- il y a 9 heures
Le nom d’Alexandre Benalla revient régulièrement dans l’actualité, depuis les révélations du Monde, l’été dernier, sur les violences commises le premier mai 2018 à Paris. L’ancien conseiller du chef de l’Etat a fait l’objet de plusieurs mises en examen. Pour "violences en réunion”, "port et détention non autorisé d'armes de catégorie B", ou encore pour usage abusif de ses passeports diplomatiques (“usage public et sans droit d’un document justificatif d’une qualité professionnelle”). Comment ce jeune homme, parti de rien, a-t-il gagné la confiance d’Emmanuel Macron et de son épouse Brigitte Macron avant de prendre une grande importance dans le quotidien du palais de l’Elysée ? Récit de Nathalie Schuck et Eric Pelletier, grands reporters au Parisien. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production et montage : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Clément Baudet et Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:14Il y a un an, il était mis à pied 15 jours suite aux violences du 1er mai 2018, place
00:19de la Contrescarpe à Paris.
00:20Garde du corps, confident du président et de son épouse, ce jeune homme, encore inconnu à l'époque,
00:25a dévoilé bien malgré lui plusieurs dysfonctionnements au sommet de l'État.
00:30Il a fait des fautes, très graves. Est-ce que je regrette de l'avoir embauché à l'Élysée ?
00:33Non.
00:34Nous sommes face à une affaire d'État, au cœur de la République.
00:38Moi, je ne considère pas avoir commis d'actes répréhensibles par la loi.
00:41Qui est le mystérieux Alexandre Benalla ?
00:46Alexandre Benalla, c'est un gamin qui vient d'une cité difficile d'Evreux.
00:50Nathalie Chuc, journaliste, grand reporter au service politique du Parisien.
00:53Il y a toujours une passion très précoce pour les questions de sécurité.
00:56Il faut quand même voir qu'à 14 ans, Alexandre Benalla, il fait son stage d'observation au service de
01:01protection des hautes personnalités.
01:03Donc le SPHP qui s'occupe de la protection notamment des ministres, des présidents de la République.
01:07À 16 ans, il s'occupe aussi de faire la sécurité du festival du film de Cabourg.
01:11Donc une vocation extrêmement précoce.
01:13On le voit sur des photos en train de poser à côté de stars de l'époque, par exemple Marion
01:18Cotillard.
01:19On le voit très investi de son rôle, de sa mission.
01:21Déjà, on voit qu'il joue les bodyguards.
01:23D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que son film préféré, c'est Bodyguard avec Whitney Houston.
01:27Comment est-ce qu'Alexandre Benalla rencontre Emmanuel Macron ?
01:32Alors Alexandre Benalla, il arrive au QG d'En Marche le 5 décembre 2016, très précisément.
01:37Il est recruté comme responsable du service de sécurité pour 3500 euros net en CDD.
01:42Pourquoi il est recruté ?
01:43Il est recruté parce qu'il connaît très bien un certain Ludovic Shecker, qui est déjà dans l'organigramme de
01:49campagne,
01:49qui est le premier salarié d'En Marche, secrétaire général d'En Marche,
01:52qui est aujourd'hui un des conseillers très haut placés du président de la République,
01:56conseiller auprès du chef d'état-major particulier.
01:59Et cet homme le recommande ce qu'il le connaît depuis quelques années,
02:02et qu'il a vu le CV d'Alexandre Benalla, qui est passé par le service d'ordre du Parti
02:06Socialiste,
02:06auprès de Martine Aubry, d'Arnaud Montebourg, de François Hollande.
02:10Et donc, en fait, c'est un petit peu à titre amical.
02:12Il dit « je le connais, c'est un gars qui est plutôt bien ».
02:14Et quand on regarde un peu dans les Macron Leaks, les échanges de mails
02:18entre les membres de l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron...
02:20C'est compromettant ou pas ? On a des feuilles de salaire,
02:23on a des milliers de documents qui ont été publiés sur ces réseaux sociaux.
02:26Il y a des choses qui ne sont pas très agréables à montrer à l'extérieur.
02:29Il y a les grilles de salaire, on n'a pas envie de mettre les noms des gens
02:31et les distribuer absolument partout.
02:33Et puis, il y a le quotidien d'une campagne.
02:35Vous n'y trouverez pas de grands secrets ?
02:37On voit des gens qui disent « mais c'est qui, Alexandre Benalla ? »
02:40« Ah, il est recommandé par Ludovic Shecker et ça a été vu avec Jean-Marie Girier,
02:44directeur de campagne. »
02:45Donc, il arrive un peu comme une fleur.
02:47En gros, il a été recommandé et hop, ça y est, c'est parti.
02:50Et c'est comme ça qu'il va faire la connaissance d'Emmanuel Macron,
02:53qui va le découvrir au plus près parce qu'il va être très présent dans les meetings
02:56et de petit à petit, de plus en plus présent dans l'intimité du candidat.
03:00Est-ce que vous pouvez nous redire à quel moment on est
03:03et à quel moment ça correspond pour Emmanuel Macron qui n'est pas encore président ?
03:06Emmanuel Macron, il vient de se lancer comme candidat à la présidentielle.
03:09Il est en train de constituer une équipe pour l'accompagner dans cette conquête du pouvoir.
03:13Et pourquoi il fait venir des officiers de sécurité privée ?
03:16Pour une raison très simple.
03:17Quand il quitte le gouvernement, il part.
03:19C'est considéré comme une trahison par François Hollande
03:21et notamment par Bernard Cazeneuve qui décide à cette époque
03:24pour se venger de lui retirer tous ses officiers de sécurité.
03:27Alors, c'est la norme pour les ministres qui quittent le gouvernement,
03:29mais on aurait pu penser que s'agissant de quelqu'un qui allait être candidat,
03:32on allait lui laisser, qui allait avoir une tolérance.
03:34Pas du tout, du jour au lendemain.
03:35Emmanuel Macron, qui est quand même un ministre pourchassé par les paparazzi,
03:39se retrouve sans officier de sécurité.
03:40Donc, il a besoin de recruter des officiers de sécurité privés
03:44qui sont payés à l'époque par son parti En Marche.
03:46C'est comme ça que Benalla arrive dans la sphère Macron.
03:51Il est comment physiquement finalement ?
03:52Alexandre Benalla, c'est une armoire à glace.
03:55Vraiment, il est immense.
03:56Alors, très costaud quand même, carreur de rugbyman.
03:58Il a fait du rugby et quelqu'un qui était capable de trapper un journaliste sous les épaules,
04:02paf, de vous soulever et de vous déplacer 10 mètres plus loin,
04:05Manu Militari, alors même que vous n'aviez rien fait,
04:08que vous vouliez juste vous approcher du candidat, même à 5 mètres.
04:11Et vous qui l'avez vu au cours de meeting, etc.,
04:13il est comment ? Est-ce qu'il paraît sympathique ?
04:14Est-ce qu'il paraît avenant ?
04:16Alexandre Benalla, il n'a pas l'air avenant du tout.
04:18Alexandre Benalla, il joue vraiment les bodyguardes,
04:21avec le visage fermé.
04:23Et il vous fait bien comprendre que si vous approchez trop du futur président de la République,
04:28ça va mal se passer.
04:29Non, non, c'est quelqu'un qui vous fait les gros yeux assez facilement.
04:33Voici le nouveau président de la République,
04:36et c'est Emmanuel Macron avec 65,1% des suffrages qui arrivent en tête,
04:41et qui devient donc le nouveau président de la République.
04:44Il y a maintenant cette arrivée sur cette esplanade du Louvre,
04:48la main levée pour saluer,
04:50seul comme peut l'être,
04:53comme peut-être seul l'est un président de la République dans ce monde politique.
04:58Et on se souvient de cette image de Nathalie Chuc,
05:00le soir de l'élection au Louvre, le 6 mai 2017,
05:04Emmanuel Macron marche solennellement vers la tribune,
05:07Alexandre Benalla est juste derrière lui.
05:08Pourquoi va-t-il prendre autant d'importance à l'Elysée ?
05:11Quand Emmanuel Macron arrive au pouvoir,
05:13il ne faut jamais oublier qu'il se vit un peu comme une citadelle assiégée,
05:17une forteresse assiégée.
05:18Il est seul, il a vécu une campagne d'une immense violence.
05:21Il est persuadé que les Russes veulent sa peau,
05:22il est persuadé que la France entière croit qu'il est homosexuel.
05:27Il est persuadé que les gens regardent son couple comme un couple illégitime,
05:31des rumeurs sur des comptes cachés au Bahamas, etc.
05:34Donc il vit ça avec une grande violence,
05:36donc il a besoin d'un homme de confiance.
05:38Il est presque parano, là ?
05:40Il n'est pas parano, Emmanuel Macron,
05:41il a vécu une campagne d'une immense violence.
05:44D'ailleurs, pendant toute la campagne,
05:45Brigitte Macron répète souvent,
05:46on a cherché les emmerdes,
05:47dans quoi il m'a foutu.
05:48Ils ont vécu ça avec beaucoup de brutalité.
05:50Elle a été brutale, cette campagne.
05:52Et donc, Alexandre Benalla, pour eux ?
05:55C'est un peu un édredon,
05:57c'est un coussin de protection, Alexandre Benalla.
05:59C'est quelqu'un sur qui on peut se reposer,
06:01dont on sait qu'il ne va pas aller se répandre dans la presse,
06:04sur « Tiens, les Macron sont allés au théâtre soir,
06:06ils ont fait ci, ils ont fait ça. »
06:07Non, c'est quelqu'un à qui on peut confier ses secrets,
06:10et on sait qu'ils ne vont pas sortir.
06:12Parce que quand vous arrivez quand même à l'Elysée,
06:15vous arrivez dans une machine très froide,
06:17une machine administrative,
06:19où au fond, les gens autour de vous sont de numéros,
06:22sont des technos, des grandes têtes de l'énergie,
06:25et vous avez besoin de garder un lien de confiance,
06:28quelqu'un dont vous êtes sûr que quand vous lui passez un ordre,
06:30une commande, elle va être accomplie.
06:31Benalla, c'était ça.
06:32Pourquoi est-ce qu'Alexandre Benalla
06:35plaît à Emmanuel Macron et à Brigitte Macron ?
06:38Emmanuel Macron, c'est quelqu'un qui s'inquiète beaucoup pour sa femme, Brigitte.
06:42Il dit tout le temps ses amis « Prenez soin de Brigitte »,
06:45« Faites attention à Brigitte », « Je m'inquiète pour Brigitte ».
06:47Il a peur qu'elle soit malheureuse dans cette vie,
06:49il a peur aussi qu'elle se fasse agresser, embêter dans la rue.
06:52Et d'une certaine façon, quand Alexandre Benalla
06:54accompagnait Brigitte Macron dans ses sorties en ville,
06:56ça rassurait Emmanuel Macron.
06:57Il savait qu'elle était sous bonne garde,
06:59qu'elle n'allait pas avoir d'ennui,
07:00il pouvait passer un coup de fil au milieu du repas
07:02pour savoir comment ça se passait.
07:04Benalla était là, tout allait bien.
07:06Et c'est aussi son histoire, son parcours qui les a séduits ?
07:10Alexandre Benalla, il plaît beaucoup au couple présidentiel
07:12parce qu'il y a un côté self-made man.
07:14C'est un gars qui s'est fait tout seul, très débrouillard.
07:17C'est quand même un môme qui est sorti d'une cité dévreu,
07:19d'une cité difficile, qui a fait une fac de droit,
07:22qui a une licence, qui a une première année de master.
07:25Ça, ça plaît à Emmanuel Macron,
07:27qui est quelqu'un qui s'est fait tout seul.
07:29Donc il a un lien affectif qui se construit assez vite
07:32avec ce gamin, ce môme qu'il appelle Alex
07:34et qui va prendre une place de plus en plus importante
07:36dans l'entourage du couple présidentiel.
07:42Ils sont tombés sous le charme d'Alexandre Benalla ?
07:45C'est leur...
07:46Les Macron aiment bien les personnages un peu interlopes.
07:50Ils aiment bien, par exemple, Michel Marchand,
07:52qui est comme la grande prêtresse de la presse People,
07:54qui est assez présente dans leur entourage.
07:57Et de la même façon, ils aimaient bien Alexandre Benalla
07:59parce qu'il y a un côté un peu voyou qui leur plaît.
08:01Les Macron, ils sont très propres sur eux,
08:03ils sont très lisses.
08:04Mais quand on regarde un peu dans leur entourage,
08:05ils aiment bien les gens qui ont des aspérités,
08:08qui grattent, qui ont des parcours un peu originaux.
08:10Puis ce côté, ce gamin qui a beaucoup d'ambition
08:12et qui tient tête aux plus hautes personnalités de la sécurité,
08:18qui tient tête à des hauts conseillers à l'Elysée,
08:20ça leur plaît, au fond, ça les amuse.
08:21Ils trouvent ça drôle, ils trouvent ça transgressif.
08:23Et Macron, c'est un couple transgressif.
08:25Et concrètement, qu'est-ce qu'il fait pour eux ?
08:27C'est l'homme de confiance.
08:28D'une certaine façon, je vais dire,
08:30même s'il est question de contrat russe dans cette affaire,
08:32c'est un peu l'œil de Moscou d'Emmanuel Macron.
08:34Il a été instruit par son passage à l'Elysée,
08:36au moment où il était numéro 3,
08:38secrétaire général adjoint de François Hollande,
08:40des guerres de police qui se produisent au plus haut sommet de l'État.
08:43Il sait très bien qu'à l'Elysée, les murs ont des oreilles,
08:46que les gens sont peu discrets,
08:47y compris les policiers du groupe de sécurité
08:49de la présidence de la République, le fameux GSPR.
08:51Donc il a besoin d'un homme de confiance.
08:53Et cet homme de confiance dans sa sécurité,
08:55dans son intimité, ça va devenir Alexandre Benalla.
08:58Benalla, qu'est-ce qu'il fait auprès du couple Macron ?
09:00C'est l'homme à tout faire.
09:01C'est lui qui va chercher, par exemple,
09:03les billets pour une pièce de théâtre,
09:04parce que les Macron aiment beaucoup sortir.
09:06Ils sortent deux à trois fois par semaine.
09:08Personne ne le sait.
09:09Ils vont dans des restaurants assez chics de la capitale.
09:11Ils vont au théâtre.
09:12On le sait assez peu.
09:13Benalla protégeait cette intimité.
09:15C'est aussi lui, par exemple,
09:16qui accompagnait Brigitte Macron dans ses déjeuners dans Paris.
09:18Il était là.
09:19Il y a toujours un officier du GSPR,
09:21mais il y a aussi Alexandre Benalla qui était là, présent.
09:23C'est lui qui raccompagnait les filles,
09:24de Brigitte Macron jusqu'à leur domicile parisien,
09:26parce que c'est quand même...
09:28La famille Macron subit des menaces assez importantes.
09:30Ils ont reçu des courriers en disant
09:31« On va tous vous buter, les Macron. »
09:33Donc Benalla, ça rassurait Brigitte Macron et Emmanuel Macron
09:35de par sa simple présence.
09:37Petit à petit, il est rentré vraiment dans le cercle très privé.
09:40Il avait un double des clés de la maison du Touquet
09:42qu'il allait ouvrir quand il fallait faire une inspection de sécurité
09:45avant que le couple présidentiel arrive.
09:47Ils avaient besoin de quelqu'un qui était capable
09:50de la fermer, de la boucler
09:51et de préserver leur intimité.
09:53Donc vraiment, dans la sphère familiale, intime, privée,
09:56c'est presque un membre de la famille.
10:02Et Alexandre Benalla joue aussi un rôle
10:04qui est totalement méconnu à l'Elysée.
10:06Quand par exemple, Emmanuel Macron
10:07donnait un ordre à l'un de ses hauts conseillers du cabinet
10:11en lui disant « je souhaiterais que vous fassiez telle et telle chose »,
10:13si cet ordre n'était pas suivi des faits,
10:15qu'est-ce qu'il faisait ?
10:16Il demandait à Alexandre Benalla
10:18d'aller voir le conseiller en question
10:19pour lui rappeler qu'il n'avait pas accompli la mission
10:22qu'il était censé accomplir.
10:23Donc il servait aussi un petit peu de courroie de transmission.
10:26À l'Elysée, on l'appelle Alex.
10:27Certains conseillers du château disent
10:29que c'était un petit peu notre grand frère.
10:30Et d'ailleurs, il ne se prive pas de dire
10:32que quand un journaliste devenait un petit peu trop pressant,
10:34on envoyait Benalla, il lui mettait une rouste,
10:36c'est ce qui m'a été dit au château,
10:38et puis tout le monde était content.
10:39Une rouste, c'est-à-dire ?
10:42On virait de façon un petit peu musclée des journalistes.
10:45Il y a quand même la propension de Benalla
10:47à jouer les gros bras, elle est connue de longue date.
10:50Il suffit de regarder des images d'un meeting à Caen
10:52d'Emmanuel Macron qui date de mars 2017,
10:54on voit distinctement Benalla
10:56qui soulève un journaliste de Public Sénat
10:58qui voulait simplement prendre une photo du candidat.
11:00Et il le ceinture de façon quand même assez brutale.
11:03Il faut quand même se souvenir aussi
11:05que c'est lui qui a soumis un devis
11:07au directeur de campagne Jean-Marie Girier
11:09qui l'a refusé pour acheter deux pistolets
11:11avec holsters, des balles, des sacs d'assaut
11:13et un flashball.
11:15Ça a évidemment été refusé,
11:16donc c'est quelqu'un qui aime bien jouer les costauds.
11:20Alexandre Benalla, est-ce qu'il a pu,
11:22quelque part pour employer une expression vulgaire,
11:25péter un câble ?
11:26Rendre la grosse tête ?
11:28Alexandre Benalla, il a complètement pris la grosse tête.
11:31On peut se demander raisonnablement
11:32qui sont les gens qui l'ont, entre guillemets, balancé,
11:35mais vraisemblablement des gens qui en ont assez.
11:38On aura le bol de voir ce roquet de 26, 27 ans
11:42leur donner des ordres comme s'il était le chef
11:44du service de sécurité de la présidence,
11:46qu'il n'était pas du tout.
11:47Donc oui, de toute évidence,
11:49Alexandre Benalla, il a pris une énorme grosse tête
11:52et il a joué les gros bras à l'excès
11:54parce qu'Emmanuel Macron l'a laissé faire,
11:57parce qu'il ne l'a pas arrêté
11:58et qu'au fond, personne ne s'est senti autorisé à l'arrêter
12:01parce qu'il avait quand même un certain talent
12:03pour se revendiquer de prérogatives
12:05qui n'étaient pas les siennes.
12:061er mai 2018, à Paris.
12:08Ça se passe pas ça contre Asgard dans le 5e arrondissement.
12:11Regardez ça, comme une matraque.
12:13Je pense qu'il se prend au jeu, Alexandre Benalla.
12:15Et manifestement, il dérape.
12:17Éric Pelletier, grand porteur au service police-justice du Parisien.
12:20Il se sent finalement comme un officier de sécurité
12:23alors qu'il n'est pas lui-même officier de sécurité.
12:26Éric Pelletier, on le pense proche du président Alexandre Benalla
12:29et du coup, il a droit à tout.
12:32Il a droit absolument à tout.
12:35En tout cas, des choses qu'il peuvent questionner.
12:38Il n'arrive pas dans un premier temps à obtenir ses armes
12:41et à force d'insistance, il les réussit.
12:44On peut se poser la question de savoir s'il a besoin
12:46de quatre passeports diplomatiques et de services.
12:49À l'évidence, la réponse est non, mais il les obtient.
12:51Tous ses caprices lui sont passées.
12:53Est-ce que vous dites, Éric, tout ça, c'est parce qu'on le croit
12:57ou qu'on le pense ou qu'on sait qu'il est proche du président
13:00et que finalement, ça a énormément de poids, c'est ça ?
13:02C'est vraiment la clé.
13:03Benalla, c'est l'homme qui chuchote à l'oreille de Macron.
13:08Il est vu et perçu, d'ailleurs, à juste titre,
13:11comme proche du président.
13:13Donc, il a accès à tout.
13:15Il pousse toutes les portes.
13:16Lorsqu'il est mis en difficulté, par exemple, judiciairement
13:19dans l'enquête pour violences, à la suite des violences du 1er mai,
13:23on voit bien qu'un certain nombre de policiers,
13:25aujourd'hui c'est établi, lui, transmettent des vidéosurveillance policière,
13:30ce qui est une faute, ce qui est un délit.
13:33Et pourquoi le font-ils ?
13:35Sans doute parce qu'ils ont le sentiment de rendre service
13:37à travers Benalla, à l'Élysée et à l'exécutif.
13:42Il a pu avoir un sentiment d'impunité ?
13:44Chez lui, il y a un vrai sentiment d'impunité.
13:47D'abord, il a une haute opinion de lui-même
13:49et je pense qu'il n'a pas tout à fait le sens des contre-pouvoirs.
13:53Avant la commission d'enquête parlementaire,
13:56Alexandre Benalla compare le président de cette commission
13:59à un petit marquis.
14:00Et je mesure très bien mes propos,
14:02insiste l'ancien gros bras de l'Élysée,
14:04qui ajoute les sénateurs qui bafouent les règles constitutionnelles de notre pays.
14:07Je vous le dis franchement,
14:08j'ai aucun respect pour eux, conclut Alexandre Benalla.
14:11Il considère qu'ils n'ont aucune légitimité à l'interroger.
14:15Lui, rappelons-le, il est conseiller,
14:18conseiller au chef de cabinet de l'Élysée
14:19et il considère qu'il n'a pas à répondre à ses petits marquis.
14:22Vous avez le droit de me poser beaucoup de questions
14:25et moi je vous donne mes réponses, comme j'entends.
14:28Or on est dans une commission d'enquête parlementaire.
14:30Autre chose qui peut paraître quand même assez ahurissante,
14:34lorsqu'il est en garde à vue à la police judiciaire,
14:36les policiers prennent le soin d'indiquer qu'il fait obstruction
14:41à la manifestation de la vérité.
14:43Il refuse de dire où se trouve sa compagne.
14:47Lorsqu'il se trouve face au juge d'instruction,
14:49un peu plus tard, dans le cabinet feutré de ces juges d'instruction,
14:53les juges sont obligés d'indiquer qu'il se met à rire, à sourire,
14:57et lui demande d'arrêter et de stopper cette attitude-là.
15:00Donc tout ça est assez révélateur finalement d'un sentiment d'impunité
15:03et d'un sentiment de soutien de l'Elysée vis-à-vis d'Alexandre Benalla.
15:08Le patron hier soir, il m'envoie un message.
15:10Document dévoilé par Megapart.
15:12Tu veux aller bouffer ?
15:13T'es plus fort qu'eux, c'est pour ça que je t'avais auprès de moi.
15:16Donc le patron nous soutient ?
15:17Ah ben il me fait plus que de nous soutenir.
15:19Il m'arrondit encore et je suis fier d'avoir embauché Alexandre Benalla à mon cabinet.
15:23Je vois le reste que la justicère passe en travail.
15:27Il y a un épisode très intéressant, vous m'en parliez Eric Pelletier en préparant cette interview,
15:33c'est celui du coffre-fort. Est-ce que vous pouvez nous raconter cette histoire ?
15:36Oui, l'épisode du coffre-fort qui est l'une des affaires Benalla
15:40est très illustratif de son parcours et de son mode de pensée.
15:45Alexandre Benalla a chez lui un coffre-fort qui contient, dit-il, des armes
15:50et lorsque les policiers de la police judiciaire font la perquisition,
15:53ils se rendent compte que ce coffre-fort a disparu.
15:56Autrement dit, on a soustrait une pièce à conviction à la justice.
16:00Alexandre Benalla, sans doute conseillé par ses avocats,
16:03prend les devants devant le juge d'instruction
16:05et va expliquer et essayer de dissiper ce malaise.
16:09En disant oui, il assume, oui, j'ai demandé à un ami de faire disparaître ce coffre.
16:15Et c'est là que se situe quand même un petit questionnement de ma part,
16:20c'est-à-dire qu'il va falloir attendre sept mois
16:22pour que le parquet de Paris, l'accusation, les poursuites,
16:27c'est eux qui incarnent les poursuites,
16:29autorisent les juges d'instruction à faire des investigations sur ce volet-là.
16:34Autrement dit, entre-temps, on n'a pas demandé à monsieur Benalla
16:37qui était ce fameux ami qui avait fait beaucoup de diligence
16:40pour faire disparaître ses preuves.
16:41On ne sait pas aujourd'hui où se trouve le coffre
16:45et surtout, question essentielle, ce que contenait ce coffre.
16:49Ces sept mois pendant lesquels il ne se passe rien sur un élément
16:52qui peut être clé dans l'affaire, vous, comment vous les interprétez ?
16:54Comment vous comprenez ça ?
16:55Ce délai était inexplicable.
16:57Aujourd'hui, c'est devenu intenable et on le voit bien.
17:00Il a fallu le travail journalistique,
17:03le travail de la commission d'enquête parlementaire
17:06pour qu'enfin, non pas la vérité se dégage,
17:09mais qu'on accepte de faire des investigations sur ce volet-là.
17:13Donc, au fond, moi je ne sais pas ce qui s'est passé.
17:16Entre-temps, ce que je remarque,
17:18c'est qu'on ne pourra pas dissiper ce soupçon,
17:21qui est un soupçon permanent,
17:23de lien hiérarchique entre le parquet et l'exécutif.
17:29C'est aujourd'hui, dans notre démocratie,
17:32une vraie difficulté
17:33et qui n'est pas seulement posée dans l'affaire Benalla,
17:35qui dépasse l'affaire Benalla.
17:37Finalement, qu'est-ce qu'elle montre, Éric Pelletier, cette affaire Benalla ?
17:40La Ve République est une sorte de monarchie républicaine
17:44puisque Alexandre Benalla, qui est un jeune homme,
17:47un simple conseiller,
17:48va réussir à obtenir des passe-droits
17:51tout simplement parce qu'il se revendique
17:54de la proximité avec le président de la République.
17:57Et pour cette raison-là,
17:59l'administration va se montrer d'une soumission,
18:03voire d'une servilité sur laquelle on peut s'interroger.
18:07On voit un Benalla qui arrive à ses fins,
18:10c'est-à-dire à avoir un port d'armes,
18:12ou des ports d'armes,
18:13à avoir quatre passeports diplomatiques et de services.
18:17On peut se poser la question sans compter
18:19ce qui va venir après,
18:21c'est-à-dire la difficulté du parquet de Paris,
18:24donc de l'accusation,
18:25à faire la lumière sur...
18:26toutes les affaires Benalla.
18:39Merci à Nathalie Chuc et Éric Pelletier.
18:42Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
18:45production et montage Jeanne Bouezec,
18:47réalisation et mixage Clément Baudet et Alexandre Ferreira.
18:51N'oubliez pas de vous abonner sur votre application préférée
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