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  • il y a 9 heures
Il y a exactement quatre ans, le 14 novembre 2015, un TGV d’essais déraille dans la petite commune alsacienne d’Eckwersheim. La catastrophe fait 11 morts et 42 blessés, dont 21 d’entre eux sont gravement touchés. 5 personnes physiques ou morales, dont la SNCF par la voix de son ex-président, Guillaume Pépy, sont mises en examen dans ce dossier. Le procès devrait avoir lieu en 2020. Le premier accident mortel impliquant un TGV a été occulté par les attentats du 13 novembre, qui venaient d’endeuiller la France quelques heures plus tôt. Code source vous raconte ce drame ferroviaire oublié. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Marion Bothorel - Production : Stéphane Geneste - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : France 3, AFP, France 2 - Envoyé spécial. 

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'était il y a tout juste 4 ans, le 14 novembre 2015, dans une petite commune alsacienne, un TGVDC
00:17déraille à plus de 260 km heure dans un virage.
00:21La catastrophe fait 11 morts, 42 blessés, dont 21 gravement touchés.
00:265 personnes physiques ou morales, dont la SNCF, sont mises en examen dans ce dossier,
00:31mais cet accident a été occulté par les attentats du 13 novembre, qui venaient d'endeuiller la France quelques heures
00:37plus tôt.
00:38Codesources vous racontent un drame oublié.
00:42Déraillement d'une rame d'essai de TGV hier, en milieu d'après-midi, au nord de Strasbourg, à Egversheim.
00:48C'est un drame que nous avons à déplorer, et la priorité aujourd'hui, bien évidemment, va avec la solidarité
00:55avec les familles des victimes.
00:57Ils étaient tous de grands professionnels, experts dans leur domaine, car aux essais, ce sont souvent parmi les meilleurs d
01:03'entre nous.
01:08Vincent Verrier, vous êtes journaliste au service économie du Parisien, spécialiste transport.
01:13Cet accident va survenir alors que tout le monde est sous le choc, après les attentats de Paris et Saint
01:18-Denis.
01:18Ce soir-là, je ne suis pas à Paris, je suis en province, mais donc le réflexe de tout journaliste
01:21dans ces cas-là,
01:22quand il y a un événement d'actualité, c'est d'appeler à sa rédaction pour savoir si on peut
01:25éventuellement donner un coup de main,
01:26ou éventuellement revenir à la rédaction, ce qui ne m'a pas été demandé.
01:29En revanche, on nous demande d'essayer de passer des coups de téléphone pour occuper des témoignages.
01:33Et donc moi, ce soir-là, j'ai surtout reçu un témoignage.
01:36C'est-à-dire que j'ai une amie qui reçoit, elle, un appel d'un copain, qui est ce
01:39soir-là au Bataclan,
01:40et qui lui dit « je n'arrive pas à appeler la police, ce n'est pas une prise d
01:43'otage, on est en train de nous exécuter ».
01:45Et donc cette copine qui sait que je suis journaliste, se dit « peut-être qu'il y a des
01:48contacts au sein de la police,
01:49et peut-être que lui pourra faire avancer les choses plus rapidement ».
01:52Donc c'est ce que je fais, j'appelle des contacts au sein de la police, au sein de la
01:55gendarmerie.
01:56J'appelle également d'autres collègues qui ont plus d'affinités avec les policiers et puis les gendarmes.
02:02Et finalement, on arrive à joindre des responsables du RAID,
02:04mais malheureusement, le jeune homme en question décèdera pendant les attentats du Bataclan.
02:10C'est à 15h05, le samedi 14 novembre, que la catastrophe va avoir lieu.
02:14Racontez-nous d'abord comment vous entendez parler pour la première fois de l'information.
02:17Je reçois des SMS sur mon téléphone portable, des contacts au sein de la SNCF,
02:21qu'on me dit qu'un train a déraillé.
02:23Alors au début, je ne sais pas que c'est un TGV.
02:25Et puis on passe un, deux, trois coups de téléphone, et puis là on apprend que c'est un TGV.
02:28J'ai ma rédaction aussi qui m'appelle dans la foulée.
02:31Et donc on essaie de se renseigner pour savoir ce qui se passe.
02:33Alors bien évidemment, après ce qui s'est passé pendant la nuit,
02:35on imagine tous qu'il s'agit d'un attentat.
02:39Sauf qu'assez rapidement, en appelant la direction de la SNCF,
02:43l'idée d'un attentat disparaît petit à petit
02:45parce que le TGV concerné est un TGV d'essai.
02:49C'est-à-dire que ce n'est pas un TGV commercial que vous pouvez prendre
02:51pour aller jusqu'à Marseille, jusqu'à Bordeaux.
02:54C'est un TGV réservé aux cheminots pour tester la résistance d'une voix.
02:59Est-ce que vous allez du coup travailler pour le Parisien sur cet accident,
03:03malgré les attentats ?
03:04Quand une fois, je suis en province, donc je travaille à distance,
03:06je passe des coups de téléphone pour savoir un petit peu ce qui se passe.
03:08Je passe des coups de téléphone au sein de la SNCF,
03:10au sein des services de secours dans l'Est de la France,
03:12des cheminots qui résident dans l'Est de la France
03:14pour essayer de comprendre ce qui se passe.
03:16Et du coup, ça va faire l'objet d'un article,
03:18mais j'imagine que le Parisien en parle beaucoup moins
03:20que si la catastrophe s'était produite dans une période normale.
03:22Alors moi, je rédige pour le lendemain un article qui doit faire 3000 signes,
03:25ce qui est un article de taille moyenne.
03:27Grosso modo, avec une photo, c'est la moitié d'une page.
03:29Cet article est publié en page 42.
03:32Pour ce jour-là, on publie un journal qui fait 44 pages,
03:34ce qui est énorme.
03:35D'habitude, ce n'est pas cette quantité-là.
03:36Mais donc l'article est publié en page 42.
03:39Il faut simplement s'imaginer que pour un tel drame,
03:41normalement, ça fait la lune du Parisien au moins deux jours de suite.
03:44C'est un peu l'accident oublié ?
03:46Oui, on peut dire complètement que c'est l'accident oublié.
03:47Il faut juste s'imaginer ce que c'est qu'un accident de TGV.
03:49Le TGV arrive dans les vies des Français au début des années 80.
03:53C'est un modèle, c'est une fierté nationale,
03:55c'est une réussite industrielle,
03:56qui a certes été compliquée à vendre à l'extérieur,
04:00mais en tout cas, dans l'aménagement du territoire,
04:02a fortement contribué à désenclaver beaucoup de zones françaises.
04:06Donc là, pour la première fois sur l'histoire,
04:08le TGV a tué.
04:09Et ça, c'est une première.
04:13C'est vraiment un moyen de transport très sûr, normalement.
04:16Il est extrêmement surveillé.
04:17On roule à 320 km heure.
04:18Il faut simplement imaginer la prouesse.
04:21Et donc, ce sont des machines qui sont régulièrement démontées,
04:25vérifiées pour s'assurer que tout fonctionne bien.
04:27Le réseau est lui également très surveillé.
04:29C'est-à-dire qu'on fait circuler des trains à vide le matin très tôt
04:32pour s'assurer qu'il n'y a pas d'objet,
04:34qu'il n'y a pas de problème sur la voie.
04:35S'il y avait un problème sur la voie à 320 km heure,
04:37ça pourrait faire des dégâts importants.
04:39La grande vitesse en France est extrêmement surveillée.
04:43Expliquez-nous dans quel contexte, pour la SNCF,
04:45dans l'Est de la France, cet essai va avoir lieu.
04:47Il faut savoir que lorsqu'on construit une ligne grande vitesse,
04:50on la fait par tronçon.
04:51On ne fait pas tout d'un seul bloc parce que ça prend du temps,
04:54ça coûte cher, etc.
04:55Et donc, au fil du temps,
04:56on rajoute des lignes où on peut circuler à 320 km heure.
04:59Et donc là, c'est ce qui s'est passé sur la partie Est.
05:01On a rajouté un tronçon de 100 km
05:03qu'il a fallu tester, vérifier, éprouver par des essais,
05:06s'assurer que les sineuses déclenchent convenablement,
05:08s'assurer que les rails sont bien posés,
05:10qu'elles ne sont pas trop pentues,
05:11ça ne tire pas trop à droite, pas trop à gauche,
05:13et qu'on est capable d'encaisser des survitesses.
05:15Alors pourquoi des survitesses ?
05:16Parce qu'on n'est jamais à l'abri qu'un TGV,
05:18par un problème de frein, s'emballe.
05:20Et donc, on veut s'assurer que le train est capable
05:23de circuler à une vitesse supérieure à celle autorisée
05:26en cas de difficulté.
05:28Trois jours avant le drame,
05:30le 11 novembre, un premier essai
05:32a failli tourner à l'accident.
05:34La rame d'essai avait déjà failli dérailler.
05:37Alors, comment ça se passe cette journée-là ?
05:38Donc, on est le 11 novembre, un jour férié.
05:41Alors, pourquoi un jour férié ?
05:42Parce qu'il y a moins de trains qui circulent,
05:43donc ça permet au TGV de pouvoir circuler plus facilement.
05:47Alors, même si le tronçon en question
05:49n'est pas ouvert à la circulation,
05:51il faut que le TGV puisse prendre de la vitesse.
05:53Et donc, pour ça, il commence à prendre de la vitesse
05:55sur la partie ouverte à la circulation.
05:57Et donc là, on apprend que,
05:58lors de cette journée,
06:00la vitesse limite a été approchée.
06:02Il y a des vitesses à respecter pour qualifier cette voie.
06:05Et par trois fois,
06:06cette vitesse a été dépassée, notamment une fois,
06:09où normalement, la vitesse limite était de 230 km heure.
06:12Et là, ils ont roulé à 297 km heure.
06:15Soit 67 km heure de plus
06:17par rapport à ce qui était prévu.
06:18Mais surtout, 297,
06:20c'est quasiment la limite de ce que peut encaisser la voie.
06:23C'est-à-dire que la vitesse maximale
06:25que ce type de voie pouvait encaisser
06:28à cet endroit précis,
06:29c'était 300 km heure.
06:30Et là, on a atteint 297 km heure.
06:33C'est-à-dire que si on avait roulé à 302, 303, 304,
06:36probablement que le train aurait déjà déraillé.
06:38Que s'est-il passé à ce moment-là dans la cabine ?
06:40On a une vidéo de ce premier test.
06:42Effectivement, il y avait une GoPro qui était installée,
06:44qui servait à voir un petit peu comment se comportait la voie.
06:46Elle était dirigée vers l'extérieur, vers la vitre,
06:49pour voir un peu comment le ballast,
06:50ce sont ces cailloux que vous avez sur les voies,
06:51pour voir un peu comment ça réagissait,
06:52si le ballast s'envolait ou pas,
06:54voir si tout ça était bien maintenu.
06:56Et là, on entend le conducteur,
06:58le cadre transport traction.
07:00Alors, qu'est-ce que c'est ?
07:01C'est le cheminot qui donne des consignes au conducteur,
07:03tu accélères, tu freines.
07:04Eh bien, on entend régulièrement,
07:06freine, freine, freine, freine.
07:27On sent qu'on n'est pas complètement sereins.
07:29On sent qu'ils sont à la limite.
07:30On sent qu'ils sont à la limite,
07:32mais pourtant, il n'y a pas une prise de conscience d'être en danger.
07:34C'est ça qui est un petit peu détonnant,
07:36c'est qu'ils sentent qu'ils ne sont pas dans les clous,
07:38mais pour eux, il n'y a pas de danger.
07:49Qu'est-ce qui se passe après cet essai ?
07:51Eh bien, rien.
07:52Il ne se passe rien.
07:52C'est-à-dire que, de ce qu'on comprend,
07:54c'est qu'il n'y a aucune prise de conscience,
07:56qu'on a évité un drame ce jour-là.
07:57Et donc, les essais se déroulent comme si de rien n'était.
08:03Le samedi, le 14 novembre 2015,
08:06en début d'après-midi, une cinquantaine de personnes se rassemblent
08:08sur le quai de la gare de Meuse-TGV, au sud de Verdun.
08:12Qui sont les voyageurs présents ?
08:13Alors, les trois quarts, ce sont des spécialistes du ferroviaire,
08:15ce sont des cheminots de la SNCF,
08:16et il y a également aussi des personnes de chez Sistras.
08:18C'est une filiale de la SNCF et de la RATP spécialisée dans l'ingénierie.
08:23C'est eux qui ont conçu la voie.
08:24Et donc, la voie, tant qu'elle n'est pas validée,
08:26elle appartient à Sistras.
08:27Et donc, la plupart des gens appartiennent à ces deux entreprises.
08:30Mais, chose particulière, on a en plus des invités.
08:33Alors, extraordinaire, parce que pour tout observateur,
08:35ça peut paraître étrange qu'un jour de travail,
08:36on fasse venir des gens de l'extérieur,
08:38qu'il n'y a rien à faire là.
08:39Et quand je dis des gens de l'extérieur,
08:40il ne s'agit pas de d'autres entreprises,
08:42il s'agit de proches, des personnes qui travaillent ce jour-là,
08:44des voisins, des amis, des enfants, des compagnes.
08:46Et donc, c'est une dizaine de personnes, à peu près,
08:48qui vont monter dans ce train et participer à cette séance d'essai.
08:51Ces personnes, les proches des salariés de SNCF et Sistras,
08:54elles avaient le droit d'être là ?
08:55C'est une tradition.
08:56C'est-à-dire que, de tout temps, quasiment,
08:59lorsque une nouvelle ligne est en phase terminale d'homologation,
09:03on invite des proches, parfois, il y a même des élus qui viennent,
09:05parce que c'est un moment un peu exceptionnel.
09:07Donc, on est assez fiers de montrer ce qu'on a réalisé.
09:09Donc, on invite sa femme, son voisin, ses enfants,
09:12pour montrer sur quoi papa ou maman travaillent depuis plusieurs mois.
09:16C'est cette ligne à grande vitesse.
09:18Et il y avait trop de personnes par rapport à ce qui est prévu d'habitude ?
09:21Oui, normalement, au maximum, il y a 30 personnes.
09:23On peut monter jusqu'à 49, là, il y en avait 53.
09:25Que représente ce chantier du TGV Est ?
09:28C'est l'aboutissement d'un chantier qui a commencé en 2007.
09:30Ça va permettre de raccourcir le temps de parcours entre Paris et Strasbourg.
09:33Avant, ses 100 km supplémentaires de voies, le TGV mettait 2h17.
09:38Après, la construction de ses 100 km de voies, il mettra plus qu'1h47, c'est 30 minutes de gagné.
09:43Donc, c'est un peu un moment de fête ?
09:44C'est un moment de fête.
09:45C'est festif, d'ailleurs.
09:46Si les employés de la SNCF ou de Stras invitent leurs proches,
09:49c'est que pour eux, il n'y a pas le moindre risque qui est encouru en montant dans ce
09:52TGV.
09:54Quelle est l'ambiance à bord du TGV ?
09:56On est content d'être là.
09:57On a l'impression de participer à un moment un peu historique.
09:59Mais en même temps, on travaille.
10:01La RAM de TGV, c'est à peu près 8 cabines.
10:03Et dans la dernière, vous avez une cabine qui a été entièrement transformée en laboratoire.
10:06Il faut imaginer une cabine de TGV dépourvue de ses sièges,
10:09où on a des ordinateurs, des écrans, des câbles qui circulent dans tous les sens.
10:13Sur ces écrans, on a la vitesse, on voit un peu comment se comporte la voix, des capteurs, etc.
10:17Et donc, on a une vingtaine de personnes qui sont devant leurs ordinateurs à contrôler que la RAM se comporte
10:24normalement.
10:24Et dans la cabine de pilotage, il y a combien de personnes ?
10:26Eh bien, ça va créer une polémique, parce que ce jour-là, il y a 7 personnes, alors que normalement,
10:29c'est 4 personnes maximum qui sont autorisées.
10:313 de trop.
10:31Comment se passe le début de cet essai ?
10:33Cette RAM d'essai, elle part de la gare Meuse-TGV vers 14h30.
10:37Elle doit rejoindre Strasbourg aux alentours de 15h15, 15h20.
10:41On vérifie que tout fonctionne bien, que la voie est dégagée.
10:43Ce qu'il faut imaginer qu'il y a une portion de la voie qui est normalement réservée à la
10:45circulation des trains qui circulent entre Paris et Strasbourg.
10:48Donc là, on a un sillon, un temps pendant lequel le TGV peut circuler librement.
10:53Et puis, on commence à monter en vitesse.
10:55Selon des critères qui ont été définis en avance, il y a une feuille de route.
10:58On doit atteindre telle vitesse à tel point kilométrique, et ainsi de suite.
11:01Donc accélérer, freiner, tester et prouver la voie.
11:04Tout se déroule normalement jusque dans le dernier virage.
11:07Que se passe-t-il dans la cabine ?
11:08Le TGV roule depuis maintenant une demi-heure.
11:11On est au point kilométrique 400.
11:13À l'entrée de la courbe, qui doit relier la ligne à grande vitesse à la ligne classique,
11:16qui ensuite elle-même mène à la gare TGV.
11:19Quand vous arrivez trouvé dans une courbe sous l'effet de la force centrifuge,
11:22vous quittez cette courbe, et vous partez vers l'extérieur.
11:25Vous êtes éjecté vers l'extérieur.
11:26C'est ce qui s'est passé pour le TGV, c'est-à-dire qu'il est arrivé trop vite
11:28dans cette courbe.
11:30Il y a un silence.
11:31À l'intérieur de la cabine de pilotage, on s'aperçoit qu'ils ne se rendent compte de rien.
11:34Ils ne comprennent pas ce qui se passe.
11:35Il y a un cheminot qui raconte aux enquêteurs qu'il sent simplement les gens se déporter contre lui.
11:40C'est-à-dire qu'il faut imaginer le train qui se soulève sur sa partie droite,
11:42et donc il bascule sur sa partie gauche.
11:44Il faut imaginer le train qui file comme ça, à près de 300 km heure.
11:48Et à un seul coup, il se soulève.
11:50Là, on n'entend rien.
11:51Et puis il vient percuter le parapet en béton du pont,
11:54qui traverse ce canal qui relit la Marne à Orin.
11:57Donc il y a un choc, un violent choc, qui est entendu à plusieurs kilomètres,
12:00avec une fumée d'un seul coup qui se dégage.
12:02Et là, le TGV qui vient plonger dans cette plaine un peu marécageuse,
12:05une partie va être immergée dans le canal,
12:08l'autre partie va courir plusieurs mètres,
12:09on va retrouver des débris sur près d'un hectare.
12:12Donc il faut imaginer la violence d'un choc.
12:13Vous imaginez tous un TGV.
12:14Un TGV, c'est une structure qui est massive, puissante,
12:16c'est de l'acier, c'est solide.
12:18Et bien, en quelques secondes, ce train vole en éclats.
12:20Il y avait une caméra GoPro dans la cabine de pilotage.
12:23Que montent ces images ?
12:24La caméra est dirigée vers l'extérieur du TGV,
12:26parce qu'elle est orientée vers la vitre.
12:28Et donc là, on voit le TGV se soulever.
12:31Et à ce coup, on va voir cette rame faire des tonneaux,
12:32de la boue projetée sur la vitre du TGV.
12:35Et puis on entend également les voix des cheminots.
12:37Alors c'est des voix de douleur.
12:38On les entend crier, j'ai mal.
12:41Et puis à ce coup, il y a un petit silence.
12:43Et puis on commence à entendre les premières voix des cheminots
12:46pour essayer de comprendre ce qui se passe.
12:47Et ce qui est un petit peu étonnant,
12:49quand on entend tout ça,
12:50c'est qu'à aucun moment, ils comprennent ce qui se passe.
12:53C'est-à-dire qu'entre le moment où le TGV quitte les rails
12:56et le moment où il est dans une espèce de pleine marécageuse immobile, renversée,
13:02ils n'ont pas compris, ils ne comprennent pas pourquoi le train a déraillé.
13:04Au début, ils imaginent qu'ils disent
13:05« Mais qu'est-ce qui s'est passé ? On roulait à la bonne vitesse.
13:08Ah, vous êtes d'accord ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
13:10Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est quoi ? C'est un problème technique ? »
13:13On les entend comme ça se poser des questions.
13:15Ils ne savent pas du tout ce qui se passe.
13:16Ils sont éberlués.
13:17C'est-à-dire qu'à aucun moment, ils ont senti le danger.
13:21Et c'est ça qui est stupéfiant.
13:22Jamais il n'y a une prise de conscience de dire
13:24« On est allé trop loin. » Jamais.
13:26Pour eux, si le train est déraillé,
13:27c'est peut-être qu'il y a eu un problème technique.
13:33Que font les cheminots ensuite ?
13:34Eh bien, on prend un petit peu de nouvelles des uns et des autres.
13:36Savoir un petit peu dans quel état sont les personnes
13:38qui partagent la cabine de pilotage.
13:40On essaie d'appeler le secours.
13:41Et puis surtout, on essaie de joindre Guillaume Pépi.
13:43À la SNCF, on fait souvent appel au premier des cheminots,
13:47qui est là en l'occurrence Guillaume Pépi.
13:48Il faut prévenir le chef.
13:49Il faut prévenir le chef.
13:50Il y a eu un accident, le TGV a déraillé.
13:52Il y a des victimes dans la cabine de pilotage
13:54où les victimes sont plus à l'arrière du TGV ?
13:56Il y a des personnes qui sont blessées, notamment aux genoux.
13:57Mais les victimes sont surtout dans la partie arrière,
13:59notamment dans le laboratoire.
14:00Le laboratoire qui se situe dans la huitième cabine.
14:03Le bilan est très lourd.
14:0411 morts, 42 blessés.
14:05Très très lourd.
14:06Parmi les 11 morts, on a 4 personnes de la SNCF,
14:095 personnes de Sistra et puis 2 personnes qui étaient des invités.
14:132 personnes qui ne travaillaient ni pour la SNCF ni pour Sistra.
14:16Et les boîtes noires vont être repêchées ?
14:17On a des boîtes noires qui permettent, un peu comme dans les avions,
14:19de connaître les paramètres lors d'un drame.
14:22Et bien là, on s'aperçoit que le train roulait à 243 km heure
14:25au moment où il a déraillé,
14:26alors qu'il aurait dû rouler à 176 km heure.
14:29243 au lieu de 176 km heure, la différence est énorme.
14:32L'équipe de pilotage n'a pas freiné comme elle aurait dû le faire.
14:35Elle a freiné trop tard.
14:36Le déraillement a été inévitable.
14:37Et pourtant, les cheminots qui mènent ces essais,
14:39ce sont les meilleurs de l'entreprise ?
14:41C'est l'élite.
14:42C'est ce qu'on fait de mieux à la SNCF pour piloter un train.
14:46Et bien malgré tout, il y a eu un accident.
14:48Ce qui domine, c'est l'émotion.
14:51La famille cheminote toute entière est en état de choc.
14:56La famille est traumatisée par un accident
14:59qui n'a jamais eu lieu dans l'histoire de la grande vitesse.
15:02C'est la huitième ligne à grande vitesse
15:05qui est mise en service en France.
15:07Et il n'y a jamais eu, pendant les phases de test,
15:10pendant les phases de mesure, pendant les phases d'essai,
15:14aucun accident ou incident sérieux.
15:16C'est un accident qui a beaucoup meurtri la famille cheminote
15:18parce que la sécurité, c'est vraiment l'ADN de la SNCF et des cheminots.
15:22La première chose qu'on apprend à un cheminot,
15:24c'est à garantir la sécurité des trains.
15:25Et donc chaque fois qu'il y a un déraillement,
15:26c'est un échec de l'entreprise.
15:29Qu'est-ce qui va changer après l'accident du TGV Est ?
15:31Il y a une prise de conscience.
15:33La première chose, ce sera d'interdire les invités extérieurs.
15:35La deuxième chose, c'est de mettre un petit peu de rigueur dans tout ça.
15:38D'organiser ça avec des briefings,
15:40de faire des retours d'expérience par rapport aux essais précédents.
15:44Et puis, il va également être décidé
15:46de mettre en place des dispositifs
15:48qui empêchent le train d'aller trop vite.
15:49Vous avez des systèmes qui empêchent
15:52le train de dépasser une vitesse.
15:54Il y a des systèmes automatiques
15:55qui bloquent automatiquement le train.
15:56pour faire ces essais en survitesse.
15:58Ces systèmes-là ont été annihilés.
16:00Et donc l'idée, c'est plutôt que de les couper,
16:02de les paramétrer autrement,
16:03c'est-à-dire de permettre ces essais en survitesse,
16:05mais pas permettre une vitesse trop importante
16:08qui pourrait entraîner un déraillement.
16:09Après cet accident, plusieurs personnes ont été mises en examen.
16:11Trois personnes physiques,
16:13le conducteur, le cheminot qui pilotait le TGV à ce moment-là,
16:16le cadre transport-traction,
16:17qui a peu son supérieur hiérarchique,
16:19qui était également dans la cabine de pilotage.
16:20Et puis vous avez un employé de Sistra.
16:21C'est lui qui connaît la configuration de la voie.
16:23Il était là également pour encadrer tout ça.
16:24Donc ces trois personnes-là, physiques,
16:26ont été mises en examen pour homicide et blessure involontaire.
16:28Et puis vous avez également deux personnes morales,
16:29qui sont les SNCF et puis Sistra,
16:32pour les mêmes chefs d'accusation,
16:33pour homicide et blessure involontaire.
16:34Un procès va avoir lieu,
16:35peut-être en 2020, peut-être plus tard.
16:38L'ancien patron de l'entreprise,
16:39Guillaume Pépi,
16:40qui vient de partir après plus de 11 ans passés à la SNCF,
16:43se prépare à répondre aux questions de la justice.
16:45Oui, c'est ce qu'a annoncé la direction de l'entreprise.
16:47C'est-à-dire qu'en 3-4 mois,
16:48il va se pencher sur ces deux accidents,
16:50celui de Bretigny et celui du TGV Est.
16:52Il va les préparer,
16:52préparer la défense de la compagnie.
16:54Ça a surpris un petit peu tout le monde,
16:55mais visiblement, c'est lui qui a représenté la SNCF.
16:58Je pense que ça a profondément touché Guillaume Pépi.
17:01Et donc, de ce qu'on comprend,
17:03il a décidé d'intervenir lui-même au cours de ces procès.
17:09Merci à Vincent Verrier.
17:14Codesource est le podcast d'actualité du Parisien,
17:17épisode conçu et préparé par Marion Bottorel,
17:20production Stéphane Jeuneste,
17:22réalisation Benoît Gilon.
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