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(Quatrième et dernier épisode) Le 6 février 1998, il est presque 21 heures quand le préfet de Corse, Claude Erignac, remonte à pied l’avenue du Colonel Colonna d'Ornano. Il se dirige vers le théâtre Kallisté, où il doit y retrouver sa femme pour assister à un concert. Soudainement, deux hommes font irruption derrière lui. L’un d’entre eux lui tire une balle dans le dos puis l’achève de deux balles à bout portant, derrière la nuque. La nouvelle fait l’effet d’une déflagration partout en France. Jamais on ne s’était attaqué à un préfet en exercice. La réponse politique se veut forte et d’importants moyens sont déployés sur l’île.
Quelques jours plus tard, un groupe non-identifié revendique dans une lettre l’assassinat du préfet, qui symbolise selon eux l’oppresseur : « l’État français colonial ». Après plusieurs mois d’enquête et de fausses pistes, le 21 mai 1999, plusieurs Corses sont arrêtés. En garde-à-vue, plusieurs craquent et désignent le tireur, Yvan Colonna, un berger originaire de Cargèse et bien connu des services de renseignement pour ses engagements nationalistes. Mais quand les enquêteurs viennent chez lui pour l’interpeller, il s’est déjà volatilisé dans le maquis.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA, France 5, France 3
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Quelques jours plus tard, un groupe non-identifié revendique dans une lettre l’assassinat du préfet, qui symbolise selon eux l’oppresseur : « l’État français colonial ». Après plusieurs mois d’enquête et de fausses pistes, le 21 mai 1999, plusieurs Corses sont arrêtés. En garde-à-vue, plusieurs craquent et désignent le tireur, Yvan Colonna, un berger originaire de Cargèse et bien connu des services de renseignement pour ses engagements nationalistes. Mais quand les enquêteurs viennent chez lui pour l’interpeller, il s’est déjà volatilisé dans le maquis.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
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00:01Vous écoutez Crime Story, Yvan Colonna, une tragédie Corse, quatrième et dernier épisode.
00:09L'essentiel de ce journal sera bien évidemment consacré à l'arrestation d'Yvan Colonna.
00:13Yvan Colonna est méconnaissable d'après les témoins et d'après la photo que possédait Nicolas Sarkozy depuis quelques jours.
00:20Il porte une barbe, un moussage, des cheveux longs jusqu'aux épaules, il a pris du poids.
00:24L'ancien fugitif présente une apparence très éloignée de celle de son avis de recherche.
00:30Le vendredi 4 juillet 2003, les policiers arrêtent enfin, à Propriano en Corse, l'assassin présumé du préfet Claude Erignac.
00:38Après 1503 jours de traque, Yvan Colonna est menotté par les hommes du Raid devant une petite bergerie, perdue et
00:46cachée au milieu du maquis.
00:49Quelques minutes plus tard, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et futur candidat à la présidentielle, interrompt le meeting de
00:56l'UMP auquel il participe dans le Vaucluse, à Carpentras.
01:00Sans aucune considération pour la présomption d'innocence, il annonce l'arrestation de l'assassin de Claude Erignac.
01:06La police française vient d'arrêter Yvan Colonna, l'assassin du préfet Erignac.
01:12Devant une salle comble et sous les applaudissements des militants, juste à temps pour que les images soient reprises dans
01:18les journaux télévisés du soir.
01:20Oui, il y a vraiment quelque chose qui est changé dans notre République, c'est que maintenant nous faisons ce
01:28que nous disons.
01:29A 2h30 du matin, le samedi 5 juillet, un avion Falcon décolle d'Ajaccio avec à son bord Yvan Colonna.
01:36Il est désormais barbu et a les cheveux jusqu'au bas du cou.
01:40De loin, Yvan Colonna est méconnaissable, pourtant c'est bien lui l'homme aux cheveux longs.
01:47Il est 2h30 du matin à l'aéroport d'Ajaccio, Yvan Colonna quitte son île sous les yeux de ses
01:51amis.
01:52En bout de piste, les feux de leur voiture clignotent pour un dernier salut.
01:57Quand il atterrit à l'ouest de la capitale, à Villa Coublet, l'indépendantiste Corse est immédiatement transféré à la
02:04prison de la Santé, dans le 14e arrondissement de Paris.
02:06Il doit attendre d'être présenté à un juge antiterroriste.
02:11Coïncidence, au même moment, se tient le procès de 8 hommes accusés de faire partie du groupe des anonymes et
02:17d'être impliqués dans le meurtre du préfet Erignac.
02:19Ils encourtent la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté pouvant aller jusqu'à 22 ans.
02:26Deux jours après l'arrestation du militant indépendantiste, la Corse est appelée à se prononcer par référendum sur un plan
02:32du gouvernement pour la gestion administrative de l'île.
02:35Le non l'emporte d'une courte tête.
02:37La Corse a dit non, le suspense du référendum s'est achevé sur un résultat serré.
02:4350,98% pour le non, 49,02% pour le oui.
02:48Ce résultat constitue un échec pour le gouvernement.
02:51Damien Delceni, l'arrestation d'Ivan Colonna marque le début d'un marathon judiciaire.
02:57Oui, trois procès pendant lesquels l'ambiance va être très tendue.
03:01Pourquoi ? Parce que Ivan Colonna nie avec force dans son box.
03:05Il a une équipe d'avocats extrêmement offensifs qui ont décidé de manier ce qu'on appelle la défense de
03:12rupture.
03:12C'est-à-dire une défense qui consiste à démolir systématiquement les arguments de l'accusation.
03:17Il faut bien dire que l'enquête Colonna n'est pas parfaite.
03:21Loin de là, on l'a dit, il y a eu beaucoup de fausses pistes, des centaines et des centaines
03:25de gardes à vue qui n'avaient rien à voir avec l'assassinat du préfet.
03:28Un dossier qui a été marqué par une guerre des polices.
03:31Il y a beaucoup de choses sur lesquelles les avocats peuvent tirer, des arguments qu'ils peuvent exploiter.
03:35Et ça va donner ce procès où il y a des incidents quasiment tous les jours.
03:40Des avocats qui quittent la salle, Ivan Colonna qui ne veut plus monter dans le box.
03:44Et puis il y a toutes ces confrontations pendant le procès entre Colonna, sa famille, la famille évidemment du préfet.
03:52Puis il va être confronté, il va retrouver les membres supposés du commando du groupe des anonymes qui a revendiqué
03:58l'assassinat du préfet.
03:59Ces co-accusés, après l'avoir désigné comme le tireur, ils se rétractent pour l'innocenté.
04:05Alors en fait, ils l'ont désigné dès la garde à vue, dès la garde à vue de 1999.
04:09Il est désigné comme le tireur ce soir-là qui a abattu le préfet.
04:14Et ensuite, ils vont faire des rétractations.
04:17Alors des rétractations qui sont extrêmement curieuses parce qu'elles vont d'abord se faire par courrier, mais des courriers
04:22qui ne sont pas très clairs.
04:23Et puis quand ils vont être confrontés pendant les procès qui se sont succédés à Colonna, ils vont continuer à
04:29essayer de l'innocenté.
04:31Mais tout en tenant des propos qui sont parfois à double sens.
04:34Notamment Alain Ferrandi qui va avoir un comportement à l'audience très étrange où on a l'impression qu'en
04:38fait, il ne veut pas vraiment l'innocenté.
04:41Donc ça crée une espèce de confusion.
04:42Il n'y a que Alessandri qui va répéter et redire que c'était lui qui était le tireur.
04:46Mais comme ce n'est pas très crédible par rapport à ce qui a été dit avant, en fait, ces
04:51rétractations-là, elles ne vont jamais vraiment servir Colonna.
04:54Et on va rester sur à la fois les déclarations en garde à vue et sur le fait aussi qu
04:58'il a pris la fuite pendant tous ces mois.
05:00Et que cette fuite, elle a aussi quelque part signé sa culpabilité aux yeux de la cour d'assises.
05:05Petite précision, la cour d'assises spéciale qui juge les individus en matière de terrorisme, ce n'est pas une
05:10cour d'assises traditionnelle.
05:11C'est-à-dire qu'il n'y a pas de jury populaire.
05:13Ce sont uniquement des magistrats qui composent le jury.
05:16Le jeudi 3 mars 2011, quelques semaines avant son dernier procès,
05:22Yvan Colonna, qui est séparé de la mère de son fils, se marie en prison avec sa nouvelle compagne.
05:28Oui, avec une apicultrice qui s'appelle Stéphanie.
05:32Le mariage va se dérouler dans l'enceinte de la prison de Fresnes, à côté de Paris.
05:37Alors c'est toujours une situation, une cérémonie évidemment un peu particulière.
05:41Il n'y a pas beaucoup de monde, il y a des gardiens autour.
05:44Ça se passe dans la petite pièce qui est normalement dévolue à faire passer le juge d'application des peines,
05:50etc.
05:50Donc voilà, on imagine que c'est une situation un peu particulière.
05:53Il n'empêche qu'après cette cérémonie, Stéphanie va tomber enceinte et ils vont avoir un fils, qui sera donc
06:00le deuxième fils d'Yvan Colonna.
06:02Et donc en juin 2011, son dernier procès a lieu.
06:05Alors ce dernier procès, il a lieu après que la cour de cassation a annulé le précédent procès pour des
06:11raisons de vice de procédure.
06:13Il ne va pas fondamentalement changer grand chose ce dernier procès, puisque Yvan Colonna va rester sur sa position de
06:19dire qu'il est innocent et que ce n'est pas lui qui a tué le préfet Rignac.
06:22La seule chose qui va être un peu modifiée, c'est que c'est la première fois que la cour
06:27va accepter d'organiser une reconstitution des faits à Ajaccio.
06:32Ça va durer quelques heures, ils vont faire l'aller-retour en avion entre Paris et Ajaccio, les magistrats, les
06:38avocats, Yvan Colonna.
06:39Et c'est donc encadré par une nuée évidemment de policiers et de gendarmes qui vont se mettre dans la
06:44rue, où le préfet Claude Rignac a été abattu 14 ans plus tôt,
06:47qu'on va demander en fait à Yvan Colonna de refaire des gestes, mais qu'il ne fera pas, puisqu
06:51'il considère lui, et il dit lui depuis le début, qu'il ne les a pas commis.
06:54Donc c'est une reconstitution un petit peu étrange, où en fait le principal accusé n'y participe pas vraiment,
06:59puisqu'il dit qu'il n'était pas là,
07:00et où en plus on reconstitue dans une rue qui, pour la petite histoire, avait été refaite depuis les faits,
07:05qui ne ressemblait plus tellement à ce qu'elle était le soir où le préfet a été assassiné.
07:10Le seul symbole en fait de cette soirée de reconstitution à Ajaccio, c'est que lui ne le sait pas
07:15encore, Yvan Colonna,
07:16mais c'est la dernière fois qu'il va fouler la terre de son île.
07:20Après ce troisième procès, Yvan Colonna est condamné une nouvelle fois à la réclusion criminelle à perpétuité.
07:26Il est transféré à la maison centrale d'Arles, une prison des Bouches-du-Rhône, chargée d'accueillir les hommes
07:31dangereux,
07:32et condamné à de longues peines.
07:34Un an plus tard, le mercredi 11 juillet 2012, la cour de cassation confirme cette condamnation.
07:40Yvan Colonna ne sortira plus.
07:43Désormais, son objectif est d'obtenir un transfert dans une prison en Corse.
07:48Ses avocats multiplient les demandes.
07:50Toutes sont refusées, au motif qu'Yvan Colonna est un DPS pour détenus particulièrement signalés.
07:57En réalité, c'est plus en raison de son crime et de sa notoriété que de sa dangerosité qu'il
08:03hérite de ce statut.
08:04Car le berger de Cargez est un détenu calme, qui ne s'attire jamais les foudres des surveillants
08:09et partage son quotidien entre la lecture et les séances de musculation.
08:14Une fois, une feuille blanche griffonnée de curieux signes sous forme de bar est saisie lors d'une fouille dans
08:20sa cellule.
08:21Les gardiens imaginent un message codé pour un projet d'évasion.
08:24Il s'agit en réalité d'une comptabilité de ses séances de pompe quotidiennes.
08:29En 2022, cela fait près de 19 ans qu'Yvan Colonna est en prison.
08:34Et presque autant qu'il ne fait plus la une des journaux.
08:37Un autre terrorisme a mis la France à genoux et la Corse semble s'être apaisée.
08:42Le mercredi 2 mars, Yvan Colonna a le même programme que d'habitude.
08:47Il se retrouve seul dans une salle de sport en compagnie d'un autre détenu, DPS lui aussi,
08:52incarcéré pour des faits de terrorisme et radicalisé de longue date.
08:56La suite est une bagarre déséquilibrée entre un homme de 35 ans
09:00qui en prend un de 61 par surprise pendant qu'il fait ses pompes.
09:03L'agression, extrêmement violente, est filmée par des caméras de vidéosurveillance.
09:09A la brutalité s'ajoute l'acharnement lorsque l'agresseur enferme la tête de Colonna
09:14dans plusieurs sacs et utilise une serviette pour l'empêcher de respirer.
09:19Alors qu'Yvan Colonna est frappé et étranglé,
09:22il faut plus de 4 minutes au surveillant pour intervenir.
09:26Une lenteur qui sera l'une des questions au cœur de l'enquête.
09:32Gilles Siméoni, personnage politique d'envergure en Corse,
09:36est aussi l'ancien avocat d'Yvan Colonna.
09:39Il réagit dans la foulée de l'agression du militant indépendantiste.
09:42Sur France 3 Corse via Stella, il fait planer le doute d'un complot
09:46et de la participation de l'État français à cette supposée machination.
09:50Cette affaire, elle est tout sauf claire,
09:52qui lui a permis de s'introduire librement dans la salle,
09:55qui lui a permis de frapper pendant plusieurs longues minutes
09:58Yvan Colonna sans que personne n'intervienne,
10:00ni les surveillants qui étaient présents à quelques mètres,
10:02ni ceux qui étaient censés être derrière les caméras de vidéosurveillance.
10:06Comment se fait-il que tout cela s'est passé ?
10:08Je n'ai pas tellement confiance dans l'enquête judiciaire
10:11ni dans l'enquête administrative qui seront menées.
10:13Par contre, ce que je sais, c'est que la famille, les avocats d'Yvan Colonna
10:17et nous-mêmes, nous serons présents pour défendre le droit à la justice.
10:23Damien, on ne comprend pas comment un détenu aussi surveillé qu'Yvan Colonna
10:28a pu être victime d'une telle agression.
10:31Clairement, ce n'est pas normal que d'abord deux détenus censés être DPS,
10:35donc particulièrement signalés, se retrouvent comme ça sans gardien, sans surveillant.
10:40Ce fameux détenu qui s'en prend à Yvan Colonna,
10:42il a un comportement déjà très violent en détention.
10:46Pourquoi ils se croisent ? Pourquoi ils sont dans la même pièce tous les deux ?
10:49Tout cela va nourrir, en Corse évidemment surtout, une notion de complot.
10:53Parce que comme les mêmes personnes qui considèrent que Colonna était condamnée
10:58au nom de la raison d'État parce qu'il fallait un coupable à tout prix
11:00pour l'assassinat du préfet, de nouveau vont revenir sur le devant de la scène
11:05en disant que l'État a fait exprès de laisser ce détenu ultra-violent
11:11au contact de Colonna pour le tuer.
11:13En 2022, Yvan Colonna redevient un sujet dans les médias ?
11:17Alors dans les médias, oui, mais surtout sur l'île parce que ce Gloria Ateivan
11:21qui s'était écrit sur beaucoup de murs de Corse quelques années plus tôt,
11:25il redevient de nouveau un symbole et une manière pour toute la mouvance nationaliste
11:30de se restructurer autour d'une cause.
11:33Et cette cause, c'est l'agression ultra-violente d'Yvan Colonna.
11:35Donc la Corse, elle va s'embraser.
11:37Il y a des manifestations qui dégénèrent de manière extrêmement violente
11:40comme c'est souvent le cas sur l'île.
11:42Quatre jours après cette agression, la Corse s'embrase.
11:46Corté, près de 15 000 personnes dans la rue et des scènes rarement vues.
11:50Comme ces manifestants, visage masqué, armé de cocktails Molotov
11:53et encouragé par la foule.
11:55La situation est tellement dégradée que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin,
11:58va finir par remettre la question de l'autonomie de l'île sur la table.
12:02Ce n'était pas arrivé depuis des années et quasiment aucun responsable politique français
12:06n'a jamais mis cette question sur la table.
12:08Lui, il va dire, moi, on est prêt à discuter de tout maintenant.
12:11Précisément, rentrons quand même dans le concret.
12:12Vous dites autonomie, mais autonomie, ça veut dire quoi ?
12:14Il faut que nous en discutions.
12:16D'abord, j'ai dit jusqu'à l'autonomie.
12:18C'est-à-dire qu'à mon avis, il y a aussi d'autres étapes possibles.
12:21Il faut aussi regarder ce qui a été...
12:22Enfin, si vous leur proposez l'autonomie, ils ne vont pas s'en passer.
12:24Nous sommes là pour un dialogue et on n'est pas là pour conclure le dialogue
12:27avant de le commencer.
12:28Et ça ne se fera pas en deux jours.
12:30C'est un processus qui doit être assez long, bien évidemment.
12:32Et au-delà de la question politique de l'indépendance de la Corse,
12:36Yvan Colonna, lui, à ce moment-là, il est toujours dans le coma
12:39à l'hôpital de la Timone à Marseille
12:40où sa peine de prison a été suspendue.
12:42Le Premier ministre Jean Castex
12:44annonce quelques jours après l'agression d'Yvan Colonna
12:47la levée du statut de DPS pour lui
12:50et pour deux autres membres du commando Erignac.
12:53Oui, qui sont les deux principaux complices,
12:56Ferrandi et Alessandri,
12:57qui demandent, eux, ce rapprochement et cette fin
13:00de leur statut de DPS depuis des années également
13:02et qui purgent toujours leur peine
13:04pour l'assassinat du préfet Erignac.
13:06En raison de l'agression d'Yvan Colonna,
13:08ce dossier qui ne se réglait pas depuis des années,
13:10il va se régler en quelques jours.
13:12Et Ferrandi et Alessandri sont transférés en Corse
13:14le lundi 11 avril
13:16et ils sont incarcérés au centre pénitentiaire de Borgo,
13:19qui est juste la prison qui se situe au sud de Bastia,
13:22où ils vont terminer leur peine
13:24et commencer même à avoir des aménagements de peine,
13:27c'est-à-dire qu'ils vont pouvoir passer des moments
13:30en liberté ou en semi-liberté.
13:33Placé en garde à vue,
13:35Franck Elongabé adopte un comportement complexe.
13:38Ses auditions sont chaotiques.
13:40Les premières réponses qu'il donne
13:41aux questions qu'on lui pose
13:43tiennent en trois lettres.
13:44Non.
13:45Puis ce sont de longs silences.
13:47Cette question, sans réaction de sa part.
13:49Il demande ensuite une interruption de l'audition
13:52et de son enregistrement pour livrer en off,
13:55comme il dit,
13:55ses aveux et le mobile de l'agression.
13:58Il évoque des propos blasphématoires
14:00qu'aurait tenus le berger de Cargez.
14:02Une fois les micros et les caméras rebranchés,
14:05il reprend.
14:06Il y a des personnes dans cette prison
14:07qui ont fait des choses pour lesquelles j'aurais pu les tuer.
14:10Mais là, pour Ivan Colonna,
14:12il n'y avait rien de personnel.
14:14Dans cette audition,
14:15les questions des enquêteurs sont plus longues que les réponses.
14:17Mais Franck Elongabé est vigilant.
14:20Il sent que les policiers vont sur le terrain
14:22d'une agression préméditée
14:23lorsqu'il lui demande si Ivan Colonna
14:25se rendait à heure fixe dans cette salle de sport.
14:28Ça change quoi ?
14:29Déjà, on devait aller courir ensemble ce matin-là,
14:31donc la préméditation ne tient pas.
14:34Lorsque les enquêteurs essaient de savoir
14:35si Franck Elongabé savait pourquoi Ivan Colonna
14:37était incarcéré
14:38et sur la portée médiatique de son acte à l'époque,
14:41il répond sèchement
15:00Damien, encore aujourd'hui,
15:01on a du mal à expliquer
15:02ce qui a vraiment motivé
15:03cet accès de violence
15:04de ce détenu
15:05envers Ivan Colonna.
15:06Oui, alors la version officielle
15:08la plus factuelle,
15:10c'est cette conversation houleuse
15:11sur la religion pendant une partie d'échec
15:13où ils se sont manifestement disputés
15:15ou manifestement Franck Elongabé
15:17a très mal pris
15:18les remarques faites par Ivan Colonna,
15:21mais on voit aussi
15:22dans le comportement
15:23et dans les réponses
15:25de Franck Elongabé
15:26une manière très froide
15:28d'expliquer ce qui s'est passé
15:29et puis un peu décousu,
15:31c'est-à-dire qu'on ne finit par plus savoir
15:33s'il y a un mobile religieux
15:34ou si c'est un coup de folie.
15:36C'est d'autant plus étonnant
15:38que ce détenu devait sortir
15:39deux ans plus tard.
15:40Oui, et ça, ça va aussi alimenter
15:42toute la théorie du complot
15:43autour de la mort d'Ivan Colonna
15:45et la responsabilité
15:46de ce Franck Elongabé
15:47dont on sait que c'est à la fois
15:49un détenu dangereux
15:49et en même temps
15:50qui effectivement devait sortir.
15:51Donc tout le monde va dire
15:52mais voilà, ce type,
15:53il a été quelque part téléguidé,
15:55manipulé
15:55pour aller tuer Ivan Colonna
15:57en détention.
15:58La situation, elle est d'autant plus spéciale
15:59que le garde des Sceaux,
16:01c'est-à-dire le responsable aussi
16:02de l'administration pénitentiaire,
16:04à ce moment-là,
16:05c'est Éric Dupond-Moretti
16:06qui a été l'avocat en son temps
16:09d'une partie du commando
16:10susceptible d'avoir tué
16:11le préfet Rignac.
16:12Donc il a été à la fois
16:14un des défenseurs de Colonna
16:15et de ses complices
16:16et des années plus tard,
16:17il se retrouve garde des Sceaux
16:19et surtout responsable
16:20en quelque sorte
16:21de la sécurité
16:22et de la vie en prison
16:23d'Ivan Colonna.
16:24Trois semaines
16:25après cette violente agression,
16:27le lundi 21 mars 2022,
16:29Ivan Colonna meurt
16:30des suites de ses blessures
16:32à l'hôpital de Latimone
16:33à Marseille.
16:34On a donc appris
16:34il y a quelques minutes
16:35la mort d'Ivan Colonna.
16:37L'indépendantiste corse
16:38avait été grièvement blessé
16:40par un co-détenu
16:41à la prison d'Arles
16:42le 2 mars dernier.
16:43Il se trouvait depuis
16:44dans le coma.
16:45Ivan Colonna est mort ce soir.
16:47En réalité,
16:47il n'est jamais sorti
16:48de son coma.
16:49Les blessures étaient
16:49beaucoup trop importantes
16:51et beaucoup trop graves.
16:52Évidemment,
16:53cette nouvelle,
16:54elle a été attendue
16:55par ses proches
16:56et sur l'île
16:56parce que depuis
16:57quelques jours et semaines déjà,
16:59on savait que son état de santé
17:01ne permettrait sans doute pas
17:02de le revoir vivant.
17:04Mais encore une fois,
17:05cette mort d'Ivan Colonna,
17:06elle va renforcer
17:07ce côté emblème
17:09de la cause
17:10jusqu'au bout
17:11que peut représenter
17:12Ivan Colonna.
17:21Le mercredi 23 mars,
17:23l'avion transportant
17:24la dépouille d'Ivan Colonna
17:25se pose à l'aéroport
17:26d'Ajaccio.
17:27Un corbillard
17:28attend sur le tarmac.
17:29Le parcours pour rejoindre
17:31le funérarium
17:32fait à peine un kilomètre.
17:33Tout le long
17:34de cette ligne droite,
17:35des bougies ont été déposées
17:37comme pour indiquer
17:38le chemin au corbillard
17:39qui fend la foule
17:40en roulant au pas.
17:41Plus de 2000 personnes
17:43sont venues assister
17:43au retour du berger
17:44de Cargèze
17:45sur sa terre natale.
17:46Une première
17:47depuis 19 ans.
17:48La dépouille mortelle
17:49d'Ivan Colonna
17:50est recouverte
17:51du drapeau
17:51à tête de Mour.
17:52Hier soir,
17:53entre l'aéroport
17:54de Campodélor
17:55et l'espace funéraire
17:56du Vazio,
17:572000 personnes environ
17:58sont venues rendre hommage
17:59à un ami,
17:59un parent,
18:00un habitant du village
18:01ou un militant
18:02devenu un symbole
18:03du combat nationaliste.
18:05Deux jours plus tard,
18:07pour les obsèques
18:07d'Ivan Colonna
18:08le vendredi 25 mars,
18:10ils sont à nouveau
18:10plusieurs milliers
18:11massés devant l'entrée
18:12de la petite église
18:13de Cargèze.
18:18La collectivité de Corse
18:20a mis les drapeaux français
18:21en berne
18:22pour exprimer
18:23la tristesse collective
18:24ressentie par notre peuple
18:25après la mort tragique
18:27d'Ivan Colonna,
18:28fait savoir l'institution.
18:29Un adieu sincère
18:31mais forcément troublant.
18:33Presque deux ans
18:34après la mort
18:35d'Ivan Colonna,
18:36le mercredi 31 janvier
18:382023,
18:39Pierre Alessandri
18:39obtient sa libération
18:41conditionnelle.
18:42Le samedi 25 février,
18:44Alain Ferrandi aussi.
18:4524 ans après
18:47la mort du préfet,
18:48plus aucun membre
18:49du commando Erignac
18:50n'est en prison.
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