu'il ne peut pas rester sans réponse.
12:39Alors il annonce des mesures assez concrètes au mois de mai.
12:42Il annonce la création d'un conseil de défense écologique.
12:45Alors c'est quoi un conseil de défense écologique ?
12:48C'est une espèce de structure qui réunit le président de la République,
12:51le Premier ministre, beaucoup de ministres,
12:53le tout pour coordonner l'action de l'État en matière de transition écologique,
12:57avec des résultats tangibles attendus.
12:59Il crée aussi sur le modèle du Grand Débat des assemblées citoyennes,
13:02qui ne sont pas encore mises en œuvre mais qui devraient l'être incessamment sous peu,
13:05où 150 citoyens tirés au sort pourront amener des propositions
13:10et des solutions en matière écologique.
13:12Il vient avec des solutions concrètes parce qu'il a bien compris
13:15que c'était un sujet qui allait compter dans l'opinion.
13:18Politiquement, qu'est-ce qu'il fait à l'approche des élections européennes ?
13:20Politiquement, il se dit que le sujet de l'écologie,
13:23il ne peut pas faire l'impasse pour les élections européennes.
13:26Donc il nomme une tête de liste relativement classique,
13:29Nathalie Loiseau, une ancienne ministre,
13:31et en tandem, il décide de faire venir Pascal Canfin.
13:35Pascal Canfin, c'est qui ?
13:36C'est un ancien ministre de François Hollande.
13:37Il était, jusqu'à ce qu'il devienne candidat pour les élections européennes, patron du WWF.
13:43C'est un écologiste.
13:45Il peut incarner ce côté vert aux côtés de Nathalie Loiseau.
13:48Ce qu'ils espèrent, c'est de pouvoir capter l'électorat écolo.
13:51Élections européennes 2019.
13:54Matinale spéciale sur France Inter.
13:57Et cette matinale spéciale démarre avec la tête de liste Europe Écologie.
14:01Bonjour Yannick Jadot.
14:02Bonjour.
14:02Les derniers sondages, vous donnez au tour de 9, vous finissez, dernier pointage, à 13,5.
14:08Paris gagné, donc pour vous, êtes-vous heureux ce matin, je l'imagine ?
14:12Absolument, absolument, c'était l'objectif.
14:14Et le 26 mai, Europe Écologie Les Verts termine 3ème avec 13,5% des suffrages.
14:19Et ça, c'est un petit peu la surprise du scrutin, parce que personne ne les avait vus venir.
14:23Et donc là, Emmanuel Macron, il va encore plus fort.
14:26Clairement, l'écologie, il ne peut pas faire sans.
14:28Et ça tombe bien, parce qu'il est en train de lancer ce qu'on appelle l'acte 2 du
14:31quinquennat.
14:32Et parmi les priorités de cet acte 2 du quinquennat, il met en tête de liste, en tête de gondole,
14:38l'écologie.
14:39Ça, on s'en rend compte tout de suite, parce que début juin, quand le Premier ministre fait son discours
14:43de politique générale devant l'Assemblée,
14:45le discours qui va relancer la nouvelle politique du gouvernement,
14:49il explique que pour les prochains mois, pour les prochaines années, la transition écologique va être au cœur du projet
14:54du gouvernement.
14:54Ce qu'il annonce, ce n'est pas non plus une révolution.
14:57Il revendique d'ailleurs à Matignon le fait que ce ne soit pas une écologie spectaculaire,
15:02parce qu'Edouard Philippe, il annonce quoi ? Il annonce des trucs comme l'interdiction du plastique,
15:07c'est-à-dire des gobelets, des pailles, etc.
15:10Une écologie de petits pas, encore une fois.
15:12En juillet 2019, près d'un an après la démission de Nicolas Hulot, nouveau coup de théâtre,
15:18François de Rugy est dans l'œil du cyclone, mis en cause pour des dîners privés organisés aux frais du
15:23contribuable
15:23quand il était président de l'Assemblée nationale.
15:26Le 16 juillet, il démissionne, 11 mois seulement après son arrivée, et son bilan est maigre.
15:31Oui, son bilan est maigre parce que déjà, pendant des mois, il y a eu la crise des Gilets jaunes,
15:36ce qui fait que toutes les mesures ont été gelées pendant cette crise.
15:40Et en fait, il s'est contenté d'annoncer des mesures qui étaient déjà dans les tuyaux
15:43ou déjà décidées par Nicolas Hulot ou par Emmanuel Macron.
15:46La fermeture de centrales à charbon, la préparation du projet de loi énergie-climat,
15:50mais qu'il n'aura même pas l'occasion de défendre puisqu'il sera présenté et voté normalement à la
15:55rentrée.
15:56Dernière mesure emblématique, symbolique, on va dire, mais qui était soutenue par Nicolas Hulot,
16:00c'est la réintroduction de deux ours dans les Pyrénées.
16:03Mais encore une fois, lui n'était pas responsable de cette mesure puisqu'elle avait été décidée bien avant.
16:11Après la démission de François de Rugy, Emmanuel Macron confie le portefeuille de l'écologie à la ministre des Transports.
16:17Elisabeth Borne, pourquoi ?
16:19Elle est depuis longtemps dans les ministères ou dans les coulisses des ministères.
16:23Elle a été directrice de cabinet de Ségolène Royal, elle a été préfète, elle a été ministre des Transports,
16:30elle a été en charge de la réforme de la SNCF qui s'est plutôt bien passée.
16:35Donc finalement, c'est un profil un peu technocrate, un peu technicienne, mais sérieuse, qui bosse ces dossiers, qui ne
16:40fera pas de vagues.
16:41Effectivement, c'est vraiment peut-être ce qui la distingue de Nicolas Hulot, enfin pas la seule chose,
16:45mais ce qui la distingue, c'est que c'est une énorme bosseuse Elisabeth Borne,
16:49à tel point que dans ses précédents postes, dans mon souvenir c'était à la RATP notamment, elle a été
16:54patronne de la RATP,
16:55son surnom c'était Born Out, comme le Burn Out, à savoir l'épuisement des salariés.
17:01Et elle est connue effectivement pour sa capacité de travail énorme qui épuie ses collaborateurs.
17:05Dans son cabinet au transport, il y a eu énormément de démissions parce qu'une partie des collaborateurs ne tenait
17:09plus le choc.
17:10Quand elle est nommée le 17 juillet 2019, elle ne conserve pas le rang de ministre d'État qu'avaient
17:17Nicolas Hulot et François de Rugy,
17:18un titre protocolaire qui donne du poids aux ministres. Est-ce que c'est un mauvais signal ?
17:23Pour les associations, c'est un mauvais signal parce que Nicolas Hulot, non seulement c'était une personnalité,
17:28mais qui pouvait s'exprimer librement dans les médias, mais qui avait aussi, avec ce titre de ministre d'État,
17:33rend de ministre un peu supérieure aux autres. Elle maintenant, elle fait partie des ministres, comme tous les autres,
17:39pas plus importante que les autres.
17:41Et pour Emmanuel Macron, c'était aussi un choix simple.
17:43C'est la solution de facilité parce qu'Elisabeth Borne, depuis le début du quinquennat, est ministre des Transports.
17:48Les Transports, ça fait partie du même ministère que l'écologie.
17:52Donc elle connaît bien la maison.
17:54Donc c'est pour ça qu'elle s'est imposée.
17:56Certains se demandent si c'est d'ailleurs pas une ministre par intérim,
17:59le temps qu'on trouve quelqu'un d'un petit peu plus prestigieux.
18:01On verra ça dans les prochaines semaines.
18:04Comment Elisabeth Borne est-elle perçue par les écologistes ?
18:08Les écologistes se disent que c'est quelqu'un qui travaille ses dossiers,
18:12qui connaît bien ses dossiers, mais plus sur les transports.
18:14Dans des plaises aux détracteurs de l'avion, je préfère une petite ligne aérienne
18:18qui désenclave rapidement et efficacement à la construction de très grandes infrastructures
18:24de lignes à grande vitesse, à la fois lointaines et coûteuses,
18:27et dont le bilan carbone ne serait d'ailleurs pas des plus évidents.
18:31En matière d'écologie, contrairement à Hulot, qui en faisait presque une religion et un mode de vie,
18:37elle, on ne sent pas que c'est quelque chose qui l'anime.
18:40C'est une femme de dossier, mais ce n'est pas une écologiste de cœur.
18:46On le disait au début de cet épisode, au G7, le week-end dernier à Biarritz,
18:50Emmanuel Macron a cherché à se présenter comme un défenseur de la planète.
18:53Il dit même avoir changé.
18:55J'ai changé ces derniers mois, très profondément.
18:57J'ai aussi beaucoup lu, beaucoup appris.
18:59Et ce qu'on fait en France, ce que je veux qu'on fasse en Europe,
19:02avec un prix du CO2 qu'on va relever, des taxes CO2 aux frontières,
19:06et ce qu'on va pousser au niveau de ce G7,
19:08c'est une part de cette réponse, mais ça ne va pas s'arrêter là.
19:11Valérie Hacot, il y a un rendez-vous important, cette rentrée, en matière d'écologie pour Emmanuel Macron.
19:16Avec l'examen de la loi énergie-climat,
19:19qui est une loi qui a été préparée depuis un an et demi,
19:22qui va être portée par Brune Poirson, qui est la secrétaire d'État à la transition écologique.
19:26Mais ensuite, ce ne sera pas le plus gros morceau de la rentrée pour Emmanuel Macron,
19:30cette loi climat-énergie,
19:32parce que par rapport à la loi sur la bioéthique,
19:34qui va quand même faire beaucoup plus de bruit,
19:35et puis la préparation de la réforme des retraites,
19:38ça risque de passer quand même sérieusement au second plan.
19:40Frédéric Mouchon, on l'a compris en vous écoutant,
19:42le bilan écologique d'Emmanuel Macron est plutôt mince,
19:45les mandats de ses ministres ont été brefs,
19:4715 mois pour Nicolas Hulot,
19:49un peu plus de 10 pour François de Rugy,
19:51c'est peu, mais il faut rappeler que depuis très longtemps,
19:54le ministère de l'écologie est considéré comme un ministère maudit.
19:58Depuis 1995, il y a eu pas moins de 17 ministres de l'écologie,
20:02avec parfois des durées très très courtes,
20:04certains sont restés à peine un mois.
20:05Ce ministère maudit, oui,
20:07tous les ministres de l'écologie en parlent,
20:09la puissance des lobbies,
20:10la difficulté à faire passer les mesures.
20:12Dès les années 70,
20:13le premier ministre de l'écologie,
20:15qui s'appelait Robert Poujade,
20:16qui était le ministre de l'écologie sous Pompidou,
20:17et qui avait été remercié au bout d'un an,
20:19dénonçait déjà cet état de fait.
20:21Il avait écrit un livre qui s'appelait
20:22Le ministère de l'impossible,
20:24et déjà à l'époque,
20:25il dénonçait le manque de moyens
20:27et le manque d'ambition accordé à ce ministère.
20:33Merci à Valérie Hacot et Frédéric Mouchon.
20:41Codesource est le podcast d'actualité du Parisien,
20:44production Jeanne Bouezec et Clara Garnier-Amouroux,
20:47réalisation Benoît Gilon et Alexandre Ferreira.
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