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En 2008, Raphaël Nedilko rejoint la PJ de Dijon où on lui confie deux cold cases, ceux de Christelle Maillery et Christelle Blétry, tuées en 1986 et 1996. Après plusieurs années d’enquête acharnée, il parvient à élucider ces deux affaires. Témoignage.

Crédits.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : INA.

#police #enquête

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News
Transcription
00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Christelle Maïry, 16 ans, tuée d'une trentaine de gouttes-goutteaux alors qu'elle rentrait chez elle à pied au
00:17mois de décembre 1986 en Saône-et-Loire.
00:21Dix ans plus tard, dans le même département, une autre jeune femme, Christelle Blétry, morte elle aussi après avoir été
00:27poignardée une centaine de fois.
00:29Ces deux affaires ont un point en commun, elles ont été résolues des années après les faits grâce à un
00:34enquêteur de police, Raphaël Nedilco, qui s'est battu pour tenter de retrouver tour à tour les coupables.
00:40A 50 ans, ce policier se confie dans un livre, l'Obstiné, paru à la fin du mois de mars.
00:46Aujourd'hui dans Codesource, Raphaël Nedilco raconte comment ces cold cases ont bouleversé sa vie. Il est au micro d
00:52'Ambre Rosala.
00:59Je rencontre Raphaël Nedilco à Chalons-sur-Saône en Saône-et-Loire. C'est ici qu'il a grandi et
01:04c'est ici qu'il travaille en tant qu'enquêteur judiciaire.
01:06Il est très grand, chauve et il porte une chemise et un blouson en cuir.
01:10Depuis presque trois ans, il est à la tête de la brigade financière de Chalons-sur-Saône.
01:14Un poste qui lui permet de s'éloigner un peu de la violence de la brigade criminelle qu'il a
01:18côtoyée pendant plus de 15 ans.
01:20Lorsque vous êtes enquêteur criminel, vous voyez du sang et des larmes.
01:24Quand vous vous retrouvez à annoncer à une femme que son mari n'entrera pas,
01:28ou à une mère que son enfant a été retrouvé dans un fossé,
01:31forcément vous y laissez des plumes.
01:33Et vous laissez en vous une empreinte profonde et durable.
01:37Et moi je l'ai en moi et je ne m'en remettrai jamais.
01:46Raphaël est né à Paris le 9 septembre 1972.
01:49Avec ses parents et sa soeur aînée, il déménage à Chalons-sur-Saône quand il a 6 ans.
01:53Son père est coiffeur et sa mère secrétaire.
01:56Raphaël est élevé dans la foi chrétienne et c'est un très bon élève.
01:59J'étais un garçon très timide, très réservé,
02:03et puis très rapidement tourné sur tout ce qui était don de soi,
02:08altruisme, service des personnes âgées.
02:11On allait faire des fêtes, des animations dans les maisons de retraite.
02:15J'étais pompier cadet, donc bon élève.
02:19Très sage, un garçon qui ne traînait pas, qui ne fumait pas.
02:22Et puis il a fallu qu'à l'âge de 15 ans, je perde mes cheveux
02:25des suites de la mort tragique de ma grand-mère
02:27pour que je sois obligé de vaincre ma timidité.
02:30La première année, je ne sortais jamais sans une casquette.
02:34Et puis du jour au lendemain, j'ai décidé de la mettre au placard et de m'affirmer.
02:37Et à partir de là, ça a été une explosion de mon tempérament.
02:40Quand il est petit, Raphaël veut devenir enquêteur au sein de la police judiciaire.
02:44Après ses études, il commence sa carrière de policier
02:47au commissariat du 19e arrondissement de Paris.
02:50Il rencontre sa compagne, avec qui il se marie en 1999, quand il a 27 ans.
02:55Grâce à une connaissance, il obtient un jour un stage
02:57au sein de la prestigieuse brigade criminelle parisienne.
03:00Le voyant motivé, la direction accepte de l'intégrer officiellement à l'équipe.
03:05Le 2 janvier 2001, à 28 ans, Raphaël commence son premier jour en tant qu'OPJ,
03:09officier de la police judiciaire, au 36 Quai des Orfèvres à Paris.
03:15On me donne tout de suite toutes sortes de missions à accomplir.
03:17J'avais un chef de groupe, Francis, qui me disait, de toute façon,
03:20si tu es OPJ à la brigade criminelle, tu dois être autonome.
03:23Et donc, tu dois savoir tout faire.
03:25Donc, c'était tous les jours, une autopsie, tu as déjà fait ?
03:28Non, tu y vas.
03:28Une commission rogatoire internationale, tu as déjà fait ?
03:30Non, tiens, en voilà une.
03:32Une confrontation, tu as déjà assisté ?
03:33Non, en voilà une.
03:35Et puis, rapidement, je suis devenu plus en plus rapidement autonome.
03:38Moi, j'y ai appris la rigueur de la procédure pénale.
03:40Et c'était toujours avec des joyeux gueulards, dans une bonne ambiance.
03:44Et j'ai découvert vraiment la police avec un grand P.
03:48Raphaël se passionne pour son travail et ne compte pas ses heures.
03:50Mais l'investissement qu'exige son poste commence à poser des problèmes dans son couple.
03:55Il est rarement à la maison et il ne voit pas ses trois enfants en bas âge aussi souvent qu
03:59'il le souhaiterait.
04:00En 2008, après sept ans au sein de la brigade criminelle de Paris,
04:03il demande une mutation à Dijon, à moins de 100 kilomètres de là où il a grandi,
04:07avec l'espoir d'offrir à sa famille une vie un peu plus calme qu'à Paris.
04:11Là-bas, il intègre la police judiciaire.
04:14Et rapidement, les méthodes d'enquête très rigoureuses qu'il a apprises à Paris
04:17font l'objet de moqueries de la part de ses collègues.
04:23Les méthodes que j'ai proposées, les procès-verbaux que je faisais dans mes auditions,
04:27mes constatations de scènes de crime, ont très rapidement été remarquées
04:31par les détenteurs de l'autorité judiciaire, donc les magistrats,
04:34comme étant un exemple qui conviendrait de suivre.
04:37Donc je suis très rapidement devenu un emmerdeur.
04:39Il y avait un souci du détail dans le choix des mots, dans la mise en page,
04:45dans l'intégration de croquis, de photos, d'explications, de points d'histoire,
04:50de points de géographie, de météo, de sens des vents, de températures.
04:53Tout ce que j'avais appris et j'ai regretté très vite
04:56que beaucoup de collègues décisionnaires n'aient pas la même sensibilité que moi.
05:01Un an après son arrivée à Dijon, en 2009,
05:04sa hiérarchie décide de rouvrir plusieurs vieilles enquêtes,
05:06des cold cases laissés de côté depuis parfois des dizaines d'années.
05:10En plus de son travail quotidien d'enquêteur,
05:12Raphaël prend la direction d'un cold case vieux de quasiment 25 ans,
05:16celui du meurtre de Christelle Maïry, qui remonte au 18 décembre 1986.
05:20Elle a été retrouvée morte, criblée de 31 coups de couteau,
05:24dans le sous-sol d'un immeuble qui est à 250 mètres de chez elle.
05:27Le quartier de la Charmille, au Creusot, toujours sous le choc,
05:31après la découverte hier du corps d'une jeune fille de 16 ans,
05:35sauvagement poignardée dans une cave d'immeuble.
05:38Et le meurtre a eu lieu en pleine journée.
05:40Et la seule chose qu'on sait, c'est qu'il y a un individu suspect
05:43qui part en courant de la scène de crime.
05:45Et donc moi, lorsque je récupère le dossier,
05:48on n'a que du papier jauni, des photos en noir et blanc.
05:51Donc on n'a pas grand-chose, à part la description d'un homme
05:53qui ressemblerait au chanteur Renaud,
05:56avec une coiffure mulet, avec un blouson en jean, col mouton, voilà.
06:03Pour pouvoir s'imprégner du dossier,
06:05il décide de poser une semaine de congé
06:07et il s'installe chez ses parents dans leur cuisine
06:09pour scruter minutieusement toutes les archives de l'affaire.
06:12Je me plonge complètement dans le dossier
06:14et je suis capable de citer des numéros de pages,
06:17puis à force de le lire, de créer des tableaux
06:20et de faire des revues de presse exhaustives,
06:23le dossier, je le connais par cœur.
06:25Et je vois que de par sa nature, il me passionne,
06:27de par le profil de Christelle, il m'attache.
06:32Elle est de juillet 70, qui est le mois et l'année de naissance de ma sœur
06:35et elle le ressemble physiquement.
06:37Et puis elle est de Saône-et-Loire, comme moi,
06:40elle est issue d'une famille extrêmement humble, comme la mienne.
06:43On écoutait les mêmes musiques,
06:45donc elle parle de ses musiques dans ses lettres,
06:47elle parle du groupe Europe.
06:50Il y a tout un tas de choses qui font que, voilà,
06:52Christelle, c'est un peu ma grande sœur.
06:54Dans le dossier, il n'y a pas d'ADN et l'arme du crime,
06:57un couteau à cran d'arrêt retrouvé à quelques mètres du corps de Christelle,
07:00a été malencontreusement détruite avec d'autres scellés.
07:03La piste la plus sérieuse qui ressort de la première enquête,
07:06c'est celle d'un jeune homme, Jean-Pierre Murat.
07:08Un détective privé, engagé par la famille de Christelle Maïry,
07:12avait appris que, sous l'emprise de l'alcool,
07:14il s'était accusé du meurtre de l'adolescente,
07:16quelques mois après sa mort.
07:17Jean-Pierre Murat avait été entendu par la police judiciaire de Dijon,
07:20mais les enquêteurs avaient considéré qu'il était délirant
07:23et donc qu'il était peu probable qu'il soit réellement le meurtrier de Christelle.
07:27En plus, comme il est châtain,
07:29son physique ne correspond pas à la description du fuyard
07:32donné par le facteur à l'époque.
07:34Quatre mois après avoir repris l'enquête,
07:36Raphaël estime qu'il connaît suffisamment bien le dossier.
07:38Le 27 juillet 2009,
07:40il se rend chez Marie Pichon,
07:42la mère de Christelle Maïry.
07:45Elle me regarde avec son regard transparent
07:49et elle me dit « Et vous, vous allez faire quoi maintenant ? »
07:52Et là, je peux vous dire que ça défile vite dans la tête
07:55et on pèse chacun de ces mots
07:57et je sais qu'à partir de ce moment-là,
08:00tout engagement devrait être tenu.
08:02Donc la seule chose que je pouvais promettre
08:05lors de ma rencontre avec Marie,
08:07la maman de Christelle,
08:08et puis Pascal, sa grande sœur,
08:10c'était non pas de trouver le meurtrier de leur fille
08:13puisque ça, c'est une promesse vaine
08:15qui leur avait été faite à l'époque,
08:17mais de faire tout ce qui était policièrement
08:19et humainement possible de réaliser.
08:22Et je lui demande de me faire confiance
08:24et que je ne le trahirai jamais.
08:27À partir de là, Raphaël reprend toute l'enquête de Zéro.
08:30Il réentend l'entourage de Christelle,
08:32épluche toutes les mains courantes de l'époque,
08:33mais ça ne donne rien.
08:35En 2010, le commissariat de Dijon
08:37reçoit une lettre anonyme
08:38évoquant le meurtre de Christelle Maïry.
08:41Raphaël reconnaît tout de suite l'écriture,
08:43c'est celle de Jean-Pierre Murat,
08:44présente dans le dossier.
08:46Il essaye alors de le retrouver
08:47et il contacte son frère aîné.
08:50Quand je lui demande où est son frère,
08:51il me dit qu'il vient d'être hospitalisé d'office
08:54dans un hôpital psychiatrique
08:55parce qu'il vient d'aller agresser
08:57au couteau dans une station de service
09:00une caissière parce qu'il entendait des voix
09:02qui l'insultaient, lui et sa mère,
09:04et donc il est allé pour lui demander
09:05de faire cesser ses voix.
09:07Et moi, forcément,
09:09tout rentre en résonance à ce moment-là
09:10parce que j'ai Jean-Pierre Murat,
09:12ce nom qui est connu,
09:13j'ai Couteau,
09:15j'ai Station-Service,
09:17sachant que les parents de Christelle Maïry
09:19tenaient une station-service,
09:21que Christelle y rendait des services
09:22de temps en temps.
09:23Donc pour moi, là, d'un seul coup,
09:25Jean-Pierre Murat prend une toute autre dimension.
09:27Et à partir de là, je m'accroche à lui
09:29comme une tique sur la queue du chien
09:31et je creuse tout sur lui
09:32pendant près d'un an et demi.
09:34Et on s'aperçoit très rapidement
09:36que c'est un meurtre
09:37qu'il n'a de cesse de ressasser
09:40chaque année,
09:41depuis près de 25 ans,
09:42en fin d'année,
09:43donc en date anniversaire,
09:44et qu'il accuse ça et là,
09:46telle personne,
09:47d'en être l'auteur
09:49et qu'il tient un carnet
09:50et qu'il est obsédé par cette affaire-là.
09:53Raphaël creuse la piste Jean-Pierre Murat.
09:55Il décide de réentendre le facteur
09:56qui était sur place le jour du crime
09:58et qui disait avoir vu un homme s'enfuir.
10:00Il lui montre sa déposition de l'époque
10:02où il indique avoir aperçu
10:04un jeune homme blond
10:05ressemblant au chanteur Renaud.
10:07Il m'a dit
10:08« Mais c'est pas du tout
10:09ce que j'ai voulu dire à l'époque ».
10:10Et on s'aperçoit
10:11que quelqu'un qui était initialement blond
10:13ne l'était pas du tout.
10:15Et que ce qu'on a voulu dire
10:16par « ressemblant à Renaud »
10:19n'était pas du tout quelqu'un
10:20qui ressemblait à Renaud
10:21mais qui avait un look chic débraillé,
10:24un peu bourgeois,
10:25donc le jean de bonne facture,
10:27de bonne marque,
10:28donc en fin de compte
10:29on s'aperçoit
10:30qu'on rame dans le mauvais sens
10:31pendant 25 ans.
10:32On avait des éléments
10:33qui étaient devenus
10:34des hypothèses de travail
10:35et des hypothèses de travail
10:36qui étaient devenues des certitudes
10:37et qui étaient
10:38des certitudes fausses.
10:40Raphaël entend aussi
10:41la petite amie de Jean-Pierre Murat
10:42à l'époque du meurtre de Christelle.
10:44Elle lui indique
10:45que celui-ci
10:46avait une importante collection
10:47de couteaux à cran d'arrêt.
10:48Pendant son audition,
10:50elle fait la description détaillée
10:51d'un couteau
10:52qu'il utilisait souvent.
10:53Puis Raphaël lui montre
10:54la photo de l'arme
10:55qui a servi au meurtre
10:56de Christelle Maïry
10:57et elle lui dit
10:58qu'il est similaire
10:59en tout point
10:59au couteau
11:00que Jean-Pierre Murat possédait.
11:02Grâce à un large faisceau d'indices,
11:04Jean-Pierre Murat
11:05est placé en garde à vue
11:06le 11 décembre 2011.
11:08Grâce à sa revue de presse
11:09minutieuse et détaillée,
11:11Raphaël sait
11:11qu'une information
11:12en particulier
11:13n'est jamais sortie
11:14dans les médias.
11:15Celle de l'emplacement exact
11:17du corps de Christelle Maïry
11:18quand il a été retrouvé.
11:21Lorsque je l'interroge
11:22en garde à vue,
11:23je lui demande
11:23s'il a une connaissance
11:24des lieux,
11:25donc des caves,
11:26des sous-sols
11:27qui sont extrêmement complexes
11:27où le corps de Christelle
11:28a été découvert.
11:29Il dit oui,
11:30je m'en souviens très bien,
11:32je ne pourrais pas vous dire
11:32quand,
11:33mais bien après le meurtre.
11:34Je passe devant l'endroit
11:35où le corps de Christelle
11:36a été découvert
11:37et puis je décide
11:37d'aller dedans
11:38pour voir s'il reste
11:39des traces de sang.
11:40Ah bon ?
11:41Vous allez voir s'il y a
11:41des traces de sang
11:42et donc vous allez voir où ?
11:43Ben là,
11:43à l'endroit où
11:44le corps a été découvert.
11:46À l'endroit exact ?
11:47Ben oui,
11:47à l'endroit exact.
11:48Et puis il en restait
11:49des traces de sang ?
11:50Non, non,
11:50il ne restait plus
11:50de traces de sang.
11:51Puis après,
11:51qu'est-ce que vous faites ?
11:52Ben là,
11:53je suis pris une envie pressante
11:54de faire pipi
11:54et j'urine.
11:55Mais vous urinez où ?
11:56Ben à l'endroit où
11:56j'ai regardé
11:57s'il restait des traces de sang.
11:58D'accord ?
11:59Et après,
11:59vous faites quoi ?
12:00Ben je m'en vais,
12:01je pars.
12:02Donc je vais sur place
12:04et je dresse un plan
12:06des lieux,
12:06des sous-sols
12:08et je dessine
12:09toutes les salles attenantes
12:10et puis tous les box
12:11et puis tout ça
12:13et je ne laisse
12:13aucune indication
12:14de l'endroit
12:15où a été découvert le corps.
12:16Et en interrogatoire
12:18de cabinet,
12:18le juge lui représente
12:19le document,
12:20présente son avocat
12:21et puis donc lui rappelle
12:23les propos qu'il a tenus
12:24devant moi en garde à vue
12:24et il lui dit
12:25voilà,
12:25vous vous souvenez,
12:26vous avez dit ça
12:26à l'enquêteur et tout,
12:28oui,
12:28est-ce que vous pouvez
12:29prendre un stylo
12:29et me mettre une croix
12:30à l'endroit
12:31où vous avez regardé
12:31les traces de sang
12:32et l'endroit
12:33où vous avez uriné
12:34et met une croix
12:35pile à l'emplacement du corps.
12:38A l'issue de cette audition,
12:40le juge d'instruction
12:41ordonne la mise en examen
12:42de Jean-Pierre Murat
12:43pour le meurtre
12:44de Christelle Maïry
12:44et il est immédiatement
12:46incarcéré.
12:47C'est un véritable coup
12:48de tonnerre judiciaire
12:49en Saône-et-Loire,
12:4925 ans,
12:50presque jour pour jour
12:51après le meurtre
12:52de Christelle Maïry
12:54au Creusot.
12:55Un homme âgé
12:55de 44 ans
12:56a été mis en examen
12:57pour homicide volontaire
12:58et écroué
12:59au centre pénitentiaire
13:00de Varennes-le-Grand.
13:04C'est une victoire,
13:05c'est surtout
13:06j'obtiens
13:07l'autorisation du juge
13:08d'appeler Marie
13:10et lui dire
13:10voilà,
13:11on a une personne
13:11mise en examen
13:12ce jour-là.
13:13Et c'est une date
13:14qui a profondément
13:15marqué Marie Pichon
13:16dont elle se souviendra
13:16toute sa vie
13:17et je peux vous dire
13:18que l'intensité
13:20du moment
13:22téléphonique
13:22où je lui annonce ça
13:24tant d'années
13:24après les faits,
13:25il y a enfin
13:26quelqu'un
13:27mis en examen.
13:27C'est une telle avancée
13:29par rapport aux ténèbres
13:30qu'elle a connues
13:30pendant des années,
13:31c'est incroyable.
13:32Après ça,
13:33Raphaël continue
13:33son travail d'enquêteur
13:34au sein de la police judiciaire
13:36de Dijon.
13:36Il travaille énormément
13:38et chez lui,
13:39l'ambiance est de plus
13:39en plus glaciale.
13:41En janvier 2014,
13:42il annonce à sa femme
13:43qu'il demande le divorce.
13:45Il retourne alors
13:45vivre chez ses parents
13:46à Chalon-sur-Saône
13:47à environ 70 km de Dijon.
13:50Il multiplie les allers-retours
13:52et il n'arrive pas
13:52à s'arrêter de travailler.
13:54Épuisé,
13:55Raphaël fait un burn-out.
13:57D'impossibilité à m'arrêter
13:58de travailler,
14:00c'est-à-dire prêt
14:01à me relever
14:01à 3h du matin
14:02parce que je n'arrive pas
14:02à dormir
14:03et sauter dans ma bagnole
14:04et aller au bureau
14:04ou alors aller dans le salon
14:06pour feuilleter les dossiers
14:07que j'ai emmené à la maison.
14:09Et puis vous,
14:10bêtement,
14:10vous répondez présent
14:11parce que vous aimez
14:12votre métier
14:13et que vous avez trop peur
14:14qu'un autre que vous
14:15ne fasse pas ce qu'il faut
14:16et laisse des familles
14:18encore dans la détresse.
14:19Et puis le deuxième élément,
14:21c'est l'absence
14:21de reconnaissance.
14:23Donc moi,
14:23il s'était agi
14:24pendant un long moment
14:25de me promouvoir
14:26au grain de lieutenant.
14:28Déjà au moment
14:29de l'affaire Maïry
14:30où je n'ai même pas
14:31eu une lettre de félicitation.
14:33Et puis pire que ça,
14:34c'est qu'à la veille
14:34de passer aux assises,
14:36j'ai été convoqué
14:36par mon directeur
14:37et qui tenait
14:38de sa direction centrale
14:39que je n'avais pas
14:40le soutien de ma direction centrale
14:41au motif que
14:42scellé, détruit,
14:43absence d'aveu,
14:44pas d'ADN.
14:45On n'allait pas prendre
14:46le risque de se taper
14:47la honte
14:47en cas d'acquittement.
14:49Donc avec l'énergie
14:50que j'avais développée
14:50jusqu'au boutiste
14:52contre vents et marées,
14:53comment voulez-vous
14:54ne pas vivre ça
14:55comme de la maltraitance ?
14:56Donc je fais effectivement
14:57un premier burn-out.
14:59Donc je passe devant
14:59le médecin de prévention
15:01qui écrit à mon directeur
15:03et qui l'exhorte
15:03à me mettre
15:04dans les conditions
15:05de travail
15:06et qui ne le fait pas.
15:09Raphaël est arrêté
15:09pour burn-out
15:10pendant trois mois.
15:11Il commence une psychothérapie
15:12puis il retourne au travail.
15:14En plus de gérer
15:15les dossiers chauds,
15:16il prend la direction
15:17d'un nouveau cold case,
15:18celui du meurtre
15:19de Christelle Blétry
15:20qui l'a suivi de loin
15:21depuis quelques années.
15:22Madame, monsieur,
15:23bonsoir.
15:24Plusieurs personnes
15:25entendues aujourd'hui
15:25par les enquêteurs
15:26après le meurtre
15:27d'une jeune femme
15:28de 20 ans
15:28à Blanzy en Saône-et-Loire.
15:30Neuf ans après les faits,
15:31l'enquête sur l'assassinat
15:33de Christelle Blétry
15:33pourrait être relancée.
15:35Un appel à témoins
15:36a été lancé.
15:37Voilà disant,
15:38jour pour jour,
15:39que le corps
15:39de Christelle Blétry
15:41a été retrouvé
15:42à Blanzy
15:42près de Mont-Solémine
15:43en Saône-et-Loire
15:44et disant
15:45que l'enquête piétine,
15:46sa mère se bat toujours
15:47pour connaître la vérité.
15:48Peu après l'assassinat
15:49de sa fille,
15:50elle avait créé
15:51une association.
15:53La jeune femme
15:53de 20 ans
15:54a été retrouvée morte
15:55sur un chemin forestier
15:56à Blanzy en Saône-et-Loire
15:57en décembre 1996,
15:59tuée de 123 coups de couteau.
16:01Et depuis,
16:01l'affaire est au point mort.
16:03Raphaël reprend le dossier
16:04et il réussit
16:05à faire à nouveau
16:06expertiser les vêtements
16:07de Christelle Blétry
16:07qui n'avaient révélé
16:09aucun ADN jusque-là.
16:10Les résultats tombent.
16:12Ces vêtements sont recouverts
16:13d'un ADN masculin
16:14ainsi que de sperme.
16:15Cet ADN est connu
16:17du fichier national
16:17des empreintes génétiques.
16:19Un homme qui a déjà fait
16:20de la prison
16:20pour avoir agressé
16:21une jeune femme
16:22mais jusque-là
16:23inconnu de l'affaire
16:24Christelle Blétry.
16:25C'est un véritable coup de tonnerre
16:27dans le milieu judiciaire.
16:2918 ans après les faits,
16:31la famille de Christelle Blétry
16:32obtient enfin des réponses.
16:34Et c'est grâce
16:35au progrès de la science
16:37et aux nouvelles techniques
16:38d'analyse ADN
16:39qu'un homme a pu être
16:40identifié
16:41par la police judiciaire
16:43de Dijon.
16:45Le 9 septembre 2014,
16:47Raphaël se rend
16:47chez Pascal Jardin
16:48dans les Landes
16:49pour le placer
16:50en garde à vue.
16:51Donc je l'interroge
16:52sur le meurtre,
16:53il ne la connaît pas,
16:53il ne l'a jamais vu,
16:54il ne l'a jamais approché,
16:55il ne l'a jamais touché
16:55ni de près ni de loin,
16:56il ne savait pas
16:57où est-ce qu'elle habitait,
16:58il ne savait pas
16:58où est-ce qu'elle achetait
16:58ses clopes, rien,
16:59il ne la connaît pas.
17:01Et là, je rentre
17:01dans le fil du sujet
17:02et là, monsieur Jardin,
17:04je vous annonce
17:05qu'au terme d'une expertise,
17:07on retrouve votre ADN
17:09présent aussi bien
17:13et là, il me dit
17:15comment voulez que je sache
17:16ce que mon ADN fait
17:17sur son jean ?
17:18Ah mais j'ai jamais dit
17:19de jean, monsieur Jardin
17:21et c'est très embêtant
17:22parce que justement,
17:23elle portait un jean
17:23genre des faits.
17:25Ah mais tous les jeunes
17:25portaient de jean !
17:26Et donc, je continue
17:28à déployer toute ma stratégie
17:31et puis là, d'un seul coup,
17:32je lui dis
17:33on a retrouvé
17:33à plusieurs endroits
17:35votre sperme.
17:37Et là, monsieur Jouli Zofus
17:38qui dit
17:38ah bah vous ne l'attis pas
17:39maintenant qu'il y a mon sperme
17:40sur le corps de Christelle Belletri
17:41et là, je m'énerve,
17:42je tape un grand coup de poing
17:43sur le tas
17:43mais c'est justement
17:44la question que je vous pose
17:45monsieur Jardin.
17:46Que diable fait votre sperme
17:48sur le corps de Christelle Belletri ?
17:49Et donc là, il est sonné
17:51les gros guis
17:51mais il ne décroche pas.
17:53Le lendemain,
17:54avant de commencer
17:54la deuxième audition
17:55de Pascal Jardin,
17:57Raphaël le retrouve
17:57dans la cour du commissariat
17:59alors qu'il fume son cigario.
18:00Et puis là, je lui dis
18:01vous savez,
18:02on se retrouve dans cette situation-là
18:03par un coup du sort.
18:04Je pense que
18:05moi, je vous aime bien
18:06monsieur Jardin.
18:06Vous êtes plutôt
18:07quelqu'un de gentil, poli.
18:09Beaucoup de gens
18:10vous décrivent comme
18:10un bon compagnon,
18:12un ami.
18:12un joueur de pétanque,
18:14un bon bringueur.
18:15Si on s'était rencontré
18:16dans nos circonstances,
18:17je pense qu'on serait devenu ami.
18:19Il me dit
18:19vous avez raison,
18:20je vous apprécie beaucoup,
18:21vous êtes très gentil avec moi.
18:23Et puis on se met
18:23à parler des choses de la vie
18:24et puis de la difficulté
18:26de l'incarcération
18:27qui a été la sienne.
18:29Et puis qu'à la suite de ça,
18:30il a eu son divorce,
18:31ça a été duré avec ses enfants
18:32et puis il a galéré
18:33et puis il a retrouvé
18:34sa nouvelle épouse
18:35qui avait des filles
18:37qui maintenant
18:37l'appellent papa.
18:38Enfin voilà.
18:40Et puis je travaille là-dessus,
18:41je travaille sur l'humain.
18:42Et puis on revient
18:43en parler de l'affaire
18:43et puis il décroche pas,
18:44il dit c'est pas moi.
18:45Alors je lui dis
18:46écoutez moi,
18:46je vais être franc avec vous,
18:47je n'ai absolument aucun doute,
18:48le meurtrier de Christelle Blétry,
18:50c'est vous.
18:51Après,
18:52arriver à reconnaître
18:52une chose pareille,
18:53c'est pas facile.
18:54Et je peux comprendre
18:55que ça vous renvoie
18:56à une image de vous
18:57qui est absolument déplorable.
18:59Surtout lorsque
19:00vous êtes avec
19:00votre nouvelle épouse
19:01et que vous êtes en présence
19:02de ses enfants
19:03qui vous appellent papa.
19:04Mais aujourd'hui,
19:05vous le devez
19:06à vous-même,
19:08à votre femme,
19:09à ses enfants
19:09et vous le devez aussi
19:10à la famille de Christelle.
19:12Et s'il y a un moment
19:13où il faut parler,
19:14faites-moi confiance.
19:15C'est maintenant.
19:17Ses larmes commencent
19:18à venir aux yeux.
19:19Et donc il me dit,
19:20oui,
19:21je pense que le moment
19:22est venu pour moi de parler,
19:23mais je veux revoir
19:24mon avocate avant.
19:26Pascal Jardin
19:27avoue avoir violé
19:28puis tué Christelle Blétry
19:30en 1996.
19:31Il est immédiatement incarcéré.
19:34En juin 2015,
19:35le procès de Jean-Pierre Murat,
19:37accusé d'avoir tué
19:38Christelle Maïry
19:38en 1986,
19:40s'ouvre à Chalon-sur-Saône.
19:41Raphaël témoigne à la barre,
19:43sans note,
19:44pendant plus de 5 heures.
19:45Jean-Pierre Murat
19:46est condamné
19:47à 20 ans
19:47de réclusion criminelle.
19:49Il fait appel,
19:50mais sa peine est confirmée
19:51l'année d'après,
19:52en juin 2016,
19:53à la cour d'appel de Dijon.
19:57Ça a été un moment
19:58d'une grande émotion
19:59où j'ai explosé
20:00en sanglots
20:01parce que cette fois-ci,
20:02c'était fini.
20:06Le moment qu'on a suivi
20:07où pour la première fois,
20:08c'est plus Madame Pichon,
20:10c'est Marie,
20:11et puis qu'elle me prend
20:11le visage entre les mains
20:12et puis qu'elle m'embrasse
20:13les joues en me disant
20:14merci, merci, merci, merci.
20:15Je pense qu'il y a
20:16un lien de filiation
20:17entre elle et moi.
20:18Ce sont des gens
20:19qui sont devenus
20:20pour moi des gens
20:21exceptionnels
20:21avec lesquels
20:22j'ai tissé des liens.
20:23Et ça m'a porté
20:24pendant toute l'enquête.
20:26Beaucoup vous diraient
20:27que ce n'est pas professionnel.
20:28Cela, je leur dis
20:29zut, zut et zut.
20:32Je pense que
20:33s'il n'y avait pas eu ça,
20:34je ne serais arrivé à rien.
21:03Ambre, le meurtrier de Christelle Blétry,
21:05Pascal Jardin,
21:06il a lui aussi été condamné ?
21:07Oui, il a été condamné
21:08en février 2017
21:09à la prison à perpétuité
21:11avec une période
21:12de sûreté de 20 ans.
21:13Pascal Jardin avait fait appel
21:15de cette décision
21:16parce que depuis
21:16sa première garde à vue,
21:18il était revenu
21:19sur ses aveux
21:20et pendant son procès,
21:21il a affirmé
21:21avoir eu un rapport sexuel
21:23consenti avec Christelle Blétry,
21:24ce qui expliquerait
21:25la présence de son ADN
21:27et de son sperme
21:27sur ses vêtements.
21:28Mais il a nié
21:29l'avoir tué.
21:30Il y a donc eu
21:31un deuxième procès
21:32en octobre 2018
21:33et sa condamnation
21:34à perpétuité
21:35a été confirmée en appel.
21:36Raphaël Nédilcôte
21:37a parlé de son acharnement
21:38au travail,
21:39de son burn-out.
21:40Est-ce qu'aujourd'hui,
21:41ça va mieux ?
21:41Alors, ça va un peu mieux
21:42mais il travaille encore beaucoup.
21:44Il est à la tête
21:45de la brigade financière
21:46de Châlons-sur-Saône
21:46et ça lui demande
21:47beaucoup de travail.
21:49Mais c'est vrai
21:49qu'il se ménage
21:50un peu plus.
21:51En fait, il y a six ans,
21:52en octobre 2016,
21:54il a fait un infarctus
21:55après avoir accumulé
21:56des années
21:57et des années de fatigue
21:58et de frustration
21:59dans son travail.
21:59Et depuis,
22:00il fait plus attention
22:01parce qu'il sait
22:02que son investissement
22:03dans son travail
22:04qui manque,
22:04selon lui,
22:05parfois de reconnaissance
22:06peut avoir un impact
22:08sur sa santé.
22:09Un nouveau pôle judiciaire
22:10dédié au cold case
22:11a été créé
22:12au Parquet de Nanterre
22:13en mars 2022.
22:14Qu'est-ce qu'il en pense ?
22:15Il trouve que c'est
22:16un bon début.
22:16D'ailleurs,
22:17ce pôle a déjà permis
22:18des avancées
22:19dans plusieurs cold cases.
22:20Mais Raphaël Nédilcôte
22:22m'a dit que,
22:22selon lui,
22:23il faut aller bien plus loin.
22:25Pour l'instant,
22:26ce pôle est composé
22:26de trois juges d'instruction,
22:28d'un procureur
22:28et de plusieurs greffiers.
22:30Mais il n'y a pas encore
22:31d'enquêteurs
22:31qui travaillent à plein temps
22:32dans ce nouveau pôle judiciaire
22:34pour résoudre
22:35les vieilles affaires
22:35non élucidées.
22:36Et selon lui,
22:37c'est vraiment ce qui manque.
22:38Il me l'a répété
22:39à plusieurs reprises
22:40et c'est vraiment
22:41le message
22:41qu'il veut faire passer
22:42pour résoudre
22:43des cold cases.
22:44Il faut absolument
22:44qu'il y ait des enquêteurs
22:45qui y dédient
22:46tout leur temps de travail.
22:47Merci Ambro Rosala
22:49et merci à Nicolas Jacquard
22:50pour son aide.
22:51Le livre de Raphaël Nédilcôte,
22:53L'obstinée confession
22:55d'un flic
22:55qui exhume les cold cases,
22:57est disponible
22:58depuis le 22 mars,
22:59paru aux éditions
23:00Studio Fact.
23:01Et enfin,
23:02si vous souhaitez
23:02en savoir plus
23:03sur l'affaire
23:03Christelle Maïry
23:04qu'on a évoquée
23:05dans ce podcast,
23:06je vous invite
23:07à écouter les épisodes
23:08consacrés à cette affaire
23:09par Crime Story,
23:10le podcast
23:11fait divers du parisien,
23:12à retrouver
23:13sur toutes les plateformes
23:14d'écoute.
23:14Cet épisode de Code Source
23:16a été produit par
23:17Raphaël Pueyot
23:18et Clara Garnier-Amourou.
23:20Réalisation
23:20Julien Moncouquiol.

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