- il y a 9 heures
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Depuis que le Levothyrox a changé de formule en mars 2017, des dizaines de milliers de patients ont signalé des effets indésirables. Code source revient sur cette crise sanitaire.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:15Mars 2017, un médicament consommé par de nombreux Français change de formule.
00:20Les patients ne sont pas informés.
00:23Dans les semaines et les mois qui suivent, des dizaines de milliers d'entre eux
00:25se plaignent d'effets indésirables, maux de tête, vertiges, crampes ou même pertes de cheveux.
00:32Sous la pression, le laboratoire va reculer et proposer à nouveau l'ancienne formule, provisoirement.
00:38Dans quelques semaines, début 2020, elle sera retirée de la vente définitivement.
00:42Récit de Florence Méréo, journaliste santé au Parisien.
00:46Elle a suivi, depuis le début, l'affaire du Levothyrox.
00:52Florence Méréo, en quelques mots, de quoi parle cette affaire ?
00:56La crise du Levothyrox, ça parle d'un petit comprimé qui a déclenché en France un mouvement inédit de protestation.
01:03Ça parle de patients qui disent avoir ressenti des effets secondaires graves
01:08et d'un fossé qui s'est creusé entre eux et les autorités médicales.
01:11Le Levothyrox, c'est un petit comprimé blanc que connaissent bien des Français
01:16puisque jusqu'à 3 millions en ont pris.
01:18Ça fait partie des médicaments les plus vendus de France
01:21et dans le trio de tête des médicaments les plus vendus de France.
01:23Pour bien comprendre, le Levothyrox, c'est un médicament qui va combler les défaillances ou l'absence de la thyroïde.
01:29La thyroïde, c'est une glande qui est située à la base de notre cou,
01:32qui a la forme d'un petit papillon et qui joue vraiment le rôle de chef d'orchestre de l
01:36'organisme.
01:36C'est-à-dire qu'elle va réguler notre humeur, notre poids, notre libido,
01:41mais aussi notre digestion, notre rythme cardiaque, entre autres.
01:44Donc autant dire que la thyroïde, elle est importante.
01:47C'est beaucoup de Français qui ont des problèmes de la thyroïde
01:49et là, le Levothyrox va jouer un rôle d'hormone de substitution.
01:53Donc il est très important.
01:56Beaucoup de Français prennent du Levothyrox ?
01:58Jusqu'à 3 millions de Français ont pris du Levothyrox, dont 85% de femmes.
02:02Ils en ont besoin lorsqu'ils ont une défaillance, une petite défaillance de la thyroïde.
02:07Ils en ont besoin lorsqu'ils ont des maladies auto-immunes, type maladie dite de Hashimoto.
02:12Ils en ont besoin lorsqu'ils ont eu des nodules à la thyroïde
02:14et qu'ils ont dû se faire retirer tout ou partie de cette glande.
02:17Et donc le Levothyrox, ils vont en prendre à des dosages différents.
02:19Il y a plusieurs dosages possibles, selon la gravité de leur thyroïde défaillante.
02:24Qu'est-ce qui se passe si un patient n'a plus de Levothyrox ?
02:27Alors le Levothyrox, c'est un médicament qui peut être jusqu'à vital.
02:30C'est-à-dire que les patients qui n'ont plus de thyroïde,
02:32le Levothyrox a vraiment mimé le fonctionnement de la thyroïde.
02:35Et là, les patients ne peuvent pas arrêter leur Levothyrox du jour au lendemain.
02:38Ce n'est pas possible.
02:39Après, pour certains, c'est un médicament qui va leur permettre de se rééquilibrer.
02:42On dit que c'est un médicament à marche thérapeutique étroite.
02:44C'est-à-dire qu'il faut que ce soit vraiment très, très, très, très, très équilibré.
02:49Parfois un microgramme en plus ou un microgramme en moins,
02:51ça peut vraiment faire basculer un patient.
02:52Et il n'y a pas d'équivalent ?
02:53C'est toute la question.
02:54Il y a eu des équivalents au Levothyrox.
02:56En tout cas, il y a eu des génériques.
02:57Mais le générique était très peu prescrit par les médecins
03:00parce que ça pouvait être difficile de rééquilibrer les patients.
03:03Donc, il y a eu des génériques qui ont été retirés du marché.
03:05Et c'est ce qui va nous emmener en mars-avril 2017
03:08à avoir un seul médicament sur le marché
03:11qui est le Levothyrox,
03:12qui est fabriqué et commercialisé par le laboratoire allemand Merck
03:15et qui va donc être en situation de monopole total.
03:20À la fin du mois de mars 2017,
03:22le médicament change de formule.
03:24C'est courant de changer de formule pour un médicament ?
03:27Oui, c'est courant de changer de formulation dans un médicament.
03:30En fait, ce qui va se passer,
03:31c'est que les autorités de santé ont constaté en 2012
03:34que le Levothyrox n'était pas assez stable dans le temps.
03:37En fait, le Levothyrox, la date de péremption était sur 3 ans.
03:41Mais on se rendait compte qu'entre la deuxième et la troisième année,
03:44il y avait des variabilités dans le médicament
03:46et parfois même au sein d'une même plaquette
03:48avec des doses qui, du coup, variaient un petit peu en principe actif.
03:51Donc, ils vont demander au laboratoire d'améliorer leur recette
03:55et donc le laboratoire va garder ce qu'on appelle le principe actif,
03:58c'est-à-dire la substance principale du médicament
04:00qui est la Levothyroxine.
04:02Et par contre, les excipients,
04:03donc les substances secondaires,
04:04ce qui enveloppe le médicament, vont changer.
04:06On va à la place du lactose,
04:08ils vont mettre du mannitol
04:09qui est, par exemple, dans les chewing-gums que vous mangez.
04:12Et ils vont ajouter également de l'acide citrique.
04:14Donc, en apparence, pas grand-chose.
04:17Sauf que, patatras,
04:18les patients, eux, vont parler des faits secondaires importants.
04:21Lesquels ?
04:22Ça va être des vertiges,
04:23des chutes de cheveux,
04:24ça va être de l'angoisse,
04:26ça va être de la dépression,
04:27ça va être des douleurs musculaires.
04:29On m'a beaucoup parlé de crampes,
04:30de crampes aux cuisses tétanisantes,
04:32ça va être des douleurs articulaires,
04:33ça va être un sentiment de mal-être.
04:35Et les patients s'expliquent ce changement ?
04:39Alors, au départ, non, il ne s'explique pas ce changement,
04:42puisque beaucoup ne sont pas informés
04:44du changement de formulation du Levothyrox.
04:46Et c'est d'ailleurs là un petit peu tout l'enjeu,
04:48c'est-à-dire que, d'un côté,
04:50effectivement, il y a eu plus de 100 000 courriers
04:52qui ont été envoyés aux médecins
04:53et aux professionnels de santé.
04:55Mais en même temps, cette information,
04:56elle a eu du mal à être visiblement répercutée aux patients.
04:59On peut aussi s'interroger sur les moyens
05:01qui ont été entrepris pour communiquer,
05:02notamment, il y a eu des e-mails,
05:04il y a eu aussi des fax.
05:05On peut se dire, 2017, le fax,
05:06est-ce que ce n'était pas un moyen un petit peu dépassé ?
05:08Donc, les patients n'ont pas tous été au courant.
05:10Et là, on est en avril 2017.
05:11Et ensuite, certains ont commencé,
05:12dans les semaines, les mois après,
05:14à avoir des effets indésirables.
05:15Alors, pas tous les patients,
05:16pas les 3 millions,
05:17mais un certain nombre.
05:18Et personne ne se l'expliquait au départ.
05:20Vous, comment est-ce que vous entendez parler au départ ?
05:23Je dirais au début de l'été.
05:24On commence à recevoir quelques témoignages
05:27par mail, quelques courriers.
05:28On les garde, on se dit,
05:29qu'est-ce que c'est ?
05:30Il va falloir regarder un petit peu de plus près.
05:32Ensuite, c'est ma collègue Mayram Guisset,
05:34qui travaillait pour l'édition du Val d'Oise,
05:36qui va recueillir le premier témoignage très fort
05:38d'une patiente qui s'appelle Fatima,
05:40qui va parler de chute de cheveux,
05:41de vertiges,
05:42qui va parler de mots vraiment très handicapants.
05:45Et on va publier ce témoignage le 16 août.
05:48Et là, on va avoir une explosion
05:50du nombre de témoignages qu'on reçoit.
05:55Et quelques semaines avant ça,
05:56le 24 juin 2017,
05:58des patients en colère avaient lancé une pétition
06:00pour exprimer leur refus de la nouvelle formule.
06:02Oui, absolument.
06:03C'est une femme, une lanceuse d'alerte,
06:04qui s'appelle Sylvie Robache,
06:05qui a lancé une pétition le 24 juin,
06:07qui demandait le retour de l'ancien Levothyrox.
06:10Et pour bien comprendre,
06:11entre le 24 juin et la fin août,
06:13là où on va nous monter ce dossier aux Parisiens
06:16jusqu'à le publier en une le 23 août,
06:18il va avoir déjà plus de 20 000 signatures,
06:20il va avoir 21 000 signatures de cette pétition.
06:23Ce qui est beaucoup.
06:24On est en plein cœur de l'été,
06:25il n'y a pas de médiatisation,
06:27c'est vraiment les patients qui vont vers cette pétition.
06:29À ce moment-là, vous contactez le laboratoire allemand Merck.
06:32Qu'est-ce qu'il vous répond ?
06:33Le laboratoire allemand,
06:34il nous répond que sa nouvelle formule,
06:36elle est meilleure que l'ancienne,
06:37puisqu'elle est plus stable dans le temps.
06:39Il nous répond qu'il a énormément investi pour l'améliorer.
06:42C'est 32 millions d'euros investis.
06:44Donc pour le laboratoire,
06:46il n'y a pas de problème avec sa nouvelle formule.
06:47Et pour les autorités de santé non plus.
06:48Les autorités nous disent que la nouvelle formule est meilleure que l'ancienne.
06:52Et donc là, on voit qu'il commence à avoir cette dichotomie,
06:54ce fossé qui se creuse entre ce que disent les patients d'un côté
06:56et ce que disent d'ailleurs études à l'appui,
06:59les autorités et l'industriel.
07:09Le 23 août 2017,
07:10le Parisien fait donc sa une et son dossier du jour sur ce problème.
07:14Déjà, pourquoi avoir pris la décision de faire gros,
07:17comme on dit chez les journalistes sur le sujet ?
07:20Parce qu'on a eu un espèce de faisceau d'éléments concordants.
07:23C'est-à-dire, au début, quelques témoignages.
07:25Et puis vraiment, la montée en grade au fil de l'été,
07:27où on s'est dit, effectivement, il faut aller voir de plus près.
07:30Donc là, on a commencé à recueillir des patients.
07:32Donc il y avait eu la première patiente le 16 août.
07:33Les autres, qu'on appelle, des hommes, des femmes,
07:36tous nous disent la même chose.
07:37Et les associations aussi décident vraiment de monter au créneau
07:40et de dire, non, ça ne va pas.
07:42Il faut le retour de l'ancienne formule.
07:44C'est des dizaines et des dizaines d'appels qui arrivent aux associations.
07:47Moi, j'ai un monsieur qui s'appelle Jean-Claude,
07:49qui est un ancien cheminot,
07:50qui a désossé des machines toute sa vie.
07:52Et il me dit, je suis à plat.
07:53Je suis à plat, je suis dans mon lit, je ne sais plus quoi faire.
07:56On a d'autres témoignages qui nous disent,
07:58moi, j'ai des crampes tétanisantes, je suis clouée au lit.
08:01Certaines parlent de sueur froide, de chute de cheveux.
08:04Des témoignages qui semblent quand même inquiétants,
08:06en tout cas qui interpellent,
08:07et qui nous font dire que oui, il faut aller s'intéresser
08:10un petit peu de plus près à ce que vivent les patients.
08:11Le jour de la sortie du dossier du Parisien, le 23 août 2017,
08:15l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament, la NSM,
08:19ouvre un numéro vert.
08:20La NSM, c'est l'autorité de police sanitaire.
08:24Et face à l'ampleur,
08:25et peut-être aussi face à l'ampleur médiatique
08:27que l'affaire est en train de prendre,
08:29décide d'ouvrir un numéro vert.
08:30On est quand même très longtemps après le début
08:32des premiers signalements sur Internet,
08:34puisque la pétition arrive le 24 juin
08:36et que les signaux du web arrivent depuis longtemps.
08:39Donc ils vont mettre en place ce numéro vert.
08:41Et là, ça va être l'explosion totale.
08:44C'est-à-dire ?
08:44C'est-à-dire qu'en deux jours,
08:46la NSM reçoit 70 000 appels
08:48de patients en colère,
08:50des patients qui n'arrivent pas à joindre la ligne.
08:52Moi, il y a un monsieur qui m'interpelle en me disant
08:54« J'ai essayé quatre fois d'appeler pour ma maman
08:56qui a un problème. »
08:57Les lignes ne répondent pas.
08:59Les lignes, évidemment, saturent.
09:00Les associations également saturent.
09:02Il y a une association qui reçoit
09:03jusqu'à 45 appels par minute de patients,
09:06ce qui est énorme.
09:08Tous l'été, les patients se constituent en association,
09:11déposent des plaintes contre X
09:12pour non-assistance à personne en danger
09:14ou même tromperie.
09:15Et le combat est notamment incarné
09:17par une célébrité,
09:19l'actrice Annie Dupéret.
09:20Annie Dupéret, que l'on connaît tous,
09:21une famille formidable,
09:22un éléphant s'a trompé énormément,
09:24va découvrir la pétition sur Internet
09:27et elle va accepter de témoigner
09:29pour expliquer ce qui lui est arrivé,
09:30elle, à titre personnel,
09:32à savoir qu'elle était sur le tournage
09:33d'une famille formidable
09:34et qu'elle a commencé à ressentir
09:35des symptômes handicapants.
09:37« Moi, contrairement à beaucoup de gens,
09:40ma pharmacienne m'a prévenue.
09:41Elle m'a dit, je vous préviens,
09:43la formule a changé,
09:44elle a changé d'excipient simplement.
09:46Quelle importance !
09:47D'autant qu'elle m'a prévenue aussi
09:49qu'il faudrait peut-être faire un dosage
09:51d'ici un ou deux mois
09:53au cas où il ne serait pas dosé tout à fait pareil.
09:56Et puis, bon, je dis au cul, d'accord, je prends.
09:59Sauf que, évidemment,
10:01ce qui se passe dans ces cas-là,
10:01c'est qu'on termine la vieille plaquette.
10:03On ne pense plus du tout, du tout,
10:05à ce que vous a dit la pharmacienne,
10:07un changement d'excipient,
10:08qu'est-ce que ça peut faire, mon Dieu,
10:09pas grand-chose.
10:11Et puis, on commence à avoir
10:12des maux de tête au réveil,
10:15des vertiges assez fréquents.
10:17Après, j'ai eu des crampes,
10:21un mal aux reins, un mal aux jambes incroyable
10:23et une faiblesse telle que
10:25j'étais absolument incapable
10:28de faire quoi que ce soit.
10:29Et elle va creuser,
10:30elle va décider de se procurer
10:32de l'ancienne formule du Levotirox
10:34par une amie qui s'en procure à l'étranger.
10:37Et elle assure que,
10:38quand elle est revenue à l'ancienne formule,
10:40elle allait beaucoup mieux.
10:41Et elle va décider de prendre la parole,
10:42donc elle va se confier leur son témoignage.
10:44Et surtout, elle va y aller assez fort.
10:46Elle va dire,
10:47Madame la ministre,
10:47il faut qu'on ait l'ancienne formule,
10:49rendez-nous l'ancien Levotirox.
10:51Qu'est-ce que les autorités de santé
10:52répondent aux malades mobilisés ?
10:54Les autorités de santé,
10:55au départ,
10:56elles restent vraiment sur le constat
10:57« la nouvelle formule est meilleure »,
10:59donc il faut que les patients
11:00s'habituent à leurs nouveaux médicaments.
11:03Certains médecins,
11:03eux par contre,
11:04vont jusqu'à dire à leurs patientes
11:05que c'est dans leur tête,
11:06qu'elles ont un syndrome Annie-Dupéret,
11:08qu'elles ont le syndrome de la presse
11:10et que tout ça va passer.
11:12Pourtant,
11:13les patients ne décolèrent pas
11:14si c'est une mobilisation sans précédent ?
11:16C'est vraiment un petit comprimé
11:17qui déclenche une crise inédite.
11:19Quand j'entends crise inédite,
11:20ça va être notamment
11:21dans le nombre de signalements
11:23qui va être enregistré par les autorités de santé
11:25et qui va vraiment arriver
11:26de manière progressive
11:27jusqu'à atteindre 32 000 signalements.
11:29Ça va être des manifestations,
11:31ça va être des réseaux sociaux
11:32qui vont être saturés de témoignages
11:34et jusqu'à cette pétition
11:35qui va recueillir
11:36jusqu'à 343 000 signatures.
11:39Un mois plus tard,
11:40en septembre 2017,
11:42le gouvernement semble faire une concession.
11:43Alors même si eux s'en défendent,
11:45il y a quand même un rétro-pédalage
11:47puisque les autorités au départ disent
11:48qu'il n'y aura pas de retour à l'ancienne formule
11:50et finalement,
11:51la nouvelle ministre de la Santé,
11:53Agnès Buzyn,
11:54va finalement annoncer
11:56le 15 septembre 2017.
11:58J'ai demandé à l'agence du Milcamon
11:59qu'elle fasse en sorte
12:00que l'ancien Lévotiroc soit accessible
12:03de façon à ce que ceux qui le réclament
12:06puissent le prendre.
12:07Elle demande à Merck,
12:08le laboratoire,
12:10d'importer
12:10afin de le remettre à disposition,
12:12mais elle précise bien
12:13que ça va être de manière temporaire.
12:15Quelle est la réaction du laboratoire Merck ?
12:17Le laboratoire Merck,
12:18il est un petit peu surpris à ce moment-là.
12:20Moi, je les ai eus en ligne
12:21et ils avaient reçu la nouvelle du ministère
12:23que quelques heures avant les médias.
12:25Donc, il va falloir s'organiser.
12:27Ce qu'ils vont faire,
12:28c'est qu'ils vont importer
12:29depuis leur usine d'Allemagne
12:31les stocks à destination du marché européen
12:34pour le remettre à disposition
12:35des patients en France.
12:36Et d'ailleurs, le Lévotirox
12:37va alors s'appeler le Tirox.
12:40Et ça va être l'ancienne formule
12:41et eux-mêmes disent
12:42« Attention, on ne pourra pas faire ça dans le temps »
12:45puisque eux-mêmes sont en train de basculer
12:46de l'ancienne à la nouvelle formule
12:48dans tous les pays européens.
12:49Comment réagissent les patients à ce moment-là ?
12:51C'est un soulagement pour les patients
12:52à ce moment-là
12:53de savoir que leur ancien Lévotirox
12:55va être de retour
12:56avec toujours cette inquiétude
12:58de « Qu'est-ce qui va se passer
12:59quand il n'y en aura plus ? »
13:00C'est vraiment suite à la mobilisation des patients
13:02que la ministre a fait marche arrière ?
13:03Clairement, on peut dire
13:05que la pression des patients
13:06a fait plier les autorités de santé, oui.
13:10À la suite des plaintes de l'été,
13:11une enquête est ouverte.
13:12Elle est confiée à des magistrats marseillais.
13:15Pourquoi ?
13:15C'est le pôle de santé publique de Marseille
13:17qui ouvre l'affaire.
13:18Il faut savoir que dans l'affaire
13:19de Lévotirox,
13:20il y a des milliers de plaintes
13:21qui ont été déposées
13:22un petit peu partout en France.
13:24Soit pour tromperie aggravée,
13:25soit pour mise en danger
13:26de la vie d'autrui.
13:27Il y a également des plaintes
13:29pour défaut d'information.
13:31Certaines d'ailleurs ont été arbitrées
13:32et les patients ont été déboutés.
13:33Qu'est-ce que les patients
13:35attendent de cette enquête ?
13:36Les patients de cette enquête,
13:37ils nous disent attendre
13:38la reconnaissance d'un statut de victime.
13:40Sur le fond,
13:41ils espèrent que leur ancienne formule
13:44du médicament va pouvoir être de nouveau
13:47de manière pérenne sur le marché.
13:56Malgré des mois de mobilisation,
13:58en avril 2018,
13:59le gouvernement annonce
14:00que l'ancienne formule du Lévotirox
14:02ne sera plus disponible
14:03après la fin de l'année.
14:04et vous réalisez que déjà,
14:06à ce moment-là,
14:07beaucoup de patients se procurent
14:09l'ancienne formule,
14:10mais à l'étranger.
14:11Oui, absolument.
14:12D'ailleurs, on a fait la route
14:13avec certains d'entre eux,
14:15notamment une patiente
14:15qui s'appelle Annie.
14:17On l'a accompagnée.
14:18Elle habite à une trentaine de kilomètres
14:19de la frontière belge,
14:21donc pas très loin.
14:22Donc, on est partis
14:23et on est allés à Kievrin,
14:24qui est à la frontière belge.
14:25Donc, on fait la route.
14:26On va dans la première pharmacie
14:28que l'on trouve à Kievrin.
14:30Et là, c'est un vendredi.
14:31Il est 15h,
14:32on n'a pas annoncé notre venue,
14:34absolument pas.
14:34Et la pharmacienne
14:36n'est absolument pas étonnée
14:37de nous voir.
14:37Et elle dit à Annie
14:39qu'elle est la sixième patiente du jour,
14:41la sixième patiente française
14:42à venir se procurer
14:43de l'ancien Lévotirox.
14:44Des patients français
14:45qui vous emmènent une ordonnance
14:46pour de Lévotirox,
14:47c'est fréquent ?
14:48Oui, très fréquent.
14:50On va dans la pharmacie à côté.
14:51La pharmacie à côté
14:52a déjà reçu cinq patients français.
14:53Mais dans ce cas-là,
14:54les patients français,
14:55j'imagine, ne sont pas remboursés ?
14:57Oui, absolument.
14:57Ils l'achètent de leur poche.
14:58Alors, ce qu'il faut savoir,
14:59c'est que le Lévotirox,
15:00c'est un médicament
15:01qui est très peu cher.
15:04Il y a certains cas
15:05de morts suspectes
15:06de patientes
15:07qui prenaient du Lévotirox
15:09et leur famille
15:10mettent en cause
15:11le changement de formule.
15:12Même si aujourd'hui,
15:14on ne peut pas dire
15:15qu'il y a des morts
15:15du Lévotirox.
15:16Mais en tout cas,
15:17il y a eu des décès suspects.
15:19Ce qui fait qu'en fait,
15:20le Parquet de Marseille
15:21a élargi son enquête ouverte
15:22contre X
15:23au chef de homicide involontaire.
15:25En mars 2019,
15:26une nouvelle analyse du médicament
15:28est effectuée
15:29et elle montre
15:29que les deux formules
15:30ne sont pas substituables
15:32pour tous les patients.
15:33Le Lévotirox nouvelle génération,
15:35selon une étude franco-britannique,
15:36ne fonctionnerait pas
15:37de la même façon
15:38sur l'ensemble des patients
15:39et ce, pour 60% d'entre eux,
15:42dont beaucoup réclament
15:43depuis longtemps.
15:44On sait un retour
15:45à l'ancienne formule.
15:46C'est important
15:46parce que jusqu'alors,
15:48les études ne donnaient
15:49pas raison aux patients.
15:50Les études,
15:50elles montraient
15:51que la nouvelle formule
15:52était la copie exacte
15:53de l'ancienne formule
15:54et qu'il n'y avait pas de problème
15:55de ce qu'on appelle
15:55la bioéquivalence.
15:57Finalement, les études de Merck,
15:58elles se sont basées
15:59sur des moyennes
16:00et non pas sur la réaction
16:03individuelle des patients.
16:04Or, on ne soigne pas
16:05des moyennes,
16:05on soigne des malades.
16:07Là, c'est la première fois
16:08qu'il y a un petit caillou
16:09dans la machine.
16:10C'est un coup dur pour Merck ?
16:11C'est un coup dur pour Merck
16:13qui, lui, va se défendre.
16:14Il va dire
16:14« Mais nous, nos études,
16:15elles sont réglementaires ».
16:16Et c'est vrai,
16:17elles sont réglementaires,
16:18ce qui fait qu'aujourd'hui,
16:19il y a de nouvelles voies
16:20qui demandent
16:20à ce qu'il y ait
16:20une nouvelle réglementation
16:22dans les études.
16:22Donc, c'est légal,
16:24mais évidemment,
16:25ça va relancer
16:25et ça va conforter
16:26les patients
16:27dans leur volonté
16:28d'aller plus loin.
16:30Coup de théâtre,
16:31en juin 2019,
16:32l'Autorité de Sûreté
16:33du Médicament,
16:33l'ANSM,
16:34conclut qu'il y a
16:35absence de toxicité
16:37propre de la nouvelle formule
16:39et affirme
16:39qu'il n'y a pas
16:40d'augmentation
16:41de problèmes de santé graves.
16:42En fait,
16:43ce qu'on voit dans cette affaire,
16:44c'est que c'est un petit peu
16:44étude contre étude.
16:45C'est-à-dire qu'on a
16:46cette étude qui dit
16:47« Il y a un problème ».
16:48L'ANSM qui rétorque
16:50un mois après,
16:50il n'y en a pas.
16:51Les deux chercheurs
16:52qui vont récidiver
16:53quelques semaines après
16:54en disant « Mais si,
16:55il y a un problème ».
16:56Et on est comme ça
16:56sur étude contre étude.
16:58Florence Méréo,
16:59dans quelques semaines,
16:59l'ancienne formule
17:00du Levothyrox
17:01ne sera plus du tout
17:02disponible en France.
17:03Comment les patients
17:04que vous avez rencontrés
17:06et à qui vous parlez
17:07se sentent aujourd'hui ?
17:08Ils sont inquiets.
17:10Aujourd'hui,
17:10il y a 122 000 personnes
17:12qui prennent de l'Ethyrox,
17:13donc l'ancienne formule
17:15du Levothyrox
17:15importée d'Allemagne.
17:17Et pour l'instant,
17:18ils n'ont pas envie
17:18d'en changer.
17:19Ce qui est un petit peu
17:20d'ailleurs problématique
17:21parce qu'il faut quand même
17:22dire qu'aujourd'hui,
17:23il y a 6 alternatives
17:24au Levothyrox.
17:25Donc, il y a des médicaments
17:26qui sont sur le marché.
17:27Mais ces patients,
17:28ils disent « Mais moi,
17:29je le supporte très bien,
17:30mon ancien Levothyrox.
17:31Pourquoi est-ce que
17:32j'irais me restabiliser
17:33qu'un nouveau médicament
17:34alors que ce médicament,
17:35il me convient ? »
17:36Sauf que, clairement,
17:38les autorités de santé
17:39et le laboratoire
17:40sont sur la ligne
17:41du passage total
17:42à la nouvelle formule
17:43avec un horizon début 2020.
17:46Que demandent les patients
17:47aujourd'hui ?
17:48Les patients,
17:48aujourd'hui,
17:49demandent un moratoire.
17:50Ils demandent
17:50à ce que tout cela
17:52soit réévalué
17:53afin de voir
17:54s'il est possible
17:55de pérenniser
17:55l'ancienne formule
17:56du Levothyrox.
17:57Est-ce qu'un geste
17:57va être fait
17:58dans leur direction ?
17:59Il y a beaucoup
18:01de réunions
18:01qui sont organisées.
18:02Il y a des comités
18:02de suivi
18:03qui sont faits
18:03au ministère de la Santé.
18:05Jeudi dernier,
18:06il y a eu une réunion
18:07qui a été organisée
18:08avec les associations
18:09de patients.
18:10Il y a un nouveau
18:10comité de suivi
18:11qui est organisé
18:12début janvier.
18:13Donc, le dialogue,
18:14il n'est pas rompu.
18:15Mais pour l'instant,
18:16chacun campe
18:17sur ses positions,
18:18à savoir que les malades
18:19demandent le retour
18:21de l'ancienne formule
18:21et les autorités
18:22assurent que c'est
18:24la nouvelle
18:24qui est la meilleure.
18:25Pourquoi est-ce que
18:25le laboratoire Merck
18:27et l'autorité
18:28de santé du médicament
18:29assument cette décision
18:30malgré toutes
18:30les protestations
18:31des patients ?
18:32Parce qu'eux,
18:33ils s'en réfèrent
18:33à leurs études
18:34et leurs études
18:35montrent que
18:36la nouvelle formule
18:37est plus stable
18:38dans le temps,
18:38donc meilleure
18:39pour l'organisme.
18:40Et le fait est
18:41qu'aujourd'hui,
18:42tous les pays européens
18:43sont en train
18:44de basculer
18:44de l'ancienne
18:45à la nouvelle formule
18:46et qu'ils ne veulent pas
18:47créer une poche
18:48franco-française
18:49pour assurer aux patients
18:51la mise à disposition
18:52de cet ancien
18:52lévothyrox.
18:55Aujourd'hui,
18:56deux ans et demi après,
18:57est-ce que la crise
18:57est terminée ?
18:58La crise,
18:59elle n'est pas terminée.
19:00Tout n'est pas réglé
19:01dans l'affaire
19:01du lévothyrox.
19:02Déjà parce que,
19:03un,
19:03il y a toujours
19:04ces 122 000 patients
19:05qui sont en attente
19:06de savoir
19:06quels médicaments
19:07ils vont avoir.
19:07Et ensuite,
19:08parce qu'il y a
19:09une véritable crise
19:11de confiance
19:11qui s'est créée
19:13avec l'affaire
19:13du lévothyrox.
19:15Le grand effet indésirable
19:16de l'affaire du lévothyrox,
19:17c'est la méfiance,
19:19voire parfois la défiance
19:20qui s'est créée
19:21entre les patients
19:21et les médecins.
19:22Et ça,
19:23c'est un mal
19:23qu'il va falloir réparer
19:24sinon on va avoir
19:25ce type de problème
19:26sur beaucoup de médicaments.
19:27C'est-à-dire que concrètement,
19:28aujourd'hui,
19:28on ne sait pas pourquoi
19:29tous ces patients
19:30se sont pleins
19:30d'effets indésirables ?
19:31Aujourd'hui,
19:32il y a toujours
19:32un mystère
19:33autour de l'affaire
19:34lévothyrox,
19:34d'où le fait
19:35que certains demandent toujours
19:37que soit menée
19:38une grande étude scientifique
19:39pour mieux comprendre.
19:44Merci à Florence Méréo.
20:01Et vous pouvez nous écrire
20:09directement
20:10codesource
20:11at leparisien.fr
20:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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