Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 9 heures
Cet été, l'équipe de Code source vous propose une série de portraits de cinq grands bandits français. En Corse, à Lyon, en région parisienne... Des récits de repentis, de braquages et d'évasions. C’est une évasion spectaculaire : un hélicoptère au dessus du centre pénitentiaire de Réau (en Seine et Marne), trois hommes cagoulés armés de kalachnikovs, et Redoine Faid qui s’envole… Nous sommes le 1er juillet 2018, et le braqueur au crâne rasé et épais sourcils noirs, n'est pas inconnu des services de police : c’est la deuxième fois qu’il s’évade de prison. Un an plus tard, le 9 mai 2019, Rédoine Faïd est définitivement condamné pour un casse raté qui a coûté la vie à une policière en 2010. Jean Michel Decugis et Vincent Gautronneau, grand reporter et journaliste au service police-justice au Parisien, nous racontent le parcours de ce bandit. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Clara Garnier Amouroux - Production : Jeanne Boezec - Montage et recherche d’archives : Isabelle Field - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian - Archives : France 2, RTL, M6, LCI, « Point Break » et « Heat ». 

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bonjour, je suis Jeanne Boézek.
00:03Cet été, l'équipe de Codesources vous propose une série de portraits de 5 grands bandits français.
00:09En Corse, à Lyon, en région parisienne, des récits de repentis, de braquage et d'évasion.
00:16Âge 48 ans, profession braqueur multirécidiviste, surnom le roi de l'évasion.
00:23C'est la première fois que je vois un personnage de ce type qui en fait va vivre sa vie
00:29de bandit comme un scénario de film.
00:31Il est libre mais certainement très surveillé. Tony Muselin est sorti dimanche.
00:37C'était gangster, gangster, gangster. Vous n'allez pas m'énerver. Je sais ce que je veux dire, on va
00:41tout faire péter.
00:53C'est une évasion spectaculaire. Un hélicoptère au-dessus du centre pénitentiaire de Réau,
00:58trois hommes cagoulés armés de Kalachnikov et Redouane Faïd qui s'envolent.
01:03Nous sommes le 1er juillet 2018 et le braqueur au crâne rasé et épais sourcils noirs n'est pas inconnu
01:09des services de police.
01:10C'est la deuxième fois qu'il s'évade de prison.
01:13Un an plus tard, le 9 mai 2019, Redouane Faïd est définitivement condamné pour un casse raté
01:19qui a coûté la vie à une policière en 2010.
01:23Jean-Michel Décugis et Vincent Gautrono, grand reporter et journaliste au service police-justice du Parisien,
01:29nous racontent le parcours de ce bandit.
01:33Toutes les ressources se sont exploitées pour retrouver un fugitif jugé dangereux
01:38et déterminé à ne pas retourner en prison.
01:41Quand tu es en cavale, tu es deux cases. C'est la mort ou c'est la prison.
01:44Ce personnage cultive en quelque sorte sa propre légende.
01:48C'était raconté dans des livres et des documentaires où il assurait avoir tourné la page de la criminalité.
01:53Personnellement, moi, je regrette cette période dite à refaire. Je ne le referai pas.
01:56Je prends ma retraite. Je laisse ma place aux autres. Bonne chance.
01:59En 2010, on connaît bien le visage de Redouane Faïd.
02:02Cette année-là, il fait le tour des plateaux télé pour raconter que la délinquance s'est finie pour lui.
02:07Il vient de sortir de 11 ans de prison.
02:09En 1998, il a été arrêté à Paris où il purge ses six condamnations, dont 12 pour la séquestration d
02:15'un directeur de banque et 15 pour le braquage de Villepinte.
02:19Jean-Michel Décugis, vous l'avez interviewé à ce moment-là.
02:21C'était en octobre 2010. Je l'ai rencontré, place de la République, dans un café. Après, on s'est
02:27vus plusieurs fois.
02:29À l'époque, ce qui m'avait frappé, c'était d'abord son intelligence, très au-dessus de la moyenne,
02:35et puis son assurance.
02:37Vraiment, quelqu'un qui a une très grande maîtrise.
02:40Alors, je lui avais demandé ce qu'il regrettait, après 11 années de prison.
02:45Et ce qu'il m'avait dit, c'était que la prison, ça se faisait dans la douleur.
02:48Et que c'était trop cher payé.
02:51Et surtout, que c'est derrière les barreaux qu'on s'apercevait de la simplicité du bonheur et des petites
02:58choses qui font le bonheur.
02:59Et il m'avait raconté que quand il était sorti de prison, il n'avait pas fêté ça au champagne,
03:03etc.
03:03Il était parti seul, s'asseoir au milieu d'un parc, avec un jus d'orange.
03:08Je m'assis là, je vois les arbres pousser, je regarde, putain, c'est magnifique, il y a des super
03:12feuilles et tout, c'est canon, quoi.
03:14Je m'émerveille pour un rien. Je redécouvre tout un petit peu, comme si tu renaissais.
03:17À ce moment-là, en 2010, on a l'impression qu'il s'est rangé.
03:21Alors, il s'est rangé, oui. Il est marié, il sort un livre qui s'appelle « De la cité
03:27au grand banditisme ».
03:28Il travaille.
03:28Aujourd'hui, je suis attaché commercial chez Branite. Ne rigolez pas. Ne rigolez pas, sérieux.
03:33Il donne l'impression d'espérer une autre vie, c'est-à-dire qu'il espère devenir conseiller dans des
03:38films.
03:38Il l'a mis avec Jérôme Pira, le réalisateur journaliste. Il espère aussi être scénariste.
03:44Alors, est-ce qu'il y croit vraiment ou est-ce qu'il fait semblant ?
03:48C'est la grande question parce qu'on apprendra plus tard qu'au même moment, il prépare le fameux braquage
03:54avorté de Villiers-sur-Marne.
03:58Et oui, pourtant, très rapidement, il replonge. Le 20 mai 2010, la police prend en chasse une camionnette entre Créteil
04:05et Villiers-sur-Marne.
04:06Alors, c'est ce que les policiers ne savent pas. C'est qu'en fait, il s'agit d'un
04:09convoi qui va commettre un braquage d'un fourgon blindé.
04:14Et en fait, les policiers, un équipage de police a été intrigué par deux impacts de balles dans une portière.
04:19Et donc, ils prennent en chasse cette voiture. D'abord sur la 86.
04:23Alors, les malfaiteurs commencent à leur envoyer des extincteurs sur la voiture.
04:27Et puis ensuite, ils vont carrément tirer. Il va avoir une fusillade au fusil d'assaut.
04:30Ça va continuer sur la A4. Là, il y a une mère de famille qui va être blessée.
04:34Et puis, plus tard, il y a deux policiers municipaux qui vont tomber sur ces malfaiteurs qui sont en train
04:39de changer de voiture.
04:40Et là, les malfaiteurs vont tirer. Et il y aura cette gardienne municipale, Aurélie Fouquet, qui va être tuée de
04:46plusieurs balles.
04:47Il y aura 27 impacts dans la voiture, 16 dans le pain-brise, 4 dans la puits-tête d'Aurélie
04:53Fouquet.
04:55Et tout de suite, on soupçonne Redouane Faïd.
04:57Alors, Redouane Faïd, il n'est pas sur la scène. Mais évidemment, les policiers le soupçonnent d'être l'organisateur.
05:03Pourquoi ? Parce que depuis des semaines, ils ont mis ses proches sous surveillance.
05:08Et puis, parce qu'ils ont balisé des voitures.
05:11Et en fait, Faïd va se retrouver sur une vidéo très impliquante pour lui.
05:17C'est-à-dire qu'il va la veille faire de l'essence dans une Mégane, dans une station-service
05:22de Villepinte.
05:23Il va être filmé et la vidéo va prendre deux autres véhicules qui étaient balisés.
05:29C'est-à-dire balisés, ça veut dire qu'il y avait un mouchard sous la voiture et qu'ils
05:32étaient sous surveillance policière.
05:35Évidemment, une des voitures, on va la retrouver le lendemain ou quelques heures plus tard, devant le domicile du premier
05:42interpellé du braquage avorté.
05:44Est-ce qu'il faut savoir que ce jour-là aussi, les policiers, ils ouvrent le feu et qu'il
05:48y a un homme qui est blessé, qui est Olivier Tracula, qui est un complice de Red One Faith, qui
05:53est connu ?
05:54Assez vite, les policiers ont la conviction qu'il y a des gens de l'entourage de Red One Faith
05:57qui ont participé à cette préparation de braquage.
06:01Mais lui dément fermement avoir été impliqué dans la mort d'Aurélie Fouquet.
06:05En mai 2019, il saisit la Cour européenne des droits de l'homme.
06:08Il a été condamné par la Cour d'appel à 25 ans de prison pour être le cerveau de ce
06:13braquage avorté.
06:15Mais c'est vrai qu'il a toujours nié, qu'il continue à nier et qu'il a fait, effectivement,
06:18il a saisi la Cour européenne des droits de l'homme.
06:24On va revenir sur les débuts et l'enfance de Red One Faith. Comment est-ce qu'il en est
06:28arrivé là, ce grand bandit ?
06:30Il grandit à la cité Guinemer, à Creil, qui a un quartier difficile, mais ce n'est pas le quartier
06:35le plus difficile de Creil.
06:36Red One Faith, c'est le dixième enfant d'une famille de douze frères et sœurs.
06:40C'est une très grande famille qui ne roule pas sur l'or.
06:43Très vite, il perd sa mère quand il a 18 ans.
06:46Pendant la maladie de sa mère, son père est rentré en Algérie.
06:49Et donc, il se retrouve très vite uniquement entre frères et sœurs.
06:52Et c'est la grande sœur de Red One Faith qui élève à peu près toute seule, toute la famille.
06:56Deux des grands frères sont là pour ramener un petit peu d'argent.
06:59Mais donc, il a une enfance qui n'est pas très simple.
07:01Son premier vol, c'est assez drôle. Il a neuf ans.
07:03Quand il réalise son premier cambriolage, il cambriole une école de Creil,
07:07où il a repéré qu'il y avait des petites voitures de collection, que sa famille n'avait pas les
07:11moyens de lui offrir.
07:12Donc, il décide de cambrioler cette école.
07:14Il volera aussi dans l'école un disque de Chantal Goya, selon ce qui a été écrit et raconté quelques
07:19années plus tard.
07:21Et déjà, à cette époque-là, il est pour la première fois convoqué au commissariat,
07:24même si évidemment, il n'y a pas de suite à ce moment-là.
07:26Red One Faith, il vient d'une famille très soudée.
07:29Il a quelle place, lui, dans cette famille ?
07:31C'est un des petits derniers. Donc, c'est quelqu'un qui est toujours choyé par la famille.
07:36Mais c'est quelqu'un qui, assez vite aussi, va prendre une importance dans cette famille.
07:39On se rendra compte, dans la suite de sa carrière criminelle, que beaucoup de gens de sa famille,
07:44ses frères, mais aussi ses cousins, seront prêts à prendre des risques immenses
07:48pour l'aider à monter sur des coups ou pour le sortir de prison, comme ça a été le cas
07:52en 2018.
07:52Et comment est-ce qu'il entre dans la délinquance ?
07:55Red One Faith, assez vite, il a la conviction qu'il va faire carrière dans le banditisme.
07:59Quand il a 12 ans, selon lui, en tout cas, c'est ce qu'il écrit dans son livre,
08:02il raconte qu'il est convaincu qu'il fera de sa vie une vie de voyou.
08:06Quand il a 18 ans, son premier coup notable, c'est un braquage à la banque,
08:11le Crédit du Nord à Chantilly, où il ne sort pas avec un butin exceptionnel.
08:15Mais ce qui est assez rigolo à l'époque, c'est que son alibi devient sa présence en classe.
08:19Il avait réussi à faire croire qu'il était en cours à ce moment-là,
08:22et donc il ne sera pas poursuivi pour cette affaire-là, qu'il reconnaîtra, je crois, dans son livre, d
08:27'ailleurs.
08:27Et est-ce que vous pouvez nous raconter son premier coup d'ampleur ?
08:31Son premier gros coup, c'est en 1995, c'est la séquestration du directeur de la BNP de Chantilly.
08:36On est le 20 décembre, je crois, au moment de Noël.
08:39Il a repéré, il a fait des repérages avec son équipe.
08:41Il sonne à la porte de ce banquier qui a quatre enfants et une femme, qui habite à Creil.
08:46Il se présente, ils sont déguisés en Père Noël pour l'un et en des masques de Président de la
08:50République pour les autres.
08:51Il séquestre la famille du banquier, il le force à aller ouvrir le coffre de sa banque de la BNP,
08:57et il reparte avec 195 000 francs à l'époque, ce qui est déjà un beau butin pour l'époque.
09:03Ce qui est assez drôle, c'est que Jean-Claude Bizel, un de ses complices dans cette affaire,
09:05a raconté il n'y a pas très longtemps ce braquage devant une cour d'assises où il était jugé,
09:09lui, pour meurtre.
09:09Il a expliqué que Redouane Faïd avait insisté ce jour-là pour qu'il y ait un Père Noël,
09:14pour que ça effraie moins les enfants, et surtout de venir avec des bonbons et des petits magazines pour les
09:20enfants,
09:21pour qu'ils puissent s'occuper pendant le braquage.
09:22Ce qui est assez marrant, c'est qu'ils sont repartis avec ces magazines pour ne pas qu'on puisse
09:25remonter jusqu'à eux grâce à ça.
09:27Redouane Faïd a une passion pour le cinéma, on le voit dans ses braquages.
09:31D'ailleurs, oui, ce jour-là, ils ont tous des masques de Président de la République, comme dans Point Break.
09:35Et ils s'appellent, je crois, dans ce braquage, Monsieur Bleu, Monsieur Orange, comme dans Réserve Wardoc de Quentin Tarantino.
09:41Vos nomes les voilà. Monsieur Brown, Monsieur White, Monsieur Blonde, Monsieur Blue, Monsieur Orange et Monsieur Pink.
09:50Pourquoi Monsieur Pink ?
09:51Mais son réalisateur modèle, c'est Michael Mann.
09:54Quand il était sorti, Redouane Faïd m'avait raconté qu'avec sa bande de potes de Crane,
10:01ils étaient au cinéma dès la première séance, à 2h du matin, et qu'ils avaient fait toutes les séances
10:05jusqu'à minuit.
10:06C'est un film qu'il a revu ensuite au cinéma au moins 7 fois, et une centaine de fois
10:11en vidéo.
10:11Et en fait, il a dissiqué toutes les séquences, et il a reproduit exactement le scénario du film.
10:17C'est-à-dire qu'ils vous ont braqué à 4, comme dans le film.
10:19Il y en a un qui s'est occupé de braquer le fourgon, un autre qui a fait sortir les
10:26convoyeurs,
10:27un autre qui barrait la route aux automobilistes à 200 mètres et aux policiers,
10:31et puis le dernier qui récoltait l'argent.
10:33Ils ont même été jusqu'à prendre des masques de hockeyurs, comme dans le film de Michael Mann.
10:41Quand il sort de prison, Michael Mann est à Paris, et il fait la promo de son dernier film, qui
10:48s'appelle Public Ennemi.
10:49Et là, bien, Redouane Vaid va le rencontrer, et il est à une conférence, et il va aller le voir
10:56un peu provocateur,
10:57en lui disant qu'il a été son meilleur prof de fac, sans doute aussi son meilleur conseiller, mais qu
11:04'il a ruiné sa vie.
11:05Et Mann ne l'a pas très bien pris, en fait, parce qu'il s'est aperçu qu'en fait,
11:09il s'était inspiré de son film pour faire un braquage.
11:13Dès ses premiers braquages, il semble avoir une aspiration à être hors du commun.
11:17Tu sais, quand j'ai fait ces conneries-là, je te dis par nécessité, après par goût, je sais pas,
11:21par faiblesse,
11:22mais à un moment, t'as envie de les faire, t'es passionné par ça, c'est ton métier.
11:27Tu te lèves avec ça, tu te dors avec ça, même quand t'es en vacances, je vais pas dire
11:31que t'es pressé de revenir, mais tu penses à ça.
11:32T'es toujours conditionné, toujours une partie de toi-même qui appartient,
11:35parce que t'es un braqueur de fourgons blindés, t'es un braqueur de banque,
11:38ton esprit doit tout le temps être réveillé, tout le temps, tout le temps, tout le temps, tu dois jamais
11:42faiblir.
11:42Comme t'as de la réussite, t'es conforté dans l'idée de maîtriser n'importe quelle situation,
11:47limite un sentiment d'invincibilité.
11:48Il peut plus rien m'arriver, ce que je fais, c'est bien, et t'en fais un métier.
11:55C'est un type qui s'est construit en marge du grand banditisme, voire contre le grand banditisme.
12:02D'ailleurs, il n'est pas aimé des voyous traditionnels, qu'il considère qu'il a la grosse tête, qu
12:08'il est narcissique, qu'il se la raconte, etc.
12:10Les grands voyous, il n'aime pas trop les types qui aiment bien la télé, les sunlights, etc.
12:16Et lui, en fait, c'est quelqu'un qui est vraiment en marge du grand banditisme.
12:21Il n'a pas les codes du grand banditisme.
12:23C'est quelqu'un qui, par exemple, ne boit pas, ne se drogue pas, fait du sport, et qui ne
12:31va pas aux putes, comme peuvent aller certains voyous.
12:35C'est typique de ces jeunes de cité qui se sont construits en marge du grand banditisme.
12:41Il était avec des potes, il a fait ses premières armes dans les gofastes.
12:46C'est qu'on voit rapide que les jeunes de cité ont inventé, parce qu'à un moment, ils se
12:50sont affranchis du milieu.
12:52Ils ont été eux-mêmes chercher la drogue en Espagne, où elle se trouvait, et ils les ont remontés.
12:57Ils ont inventé ces convois rapides à 200 km à l'heure, où ils repartaient, ils redescendaient d'Espagne jusqu
13:02'à Paris, etc.
13:03Et ensuite, il a aussi fait ses classes dans les DAB, les distributeurs automatiques de billets,
13:09où les types en scooter, ils vont avec une kanachikov, une raquette, comme on dit, et ils braquent les DAB.
13:14Et tout ça fait qu'il était un peu à part avec d'autres codes que ceux qu'on connaît
13:20du grand banditisme.
13:20Ce qui est assez drôle aussi avec Redone Faïd, dans cette quête de reconnaissance, c'est qu'à l'époque
13:24de ses premiers braquages,
13:26il est presque déçu que ses affaires ne remontent pas aux oreilles des policiers de la BRB spécialisés dans le
13:31grand banditisme.
13:33Et dans son bouquin, il écrit d'ailleurs qu'il ne craignait pas du tout ces policiers parisiens,
13:37parce qu'il le prenait de haut, il ne le prenait pas au sérieux.
13:39Ceux dont il avait le plus peur, c'était les policiers de Creil, parce qu'eux avaient déjà entendu parler
13:43de lui,
13:43savaient ce dont il était capable, alors qu'aux yeux des policiers parisiens, Redone Faïd,
13:48c'était un petit voyou de cité qui n'avait pas d'envergure.
13:50Ce qui est rigolo, c'est que ni le grand banditisme, ni les flics n'ont vu monter ce type.
13:56Et des types de cités, ils ne les croyaient pas capables d'aller au braquage.
14:00Et le braquage, dans le milieu, c'est le hit, quand on braque, c'est le gros voyou, c'est
14:05le braqueur.
14:06Et donc, ni les policiers, ni les gros voyous du milieu traditionnel ne pensaient qu'ils étaient capables,
14:10et qu'ils étaient capables de faire des braquages, et c'est vrai qu'ils ont un peu sous-estimés,
14:15ou méprisés même.
14:16Et d'ailleurs, avant l'évasion de Redone Faïd de la prison de Lille, on se rend compte qu'à
14:20chaque fois,
14:21c'est des services locaux d'enquête qui l'ont interpellé.
14:23Ce n'est pas l'Office central de lutte contre la criminalité organisée, ce n'est pas la BRB.
14:27À chaque fois, c'est la PJ de Lille, c'est les PJ locales qui l'interpellent.
14:31Preuve que ces dossiers n'étaient pas forcément remontés au sommet de la pile des dossiers des policiers,
14:36en disant qu'ils se disaient à ce moment-là, lui, il faut le mettre hors d'état de nuire.
14:38C'est vraiment son évasion à Lille qui va le faire passer de l'autre côté,
14:42et être considéré comme un grand voyou aux yeux de certains policiers.
14:46Qui est Redone Faïd ? Comment décririez-vous sa personnalité ?
14:50C'est quelqu'un de très intelligent, au-dessus de la moyenne, 122 du QI,
14:54c'est quelqu'un qui est manipulateur aussi, et aussi très narcissique,
15:00qui a une espèce d'intelligence situationnelle,
15:04c'est-à-dire qu'il va s'adapter à toutes les situations et tous les milieux.
15:08En prison, il est comme un poisson dans l'eau, il faut dire qu'il y a passé longtemps, beaucoup
15:12de temps,
15:12mais les surveillants, il sait se rendre très agréable, presque indispensable.
15:17Il a une relation avec les surveillants très bonne.
15:19Il est très calme, c'est le détenu modèle, jusqu'au moment où il s'évanne.
15:25Là, il n'est plus du tout modèle.
15:27On est en 2010, et Redone Faïd nie être impliqué dans la mort d'Aurélie Fouquet.
15:31Il écope malgré tout de 25 ans de réclusion criminelle pour cette affaire,
15:35et de 18 ans pour une autre.
15:37C'est la première fois qu'il prend une peine de cette ampleur.
15:40Le 13 avril 2013, c'est sa première évasion d'une prison.
15:44Ça se passe à la maison d'arrêt de l'île Sequedin.
15:46Racontez-nous ce qui s'est passé.
15:47C'est le matin, il est 8h10, et il y a un surveillant qui vient le chercher dans sa cellule.
15:53Son frère, Abdeltsam, a rendez-vous au parloir avec lui.
15:56Il suit le surveillant, il porte un cabas rouge, dans lequel il est censé avoir mis ses vêtements sales,
16:03mais il n'y a pas que ça.
16:05Il va suivre jusqu'au atrium le surveillant, il va être fouillé très sommairement,
16:10et puis il va rentrer dans la salle d'attente des détenus qui vont au parloir.
16:15Et là, il y a 21 détenus, et tout de suite, il sort son arme, il se met un bonnet
16:20sur la tête,
16:21une oreillette, parce qu'il est en contact avec quelqu'un à l'extérieur.
16:25Et puis, là, il dit aux autres, il va avoir un incident, vous ne bougez pas, aux autres détenus.
16:31Dès que la porte s'ouvre, il bouscule tout le monde, il rentre à la salle du parloir,
16:35et là, il y a 4 surveillants, il va les 4 les prendre en otage avec son arme.
16:40Avec le coude, il va casser la vitre du parloir, qui va le conduire là, dans la salle où attendent
16:45des familles.
16:45Il traîne avec lui, ses surveillants, et là, il y a 4 portes jusqu'à la liberté, 4 portes verrouillées,
16:53et il va les faire exploser, les 4, avec du mastic qu'il a caché dans son sac.
17:01Les portes blindées cèdent à coups d'explosifs.
17:04Une évasion méthodique, par un bandit au sang-froid qui a tout préparé.
17:09Et donc, en même temps qu'il fait sauter les portes, il a toujours ses surveillants en otage.
17:15Il y aura en tout 6 explosions, et il y en a 5 qui vont fonctionner.
17:21L'évasion se termine à 8h50, ça a duré 25 minutes, et là, il y a une voiture, une 406,
17:27qui l'attend devant la prison, avec un chauffeur, et ils partent.
17:30Il libère 3 otages, il en garde un avec lui, qui libérera un peu plus loin, et il disparaît.
17:36Il y a une anecdote intéressante sur cette évasion, qui prouve la confiance en lui qu'il a.
17:40Quand il tient ses gardiens de prison en otage, qui ne sont pas armés, il faut quand même le dire,
17:45à l'intérieur des prisons, il leur dit à ce moment-là,
17:47ne mettez pas votre vie en l'air pour 1500 euros, ou pour un salaire ridicule.
17:52Sous-entendu, moi je suis prêt à tout, je vais de toute manière sortir de cette prison.
17:57Tant qu'à faire, si ça peut se faire sans mort, tant mieux, mais je n'hésiterai pas non plus,
18:00si j'ai besoin, vous avec votre salaire, ne prenez pas ce risque.
18:03Ne prenez pas le risque de me résister.
18:04Et combien de temps dure la cavale ?
18:0646 jours, il est revenu dans sa région, sur son terrain de travail.
18:11Les policiers sont convaincus qu'il est resté dans le coin.
18:15Ils font croire qu'on le cherche partout dans le monde, etc.
18:19Mais enfin, ils savent assez vite qu'il est dans le coin.
18:22Et ils vont avoir un renseignement, quelqu'un qui va leur dire qu'en fait,
18:25il loue des chambres d'hôtel, qu'il est accompagné d'une espèce d'éclaireur,
18:30un jeune de la cité de Creil, qui réserve à son propre nom les chambres.
18:35Les policiers vont remonter jusqu'à un hôtel à Ponto Combo.
18:39L'air agarre, vêtu d'une djellaba et d'un pantalon de survêtement.
18:44Redouane Faïd vient d'être arrêté sans résistance.
18:47Redouane Faïd était allongé dans un lit, une arme posée à côté de lui.
18:52Et c'est vrai que sa cavale va se terminer sans panache,
18:56contrairement à cette évasion très spectaculaire.
18:58Les policiers vont décider de l'arrêter pendant la nuit pour ne pas prendre de risques.
19:02Et là, ils vont découvrir de l'argent.
19:05Il y a évidemment son complice qui dort à côté.
19:07De l'argent, 5000 euros, des sucreries, parce qu'il adore les sucreries.
19:11Et aussi plusieurs livres, dont un consacré à la cavale de Ben Laden,
19:17et l'autre, c'est l'histoire de Tony Muselin, le fameux convoyeur qu'on connaît.
19:21Dans son livre, il avait théorisé cette cavale.
19:24Il avait expliqué qu'à sa première cavale, en 98 à peu près,
19:28quand il s'est pas évadé de prison, mais quand il est recherché par les autorités,
19:32il avait expliqué qu'il se cachait dans des campagnies de zones industrielles
19:36ou de zones artisanales de la région parisienne,
19:38et qu'il vivait à l'époque comme un VRP.
19:40Donc il mettait un costume, il avait une Clio commerciale avec juste deux sièges à l'avant.
19:46Il partait le matin à 8h, il revenait le soir à 18h avec une mallette
19:50pour faire croire à tout le monde qu'il travaillait pour ne pas éveiller les soupçons des réceptionnistes des hôtels.
19:57Donc il avait tout le temps eu ce tropisme et cet intérêt pour ces zones commerciales
20:00où selon lui, en tout cas selon ce qu'il raconte, on peut assez facilement se faire discret.
20:06Ce qu'il faut savoir, c'est qu'un cavale, ça coûte très cher, et que Failly, il avait plus
20:10d'argent, ou très peu d'argent.
20:12On retrouve 5 000 euros, et 5 000 euros, c'est pas suffisant pour partir dans les pays lointains, etc.,
20:18acheter, parce que tout s'achète quand on est en cavale et recherché par toutes les polices du monde.
20:22Pour lui, le meilleur endroit, c'est de rester dans le coin qu'il connaît le mieux,
20:26où il sait qu'il va pouvoir quand même compter sur ses proches.
20:29Bredouane Failly, il a un clan, et il a des gens sur lesquels il peut compter.
20:33Et dans les cités, ce qu'il faut dire, c'est qu'autant le grand banditisme,
20:36les gens, les voyous, ne l'aiment pas, ne l'apprécient pas, autant dans les cités, c'est un dieu
20:40vivant.
20:40Et donc il peut bénéficier d'aide, de soutien, c'est pour ça qu'il est resté là.
20:47Il retourne donc en prison, il multiplie les établissements parce qu'on a peur qu'il s'évade,
20:51et pourtant, il réussira à s'évader à nouveau après 5 ans de détention.
20:55Non, on est en 2018, il la prépare depuis combien de temps, cette évasion ?
20:59Ça, c'est dur à dire, mais forcément plusieurs semaines, peut-être même plusieurs mois.
21:03Ce qu'on sait, c'est que la directrice de la prison de Réau avait fait quelques semaines auparavant
21:07un courrier à l'administration pénitentiaire en disant
21:10« ça serait bien de transférer Redouane Failly, ça fait longtemps qu'il est là,
21:14on connaît le risque qu'il représente, donc ça serait une bonne chose de le transférer. »
21:20Donc ça fait certainement quelques semaines, voire quelques mois qu'il travaille sur cette évasion,
21:24quand elle arrive le 1er juillet 2018.
21:26Cette nouvelle évasion du braqueur Redouane Failly, plusieurs hommes lourdement armés
21:31sont entrés en action ce matin à l'intérieur de la prison de Rau en Seine-et-Marne.
21:35Quelques minutes plus tard, c'est en hélicoptère qu'ils quittaient les lieux.
21:39Ses complices ont d'ailleurs testé l'hélicoptère, ils se sont fait passer pour des touristes
21:43qui voulaient faire des baptêmes de l'air auprès du pilote d'hélicoptère
21:46pour pouvoir survoler la région, pour pouvoir voir où il pouvait aller.
21:49On se rend compte que quand il sort, il a déjà des voitures à sa disposition,
21:53ça, ça ne se trouve pas comme ça.
21:54Trouver des armes comme des kalachnikovs, ça ne se trouve pas non plus n'importe où.
21:58Donc il y a une vraie préparation en amont.
22:00Comment se passe l'évasion ?
22:01Alors il est 11h15 quand l'hélico se pose dans la cour d'honneur de la prison de Rau,
22:05qui n'a pas de filin anti-hélicoptère.
22:07Le pilote, enfin je dis se pose, ce n'est pas tout à fait vrai,
22:10parce qu'en fait le pilote reste en vol stationnaire quelques centimètres au-dessus du sol,
22:14ce qui demande des vraies compétences de pilote,
22:15et ce qui prouve que ce pilote avait été ciblé par le commando.
22:20Je pense qu'ils ont dû bien se renseigner sur la manière dont je pilotais.
22:25Je suis instructeur, j'ai 3000 heures de vol.
22:27Ils m'ont contraint et prévenu que ma famille est en danger.
22:32On entend évidemment dans votre voix, on entend votre émotion,
22:36non non mais on comprend évidemment.
22:37Il y a deux hommes qui s'en échappent,
22:39ils ont une kalachnikov et un fusil d'assaut AR-15.
22:43Il se dirige vers une porte qui est inconnue de tout le monde,
22:46qui est uniquement réservée aux gardiens pour le service, pour pouvoir prendre leur service.
22:51Avec une disqueuse, il découpe cette porte.
22:54A ce moment-là, Redouane Faïd est au parloir avec son frère.
22:57Il a demandé volontairement à avancer le parloir qu'il avait d'habitude un petit peu plus tard dans la
23:02journée.
23:02Ça dure une quinzaine de minutes.
23:05Il sort, il sait tout de suite que c'est pour lui.
23:06Il s'échappe, il monte dans l'hélicoptère et l'hélicoptère repart.
23:09A préciser, c'est que si l'hélicoptère ne se pose pas et reste en vol stationnaire,
23:13c'est que les gardiens de prison qui sont dans le Mirador et qui sont, eux, armés,
23:17n'ont pas le droit de tirer sur un hélicoptère en vol,
23:19alors qu'ils ont le droit de tirer sur un hélicoptère posé.
23:21Donc c'est pour ça que l'hélicoptère reste en vol stationnaire.
23:24Et encore une fois, la cavale le ramène chez lui.
23:26Très vite, les policiers ont la conviction qu'il n'est pas parti loin.
23:30L'hélicoptère qui a servi à l'évasion est très vite retrouvé par les enquêteurs incendiés au nord de Paris,
23:36à Gonesse, sur le parking de cette station-service.
23:39Redouane Faïd et ses complices prennent la fuite à vive allure à bord d'un véhicule noir
23:44qui sera identifié à la mi-journée dans le parking de ce centre commercial à Aulnay-sous-Bois.
23:50Donc très vite, Cray semble être au cœur de son jeu.
23:55Quelques jours plus tard, les policiers y découvrent, grâce à un chasseur, un peu par hasard,
23:59un sac d'armes dans la forêt.
24:01Ils ont sur ce sac d'armes plusieurs ADN.
24:04Donc l'ADN de Redouane Faïd sur le t-shirt qu'il portait le jour de son évasion,
24:08l'ADN de son frère et l'ADN de deux de ses cousins.
24:11Très vite, les policiers savent que c'est l'entourage de Redouane Faïd qui a participé à son évasion.
24:16Est-ce que vous pouvez nous raconter son interpellation ?
24:18Ce qui est assez drôle et toujours triste avec les cavales de Redouane Faïd,
24:21c'est qu'il est interpellé à moins d'un kilomètre de l'appartement.
24:24Il a grandi dans l'appartement d'une proche.
24:26Comme souvent, ça se dénoue avec un tuyau des policiers qui sont informés
24:31que visiblement Redouane Faïd, qui a toujours eu un attrait pour le déguisement,
24:36se baladerait en burqa d'encreille.
24:39Il y a très vite un témoignage qui fait état d'une femme aux allures malgré tout masculine
24:44qui se baladerait en burqa.
24:46Là, les policiers suivent cette personne, arrivent à localiser l'appartement,
24:50l'immeuble en tout cas où rentre cette personne.
24:53Et très vite, ils ont un doute sur deux appartements.
24:55Et donc, le matin de l'interpellation, il y a deux colonnes d'assaut de la Béry
24:58qui sont postées, je crois que c'est au rez-de-chaussée et au troisième étage
25:02de cet appartement de Creil, de cet immeuble de Creil, pardon,
25:06et qui cassent les portes.
25:07Et dans cet appartement, ils trouvent Redouane Faïd, son frère,
25:10et une autre jeune femme qui était justement la propriétaire de l'appartement
25:14où était logé Redouane Faïd.
25:15Et du coup, c'est combien de temps après son évasion ?
25:18Cette interpellation, elle a lieu trois mois après son évasion.
25:20Et là, il retourne en prison, c'est là où il se trouve depuis.
25:24Comment ça se passe, sa détention ?
25:25Mal, très mal.
25:27Là, il est à Vendin-le-Veil,
25:28donc qui est une des prisons les plus sécurisées de France.
25:33Il a changé d'avocat, il se plaint auprès de sa famille,
25:35il se plaint auprès de son avocat.
25:37Et en fait, pourquoi il se plaint ?
25:38Parce qu'il vit dans des conditions vraiment très, très, très difficiles,
25:43c'est-à-dire qu'il n'a pas de fenêtres.
25:44Pour les parloirs, il est totalement entravé.
25:47Maintenant, il refuse tous les parloirs, il ne voit plus personne.
25:49C'est un bras de fer, un peu, avec l'administration pénitentiaire.
25:51Il ne veut pas aller voir sa famille totalement menottée, pieds et mains liées.
25:55Il est un peu dans le même registre que Salah Abdel-Sam.
25:59Ça pose quand même le problème des longues peines.
26:01Il n'a plus aucun espoir.
26:03Donc la seule chose à laquelle il pense, c'est s'évader à nouveau.
26:08Il a une grosse force de caractère.
26:10Et aujourd'hui, sa vie est foutue.
26:13Donc il n'y a plus que sa légende à écrire, on va continuer à écrire.
26:20Merci à Jean-Michel Déclugis et Vincent Gautrono.
26:31Cet épisode de Codesource a été préparé et conçu par Clara Garnier-Amouroux.
26:36Production Jeanne Boézek.
26:38Réalisation et mixage Benoît Ginon.
26:43Pendant l'été, Codesource passe en hebdomadaire.
26:46Vous pouvez retrouver tous les épisodes de cette série sur les grands bandits,
26:49sur toutes les plateformes de podcast et sur le site du Parisien.
26:53Des remarques, des envies.
26:54N'hésitez pas à nous écrire sur Twitter ou par mail
26:57codesource at leparisien.fr
27:00Sous-titrage Société Radio-Canada
27:09Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations