- il y a 12 heures
Le jeudi 9 mai 2019, les proches de Sandra, une étudiante de 23 ans, se retrouvent sans nouvelles d’elle. Son corps sera retrouvé trois jours plus tard, dans le coffre de sa voiture. Le 2 février dernier, le principal accusé a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Pour Code source, Denis Courtine, journaliste au service police-justice Île-de-France du Parisien, revient sur cette affaire qu’il a suivi depuis le début.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12En 2019, une étudiante de 23 ans, Sandra, habitante à Créteil dans le Val-de-Marne,
00:17avait disparu mystérieusement d'une supérette Franprix à Quincy-Sous-Sénard dans l'Essonne.
00:23Cette année, le vendredi 2 février, son meurtrier, un Pakistanais de 38 ans,
00:27a été condamné aux assises à 20 ans de réclusion criminelle,
00:31entre un an et trois ans de prison avec sursis pour trois de ses proches
00:35qui l'avaient aidé à cacher le corps de la victime.
00:39Cet épisode de Codesources est raconté par Denis Courtine, du Parisien.
00:42Il a suivi l'affaire depuis le début.
00:44Il travaillait dans notre édition du Val-de-Marne au moment des faits.
00:47Et il fait partie aujourd'hui du service Police-Justice Île-de-France.
00:58Denis Courtine, vous avez couvert cette affaire depuis le début.
01:01En 2019, vous êtes fait diversier dans l'édition du Val-de-Marne du Parisien.
01:06Et au départ, c'est une affaire de disparition inquiétante.
01:09Une jeune fille a disparu le jeudi 9 mai 2019.
01:12Elle s'appelle Sandra, elle a 23 ans.
01:15Tous ses proches la décrivent comme une jeune femme méritante et sans histoire.
01:18Oui, c'est ça.
01:19C'est une jeune femme qui vit à Créteil avec sa mère et sa petite sœur.
01:22Elle vit dans le quartier du Mont-Mélis, un quartier populaire de Créteil.
01:25Elle, elle est étudiante en management à l'université.
01:28Elle se dérouille très bien à l'époque des faits.
01:31Donc, elle est en stage chez un glacier.
01:33Et son boulot, ça consiste en fait à vérifier la visibilité des produits de ce glacier dans les différents points
01:39de vente.
01:40Sandra a une petite sœur qui est 5 ans plus jeune qu'elle.
01:43Et elle, en tant qu'aînée, elle joue un rôle très important dans sa famille.
01:46Oui, elle occupe un rôle de chef de famille depuis notamment la mort de son père, 3 ans plus tôt,
01:50qui est décédé d'un cancer.
01:52Et après la mort du père, c'est Sandra qui a repris ce rôle.
01:56C'est elle notamment qui gérait le budget.
01:58Donc, c'était vraiment elle qui dirigeait la famille à ce moment-là.
02:01Au départ, ce jeudi 9 mai 2019, les proches de Sandra ont le sentiment que l'affaire n'est pas
02:06vraiment prise au sérieux par les autorités.
02:08Oui, alors ça, c'est le grand classique des affaires criminelles.
02:11C'est-à-dire, la famille est évidemment très inquiète.
02:13Elle dépose plainte le soir même de la disparition.
02:16Elle va au commissariat de Créteil.
02:18Et comme souvent dans les disparitions inquiétantes, il faut le savoir, dans l'immense majorité des cas, les gens reviennent
02:23d'eux-mêmes.
02:24Donc, les policiers disent ce qu'ils disent quasiment à chaque fois.
02:26C'est-à-dire, ne vous inquiétez pas, elle va revenir.
02:28Mais sa mère, Jawida, est très inquiète.
02:30Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il inquiète particulièrement ?
02:32Alors déjà, parce qu'elles étaient très proches. Sandra était très proche de sa mère et de sa petite sœur
02:35Indra.
02:36Et juste avant les faits, elle a envoyé des messages à ses proches.
02:40Et notamment un message à sa mère.
02:42Et ce message, c'est, voilà, je finis la tournée, ma tournée des Franprix et j'arrive.
02:46Et depuis plus de nouvelles, du coup, cette maman, Jawida, la sœur Indra et les amis de Sandra se mettent
02:52à sa recherche.
02:53Déjà, ça en dit long sur la personnalité de Sandra.
02:55C'était quelqu'un qui était vraiment très apprécié par ses proches, évidemment, mais aussi par toutes ses amies.
02:59Et dès qu'on signale sa disparition, elle savait que Sandra devait se rendre dans les différents Franprix de l
03:05'Essonne.
03:05Et elles vont remonter toute cette piste.
03:07C'est-à-dire qu'elles vont se rendre dans chaque Franprix pour essayer de retrouver Sandra.
03:11Le dimanche 12 mai 2019, le corps de Sandra est retrouvé grâce aux amis de la victime.
03:17C'est Amina qui est une des deux meilleures amies de Sandra, qui a participé vraiment aux recherches.
03:22Elle rentre, elle est vraiment désespérée.
03:24C'était donc trois jours après la disparition de Sandra.
03:27Elle découvre la voiture de Sandra.
03:29Elle la reconnaît tout de suite.
03:31Elle descend.
03:32Elle voit tout de suite qu'il y a quelque chose qui cloche.
03:34Les deux choses qui cloche, c'est que le siège conducteur est complètement vers l'arrière.
03:39Or, Sandra, elle mesure 1,55 m.
03:40Ce n'est pas normal que le siège soit complètement à l'arrière.
03:43Et d'autre part, il y a un pare-soleil qui est sur la place passager.
03:46Enfin, elle comprend que c'est louche.
03:47Voilà.
03:47Donc, elle appelle tout le monde.
03:49Toutes les copines arrivent.
03:50Les proches arrivent.
03:51Et évidemment, la question, c'est qu'il faut ouvrir la voiture.
03:54Sauf qu'on n'a pas les clés de la voiture.
03:56Donc là, ils appellent la police.
03:57Et la police, au départ, refuse d'intervenir.
04:00Et finalement, ils insistent, ils insistent, ils insistent.
04:02Et il y a une amie qui arrive à retrouver le double des clés.
04:06Quand elle revient avec le double des clés, la police, entre-temps, est arrivée.
04:09Le policier entre-ouvre à moitié le coffre et le referme aussitôt.
04:13Et quand le policier finit par ouvrir complètement le coffre,
04:17les copines voient le visage du policier.
04:20Et elles comprennent tout de suite ce qu'il s'est passé.
04:22Elles poussent un cri.
04:23Elles comprennent qu'il y a le corps de Sandra dans le coffre.
04:31Dans quel état est le corps de Sandra, concrètement ?
04:33Alors déjà, le corps, il a été complètement momifié.
04:37Et avec plein de rubans adhésifs tout au cours du corps de Sandra.
04:41Notamment les yeux.
04:42Ce qui intrigue aussi beaucoup les policiers,
04:45c'est l'état de rigidification du corps
04:46qui est dans un état bien meilleur que ce qu'il aurait dû être.
04:49Que nous apprendra l'autopsie du corps de la victime ?
04:52Le résultat de l'autopsie, c'est que Sandra est morte, étranglée.
04:56Il y a eu des lésions qui ont été constatées sur son corps.
04:59Une lèvre qui avait été tuméfiée.
05:01Enfin, il y a eu aussi des violences qui ont été exercées contre elle.
05:04Il n'y a pas eu de viol.
05:05Très vite, les soupçons se portent sur une supérette Franprix
05:08dans laquelle Sandra s'est rendue le jour de sa disparition,
05:11le jeudi, à Quincy-Soussénard dans l'Essonne.
05:13Oui, tout simplement parce que c'est le dernier endroit
05:15où il y a un signe de vie de Sandra.
05:17C'est là que borne son téléphone.
05:19C'est là que son téléphone a été éteint volontairement.
05:22Et c'est là que l'ont vu, au moins, les clients du Franprix.
05:25Problème, les gérants du Franprix ne donnent pas aux enquêteurs
05:28les images de vidéosurveillance de la supérette.
05:30Les images de vidéosurveillance, ça a été un vrai sujet.
05:33Dans cette enquête, déjà parce que lorsque les policiers
05:35sont remontés dans les différents Franprix
05:37où c'était rendu Sandra,
05:38à chaque fois, ils ont pu retrouver de la vidéosurveillance.
05:40Mais pas dans celui-là.
05:41Et dans celui-là, on a expliqué qu'il y avait un problème.
05:44Ce qu'il y a, c'est que les différentes personnes
05:46qui ont travaillé dans ce Franprix
05:46ont donné une version différente.
05:48Certains ont dit que la vidéosurveillance
05:49ne fonctionnait plus depuis trois jours
05:51et d'autres qu'elle ne fonctionnait plus
05:53depuis plusieurs semaines.
05:55Les policiers et les enquêteurs
05:56ont essayé de retrouver les images de la vidéosurveillance.
05:58Il y a eu un gros travail qui a été fait au niveau technique,
06:00mais ils n'ont pas réussi.
06:01On n'a jamais pu retrouver les images de Sandra dans ce Franprix.
06:04Donc, clairement, dès le départ,
06:06les co-gérants de cette supérette sont suspects
06:08aux yeux des enquêteurs ?
06:09Oui, ils sont suspects
06:10parce qu'il va y avoir un mensonge initial.
06:11Ils ont expliqué que ce jour-là,
06:13il y avait une certaine personne qui travaillait là.
06:15Et très vite, les enquêteurs vont se rendre compte
06:17que cette personne-là, elle était à l'étranger
06:19à l'époque des faits.
06:20Et donc, oui, ça, c'était un mensonge.
06:22Après, ils vont l'expliquer très facilement
06:23et ils vont dire, voilà,
06:24la personne qui travaillait pour nous dans ce Franprix
06:26à ce moment-là,
06:27elle est sans-papiers.
06:28Donc, on n'a pas voulu dire qu'elle n'avait pas de papier.
06:30Donc, on a donné l'identité d'une autre personne de sa famille.
06:33Et cet homme, donc,
06:34qui travaillait à la supérette ce jour-là
06:35et qui était sans-papiers,
06:37c'est forcément lui le principal suspect à présent ?
06:39C'est lui le principal suspect.
06:41Il était tout seul au moment des faits
06:42dans cette supérette, d'après les clients.
06:45C'est forcément la dernière personne
06:46à avoir vu Sandra dans la supérette.
06:48Cet homme se rend aux autorités.
06:50Le lundi 3 juin, il est interpellé.
06:52Qui est-il ?
06:53Alors, il s'appelle Shamran.
06:54Il a à l'époque 33 ans.
06:56C'est un Pakistanais
06:57qui arrivait en France un an et demi plus tôt.
07:00Il y avait un mandat d'arrêt international
07:01qui avait été délivré à l'encontre de cet employé.
07:04Et après une cavale à l'étranger,
07:06il a fini par se rendre.
07:08Cet homme de 33 ans, Shamran Mémoud,
07:10s'était enfui en Italie, en bus,
07:13précisément le jour où le corps de Sandra a été retrouvé.
07:16Et les enquêteurs ont des éléments matériels contre lui.
07:19Oui, la preuve massue de l'implication de Shamran dans ce meurtre,
07:23c'est l'ADN.
07:24Il y a l'ADN qui a été retrouvé à plusieurs endroits,
07:26sur le ruban adhésif qui était tout autour de Sandra,
07:29et surtout sous un ongle de la victime.
07:33Ce qui montre qu'elle s'est défendue.
07:35Et cet ADN, il correspond à celui de Shamran.
07:38Pendant sa garde à vue, il nie les faits de façon catégorique.
07:41Le 5 juin, il est mis en examen,
07:43notamment pour séquestration suivie de morts en bande organisée,
07:47modification de scènes de crime et recel de cadavres.
07:50L'homme est placé en détention provisoire dans l'attente de son procès.
07:54Lui, quelle est sa version des faits ?
07:56Alors lui, il raconte qu'effectivement, il était bien là,
07:58au moment de la visite de Sandra.
08:00Lui, il raconte qu'il était en train de ranger son Franprix.
08:03Il était tout seul.
08:04Il est devant un rayon.
08:06Et là, il entend un cri.
08:07Il se rapproche et il voit Sandra qui est aux prises avec un homme.
08:11Un homme qui connaît.
08:12Dit-il, c'est un Roumain qui avait l'habitude de venir dans sa supérette.
08:16Et ce Roumain est en train d'étrangler Sandra.
08:19Lui intervient.
08:20Mais au moment où il pose la main sur Sandra pour les séparer tous les deux,
08:25Sandra s'effondre.
08:27Shamran va chercher un verre d'eau.
08:28Pendant ce temps-là, le Roumain a pris la fuite.
08:30Il raconte qu'il va se lancer à la poursuite du Roumain dans les rues de Quincy sous Sénard.
08:35Sa version du Roumain, elle est mise à mal par tout un tas d'éléments.
08:37Le principal élément, c'est sans doute la vidéosurveillance qu'il y a sur la voie publique.
08:41Et sur ces images, on ne voit ni Roumain ni Shamran qui part à sa poursuite.
08:46Il reconnaît malgré tout avoir caché le corps de Sandra.
08:49Comment il justifie ça devant les enquêteurs ?
08:51Alors, il raconte qu'il est paniqué, qu'il ne sait pas quoi faire et qu'il avait peur de
08:55déshonorer ses proches avec ce corps.
08:58Et toute cette version de la fuite du Roumain, les enquêteurs n'y croient pas du tout.
09:02Pour eux, c'est une version qui est complètement abracadamante.
09:06Plus d'un an plus tard, le 2 octobre 2020, vous révélez dans Le Parisien que l'accusé aurait fait
09:11des confidences à sa sœur avant d'aller se rendre.
09:14Alors, on apprend qu'il y a eu une confidence qui a été faite par Shamran à sa sœur.
09:19Sa version des faits, elle est très simple.
09:21C'est Sandra qui est dans ce rempli.
09:23Elle est toute seule à ce moment-là avec Shamran.
09:25Elle demande d'aller aux toilettes.
09:26Les toilettes sont à l'étage.
09:27Elle rentre dans ses toilettes.
09:28Et quand elle en sort, Shamran est là.
09:30Il veut, dit-il, l'embrasser.
09:32Après, il évoque une altercation avec elle.
09:34Elle ne se le laisse pas faire.
09:35Elle tombe dans les escaliers.
09:37Et il la tue.
09:41D'après l'accusation, quel est le mobile de ce crime ?
09:43Alors, le mobile du crime, on ne peut pas avoir de certitude là-dessus, puisque Shamran nie avoir fait quoi
09:48que ce soit.
09:49Mais l'accusation penche clairement pour un mobile d'agression sexuelle.
09:53Un an après ça, au mois d'octobre 2021, trois des proches de Shamran sont mis en examen pour arrestation,
09:59enlèvement, séquestration, suivi de mort en bande organisée.
10:03Quel est le scénario de ce crime et du maquillage de crime, d'après les enquêteurs ?
10:07Déjà, les enquêteurs, ils vont se fonder aussi sur les déclarations de Shamran.
10:11Il dit qu'il a, juste après la mort de Sandra, il va traîner le corps de la victime jusqu
10:17'au coffre de la voiture de Sandra.
10:19Et il va conduire la voiture jusqu'à Valenton.
10:22Les enquêteurs sont persuadés qu'en fait, à ce moment-là, il n'y a pas le corps de Sandra.
10:26Pourquoi ? Parce que si le corps était resté pendant trois jours à cet endroit-là, il n'aurait pas
10:30été dans l'état dans lequel on l'a retrouvé.
10:31Donc, la version des enquêteurs, c'est qu'en fait, effectivement, Shamran est venu déposer la voiture, mais le corps,
10:39il l'a très vraisemblablement traîné jusqu'à la chambre froide du Franprix,
10:43qui justement se trouve à l'étage, et ça expliquerait l'état de conservation du corps.
10:47La grande question, c'est de savoir comment il a pu se débrouiller après pour se débarrasser du corps.
10:51Et c'est là qu'intervient la participation de ses proches, qui travaillent au Franprix.
10:56On va se rendre compte que le samedi soir, c'est-à-dire deux jours après la disparition de Sandra,
11:01au milieu de la soirée, à 22h30 le samedi,
11:04deux des employés du Franprix, des proches de Shamran, se rendent donc au Franprix de 156 ou Sénard,
11:10transportent le corps de Sandra jusqu'à une de leurs voitures, se rendent à Valenton,
11:14gardent le véhicule à côté de la 206 de Sandra,
11:18et à ce moment-là, ils déplacent le corps de leur véhicule jusqu'à la 206.
11:22Ces images-là, elles ont été filmées, parce qu'il y avait la vidéosurveillance d'un commerce juste en face.
11:27On ne reconnaît aucun visage, c'est des images de très mauvaise qualité,
11:31mais on voit bien qu'il y a quelque chose qui est déplacé entre les deux véhicules.
11:36Denis Courtine, pendant les années qui ont suivi ce crime,
11:38l'ancienne chambre de Sandra, à Créteil, dans le quartier du Montmélie,
11:41est devenue une sorte de lieu du souvenir pour sa mère et sa sœur.
11:45Oui, la maman, Jawida, n'avait pas voulu du tout toucher à quoi que ce soit dans la chambre,
11:50elle avait rassemblé tous les objets, toutes les peluches, toutes les photos de Sandra,
11:54c'était devenu effectivement un mausolée.
11:56C'était vraiment, c'était assez émouvant,
11:58elle vivait vraiment à l'époque dans le souvenir constant de Sandra.
12:01Avec Indra, qui est toujours là, qui maintenant occupe la place de Sandra,
12:04elles ont fini par déménager, et bon, voilà, pour faire peut-être le deuil plus facilement.
12:10Le procès du meurtrier présumé de Sandra s'ouvre le mardi 23 janvier 2024,
12:15devant la cour d'assises du Val-de-Marne à Créteil.
12:18Vous le couvrez pour le Parisien Denis Courtine.
12:21Est-ce que vous pouvez nous décrire les lieux et l'atmosphère au début de l'audience ?
12:24Alors, c'est évidemment une atmosphère qui est pesante.
12:26Il y a tous les proches de Sandra qui sont là,
12:28toutes ses amies, toutes celles qui ont participé à l'enquête.
12:31Il y a la maman de Sandra qui est là.
12:33Eux, ils attendent la vérité, ils veulent savoir ce qui s'est passé,
12:36et puis surtout, ils veulent qu'à la fois le meurtrier et les membres de sa famille
12:40passent enfin aux aveux, reconnaissent enfin leur participation.
12:43Il y a les accusés, enfin du moins ceux qui comparaissent libre,
12:46c'est-à-dire les proches de Shamran,
12:48qui eux se font petits lors de ce procès.
12:50Eux aussi, ils ont pour ligne de défense de dire
12:52non, non, nous n'étions absolument pas au courant,
12:54on n'a rien transporté du tout, on n'y est pour rien.
12:57Est-ce que vous pouvez nous décrire l'accusé au début de l'audience ?
12:59C'est un homme de 38 ans, qui a les cheveux noirs corbeaux,
13:02il a la peau tannée.
13:04Alors, il est décrit, un expert psy.
13:05Je trouve qu'il est plutôt beau garçon.
13:07C'est quelqu'un qui est très discret,
13:09il est vraiment un peu recroquevillé dans le boxe.
13:11Il ne parle pas français, donc il y a les interprètes qui sont là.
13:14Il est vraiment effacé.
13:16Qu'est-ce que l'on apprend sur cet homme ?
13:17Il a grandi au Pakistan, dans une famille de la classe moyenne,
13:21pas très fortunée.
13:22C'est l'aîné d'une fratrie, ils sont cinq.
13:25Lui, il a une vie somme toute banale au Pakistan.
13:28Il n'a pas de casier judiciaire.
13:30Il est décrit plutôt comme gentil par ses frères.
13:32Il s'occupe, sa passion, c'est les voitures.
13:34Et un moment de sa vie, peu de temps avant le meurtre,
13:37lui, il décide de tenter sa chance à l'étranger pour une vie meilleure.
13:41Et donc, il part rejoindre d'abord en Italie,
13:43rejoindre une partie de sa famille,
13:44et ensuite en France, où justement, sa famille tient des francs prix.
13:52Dès le premier jour de l'audience, l'homme est interrogé sur sa sexualité,
13:56ou plutôt sur son absence de sexualité.
13:58Ah oui, alors ça, c'est un point qui a été pas mal évoqué lors du procès.
14:01Il raconte qu'il n'a absolument aucune attirance sexuelle pour qui que ce soit.
14:04Les enquêteurs insistent, notamment quand ils vont lui poser la question toute bête,
14:08de savoir, ils vont lui demander, Sandra, vous l'avez vu,
14:11est-ce qu'elle était jolie ?
14:12Et là, ça a été une des rares fois où il va se montrer troublé.
14:16Alors que, finalement, tout le monde a vu les photos de Sandra,
14:18oui, c'était une fille jolie, enfin, il n'y a aucune raison d'être troublé par cette question.
14:22Et lui, ça le trouble.
14:23Et l'interprétation qui est faite par les experts psy,
14:26c'est que cette asexualité, elle est refoulée.
14:29Lui, il va se réfugier derrière sa religion.
14:31Il dit, voilà, moi je suis musulman, on n'a pas de relation sexuelle avant le mariage.
14:35Et lui, il se retranche derrière sa religion pour dire,
14:37non, pas du tout, je n'ai aucune envie, je ne me masturbe pas,
14:40je n'ai aucune envie sexuelle.
14:41En clair, pour l'accusation, c'est simplement une ligne de défense, c'est ça ?
14:45La thèse de l'accusation, c'est qu'il a refoulé toutes ses envies sexuelles
14:50pour des raisons qu'on ignore et qu'il a fini par craquer.
14:54Il y avait un autre point, d'ailleurs, qui était intéressant là-dessus,
14:56c'est les témoignages, notamment de clientes du Franprix
14:59qui vont évoquer les regards malsains de Shamran, qu'il les regardait.
15:03Il y avait même une des belles-sœurs de Shamran,
15:06donc la femme de son frère,
15:07qui va expliquer qu'il regardait ses fesses, qu'il avait un air un peu pervers.
15:11Donc cette question vraiment de la sexualité,
15:15elle est très vraisemblablement au cœur de ce meurtre.
15:18Le mercredi 24 janvier, la meilleure amie de Sandra, Amina,
15:22vient raconter à la barre l'enquête qu'elle a menée
15:24dans les premières heures de sa disparition pour la retrouver en mai 2019.
15:28Amina, elle va parler pendant près d'une heure.
15:30La présidente, qui est une présidente expérimentée,
15:32ne va pas l'interrompre une seule fois et elle va tout dérouler.
15:35Ce qui est incroyable avec l'histoire d'Amina,
15:37avec les proches de Sandra, avec la mère de Sandra,
15:39c'est qu'ils vont rencontrer le meurtrier.
15:41C'est ça qui est assez fou,
15:42quand avant même que les policiers mènent véritablement l'enquête,
15:46les copines de Sandra, la maman,
15:48se rendent le samedi dans le Franprix
15:50et elles rencontrent Shamran.
15:52Et le lendemain, quand elles vont même y retourner,
15:55parce que Shamran est incapable de communiquer correctement,
15:57il donne le numéro de téléphone d'un de ses patrons,
15:59un des co-accusés, un des membres de sa famille,
16:02et il va dire « mais vous n'avez qu'à repasser demain ».
16:04Et donc elles vont repasser le lendemain, le dimanche,
16:07le corps de Sandra sera découvert le soir même.
16:10Donc ça veut dire que quand la mère de Sandra et Amina
16:12se sont rendues au Franprix le samedi,
16:14a priori le corps était encore là ?
16:16Amina s'est même posé la question,
16:17elle voulait monter à l'étage.
16:19Et à ce moment-là,
16:20le corps de Sandra se trouvait bien dans la chambre froide.
16:26Le lundi 29 janvier, Denis Courtine,
16:28deux experts psychiatres sont à la barre
16:30et ils parlent du fait que les yeux de la victime de Sandra
16:33étaient particulièrement bandés quand son corps a été retrouvé.
16:37Oui, ça c'est une question qui les a intéressés
16:38parce qu'on se demandait c'était quoi l'intérêt de bander les yeux.
16:41Shamran a expliqué d'abord qu'il avait bandé le visage
16:44parce qu'il avait eu peur du visage de Sandra,
16:46il avait eu peur du visage de la mort.
16:48Et pourquoi les yeux en particulier ?
16:50Il y a un expert psy qui a fait une interprétation
16:52qui vaut ce qu'elle vaut,
16:54mais c'est lorsqu'on a un sentiment de culpabilité
16:56qu'on va essayer de masquer, de cacher,
16:58de dissimuler les yeux de la victime.
17:00Le même jour, Jawida, la mère de Sandra,
17:02vient témoigner à la barre.
17:04La mère de Sandra, c'est une femme complètement dévastée.
17:07Jawida, elle a 58 ans.
17:10C'est quelqu'un qui a vécu toute la maladie de son mari.
17:13Ça a duré pendant de longs mois,
17:14ça a été vraiment difficile pour elle.
17:16Et c'est à ce moment-là que survient la mort de Sandra.
17:18Elle a aussi beaucoup parlé de la petite sœur,
17:20de Sandra, Indra.
17:21Elle vit une situation qui est complètement dramatique,
17:23la petite sœur de Sandra.
17:24Et dans le même temps, un mois après ce meurtre,
17:27elle passe le bac, elle réussit le bac.
17:29Aujourd'hui, elle est en deuxième année de médecine.
17:31C'est une famille globalement,
17:33c'est une famille qui force le respect.
17:34Le lendemain, le mardi 30 janvier,
17:36l'accusé livre à nouveau sa version des faits
17:38avec l'intervention d'un prétendu roumain
17:41dont personne n'a jamais pu prouver l'existence.
17:43Il reste donc sur sa ligne de défense.
17:45Le jeudi 1er février,
17:47l'avocat général demande contre l'accusé
17:49une peine de 30 ans de réclusion,
17:52trois ans de prison dont infirme pour les trois autres hommes
17:55ses proches accusés d'avoir aidé à cacher le corps.
17:58Oui, alors c'est la peine maximale
17:59qui est requise par l'avocat général.
18:03Évidemment, il ne croit absolument pas
18:04à la version du roumain.
18:05Et pour lui, il y a eu un mobile sexuel,
18:08ça ne fait aucun doute pour lui.
18:09Et il explique qu'il y a eu toute une omerta,
18:11en fait, dans cette affaire,
18:13une omerta familiale.
18:14Et il demande donc que les proches de Chamoran
18:16soient condamnés.
18:18Le vendredi 2 février, le verdict tombe.
18:20Le principal accusé est condamné
18:22à 20 ans de réclusion criminelle,
18:24des peines allant de un an
18:26à trois ans de prison avec sursis
18:28contre les trois autres accusés.
18:30Denis Courtine, décrivez-nous
18:32la salle d'audience à l'énoncé du verdict.
18:34Oui, c'est un énorme coup de massue
18:36pour les proches de Sandra.
18:37Ils ne s'attendaient pas du tout
18:38à ce que la peine soit aussi clémente.
18:4120 ans décidés par les jurés de la cour d'assises
18:44contre les 30 ans de l'avocat général.
18:45C'est un énorme écart.
18:46Donc, ils sont effondrés.
18:48La maire crie qu'il n'y a pas de justice.
18:50Elle a un malaise en sortant de la salle d'audience.
18:53Vraiment, l'énoncé du verdict
18:54a été très mal vécu
18:55par les proches de Sandra.
18:57C'est par la suite qu'on apprendra
18:59qu'en fait, il y avait une explication,
19:01un point de droit, tout simplement.
19:02C'est la peine maximale, 30 ans.
19:04Et à partir du moment où
19:05il n'y a pas eu l'unanimité des jurés
19:08pour les 30 ans,
19:10on descend directement
19:11à un palier de 20 ans.
19:35Merci à Denis Courtine.
19:37Cet épisode de Code Source
19:38a été produit par Barbara Gouy,
19:39Clara Garnier-Amourou
19:40et Thibaut Lambert.
19:42Réalisation,
19:43Julien Moncouquiol.
19:44Code Source,
19:45c'est un nouveau sujet d'actualité
19:46chaque soir de la semaine.
19:47Et si les faits divers vous intéressent,
19:49chaque samedi,
19:50on vous raconte
19:50une grande affaire criminelle
19:51dans un autre podcast,
19:53Crime Story.
19:54Et puis,
19:55troisième podcast du Parisien,
19:56lancé le 14 février,
19:58le Sacre,
19:59chaque mercredi,
20:00au micro d'Anne Lorbonnet,
20:01jusqu'à Paris 2024,
20:03un ou une médaillée d'or olympique
20:05nous raconte son chemin vers le Sacre.
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