- il y a 10 heures
- #lepen
- #zemmour
- #elections
Depuis huit ans, toutes les enquêtes d’opinion qualifient la cheffe de file du Rassemblement national au second tour de l'élection présidentielle. Mais le 6 octobre dernier, pour la première fois, un sondage place Eric Zemmour devant Marine Le Pen. Récit. Crédits.
Dans ce podcast : Candidate pour la troisième fois à l'élection présidentielle Marine Le Pen traverse un début de campagne plus compliqué que prévu. La cheffe de file du rassemblement national qui a de grandes chances de se qualifier au second tour selon les sondages, doit faire face à l'émergence d'un autre candidat possible à l'extrême droite : Eric Zemmour l'ancien chroniqueur de CNews connu pour ses positions très conservatrices et perçu de plus en plus comme un rival qui pourrait attirer vers lui des électeurs de Marine Le Pen.
Marine Le Pen est candidate à la prochaine élection présidentielle depuis le 9 avril, cela fait huit ans que toutes les enquêtes d'opinion la qualifient au second tour de l'élection présidentielle, elle y est parvenue la dernière fois en 2010 est face à Emmanuel Macron mais depuis plusieurs semaines la candidate est en mauvaise posture…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Présentation : Thibault Lambert - Production : Raphaël Pueyo, Sarah Hamny et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : BFM, Paris Première, RTL, France 5, RMC, CNews.
#lepen #zemmour #elections
Dans ce podcast : Candidate pour la troisième fois à l'élection présidentielle Marine Le Pen traverse un début de campagne plus compliqué que prévu. La cheffe de file du rassemblement national qui a de grandes chances de se qualifier au second tour selon les sondages, doit faire face à l'émergence d'un autre candidat possible à l'extrême droite : Eric Zemmour l'ancien chroniqueur de CNews connu pour ses positions très conservatrices et perçu de plus en plus comme un rival qui pourrait attirer vers lui des électeurs de Marine Le Pen.
Marine Le Pen est candidate à la prochaine élection présidentielle depuis le 9 avril, cela fait huit ans que toutes les enquêtes d'opinion la qualifient au second tour de l'élection présidentielle, elle y est parvenue la dernière fois en 2010 est face à Emmanuel Macron mais depuis plusieurs semaines la candidate est en mauvaise posture…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Présentation : Thibault Lambert - Production : Raphaël Pueyo, Sarah Hamny et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : BFM, Paris Première, RTL, France 5, RMC, CNews.
#lepen #zemmour #elections
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Candidate pour la troisième fois à l'élection présidentielle, Marine Le Pen traverse un début de campagne plus compliqué que
00:18prévu.
00:19La chef de file du Rassemblement National, qui a de grandes chances de se qualifier au second tour selon les
00:24sondages,
00:24doit faire face à l'émergence d'un autre candidat possible à l'extrême droite.
00:29Éric Zemmour, l'ancien chroniqueur de CNews, connu pour ses positions très conservatrices,
00:34est perçu de plus en plus comme un rival qui pourrait attirer vers lui des électeurs de Marine Le Pen.
00:40On fait le point dans Code Source avec Alexandre Sulzer, journaliste au service politique du Parisien.
00:52Alexandre Sulzer, le lundi 25 septembre, Marine Le Pen est à Budapest pour une visite de deux jours.
00:57Là-bas, elle est reçue par le premier ministre hongrois populiste, Victor Orban.
01:02Oui, effectivement, elle est reçue avec les honneurs, avec des voitures à gyrophares, le premier ministre déploie le tapis rouge.
01:09Marine Le Pen, qui n'est que candidate à la présidentielle, est reçue comme chef de gouvernement.
01:14Pourquoi fait-elle ce déplacement ?
01:16Ça lui permet de s'afficher de façon un peu protocolaire avec une personne en responsabilité,
01:23ce qui lui donne une sorte de crédibilité, de représidentialisation.
01:27Elle le fait parce qu'elle a besoin d'alliés en Europe.
01:30Elle y va aussi parce qu'un mois avant, un autre Français a fait le déplacement dans la capitale hongroise.
01:35Il s'agit d'Éric Zemmour, qui lui aussi a pu avoir l'honneur d'encontrer Victor Orban.
01:40Et ça, ça a rendu Marine Le Pen extrêmement furieuse.
01:45Marine Le Pen est candidate à la prochaine élection présidentielle depuis le 9 avril.
01:50Cela fait 8 ans que toutes les enquêtes d'opinion la qualifient au second tour de l'élection présidentielle.
01:56Elle y est parvenue la dernière fois, en 2017, face à Emmanuel Macron.
02:00Mais depuis plusieurs semaines, Alexandre Sulzer, la candidate, est en mauvaise posture.
02:05Le critère pour savoir quelle est la santé d'une campagne, ce sont évidemment les sondages, même s'ils sont
02:09décriés.
02:10Et là, depuis la rentrée, semaine après semaine, Marine Le Pen perd des points, de façon très significative,
02:17au profit d'Éric Zemmour, qui n'est pas encore candidat, rappelons-le, mais qui gagne des points dans les
02:21sondages.
02:22Alexandre Sulzer, cette campagne pour la présidentielle commence pour Marine Le Pen au lendemain des élections régionales,
02:28les 20 et 27 juin 2021, après des résultats décevants dans les urnes pour l'ERN.
02:34En fait, juste après les régionales, Marine Le Pen avait prévu un congrès, un congrès qui a lieu à Perpignan,
02:40et qui, initialement, devait être vraiment une rampe de lancement pour elle, pour la campagne présidentielle.
02:45L'idée, c'était de gagner une ou deux régions aux régionales.
02:48Il y avait vraiment des espoirs de conquête, notamment en Provence-Alpes-Côte d'Azur.
02:52Et juste derrière, elle se serait positionnée comme une candidate à la présidentielle,
02:57et ça devait vraiment lancer une séquence un petit peu dynamique.
03:00Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. Au régional, aucune région n'a été gagnée.
03:05Et le congrès de Perpignan s'est passé dans un climat extrêmement morose,
03:10cassant d'emblée la dynamique pour la présidentielle.
03:12À cette période, Éric Zemmour commence à être pressenti comme un possible candidat à l'élection présidentielle.
03:17Ils n'ont qu'une vingtaine d'années et ont déjà des idées bien arrêtées.
03:21Ce matin-là, dans Lyon, une opération de collage est menée par des membres de Génération Z.
03:25Z pour Zemmour, le mouvement lancé l'hiver dernier appelle le chroniqueur de télévision à se déclarer candidat à la
03:32présidentielle de 2022.
03:35Effectivement, ces soutiens, dès le soir du second tour au régional, font une vaste campagne d'affichage, d'affiches de
03:41campagne.
03:42Zemmour président pour occuper le terrain, montrer que Marine Le Pen n'a pas réussi,
03:46mais que quelqu'un d'autre se tapit dans l'ombre et qu'il pourrait la remplacer.
03:49Il est chroniqueur sur CNews, éditorialiste au Figaro, et il critique ouvertement Marine Le Pen.
03:54Alors oui, c'est pas nouveau. Depuis des années, Éric Zemmour critique Marine Le Pen sur les plateaux de télé,
03:59quand il est polémiste sur CNews, sur Paris 1ère.
04:03Si vous me permettez, j'aimerais revenir sur le cas de Marine Le Pen.
04:06Elle a montré une incompétence crasse face à Emmanuel Macron.
04:12La campagne de Marine Le Pen n'est pas mauvaise, mais elle n'est pas bonne.
04:16Elle ne s'essouffle pas car elle n'a jamais eu de souffle.
04:19Elle n'est pas inutile, mais on se demande si elle est utile.
04:23Depuis plusieurs années, il affirme même que Marine Le Pen est de gauche.
04:27Éric Zemmour est persuadé que Marine Le Pen est de gauche.
04:30Ça veut dire à la fois sur les questions économiques, c'est vrai qu'elle a une fibre sociale,
04:35elle a été élue dans un territoire très populaire, ouvrier du Pas-de-Calais.
04:39Elle attache à l'État-providence, un État très interventionniste en matière sociale et économique.
04:43Et ça, Éric Zemmour, qui est plus libéral, il trouve que c'est de gauche.
04:48Et par ailleurs, Marine Le Pen, on le sait, n'est pas très à cheval sur les questions de mœurs,
04:53sur les questions sociétales.
04:54Elle ne s'est pas engagée énormément dans la lutte contre le mariage pour tous.
04:58Et Éric Zemmour, qui lui est extrêmement conservateur, lui en veut et estime qu'elle est progressiste sur ces sujets
05:04-là.
05:05Comment Marine Le Pen réagit à ces critiques à ce moment-là, au printemps ?
05:08Dans un premier temps, elle l'alerte un petit peu, elle tire la sonne d'alarme.
05:12Dans une interview au magazine L'Incorrect, en avril, elle prévient,
05:16Éric Zemmour risque d'être la Christiane Taubira du camp national.
05:18C'est une référence à Christiane Taubira qui, en 2002, candidate à la présidentielle,
05:23avait divisé les voix et avait empêché Lionel Jospin d'être au second tour.
05:26C'est une candidature qui peut être aidée, en réalité, Emmanuel Macron,
05:31à arriver en tête aux élections présidentielles.
05:34Donc je lui dis, Éric Zemmour, vous êtes un éditorialiste et un écrivain respecté et écouté.
05:43N'affaiblissez pas, même un temps soit peu,
05:47n'affaiblissez pas le camp national auquel je sais que vous êtes attachée.
05:51Elle voit que ces avertissements ne servent à rien,
05:54que la candidature d'Éric Zemmour semble se préciser.
05:58Et à ce moment-là, elle fait une forme d'indifférence.
06:01Elle dit que de toute façon, au pire, ce n'est pas grave,
06:03ça lui fera des réserves de voix pour le second tour,
06:05qu'Éric Zemmour la recentre et que de toute façon,
06:09il ne se rend pas compte de la difficulté de la tâche
06:11et qu'au final, à ses yeux, il ne pourra pas aller jusqu'au bout de la démarche.
06:15Après l'été, le 3 septembre, le maire de Béziers, Robert Ménard,
06:20sympathisant du Rassemblement national, propose à Marine Le Pen et Éric Zemmour
06:24de discuter entre eux.
06:26Je suis un des rares qui a de bons rapports avec les deux.
06:28Je vous leur dis, vous arrêtez vos conneries.
06:30Vous venez à Béziers, c'est une ville qui aura du plaisir à vous accueillir les deux,
06:33et on discute.
06:35Robert Ménard est depuis toujours un partisan de l'union des droites
06:38et il veut l'alliance la plus large possible
06:40entre l'extrême droite traditionnelle et la droite classique.
06:44Donc il aimerait que les deux puissent parler,
06:46que l'un se désiste au profit de l'autre.
06:48Mais la rencontre n'aura jamais lieu.
06:50Pour quelles raisons ?
06:51Se rencontrer supposerait que l'un est prêt finalement à abdiquer au profit de l'autre.
06:56Or, ni Éric Zemmour, ni Marine Le Pen n'est prêts à le faire.
06:59Ils se sont déjà vus en privé quelques temps auparavant au printemps.
07:03Éric Zemmour commence d'ailleurs son nouveau livre par cette séquence.
07:06Marine Le Pen est venue le voir pour essayer de le dissuader d'y aller.
07:12Elle lui a dit que la politique n'était pas faite pour lui,
07:15qu'il ne se rendait pas compte de la difficulté de la tâche.
07:17Elle-même, de façon un peu touchante, d'ailleurs d'après Éric Zemmour,
07:20a dit qu'elle y avait tout perdu, mais elle n'a pas du tout réussi à le convaincre.
07:24Il a continué à lui faire les reproches habituels sur son manque de compétences
07:28et sur l'impossibilité de gagner.
07:35Mes chers amis,
07:38Mes chers amis,
07:40nous sommes à un moment clé de notre histoire nationale.
07:43Le 12 septembre, Marine Le Pen fait sa rentrée politique à Fréjus, dans le Var.
07:48Pendant ce meeting qui doit lancer sa campagne présidentielle,
07:52elle cède temporairement les clés du Rassemblement national
07:55au numéro 2 du parti, Jordan Bardella.
07:57Conformément à nos statuts,
07:59et suivant la volonté de nos adhérents,
08:01qu'ils l'ont placé en tête des votes de notre élection interne,
08:05il revient à Jordan Bardella
08:07de prendre la direction du Rassemblement national.
08:11Marine Le Pen veut se présenter comme une candidate consensuelle.
08:16Elle sait que son parti politique, créé par son père, Jean-Marie Le Pen,
08:20a une image extrêmement mauvaise dans l'opinion publique.
08:22Elle l'a déjà rebaptisé Rassemblement national,
08:25mais ça n'a pas eu un effet incroyable dans l'opinion.
08:28Et elle pense qu'en quittant le parti,
08:31ça lui permettra d'afficher une image plus gaulliste,
08:33au-dessus des partis, au-delà des clivages partisans.
08:36C'est une stratégie qu'elle avait d'ailleurs déjà essayé de mettre en place en 2017,
08:40mais elle l'avait faite dans l'entre-deux-tours de la présidentielle,
08:43c'est-à-dire beaucoup trop tard.
08:44Et donc là, elle prend les devants et elle le fait dès le mois de septembre.
08:47Pendant ce meeting, elle détaille aussi les grandes lignes de son programme
08:50et fait ressortir plusieurs propositions.
08:52On pensait qu'elle allait sans doute parler immigration.
08:56Et pas du tout.
08:57Elle propose plusieurs mesures.
08:59A la fois la nationalisation des autoroutes.
09:02Ainsi, la nationalisation des autoroutes permettra de stopper l'inflation des prix des péages.
09:07Et la privatisation du service public.
09:09Parallèlement, je renforcerai la liberté d'information
09:12avec la privatisation de l'audiovisuel public.
09:15Ça lui permet, dit-elle, de marcher sur les deux jambes.
09:18Privatisation, nationalisation, d'avoir une jambe gauche, entre guillemets, une jambe droite.
09:21Ça lui permet aussi de dire qu'elle va s'attaquer à la question du pouvoir d'achat.
09:26Et ça lui permet de s'afficher déjà comme une candidate du pouvoir d'achat
09:29attachée au portefeuille des Français, au quotidien des Français.
09:31Contrairement à Éric Zemmour.
09:33Marine Le Pen commence dans la foulée sa campagne
09:35et elle veut sillonner la France loin des caméras.
09:38Elle veut s'afficher comme une candidate crédible
09:40qui s'intéresse à des questions techniques.
09:42Et donc l'idée, c'est de multiplier les déplacements en France
09:45sur des sujets extrêmement précis.
09:47Elle va par exemple au salon de la logistique.
09:49Elle va en Isère pour s'intéresser à la filière bois
09:52avec des journalistes locaux ou de la presse spécialisée.
09:56Elle ne veut pas s'afficher comme une candidate
09:58qui répond au tout venant de l'actualité.
10:00Mais cette stratégie, elle ne dure pas très longtemps.
10:02En réalité, elle ne dure même que quelques jours
10:04parce que pendant cela, Éric Zemmour lui a lancé son livre.
10:07Il multiplie les réunions publiques devant des dizaines et des dizaines de caméras.
10:11Les médias ne parlent que de lui.
10:13Les sondages prennent.
10:15La dynamique prend.
10:16Et Marine Le Pen disparaît complètement du paysage.
10:18Très vite, son équipe s'alerte et met fin tout de suite quasiment à cette stratégie.
10:23Éric Zemmour qui est à ce moment-là en pleine tournée médiatique
10:26pour la promotion d'un livre auto-édité.
10:28La France n'a pas dit son dernier mot.
10:30Le 24 septembre, comme on le disait au début de cet épisode,
10:33il est reçu par Victor Orban à Budapest.
10:36Je ne pense pas que Victor Orban soit un dirigeant autoritaire.
10:39Il dirige son pays et il ne se laisse pas intimider par ni les minorités agissantes,
10:46ni les médias, ni le gouvernement des juges.
10:48C'est exactement ce qu'il faudrait en France.
10:50Ça ne veut pas dire un gouvernement autoritaire.
10:52Alexandre Sulzer, il n'a pas fait le voyage tout seul.
10:54Il retrouve là-bas Marion Maréchal, qui est la nièce de Marine Le Pen.
10:59Et tout au long de leur séjour, ils vont s'afficher ensemble devant les journalistes
11:03pour montrer leur complicité.
11:05Éric Zemmour est quelqu'un que je connais bien et que j'apprécie, vous le savez.
11:09Enfin, je veux dire, ce n'est pas un secret pour personne.
11:11Je pense que c'est un homme qui est un homme intéressant pour le débat public.
11:15Pourquoi est-ce qu'ils affichent justement cette complicité ?
11:17Le sous-texte, c'est dire que Marion Maréchal, même si elle ne prend pas officiellement partie,
11:22a son cœur quand même qui balance davantage pour Éric Zemmour.
11:25Les deux ont une sensibilité à la fois libérale et conservatrice,
11:29ce que n'a pas du tout Marine Le Pen.
11:30Par ailleurs, les deux ont des relations conflictuelles avec la présidente du Rassemblement national.
11:38L'immigration s'invite dans le débat présidentiel qui s'ouvre.
11:42Le mardi 28 septembre, Marine Le Pen avance des propositions concernant l'immigration.
11:47Et elle fait ça plus tôt que prévu.
11:49Sur le fond, rien de nouveau, c'est une reprise de ce qu'elle avait déjà dit.
11:52La France restera-t-elle la France ?
11:54Ou sera-t-elle emportée dans le torrent non maîtrisé de gigantesques flux migratoires ?
12:00Mais elle voit bien qu'elle ne veut pas se faire déborder sur ce terrain-là par Éric Zemmour.
12:05Elle ne cite jamais Éric Zemmour, mais les références en réalité sont multiples.
12:09Cette question doit être abordée avec sérieux et exige autre chose que des constats de tribune.
12:17Dans le même temps, j'appelle les Français à se méfier des faux prophètes.
12:21Elle rappelle que sur le sujet, elle n'a rien à apprendre,
12:24que le parti s'est emparé de ce sujet depuis de très nombreuses années.
12:28En clair, elle dit préférer l'original à la copie.
12:31Quelques jours plus tard, Alexandre Sulzer vous interrogez
12:34l'ancien président du Front National et père de la candidate, Jean-Marie Le Pen.
12:39Et il se montre élogieux envers Éric Zemmour.
12:41Oui, il connaît Éric Zemmour depuis très longtemps.
12:44Même lorsqu'il était journaliste encore,
12:46Éric Zemmour et Jean-Marie Le Pen se voyaient très régulièrement.
12:49Il se reconnaît davantage dans la vision d'Éric Zemmour
12:52que dans le programme de sa propre fille.
12:54Et sans dire clairement qu'il favorise Éric Zemmour,
12:59il dit qu'il soutiendra celui qui est le mieux placé pour gagner à la présidentielle.
13:04Ça veut dire qu'il ne prend pas entièrement parti pour sa fille.
13:07Comment est-ce qu'elle réagit à ça ?
13:09Elle balaye ça d'un revers de main.
13:11Dès que de toute façon son père prend position dans le débat public,
13:14elle rappelle que c'est son père.
13:15Et que donc, eu égard à leurs différents politiques,
13:19il s'agit toujours d'une forme de contention entre eux
13:22et que ça n'a pas donc beaucoup de valeur.
13:25Le lundi 4 octobre, le nouveau président du Rassemblement National,
13:28Jordan Bardella, est interrogé à propos d'Éric Zemmour.
13:32Encore un mot sur Éric Zemmour.
13:33Vous savez que la politique est affaire de dynamique.
13:34Il y a une dynamique en sa faveur qu'il porte dans les sondages.
13:37Est-ce que vous ne craignez pas qu'il siphonne les votes du Rassemblement National
13:40et qu'il arrive à devancer Marine Le Pen dans les sondages ?
13:43Non, écoutez, pour l'instant, la campagne électorale n'a pas véritablement démarré.
13:47Je crois que ce second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron aura lieu
13:50pour la simple et bonne raison qu'elle est, elle, en capacité de battre Emmanuel Macron,
13:54ce qui n'est pas le cas d'Éric Zemmour.
13:56Et le même jour, un bureau politique est organisé dans les locaux du RN.
14:00Un seul sujet lors de cette réunion, Éric Zemmour.
14:03Il a été décidé dans un premier temps de lui taper dessus.
14:06Le problème, c'est que les électeurs de Marine Le Pen adorent Éric Zemmour.
14:10Ils le lisent, ils l'écoutent sur ses news.
14:11Et donc, c'est très compliqué pour eux de lui taper dessus,
14:14surtout avec des angles d'attaque qui leur donnent presque l'apparence de la gauche,
14:18puisqu'ils diabolisent Éric Zemmour,
14:20alors qu'eux-mêmes se disent victimes de diabolisation depuis des années.
14:23Il y a des désaccords profonds sur l'angle d'attaque
14:26et les revirements sont incessants dans la stratégie de campagne.
14:29Et donc, qu'est-ce qu'il décide à ce moment-là ?
14:30Il décide de faire une pause et d'arrêter de taper sur Éric Zemmour,
14:34mais on voit bien que cette stratégie ne tient pas non plus très longtemps
14:37parce que l'énervement est tel dans l'équipe
14:39et la fébrilité est telle dans l'équipe de Marine Le Pen
14:41que l'envie d'en découdre est des fois plus forte.
14:48Le 6 octobre, un sondage mené par l'Institut Harris Interactive
14:52pour le magazine Challenge.
14:53place Éric Zemmour pour la première fois devant Marine Le Pen
14:57dans les intentions de vote.
14:58Oui, Éric Zemmour est donné entre 16 et 17%,
15:01Marine Le Pen entre 15 et 16%
15:03et c'est un peu historique dans le sens où ça fait des mois,
15:06des mois, des mois que tous les sondages
15:08donnent la même affiche de second tour,
15:10à savoir Emmanuel Macron contre Marine Le Pen.
15:13Et donc là, ça vient chambouler complètement la perspective.
15:17Toute la stratégie de Marine Le Pen
15:19qui était fondée sur une stratégie de second tour
15:21tombe à l'eau, cassant d'emblée la dynamique pour la présidentielle.
15:24Marine Le Pen réagit le soir même dans une vidéo publiée sur Facebook.
15:28Que dit-elle ?
15:29Elle surjoue la sérénité, elle dit que tout cela n'a pas beaucoup d'importance,
15:33qu'elle n'est pas du tout inquiète.
15:34Je ne suis pas chamboulée, je suis calme,
15:36mais c'est aussi parce que j'ai beaucoup d'expérience.
15:38Vraiment, c'est très surjoué.
15:39Et elle en profite aussi pour faire quelques annonces.
15:42Alors moi, je propose une chose,
15:43c'est que sur le gaz, l'électricité et l'essence,
15:46la TVA qui aujourd'hui est à 20% passe à 5,5%.
15:51Précisément parce que je considère que ce sont des biens de première nécessité.
15:54Et entre la TVA 5,5 sur le gaz, sur l'électricité et sur l'essence,
15:59c'est 350 euros par an qui va être restitué aux Français.
16:04C'est évidemment une façon de se montrer proche de la préoccupation des Français,
16:10là où Éric Zemmour est beaucoup plus cantonné aux questions d'immigration
16:14et aux grandes idées liées à l'histoire de France.
16:18Avec ces annonces, elle vise quelle partie de son électorat ?
16:20Clairement, l'idée, c'est de viser l'électorat populaire
16:23ou les classes moyennes inférieures,
16:24pour qui, en tout cas, faire un plein n'est pas anodin.
16:27C'est aussi une façon de remobiliser son propre électorat
16:31issu des classes populaires.
16:32Un électorat très souvent tenté par l'abstention,
16:35on l'a encore vu lors des dernières régionales,
16:36et ça peut être catastrophique pour elle
16:39si elle ne le mobilise pas pour la présidentielle.
16:41C'est Marine Le Pen qui vient d'arriver auprès des adhérents RN.
16:46Le 15 octobre, Marine Le Pen se rend dans le Vaucluse
16:49avec plusieurs journalistes,
16:50et là-bas, il l'interroge longuement sur la montée d'Éric Zemmour dans les sondages.
16:55Évidemment, Marine Le Pen décale faire un déplacement.
16:56Maintenant, elle n'a interrogé que là-dessus.
16:58Elle a du mal à parler d'autre chose.
17:00Et elle rappelle encore une fois
17:01qu'Éric Zemmour s'occupe davantage des idées
17:04que des fins de mois,
17:05et qu'elle, c'est l'inverse.
17:07D'ailleurs, elle choisit ses déplacements pas par hasard
17:09puisqu'elle a visité une association d'ado-pauvres
17:13pour rappeler que c'est ça, sa préoccupation.
17:15À quelques kilomètres de là, Alexandre Sulzer, vous, vous suivez Éric Zemmour.
17:19Il est en déplacement dans le Gard.
17:21Le polémiste y retrouve l'eurodéputé RN Gilbert Collard.
17:25Éric Zemmour se rend anime pour une réunion publique de promotion de son livre.
17:30Et avant cette réunion publique,
17:32il reçoit Gilbert Collard à huis clos.
17:35Il ressort devant la caméra, bras dessous, bras dessous.
17:38Ils affichent une complicité.
17:40Je suis ici en tant qu'ami d'Éric Zemmour
17:43pour écouter un conférencier
17:45et en toute loyauté et fidélité à Marine Le Pen.
17:49Personne n'éduque.
17:52Le lendemain, le samedi 16 octobre,
17:55Éric Zemmour se rend à Béziers
17:56pour une rencontre avec le maire, Robert Ménard.
17:59Je suis heureux de te recevoir, Éric.
18:00Devant le public venu y assister,
18:02Robert Ménard lui demande une nouvelle fois
18:05de se rallier à Marine Le Pen.
18:06Il lui demande un engagement.
18:08Il aimerait qu'en février, Marine Le Pen et Éric Zemmour
18:11se mettent d'accord.
18:11Je demanderai, je souhaiterai, j'implorerai,
18:16vous deux, toi et Marine,
18:19de se retrouver en février prochain
18:22et que celui qui sera à ce moment-là derrière l'autre
18:28accepte de se retirer.
18:30Il lui demande cela devant le public
18:32en espérant qu'Éric Zemmour répondra positivement à sa demande.
18:35Et que répond Éric Zemmour ?
18:36Il lui répond par la négative.
18:38Pour l'instant, nous ne sommes pas encore en février,
18:41nous sommes en octobre
18:43et j'ai un peu de mal à me retirer
18:46alors que je ne me suis pas encore présenté.
18:48Il n'a pas du tout l'intention de prendre cet engagement.
18:51Et ensuite, une fois que le meeting sera passé,
18:54devant les journalistes,
18:55il en profite pour remettre une couche sur Marine Le Pen
18:58en disant à nouveau qu'elle n'est pas à la hauteur,
19:01qu'elle méprise même les Français.
19:03Donc l'heure n'est pas du tout à enterrer l'âge de guerre.
19:09Le 21 octobre, l'hebdomadaire Valeurs actuelles proche d'Éric Zemmour
19:14publie une longue interview avec Marine Le Pen.
19:17La présidente du RN tient à marquer ses différences avec le polémiste.
19:21Le lectorat de Valeurs actuelles correspond à l'électorat potentiel d'Éric Zemmour.
19:25Donc elle va s'adresser à eux
19:26et elle marque une nouvelle fois ses différences
19:30en reprenant ce qu'elle a déjà dit par ailleurs,
19:32que sa radicalité l'empêchera de toute façon de gagner la présidentielle.
19:37Elle lui reproche également sa brutalité à l'égard des femmes.
19:40Alexandre Sulzer, est-ce que Marine Le Pen paye sa stratégie de dédiabolisation
19:45qu'elle avait amorcée il y a plus de dix ans ?
19:48Depuis qu'elle a pris les rênes du Front National à l'époque, en 2011,
19:51ça a été sa marque de fabrique, la dédiabolisation.
19:54Objectivement, ça lui a permis de sortir quand même le parti de l'ornière.
19:58C'était un parti qui était quand même certes influent,
20:00mais qui était cantonné quand même à des résultats assez limités.
20:04Elle a réussi à en faire une machine de guerre politique,
20:06à être au centre du jeu, à installer un face-à-face avec Emmanuel Macron.
20:11La limite, c'est que ce côté plus consensuel
20:14a donné l'opportunité à Éric Zemmour de la doubler par la droite
20:18et de remobiliser une partie de ses troupes sur les sujets essentiels.
20:22Donc elle est prise à son propre piège, effectivement,
20:25mais en même temps, c'était incontournable pour elle que d'en passer par là.
20:42Merci à Alexandre Sulzer.
20:44Code Source est le podcast d'actualité du Parisien.
20:47Il est disponible sur toutes les plateformes audio.
20:49Cet épisode a été produit par Raphaël Pfeillot,
20:51Clara Garnier-Amourou et Sarah Amny.
20:54Réalisation, Julien Moncouquiole.
20:56Si vous aimez Code Source, n'oubliez pas de vous abonner,
20:59de nous laisser des petites étoiles
21:00ou un commentaire sur votre application préférée.
21:02Vous pouvez aussi nous écrire codesource.fr
21:05at leparisien.fr
21:07Sous-titrage Société Radio-Canada