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Les éboueurs parisiens sont en grève depuis le début du mois de mars pour s’opposer à la réforme des retraites. Code source fait le point sur trois semaines de mobilisation. Crédits.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert, Raphaël Pueyo et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian -

Archives : CNews, CNN, ville de Paris.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Des tas de poubelles de plusieurs mètres de haut ou de plusieurs mètres de long,
00:16conséquence visible de la grève des éboueurs parisiens,
00:19lancée le 6 mars en opposition à la réforme des retraites.
00:23Un mouvement soutenu par la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo,
00:26qui s'est opposée aux réquisitions demandées par l'État.
00:30Pourquoi cette grève a-t-elle autant d'impact ?
00:32Pourquoi ne touche-t-elle pas tous les arrondissements de la même façon ?
00:35Et comment s'adaptent les Parisiens ?
00:37Codesources fait le point sur cette grève aujourd'hui,
00:40avec deux journalistes de l'édition de Paris du Parisien, Estelle Dautry et Paul Abram.
00:50A la présidentielle 2022, Anne Hidalgo a essuyé un revers.
00:54Le dimanche 10 avril, la candidate socialiste n'a réuni que 1,75% des suffrages.
01:01Estelle Dautry, cet automne et au début de l'année 2023,
01:04la maire de Paris affiche son soutien à la lutte contre la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron.
01:10Oui, elle appelle à fermer l'hôtel de ville le 31 janvier,
01:13qui est l'un des premiers jours de la mobilisation contre la réforme des retraites.
01:16Elle dit que cette réforme est par ailleurs injuste.
01:18Elle s'y oppose et elle fait afficher sur la façade de l'hôtel de ville
01:22deux grandes banderoles sur lesquelles on peut lire
01:24« La mairie est solidaire avec le mouvement social ».
01:28Le lundi 6 mars, les éboueurs de la ville de Paris se mettent en grève.
01:32Concrètement, qui fait grève à l'appel de qui et quel est le mot d'ordre ?
01:35En fait, ils rejoignent l'appel de l'intersyndicale, qui est un appel national.
01:39Donc il y a essentiellement la CGT, mais il y a tous les autres syndicats.
01:42Qui fait grève ?
01:43C'est à la fois les éboueurs qui sont chargés de la collecte à Paris, les balayeurs
01:46et les personnels des incinérateurs parisiens qui sont chargés de détruire ces poubelles.
01:52C'est le plus grand centre d'incinération de déchets en Europe.
01:56Situé en banlieue parisienne, il est occupé depuis hier matin par des éboueurs en grève.
02:00Et ils ne lâcheront rien.
02:01Ils se battent notamment pour un départ à la retraite à 60 ans maximum.
02:05Sinon, les poubelles pourraient bien déborder dans les rues parisiennes.
02:09Dans les faits, il y a très peu de grévistes.
02:11On est à moins de 10%, autour de 6-7% de grévistes.
02:14Mais ce qui se passe surtout, c'est que comme les incinérateurs sont bloqués
02:17et tous les garages qui contiennent les camions-bennes de la ville de Paris,
02:21les camions-bennes ne peuvent pas sortir des garages de la ville de Paris.
02:25Donc il n'y a quasiment aucune collecte dans la moitié des arrondissements parisiens.
02:31Pourquoi est-ce qu'on a aussi peu de grévistes, 6-7% ?
02:34Alors on peut supposer que c'est notamment parce que la grève leur coûte cher.
02:37Moi j'ai eu un éboueur qui m'a dit qu'il ne pouvait pas financièrement faire grève tous les
02:40jours.
02:41Alors il faisait grève un jour sur deux, un jour sur trois pour réussir à s'en sortir à la
02:45fin du mois.
02:45Pour Codesources, Raphaël Pueyo a demandé à un éboueur de nous expliquer pourquoi il fait grève.
02:51Karim Karkoudi a 53 ans, éboueur depuis 21 ans.
02:55Il travaille dans le 14e arrondissement et il est responsable syndical CGT dans cet arrondissement.
03:00J'ai 53 ans, ça fait 21 ans que je suis à la ville.
03:04A force de faire la benne le matin, j'ai deux tendinites à chaque bras.
03:08J'ai les genoux en compote à force de monter et descendre sur le marche-pied.
03:11Je ne parle même pas de mon dos avec les lombaires qui ont pris un coup.
03:14Je ne me vois pas encore dans 10 ans derrière la benne.
03:17Il a beau dire, le président, qu'on peut changer de carrière et faire autre chose,
03:21moi je ne peux pas être du jour au lendemain pâtissier ou plombier parce que je n'ai pas les
03:25connaissances.
03:26Paul Abran, comment est organisé le ramassage des poubelles à Paris ?
03:30C'est un fonctionnement un peu particulier, un modèle hybride entre le public et le privé.
03:35Il y a 10 arrondissements de la capitale où la collecte est assurée par la régie municipale,
03:39les services de propreté de la ville.
03:41Et dans les 10 autres, la collecte est assurée par des entreprises privées comme De Richebourg ou Pizzorno.
03:46Il n'y a pas de découpage géographique précis, rive gauche, rive droite.
03:50C'est un peu au cas par cas dans les arrondissements.
03:52Si on prend un exemple, dans le 17e, c'est les services de la ville qui assurent la collecte.
03:56Et dans le 18e, l'arrondissement voisin, c'est une entreprise privée.
03:59Et en temps normal, où partent les poubelles enlevées à Paris ?
04:01Les ordures ménagères qui sont collectées à Paris chaque jour sont acheminées
04:06dans trois sites de traitement et de valorisation énergétique des ordures
04:10où elles sont ensuite incinérées.
04:12Il y a Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne, ici les Mouninous en Haute-Seine
04:15et Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis.
04:17Mais ces trois sites sont fortement impactés depuis le début de la grève.
04:20Dès les premiers jours, ces incinérateurs ont été bloqués,
04:23soit totalement, soit partiellement, avec des barrages filtrants,
04:26ce qui handicap largement la collecte et la destruction de ces ordures ménagères.
04:31Estelle Dautry, d'un mot, Anne Hidalgo ne veut pas réquisitionner les éboueurs de la ville.
04:35Non, alors elle commence par répondre que c'est une prérogative de l'État
04:39et donc que la ville ne peut pas réquisitionner.
04:41Mais le fond du problème, c'est qu'elle soutient la grève,
04:43donc elle refuse de réquisitionner, elle renvoie la balle à l'État.
04:46Et à cause de ça, elle est vivement critiquée par les élus d'opposition.
04:49Oui, notamment Rachida Dati, qui est la chef de file des Républicains à Paris.
04:53Elle, elle réclame un service minimum pour éviter tout risque sanitaire.
04:57Il y a aussi le maire du 17e, Geoffroy Boulard,
05:00qui lui voudrait qu'on fasse appel à des entreprises privées.
05:02Et là-dessus, la maire de Paris répond que c'est impossible, ça revient à casser la grève.
05:06Les effets de la grève des éboueurs se voient rapidement.
05:08Au bout d'une semaine, le dimanche 12 mars,
05:11il y a déjà, d'après une estimation fournie par la ville de Paris,
05:155000 tonnes et demie de déchets dans les rues.
05:17L'édition de Paris, du Parisien, raconte comment les habitants font avec,
05:22par exemple, Estelle Dautry, cet habitant du 20e arrondissement, prénommé Salomon.
05:26Alors, Salomon, je le rencontre dans une des rues du 20e arrondissement,
05:29où il n'y a eu aucune collecte depuis une semaine.
05:32Donc, à ce moment-là, les trottoirs sont vraiment jonchés de poubelles.
05:34On est, il y a plusieurs mètres, avec des sacs poubelles noirs, des bacs verts,
05:38tout s'empile, on a du mal à passer sur les trottoirs.
05:41Et lui, il passe avec une poussette.
05:43Donc, je me dis formidable, un père de famille, allons le voir.
05:45Et je lui dis, mais que faites-vous depuis une semaine de vos poubelles ?
05:49Est-ce que ça ne vous dérange pas trop ? Comment vous le vivez ?
05:51Et donc, il me répond que depuis une semaine sur son balcon,
05:55alors il me montre, il habite dans un immeuble qui n'est pas très loin,
05:57avec que des balcons à tous les étages,
05:58il entasse avec sa femme les sacs de couche sur le balcon.
06:02Donc, il y a trois sacs poubelles pleins de couche qui attendent.
06:06Et il me dit qu'il préfère avoir vu sur les poubelles depuis son salon
06:09que de les rajouter dehors,
06:11où vraiment, on imagine effectivement que les couches éventrées dans la rue,
06:15ça va être catastrophique.
06:17D'autres Parisiens ont une autre solution.
06:18Oui, alors il y a ceux qui décident de changer d'arrondissement.
06:22Parce que tout le problème, c'est qu'il n'y a pas une répartition Est-Ouest,
06:25ou Rive-Droite, Rive-Gauche.
06:26Il y a des arrondissements limitrophes qui sont collectés et pas les autres.
06:29Si on prend par exemple le cas du 20e,
06:30il est entouré par le 19e qui est ramassé,
06:33et le 11e qui est ramassé.
06:34Et il suffit de traverser une rue pour changer d'arrondissement.
06:38On ne les voit pas forcément dans le métro avec les poubelles.
06:41En revanche, il y en a qui se déplacent clairement de quelques mètres
06:43et qui vont mettre dans les poubelles d'un immeuble, d'un restaurant,
06:46là où ils trouvent des poubelles pour s'en débarrasser.
06:48Ce jour-là, toujours le dimanche 12 mars,
06:51le ministre des Transports, Clément Bonne,
06:53qui est considéré comme un potentiel candidat au municipal à Paris en 2026,
06:58fustige la réaction d'Anne Hidalgo sur Internet.
07:01Oui, lui, il parle de puanteur et de pourrissement.
07:04Il dit que la ville n'a pris aucune mesure d'urgence, même partielle.
07:07Et il dit que c'est un énième exemple d'inaction et de mépris des Parisiens.
07:11Et dans son tweet, il met deux photos de poubelles,
07:13qui sont des photos que tout le monde a pu croiser dans la rue,
07:16c'est-à-dire plusieurs mètres de long,
07:18avec des sacs poubelles qui s'entassent,
07:20des cartons, tout ça éventré.
07:22Et là, tous les adjoints de la maire de Paris lui tombent dessus,
07:25à commencer par Emmanuel Grégoire, le premier adjoint,
07:27qui qualifie ce tweet de dégueulasse,
07:30qui dit qu'on est dans de la démagogie politique,
07:32et qui rappelle que cette grève est nationale,
07:34et qu'il n'y a pas que des problèmes de poubelle à Paris.
07:37On retrouve ça aussi, par exemple, au Havre, à Nantes ou à Montpellier.
07:40En résumé, pour Anne Hidalgo et son premier adjoint,
07:42c'est Emmanuel Macron qui porte la responsabilité de cette situation.
07:45Exactement, c'est selon la responsabilité de l'État,
07:48parce que les éboueurs s'opposent à la réforme des retraites,
07:51qui est une réforme nationale.
07:52Deux jours plus tard, le mardi 14 mars, date symbolique pour Paris,
07:56dans 500 jours exactement,
07:58la capitale française va accueillir les Jeux Olympiques 2024.
08:02Paul Abram, les médias internationaux,
08:04relaient la grève des éboueurs parisiens.
08:14Forcément, Paris est sous les projecteurs du monde entier,
08:17des médias internationaux.
08:18L'image du quotidien espagnol El Mundo,
08:21qui écrit dans un style un peu littéraire,
08:22les rats à l'affût se pourlèchent les babines
08:24devant ce festin inespéré,
08:26qui sont, on l'aura compris,
08:27les ordures ménagères qui jonchent le sol.
08:30Dans un style un peu plus percutant,
08:33digne d'un slogan,
08:34la chaîne CNN évoque une vue peu appétissante
08:37devant les cafés et les boutiques de la ville.
08:39On peut aussi citer le magazine économique américain Forbes,
08:42qui évoque la ville lumière,
08:44qui ressemble plus à une ville poubelle.
08:46Le soir même, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin,
08:49charge le préfet de police de Paris, Laurent Nunez,
08:52de demander à Anne Hidalgo
08:54la réquisition des agents de la ville.
08:56Et dès le lendemain matin, le mercredi 15 mars,
08:59le préfet s'exécute.
09:00Exactement, le préfet de police, Laurent Nunez,
09:02envoie cette lettre à Anne Hidalgo
09:04où il évoque les risques sanitaires
09:06de toutes ces ordures qui traînent dans Paris,
09:10la prolifération des rats potentiels,
09:12mais aussi le risque sécuritaire
09:14d'avoir tous ces tas de poupelles
09:15qui s'accumulent sur les trottoirs
09:16et qui empêchent donc de bien circuler,
09:19notamment les personnes à mobilité réduite.
09:21Pour toutes ces raisons,
09:22il demande à la maire de Paris, Anne Hidalgo,
09:24de réquisitionner du personnel.
09:26Comment répond Anne Hidalgo ?
09:28Elle répond d'abord sur Twitter,
09:29un message assez court, simple,
09:31où elle soutient à nouveau le mouvement social
09:34et elle dit en quelques mots
09:35qu'elle renonce à suivre la réquisition
09:38demandée par le préfet de police.
09:40Et elle va plus loin ensuite
09:41dans sa réponse écrite au préfet.
09:43Exactement, il se passe seulement quelques heures
09:45entre la lettre de Laurent Nunez
09:47puis la réponse écrite d'Anne Hidalgo
09:49dans l'après-midi,
09:50où encore une fois,
09:51dans un message assez court,
09:53elle explique clairement qu'elle renonce,
09:56en tout cas qu'elle ne suivra pas cette consigne
09:58de réquisition du personnel de la ville
10:00pour évacuer les milliers de tonnes de déchets
10:02qui sont encore sur les trottoirs de la ville.
10:07Résultat, le préfet Nunez
10:08annonce la réquisition des agents municipaux
10:10et la maire de Paris, Anne Hidalgo,
10:12en tant qu'employeur,
10:14est obligée de lui transmettre,
10:15le lendemain, le jeudi 16,
10:17la liste de 4000 salariés
10:19avec leurs adresses.
10:20À ce moment-là,
10:21un conseil de Paris est en cours,
10:23le premier de l'année,
10:24et ce jeudi,
10:25la grève des éboueurs est évoquée,
10:27le préfet Laurent Nunez est sur place.
10:29Paul Abran, vous aussi,
10:31vous suivez les débats
10:31pour les faire vivre en direct
10:33sur leparisien.fr.
10:34Qu'est-ce qu'il se dit sur la grève ?
10:36Alors, il faut le savoir
10:37que le préfet de police
10:38a l'habitude de se rendre au conseil de Paris
10:40qui a lieu plusieurs fois par an.
10:42Il vient répondre à des interrogations
10:44des élus
10:45sur des questions en matière
10:46d'ordre public et de sécurité
10:48et donc il est là ce jour-là,
10:49ce jeudi 16 mars,
10:51assis juste à côté d'Anne Hidalgo
10:52et il est interrogé par les élus
10:54à la fois de la majorité
10:55mais aussi de l'opposition
10:55sur concrètement la réquisition,
10:58comment ça va se passer.
10:59La grève des éboueurs se voit,
11:01ce qui n'est pas rien
11:02à un moment où Macron
11:04et son gouvernement
11:05ne veulent rien voir,
11:07ne veulent rien entendre.
11:08Est-ce vraiment nécessaire
11:09pour régler la situation
11:10des poubelles à Paris ?
11:12Merci beaucoup,
11:13merci cher Emmanuel.
11:16Monsieur le préfet de police,
11:18vous avez la parole aussi, bien sûr.
11:20Madame la maire,
11:20monsieur le conseiller.
11:22Et donc là, il insiste,
11:23comme il l'a fait par courrier
11:25auprès d'Anne Hidalgo,
11:26il considère qu'il y a
11:28un risque de salubrité dans la ville,
11:29qu'on voit apparaître des rats,
11:31qu'il y a des risques de chute,
11:32des risques d'incendie.
11:33Nous considérons que l'amoncellement
11:35de déchets dans les rues de Paris
11:36pose un problème de salubrité publique.
11:38Et donc compte tenu de tout ce contexte,
11:40de tous ces risques,
11:41il dit clairement
11:42qu'il lui est difficile de renoncer,
11:43qu'il ne renoncera pas
11:45à cette réquisition.
11:46Je vous confirme que je serai conduit
11:48probablement dans la journée
11:50à signer une décision de réquisition.
11:54Estelle Dautry,
11:55les jours qui suivent dans les rues de Paris,
11:57les réquisitions n'ont pas beaucoup d'effet.
11:59Visiblement,
12:00les éboueurs réquisitionnés
12:01n'ont pas envie de casser le mouvement.
12:04Oui, alors on a réussi à joindre
12:06plusieurs éboueurs réquisitionnés
12:07qui nous disaient clairement
12:08qu'ils ne travaillaient pas
12:09au maximum de leur capacité.
12:11C'est-à-dire qu'ils font les choses
12:12peut-être un peu plus lentement
12:14que d'habitude,
12:14mais ils font face
12:15à plusieurs autres soucis.
12:17D'une part,
12:17c'est la quantité de déchets
12:18qui s'est accumulée dans les rues,
12:19donc ça prend quand même
12:20beaucoup plus de temps
12:21que d'habitude.
12:21Et le fait que les incinérateurs
12:23sont toujours fermés.
12:24Ce qui veut dire qu'une fois
12:25qu'ils ont terminé la collecte,
12:26que leur camion-baine est plein,
12:27il faut la porter jusqu'à Romainville
12:29en Seine-Saint-Denis
12:30et faire plusieurs allers-retours
12:32jusque-là,
12:33alors que d'habitude,
12:33ils se rendent un peu plus près.
12:35Et je vous donne un exemple,
12:36la rue Saint-Denis,
12:37qui est une rue très commerçante
12:38où il y a beaucoup de restaurants,
12:39pour réussir à vider de ses poubelles
12:41la rue Saint-Denis,
12:42il a fallu qu'ils s'y reprennent
12:44à trois fois,
12:44c'est-à-dire remplir trois fois
12:46le camion-baine
12:46et aller trois fois à Romainville.
12:48Et à ce moment-là,
12:49ils ne font quasiment que cette rue
12:51sur leur tournée d'une journée.
12:52Vous parlez avec des hôteliers,
12:54des restaurateurs,
12:55comment est-ce qu'ils vivent
12:56ce mouvement social qui dure ?
12:58Alors clairement,
12:59ce n'est pas facile pour eux.
13:00Et ce qui les dérange le plus,
13:01c'est la grève dans les transports,
13:03c'est-à-dire les vols
13:04qui vont être annulés
13:04parce que les contrôleurs aériens
13:06sont en grève
13:06et des Français
13:08qui devaient faire
13:08des déplacements professionnels
13:09ou pour leurs loisirs
13:10qu'ils ne viennent plus.
13:12Donc ça, c'est surtout
13:12les annulations dans les hôtels
13:14sont liées à cette partie
13:15grève des transports.
13:17Maintenant, ils essayent
13:18un petit peu,
13:18comme tout le monde,
13:19de s'arranger,
13:20de déplacer un peu leur poubelle,
13:21de proposer aux étrangers
13:23de venir quand même.
13:25Clairement, une baisse
13:25de la fréquentation
13:26qui va s'étaler
13:27sur tout le mois de mars.
13:28Vous le dites,
13:28chaque restaurateur
13:29fait un peu comme il peut
13:30pour essayer de limiter
13:31la gêne pour les clients.
13:33Et vous constatez ça aussi
13:35dans le quartier
13:36de Saint-Germain-des-Prés,
13:37à la brasserie,
13:38les Deux Magots.
13:39Oui, alors là,
13:39on est sur une terrasse
13:40très célèbre
13:41qui est très prisée
13:42des touristes
13:43et donc qui donne
13:44sur le boulevard Saint-Germain
13:45et il y a,
13:46comme partout ailleurs,
13:47des poubelles.
13:48Et donc, ce qu'ils ont fait
13:49aux Deux Magots,
13:50c'est qu'ils ont empaqueté
13:51toutes leurs poubelles
13:52dans leurs chariots
13:53de livraison,
13:54qui sont des chariots
13:54qui font au moins
13:55deux mètres de haut.
13:56Ils ont mis toutes les poubelles
13:57et par-dessus
13:58une bâche verte.
13:59Et donc, on voit,
14:00en fait,
14:00si on est assis en terrasse,
14:03plusieurs mètres
14:03de bâches vertes devant
14:05mais on ne voit plus
14:06les poubelles.
14:06Est-ce qu'on les sent ?
14:07On ne les sent pas non plus.
14:09À ce moment-là,
14:09il ne fait pas très chaud
14:10donc c'est relativement discret
14:11et il y a,
14:12à deux mètres de ces poubelles,
14:14des touristes
14:15qui sont en train
14:15de boire des coupes de champagne,
14:16pas du tout perturbés
14:17par la grève
14:18des poubelles à Paris.
14:19Estelle Dautry,
14:20pour certains parisiens
14:21qui témoignent dans le journal,
14:22cette grève est l'occasion
14:23de s'interroger
14:24sur leur mode de vie.
14:26Oui, alors clairement,
14:27ce qu'on voit
14:27après plusieurs jours
14:29de déchets,
14:30quand on les garde
14:31un peu dans son appartement,
14:32c'est qu'on en produit énormément.
14:33Et donc,
14:34on contacte plusieurs habitants
14:36qui nous disent réfléchir
14:37à acheter en vrac,
14:38c'est-à-dire sans emballage,
14:39un certain nombre de produits
14:40dans leur supermarché.
14:41Évidemment,
14:42la situation provoque
14:43la colère
14:44d'une partie des parisiens
14:45qui dénoncent notamment
14:46le soutien d'Anne Hidalgo
14:47aux grévistes.
14:48Mais beaucoup d'autres
14:50parisiennes et parisiens
14:51disent comprendre
14:52ce mouvement.
14:53Illustration avec cette habitante
14:54rencontrée par Raphaël Pueyo
14:56dans le 12e arrondissement de Paris.
14:57J'habite dans le quartier
14:59et j'y suis née
14:59donc depuis 45 ans.
15:01Et oui,
15:01c'est la première fois
15:02que je vois autant
15:02de poubelles accumulées.
15:03Ça, c'est vrai.
15:04On ne peut plus passer
15:05sur les trottoirs
15:05mais sur la route.
15:06Il y en a partout.
15:07Mais ils ont tout mon soutien
15:09et grâce à eux,
15:10au moins,
15:11c'est visible.
15:11Mais le fait qu'ils ne soient
15:12pas entendus,
15:13ça, ça me gêne.
15:14Le jeudi 16 mars,
15:15Emmanuel Macron décide
15:16de faire adopter sa réforme
15:17par le Parlement
15:18sans vote
15:19en utilisant
15:20l'article 49.3
15:21de la Constitution
15:22ce qui provoque
15:23la colère
15:24d'une grande partie
15:25des oppositions,
15:25des syndicats
15:26et de celles et ceux
15:27qui ont manifesté
15:28dans la rue
15:28contre ce texte.
15:30Estelle Dautry,
15:30au début de cette grève,
15:32le Parisien a parlé
15:33du risque de voir
15:33plus de rats
15:34à la surface
15:35dans les rues.
15:36Un expert
15:37expliquait le 14 mars
15:38dans notre journal
15:39qu'il y avait notamment
15:40un risque sanitaire
15:41avec la leptospirose,
15:43une maladie que le rat
15:44peut transmettre aux humains.
15:45A la date du 24 mars,
15:47est-ce qu'on a vu
15:48une prolifération
15:49des rats à Paris ?
15:50Alors, nous,
15:51de nos yeux vus,
15:52non.
15:53On a essayé d'interroger
15:54pas mal de gens,
15:55tous les commerçants,
15:56les riverains,
15:56autour des marchés,
15:57savoir s'ils avaient
15:58croisé des rats.
15:59Pour l'instant,
16:00ce n'est pas flagrant,
16:01mais c'est quand même
16:02un risque qui est pris
16:02très au sérieux par la ville.
16:04Il y a des lieux justement
16:05qui sont collectés
16:06en priorité,
16:06c'est le cas
16:07de tous les marchés alimentaires,
16:08il y en a beaucoup à Paris,
16:09où là,
16:10il y a énormément de déchets
16:11et donc ces endroits-là
16:12se sont ramassés en priorité.
16:13Paul Abran,
16:14le jeudi 23 mars au soir,
16:16après des débordements
16:17qui ont suivi
16:18la neuvième journée
16:19de manifestation
16:19contre la réforme des retraites,
16:21dans le centre de Paris,
16:22dans le deuxième arrondissement,
16:24rue Saint-Marc,
16:25un tas de poubelles
16:26a été incendiées
16:26et ça a provoqué
16:27un départ de feu important.
16:29Oui, c'est le risque
16:30qui planait déjà
16:31depuis une dizaine de jours,
16:32le risque d'incendie
16:33sur les poubelles,
16:34évoqué justement
16:35par le préfet de police,
16:36Laurent Nunez,
16:37une semaine auparavant.
16:39Et là,
16:39le feu de poubelle,
16:41déclenché par des manifestants
16:42un peu sauvages,
16:44se propage,
16:45touche l'entrée
16:45d'une habitation
16:46de cette rue
16:47du deuxième arrondissement.
16:48La façade du rez-de-chaussée
16:50prend feu,
16:50s'enflamme
16:51et là,
16:51c'est la pagaille,
16:52c'est la panique.
16:53Tous les riverains,
16:54les voisins,
16:54les pompiers
16:55s'activent
16:56pour essayer
16:56de l'éteindre
16:57avec des extincteurs,
16:59avec les lances
16:59des pompiers,
17:00mais des seaux d'eau.
17:01Tout le monde se précipite
17:02parce que là,
17:02il y a vraiment un danger
17:03mais il n'y a aucun blessé.
17:05Et le lendemain,
17:05on est allé discuter
17:06avec ces gens
17:07qui ont eu peur
17:07toute la nuit
17:08comme cette habitante
17:09qui est restée cloîtrée
17:10toute la nuit
17:10dans son appartement
17:11au huitième étage
17:12de l'immeuble
17:12juste en face
17:13qui a vu,
17:14elle,
17:14le feu.
17:15Elle est rentrée le soir
17:16au moment où c'était
17:16la pagaille,
17:17la panique
17:18et le lendemain matin,
17:20elle était encore tétanisée
17:21de la tournure des événements.
17:23Pendant le week-end
17:23des samedis 25
17:24et dimanche 26 mars,
17:25les trois incinérateurs
17:27où sont acheminés
17:28les déchets de Paris
17:29ont repris leur activité
17:30mais de façon limitée.
17:32Des préavis de grève
17:33ont été déposés
17:35dans les entreprises privées.
17:36A la date du lundi 27 mars,
17:38la grève continue
17:39dans le public
17:40pour les agents
17:41de la ville de Paris.
17:42Paul Abran,
17:43cette grève est donc
17:43loin d'être terminée ?
17:45En effet,
17:45il y a du mieux.
17:46On est passé
17:46de 10 000 tonnes de déchets
17:48au maximum
17:49qui se sont accumulées
17:49dans les rues de Paris
17:50en fin de semaine dernière
17:51à 7 500
17:52ce lundi 27 mars.
17:54Alors oui,
17:55il y a du mieux
17:55mais la situation
17:57est loin d'être
17:57complètement résolue.
17:58Il y a des assemblées générales
18:00avec les représentants syndicaux
18:02tous les jours,
18:03des préavis de grève
18:03qui tombent quotidiennement.
18:05Donc pour les Parisiens,
18:06il va encore falloir patienter
18:07avant un retour à la normale.
18:14Merci à Estelle Dautry
18:16et Paul Abran
18:17pour suivre l'actualité
18:18de cette grève
18:18des éboueurs à Paris.
18:20Rendez-vous sur
18:21leparisien.fr
18:22Codesources est le podcast
18:24quotidien
18:24d'actualité du Parisien.
18:26Vous pouvez nous écrire
18:27directement
18:27codesources
18:29at leparisien.fr
18:30Cet épisode a été produit
18:32par Thibault Lambert,
18:33Clara Garnier-Amouroux
18:34et Emma Jacob.
18:36Réalisation
18:36Julien Moncouquiol
18:37Sous-titrage Société Radio-Canada
18:39Sous-titrage Société Radio-Canada
18:50Sous-titrage Société Radio-Canada
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