- il y a 12 heures
À quelques jours des deux dernières dates de son spectacle « Anesthésie générale » à l’Accor Arena de Bercy, les 9 et 10 mars, Jérémy Ferrari a accepté de revenir sur son parcours dans Code source, dans un podcast en deux épisodes. Première partie.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network -
Archives : INA.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network -
Archives : INA.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Aux côtés de Florence Foresti ou Jean-Marie Bigard, il va bientôt faire partie du cercle
00:16très fermé des humoristes ayant rempli Bercy, l'accord arena. Connu pour son humour noir et
00:23décapant, son spectacle Anesthésie Générale qu'il va jouer pour la dernière fois les 9 et 10 mars,
00:28fustige la mise à mal du système de santé français pour des raisons de rentabilité financière.
00:34Jérémy Ferrari est l'invité de Codesources, interview menée avec Grégory Plouvier,
00:39spécialiste humor au sein du service culture du Parisien. Ce podcast est en deux parties,
00:44la première aujourd'hui. Jérémy Ferrari nous raconte son enfance à Charleville-Mézières
00:49dans les Ardennes et ses débuts difficiles à Paris.
00:59Jérémy Ferrari ! Donc vous l'avez compris, ce spectacle n'est pas un spectacle de dénonciation,
01:03c'est un spectacle de vengeance personnelle. Mes journées c'est essentiellement de la frustration,
01:08regardez mes journées, je vous l'ai fait, regardez, hop, j'ai créé une vanne, je me dis,
01:11ah ben non je la raye, celle-là ils vont pas la comprendre.
01:13Jérémy Ferrari, les 9 et 10 mars, vous serez sur scène à Bercy, l'accord arena, pour les
01:18toutes dernières dates de votre spectacle, Anesthésie Générale. Et le dimanche 10 mars,
01:22ce sera diffusé en direct dans de nombreux cinémas en France. Pourquoi ça vous tenait
01:26à cœur de faire ça ? Donc à la fois Bercy et le fait d'être retransmis dans des
01:30salles de cinéma en France.
01:31Alors Bercy, il y a plein de raisons différentes, il y a un petit challenge personnel parce
01:35que c'est vrai qu'on a toujours envie d'aller dans des salles un peu plus grandes, enfin
01:37après c'est pas un sentiment partagé forcément par tous mes collègues, mais moi en tout cas
01:42c'est quelque chose que j'aime énormément parce que je pense que j'ai un spectacle qui
01:45s'y prête et que quand les salles sont grandes, il y a une adrénaline et on est un peu
01:51grisé par le public. Alors je prends vraiment du plaisir aussi dans des salles plus petites
01:55mais c'est vrai que j'ai envie de m'y frotter à Bercy, ça faisait longtemps que j'avais
02:00envie de le faire. Et après les cinémas, les cinémas écoutez, honnêtement c'est
02:04même pas mon idée, c'est Pathé qui organise ça, alors c'est dans plein de cinémas, c'est
02:08dans 300 salles de cinéma en France, et pas que des Pathé, mais c'est Pathé qui est
02:11à l'origine du projet. Ça permet quand même à des gens qui ont un peu moins d'argent
02:14de voir le spectacle et puis de le voir en direct depuis Bercy, c'est-à-dire de voir
02:18la dernière depuis Bercy. Moi je suis allé faire des essais en salle, c'est incroyable
02:21parce que finalement vous êtes au milieu de 200, 300, 400 ou 500 personnes et l'écran
02:26est tellement immense, vous êtes vraiment avec nous dans la salle. Je trouve que techniquement
02:31déjà c'est une prouesse incroyable, je trouve que l'offre est folle, je trouve que pour
02:35les fans qui veulent être avec moi pour la dernière, ils seront un petit peu avec
02:38moi. Ceux qui n'ont pas vu le spectacle, ceux qui n'ont pas envie de me découvrir
02:41pour 45 euros, parce que c'est trop cher, Ferrari à 50 euros, 45 euros, peuvent venir me voir
02:45pour 20. Je trouve qu'il y avait tout à gagner dans cette offre.
02:47Bercy, c'est une salle forcément un peu spéciale avec près de 10 000 places assises, vous
02:53qui connaissez bien Florence Foresti, qui est habituée à ce genre d'endroit, quel conseil
02:58elle vous a donné ?
02:59Elle m'a dit vas-y. Je l'ai appelé pour savoir si c'était aussi agréable à jouer,
03:04parce que je me suis dit c'est mes dernières, je vais les capter là-bas, le spectacle va être
03:08immortalisé là-bas, je veux être sûr de m'amuser. Donc je lui ai demandé si c'était
03:12une salle qui était agréable à jouer, si c'était une salle qui était chouette à faire.
03:14Il n'y a pas d'appréhension particulière ?
03:17Si, bien sûr, il y a toujours une appréhension, c'est la dernière. En fait, ce qui me stresse
03:21plus, c'est l'entourage en vrai, parce que tout le monde s'affaire en fait. Tout à
03:25coup, vous avez vos équipes, etc., qui vous traitent normalement quand vous êtes en tournée
03:29parce qu'ils ne sont pas sur place, etc. Et puis tout à coup, là, vous avez la famille
03:33qui vient, les oncles, l'équipe parisienne avec qui vous avez l'habitude de travailler
03:36quand vous n'êtes pas en tournée, qui est là. Donc c'est plutôt tout ce qui s'affaire
03:40autour qui, moi, me stresse parce qu'en fait, c'est ça qui met de l'enjeu sur l'événement.
03:44Mais moi, il me reste un mois avant d'y aller. Je dois absolument continuer à me dire tous
03:48les jours, c'est une date comme une autre et tu vas tout donner comme tu donnes à chaque
03:51date.
03:52Ça a duré combien de temps ?
03:53Combien de temps ça va durer ? Ah bah ça, personne ne le sait, vous savez, on sait
03:58à quelle heure je démarre, on sait jamais à quelle heure je termine. Non, je réussis
04:02en ce moment à faire des sessions de 2h50, 2h55. Donc c'est bien parce qu'on était plutôt
04:07autour de 3h, 3h10, 3h15, j'ai même fait plus long parfois quand je m'emballais
04:11un peu.
04:12Le record ?
04:12Donc voilà, le record ? 3h50 à Lille. Mais bon, après, pour ceux qui ne me connaissent
04:20pas et qui ne m'ont jamais vu sur scène, je conçois que ça peut paraître très très
04:22long. Moi-même, je ne supporterais pas de rester 3h assis dans une salle. Mais le spectacle,
04:27il est particulier, il est vraiment écrit comme ça, il est écrit pour ça. Il y a tellement
04:31de choses qui se passent que généralement, les gens ne voient pas passer le spectacle.
04:34De toute façon, ça fait quelques années maintenant que je le tourne. Si le bouche
04:37oreille avait été mauvais, on l'aurait ressenti. Après, je ne referai pas de spectacle
04:41si long. Là, c'est particulier. C'est parce qu'un spectacle sur la santé, je me fais
04:44arrêter par le Covid, je retourne sur le thème de la santé, je dois rajouter du texte
04:47et puis on arrive à un spectacle de 3h. Mais là, je pense que je vais réussir à faire
04:50moins de 3h.
04:51Alors dans ce spectacle, Anesthésie Générale, vous vous présentez comme vous êtes en mentionnant
04:55aussi vos failles, vos troubles psychiques, vos anciennes addictions, vous parlez de votre
04:59alcoolisme et du fait que vous n'avez pas bu une goutte d'alcool depuis 2016. Ça permet quoi
05:04de vous montrer transparent, comme vous êtes réellement ?
05:07Il y avait plein de raisons à ça. Déjà, j'écrivais un spectacle sur la santé. C'était
05:11impossible de ne pas évoquer ce que j'avais vécu, de parler des maladies invisibles, de
05:15parler des problèmes d'addiction, puisque j'étais passé par là. Et donc, ça n'aurait
05:19pas eu de sens de ne pas l'évoquer. Ça permettait aussi d'avoir un témoignage, pour
05:23le coup, impossible à contredire, puisque c'est le mien. Et puis d'avoir un message
05:27positif, parce que je ne suis pas arrivé avec mon balotin de tristesse en disant
05:30genre, regardez comme je suis malheureux, regardez tout ce qui m'arrive, je suis
05:33arrivé en disant, je vais très bien, voilà ce par quoi je suis passé. Et puis, je
05:38savais que ça allait aider plein de gens. Vous savez, moi, j'ai un profil psychiatrique
05:45un peu compliqué, normalement, pour s'en sortir, avec beaucoup, beaucoup de conflits
05:50internes dans ma tête qui ont tendance en plus à s'amplifier les uns les autres, etc.
05:55Et par-dessus, un problème d'addiction. Et un métier qui est émotionnellement
05:59et fatigant. Donc, j'ai vraiment le profil pour finir mal. Et je m'en suis sorti sans
06:07médicaments. Comment ? Par la parole, essentiellement. Alors, évidemment, une hygiène de vie irréprochable.
06:12Et puis, des psychiatres, des psychanalystes. J'ai fait la totale des réunions alcooliques
06:16anonymes. J'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup travaillé et investi de
06:20temps et d'énergie pour aller mieux. Mais la parole, ça a été le point de départ.
06:24Donc, je sais très bien que le fait de m'entendre dire, déjà, de une, que je suis
06:28alcoolique, ça permet d'éviter les clichés. Parce qu'un alcoolique, c'est pas seulement
06:31un mec adossé un coup d'un à un bar à 9h du matin avec un verre de blanc, des
06:36cacahuètes
06:36et une tête rougeote. C'est pas que ça, un alcoolique. C'est aussi moi, qui paraître en pleine
06:40forme, mais en fait, qui boit beaucoup, beaucoup, beaucoup d'alcool. Et puis aussi, de déstigmatiser
06:44les maladies invisibles, de mettre un visage dessus. Parce que les maladies invisibles, comme
06:48elles sont invisibles, elles sont mal comprises, mal décelées, mal cernées, mal diagnostiquées
06:53et mal guéries, évidemment, mal soignées. Depuis quelque temps, maintenant, les artistes
06:57se libèrent et ouvrent un peu la voie à ça. Donc, c'est très bien. Avec ce que ça
07:01comporte aussi. C'est-à-dire qu'on a un peu à boire et à manger maintenant. Mais c'est
07:05pas grave. Il vaut mieux qu'il y ait une grande parole avec parfois un peu d'exagération
07:10que pas de parole du tout.
07:11Alors, avec Grégory Plouvier, que vous connaissez très bien, spécialiste d'humour
07:15du Parisien, on va vous demander de nous raconter le chemin que vous avez parcouru avant
07:19de pouvoir faire ça sur scène, dire tout ça sur scène. Vous êtes né, Jérémy
07:23Larzilière, le samedi 6 avril 1985.
07:26Je ne savais même pas que c'était un samedi. Oui, vous me l'apprenez.
07:28Je savais que vous alliez l'apprendre.
07:30À quelle heure ?
07:31À Villers-Sommeuse. Je n'ai pas l'heure.
07:3311h45.
07:3411h45, c'est vrai.
07:36L'heure de l'apéro.
07:37Donc, naissance à Villers-Sommeuse dans les Ardennes. Ferrari, c'est votre nom de scène.
07:41Déjà, pourquoi ce choix, Ferrari ?
07:42C'est le nom de ma maman. En fait, mon père s'appelle Larzilière, ma mère s'appelle
07:45Ferrari. Et bon, Larzilière, c'est pas très joli, c'est long à écrire, c'est compliqué.
07:50Vous grandissez à Charleville-Mézières et vos parents tiennent une supérette, un
07:54Spar, je crois.
07:55Oui, ça a changé plein de choses.
07:57Je ne sais pas sur quoi on a terminé. Je ne sais pas sous quel nom ça a été fermé.
08:04Je ne sais pas sous quel nom ils ont chuté. Mais oui, ça devait être Spar à l'époque,
08:07je pense.
08:07Décrivez-nous le quartier de Charleville-Mézières où vous grandissez, donc le quartier de Manchester.
08:12Quels souvenirs vous en avez ?
08:15C'est un quartier populaire de province. C'est vrai qu'on a souvent l'image, la plupart
08:22du temps, quand on filme des cités, on va filmer des gros quartiers de Marseille ou des
08:25gros quartiers en banlieue parisienne parce que c'est impressionnant. Il y a de très
08:28très grandes tours. Les quartiers, ce n'est pas que ça. C'est aussi plein, plein, plein,
08:33plein de petites tours avec pas grand-chose dedans. Moi, mon quartier, il n'y avait rien.
08:37Il y avait le magasin de mes parents. À côté, il y avait un bureau de tabac, une petite
08:41boulangerie et c'était tout. Et après, on n'avait rien dans le quartier. Ils ont
08:45construit un skate-park, vite fait. Il n'y avait rien dans mon quartier. Ça fait partie
08:49des régions un peu abandonnées. Donc, ce sont des endroits difficiles où il y a beaucoup,
08:53beaucoup, beaucoup, beaucoup de chômage. Il y a peu de moyens. Et si vous allez dans
08:57les quartiers, c'est évidemment encore plus. Donc, il y a toute une partie de la population
09:01qui s'en sort bien et qui a du taf et ça va. Et puis, vous avez des gens écrasés
09:05par la vie.
09:05Dans ce contexte pas forcément facile tous les jours, paraît-il que votre mère a un
09:10sens de l'humour très développé. Est-ce que c'est elle qui vous a donné un peu le
09:13virus du rire ?
09:14Oui, ma mère, toute ma famille, en fait. Mon oncle Grégory qui était bouché dans
09:19le magasin, qui est toujours bouché maintenant, bah ailleurs, parce que le magasin de mes
09:21parents a coulé, mais qui me faisait mourir de rien. Ma mère aussi, effectivement, est
09:26très, très, très, très, très drôle.
09:28Quel genre de blague elle faisait ?
09:29Ma mère, elle me faisait toujours, en fait, on ne se voyait pas beaucoup parce qu'il
09:33travaillait toute la journée, du matin au soir, même le dimanche. Donc, je voyais
09:36juste un peu ma mère le soir et mon père, des fois, je ne le voyais même pas du tout
09:38parce que quand j'allais me coucher, il rentrait seulement. Donc, ma mère, elle me faisait
09:43toujours des farces, en fait. Mais comme moi, j'avais déjà capté l'humour noir, c'était
09:49le grand truc de ma mère. Ma mère, un jour, au-dessus de chez mes parents, en fait, vivait
09:53mon arrière-grand-mère, qui était remariée avec un monsieur, moi, j'ai connu que lui,
09:58donc on ne l'appelait pas arrière-grand-père, on l'appelait parrain. Je n'ai jamais compris
10:01pourquoi on l'appelait parrain, mais enfin, c'est tout. C'était le mari de mon arrière-grand-mère.
10:04Et puis, un jour, ma mère, ça, c'était son grand truc, elle devait voir que je m'ennuyais
10:08et puis elle me dit, mais tu sais que parrain, il a un jumeau ? Alors, bon, vous ne voyez
10:12pas la tête de mon arrière-grand-père, mais enfin, on est vraiment sur une très, très,
10:15très, très, très vieille personne. Je pense qu'il avait 90 ans. Je dis, ah bon, il a un
10:19jumeau ? Elle me dit, mais tu sais qu'il vit là, en fait, il vit là, parrain, il vit
10:23juste au-dessus de chez eux, juste au-dessus, en fait. Je dis, pas possible, au-dessus, c'est
10:27un grenier. Mais il dit, mais il vit dans le grenier. Il vit dans le grenier. Je dis, ah bon,
10:31il vit dans le grenier. Et bon, moi, je sais qu'elle ne raconte que des conneries, donc déjà,
10:34je me marre. Je dis, ah bon, il vit dans le grenier ? Elle me dit, oui, il vit dans
10:36le grenier.
10:36Elle me dit, mais est-ce que tu veux que je te le présente ? Je dis, ah bon, oui,
10:38quand
10:39même, c'est d'accord. Alors, allons-y, alors on monte. On monte dans le grenier. Et il y a
10:47un tapis enroulé dans le fond. Il faut imaginer vraiment un vieux grenier poivre avec plein
10:53de trucs dedans. Il y a un vieux tapis tout poussiéreux au fond, comme ça, du grenier.
10:58Alors, elle me dit, bah, il est là, là. Je dis, où ça ? Elle me dit, bah, dans le
11:02tapis. Elle dit pareil, il l'a tué il y a dix ans, il l'a mis là, dans le
11:05tapis. Voilà,
11:06ma mère, c'était que des conneries comme ça. Mais il faut bien comprendre que moi, à
11:09ce moment-là, j'éclate de rire, en fait. Je pleure de rire. Elle ne faisait que des
11:12conneries comme ça. De se moquer, de rire, de dédramatiser des situations. Il y a une
11:17anecdote que les journalistes aiment bien parce qu'elle est un peu corsée. Mais c'est
11:20vrai que moi, je me rappelle, quand j'ai 7-8 ans, il y a une dame qui rentre dans
11:23le
11:24commerce et alors elle se baisse pour prendre les bouteilles de vin. C'est à l'entrée
11:28du magasin parce qu'il y a beaucoup de gens qui viennent chercher ça.
11:32On l'a mis à l'entrée du magasin. Et puis, donc, elle se baisse pour vraiment prendre
11:37la bouteille de rosée la moins chère. Elle devait être à, je ne sais pas, 50 centimes
11:39ou je ne sais pas, le litre. Et alors, elle tombe dans les... Mais il est 8 heures du
11:43matin. Moi, j'attends pour aller à l'école. Et elle tombe dans les bouteilles de rosée
11:46parce qu'elle est complètement ivre. Et elle se relève. Elle se relève. Moi, je la vois,
11:50quoi. Elle est pleine de vin. Enfin, voilà, quoi. Elle n'est pas bien, quoi. Elle est au milieu
11:54des bouteilles de rosée éclatées par terre. Heureusement, elle ne s'est pas blessée. Mais bon.
11:56Et donc, moi, je suis un peu choqué, quand même, parce que je suis jeune. Et puis, je
11:59la regarde. Et je dis, mais il y a ma mère à côté de moi. Et je dis, mais pourquoi
12:02elle boit comme ça, la dame, quoi ? Et ma mère, elle dit, bah, t'as vu la tête
12:04qu'elle a ? Qu'est-ce que tu veux qu'elle fasse d'autre ?
12:07Donc, voilà. Nous, on avait cette... On a ce truc-là, en fait. Et mes parents, pourtant,
12:12étaient... Et sont les gens les plus gentils de la terre. C'était des commerçants de quartier
12:15qui aimaient leurs clients, qui les écoutaient parler, qui essaient de les aider au maximum.
12:20Et c'est le sens de l'humour. En réalité, l'humour noir, etc. On est tout le temps
12:23en train de dire que l'humour noir est clivant ou segmentant, mais c'est pas si vrai que ça.
12:26Et
12:26surtout, c'est l'humour qu'on fait dans la vie. Parce que c'est celui qui fait du bien.
12:29C'est
12:29celui qui permet de regarder la réalité telle qu'elle est et d'en rire. C'est le plus exutoire
12:33des humours.
12:34Vous avez dit, raconté qu'à l'école, vous étiez ce qu'on appelle un mauvais élève.
12:37Mais ça veut dire quoi, concrètement ?
12:39J'étais très... J'étais très tacitué en un. J'étais très malheureux à l'école,
12:43déjà, parce que je comprenais pas ce que je faisais là. J'avais vraiment l'impression
12:46qu'on m'enfermait et qu'on m'obligeait à apprendre des choses par cœur dont je ne
12:49voyais absolument pas l'utilité. Donc c'était très difficile dans ma tête. Et en vieillissant,
12:54c'était de pire en pire. Le lycée, je me rappelle que ma mère, elle me déposait
12:58au lycée le matin. Je pleurais tous les matins en y allant. Alors qu'il s'y passait
13:03rien. J'étais pas harcelé.
13:05C'était le carcan.
13:06Le carcan, j'avais l'impression qu'on me torturait l'esprit, en fait. De m'asseoir dans
13:11une classe, à écouter des choses que je comprenais pas, avec lesquelles j'étais pas
13:14forcément d'accord. Dès qu'on a commencé à faire du débat, du français, j'étais
13:17pas d'accord avec ce qu'on nous racontait. J'étais pas d'accord. J'étais pas d'accord
13:20avec la méthode. J'étais pas d'accord. J'étais d'accord avec rien, en fait. J'étais
13:24très très malheureux.
13:25Et là, le premier déclic, c'est le théâtre. Et notamment les cours donnés par un certain
13:29Bruno Nyon. Qu'est-ce qui vous a apporté ?
13:31Alors, ça a commencé un peu plus jeune, parce que ça a commencé en CM1. Il y avait une classe
13:36théâtre. Et là, c'est le seul moment, en fait, à l'école où je me sens bien, en
13:39fait. Parce que là, pour le coup, je trouve ça ludique, je trouve ça intéressant,
13:42je trouve ça stimulant et c'est facile. Et moi, il n'y a rien de facile encore. Parce
13:46que, bon, je l'apprendrai plus tard. Mais comme j'ai en plus, j'ai un trouble de l'attention
13:49et hyperactivité, me concentrer est une catastrophe. Lire est un vrai problème. Lire et retenir,
13:55je vous en parle même pas. C'est-à-dire même maintenant, vous savez que je dis aux gens
13:58ne m'envoyez pas de mail. Parce qu'en fait, j'ouvre le mail, je le lis, je l'ai
14:01oublié
14:02au moment où j'ai fini de lire. Donc, d'abord, effectivement, en CM1. Donc là, ça devient
14:08facile. Je continue évidemment après. Et puis en sixième, pareil. Et puis là,
14:12quand même, les profs disaient à ma mère, il lit vraiment fort, il retient tous les textes
14:14par cœur et tout. Je retenais une heure et demie de texte comme ça, d'un coup.
14:18Comment c'était possible, ça ? D'avoir du mal, justement, pour lire et de retenir
14:21aussi bien les textes ?
14:23Il y a plein de théories possibles. Quand j'étais en curieux de désintoxication,
14:28on m'a fait des tests, on m'a dit que j'étais au potentiel aussi. Donc, il y a
14:30des études
14:31très intéressantes sur les gens qui sont au potentiel avec un trouble de l'attention
14:34et hyperactivité. Donc, a priori, si je dois vulgariser, je m'excuse d'avance auprès
14:39des spécialistes qui pourront dire que j'ai vraiment trop vulgarisé. Mais si je devais
14:43vraiment vulgariser, je pense qu'à partir du moment où le sujet m'intéresse, j'arrive
14:48à une hyper concentration. Je pense que je suis capable, en fait, de retenir des choses
14:53incroyables, grâce à mon haut potentiel certainement, quand ça m'intéresse. Je vais être extrêmement
14:57doué sur des choses, extrêmement nul sur d'autres. Par exemple, je ne suis toujours
15:01pas capable. Par exemple, je compte mes mois sur les mains. Je fais plein de fautes d'orthographe,
15:05les règles de grammaire, d'orthographe et tout, ne rentrent pas dans mon esprit. En
15:09revanche, j'ai une très bonne élocution. Oralement, ça se passe bien. Je conjugue
15:14des temps, mais je ne sais pas mettre de nom dessus. Je ne sais pas ce que je conjugue
15:18comme temps. Je suis capable de conjuguer même des temps extrêmement complexes de
15:21manière instinctive, mais sans savoir du tout ce que je suis en train de faire. Vous
15:25voyez, en fait, c'est ça un peu le mélange. C'est que je vais être très fort sur des
15:29trucs et vraiment nul sur d'autres.
15:31Et donc, tout ça, quand vous êtes enfant, ado, vous ne le savez pas. Et du coup, comment
15:34vous le vivez d'être nul à l'école, par exemple ? Comment vous le vivez à ce
15:37moment-là ?
15:38En fait, c'est très bizarre parce que je me sens stupide en même temps. Je me
15:40dis que je ne suis pas stupide. Mais tout le monde met ça un peu sur le même
15:44truc. C'est que tout le monde met ça sur ça ne l'intéresse pas, donc il n'y
15:47arrive pas. Mais ça, c'est un truc que vous entendrez toujours. Ça ne l'intéresse
15:50pas, donc c'est pour ça qu'il n'y arrive pas. Mais ce n'est pas complètement faux
15:52non plus. Vous voyez, ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas si simple. Vous, si
15:55je vous
15:55donne une feuille et que vous commencez à lire, automatiquement, votre cerveau va analyser la
15:58phrase. Moi, ça ne se passe pas comme ça. Moi, je peux lire quatre fois la phrase
16:01avant que mon cerveau commence à l'analyser. C'est-à-dire que je lis dans le vide, comme
16:04si vous, vous lisiez de l'hébreu ou du grec. Et quand je fais des italiennes, par
16:08exemple, de mon spectacle, sur scène, je demande un silence absolu. Alors, des fois, je passe
16:12un peu pour un casse-couille, mais parce qu'en fait, le moindre bruit me sort totalement
16:16de mon italien. Et je ne sais même plus où j'en suis. C'est-à-dire que je ne
16:18sais plus
16:18du tout où j'en suis dans mon truc. Donc voilà, c'est un cerveau. Il faut que je lutte
16:22en
16:22permanence avec ce cerveau.
16:23Vous montez sur scène pour la première fois à Charleville-Mézières à 16 ans, le samedi
16:273 novembre 2001. Et vous n'avez pas peur face au public. Vous vous sentez bien ?
16:32J'ai peur.
16:33Vous avez peur quand même ?
16:34J'ai pas peur. Je vois de quel moment vous parlez. C'est un moment où j'ai souvent
16:37parlé. J'ai pas peur pendant. Mais j'ai peur avant. Avant, je suis terrorisé. Et d'ailleurs,
16:41ça n'a jamais bougé. Non, ce qui se passe, c'est qu'à un moment donné, je suis en
16:43train
16:44de jouer le scrap de Pierre Palmade sur scène. Et puis, à un moment donné, pendant le sketch,
16:49je ne sais pas, je me touche en fait le coup. Je ne sais pas dans quelle posture je me
16:52mets.
16:52Et je sens mon cœur qui bat tout doucement. Et je me rends compte à ce moment-là qu'en
16:58fait, je me sens... Mon cœur bat plus lentement quand je suis sur scène que dans la vie. Donc,
17:04je m'aperçois que la vie m'angoisse plus que la scène. Et que sur scène, je me sens vraiment
17:08dans mon élément.
17:09Et là, vous vous dites quoi, du coup ?
17:10Je me dis que je veux retrouver cette sensation. Comme tout bon drogué que je suis, je veux
17:16retrouver la sensation.
17:19Palmade, Robin, c'est le premier modèle qui vient ?
17:21C'est le premier modèle, ouais. J'ai découvert d'abord Palmade, ensuite Robin. Et un peu
17:25plus tard, un peu plus tard, Desproges. Et alors, quand j'ai commencé à regarder Pierre
17:30Desproges, j'ai dit, waouh, ah ouais, d'accord. En fait, je ne savais pas que ça existait,
17:33ce type d'humour. Desproges, il avait mis les curseurs tellement loin. J'ai dit, ah ouais,
17:38ça, ça me plaît beaucoup, beaucoup.
17:40Pourtant, il faut faire des choix. On ne peut pas être partout à la fois. Comme disait
17:44Himmler en quittant Auschwitz pour aller visiter la Hollande, on ne peut pas être à la fois au
17:48tour et au moulin.
17:56Ouais, vous moquez pas d'Himmler. Je peux revenir.
18:02En plus, Himmler, c'était pas un con, lui non plus. Hein ? Non, tu rigoles. Himmler, c'était
18:07un homme capable d'une... d'une grande concentration.
18:12Vous quittez l'école en seconde. Comment vos parents ont réagi à ça ? Parce que c'est
18:16quand même une grosse responsabilité de laisser un adolescent, entre guillemets, dans la nature.
18:21C'est pas une décision, c'est un pari qu'ils ont perdu. Donc, ils n'avaient pas le choix.
18:25Mes parents voulaient, comme tous les parents, que j'aille au moins jusqu'au bac. Cette
18:27fameuse phrase n'avait pas au moins jusqu'au bac. Sauf que j'avais fait l'audition des cours
18:31Florent. Ma mère m'avait dit, si jamais tu réussis les cours Florent, on te laisse
18:35arrêter l'école. Puisqu'à cette année, on peut arrêter l'école. Et j'avais dit
18:40ok, sauf que ma mère est maligne parce qu'elle savait très bien qu'on ne pouvait pas rentrer
18:42au cours Florent en étant mineur. Donc, elle m'a laissé aller faire l'audition à Paris.
18:46Sauf qu'a priori, à l'audition, j'ai été tellement bon que François-Xavier Hoffmann,
18:50que je salue, m'a proposé d'avoir une dérogation pour être le plus jeune étudiant des cours
18:56Florent, sans passer par l'année de prépa. Donc, j'ai été le plus jeune étudiant des
18:59cours Florent, parce que je suis rentré au cours Florent à 17 ans, en première année.
19:03Et donc, quand je suis sorti de l'audition, j'ai appelé ma maman, je lui ai dit que
19:07je n'avais pas été pris, elle a fait semblant d'être triste. Et puis après, je lui ai
19:09expliqué qu'en fait, j'avais été pris. Et elle a fait plus ou moins semblant d'être
19:13contente. Et voilà. Et donc, après, c'était fini. Et donc, mes parents ont de la parole.
19:17Donc, ils m'avaient promis. Donc, c'est tout, je pars. Alors, ils étaient bien emmerdés
19:20quand même. Et ils sont allés voir Bruno, mon professeur de théâtre de l'époque.
19:23Et ils vont aller voir Bruno. Donc, lui, il vous en parlerait mieux que moi, mais parce
19:26que lui, il explique que c'est quand même difficile. Il a deux, il a des parents
19:30qui viennent le voir en disant, est-ce qu'on peut laisser mon fils sans diplôme mineur
19:34partir à Paris ? Est-ce qu'à votre avis, ça va marcher ? On est quand même plus ou
19:37moins sur un loto. C'est une grosse responsabilité. Il est professeur de théâtre depuis toujours.
19:42Donc, c'est une question qu'il avait l'habitude d'entendre. Et c'est la première fois, d'après
19:46lui, qu'il a dit, vous pouvez le laisser partir sans crainte. Je suis absolument convaincu
19:50que ça va marcher. Donc, voilà. Donc, mes parents m'ont laissé partir. Mais ils ont eu plein
19:53de critiques, mes parents. Vous savez, l'école, les amis, les gens n'étaient pas trouvé
19:58que mes parents étaient fous de me laisser partir.
20:00Les débuts au cours Florent ne sont pas idylliques. Vous êtes face à des profils
20:05qui ne sont pas forcément les mêmes que le vôtre.
20:07Je déchante. Je déchante parce qu'en fait, moi, j'ai l'impression que je rentre, si
20:12vous voulez, dans une école d'élite où je vais rencontrer des Gérard Depardieu.
20:19J'en sais rien. Et puis, en fait, l'école est constituée essentiellement de, par exemple,
20:25de fils d'avocat qui viennent là comme s'ils allaient au tennis, en fait, juste pour
20:29être meilleur oralement. Donc, vous vous rendez compte qu'en fait, vous, vous avez
20:33atteint une espèce de rêve. Et vous vous rendez compte que votre rêve, à vous, c'est
20:39juste un hobby pour la plupart d'entre eux. Et puis, la deuxième année, je suis carrément
20:44tombé sur un mec de la comédie française qui nous a expliqué que le Wayne Manchow, c'était
20:47un sous-art. Donc, on ne s'est pas très bien entendu. Et puis, je me suis fortement
20:50disputé avec lui et je suis parti.
20:51À cette époque, vous multipliez les jobs, les petits boulots, déménageurs, grooms,
20:56agents de sécurité, voituriers, conseillers, télécoms. Qu'est-ce qu'elle représente
21:00cette période-là, ces expériences-là pour vous ?
21:03Pour moi, c'est vraiment la vie normale. Je vous dis, il faut travailler. J'ai été
21:07élevé comme ça, avec des gens qui travaillaient, qui faisaient des métiers difficiles autour
21:10de moi. Il n'y avait que des gens qui faisaient des métiers difficiles, qui se levaient à
21:12cinq heures. Pour moi, c'était un non-sujet. Il fallait juste que j'aille travailler. J'ai
21:16fait tout ce qu'on peut faire sans diplôme, je l'ai fait. Et après, je suis arrivé chez
21:18Orange parce que j'ai menti sur mon diplôme. Parce que, en fait, je me suis dit que personne
21:22ne va vérifier. Quand je voyais les Mongols qui se présentaient avec le bac, j'ai dit
21:25en fait, je vais rajouter bac. J'ai inventé des trucs, j'ai mis des trucs sur mon CV.
21:29Et puis après, il fallait vendre. Donc, j'étais très bon vendeur. Je pense que si on m'avait...
21:33Vous savez, chez Orange, j'avais une... Parce que je travaillais au Front. Alors, le Front,
21:36c'est le premier service client quand vous avez un problème. Mais en fait, les gens du
21:39Front, en fait, en vrai, on est des commerciaux. On a un premier degré de formation sur tous
21:43les petits problèmes que vous pouvez avoir. Mais nous, notre but, en vrai, c'est de vendre.
21:46Bon, moi, je faisais le con avec les gens. La femme, elle m'appelait, elle me disait
21:50mon téléphone, il clignote. J'étais, couchez-vous, couchez-vous. Moi, je faisais que des conneries.
21:55Donc, je faisais marrer les gens, quoi. Et j'étais extrêmement bon vendeur. Donc, j'avais
21:58des scores. D'ailleurs, j'ai été premier vendeur de France. Ils m'ont offert un voyage.
22:01Le premier voyage que j'ai eu, c'est chez Orange parce que j'avais battu des records
22:04de vente et de pérennité. Alors, ça, j'y tiens. La pérennité. C'est-à-dire qu'en fait,
22:07on n'était pas payé sur nos ventes parce qu'on avait un pourcentage sur nos ventes.
22:10Mais on ne touchait le pourcentage que si le client avait gardé le produit trois mois.
22:13Ça veut dire qu'on avait une pérennité. Donc, c'est bien parce qu'en fait,
22:16ils vérifiaient qu'on ne vende pas n'importe quoi et si le client dégageait le produit,
22:19c'est qu'on n'avait pas bien vendu, pas bien conseillé. Et moi, j'avais une pérennité
22:23monumentale parce que je vendais bien. Je vendais nécessaire aux gens.
22:26Je crois que je devais avoir un fixe à, je ne sais pas,
22:271 400, 1 500, un truc comme ça. Et puis, du coup, avec mes primes,
22:31j'arrivais à doubler mon salaire parfois, quoi.
22:34Donc, du coup, c'était super.
22:36Et d'ailleurs, je me rappelle à cette époque-là, ma mère, elle m'a dit
22:38« Mais essayez d'avoir un CDI ! » parce qu'elle ne prenait plus du tout dans le fait
22:41que ça allait marcher pour moi dans l'humour. Elle s'est dit
22:43« Il prend 2005 par mois. Chez Orange, je vois absolument qu'il ait un CDI. »
22:48Pendant ce temps, vous continuez le théâtre.
22:49Vous jouez notamment Arthur Rimbaud, la grande figure de Charles Ville-Mézières,
22:53dans une pièce écrite par Bertrand Mathieu.
22:55Ça vous faisait quoi de jouer Arthur Rimbaud ?
22:57Bertrand a imaginé la rencontre entre Rimbaud et Van Gogh
23:00parce que quand Rimbaud a 19 ans, il quitte Paris,
23:04il se retrouve à Londres, il est en chagrin d'amour,
23:06il vient de quitter son amoureux qui s'appelle Germain.
23:09Et en fait, dans la rue d'Arthur Rimbaud, il y a un bar.
23:12Et un peu plus loin de ce bar, il y a Van Gogh qui habite.
23:15Ça, ce sont des faits historiques.
23:16Van Gogh et Rimbaud habitaient dans la même rue,
23:18et à équidistance, il y avait un bar.
23:20Et on sait à quel point les deux aimaient beaucoup boire.
23:22Donc, on a peine à croire qu'ils ne se sont pas rencontrés
23:24un jour au moins dans ce bar.
23:26Et donc, Bertrand Mathieu imagine la rencontre entre Van Gogh et Rimbaud.
23:29Et pourquoi c'est intéressant ? Parce qu'à ce moment-là,
23:31Rimbaud n'écrira plus jamais de sa vie,
23:32parce que tout ce que vous connaissez de Rimbaud, ça a été écrit très jeune,
23:35et Van Gogh n'a pas commencé à peindre.
23:37Donc, vous avez un Van Gogh qui travaille dans la galerie d'art de son frère,
23:40qui est plein d'optimisme, etc.
23:41Et vous avez Rimbaud qui est totalement l'inverse,
23:44qui est dans une grave dépression, d'une noirceur abominable, etc.
23:47Et donc, il imagine la rencontre entre les deux.
23:49Donc, j'ai eu la chance de jouer cette pièce pour un petit moment.
23:53Et c'était une expérience incroyable, parce que, aussi,
23:56je me reconnaissais déjà dans le personnage de base,
23:59dans sa noirceur, dans sa mélancolie naturelle,
24:01et puis aussi parce qu'il décrivait en plus sa mélancolie
24:05dans le décor de mon enfance, puisqu'il a grandi à Charleville.
24:07Donc, non seulement la mélancolie me parlait,
24:10et en plus, le décor autour, c'était le mien.
24:12Donc, c'était une expérience incroyable.
24:15Un petit peu difficile, mais incroyable.
24:17Comment se passe ensuite le début de cette carrière ?
24:20Très, très mal.
24:21De mes 17 à mes 25 ans, j'arpente les cafés-théâtre,
24:24les festivals d'humour, les plateaux d'humour.
24:26Je toque à toutes les chaînes de télévision, de radio.
24:29Je contacte des producteurs.
24:31Je me rappelle, j'avais des sacs de VHS à l'époque.
24:34J'allais toquer aux portes et je donnais des VHS de moi.
24:37Ça a commencé à être vraiment dur à vivre à 22, 23, 24 ans.
24:41Parce que là, je vieillis.
24:42Mes parents perdent le magasin.
24:44J'ai vraiment pas d'argent.
24:46Là, ça commence à me peser.
24:48Ça commence vraiment à être dur.
24:49J'arrive plus à payer mon loyer.
24:51Je me dis que j'y arriverai pas.
24:52À cette période-là, il y a même la possibilité d'aller faire votre vie ailleurs.
24:57Pourquoi pas au Mexique, même, j'ai vu.
24:59En gros, moi, je jouais dans des petits cafés-théâtre.
25:01Ça marchait pas.
25:02Je jouais dans 4 personnes, 5 personnes.
25:03Voilà.
25:04Je faisais le truc classique.
25:07Et j'ai un pote à moi qui avait trouvé un bon plan.
25:09Alors, je mets des guillemets à bon plan.
25:10De toute façon, les bons plans, il faut toujours mettre des guillemets.
25:14Il bossait dans une boîte au Mexique, à Cancun.
25:17En fait, à Cancun, les gens sont un peu méfiants, quand même.
25:20De là où ils vont, de ce qu'ils boivent, etc.
25:24Et donc, lui, il faisait rabatteur un peu pour les touristes, justement, anglais, français.
25:29Donc, il prenait des Blondes, il prenait des Européens pour se mettre devant les boîtes.
25:32Et puis, il rameutait un peu.
25:33Et donc, c'était hyper bien payé.
25:35Mais parce que c'était hyper dangereux.
25:36Parce que comme les boîtes, c'est que tenu par des mafias régulièrement.
25:38Il y a des mecs qui arrivent et qui calachent l'adventure de la boîte de nuit.
25:42Mais bon, du coup, c'était hyper bien payé.
25:44Logé.
25:44Tu faisais la fête.
25:45Tu rencontrais des filles.
25:46Bon, j'ai dit, attends, j'ai 23 ans.
25:48Là, je vis dans un appart.
25:49Je n'ai pas de chauffage.
25:50Pas de copines.
25:51Je n'ai pas d'argent.
25:53Donc là, je peux aller au Mexique.
25:55Boire des coups.
25:56Rencontrer des filles.
25:58Gagner de l'argent.
26:02Écoute.
26:04Allez.
26:05Donc, du coup, j'avais dit à mon pote.
26:06Écoute, j'avais repris une programmation dans un théâtre.
26:11Pour trois mois.
26:12Et je lui ai dit, écoute, je refais ces programmations.
26:14Et si dans trois mois, il ne s'est rien passé, alors je viens te rejoindre.
26:18Parce qu'il m'a dit, viens, si tu veux.
26:19De toute façon, pour l'instant, je peux t'héberger.
26:21Et puis après, je vais te trouver du taf.
26:22Peut-être dans cette boîte ou dans une autre.
26:23T'inquiète pas, blablabla.
26:24Donc, j'ai dit, ok.
26:25Justement, à ce moment-là, vous allez participer à l'émission de Laurent Ruquier sur France 2.
26:29On ne demande qu'à en rire.
26:31Je rappelle le principe.
26:32De nouveaux humoristes proposent des sketchs.
26:34Mais ils peuvent être interrompus à tout moment par le jury avec un buzzer, un bouton stop.
26:39Les moindres rôles sont donc éjectés pendant leur sketch.
26:42D'abord, comment est-ce que vous entendez parler de cette émission ?
26:45Je la vois à la télé.
26:46Mais bon, franchement, je ne me vois pas d'y aller.
26:48Déjà, je ne me reconnais pas forcément dans les humoristes qui y sont.
26:50Les jurys, ce n'est pas une critique ni des humoristes qui y sont, ni du jury.
26:54C'est juste que je ne me vois pas dedans.
26:55Avec mes sketchs horribles, d'humour noir et tout, ça ne va pas le faire.
27:00Et puis, il y a une journaliste avec qui je suis ami, qui interview Laurent Ruquier,
27:05qui lui dit, vous savez, je connais un humoriste qui est tellement fort,
27:07il va tout arrêter dans quelques semaines, il fait de l'humour noir.
27:11Et Laurent lui dit, mais dites-lui de ma part qu'il vienne absolument,
27:14parce qu'on n'a pas d'humour noir en plus à l'émission.
27:16Moi, je suis un fan de Pierre Doris, j'aimerais bien avoir un représentant d'humour noir.
27:19Dites-lui de ma part qu'il vienne à l'émission.
27:21Il m'a dit, tu vois, il faut que tu le fasses.
27:23Et puis, les gens dont on ne demande qu'à en rire, qu'il vienne me voir,
27:26qu'il vienne me choper à la sortie d'un plateau,
27:28qu'il me dit, viens, viens, tente, tente-le une fois.
27:31Je dis, bon, allez, de toute façon, j'allais arrêter.
27:33Donc, je me dis, bon, allez, je tente une fois, de toute façon, j'ai rien à perdre.
27:36Et on me donne un thème, je précise bien que ce n'est pas un thème que j'ai inventé,
27:40c'est un thème qu'on m'a donné, qui était un thème d'actualité, un truc vrai,
27:43où une dame en surpoids ne rentrait pas dans le four pour faire sa crémation.
27:48Et on me donne ça comme thème.
27:49Donc, je prends ce thème, j'écris un sketch abominable, très très noir, très très rentre-dedans.
27:54De toute façon, moi, c'était fait, on a fait le baptême du feu tout de suite.
27:57Et j'y vais honnêtement, pour la première fois de ma vie,
28:00je ne vais pas lui dire que je ne stresse pas, parce que ce n'est pas vrai, je suis
28:02terrorisé,
28:02mais de toute façon, je suis tellement convaincu que je vais me faire buzzer,
28:06que j'y vais en me disant, bon, allez, on verra bien, quoi.
28:09Jérémy Ferrari.
28:20Dans le prochain épisode de Code Source,
28:23Jérémy Ferrari va nous raconter en détail sa prestation,
28:26dans On ne demande qu'à en rire, la suite de sa carrière.
28:29Il va aussi revenir sur ses addictions et ses maladies invisibles, désormais diagnostiquées.
28:34Une interview menée toujours avec Grégory Plouvier.
28:37Cet épisode a été produit par Thibaut Lambert et Barbara Gouy,
28:40réalisé par Julien Moncouquiol.
28:42N'oubliez pas Crime Story, chaque samedi, et le Sacre, jusqu'à Paris 2024,
28:47entre le 14 février et le 24 juillet,
28:50chaque mercredi, un ou une médaillée d'or olympique
28:54raconte à Anne-Laure Bonnet son chemin vers le Sacre.
28:59Sous-titrage Société Radio-Canada
28:59Sous-titrage Société Radio-Canada
28:59...