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  • il y a 9 heures
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Tampons et coupes menstruelles : le combat de Sandrine, amputée après un choc toxique. Infirmière, mère de trois enfants, la vie de Sandrine Graneau a basculé en avril 2019. Depuis, elle lutte pour une meilleure information des femmes et des professionnels de santé. Récit.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:15Vous avez sans doute entendu parler des chocs toxiques,
00:18indirectement causés par des tampons ou des cups, des coupes menstruelles.
00:23Les cas sont rares, mais parfois dramatiques.
00:26En Belgique, une jeune fille de 17 ans, Maëlle, en est morte le 9 janvier.
00:30Une Française, Sandrine Granaud, victime elle aussi d'un choc toxique en avril,
00:34a dû être amputée des deux pieds et d'une partie des mains.
00:37Elle a témoigné dans Le Parisien le 20 janvier dernier.
00:41Comment éviter ces infections ? D'où viennent-elles précisément ?
00:44L'information sur les emballages est-elle suffisante ?
00:47CodeSource fait le point aujourd'hui avec Florence Méréo, spécialiste santé au Parisien.
00:52Mais d'abord, Sandrine Granaud prend le temps de nous raconter son histoire
00:56et son combat pour une meilleure information.
00:58Au micro de Claudia Prolongeau.
01:10Exceptionnellement, Sandrine est à Paris car elle a été invitée sur un plateau télé la veille au soir.
01:14Je vais vous voir, je pense, en rentrant.
01:16Elle me reçoit un mercredi matin dans son hôtel près de Montparnasse.
01:21C'est une jolie femme de 36 ans, elle a les yeux pétillants et du début à la fin de
01:27notre entretien,
01:28garde un grand sourire sur le visage.
01:30Je m'appelle Sandrine Granaud, j'ai 37 ans et je suis maman de 3 enfants de 13 ans, 11
01:36ans et 5 ans.
01:37Bonjour, je suis Guillaume Granaud, le mari de Sandrine Granaud.
01:42Je suis née en Loire-Atlantique, je n'ai jamais beaucoup bougé, je suis juste partie pour faire mes études
01:47infirmières.
01:48Donc moi, ça fait à peu près 15 ans que je suis diplômée.
01:51Je travaillais en tant qu'infirmière libérale depuis bientôt 4 ans sur ma commune.
01:56J'ai perdu mon premier mari, le papa de mes aînés, et je me suis remariée quelques temps après avec
02:02mon meilleur ami, de toujours presque.
02:06Et donc voilà, on a une histoire un peu particulière, mais c'est ce qui fait aussi qu'on est
02:09très très soudés maintenant.
02:10C'est qu'on a vécu plein de choses avant en tant qu'amis, après on a appris à s
02:15'aimer différemment.
02:16Et puis voilà, forcément, on est toujours aussi fusionnel, donc c'est ce qui nous aide à traverser les choses.
02:20Mais vous voyez, là, ça fait 5 ans qu'on est mariés.
02:22On s'est mariés le 19 juillet 2014, et Augustine est née le 23 novembre 2014.
02:28La petite dernière, c'est un mélange de nous deux, et puis il a adopté mes deux aînés il n
02:33'y a pas très longtemps.
02:34Donc on est une famille un peu particulière, mais il y a beaucoup d'amour, donc c'est ça qui
02:39compte et c'est ça qui nous aide aujourd'hui.
02:44Sandrine a une enfance suivie d'une adolescence classique.
02:47Elle vit près de la mère, entourée de ses parents et de son frère,
02:50une famille aimante et dans laquelle on communique beaucoup.
02:54Ma maman m'a toujours parlé des règles, je pense que j'ai toujours su ce que c'était.
02:58J'ai eu mes règles, je devais avoir 13 ans, je les ai eues assez tardivement,
03:01donc forcément je les attendais avec impatience.
03:04Mais jeune fille, j'utilisais des serviettes, forcément, parce que les tampons, ça fait un peu peur.
03:09Et puis après, un jour, on a sport, un jour on a piscine,
03:12un jour on va aller à la plage avec les copains, donc les tampons sont rentrés dans ma vie de
03:16jeune femme normalement.
03:18Et puis c'est après la naissance de ma dernière où j'avais des règles hémorragiques à cause de mon
03:24stérilet
03:24et il me fallait une solution parce que je reprenais le travail.
03:28Je savais que j'allais travailler à domicile, mais du coup je ne pourrais pas forcément aller aux toilettes
03:33quand je voulais, comme je voulais.
03:34Donc c'est là que j'ai commencé à porter des cups.
03:37Pour moi, c'était compliqué de pouvoir aller aux toilettes pile au moment où je le souhaitais.
03:43Donc les tampons, même hyper absorbants, ça ne suffisait pas.
03:47Donc ça faisait plusieurs années qu'on m'en avait parlé,
03:50des amis qui utilisaient ça déjà depuis pas mal de temps.
03:53Et au départ, ça me faisait un peu peur, le dispositif.
03:56Et puis j'ai essayé, et puis il s'avérait qu'effectivement c'était très confortable, c'était pratique.
04:00Et j'ai envie de dire, c'est une vraie liberté, quoi, derrière, comme vous êtes active.
04:04On nous le vend parce qu'il y a une grande contenance.
04:06Du coup, c'est super, les règles hémorragiques, on n'est pas obligé d'être toutes les deux secondes à
04:10se changer,
04:11ou changer même son pantalon et ses vêtements parce que c'est la cata.
04:14Donc c'est comme ça, en fait, que je m'y suis mise.
04:16Et effectivement, c'était le bonheur.
04:20Ce bonheur s'arrête brusquement un soir.
04:22Sandrine et Guillaume rentrent chez eux, après une journée de travail,
04:25sans se douter que les heures qui vont suivre seront décisives.
04:28Tout a commencé dans la soirée du 10 avril 2019.
04:33Ma femme a commencé à se plaindre de maux de ventre vers 20h.
04:37Au début, elle pensait que c'était des maux d'estomac.
04:40Et puis à la fin du repas, en se levant, elle se dit que c'était peut-être plutôt gynéco.
04:44Alors elle a retiré sa cup.
04:46On a continué la soirée tranquillement.
04:48On est allé se coucher assez tôt au final.
04:51Et puis elle ne trouvait pas de position.
04:53Elle avait de plus en plus mal au ventre.
04:55Quand SOS Médecin est venu et la consultait à 1h du matin,
04:58elle avait donc d'énormes douleurs dans le ventre.
05:03Mais elle n'avait pas de fièvre.
05:04La tension était bonne.
05:06Ça ressemblait plus à des symptômes de calculs rénaux.
05:10Et à ce moment-là, ma femme a discuté avec le médecin
05:13de la possibilité d'un choc toxique.
05:16Et ils ont revu ensemble les symptômes.
05:18Et ils ont conclu tous les deux que le plus probable,
05:21c'était quand même bien des calculs rénaux et pas un choc toxique.
05:25Il lui a fait une injection de morphine pour que la douleur se calme.
05:29Et puis ça a été mieux pendant 1h, 1h30.
05:32Et puis les douleurs se sont majorées au fur et à mesure de la nuit.
05:35J'ai commencé à être prise de diarrhées, de vomissements de façon très importante.
05:40Et puis petit à petit, je sentais que mon état général se dégradait.
05:44J'avais peur de tomber dans les pommes.
05:46J'étais très angoissée.
05:48Et donc on a fait revenir le médecin qui, lui, à son arrivée,
05:51a vu que la situation était assez catastrophique
05:54et m'a transférée très rapidement aux urgences.
06:01Quand je l'ai revue à 10h, elle était blanche.
06:06Elle partait pour une cellioscopie au bloc en urgence
06:11pour savoir exactement ce qui se passait.
06:14Au moment où, en fait, ils m'ont installée sur la table d'opération
06:17pour voir un peu ce qui se passait dans mon corps,
06:20j'ai eu cette réaction cutanée où toute ma peau est devenue très, très rouge.
06:24Et là, tout de suite, ils ont compris que j'étais en train de faire un choc toxique.
06:27Donc ils ne m'ont pas réveillée tout de suite.
06:29Du coup, ils m'ont laissée endormie.
06:31Ils m'ont fait passer en réanimation.
06:33Quand je suis revenue l'après-midi,
06:35parce que moi, je n'avais pas compris que ce serait aussi lourd, aussi grave,
06:38en fait, elle était en réanimation, inconsciente.
06:42Et les médecins ont commencé à m'expliquer
06:44qu'il allait très vite falloir la dialyser.
06:48Et puis très vite, ils m'ont dit que les reins étaient en train de s'arrêter.
06:51Non pas de maladie, mais parce que le corps se mettait en sécurité pour s'économiser.
06:57Les organes les moins vitaux étaient arrêtés les uns après les autres.
07:02Et petit à petit, la machine s'est remise en route.
07:05Et du coup, ils lui ont sauvé la vie.
07:13Mais les extrémités ont été très mal irriguées
07:16et les nécroses se sont très vite installées.
07:19J'ai très vite eu peur et conscience du risque d'amputation.
07:23Sur les premiers jours, les médecins indiquaient quand même
07:26que ça pouvait être réversible.
07:30Mais ça l'a pas été.
07:32Ils m'ont réveillée donc cinq jours plus tard.
07:35J'ai eu énormément d'hallucinations à mon réveil.
07:37Donc je comprenais qu'il se passait quelque chose.
07:40Mais je ne rentends pas dire tout de suite, il va y avoir des amputations.
07:45Ça s'est fait tardivement, au bout de quasiment, au bout de plus de deux semaines.
07:49Où là, j'étais vraiment beaucoup mieux.
07:52Où je pouvais communiquer facilement.
07:54Où là, on m'a expliqué qu'ils ne pouvaient pas vraiment se prononcer encore
07:57sur l'étendue des amputations.
08:00Mais que de toute façon, je ne pourrais pas rester comme ça
08:02et qu'il y aurait forcément quelque chose de fait.
08:04Sandrine s'est réveillée.
08:06Et donc ça a été déjà un premier soulagement.
08:10Et puis ensuite, on a pu venir avec les enfants.
08:14Et puis Sandrine est sortie de réanimation.
08:17Elle est sortie de l'hôpital.
08:20Et puis après, il a fallu y retourner pour les amputations.
08:23En tout, je suis restée trois semaines en réanimation.
08:26Je ne pouvais pas marcher du tout.
08:27J'étais alitée.
08:28J'ai été transférée en service de médecine après la réanimation.
08:32Où là, il tenait absolument à ce que je sois mise au fauteuil.
08:34Et c'était une vraie torture, en fait.
08:36Parce qu'on me demandait d'appuyer sur mes pieds.
08:38Sauf que mes pieds, ce n'étaient que des plaies.
08:39Donc c'était de la torture.
08:41On ne peut pas dire autrement.
08:42Et après, quand je suis rentrée chez moi en hospitalisation à domicile, à ma demande,
08:46tout le monde a compris qu'il ne fallait pas que j'appuie sur mes pieds.
08:49Que ce n'était pas possible.
08:50Que je ne pouvais plus rien faire.
08:51Donc on me portait ou je restais au lit.
08:53Enfin voilà, on a adapté du coup pour que je souffre le moins possible.
09:06Un mois après, Sandrine retourne à l'hôpital.
09:08Pour être amputée des pieds et de deux phalanges sur chaque doigt.
09:12Jusqu'à la dernière minute, je n'étais pas angoissée.
09:15J'ai paniqué au moment où on m'a descendu au bloc.
09:18Je savais que ça allait être comme ça.
09:20Où là, tout d'un coup, on se dit, ça y est, c'est fini.
09:23Et puis bon, ça s'est bien passé.
09:25Il n'y a pas eu de difficultés majeures.
09:27Après, ce qui a été compliqué, c'est la gestion des douleurs en retour d'intervention.
09:30Où ça, c'est inimaginable la souffrance que ça peut être.
09:33On vient couper des os, on vient couper des gros nerfs.
09:37Donc c'est extrêmement douloureux.
09:39Mon mari a passé 4 jours à appuyer toutes les 5-10 minutes sur le bouton de pompe à morphine.
09:45C'était vraiment très rapidement.
09:47On me dit, vous n'êtes pas obligé de regarder vos jambes.
09:50Vous n'êtes pas obligé de regarder les plaies quand on va faire les pansements.
09:53Donc je m'étais imaginé du coup des choses pires, je crois.
09:57Finalement, j'ai commencé à regarder et je n'ai pas été plus choquée que ça.
10:01Enfin, je n'en ai pas le souvenir.
10:02En tout cas, c'est plus après, quand on commence à se rasseoir dans un fauteuil,
10:06quand on peut se regarder devant le miroir.
10:07Ou là, on se dit, waouh, j'ai morflé, je ne suis plus ce que j'étais.
10:13Mais j'ai vite intégré mon corps, mes nouvelles limites.
10:17J'ai demandé à essayer des prothèses de doigts esthétiques.
10:21Et quand on m'a livré le prototype, en fait, je n'ai pas pu les mettre
10:24parce que là, j'ai réalisé que ce n'était plus moi, ce n'était plus mon corps.
10:27Je préférais être bâton-pied avec des petits bouts de doigts,
10:29mais être comme je suis, c'est moi maintenant.
10:33Ça n'a pas été des très bons moments, mais on était ensemble.
10:38Et puis les étapes se sont passées les unes après les autres.
10:41Et puis avec la rééducation est revenue aussi un petit peu plus d'autonomie.
10:46Le fait d'avoir une phalange à chaque doigt, ça me sauve un peu la vie
10:51parce que sinon, je n'aurais rien pu faire, clairement, avec juste des paumes.
10:55On ne peut pas faire grand-chose.
10:56Là, c'est vrai que je peux écrire, je peux téléphoner,
10:59je peux faire des petites choses à la maison, je peux plier du linge, je peux...
11:03Après, je ne retrouverai jamais ce que je faisais avant, j'en ai bien conscience.
11:07Donc maintenant, j'arrive à adapter mon activité en fonction de mon handicap.
11:10Et puis j'ai bon espoir de progresser encore davantage
11:13avec les mois et les années qui vont passer.
11:15Donc je reste optimiste quand même.
11:18Écrire, par exemple, vous avez dû quand même réapprendre ?
11:20La première fois, pour la petite histoire,
11:23j'ai un de mes enfants qui est revenu avec son cahier d'école
11:25et je me suis dit, ben non, il faut quand même que je signe, ça me semblait.
11:28Et du coup, j'ai pris un crayon, je l'ai tenu comme je pouvais
11:30parce que j'avais des énormes pansements.
11:32Et puis j'ai signé, je me suis dit, hé, je peux le faire.
11:35Et puis après, quand on m'a enlevé les pansements,
11:37après toutes mes interventions,
11:38je me suis dit, je vais réapprendre tranquillement,
11:40mais à retenir mon crayon d'une façon différente.
11:43Et aujourd'hui, je suis hyper contente parce que j'ai récupéré
11:45la même écriture que j'avais avant.
11:47Et ça, je suis contente.
11:49Depuis ses amputations au mois de juin,
11:51Sandrine réapprend à vivre normalement.
11:54Très bientôt, elle devrait pouvoir conduire à nouveau
11:56en faisant adapter son véhicule.
11:58Mais ce choc toxique l'amène aussi à mener un autre combat,
12:02celui de faire de la prévention
12:03sur la dangerosité possible des protections hygiéniques.
12:06Le port maximal, c'est 4 à 6 heures sur les tampons et sur les cups.
12:12Ne surtout pas les porter la nuit.
12:13Ne surtout pas les porter juste avant les règles,
12:17comme on peut nous conseiller des fois.
12:19Et dans l'idéal, ne pas les porter.
12:21Moi, du coup, l'interprétation que j'en fais,
12:23c'est les porter parce que je vais à la piscine,
12:26parce que j'ai une activité qui fait qu'avoir un dispositif
12:29intravaginal, c'est plus facile.
12:32Mais mieux vaut utiliser des serviettes,
12:34des protections extérieures pour ne pas prendre de risques.
12:39Moi, je n'utiliserai pas de cup,
12:40mais je me pose quand même la question,
12:42en tant que maman, j'ai deux filles,
12:44qu'est-ce que je vais leur conseiller plus tard ?
12:46Pour le moment, j'en suis à la conclusion de
12:49n'emporte pas.
12:50Par contre, ne va pas t'empêcher de vivre
12:52et de sortir avec tes copines et d'aller à la piscine
12:54et de faire du sport de façon plus confortable.
12:57Prends juste des précautions.
12:58J'ai mon activité sportive,
13:00je mets mon tampon, l'activité est terminée,
13:02je l'enlève.
13:03Et en attendant, qu'il y ait des nouvelles études,
13:06des nouvelles recommandations aussi qui soient données,
13:08parce qu'on risque de faire d'autres découvertes,
13:10il risque d'y avoir aussi d'autres choses de dit derrière.
13:12Donc aujourd'hui, je n'en sais rien,
13:14donc je reste prudente.
13:18Au mois de janvier, Sandrine apprend avec effroi
13:20qu'une jeune fille de 17 ans est morte en Belgique
13:23à la suite d'un choc toxique.
13:25Ça m'a touchée parce que je me suis mise à la place de ses parents
13:28et je voyais les miens qui ont cru que j'allais mourir aussi à un moment.
13:31Ça a été quelque chose de compliqué.
13:33Donc j'ai relayé cette information.
13:36Florence Méréo, qui est journaliste au Parisien,
13:38est tombée par hasard dessus.
13:40Elle m'a contactée.
13:41On a beaucoup échangé.
13:43Et puis, voilà, elle a fait l'article.
13:45Et là, ça a pris une ampleur pas possible.
13:47Je crois qu'un quart d'heure après,
13:49j'avais un premier journaliste qui me rappelait derrière
13:50pour me demander une interview.
13:52Et depuis, ça fait huit jours,
13:54c'est à peu près sur le même rythme.
13:56Mais je ne veux pas que ça redescende aussi vite que c'est monté.
14:01Puis que dans dix jours, il n'y ait plus rien et on n'en parle plus.
14:03Sandrine Grano, c'est un phénomène mal connu.
14:05Sur le plateau de CETAVOU et dans d'autres médias,
14:08Sandrine martèle qu'elle n'a pas particulièrement été imprudente
14:11en utilisant sa cup.
14:12On nous vante des produits qui sont exceptionnels,
14:15qui apportent du confort pour les femmes.
14:17Donc forcément, on plonge dedans et en fait, après coup,
14:21on se rend compte que les informations n'étaient pas claires.
14:24Je les échangeais, je les lavais deux fois par jour.
14:28Enfin, je respectais la notice du fabricant.
14:31Après, je ne peux pas dire combien de temps je l'ai gardée.
14:33Je sais que je l'ai mise le matin.
14:34Ça, c'est une certitude.
14:35J'ai dû la rincer le midi,
14:37mais je ne peux pas dire combien de temps je l'ai gardée
14:39parce que je ne me posais pas spécialement la question.
14:41Quand j'ai su, du coup, que je faisais un choc toxique
14:44lié au port d'une cup, finalement, je n'étais pas surprise.
14:48Enfin, c'était une ma hontise.
14:50Et en même temps, vous savez, c'est comme le cancer,
14:53c'est comme toutes ces graves maladies.
14:54Ça nous fait peur.
14:55On vit avec ça dans un coin de notre tête,
14:57mais en même temps, on continue de vivre.
14:59On ne va pas non plus tout le temps se poser des questions
15:00et tout le temps s'angoisser sur ce qu'on fait,
15:03sur la manière dont on le fait.
15:04Enfin, on vit, on profite.
15:06Quand on m'a dit que c'était ça,
15:09OK, j'ai acquiescé.
15:10Bon, ça m'est tombé dessus.
15:12Il fallait bien que ça tombe sur quelqu'un,
15:13c'était sur moi, c'est comme ça.
15:14Et puis derrière, je me suis dit,
15:16si ça m'est tombé dessus, c'est peut-être pas pour rien.
15:18C'est peut-être parce que derrière,
15:21ça doit servir à quelque chose.
15:24Là, actuellement, j'ai des messages
15:25qui m'arrivent des quatre coins de la planète,
15:27avec des femmes qui me remercient,
15:29avec des femmes qui me posent des questions,
15:30qui visiblement n'ont pas d'informations non plus.
15:33Et c'est là qu'on se rend compte.
15:34En fait, c'est un problème à l'échelle mondiale actuellement.
15:36Donc, c'est énorme.
15:39Combien de temps peut-on garder sa cup ?
15:44En faisant quelques recherches sur Internet,
15:46je m'aperçois assez rapidement qu'en effet,
15:48les règles d'hygiène concernant les cups sont très floues.
15:50Sur un site très consulté,
15:52il est écrit noir sur blanc qu'il faut vider sa cup
15:54après 4 à 8 heures.
15:56Et sur un autre site encore plus connu,
15:58qu'on peut même ne la retirer qu'au bout de 12 heures.
16:004 à 6 heures maximum.
16:03Au plus tard, 6 heures après l'avoir mise.
16:06Avantage de la cup, on peut la garder jusqu'à 12 heures.
16:10Et c'est aussi ça qui fait que ce produit
16:12a autant de succès auprès des femmes.
16:15Les tampons, c'est vrai que c'est plus clair quand même
16:17en termes de consignes de port.
16:18Mais sur les cups, ils sont censés être les premiers
16:21au courant de toutes ces études
16:23et ils n'en prennent absolument pas cas.
16:24Ils jouent avec des notions marketing
16:28et ils jouent sur la confiance des femmes
16:30pour nous dire tout et n'importe quoi.
16:32Après, il y a des revendeurs qui font très bien leur travail.
16:34Et effectivement, moi j'étais faire mes courses le jour.
16:37Forcément, j'ai été voir et c'était marqué en gros
16:39sur la boîte 6 heures maxi.
16:41Je suis super, il faudrait que tout le monde fasse comme ça.
16:47Moi, j'ai toujours dit
16:48quand il se passe des choses négatives,
16:51derrière, ça ne peut apporter que des choses positives.
16:54Moi, je me suis aussi redécouverte
16:56d'une autre façon.
16:58Je n'aurais jamais cru que j'aurais pu
17:00prendre la parole,
17:01que j'aurais pu m'exprimer aussi facilement,
17:02que j'aurais pu être aussi sûre de moi.
17:05Je me sens crédible.
17:07D'un coup, j'étais quelqu'un de
17:10très introverti.
17:10Je n'aurais pas pris la parole dans un groupe.
17:13Et du coup, je prends les choses positives.
17:16Alors, il y a plein de négatifs.
17:17Le handicap, c'est extrêmement dur à vivre.
17:19On ne peut pas s'imaginer.
17:21Ce matin, on est à l'hôtel,
17:22il a fallu monter dans une douche.
17:24Mon mari était obligé de me tenir
17:26parce que j'étais à deux doigts de tomber.
17:27C'était très, très compliqué.
17:28Et moralement, ça fout un coup à chaque fois.
17:31Mais une fois que ça s'est passé,
17:33on profite.
17:34Et moi, c'est ça.
17:35Maintenant, je veux profiter.
17:36J'ai toujours eu cette tendance,
17:38mais je pense encore plus qu'avant.
17:40Et je ne veux pas m'arrêter.
17:41Je veux partir en vacances.
17:42Je veux sortir.
17:43Je veux aller au restaurant.
17:44Et pas changer.
17:46Adapter.
17:46Mais pas changer.
17:49Honnêtement, je devrais être morte aujourd'hui.
17:51Donc, vous voyez, maintenant, de quoi je vais avoir peur ?
18:00Florence Méréo est avec nous maintenant.
18:02Florence, quand vous entendez Sandrine Grano parler de vous dans le sujet,
18:05parler de l'impact que votre article a eu,
18:07ça vous fait quoi ?
18:08Je me dis que cet article a pu être utile.
18:11A pu être utile pour elle et surtout pour les autres femmes,
18:14pour que tout à chacune,
18:15on puisse être peut-être mieux au courant des risques encourus
18:19lorsque l'on porte un tampon ou une cup.
18:22Alors, l'idée, ce n'est évidemment pas de dire
18:23qu'il ne faut plus porter de tampon ou de cup
18:25parce que ça a été quand même des grands outils de liberté pour les femmes.
18:28Ça a permis d'avoir une pratique sportive
18:29et de l'activité physique plus confortable.
18:32C'est ce que dit Sandrine, d'ailleurs.
18:33Absolument.
18:34Mais vraiment, aujourd'hui, il faut avoir une information plus claire.
18:36Combien de temps on peut les porter ?
18:37Dans quelles conditions ?
18:38Et je trouve que le témoignage de Sandrine
18:40est pour ça d'une extrême utilité pour toutes les femmes.
18:43Alors, justement, combien de temps est-ce qu'on peut porter des protections
18:46comme les cups et les tampons ?
18:47Alors, c'est toute la question.
18:49Aujourd'hui, il n'y a pas de réglementation claire sur ces questions-là.
18:52Selon les fabricants, ça aussi.
18:54Certains disent 4, 6, 8 heures, 12 heures.
18:56Et c'est là la grande problématique.
18:58Les autorités sanitaires, telles que l'ANSES,
19:00c'est une autorité de sécurité sanitaire,
19:03disent qu'il faut les porter maximum entre 4 et 6 heures
19:06avec plutôt une préférence pour 4 heures.
19:08Et c'est valable pour les tampons et les cups ?
19:10C'est valable pour les tampons et pour les cups.
19:12Tout ce qui, finalement, va entrer dans le corps,
19:14va être interne au corps,
19:15avec aussi d'autres choses à savoir,
19:17c'est-à-dire que les tampons, on ne peut pas les garder la nuit.
19:19Ça, c'est quelque chose que l'on ne savait pas il y a encore quelques années.
19:22On ne peut pas les porter non plus hors de la période des règles.
19:25Et il faut aussi avoir le bon tampon adapté à son flux de règles.
19:30Donc, si on se résume, 4 à 6 heures maximum,
19:32même s'il y a autre chose décrite sur l'emballage ?
19:334 à 6 heures maximum.
19:35Les cas comme celui de Sandrine sont très rares en France ?
19:39On a des chiffres ?
19:40Oui, les cas comme Sandrine sont rares.
19:42En 2017, il y a eu 24 cas recensés de choc toxique.
19:47Rares.
19:48Mais il faut savoir que ce n'est pas une maladie à déclaration dite obligatoire.
19:52Donc, peut-être que ce chiffre est un petit peu sous-estimé.
19:56Pourquoi est-ce que c'est rare, le choc toxique ?
19:58C'est parce que nous, les femmes, nous ne sommes pas toutes porteuses du risque de développer un choc toxique.
20:04Et pour cause, on considère que c'est entre 1 et 4% des femmes utilisatrices de tampons ou de
20:09cups qui peuvent être porteuses du risque.
20:12Qui peut être porteuse du risque ?
20:13Il faut avoir plusieurs conditions.
20:15Déjà, il faut être porteuse d'un staphylococque doré.
20:18Le staphylococque doré, c'est une bactérie.
20:20Et en fait, il faut être porteuse d'une forme particulière de cette bactérie qui s'appelle TSST1.
20:25Et en fait, c'est l'accumulation de sang qui va être bloquée par le tampon,
20:29qui va peut-être potentiellement libérer de la toxine dans le corps.
20:33Et cette toxine, elle va aller attaquer les organes, le foie, les reins, le cœur.
20:37Et donc, le choc toxique peut être potentiellement très dangereux, voire mortel.
20:42Et c'est pour ça que seulement 1 à 4% des femmes peuvent être concernées.
20:46Est-ce qu'il y a un moyen de savoir si on est porteuse de ce staphylococque doré ?
20:50C'est très compliqué parce qu'il faudrait des dépistages à échelle nationale.
20:53Pour un très faible nombre de cas, c'est pour ça que la meilleure des précautions,
20:58c'est de garder le moins longtemps possible son tampon ou sa cup.
21:02On parle dans les médias de ce problème des chocs toxiques depuis 2015.
21:07On va dire, est-ce que les choses sont en train de changer ?
21:08Et est-ce que les industriels ont conscience du problème ?
21:11Les choses bougent lentement mais sûrement.
21:13En ce qui concerne les tampons, il commence à y avoir des évolutions.
21:16Je regardais récemment là sur des boîtes et je voyais que c'était marqué « pensez à changer votre tampon
21:21toutes les 4 à 6 heures ».
21:23Avec dans les notices, pour certaines marques de tampons, des explications de ce qu'est le choc toxique et comment
21:28le prévenir.
21:29Reste que ce n'est pas encore clair sur toutes les boîtes.
21:32Sandrine Grano, par exemple, le dit « pourquoi est-ce que sur les boîtes de tampons, il n'y aurait
21:35pas, comme sur les paquets de pâtes,
21:36un temps marqué, très clairement, 4 à 6 heures ».
21:40Et l'autre grand problème, c'est surtout sur les cups, puisque là, les informations varient d'un fabricant à
21:46l'autre.
21:46Et là, l'information est encore très peu claire.
21:48Donc les fabricants doivent vraiment prendre conscience de leur rôle dans l'information des femmes.
21:54Merci Florence Méréo et merci à Sandrine Grano qui a accepté de témoigner au micro de Claudia Prolongeau.
22:00Épisode produit par Clara Garnier-Amourou et Benjamin Boucriche, réalisation Alexandre Ferreira.
22:12Code Source est le podcast d'actualité du Parisien, disponible chaque soir du lundi ou vendredi à 18h.
22:18N'oubliez pas de vous abonner sur votre application de podcast préférée comme Apple Podcast ou Podcast Addict.
22:25Et n'hésitez pas à nous écrire directement codesource.leparisien.fr
22:31Sous-titrage Société Radio-Canada

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