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  • il y a 9 heures
Dans ce village de Haute-Loire, les enfants de la confrérie ont longtemps été élevés à l’écart de leurs parents, et parfois brutalisés. Deux d’entre eux, devenus adultes, dénoncent cette enfance volée. Récit.


Code source est le podcast quotidien d’actualité du Parisien. Des histoires racontées par les journalistes de la rédaction ou par celles et ceux qui les ont vécues directement.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Journalistes : Thibault Lambert, Marion Bothorel, Raphaël Pueyo et Ambre Rosala - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : Le Parisien.

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News
Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Vous avez été nombreux à découvrir dans le Parisien, au mois de juin, l'existence de la famille,
00:18une communauté religieuse secrète implantée à Paris depuis 200 ans.
00:23Cette histoire méconnue que nous vous avons déjà racontée dans CodeSource ne s'arrête pas là.
00:27Une branche dissidente de la famille s'est installée il y a maintenant un demi-siècle en Haute-Loire, dans
00:33la commune de Malrevers.
00:35A l'intérieur de cette micro-communauté, pendant longtemps, les enfants étaient systématiquement séparés de leurs parents et parfois violentés.
00:44Deux d'entre eux qui ont grandi aujourd'hui ont accepté de témoigner dans le journal Le Progrès, puis dans
00:49Le Parisien.
00:50L'auteur de cette série d'articles est dans CodeSource aujourd'hui, Nicolas Jacquard du service police-justice du Parisien.
01:06Nicolas Jacquard, en juin, vous avez publié une longue enquête dans Le Parisien sur un groupe religieux secret implanté à
01:13Paris depuis environ 200 ans, baptisé La Famille.
01:17On a déjà fait deux épisodes de CodeSource sur le sujet. Rappelez-nous d'abord ce qu'est La Famille.
01:22La Famille, c'est avant tout une communauté religieuse qui est composée, on pense aujourd'hui, d'environ 3000 personnes
01:28qui vivent toutes dans l'Est parisien et qui sont réunies par leur propre religion qui est issue du jansénisme.
01:35C'est un courant chrétien qui nous vient du 18e siècle et puis qui a perduré à travers le temps,
01:40comme on s'est rendu compte en constatant l'existence de cette famille aujourd'hui.
01:43Les membres de la famille vivent entre eux ?
01:45Alors, ils ne vivent pas spécifiquement entre eux puisqu'on a un noyau familial qui perdure, chacun habite dans ses
01:51appartements, mais on a huit noms de famille qui composent cette famille.
01:56On ne peut pas rentrer dans la famille si on n'y est pas né.
01:59Et les membres de la famille ont obligation de se marier uniquement avec des gens qui portent ces noms de
02:04famille.
02:04Donc, on a une forme de consanguinité avec des mariages entre cousins et cousines.
02:08Dans votre premier papier et dans vos premiers codes sources sur le sujet, vous nous parliez déjà d'une communauté
02:13qui s'était lancée près de Béziers, à Pardaillan.
02:16Oui, c'est ça, parce que c'est l'un des seuls épisodes connus, en tout cas médiatisés, de l
02:20'histoire de la famille.
02:21On était là au tout début des années 60 et un certain nombre de personnes, membres de la famille, ont
02:26décidé de se retrouver, de vivre en communauté.
02:29Elles ont fondé une expérience de kibout, on appelle ça comme ça, puisque c'est le modèle israélien, cette mise
02:34en collectivité des moyens.
02:36Ils sont allés à Pardaillan, alors l'expérience a fait long feu et on pensait, au cours de notre première
02:40enquête, que ceux de Pardaillan étaient tout simplement revenus à Paris.
02:44En tout cas, qu'ils s'étaient un petit peu égarés dans la nature et en fait, on les retrouve
02:47à Malrevers.
02:51Et donc, vous décidez de vous rendre sur place ?
02:53On va sur place, d'abord pour essayer de rencontrer les gens de cette communauté, puis pour se rendre compte
02:59de ce qu'est ce village de Malrevers.
03:01Où vit la communauté ? Quels sont ses rapports avec le reste du village ? Et c'est tout ça
03:06qu'on va essayer de voir sur place.
03:08On est dans le département de la Haute-Loire, à quelques kilomètres du Puy-en-Velay. D'un mot, à
03:13quoi ressemble Malrevers ?
03:15On est dans une nature relativement préservée, un paysage de vallons, et puis il y a ce petit village de
03:19700 habitants, avec un habitat relativement dispersé et des hameaux.
03:23Et l'un de ces hameaux s'appelle Boissier. C'est là qu'est installée la communauté, un petit peu
03:28sur les hauteurs du village.
03:29Ils ont racheté en fait, au tout début des années 70, en 1972 exactement, ce qui était une ancienne colonie
03:34de vacances.
03:35Et puis, ils l'ont aménagé, une centaine de personnes vivent ici en collectivité.
03:39Le site s'appelle le Château de Boissier. Est-ce que le lieu est fermé ?
03:42Oui, c'est relativement fermé. On voit qu'on a des murs qui entourent l'ensemble de la communauté.
03:47Il y a quelques portes en bois dont on comprend qu'il sera assez difficile de les franchir si on
03:50n'y est pas invité.
03:51Que font les habitants de cette communauté ? Est-ce qu'ils travaillent ?
03:54Oui, ils travaillent. Ce qu'ont fait les fondateurs de cette communauté, c'est qu'ils ont monté une usine,
03:59qui est aujourd'hui de l'autre côté de cette petite route qui mène à la communauté,
04:03qui s'appelle Interstile, qui est une usine textile, et qui fournit effectivement les moyens de subsistance de cette communauté.
04:09Est-ce que les membres de la communauté ont accepté de vous parler ?
04:12On a cherché à les contacter par plusieurs biais. Ils n'ont pas souhaité nous rencontrer physiquement.
04:17Ils n'ont pas souhaité qu'on se rende sur place.
04:19Par contre, ils ont accepté de répondre à un certain nombre de questions,
04:23voire à toutes les questions qu'on pouvait leur poser, mais seulement par écrit.
04:26Donc on a envoyé une batterie de questions comme ça, par écrit, et nous y ont répondu.
04:29Et qu'est-ce qu'ils ont répondu ?
04:30Ils ont répondu volontiers sur tous les points historiques, sur ce qui les animait, sur ce qui les regroupait,
04:37sur ce qu'étaient leurs idéaux, sur en gros qui ils étaient, ce qu'ils revendiquaient, si tant est qu
04:41'ils revendiquaient quelque chose.
04:42Par contre, quand on a demandé à rentrer en contact avec des membres actuels de la communauté,
04:47ils ont refusé. Mais par contre, ils nous ont envoyé une bonne dizaine de témoignages,
04:52d'attestations écrites, signées, nominatives, de membres actuels de la communauté.
04:56En tout cas, c'est comme ça qu'eux les présentent, puisqu'on ne peut pas vérifier qui sont ces
05:00gens,
05:00qui tous nous ont dit un petit peu quelle était leur expérience de la communauté.
05:04Autant le dire tout de suite, une expérience extrêmement positive à leur dire.
05:07Qu'est-ce qu'ils disent de positif sur la communauté ?
05:09Ils disent d'abord qu'ils y sont épanouis, que c'est un endroit où ils peuvent mettre en avant,
05:15justement, ce qu'ils revendiquent comme une forme de fraternité, de collectivité,
05:19que le collectif est, d'après eux, le modèle de vie qui leur convient le mieux.
05:24C'est-à-dire qu'on partage les tâches, on partage les moyens de production,
05:28on partage, nous dit-on, les revenus.
05:30Et tout le monde nous dit que, voilà, c'est ce choix de vie qui leur permet à tous d
05:34'être épanouis.
05:39Nicolas Jacquard, vous avez parlé avec d'anciens membres de la communauté
05:42qui, eux, dénoncent une emprise psychologique et des violences physiques
05:46dont ils disent avoir été victimes dans les années 90 et début 2000,
05:50notamment les témoignages de deux frères, Joseph et Mathieu, et de leur mère, Cécile.
05:55D'abord, il faut expliquer que quand les deux frères étaient petits,
05:57dans la communauté de Malrevers,
05:59tous les enfants étaient systématiquement séparés de leurs parents.
06:03Pourquoi ?
06:03Un des points qui nous a le plus frappés quand on a découvert l'existence de cette communauté,
06:07c'est cette mise en commun de tout, y compris des enfants, on va dire,
06:12puisque dès le départ, il y a eu cette volonté des fondateurs de Malrevers
06:17d'enlever autant que possible les enfants à leurs parents et de les élever en commun.
06:21Alors peut-être pour briser ce lien familial traditionnel
06:25qui, à leur sens, nuisait à ce collectif religieux.
06:30En tout cas, les enfants, dès leur plus jeune âge,
06:32là on parle vraiment des tout premiers mois,
06:34étaient enlevés à leurs parents pour être élevés en commun.
06:37Et les parents, et plusieurs d'entre eux nous l'ont confié,
06:40n'avaient que très peu accès à leurs enfants.
06:42Les enfants savaient que leurs parents génétiques
06:44étaient ces gens qu'ils croisaient au sein de la communauté,
06:47mais avec eux, ils avaient un lien extrêmement minime.
06:50Donc on a bien compris que les parents restent dans la communauté,
06:53les enfants aussi,
06:54mais donc concrètement, ils n'élèvent pas directement leurs enfants.
06:56Comment ça se passe ?
06:57Alors ça se passe d'abord par un système de nurserie,
07:00c'est-à-dire que les enfants, par tranche d'âge,
07:01alors en fonction des générations,
07:03puisque au fur et à mesure que les naissances arrivaient dans la communauté,
07:06il y avait des groupes d'âge qui se construisaient comme ça,
07:08et qui étaient chacun pris en charge par une personne dédiée à ces enfants-là.
07:12C'est-à-dire que les enfants ne dorment pas avec leurs parents
07:15dans une cellule familiale au sens classique.
07:17Et puis, on a là encore des personnes qui sont dédiées à leur éducation.
07:21L'école, en tout cas pendant très longtemps,
07:23jusqu'au début des années 2000,
07:24se faisait sur place.
07:26On comprend à partir de là,
07:27quand les parents, eux, travaillent dans l'usine qui est à côté,
07:29qu'ils ne voient très peu leur enfant de la journée.
07:32Quand vous rajoutez à cela que l'ensemble des repas sont pris en commun,
07:36le temps au cours duquel enfants et parents pourraient se croiser est extrêmement limité.
07:42Il y a une exception, c'est le samedi. Pourquoi ?
07:45Alors cette exception, c'est le shabbat,
07:47parce qu'on le disait, la religion de la communauté,
07:50c'est un mélange de christianisme et de judaïsme.
07:53Ils pratiquent donc le shabbat, le samedi.
07:55C'est le seul jour de la semaine où on ne travaille pas à mal revers,
07:58où on va le consacrer à la fois à un certain nombre de tâches collectives,
08:03mais surtout à un moment de prière.
08:05Et c'est le seul moment, en tout cas,
08:07de ce que nous ont dit parents et enfants qui sont sortis de la communauté,
08:10où ils pouvaient se retrouver,
08:12mais là encore, de manière relativement limitée,
08:14puisqu'il y avait une forme de pression psychologique,
08:16de pression sociale, de pression du groupe,
08:18qui faisait que, quand vous êtes parent,
08:20si vous intéressez trop à votre enfant,
08:22on va vous le faire remarquer.
08:23Vous n'avez pas à développer une relation affective
08:26avec votre enfant qui soit supérieure
08:28à celle que vous allez avoir avec les autres enfants.
08:30C'est quelque chose qui a fait beaucoup souffrir
08:33un certain nombre de parents tels qu'ils nous l'ont expliqué.
08:35La communauté s'occupe de tout,
08:36y compris d'acheter les vêtements de ses membres,
08:38enfants ou adultes d'ailleurs.
08:40Ce n'est pas vous qui allez faire les courses,
08:41il y a quelqu'un qui s'en occupe pour vous,
08:43il y a des gens qui sont en cuisine pour la restauration collective,
08:45chacun a sa tâche attribuée,
08:47et à tel point que certaines personnes
08:49ont passé plusieurs décennies
08:51sans sortir physiquement de cet endroit.
08:54La communauté de Malrevers va être dirigée
08:56par plusieurs hommes.
08:57D'abord, le fondateur de l'implantation au début des années 70,
09:01Vincent Thibault, puis Albert Thibault.
09:04Oui, donc on a Vincent qui fonde Malrevers
09:06et puis qui très vite s'en va.
09:07Et il est remplacé par un certain Albert Thibault.
09:10D'ailleurs, ils ont le même nom,
09:11mais on ne sait pas quel est leur lien familial éventuel.
09:13Et Albert Thibault, tout le monde nous le décrit
09:15comme le véritable père fondateur de Malrevers.
09:17Et c'est un homme dont tout le monde nous dit
09:20qu'il était extrêmement bon, extrêmement sage,
09:23et qu'il ne faisait pas de différence
09:24entre les uns et les autres.
09:25C'est lui qui va structurer la communauté.
09:28Un troisième homme va s'imposer
09:30à la tête de cette communauté.
09:31C'est un certain Joël Ferre
09:33que Joseph et Mathieu,
09:35les deux frères que vous avez interrogés,
09:37décrivent comme un gourou.
09:38Oui, c'est exactement ça.
09:39Alors Joël, c'est celui qui a succédé à Albert.
09:42Albert est décédé en 1999
09:43et il avait pris soin de préparer sa succession.
09:46On a beau avoir ce collectif,
09:47il y a vraiment une notion de hiérarchie aussi,
09:49de chef dirigeant.
09:50Et ce chef, à partir du milieu des années 90,
09:53c'est donc un certain Joël Ferre
09:54dont on va très vite comprendre
09:55qu'il s'arroge un petit peu le droit
09:57de décider des destins des uns et des autres
09:59et particulièrement de décider
10:02comment les enfants doivent être éduqués.
10:05Il met en œuvre une méthode d'éducation,
10:07si tant est qu'on puisse la considérer comme telle,
10:09extrêmement violente,
10:10avec des sévices dont tous les enfants
10:12qui ont pu témoigner de cela
10:14nous décrivent comme particulièrement violents.
10:15Avant de parler de ces violences,
10:16Joseph explique par exemple
10:18qu'il ne faisait pas de cadeau
10:19à ses parents biologiques,
10:21mais à Joël Ferre.
10:23Joël, c'est quasiment un père de substitution
10:25pour ses enfants qui ont grandi dans ces années-là.
10:28C'est en tout cas comme ça
10:28qu'eux nous le décrivent.
10:30C'est un référent,
10:32c'est une figure parentale,
10:33aussi bien maternelle que paternelle,
10:35puisqu'on voit que les liens génétiques
10:37ont été en quelque sorte brisés.
10:38Et c'est Joël qui, lui,
10:39va prendre toute sa place dans cette faille-là.
10:42Par exemple, au moment des 7 ans,
10:43quand vous voulez passer
10:44d'un étage à l'autre de la nurserie,
10:46vous allez voir Joël
10:47et vous lui demandez
10:48si vous pouvez changer d'étage
10:49pour aller avec les grands.
10:50Quand vous allez être à l'école,
10:51y compris à l'extérieur de la communauté,
10:53c'est à Joël que vous allez montrer vos notes,
10:55vos bulletins de notes,
10:56vos cahiers de correspondance.
10:58Donc Joël, on sent que pour ses enfants,
11:00à l'époque en tout cas,
11:01il avait un rôle de tout-puissant.
11:07Joseph a aujourd'hui 30 ans,
11:09Mathieu 28.
11:10Qu'est-ce qu'il raconte aujourd'hui
11:11avoir subi au quotidien
11:13quand ils étaient enfants ?
11:14Alors d'abord,
11:15des violences psychologiques
11:16et physiques quasi permanentes.
11:18On a l'impression à les entendre
11:20que la moindre incartade,
11:22mais qu'elle soit réelle ou supposée,
11:24était prétexte à des violences,
11:26à des punitions extrêmement sévères.
11:28Ça a commencé par des gifles
11:29courant de la part de Joël
11:31et par conséquence,
11:32au fur et à mesure du temps,
11:33courant de la part
11:34de n'importe quel adulte
11:35de la communauté,
11:36au fur et à mesure.
11:37Et ensuite,
11:38les gifles ont laissé place
11:40à des coups de poing
11:40et puis après,
11:41les coups de poing
11:42ont laissé place
11:42à des coups de bâton.
11:43Des punitions qui consistaient
11:45à les mettre dans la cave
11:46du château,
11:47de la maison,
11:47dans le noir,
11:48toute la journée,
11:49sous prétexte de les endurcir
11:51ou de leur donner
11:52de pseudo-cours de gymnastique
11:53qui s'apparentent
11:54à des sévices.
11:55Après tout ça,
11:56ça a été des punitions
11:57un petit peu plus,
11:58comment dire,
11:59imaginatives,
12:00avec des petites bandes
12:01de béton
12:02de 40 de long,
12:0415 de large,
12:05avec des graviers,
12:06des graviers pointus
12:07qui étaient coulés dedans,
12:08sur lesquels on devait
12:09se mettre à genoux
12:09et puis rester le dos droit,
12:11les mains sur la tête
12:12pendant du moins,
12:14moi personnellement,
12:15des journées entières
12:16et des punitions
12:17avec des poids,
12:18des boules de pétanque
12:19qu'il fallait maintenir
12:19à bout de bras.
12:21Les boules à bout de bras,
12:22c'était très simple,
12:24c'était soit debout,
12:26soit à genoux
12:27ou alors à genoux
12:29sur la plaque de gravier.
12:30Le but du jeu,
12:31si je peux m'exprimer ainsi,
12:33il est relativement simple,
12:34c'est qu'il faut garder
12:34les bras droits
12:35et le dos droit surtout
12:36et dès qu'il y a
12:37le moindre réfléchissement,
12:39des coups de bâton
12:40qui étaient donnés.
12:44Des moments traumatisants
12:46et qui sont restés
12:47dans sa mémoire,
12:47malheureusement,
12:48il y en a beaucoup
12:48mais il y a celui-ci,
12:49effectivement,
12:50quand Joël,
12:51tout simplement,
12:51va frapper la maman
12:52de Joseph et Mathieu
12:53devant tout le monde
12:54au cours du repas commun.
12:55Personne ne bronchera.
12:57On sait aussi que parfois,
12:58Joël pouvait frapper
12:59d'autres membres femmes,
13:01par exemple,
13:01au niveau de l'atelier
13:02parce qu'il était
13:03tout simplement mécontent
13:04de leur travail
13:04ou qu'il estimait
13:05qu'elles avaient fauté
13:06d'une manière ou d'une autre.
13:07Donc ça montre effectivement
13:08tout le poids
13:09que ce chef de communauté
13:10pouvait avoir sur les autres.
13:11Vous le disiez,
13:11il a beaucoup de souvenirs
13:13traumatisants.
13:14Nicolas Jacquard,
13:14Joseph vous a aussi raconté
13:16un triste jour
13:17de novembre 2001.
13:19Oui, ce jour-là,
13:20Joseph est avec son cousin,
13:23son père,
13:23il est en train
13:23de ramasser les feuilles mortes
13:25dans le parc du château de Boissier
13:26et puis il chahute
13:28comme tous les enfants
13:28et ils vont monter
13:30dans le camion
13:31qui sert à évacuer
13:32ces feuilles-là.
13:32Le chahut qu'ils ont fait,
13:34à ce moment-là,
13:34a été vu par Joël
13:36et quand ils rentrent,
13:37en fait,
13:37ils sont convoqués,
13:39ils sont emmenés
13:39à la cave
13:40et là,
13:41ce que nous raconte Joseph,
13:42c'est un véritable déferlement
13:44de coups,
13:44de violences
13:45d'un niveau encore supérieur
13:47à ce qu'il avait vécu jusque-là.
13:48La mère de Joseph et Mathieu,
13:49elle confirme ces témoignages ?
13:51Oui, alors,
13:52elle les confirme.
13:53C'est assez difficile
13:54à confirmer très précisément
13:56puisque comme on le disait,
13:57les parents n'avaient pas accès
13:58au quotidien de leurs enfants.
14:00D'ailleurs,
14:00ces parents nous disent,
14:01voilà,
14:01si on avait voulu savoir
14:02quelle était la journée
14:03de nos enfants,
14:04ce qu'ils faisaient,
14:05comment ça se passait,
14:06on devait aller le demander
14:07aux responsables
14:08et rien ne l'obligeait
14:09à nous répondre.
14:10Tout ça fait que
14:11ces choses-là
14:11restaient très tabou
14:13et très secrètes,
14:14restaient enfouies
14:14au niveau des enfants.
14:15Mais en tout cas,
14:16Cécile dit qu'elle ne doute pas
14:17de la parole de ses fils.
14:18Non, absolument pas.
14:19D'abord parce qu'elle-même,
14:21on le comprend,
14:21a eu à pâtir
14:22du comportement violent
14:23de ce chef de communauté.
14:24Puis les enfants
14:25lui raconteront par la suite
14:26quand ils seront tous sortis
14:27de la communauté,
14:28ce qu'était ce quotidien
14:29fait de violences
14:30qui mathématiquement
14:32rejaillissait
14:32et tout le monde
14:33se rendait compte
14:34que les enfants
14:35étaient maltraités.
14:36C'est quelque chose
14:36qui était relativement répandu
14:38dans la communauté
14:38à ce moment-là,
14:39en tout cas pour certains
14:39des enfants,
14:40puisqu'on a le sentiment
14:41que certains étaient peut-être
14:42un peu plus violentés
14:43que d'autres encore.
14:49Ces violences vont s'arrêter
14:50pour Joseph et son frère Mathieu
14:51à l'automne 2003.
14:53À l'automne 2003,
14:54les enfants,
14:55un certain nombre d'entre eux,
14:56ont terminé leur école élémentaire
14:58au sein de la communauté.
14:59La communauté s'est rendue compte
15:00que pour tout ce qui est collège,
15:01c'était extrêmement compliqué
15:02de les scolariser sur place
15:03et donc ils ont été,
15:04pour la plupart,
15:05placés en pensionnat.
15:06C'est le cas de Joseph,
15:07c'est le cas de Mathieu
15:07et c'est le cas de leur cousin Franck
15:08également.
15:09Franck est à l'école
15:10au pensionnat de Monistrol,
15:12sur Loire,
15:12une ville voisine
15:13et puis tout simplement
15:16les marques de violences physiques
15:18sur son corps
15:18vont être vues
15:19par la communauté éducative
15:20qui à ce moment-là
15:21prévient les autorités
15:22et la police.
15:23Que se passe-t-il ensuite ?
15:24Une enquête est ouverte.
15:26La gendarmerie vient sur place
15:28entendre autant d'enfants
15:30qu'elle le peut
15:30et puis surtout Franck
15:32tout de suite est placé
15:33par mesure de protection
15:35à l'aide sociale à l'enfance.
15:36Ce sera la même chose
15:37pour Joseph et son frère ?
15:38Ils vont être placés ?
15:39Alors ils ne le sont pas de suite.
15:41C'est-à-dire qu'eux
15:41n'ont finalement rien à voir
15:43avec la révélation
15:44des violences
15:45sur Franck
15:46mais on sent
15:47que leur famille
15:48contrairement
15:49à ce que met en avant
15:50la communauté
15:51il y a un différentiel
15:52entre certaines familles
15:53qui vont être plus puissantes
15:54que les autres
15:54et qui vont décider
15:55pour les autres
15:56et on sent que
15:56la famille de Joseph et Mathieu
15:59était l'une de celles
16:00qui socialement
16:01et hiérarchiquement
16:02au sein de la communauté
16:02était en bas de l'échelle.
16:04Ce qui s'est passé
16:05avec la révélation
16:05des violences sur Franck
16:06est un prétexte tout trouvé
16:07pour la communauté
16:08pour expulser
16:09de mal revers
16:10la famille de Joseph et Mathieu.
16:12Et puis Joseph voit aussi ça
16:14comme une forme de protection
16:15pour Joël Fer
16:16parce que
16:17d'autres violences
16:18que celles sur Franck
16:19auraient pu être découvertes
16:20et Joseph lui
16:21a le sentiment
16:21avec le recul
16:22que finalement
16:23en les expulsant
16:24c'est autant de violences
16:25qui n'ont pas pu être découvertes
16:26par les autorités.
16:28Pour les violences commises
16:29à l'encontre de Franck
16:30Joël Fer
16:31va être condamné
16:32en 2008
16:338000 euros
16:34de dommages intérêts
16:35un an de prison
16:36dont deux mois fermes
16:37Nicolas Jacquard
16:38que pensent
16:39Joseph et Mathieu
16:40de cette condamnation ?
16:41Alors ils pensent
16:42qu'elle n'est pas juste
16:43il y a plusieurs points
16:44qui leur font penser
16:45que cette condamnation
16:46ne correspond pas
16:47à ce qu'eux ont subi
16:49c'est d'abord
16:49on le disait
16:50le fait qu'eux-mêmes
16:51n'ont pas été partie prenante
16:52à cette procédure
16:53qu'ils n'en ont pas été
16:54tenus au courant
16:55la preuve c'est que
16:56Joseph a découvert
16:56cette condamnation
16:57il y a seulement un an
16:58et puis l'autre point
16:59c'est qu'ils se sont rendus compte
17:00que dans le cadre
17:01de l'enquête de personnalité
17:03telle qu'elle est pratiquée
17:04en vue d'un passage
17:05devant le tribunal
17:06Joël Fer avait fait l'objet
17:07d'un grand nombre
17:09de soutiens
17:09deux membres de la communauté
17:11qui ont tous rédigé
17:12des attestations écrites
17:13pour dire tout le bien
17:14qu'ils pensaient de lui
17:14et on peut aujourd'hui penser
17:16en tout cas c'est le cas
17:17de Joseph et Mathieu
17:18qu'un certain nombre
17:18de ces attestations
17:19ont été en quelque sorte
17:21faussées
17:21puisque rédigées
17:22sous la pression de Joël
17:23qui lui-même
17:24est donc le chef
17:25de cette communauté
17:25par exemple
17:26leur propre mère
17:26avait témoigné
17:27en faveur de Joël Fer
17:29la maman de Joseph et Mathieu
17:30est allée au tribunal
17:32elle-même
17:32défendre Joël Fer
17:33parce qu'elle-même
17:35est née dans cette communauté
17:37elle y a vécu
17:37une enfance
17:39une vie d'endoctrinement
17:40et que c'était
17:41à l'époque
17:41extrêmement difficile
17:42d'en sortir
17:43c'est quelque chose
17:44pour lequel elle dit
17:45aujourd'hui
17:46qu'elle en veut
17:47à la communauté
17:47parce qu'elle est obligée
17:48en quelque sorte
17:49de se renier
17:54Nicolas Jacquard
17:54l'an dernier
17:55en 2019
17:56Joseph
17:57est retourné
17:58à Malrevers
17:59dans le château de Boissier
18:00pour quoi faire ?
18:02Alors comme il nous l'explique
18:03il a été pris
18:03d'une forme d'impulsion
18:05il était dans le secteur
18:06et il s'est dit
18:06c'est le moment
18:07je ne suis pas loin
18:09de Malrevers
18:09je vais y retourner
18:10donc il n'y était plus allé
18:12depuis 2003
18:13puisque l'expulsion
18:14de sa famille
18:14remonte à l'automne 2003
18:16il s'est dit
18:17c'est l'occasion
18:18d'aller me confronter
18:19à Joël
18:20de les voir
18:21de peut-être
18:22m'expliquer avec eux
18:23de voir quelle est
18:24leur attitude
18:24par rapport à ce que
18:25nous avons vécu
18:26est-ce qu'il y a une forme
18:27de remords
18:28de la part de l'auteur
18:29de ces faits
18:30et voilà
18:31je pense que c'est pour
18:31toutes ces choses-là
18:32qu'il a voulu
18:33en quelque sorte
18:33se confronter à son propre passé
18:34Comment ça s'est déroulé ?
18:36De ce que nous en a dit Joseph
18:37en tout cas
18:37Joël n'a eu aucun regret
18:39il se contentait
18:40de leur expliquer
18:40qu'eux ont peut-être
18:42mal vécu leur enfance
18:43mais que d'autres
18:44l'avaient très bien vécu
18:45et qu'en tout état de cause
18:47ils ne voyaient
18:47dans ce que Joseph et Mathieu
18:49appellent des sévices
18:50qu'une forme d'éducation
18:51un petit peu dure
18:52Nicolas Jacquard
18:53au cours de votre enquête
18:54vous avez eu le sentiment
18:55que certains témoins
18:56ont tendance
18:57à changer de position
18:58ont du mal
18:58à parler finalement ?
19:00Oui c'est extrêmement
19:01difficile pour eux
19:01et notamment pour tous
19:03ceux qui n'ont connu
19:03que cette communauté-là
19:04qui n'ont connu
19:05que cette religion-là
19:06et parfois cette pression
19:07psychologique-là
19:08et puis aussi
19:09on l'a senti
19:10au cours de notre enquête
19:11une forme de pression
19:12du groupe qui continue
19:13à s'exercer
19:14sur ceux qui en sont partis
19:15on sait qu'un certain
19:17nombre de membres
19:18ont quitté cette communauté
19:19que certains parfois
19:20ont passé plusieurs années
19:20à l'extérieur
19:21ont fini par y retourner
19:22et qu'en tout état de cause
19:24même ceux qui sont dehors
19:25aujourd'hui
19:26déjà sont durablement marqués
19:28par leur vie là-bas
19:29et puis continuent
19:30à avoir des liens
19:31avec des membres
19:32de leur famille
19:33qui sont toujours à l'intérieur
19:34et tout ça fait que
19:35on a une forme
19:36de pression collective
19:37en tout cas c'est comme ça
19:38qu'on l'a ressenti
19:39qui a fait que
19:39certains qui pouvaient
19:41nous parler à un moment donné
19:42ne voulaient plus
19:42nous parler après
19:43et donc des témoignages
19:45assez mouvants
19:45fait au gré de la pression
19:47qui pouvait être mis
19:47sur ces témoins
19:48Nicolas Jacquard
19:49est-ce que
19:49tout ce que vous avez appris
19:51découvert
19:51vous donne envie
19:52de continuer
19:52à travailler
19:53sur cette communauté
19:54de Malrevers ?
19:54Oui c'est assez difficile
19:55de prévoir ce qu'il en sera
19:56mais on a le sentiment
19:57que tout n'a pas encore
19:58été dit sur Malrevers
19:59que certaines personnes
20:02savent beaucoup de choses
20:03sur cette communauté
20:04sur son fonctionnement
20:05sur son histoire
20:06sur ses travers
20:08et tant que nous aurons
20:09cette possibilité
20:10d'éventuellement pouvoir
20:11accéder à de nouveaux témoignages
20:12on continuera à travailler
20:13sur ce sujet là
20:24Merci à Nicolas Jacquard
20:26Code Source
20:27est le podcast
20:27d'actualité du Parisien
20:29disponible chaque soir
20:30du lundi au vendredi
20:31Cet épisode a été produit
20:33par Marion Bottorel
20:34Raphaël Pueyo
20:35Thibaut Lambert
20:36et Ambre Rosala
20:37Réalisation
20:38Julien Moncouquiol
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