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Vendredi 18 octobre, c’est jour de départ pour les vacances de la Toussaint. Mais le trafic SNCF est paralysé par un mouvement des cheminots, exerçant leur droit de retrait. L’arrêt de travail fait suite à un accident grave de TER, survenu deux jours plus tôt dans les Ardennes. 11 personnes ont été blessées dont le conducteur. Que s’est-il passé précisément le mercredi 16 octobre à Saint-Pierre-sur-Vence ? Et pourquoi autant de cheminots ont-ils exercé leur droit de retrait ? Vincent Vérier et Nicolas Scheffer, journalistes au Parisien, refont le film des événements au micro de Code Source. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Clara Garnier-Amouroux - Production : Marion Bothorel - Réalisation et mixage : Benoît Gillon et Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : LCI, FR5, CNews, Figaro.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:14Il y a tout juste une semaine, en plein départ pour les vacances de la Toussaint,
00:18le trafic SNCF était paralysé par un mouvement des cheminots.
00:22A l'origine, un accident de TER quelques jours plus tôt dans les Ardennes.
00:26On a évité un drame, parce qu'il y a un conducteur consciencieux,
00:30attaché au service public ferroviaire, qui a bossé.
00:33Mais on ne peut pas continuer comme ça.
00:35Le pays doit débattre, des transformations doivent se conduire aussi,
00:38parce que nous devons changer beaucoup de choses.
00:39Ça ne justifie pas de bousculer le quotidien de certains de nos concitoyens,
00:43qui est déjà parfois largement contraint.
00:45La SNCF annonce ce vendredi 25 octobre que les équipements d'alerte radio des trains
00:50vont être renforcés pour mieux résister en cas de choc important.
00:54Mais que s'est-il passé précisément le mercredi 16 octobre à Saint-Pierre-sur-Vence ?
01:00Et pourquoi autant de cheminots ont-ils exercé ensuite leur droit de retrait ?
01:03Pour mieux comprendre, CodeSource refait le film des événements.
01:08À mes côtés, Vincent Verrier et Nicolas Schaeffer du service Économie du Parisien.
01:12Vincent Verrier, pour bien raconter cette histoire,
01:15il faut rappeler que la situation est tendue à la SNCF, et ça, ce n'est pas nouveau.
01:20Ça remonte à peu près à 2014.
01:21Depuis cette date, on a à la SNCF de multiples réformes qui ont été mises en place.
01:26Des réformes assez dures, assez structurantes.
01:28D'abord, la SNCF a été regroupée.
01:30Maintenant, on a la SNCF Réseau, la SNCF Mobilité.
01:32Ça a entraîné des transferts de personnel.
01:34On a une réforme en 2016 qui réorganise le travail.
01:37Et puis, la grande réforme de 2018, la grande réforme ferroviaire,
01:39où là, le statut des cheminots est remis en cause.
01:42Il va disparaître au 1er janvier 2020.
01:44La SNCF va se transformer en société anonyme.
01:46Et vous avez également l'ouverture de la concurrence qui va intervenir à la fin d'année 2020.
01:51Tout ça, ça crée des tensions parce qu'on a beaucoup de changements au sein de cette entreprise publique.
01:55Donc, on est un terreau favorable à un mécontentement.
02:02En avril 2018, commence une longue grève à la SNCF.
02:06C'est contre la réforme ferroviaire.
02:08Les cheminots souhaitent conserver leur statut.
02:10Le statut, c'est quoi ?
02:12C'est l'emploi à vie, grosso modo.
02:14C'est une certaine protection sociale.
02:16C'est quelques avantages par-ci, par-là.
02:18Ce sont des choses pour lesquelles les cheminots sont très attachés.
02:22Et cette grève du printemps 2018 est très suivie ?
02:24Oui, elle est très suivie.
02:25C'est l'une des plus grandes mobilisations depuis 1995.
02:28Treizième jour de grève.
02:29Et dans ce centre de maintenance de la banlieue parisienne, la mobilisation ne faiblit pas.
02:34Alors, c'est une grève qui est un peu particulière.
02:35C'est-à-dire que les syndicats ont bien compris que mobiliser maïsissement, c'était compliqué.
02:38Parce que ça pèse sur les salaires.
02:40Et donc, ce qui est mis en place, c'est une grève par intermittence.
02:43C'est-à-dire qu'on fait grève, trois jours, on s'arrête deux jours, et ainsi de suite.
02:46L'idée, c'est de perturber au maximum le service avec un minimum d'impact sur les salaires.
02:52Cette grève va durer trois mois jusqu'en juillet 2018.
02:55Au bout du compte, est-ce que les grévistes obtiennent gain de cause ?
02:58Pas vraiment, puisque le statut va être supprimé au 1er janvier 2020.
03:02Là, l'entreprise publique va se transformer en société anonyme.
03:05Et puis, l'ouverture de la concurrence sera effective sur les lignes commerciales à partir de la fin d'année
03:112020.
03:12En ce moment, il y a aussi la réforme des retraites qui arrive et les cheminots sont très inquiets.
03:16Parce que le régime spécial risque d'être remis en cause.
03:19Donc, on s'attend à un gros mouvement à partir de la fin d'année.
03:22Cela fait 19 ans que Fabien Villedieu est conducteur à la SNCF.
03:263000 euros net par mois et son statut de cheminot lui permet de partir plus tôt à la retraite.
03:32Dès 52 ans et 57 pour le taux plein.
03:35Mais la future réforme l'inquiète, elle pourrait tout changer.
03:37Demain, si cette réforme passe, il faudra qu'à 62 ans, voire plus, je me lève à 3, 4 heures
03:44du matin,
03:44que je fasse une journée de service pour conduire un train.
03:47Parce que vous imaginez bien, quand vous conduisez un train, vous avez la responsabilité,
03:50vous avez même l'avis de milliers de gens dans votre train.
03:52Le résultat, c'est que la SNCF connaît une crise de vocation sans précédent ?
03:57Elle sait du moins.
03:58C'est-à-dire que là, on se rend compte que la direction a du mal à recruter des conducteurs,
04:02à recruter des cheminots qui vont travailler sur les voies.
04:04Parce qu'aujourd'hui, cette entreprise, où on était cheminot de père en fils,
04:08aujourd'hui, c'est devenu une entreprise, on va dire, comme les autres.
04:11Il y a moins de cette fierté de travailler pour cette entreprise.
04:14Donc, effectivement, on a de moins en moins de personnes qui trouvent ça intéressant de travailler pour la SNCF.
04:19Il y a un chiffre qui est assez marquant, c'est qu'en 2018, on a eu plus d'un
04:23millier de cheminots
04:24qui ont démissionné à l'entreprise publique.
04:25C'est du jamais vu dans l'histoire de la SNCF.
04:27Pourquoi ?
04:27Il faut imaginer ce que c'est que la vie d'un cheminot, en tout cas,
04:30ceux qui conduisent les trains ou les contrôleurs.
04:32C'est que vous avez vos horaires qui changent tout le temps.
04:34Vous pouvez travailler tous les jours de la semaine, le samedi comme le dimanche, le mercredi,
04:37le jour de Noël, le jour de la fête des mères, la fête des pères.
04:41Donc, c'est une vie à part.
04:41Tout ça, ça nécessite un petit peu de sacrifice.
04:44Si au bout du sacrifice, il n'y a pas forcément les conditions de travail, le salaire qui va avec,
04:49c'est vrai que c'est un peu moins attirant.
04:50Et actuellement, la SNCF se bat pour recruter.
04:53Il y a des campagnes qui tournent.
04:54Il y a une campagne qui tourne pour dire, venez, devenez conducteur, devenez contrôleur,
04:59devenez cheminot, technicien pour venir entretenir les voies.
05:14Mais c'est des métiers qui sont difficiles.
05:17C'est des métiers dehors.
05:19Donc, on subit la rigueur de l'hiver, la chaleur de l'été.
05:22Et derrière, on a des conditions de travail qui ne sont pas forcément celles auxquelles peuvent s'attendre les jeunes
05:27générations.
05:27Et il y a une perte de sens ?
05:29Oui, pendant très longtemps, les cheminots avaient l'impression de travailler pour l'intérêt public.
05:32On travaille pour aider les Français à se déplacer, à partir en vacances.
05:36Et puis, petit à petit, cette entreprise est devenue une entreprise privée, avec des objectifs financiers.
05:41Donc ça, ce n'est pas vraiment dans la culture du cheminot.
05:43La culture du cheminot, c'est plutôt de dire, je fais ça pour l'autre, en toute sécurité.
05:48Vincent Verrier, vous parlez régulièrement de ces problèmes de sécurité sur le réseau dans le Parisien.
05:53C'est la priorité pour un cheminot, un contrôleur, avant de contrôler vos billets.
05:56Sa raison d'être, c'est de garantir que le voyage se passe dans de bonnes conditions, qu'il n
05:59'y ait pas de problème de sécurité.
06:00Même chose pour le conducteur.
06:02Arriver à l'heure, c'est une chose, mais arriver à l'heure en un seul morceau, c'est la
06:05priorité.
06:06Donc dans la culture cheminot, c'est extrêmement important.
06:08Et là, actuellement, ils ont l'impression que ça se dégrade ?
06:10Ils ont l'impression, par rapport à l'organisation du travail qui est mis en place, par rapport aux baisses
06:14d'effectifs,
06:15bref, par rapport aux moyens qui leur sont donnés, qu'on fait des concessions sur la sécurité,
06:20quelque chose qu'on n'avait jamais vu à la SNCF.
06:27On va revenir justement à l'accident du mercredi 16 octobre qui a tout déclenché avec vous, Nicolas Schaeffer.
06:32Vous vous êtes rendu sur place dans les Ardennes, dans le village de Saint-Pierre-sur-Vence.
06:36Est-ce qu'on peut nous décrire ce village ?
06:38Saint-Pierre-sur-Vence, c'est un petit village qui se situe à une dizaine de kilomètres de Charleville-Mézières.
06:43C'est un petit village comme on peut en connaître beaucoup.
06:46Des maisons ocres en pierre ancienne, un clocher au milieu du village, un cimetière, et puis des poules qui traversent
06:53la route.
06:54Vous avez rencontré une voisine sur place qui habite juste à côté de la voie ferrée. Qu'est-ce qu
06:58'elle vous décrit ?
06:58Elle s'appelle Christiane. Elle était dans son salon quand, au moment de l'impact, elle a entendu une grosse
07:03détonation.
07:04Elle a tout de suite fait le lien avec le convoi exceptionnel qu'elle avait vu quelques secondes plus tôt,
07:09qu'elle avait vu sur une départementale, une route étroite, pentue, qui n'est absolument pas faite pour les camions.
07:16Et donc, quand elle l'a vue, elle s'est dit qu'il y avait quelque chose d'anormal.
07:20Pourquoi ?
07:20Parce que ce camion, il n'avait rien à faire là. Il était censé suivre une autre route et ce
07:25camion a été détourné.
07:27Alors, qu'est-ce qu'il faisait là ? On ne sait pas encore.
07:29Et donc, il est resté bloqué sur le passage à niveau ?
07:31Il est resté bloqué sur le passage à niveau et le TER percute à 140 km heure.
07:36Son convoi, une machine agricole qui a été explosée et dont certaines des parties se sont retrouvées dans le jardin
07:43de la voisine
07:44qui s'est dit « Heureusement que je n'étais pas en train d'étendre mon linge ».
07:47Il y a une grosse explosion, une grosse détonation qu'entendront les habitants du coin
07:52et le train met plusieurs centaines de mètres avant de s'arrêter.
07:55Dans la locomotive du TER, le conducteur est seul. Que fait-il juste après l'accident ?
08:00Il faut imaginer un petit peu la scène. Vous avez un conducteur qui est en train de conduire son train.
08:03Derrière lui, il a des dizaines de passagers. Il percute un obstacle.
08:06Là, il connaît la procédure. Il doit appuyer sur des boutons pour signaler qu'il a eu un accident.
08:10Là, rien ne fonctionne. Il est lui-même blessé. Il a du mal à s'extirper de la cabine.
08:14Vous avez des câbles électriques qui ont été arrachés, des morceaux de tol.
08:17Ça fume un peu, il y a eu des étincelles. Et donc, il doit gérer tout ça tout seul.
08:20Son premier réflexe, c'est de sortir de la cabine pour avertir les trains devant.
08:25Il doit courir à 1,5 km en amont pour alerter ses trains avec des fumigènes, avec des signaux.
08:33Il court là-bas. Et puis, en attendant, il y a les 60 à 80 passagers qui sont tout seuls.
08:39Et Christiane me racontait qu'ils ont essayé de casser les vitres avec les marteaux.
08:43Mais les pompiers, les secours arrivent relativement rapidement.
08:47À quoi ressemble le train après l'accident ?
08:49Le train, il est complètement défoncé. Surtout l'avant, le bas, qui est méconnaissable.
08:56La cabine, elle, elle a été relativement protégée, quoique tordu.
08:59Le bilan, c'est 11 blessés légers. Ça aurait pu être beaucoup plus.
09:02Il y a le risque que le train en face, qui circule dans l'autre voie, continue de circuler,
09:06puisqu'ils ne sont pas prévenus de l'accident. Il y avait un train de Fred, justement, qui arrivait.
09:10La chance, si on peut parler de chance, c'est qu'en percutant le matériel agricole,
09:15le train a arraché sa caténaire. Et donc le courant a été coupé.
09:18Les trains en amont se sont arrêtés.
09:19Il faut imaginer que si la caténaire n'avait pas été arrachée,
09:23le train de Fred qui arrive en face aurait continué son chemin
09:25et aurait pu percuter le matériel agricole qui se trouvait à cheval sur les deux voies.
09:29Donc on aurait pu avoir une catastrophe ferroviaire majeure.
09:34Toujours le 16 octobre, dans la foulée, ce mercredi soir, des agents SNCF exercent leurs droits de retrait.
09:39Exactement. Ils se disent « ça aurait pu être moi »
09:42parce que tous les conducteurs qui conduisent des TER auraient pu se retrouver seuls dans ce train.
09:48Et à partir du jeudi soir, les syndicats lancent un appel aux droits de retrait.
09:52Alors vous avez la CGT Cheminot qui est la première organisation syndicale de la SNCF
09:57qui envoie des SMS à ses militants, mais pas seulement.
10:00Également aux Cheminots Lambda et puis aux autres organisations syndicales
10:04pour dire « faites valoir votre droit de retrait ».
10:06On a évité un drame et il faut marquer le coup.
10:09Et la direction tarde à réagir à ce moment-là ?
10:11Elle tarde à réagir.
10:12Alors pourtant c'est un exercice qui est connu, c'est presque une scène de théâtre,
10:15c'est un rapport de force.
10:16On a un événement qui a profondément marqué les Cheminots.
10:19Les syndicats embrayent le pas.
10:22Généralement la direction répond du tac au tac pour éviter une situation de blocage.
10:25Et là bizarrement, d'après ce que nous racontent les syndicats,
10:28ça tarde un peu, il y a un peu du retard à l'allumage.
10:30Quand on a commencé à faire valoir notre droit de retrait vendredi dans la journée,
10:34on comptait être reçu par l'entreprise rapidement, avec derrière des vraies solutions.
10:37L'entreprise a préféré voter en touche.
10:39Il n'y a pas de réponse, il n'y a pas de répondant de la direction.
10:41Et finalement une réunion est organisée à 7h du matin, le vendredi matin,
10:45entre la CGT et la direction de la SNCF.
10:48Mais c'est déjà parti.
10:49Vincent Verrier, le vendredi soir, c'est le début des vacances scolaires de la Toussaint
10:53et les panneaux des gares SNCF affichent « mouvement social inopiné ».
10:57Alors c'est pas vraiment un mouvement social, c'est un droit de retrait.
10:59C'est quoi un droit de retrait ?
11:00C'est si moi salarié, j'estime que je suis dans une situation où il y a un danger immédiat,
11:08je suis dans mon bon droit de dire « je n'exerce pas mon travail ».
11:12Alors après, l'appréciation peut être diverse, qu'on soit salarié, qu'on soit direction,
11:17mais le code de travail le prévoit.
11:18Donc c'est ce que font les cheminots.
11:20Alors il faut savoir quand même que à la SNCF, en tout cas à la direction de la SNCF,
11:25il y a deux hantises.
11:26La première, c'est l'accident ferroviaire, c'est le déraillement.
11:28Ça, effectivement, on peut bien comprendre que c'est une catastrophe pour une entreprise comme la SNCF.
11:31La deuxième hantise, c'est ces mouvements sociaux inopinés.
11:33Et ça fait des années qu'avec le gouvernement, une organisation a été mise en place
11:37pour éviter ces grèves intempestives, inopinées, qui bloquent des millions de passagers sur les gares.
11:42Alors qu'est-ce qui est prévu normalement ?
11:43C'est qu'il y a un dialogue social qui s'installe,
11:45et puis si au bout du bout, on ne s'est pas mis d'accord entre l'organisation syndicale et
11:49la direction,
11:50on dépose un préavis de grève, c'est-à-dire qu'on convient d'une date à laquelle les cheminots
11:54vont être en grève.
11:56Et pour prévoir encore davantage la situation du trafic,
12:00on oblige les cheminots qui participent à la production de trains,
12:03c'est-à-dire qu'ils vont conduire les trains, qu'ils vont contrôler les trains,
12:05qu'ils vont entretenir les trains, de se déclarer grévistes 48 heures avant,
12:10pour que la direction, le jour de la grève, soit en mesure de dire aux passagers
12:14« tel train va partir, tel train ne va pas partir ».
12:16Or là, avec ce droit de retrait, toute cette organisation qui a été mise en place depuis des années,
12:21c'est le fruit de l'histoire, elle s'écroule.
12:23Et donc on se retrouve le vendredi matin avec des trains qui ne partent pas.
12:27C'est-à-dire que 10 minutes avant le départ, on ne sait pas si tel ou tel train va
12:31partir
12:31parce qu'on ne sait pas si le cheminot va faire valoir son droit de retrait ou pas.
12:34Et donc là, à ce moment-là, Nicolas Schaeffer, c'est la pagaille dans les gares ?
12:37C'était une pagaille monstre parce que les gens ne savaient pas où ils devaient aller.
12:43Les gens voulaient absolument être le premier à monter dans le train.
12:46Il y avait des enfants, il y a même des gens qui sont passés par les voies pour pouvoir passer
12:52devant.
12:53Gare Saint-Lazare, les voyageurs confus ont les yeux rivés sur les écrans.
12:57« C'est le bazar, bon j'étais prévenu, hier mon train a été affiché à 10h47 pour Rouen, il
13:02devait partir.
13:03J'arrive ce matin, il est annulé, le prochain à 12h20, pas sûr qu'il parte, j'ai l'anniversaire
13:08de ma soeur ce soir. »
13:09Vous avez déjà vu ça ?
13:10Moi, je n'ai jamais vu ça.
13:14Vincent Verrier, est-ce qu'on sait combien de cheminots ont fait valoir leur droit de retrait ?
13:18Officiellement, non.
13:19La SNCF refuse de communiquer ce chiffre.
13:21Elle a dit qu'elle ne l'a pas.
13:22Elle donne un chiffre pour le samedi.
13:24Elle parle de 700 conducteurs de train qui auraient fait valoir leur droit de retrait.
13:29La CGT, elle avance à notre chiffre.
13:31Elle estime que sur cette période, ce sont 23 000 cheminots qui devaient travailler.
13:35Sur ces 23 000 cheminots, il y en a 17 000 qui ont fait valoir leur droit de retrait.
13:39Ce sont des chiffres qui sont invérifiables.
13:40Donc, on n'est pas en mesure de dire aujourd'hui combien de cheminots ont fait valoir leur droit de
13:43retrait sur ces trois jours.
13:44Les syndicats sont surpris à ce moment-là par l'ampleur de la mobilisation ?
13:48Oui.
13:48Il faut imaginer.
13:49L'accident se produit le mercredi.
13:51L'idée, c'est un petit peu surfer sur cet accident, sur le mécontentement.
13:53On décide d'obtenir deux, trois choses de la direction, notamment une meilleure sécurité du matériel roulant.
13:58Et puis, finalement, les syndicats découvrent que les droits de retrait tombent en masse un peu partout au CACOA de
14:04la France.
14:04Et qu'à vendredi midi, on se retrouve avec des gares bondées, des trains qui ne partent pas.
14:08Ils ne s'entendaient pas à une telle mobilisation.
14:10Mais ils ont bon espoir que ça se termine vendredi soir parce qu'ils sont en négociation avec la direction
14:15de la SNCF.
14:16Mais là, il y a un nouvel élément qui va intervenir.
14:20Visiblement, le gouvernement a appelé la direction de la SNCF en disant qu'on ne négocie pas.
14:23C'est une grève sauvage, illégale, pas question de négocier.
14:26Et qu'a dit la direction ?
14:27La direction met fin aux discussions et donc on se retrouve dans une situation de blocage.
14:32Samedi, les cheminots poursuivent leur droit de retrait.
14:35Et vous avez le Premier ministre Edouard Philippe qui fait une intervention.
14:38Il se rend en gare de l'Est.
14:39A l'évidence, quand un conducteur d'un TGV ou d'un Ouigo fait jouer, entre guillemets, le droit de
14:44retrait pour quelque chose qui ne le concerne pas,
14:46c'est un détournement du droit de retrait.
14:48Et ça, ça n'est pas acceptable parce que c'est une façon de détourner la loi sur la grève
14:52dans les services publics.
14:54Compte tenu des impacts, compte tenu de la journée, compte tenu du nombre de Français impactés, ça n'est pas
14:58acceptable.
14:59J'ai demandé à la SNCF d'examiner toutes les suites, y compris judiciaires, qui pouvaient être données lorsque des
15:03gens ne respectent pas la loi.
15:04Donc là, on passe à un stade supérieur.
15:07C'est-à-dire que ce jeu, on va dire traditionnel, qui peut exister à la SNCF, de rapport de
15:11force entre les syndicats et la direction de la SNCF,
15:14sort du cadre de l'entreprise et là on passe au niveau du gouvernement.
15:17Il y a un syndicaliste de la SNCF qui me prenait cette image, il dit
15:20« Guillaume Pépi, il a des muscles, Edouard Philippe, il en a des plus gros. »
15:23Donc là, d'un seul coup, on n'est plus en Ligue 1, on est en Ligue des Champions.
15:26Et donc là, c'est vrai qu'au sein des syndicats, on commence à s'inquiéter.
15:29Parce qu'il y a une petite inquiétude sur ce droit de retrait, est-ce qu'il est valable, pas
15:33valable ?
15:33Est-ce qu'on n'envoie pas les cheminots au casse-pipe ?
15:36Est-ce qu'on n'est pas parti sur une grève de trois semaines, incontrôlable ?
15:39C'est sur l'inquiétude d'une organisation syndicale.
15:40On sait quand est-ce qu'un mouvement commence, mais quand est-ce qu'elle se termine ?
15:43C'est extrêmement compliqué.
15:44On parle d'un mécontentement qui existe depuis plusieurs mois.
15:46Donc oui, là, il y a une véritable inquiétude.
15:48Que font les syndicats du coup ?
15:49Eh bien, on commence à appuyer sur la pédale de frein.
15:51C'est-à-dire que les réunions se multiplient tout au long de la journée avec la direction,
15:54des réunions informelles, des coups de téléphone.
15:57Et puis finalement, en milieu de soirée, la CGT Cheminot envoie un communiqué
16:01qui en substance dit quoi ?
16:03Dit on arrête les droits de retrait, on reprend le travail.
16:06Conservons nos forces pour se mobiliser le 5 décembre.
16:09C'est une date qui a été inscrite dans le calendrier pour défendre la retraite des Cheminots.
16:13Le mouvement s'annonce suivi le 5 décembre ?
16:15Sur le papier, oui. Vous avez deux organisations syndicales importantes,
16:19l'UNSA et SUDRAI, qui appellent à une grève reconductible à partir du 5 décembre.
16:24La CFDT, elle, privilégie le dialogue, les négociations.
16:28Elle ne s'est pas encore positionnée.
16:29Et puis vous avez la CGT Cheminot qui doit définir, début novembre, le 7-8 novembre,
16:34quelle stratégie elle compte adopter.
16:36Mais d'ores et déjà, elle devrait partir le 5 décembre.
16:38L'accident de Saint-Pierre-sur-Vence, les droits de retrait exercés dans la foulée le week-end qui a
16:43suivi.
16:43Qu'est-ce que ça dit de la situation à la SNCF ?
16:45Elle est explosive.
16:46Clairement, elle est électrique.
16:47Le climat social est déplorable, on l'a dit.
16:50On a eu plusieurs années de réformes, de réorganisations au sein de la SNCF.
16:53Les Cheminots ont l'impression d'être malmenés.
16:56Certains nous disent qu'ils ne reconnaissent plus leur entreprise.
16:59Et puis, il y a un autre élément qui est important,
17:00c'est qu'à partir du 1er novembre, vous changez de président de la SNCF.
17:04C'est-à-dire que Guillaume Pépi, qui a dirigé cette entreprise pendant une dizaine d'années,
17:07va passer la main à Jean-Pierre Forrandou.
17:09Donc, ça crée un climat un petit peu d'instabilité, un peu de flottement.
17:28Merci à Vincent Verrier et Nicolas Schaeffer.
17:32Épisode conçu et préparé par Clara Garnier-Amourou.
17:35Production Marion Bottorel.
17:37Réalisation Benoît Gillon.
17:39CodeSource est le podcast d'actualité du Parisien.
17:42Nous sommes disponibles sur leparisien.fr,
17:44toutes les applications de podcast, mais aussi Deezer et Spotify.
17:48Et vous pouvez dialoguer avec nous par Twitter ou à l'adresse codesourceatleparisien.fr.
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