- il y a 12 heures
- #immobilier
- #crise
- #manifestation
Le 8 décembre 2023, des manifestants se sont réunis à Andorre pour protester contre l’augmentation des prix de l’immobilier. Une des conséquences de l’attractivité grandissante de la principauté, où de plus en plus de riches étrangers s’installent.
Pour Code source, Bérangère Lepetit, journaliste au service société du Parisien, raconte son reportage en Andorre. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
#immobilier #crise #manifestation
Pour Code source, Bérangère Lepetit, journaliste au service société du Parisien, raconte son reportage en Andorre. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
#immobilier #crise #manifestation
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 9 décembre, le Parisien a publié un reportage sur la principauté d'Andorre.
00:16Ce petit état de 80 000 habitants situé dans les Pyrénées est victime de son succès.
00:21Il attire de plus en plus d'étrangers comme des anciens sportifs, des entrepreneurs, des retraités ou encore des influenceurs.
00:28Résultat, les prix de l'immobilier ont grimpé en quelques années, à tel point que des habitants d'Andorre ont
00:34manifesté dans la rue à plusieurs reprises ces derniers mois.
00:37Événement rarissime en Andorre.
00:40La reporter du Parisien qui s'est rendu sur place est dans Codesources aujourd'hui, Bérangère Lepetit du service Société.
00:51Bérangère Lepetit, le samedi 25 novembre, vous êtes en reportage sur une route des Pyrénées.
00:56Vous roulez vers la principauté d'Andorre. Racontez-nous ce que vous voyez.
01:00Donc en venant de Paris, moi je suis passée par Toulouse pour arriver à Andorre.
01:05Donc au début on traverse la Riège, c'est un paysage de campagne assez plat.
01:09Et puis ensuite on commence à monter dans les Pyrénées.
01:12Ce qu'il faut comprendre c'est que c'est un petit état, un micro-état,
01:17qui est vraiment coincé dans les Pyrénées entre la France et l'Espagne, Andorre.
01:22Et donc passé le poste frontière, les routes s'élargissent.
01:25Et moi ce qui m'a surpris en cette fin novembre, c'est qu'il y avait déjà de la
01:28neige.
01:30Andorre, la vieille, c'est la capitale européenne la plus haute en altitude.
01:33C'est à plus de 1000 mètres d'altitude.
01:35Et d'un coup derrière moi j'entends un brombissement.
01:40Je comprends que je suis en train d'être doublée par une voiture rouge de luxe.
01:44En l'occurrence c'était une Ferrari.
01:45Et je me suis dit, ça y est, je suis bien arrivée.
01:49Alors vous allez nous raconter votre reportage en Andorre dans ce podcast.
01:52Mais avant, vous allez nous expliquer pourquoi vous vous rendez sur place.
01:56Un mot d'abord, quelle est l'histoire de ce petit pays situé dans les Pyrénées entre la France et
02:01l'Espagne ?
02:02C'est le roi Charlemagne qui a reconnu le premier la souveraineté du peuple d'Andorre.
02:07Il a fondé ce tout petit état en l'an 800.
02:11Il faut remercier les habitants d'avoir combattu les Sarrazins à l'époque.
02:14Donc Andorre gardera son indépendance.
02:17Donc c'est une coprincipauté.
02:20C'est vraiment sa particularité.
02:21Donc il y a deux princes à Andorre.
02:24L'un c'est le chef de l'état français.
02:25Et l'autre c'est un archevêque espagnol.
02:28C'est un micro-état qui ne fait pas partie de la zone euro,
02:32qui ne fait pas partie de l'Union Européenne.
02:34Mais depuis 1993 qui fait partie de l'ONU.
02:37La langue officielle c'est le catalan.
02:39Il y a environ 80 000 habitants.
02:41Donc on ne parle pas à Andorre de villes, de villages, de hameaux.
02:45On parle de paroisses.
02:46La principauté d'Andorre compte environ 80 000 habitants.
02:49Elle attire depuis longtemps des sportifs notamment.
02:52Oui.
02:52On parle de beaucoup de cyclistes, des coureurs automobiles,
02:57des pilotes de moto, d'anciens champions de ski qui sont installés à Andorre,
03:01comme Luc Alphand.
03:03Il y a aussi le coureur cycliste Julien Alaphilippe.
03:06Donc pourquoi en fait ils s'installent à Andorre, tous ces sportifs ?
03:08En fait ils ont des conditions dérogatoires pour obtenir le statut de résident fiscal.
03:14Concrètement ils payent moins d'impôts.
03:16Ce qui les attire à Andorre c'est aussi la montagne.
03:20Le fait de pouvoir pratiquer leur sport dans un environnement assez privilégié,
03:26au milieu des montagnes, avec des dénivelés importants,
03:29dans un cadre, il faut le dire, assez exceptionnel.
03:32Fiscalement c'est vraiment intéressant ?
03:35Avant Andorre était considéré comme un paradis fiscal.
03:38Ce n'est plus le cas.
03:39Mais depuis 2010 il y a eu l'apparition de différents impôts.
03:43Il y a eu en 2011 un impôt sur les activités économiques.
03:46Puis en 2013 la création de la TVA, qui est plafonnée à 4,5% en Andorre.
03:52Ce qui est assez faible par rapport à la TVA en France qui est de 20%.
03:57Puis Andorre a vu apparaître en 2015 l'impôt sur le revenu, qui est plafonné à 10%,
04:05sachant qu'en France ça peut monter jusqu'à 45%.
04:08A partir du milieu des années 2010, Andorre commence à attirer des youtubeurs espagnols,
04:13des gens qui gagnent leur vie en diffusant du contenu, des vidéos sur YouTube.
04:18Dès 2015-2016, il y a un certain nombre d'influenceurs espagnols qui arrivent en Andorre.
04:23Ils sont attirés par ces faibles impôts dont on vient de parler.
04:28Il y a le vidéaste qui s'appelle El Rubius, qui est suivi par plus de 40 millions d'abonnés.
04:33Il y a aussi Vegeta777 ou The Grefk.
04:38C'est des vidéastes, des joueurs en ligne qui sont de vrais stars en Espagne.
04:43Alors pourquoi ils viennent s'installer en Andorre ?
04:45Quand on leur pose la question, ce qu'ils disent en premier, c'est pour le cadre de vie privilégié.
04:49Ils le reconnaissent aussi très rapidement.
04:51C'est aussi pour la situation fiscale avantageuse, donc les faibles taxes,
04:55qui leur permet concrètement de payer moins d'impôts.
04:59Pour bénéficier du statut de résident fiscal en Andorre,
05:04il faut prouver qu'on habite au moins 3 mois dans l'année dans le pays,
05:10donc 90 jours, mais le reste du temps, on peut aussi habiter ailleurs.
05:14À partir de la crise du Covid pendant l'hiver 2019-2020,
05:18beaucoup d'autres influenceurs imitent ces Youtubers, les années qui suivent, et aussi des Français.
05:22C'est ça, donc il y a beaucoup d'influenceurs, mais il n'y a pas que des influenceurs.
05:26Il y a plus généralement des entrepreneurs du web,
05:29des gens qui bossent sur Internet, qui s'installent en Andorre.
05:32Il y a aussi des personnes qui se disent coach en ligne.
05:35Il y a des traders, des retraités ou des personnes en fin de carrière.
05:40Parce que ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il y a moins de droits de succession aussi en
05:44Andorre.
05:44Donc il y a aussi des personnes qui, à l'approche par exemple de la soixantaine,
05:49s'installent là-bas pour ensuite que leurs descendants aient moins de droits de succession à payer.
05:54Résultat, Bérangère Lepetit, le secteur de l'immobilier a explosé.
05:57Il y a eu beaucoup de construction.
05:59Voilà, donc en fait, quand on se balade à Andorre-la-Vieille ou Ouest-Caldès,
06:03dans la vallée à Andorre, on le voit très bien, on le remarque,
06:06parce qu'il y a pas mal de grues déjà.
06:08Il y a des chantiers un peu partout, des centres commerciaux.
06:12Il y a des tours qui sont apparues aussi récemment dans le centre-ville.
06:15Ça, c'est nouveau en Andorre.
06:17Et puis voilà, on l'entend, c'est une vraie ruche, ça pétarate de tous les côtés.
06:22Il y a une véritable mue qui se produit au niveau de l'urbanisme dans le centre-ville.
06:26Mais toutes ces constructions n'ont pas suffi à satisfaire la forte demande.
06:30Résultat, les prix de l'immobilier ont beaucoup grimpé.
06:33Selon les chiffres, les études, en gros, c'est de 30 à 40 % ces cinq dernières années,
06:39depuis 2018.
06:41Ce qui fait qu'aujourd'hui, en gros, pour louer un studio à Andorre-la-Vieille ou Ouest-Caldès,
06:46il faut compter environ 1 000 euros.
06:48Donc c'est des prix qui rejoignent finalement les prix qu'on peut connaître à Paris
06:52ou dans certaines grandes capitales européennes.
06:55Sauf que les habitants d'Andorre, ils n'étaient pas habitués à des prix comme ça.
06:59Et ce qu'ils disent, c'est qu'ils habitent quand même un peu au bout du monde.
07:02À Andorre, il n'y a pas de gare, il n'y a pas d'aéroport.
07:04C'est quand même au milieu des montagnes.
07:06Et ils se retrouvent à devoir payer des loyers assez astronomiques.
07:12Le mardi 31 octobre, des habitants de la principauté Mécontent ont manifesté dans la rue.
07:17En fait, c'est un collectif d'habitants à la base, un collectif citoyen,
07:21qui a appelé à la manifestation, qui s'appelle Andorra Alimit.
07:25Si on traduit du catalan, c'est Andorre est au bout du rouleau.
07:29Et ces habitants, finalement, ce sont un peu les salariés d'Andorre,
07:33qui travaillent à la fois dans les restaurants, dans les cafés,
07:37qui sont payés un petit peu au-dessus du SMIC,
07:39et qui disent, voilà, nous, on n'a plus les moyens de se loger à Andorre.
07:44Les manifestations sont assez rares.
07:46Quand elles sont organisées, elles vont attirer 40, 50 personnes maximum.
07:51Là, 1000 personnes dans la rue, c'est rare et ça marque les esprits.
07:58Bérangère Lepetit, c'est suite à cette manifestation que vous êtes envoyée sur place
08:02pour faire un reportage pour le Parisien.
08:04Alors, c'est comment ? À quoi ressemble Andorre ?
08:06Ça ressemble un peu, finalement, à une station de ski un peu chic,
08:10avec des grandes artères pavées.
08:13C'est très, très commerçant.
08:15Pourquoi ? Parce qu'il y a beaucoup de gens qui viennent aussi sur place,
08:18exprès, pour acheter des cigarettes, du parfum,
08:21qui sont moins taxés qu'ailleurs.
08:23Donc, il y a des séries de parfumeries, il y a beaucoup de parfumeries,
08:26de cavistes, des commerçants qui vont vendre du whisky, par exemple.
08:31Pas mal de boutiques de vêtements également.
08:33Donc, voilà, c'est très commerçant, c'est très animé.
08:36Là, à cette période-là de l'année, il y avait aussi pas mal de décorations de Noël.
08:40Et puis, il y a pas mal de bons restaurants, en fait.
08:42On mange plutôt bien à Andorre.
08:44Pendant votre reportage, vous ouvrez la porte d'une agence immobilière
08:47et en effet, il y a beaucoup de monde.
08:49Oui. Donc, je suis allée dans une agence un lundi matin.
08:53Et puis, il y avait pas mal de monde.
08:55La porte n'arrêtait pas de s'ouvrir.
08:56Il y avait une espèce de salle d'attente avec des couples qui se serraient un peu sur les canapés.
09:01Donc, c'était des couples plutôt autour de 50 ans, là, ce matin-là.
09:04J'ai discuté avec un des salariés de l'agence immobilière qui a accepté de me parler.
09:10Il m'a dit, maintenant, on a vraiment des gens de Rome, de Genève, de Paris.
09:14Ça n'arrête pas.
09:15Il m'a dit, ici, c'est une vraie épicerie.
09:17Ils adorent ça, ce cadre privilégié.
09:21Voilà, ils se sentent un peu protégés.
09:23Voilà, c'est la sécurité aussi qui va les attirer à Andorre.
09:27Après, pour finir notre conversation, il m'a dit, voilà, moi, après, je m'en fiche que les gens roulent
09:31en Ferrari.
09:32Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'origine des fonds.
09:35Tant que c'est légal, tout va bien.
09:37Vous échangez avec un couple qui a quitté la Belgique et Bruxelles pour déménager en Andorre en 2019, Claude et
09:43Manon.
09:43Qu'est-ce qu'il vous raconte ?
09:45Il me raconte qu'ils sont vraiment ravis de leur nouvelle vie.
09:48Ils n'ont vraiment aucun regret.
09:49Ils ont quitté Bruxelles pour venir s'installer ici.
09:55Claude, lui, il a un enfant.
09:56En fait, Manon, c'est sa seconde compagne.
09:59Il a un enfant de 8 ans.
10:01Il me dit, moi, ce que j'adore en Andorre, c'est le fait de pouvoir laisser mon fils, comme
10:05ça, jouer au square.
10:06Je suis sûre qu'il ne se passera rien.
10:08Il me dit, voilà, si jamais on oublie son téléphone sur un banc, on peut revenir trois heures plus tard,
10:14le téléphone sera toujours là.
10:15Il me dit qu'il en avait marre de la Belgique, qu'il trouvait que Bruxelles, c'était une ville
10:19sale, avec un système de soins qui se dégradait.
10:21Et à Andorre, voilà, c'est tout le contraire.
10:25Il est vraiment conquis.
10:26Sa compagne, qui est un peu plus jeune, me dit même qu'elle a l'impression de vivre dans le
10:30pays des bisounours,
10:32que c'est aussi une ville qui est assez dynamique, où on peut sortir le soir, qui a une vie
10:37nocturne agréable.
10:38Donc, ils sont vraiment très contents tous les deux.
10:40Ils se défendent d'être venus pour payer moins d'impôts.
10:43Ce qu'ils disent, c'est que ça fait partie de leur motivation pour venir en Andorre, clairement,
10:48mais que ce n'est pas leur principale motivation.
10:51Je me rappelle, il m'a dit, j'aurais très bien pu aller m'installer à Malte, en Tunisie, dans
10:57d'autres pays,
10:58où il y a des conditions fiscales avantageuses, mais j'ai choisi Andorre, et ce n'est pas pour rien.
11:02Et donc, quels sont les inconvénients de vivre en Andorre ?
11:05Ce n'est pas si facile d'accès, c'est au milieu des montagnes.
11:08Il fait souvent beau, mais il fait aussi très frais, voire froid en hiver.
11:13Et puis, ce qu'on peut dire aussi, c'est que d'un point de vue politique, c'est un
11:19pays qui est assez conservateur.
11:20Par exemple, l'IVG, l'interruption volontaire de grossesse, est restée illégale.
11:27Et donc, une femme ne peut pas se faire avorter, même en cas de viol.
11:30Bérangère Lepetit, vous rencontrez aussi une femme, Virginie Ergel, qui a créé une société de conseils pour celles et ceux
11:36qui cherchent à venir s'implanter en Andorre.
11:39Des chefs d'entreprise, des coachs en ligne, des retraités, des artistes ou encore des influenceurs.
11:44Et certains de ces influenceurs en avaient marre de vivre à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis.
11:49Oui, en fait, ils en ont un peu marre de Dubaï.
11:52Ce n'est pas la même culture, c'est loin, ce n'est pas la même religion, ce n'est
11:56pas le même climat.
11:57Il fait chaud, ils vieillissent aussi, certains ont des enfants.
12:01S'installer en Andorre, c'est la garantie d'être à 3 ou 5 heures de sa famille en France.
12:06Et pour eux, c'est important.
12:09On revient sur la conséquence de cette forte attractivité d'Andorre, l'explosion des prix de l'immobilier.
12:14Vous recueillez le témoignage de Lina, âgée de 48 ans, qui se décrit comme faisant partie de la classe moyenne
12:20d'Andorre.
12:21C'est la première personne que je rencontre en arrivant sur place.
12:25C'est une femme qui habite là depuis les années 90, qui était technicienne en pharmacie.
12:31Elle me dit d'emblée, moi je gagne 1900 euros par mois, mais malgré tout, j'ai bientôt 50 ans
12:38et je vis toujours en colocation.
12:41Elle m'explique qu'elle habite en colocation avec un autre salarié qui a à peu près son âge.
12:46Et elle me dit, moi en plus l'appartement où j'habite, il est vieillissant, j'entends toutes les conversations
12:50de ma voisine.
12:52L'hiver, je suis obligée de mettre des clous aux fenêtres pour que les fenêtres ne s'ouvrent pas quand
12:57il y a des bourrasques devant.
12:59On sent qu'elle est un peu désabusée, Lina, et elle sent qu'elle a de moins en moins de
13:04moyens et que ses marges de manœuvres sont assez limitées.
13:08Et Lina, elle s'est déplacée dans la rue, elle a fait partie des manifestants du mois d'octobre.
13:17Vous échangez longuement avec une autre habitante de longue date, une femme de 58 ans, naturopathe, qui elle, s'est
13:24installée ici en 1988.
13:26Oui, elle s'appelle donc Laurence, on va parler longuement ensemble.
13:30Elle, elle s'est installée en Andorre toute jeune, elle était tombée amoureuse en espagnol et puis elle a décidé
13:37de rester.
13:37Et en fait, elle observe la mue d'Andorre un peu dépité, en fait.
13:42Elle me dit, voilà, les gens d'Andorre, alors il y avait une certaine richesse, mais c'était une richesse
13:49qui était non ostentatoire.
13:50En fait, il n'y avait pas le bling bling, toutes ces tours, toutes ces voitures de luxe, là, les
13:55Ferrari.
13:56Ici, voilà, c'était des habitants de la montagne, on roulait en 4x4, c'était pratique, c'était moins chic,
14:01mais c'était pratique.
14:03Et puis, elle me dit aussi, voilà, moi, je me suis considérée comme une immigrée.
14:07Moi, je n'avais pas peur de ce mot-là, de me dire immigrée en Andorre.
14:10Aujourd'hui, les nouveaux habitants, ils se disent expatriés, ça fait plus chic.
14:15Et on sent qu'elle est un peu agacée, Laurence.
14:18On le disait, le 31 octobre, un millier d'habitants d'Andorre ont manifesté dans la rue.
14:22Comment le gouvernement a réagi face à cet enjeu et face à cette manifestation ?
14:27La réponse a été rapide.
14:28Le chef du gouvernement a instauré tout un tas de mesures pour tenter de résoudre le problème.
14:34Il a décidé d'instaurer un moratoire sur les investissements étrangers
14:38pour qu'il y ait moins d'étrangers qui arrivent pour acheter dans les tours, par exemple,
14:44qui se construisent dans le centre-ville.
14:45Et il a décidé aussi de mettre en place une taxe sur les achats de biens immobiliers.
14:50Ce qu'il a annoncé, c'est que l'argent tiré de cette taxe
14:54allait servir à construire des nouveaux logements à des tarifs abordables.
14:58Voilà, pour loger, en fait, les salariés, la fameuse classe moyenne d'Andorre
15:02qui touche entre 1 500 et 2 500 euros et qui a du mal à se loger.
15:06Andorre veut aussi durcir les conditions d'accès à la principauté.
15:10En Andorre, la langue officielle, c'est le catalan.
15:13Or, tous ces nouveaux habitants, il y en a très peu qui parlent vraiment le catalan.
15:17Et donc, le chef du gouvernement annonce qu'il va demander à ses habitants
15:23une formation de 30 heures en catalan pour obtenir le titre de résident.
15:29Bérangère Lepetit, dans votre reportage en Andorre, paru dans Le Parisien le 9 décembre,
15:33vous faites aussi parler un opposant, un candidat socialiste aux prochaines élections municipales locales
15:39et il dénonce ce qu'il appelle la schizophrénie d'Andorre.
15:42Pourquoi est-ce qu'il dit ça ?
15:43Oui, donc il s'agit de Jean-Michel Armengol.
15:46C'est un opposant politique, mais c'est aussi lui qui siège.
15:49Il est secrétaire général de la commission andorrane pour l'UNESCO,
15:53donc l'organisation de l'ONU pour la culture.
15:56C'est important parce que lui, ce qui l'intéresse aussi, c'est le patrimoine.
16:01Il me parle beaucoup des églises romanes, des constructions anciennes, historiques, de ce micro-état.
16:07Et il me dit, voilà, en fait, on est dans un état complètement schizophrénique.
16:12Pourquoi ? Parce qu'on n'arrête pas de vanter partout dans le monde notre qualité de vie,
16:18nos beaux espaces.
16:19Et finalement, on se met à construire des routes à 100 mètres d'une église romane.
16:24On dit, ce patrimoine-là, finalement, on ne le respecte pas.
16:27Après votre retour à Paris, le vendredi 8 décembre,
16:30il y a eu une nouvelle manifestation en Andorre,
16:332000 manifestants selon la police, 3000 d'après les organisateurs.
16:37C'est un record absolu pour ce micro-état.
16:40C'est un record absolu, c'est trois fois plus que lors de la manifestation de fin octobre.
16:45Et puis surtout, c'est étonnant parce que le collectif citoyen Andorra,
16:49limite qu'appelait à la manifestation, qui était à l'origine en tout cas de la protestation d'octobre,
16:56n'avait pas appelé cette fois-ci à la mobilisation.
17:00Et du coup, en fait, ils se sont fait finalement dépasser par leur base.
17:03Ça prouve que la colère n'est pas retombée, en fait.
17:05Bérangère Lepetit, quand on lit votre reportage dans Le Parisien,
17:08on sent une forme de fatalisme sur place.
17:11Oui, et c'est un fatalisme qui revient beaucoup.
17:13Je pense notamment à Lina, que j'ai rencontrée.
17:17Elle, en fait, elle me dit qu'elle se sent vulnérable.
17:19Elle me dit, voilà, moi, j'ai bientôt 50 ans.
17:22À la base, j'adore ma vie sur place.
17:24J'aurais envie de rester pour ma retraite.
17:27Mais elle a du mal à se projeter, en fait.
17:29Parce qu'avec ces prix-là, elle n'est déjà pas très bien logée.
17:33Elle sent que ça va s'aggraver,
17:34car elle risque d'être peut-être même expulsée de son logement.
17:37Et Lina, elle a peur de ne pas pouvoir rester, vivre sur place.
17:41Et ça lui fait beaucoup de peine.
17:43Elle porte un regard un peu amer, aussi,
17:46sur ce qui est en train de se passer sur place.
17:47Elle me dit, finalement, avec l'arrivée du bling-bling,
17:51c'est ce qu'elle me dit,
17:52le fossé se creuse entre le monde des gens qui travaillent
17:55et le monde où tout brille, tout est clinquant.
18:05Merci à Bérangère Lepetit.
18:07Codesource est le podcast d'actualité du Parisien.
18:09Cet épisode a été produit par Barbara Gouy,
18:12Thibault Lambert et Raphaël Pueyo.
18:14Réalisation, Julien Moncouquiol.
18:16Si vous aimez Codesource, parlez-en autour de vous,
18:18laissez-nous un commentaire ou des étoiles
18:20sur votre plateforme d'écoute préférée.
18:22Vous pouvez nous écrire à cette adresse,
18:24codesource at leparisien.fr.
18:27Codesource, c'est un nouveau sujet d'actualité
18:29chaque soir, du lundi au vendredi.
18:31Et le samedi, ne ratez pas Crime Story,
18:33le podcast de Faits Divers du Parisien.
Commentaires