- il y a 9 heures
Le 23 avril 2008, en Corse, à Porto-Vecchio, Richard Casanova est tué par balles. Il était considéré par les policiers comme un pilier du gang de la Brise de mer. Cet automne, Claude Chossat sera jugé pour son assassinat. Interpellé en 2009, cet ancien membre de la Brise de mer a fait le choix de parler aux enquêteurs sur procès verbal, pour rompre avec un milieu qu’il juge mortifère. Aujourd’hui, Claude Chossat vit libre, mais sous la menace permanente d’un règlement de compte. Dans cet épisode de Code source, Eric Pelletier, grand reporter au service Police Justice du Parisien retrace son histoire, et Claude Chossat témoigne. Il raconte comment il se cache de ses ennemis, et dit craindre un retour en prison alors qu’il a bafoué les règles du milieu. Crédits : Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - - Production : Clara Garnier-Amouroux et Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian - Archives : LCI, France 2, France 3
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi.
00:02Cet été, l'équipe de Côte-Source vous propose une série de portraits de 5 grands bandits français
00:07en Corse, à Lyon, en région parisienne, des récits de repentis, de braquages et d'évasion.
00:15Âge 48 ans, profession braqueur multirécidiviste, surnom le roi de l'évasion.
00:21C'est la première fois que je vois un personnage de ce type
00:25qui en fait va vivre sa vie de bandit comme un scénario de film.
00:30Il est libre mais certainement très surveillé.
00:33Tony Muselin est sorti dimanche.
00:36C'était gangster, gangster, gangster.
00:38Vous n'allez pas m'énerver, c'est ce que je veux dire, on va tout faire péter.
00:54Le 23 avril 2008, en Corse, à Porto Vecchio, Richard Casanova est tué par balle.
01:01Il est considéré par les policiers comme un pilier du gang de la brise de mer.
01:05Cet automne, un ancien membre du même clan sera jugé pour son assassinat,
01:09interpellé en 2009, Claude Chaussat a fait le choix de parler aux enquêteurs sur procès verbal
01:14pour couper avec un milieu qu'il juge mortifère.
01:18Libre aujourd'hui, le repenti vit sous la menace d'une exécution.
01:22Il va répondre à nos questions mais d'abord, on vous raconte son histoire avec Eric Pelletier,
01:27grand reporter au service police-justice du Parisien.
01:41Eric Pelletier, qui est Claude Chaussat ?
01:43Il faut imaginer un homme de 42 ans, athlétique, svelte, le visage un peu taillé à la serpe,
01:50mais finalement qui est passe-partout.
01:51C'est d'ailleurs l'anonymat, c'est la condition de sa survie au sens physique du terme.
01:58Mais c'est quelqu'un, quand on le croise, quand on le connaît, quand on prend un verre avec lui,
02:03qui surprend parce qu'on s'attache tout de suite à ce regard qui est sans arrêt aux aguets.
02:08Et d'ailleurs les policiers ont remarqué ça très tôt.
02:10Il a une sorte de mémoire visuelle qui lui permet de photographier,
02:15d'identifier tout ce qui se passe autour de lui.
02:17Et notamment, il a une mémoire absolument incroyable des plaques d'immatriculation.
02:20Il suffit qu'une voiture passe et il enregistre cette plate d'immatriculation.
02:24S'il la voit repasser de nouveau, cette voiture, il se met en alerte et aux aguets.
02:28Où est-ce qu'il a grandi et dans quel milieu ?
02:30Comme son nom ne l'indique pas, Claude Chaussat est Corse.
02:34Il a grandi dans une famille stable, avec une mère qui est fonctionnaire, un père à l'EDF,
02:40dans un petit village qui est à quelques kilomètres d'Ajaccio, sur la route de Bastia.
02:45Et puis il fait ses études assez classiques au collège.
02:48Sa mère d'ailleurs dit aux policiers qui vont l'interroger.
02:50En fait, mon fils était calme, voire étrangement calme, selon les professeurs,
02:54qui s'inquiétaient de ce calme apparent.
02:56Et puis sa vraie nature va se révéler un peu plus tard,
02:59lorsqu'il est non plus au collège mais au lycée des Salines,
03:02c'est un quartier populaire d'Ajaccio.
03:03Et là, sa vie change du tout au tout.
03:05Il devient un petit voyou d'Ajaccio et il plonge dans le grand bain de la délinquance.
03:10« Entrer dans le monde des voleurs, braqueurs, escrocs,
03:14c'est comprendre les rapports parfois ambiguës que ces gangsters entretiennent avec le monde politique. »
03:19Et en 2000, il va donc faire de la prison.
03:21« Pas dans n'importe quelle prison, c'est la prison de Borgo, au sud de Bastia.
03:27Et on a l'habitude de dire que dans cette enceinte pénitentiaire,
03:30ceux qui font la loi, ce ne sont pas les matons, ce sont les prisonniers eux-mêmes.
03:34Il est à l'unité 3, mais c'est encore un jeune membre du banditisme qu'on ne calcule pas
03:40trop,
03:41jusqu'à ce qu'arrive le ponte, le parrain précédé de sa légende, c'est-à-dire Francis Mariani.
03:48Francis Mariani, il faut en dire un mot, c'est le pilier, le chef de la Brise de Mer,
03:53qui est un gang mythique né dans les années 1970 à Bastia
03:57et qui a grandi par la terreur, par le racket, par l'intimidation,
04:00et qui fait donc son entrée en majesté dans cette prison,
04:05et pas n'importe où, dans cette fameuse unité 3, où se situe Claude Chaussat.
04:09La Brise de Mer, c'était quand même une institution qui avait, on va dire, la main sur tout.
04:15C'était les affaires de nuit, c'était les cercles de jeu, c'était tout.
04:19Ils avaient la main mise sur le BTP, des pressions sur les élus.
04:23Oui, on les retrouve partout.
04:25Comment est-ce que Claude Chaussat gagne la confiance du parrain Francis Mariani ?
04:29Il faut raconter cette anecdote qui paraît absolument surréaliste.
04:33La prison de Bourgault a connu beaucoup d'évasions, rocambolesques,
04:36mais alors celle-ci, c'est l'évasion par fax.
04:38C'est-à-dire que le parrain Francis Mariani, trouvant le temps long en détention,
04:43va organiser depuis sa prison sa libération,
04:47en demandant à l'un de ses amis à l'extérieur d'envoyer aux grèves de la prison un faux
04:51ordre de libération.
04:52Veuillez libérer ce jour Francis Mariani.
04:55Chaussat est témoin de tout ça.
04:56Il est témoin des préparatifs, des appels, etc.
04:59Et il observe le 31 mai 2001, la sortie en majesté par la grande porte de Francis Mariani
05:05qu'on vient de libérer sur la foi d'un fax qui est totalement bidon
05:09et qui ne provient pas du tout du juge d'instruction.
05:12À la sortie, bien évidemment, lui, Chaussat n'en dira rien.
05:15Il y a cette vieille expression corse qui dit « aqua im boca »,
05:17c'est-à-dire l'eau dans la bouche, l'invitation au silence.
05:20Et finalement, il a fait ses preuves.
05:21Et quand il sort de la prison de Borgo, il est adoubé par Francis Mariani.
05:26Ensemble, qu'est-ce qu'ils vont faire dans les années qui suivent ?
05:29Ils forment un duo, alors un duo déséquilibré.
05:31Mais il y a le parrain, Francis Mariani, et Chaussat, son homme à tout faire, son garde du corps.
05:36Donc il est présent au moment des raquettes, des intimidations.
05:40Il le conduit partout et il veille sur lui.
05:43Le 23 avril 2008, en Corse du Sud, à Porto Vecchio, avec Francis Mariani,
05:49Claude Chaussat se retrouve directement impliqué dans un règlement de compte.
05:53Un certain Richard Casanova est tué par balle avant d'aller plus loin.
05:57Qui est Richard Casanova ?
05:58C'est un personnage hors normes du banditisme.
06:00On pourrait même dire qu'il a dépassé le stade du simple voyou
06:04et qu'il est entré dans le monde des affaires.
06:06Il y a 14 ans, le 25 mars 1990,
06:09un commando armé pénètre dans les locaux du siège de la banque de l'UBS, à Genève.
06:15Les gardiens maîtrisés, les alarmes bloquées,
06:18les gangsters vident les coffres et s'emparent de 125 millions de francs, 19 millions d'euros.
06:23L'enquête a mis des années avant d'aboutir.
06:26L'énorme butin n'a jamais été retrouvé.
06:29Grand absent de ce procès, Richard Casanova,
06:31que l'on voit ici sur une photo prise il y a plus de 20 ans.
06:34C'est le cinquième mis en examen.
06:36En cavale depuis 1993, peu de chances qu'il réponde à la convocation de la cour d'assises de Paris.
06:42Un personnage très intelligent.
06:44On me raconte qu'il voyageait par exemple dans l'avion d'un chef d'état africain,
06:48qu'il négociait des contrats à l'étranger.
06:51Et c'est finalement l'antithèse de Francis Mariani.
06:54Mais ils ont grandi dans le même giron, celui de la brise de mer.
06:58Et en 2008, ils se haïssent.
07:03Que se passe-t-il donc le 23 avril 2008 à Porto Vecchio ?
07:07Il y a un pick-up noir qui rentre dans une concession automobile,
07:11qui s'arrête et un homme en descend.
07:13Cet homme est habillé en jean avec un polo lacoste.
07:16Il s'agit donc de Richard Casanova, celui qu'on surnomme le roi Richard.
07:20Il rentre dans la concession, il ressort une dizaine de minutes plus tard.
07:24Et là, une rafale est lâchée.
07:26Cette rafale est tirée depuis un bosquet d'arbres de lauriers roses.
07:31Et Richard Casanova meurt sur le coup,
07:33avec plus de 3000 euros en liquide dans la poche de son jean
07:37et 3000 autres euros à la main.
07:42L'un des piliers du gang corse de la brise de mer a été abattu ce matin à Porto Vecchio.
07:48Richard Casanova serait par ailleurs l'un des protagonistes du siècle.
07:53Il y en a à peu près un ou deux par an.
07:55Dans une banque de Genève, c'était il y a 18 ans.
07:58Claude Chossa ne conteste pas du tout être présent.
08:00D'ailleurs, il va raconter dans le détail cette scène.
08:03Il va évidemment donner sa version.
08:05Lui explique qu'il est venu avec son boss, Francis Mariani,
08:08pour surveiller cette concession automobile
08:10et surveiller le gérant qui est affilié au clan d'en face, celui des Casanova.
08:15Et puis, dit-il, il voit bien arriver ce pick-up noir
08:19et surgit son boss, Francis Mariani, armé d'une arme de guerre.
08:26Et c'est donc ce même Francis Mariani qui tire sur son rival.
08:29Et c'est l'explication que donne Claude Chossa.
08:31Claude Chossa donc est suspecté par la justice française d'avoir commis l'assassinat en fait.
08:36Il est soupçonné d'assassinat, de complicité d'assassinat
08:40et d'association de malfaiteurs, autant de charges qu'il conteste.
08:43Francis Mariani, le patron de Claude Chossa, va mourir neuf mois plus tard,
08:48en janvier 2009, tué dans une explosion.
08:51Alors, après l'assassinat de Porto Vecchio,
08:53on sait que les deux hommes, Francis Mariani et Claude Chossa, sont en cavale.
08:58Et puis, survient en janvier 2009, une énorme explosion dans un hangar à l'école.
09:03Et je me souviens d'un gendarme qui est arrivé sur place
09:05et qui me racontait cette scène, qui me la décrivait.
09:07Il me disait, moi, en arrivant, j'ai cru à un crash d'avion.
09:14Au sein de la brise de mer, c'est la panique.
09:15Il faut imaginer le parrain tué dans des circonstances non élucidées.
09:20En réalité, au sein de la brise de mer, on pense tout de suite à un assassinat
09:24venu du clan d'en face avec, sans doute, et c'est là où on arrive sur Claude Chossa,
09:29des complicités internes au sein de la brise de mer.
09:31Des gens qui ont donné la planque de Francis Mariani.
09:34Il fallait savoir qu'il se retrouvait là au mois de janvier 2009,
09:38dans cet endroit qui est absolument au bout du monde.
09:40Et donc, tout le monde soupçonne tout le monde.
09:42Et Claude Chossa fait figure de possibles traîtres aux yeux de la brise.
09:47Claude Chossa lui-même, est-ce qu'il va subir des représailles ?
09:49Quelques semaines plus tard, on lui fixe rendez-vous dans la montagne.
09:52Et alors même qu'il se rend à ce rendez-vous en moto,
09:55il observe une voiture qui, à son passage, le suit, le rattrape.
10:00Et qu'à ce moment-là, on tire sur lui à coup de chute de chasse,
10:03il s'en sort par miracle, il saute dans le ravin.
10:05Et lui, à partir de ce moment-là, n'a aucun doute,
10:08le coup est parti de ses ex-amis de la brise de mer.
10:12Et de ce fait, il cherche à fuir la Corse, lui et sa famille,
10:16et ils vont s'installer loin de l'île, en Suisse en l'occurrence.
10:21Et Claude Chossa sera arrêté en septembre 2009, dans quelles conditions ?
10:24Il repasse la frontière en France, il est en haut de Savoie,
10:27il est sur le parking d'un supermarché.
10:28Et là, il est arrêté par la BRI, la brigade de recherche et d'intervention,
10:33et emmené immédiatement à Marseille,
10:36où il doit répondre à un certain nombre de dossiers,
10:38puisqu'on va lui poser des questions sur une demi-douzaine d'affaires non élucidées
10:41dans lesquelles il pourrait être impliqué.
10:43Toute la Corse sait que l'auteur des tirs sur Richard, c'est Francis Marianne.
10:48Et aujourd'hui, on essaye de m'imputer ça à moi,
10:52moi qui ne le connaissais pas, qui ne l'avais jamais vu, jamais rencontré.
10:55Et du jour au lendemain, je serais venu à Porto Vec, tout seul, sans raison, commettre ce crime.
11:03Je pense qu'on marche sur la tête.
11:05Pendant sa garde à vue à Marseille, fin 2009,
11:07quelle est l'attitude de Claude Chossa quand il est en face des enquêteurs ?
11:11Il est sous la pression, sous la pression des questions concordantes,
11:16et finalement, il va se demander quel peut être l'échappatoire.
11:20Comment il pourrait se sortir de cette nasse judiciaire qui est en train de l'emprisonner ?
11:24Donc il explique très bien dans son livre qu'à ce moment-là,
11:27il essaie de dealer avec les enquêteurs,
11:30et de dire, écoutez, voilà, moi je suis prêt à parler,
11:34en échange, quelle garantie êtes-vous prêt à me donner ?
11:37C'est rare qu'un membre du milieu, notamment en Corse, parle aux enquêteurs ?
11:41Non, ce n'est pas rare, contrairement à ce qu'on pourrait penser.
11:43On imagine que l'OMERTA est absolument imperméable.
11:47En réalité, c'est un peu différent.
11:49En Corse, on parle beaucoup, en garde à vue,
11:53mais on refuse de consigner tout ça sur procès verbal.
11:56Et Chossa fait un choix totalement différent.
11:58Et c'est sans doute inédit.
12:00C'est-à-dire que toutes les déclarations qu'il va faire à partir de ce moment-là,
12:05il les signe, il les contresigne, il les écrit,
12:08et il révèle les coulisses de la brise de mer,
12:11le racket, les inimitiés, les homicides, le BTP,
12:15les revenus colossaux qui viennent des cercles de jeux parisiens,
12:18notamment du Vagram.
12:19Tout ça, il est décrit noir sur plan, sur procès verbal,
12:23et en signant ces procès verbaux.
12:27Et qu'est-ce qu'il obtient en échange de son témoignage sur procès verbal ?
12:30Il y a un élément très concret qui ne peut pas être contesté,
12:34c'est que le juge d'instruction, moins de trois ans après,
12:37va décider d'une remise en liberté.
12:39Ce qui est évidemment rarissime dans ce type de dossier,
12:42où généralement, on attend en détention de passer en procès.
12:47Chossa va obtenir de sortir libre,
12:50libre mais très exposé.
12:51En février 2012, Claude Chossa retrouve la liberté,
12:55mais il sort, évidemment sans protection,
12:58il va devoir assurer lui-même sa sécurité.
13:00Qu'est-ce que ça veut dire, assurer sa sécurité ?
13:02N'oublions pas qu'il est accusé par un camp
13:04d'avoir tué le boss Richard Casanova,
13:07et par l'autre, d'avoir trahi le parrain Francis Mariani.
13:11Donc lui va tenter de survivre.
13:13Claude Chossa n'a pas le statut de repenti.
13:14Non, Chossa n'a pas le statut de repenti.
13:17On pourrait dire que c'est un repenti de fait,
13:19mais pas un repenti de droit.
13:20Claude Chossa qui est au téléphone avec nous.
13:24Évidemment, l'endroit où il vit est tenu secret.
13:25Claude Chossa, merci de témoigner dans Code Source pour le Parisien.
13:29Au quotidien, précisément, quelles mesures vous prenez pour votre sécurité ?
13:33Aujourd'hui, je ne bénéficie d'aucune protection,
13:36d'aucune aide financière,
13:37et je me retrouve avec toutes les contraintes du repenti.
13:41Quelles sont ces contraintes ?
13:43Se protéger de soi-même, du milieu et de toutes ses passerelles,
13:47prendre énormément de précautions,
13:49se débrouiller financièrement,
13:52se débrouiller dans la vie professionnelle aussi.
13:55Vous faites quoi pour gagner votre vie ?
13:56Je suis en fait dans l'immobilier,
13:59je suis commercial.
14:01Donc pour gagner ma vie, il faut que je fasse énormément de rendez-vous,
14:04il faut que je concrétise des projets.
14:06Et c'est vrai qu'au quotidien, c'est compliqué.
14:08Je n'ai pas droit à une identité d'emprunt,
14:10vu que je ne fais pas partie du programme du statut de repenti.
14:13Parce que bon, moi, mon problème, c'est que
14:15dès que quelqu'un tape mon nom sur Google,
14:17pour un employeur,
14:19l'employeur prend vite peur.
14:21Pour organiser mes rendez-vous,
14:23je suis obligé de prendre énormément de précautions,
14:25de vérifier avec qui j'ai rendez-vous,
14:28c'est-à-dire de réunir beaucoup d'informations
14:30pour savoir si ce n'est pas quelqu'un qui m'a tendu un piège.
14:32Et souvent, c'est un cauchemar,
14:34parce qu'on ne peut pas travailler normalement dans ces conditions.
14:37À un moment, je sais que vous n'utilisiez pas la sécurité sociale pour ça,
14:41c'est toujours le cas ?
14:42Oui, j'utilise la sécurité sociale,
14:44sauf que la sécurité sociale,
14:45je suis domicilié à 700 bornes de chez moi.
14:49Donc voilà, je suis obligé de prendre un appartement
14:51dans une région qui me sert juste de boîte à lettres
14:54pour justement mettre des barrières dans ma vie.
14:57Le plus dur au quotidien,
14:58c'est de ne pas pouvoir vivre comme tout le monde,
15:01dans un esprit de tranquillité,
15:03d'être toujours sous le coup de la méfiance,
15:05toujours sous le coup de la paranoïa.
15:07À un moment donné, ça fatigue, ça use.
15:10Je me suis repenti.
15:11On a donné énormément de garanties
15:14pour l'obtention d'un statut
15:16et pour justement une vie meilleure dans le futur.
15:20Mais toutes ces garanties qu'on m'a données
15:21n'ont pas été respectées.
15:23Donc après, le problème,
15:24c'est qu'il faut vivre avec toutes les déclarations que j'ai faites.
15:27C'est-à-dire que moi, j'ai permis à la magistrature
15:30qui aujourd'hui se cache derrière son petit doigt
15:33de résoudre beaucoup d'affaires,
15:35de comprendre le fonctionnement du banditisme en Corse
15:38et surtout le fonctionnement financier.
15:40Et je me suis retrouvé, à un moment donné,
15:43lâché par certains magistrats.
15:45Être un vrai repenti,
15:46avoir le statut officiel de repenti,
15:48reconnu par la justice,
15:49qu'est-ce que ça changerait dans votre vie ?
15:51À aujourd'hui, le statut à la française,
15:53ça ne vaut pas grand-chose.
15:55C'est-à-dire qu'il faudrait évoluer
15:57sur un statut à l'italienne ou à l'américaine.
16:00C'est-à-dire que déjà,
16:01les Américains ou les Italiens,
16:03quand il y a un repenti qui rentre dans le programme,
16:06il est éloigné de l'endroit où il a des problèmes.
16:10Ici, le repenti reste en France
16:13et en fait est dans des obligations judiciaires
16:16de pointage, de contraintes de signature dans des commissariats.
16:19J'ai été remis en liberté en 2012,
16:21donc 7 ans et demi,
16:24que tous les 15 jours,
16:25je vais signer dans un commissariat.
16:27Un jour bien précis, à une heure bien précise.
16:29Ce qui est dangereux.
16:30Voilà, ce qui est dangereux.
16:31Donc à un moment donné,
16:32je pense qu'on marche sur la tête.
16:38Éric Pelletier,
16:39on entend un Claude Chaussat très critique
16:41à propos du statut de repenti à la française.
16:43Déjà, ça existe depuis combien de temps en France ?
16:45Ça existe depuis longtemps,
16:47mais c'est mis en pratique depuis peu.
16:48Cet outil de la lutte contre la criminalité organisée
16:52date de 2004.
16:53C'est ce qu'on appelle la loi PERBEN
16:55qui vise la lutte contre la criminalité organisée.
16:57Mais les décrets d'application,
16:59ce qui permet d'appliquer la loi,
17:01ne datent que de 2014.
17:03Il y a sans doute deux raisons à ça.
17:05Peut-être des réticences
17:06de la part de certains membres de la justice
17:10qui considèrent qu'il pourrait y avoir
17:12une forme d'exemption des peines.
17:14Ce qui n'est pas le cas.
17:14En réalité, un repenti doit répondre de ces crimes.
17:17Et par ailleurs, une notion,
17:19comme toujours en France, très concrète,
17:21qui est celle de l'argent.
17:22Ce programme coûte cher,
17:24très cher et très lourd à mettre en place.
17:26La France est très en retard
17:28sur la conception même du repenti.
17:30En France, on parle de collaborateurs de justice.
17:33Il y a une exemption plus grande
17:34dans les pays anglo-saxons
17:37et en Italie, par exemple.
17:38Un repenti qui passe à table
17:40a absolument sa sécurité
17:41qui est prise en compte
17:43et il peut s'attendre à des réductions de peine.
17:45En France, c'est très, très différent.
17:46La sécurité, en théorie,
17:48est prise en compte,
17:49donc de manière très concrète.
17:51On va extraire la personne
17:53de son milieu d'origine,
17:55lui permettre d'avoir une nouvelle identité,
17:58lui permettre d'avoir un salaire
17:59au moins pendant trois ans
18:00de manière dégressive
18:02et évidemment,
18:03lui offrir ainsi qu'à sa famille
18:05un logement.
18:05Il y a combien de repentis
18:06officiellement en France ?
18:07On évalue,
18:08puisque le chiffre est secret,
18:10on évalue à une dizaine
18:11de personnes,
18:12le nombre de membres du milieu
18:15qui ont obtenu
18:16le statut officiel
18:17de repentis en France.
18:18Qu'en pensent les enquêteurs français ?
18:19Est-ce qu'il faudrait renforcer
18:20le statut de repentis en France ?
18:21Les enquêteurs spécialisés
18:22sont clairement favorables
18:23au statut,
18:24mais considèrent qu'en l'État,
18:25et ce statut,
18:26reste encore artisanal
18:27et que tout est à inventer
18:29et que, bien évidemment,
18:30les moyens mis en œuvre
18:31pour lutter contre la grande criminalité
18:33sont bien trop faibles.
18:36Aller en prison
18:37pour quelqu'un
18:38qui a enfreint la règle
18:40avec le milieu,
18:40c'est un enfer.
18:42C'est-à-dire que
18:43tout le monde pense
18:45qu'en prison,
18:46on peut mettre
18:46quelqu'un en sécurité.
18:47Je pense que vous avez suivi
18:49un petit peu
18:49l'affaire du double assassinat
18:51de Porrette.
18:52C'est une gardienne de prison
18:54qui donne des dates de sortie
18:56d'un détenu.
18:57C'est une gardienne de prison
18:58qui fait le guet ce jour-là.
19:00C'est une gardienne de prison
19:02qui va aussi empoisonner
19:04un deuxième détenu.
19:05Donc après,
19:06on me parle de fiabilité
19:08dans l'administration pénitentiaire
19:10aujourd'hui.
19:10Il y a énormément de failles
19:12et les seuls
19:13qui ne se rendent pas compte,
19:14c'est ceux qui sont
19:15à la tête de ce système.
19:16Pour quelqu'un comme moi,
19:17la prison, c'est la mort.
19:18Après, je vous dis,
19:19la peur, moi,
19:20je la mets de côté.
19:21Moi, je voudrais juste
19:22qu'un jour,
19:23s'il arrive quelque chose,
19:24il y ait vraiment
19:25des gens qui prennent
19:26leurs responsabilités
19:27et qui puissent être en mesure
19:29de dire à mon épouse,
19:31à mes enfants,
19:32voilà,
19:32M. Chossa est mort
19:33parce qu'en fait,
19:35nous n'avons pas mesuré
19:36les risques.
19:36Il faudra bien
19:37que quelqu'un assume
19:38s'il arrive quelque chose
19:39dehors ou dedans.
19:41Je me retrouve
19:42à devenir vraiment fataliste
19:44et il arrivera
19:45ce qu'il arrivera.
19:48Merci, Claude Chossa,
19:49pour ce témoignage.
19:51Éric Pelletier,
19:52on a l'impression
19:53d'entendre parler
19:54un condamné à mort.
19:55Il faut se rendre compte
19:57du milieu
19:57dans lequel on évolue.
19:59On n'est pas au prud'homme.
20:00La vie de Claude Chossa
20:01est exposée.
20:03Lorsqu'il se rendra
20:04au mois d'octobre
20:05à Aix-en-Provence,
20:05s'il n'obtient pas
20:06le dépaysement,
20:07il sera,
20:08comme il le dit lui-même,
20:08en terre ennemie.
20:10C'est-à-dire que
20:10Aix-en-Provence,
20:12c'est vraiment
20:12la terre du milieu
20:14corso-marseillais,
20:15comme on dit.
20:16Il devra assurer
20:17lui-même sa sécurité.
20:18Donc,
20:19il est évident
20:20qu'il doit répondre
20:21de ses actes.
20:21Il le fera.
20:22Il a promis
20:23de se présenter.
20:24Mais en contrepartie,
20:25on peut se poser
20:26la question
20:26de l'attitude
20:27de l'État,
20:28de l'attitude
20:29de la justice.
20:30Est-ce que la justice
20:31est à même
20:31d'assurer
20:32la sécurité
20:33de ces repentis,
20:35d'assurer la sécurité
20:36de gens
20:36qui ont accepté
20:37de collaborer ?
20:42C'est l'histoire
20:43d'un enfermement,
20:44d'un isolement
20:45et surtout
20:45d'un abandon.
20:46C'est ça,
20:46l'histoire de Claude Chossa,
20:47puisqu'il a fait
20:48le choix de parler.
20:49Et puis,
20:50au-delà de lui,
20:50c'est un test,
20:51un test pour la justice.
20:53S'il arrive malheur
20:54à cet homme,
20:55l'ensemble
20:56du processus
20:57qui vise
20:58à lutter
20:58contre la criminalité
20:59organisée
21:00et notamment
21:00par les repentis,
21:02sera à terre.
21:04Et c'est le milieu
21:04qui aura gagné.
21:05Et pour l'instant,
21:06force est de constater
21:07que Chossa
21:08a été absolument
21:09abandonné
21:09par la justice.
21:14Merci à Éric Pelletier
21:16et Claude Chossa.
21:22Codesources
21:22et le podcast
21:23d'actualité du Parisien,
21:24production
21:25Jeanne Boézek
21:26et Clara Garnier-Amourou,
21:28mixage
21:28Alexandre Ferreira.
21:30Pendant l'été,
21:31Codesources passe
21:31en hebdomadaire.
21:32Vous pouvez retrouver
21:33les épisodes
21:34de cette série
21:34sur les grands bandits
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