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À Besançon, l'ancien anesthésiste Frédéric Péchier est reconnu coupable de 30 emprisonnements, dont douze mortels et est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Retour sur quinze semaines de procès. Récit avec Louise Colcombet, du service police justice du Parisien. Elle a couvert les quinze semaines d’audience, et suit l’affaire depuis le début.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux, Anaïs Godard et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network.

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#anesthésie #péchier #procès

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News
Transcription
00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11L'ancien anesthésiste Frédéric Péchier, reconnu coupable de 30 empoisonnements, dont 12 mortels,
00:18verdict de la Cour d'Assise du Doubs le jeudi 18 décembre, au terme d'un procès qui a duré
00:233 mois et demi.
00:25Frédéric Péchier est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté de 22 ans.
00:32Ses avocats annoncent qu'il fait appel, il reste donc présumé innocent.
00:36Codesources vous raconte ce procès avec Louise Colcombé du service Police Justice du Parisien.
00:42Elle a couvert toute l'audience et elle suit l'affaire depuis le début.
00:45Un podcast en deux épisodes, le premier aujourd'hui consacré au rappel des faits, avec les éléments nouveaux dont on
00:52dispose.
00:56Louise Colcombé, l'affaire dont on va parler, il faut préciser qu'elle se déroule principalement dans une clinique,
01:02la clinique Saint-Vincent de Besançon, un lieu normalement sûr où il y a peu de mortalité. Expliquez-nous ça.
01:09Oui, alors une clinique, contrairement à un hôpital par exemple, il n'y a pas d'urgence ou quasiment pas.
01:14Les patients qui vont se faire opérer, on a évalué les risques avant, il y a une consultation de préanesthésie,
01:19on a vu s'ils avaient des allergies à un quelconque médicament, s'ils ont déjà été opérés, s'il
01:23y a eu des complications.
01:24Et si c'est trop à risque, d'ailleurs, on n'endort pas, on fait autrement ou même on n
01:28'opère pas.
01:29C'est aussi une clinique qui à l'époque a une excellente réputation.
01:32On vient de toute la région, on vient du Jura, on vient de Haute-Saône pour se faire opérer à
01:36la clinique Saint-Vincent.
01:37Il y a eu statistiques dont on parle aujourd'hui au procès, c'est que l'anesthésie c'est extrêmement
01:43sûr.
01:43Depuis 20 ans, les techniques ont énormément progressé. Aujourd'hui, la mortalité, elle est estimée à 7 morts sur 1
01:50million d'anesthésies.
01:51Même les derniers chiffres sont même de 5 sur 1 million.
01:54Pour le résumer, comme l'a dit un anesthésiste, vous avez plus de chances de mourir en prenant votre voiture
01:58pour venir vous faire opérer que pendant votre opération.
02:02En janvier 2017, à la clinique Saint-Vincent de Besançon, une patiente de 36 ans qui n'avait aucun antécédent
02:09médical frôle la mort suite à une opération bénigne.
02:12Sandra Simard va faire un arrêt cardiaque alors qu'elle se fait opérer des disques lombaires pour des douleurs au
02:17dos, donc de façon totalement brutale, inexpliquée.
02:21C'est la panique à bord, il faut la transférer à l'hôpital de Besançon qui va la sauver.
02:26Mais on ne comprend pas pourquoi cette jeune femme a fait cet arrêt cardiaque.
02:30Et à ce moment-là, au sein de la clinique, une anesthésiste comprend qu'il y a quelque chose d
02:34'anormal qui s'est produit.
02:36Un anesthésiste qui s'appelle Anne-Sophie Ballon.
02:38C'est l'anesthésiste qui a endormi Sandra Simard et qui est une jeune anesthésiste qui vient d'arriver à
02:45la clinique.
02:45Ça fait moins d'un an qu'elle est arrivée, elle a été formée au CHU de Besançon et donc
02:49elle, elle veut comprendre.
02:50Elle arrête son programme de la journée, elle va se déplacer le jour même pour aller au CHU.
02:55Elle va voir celui qui l'a formé, qui s'appelle Sébastien Piliflouri, qui est le professeur de réanimation du
03:00CHU.
03:00Et elle lui amène en fait le tracé cardiaque de sa patiente juste avant qu'il y ait eu l
03:06'arrêt brutal.
03:07Qui va montrer les battements du cœur et les mouvements du cœur.
03:10Ça fait des formes de sinusoïdales et qu'on peut lire en fait quand on est médecin.
03:15Et donc avant que sa patiente tombe en arrêt, c'est-à-dire qu'après c'est à plat,
03:19elle a fait imprimer ce qui s'est passé avant pour en faire une lecture médicale.
03:23Et c'est ça qu'elle va amener au professeur pour qu'il puisse lui donner son avis.
03:26Et lui, il va détecter une pathologie extrêmement rare, qu'elle n'avait aucune raison de faire.
03:32Et il va lui dire, il y a quelque chose qui cloche.
03:34Pour moi, c'est une hypercaliémie.
03:36C'est quelque chose qui n'aura pas dû arriver.
03:39Il faut avoir une insuffisance rénale, enfin ce qu'elle n'avait pas.
03:41Il n'y a aucune raison.
03:42Et il lui dit, je serai toi, je récupérerai toutes les poches et tout le matériel qui a servi à
03:47endormir cette patiente.
03:48Parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
03:52Et dans ce dossier, quand on parle de poche, de poche de soluté, de quoi il s'agit précisément ?
03:57Quand vous devez subir une opération, et notamment une anesthésie,
04:00on vous met toujours un cathéter dans le bras, un petit tube qui est relié à une potence sur laquelle
04:04on va placer des poches.
04:05Et celles-ci vont permettre de vous passer les médicaments dans le sang.
04:09Alors cette poche, à l'origine, il n'y a rien dedans, du sérum physiologique, enfin des choses très neutres.
04:13Et ensuite, il y a un petit embout par lequel on peut piquer avec la seringue.
04:15Et là, on rajoute tous les médicaments qu'on souhaite, d'abord pour vous endormir,
04:19mais ensuite, ça peut être un antidouleur pour quand vous vous réveillez.
04:22Et donc, c'est le biais par lequel tout ça passe dans votre sang, et puis d'ailleurs, est pompé
04:25par le cœur.
04:27Et donc, le professeur qui a formé l'anesthésiste Anne-Sophie Ballon lui dit d'aller récupérer les poches de
04:33soluté.
04:34À ce moment-là, plusieurs infirmières se rendent en voiture à la déchetterie.
04:38Oui, parce qu'en fait, il y avait des règles à la clinique qu'il fallait tout garder.
04:41Et alors, on ne sait pas trop pourquoi, malgré le fait que tout le monde ait tiqué tout de suite
04:45sur le fait que cet arrêt cardiaque a été très étrange,
04:47elles ont été jetées.
04:48Et quand ils s'en rendent compte, le camion vient de partir, il faut aller à la déchetterie.
04:52Donc, ces trois femmes prennent leur petite voiture, elles suivent le camion poubelle jusqu'à arriver à la déchetterie.
04:57L'arrière s'ouvre avec tous les sacs et tous les déchets qui tombent.
05:00Et là, elles se disent, on en a peut-être pour une heure, deux heures, cinq heures, on n'en
05:02sait rien.
05:02Et elles commencent à ouvrir les sacs et à farfouiller dans cette montagne de déchets.
05:07Et elles vont tomber sur le sac qui concerne Sandra Simard parce qu'elles retrouvent une radio.
05:11Donc, elles savent que le matériel qui est dans ce sac, c'est le sien.
05:14Ça donne quelque chose ?
05:15Ça donne quelque chose, oui, parce qu'on va l'envoyer tout de suite dans un laboratoire pour trouver ce
05:20qu'il y a dedans.
05:21Et l'hypercalémie, donc qui est un excès de potassium, c'est l'hypercalémie, c'est ce dont a souffert
05:26Sandra Simard, vraisemblablement.
05:27On va aller rechercher s'il n'y a pas du potassium parce qu'il faut bien comprendre aussi que
05:31quand on analyse des poches, il faut chercher quelque chose de spécifique.
05:34En médecine, on ne trouve que ce qu'on cherche.
05:36Et le potassium, là, il y en a normalement un tout petit peu, une quantité infinitésimale dans ces poches-là.
05:41On va se retrouver que 100 fois la dose.
05:43Et les calculs aussi de l'agence régionale de santé qui va se pencher sur ce cas vont donner un
05:49résultat hallucinant.
05:51C'est-à-dire que Sandra Simard, elle a reçu entre 12 et 15 grammes de potassium, de quoi tuer
05:55plusieurs fois.
05:56C'est pour ça que dans son cas, on va vraiment parler d'une miraculée.
06:04Et donc Sandra Simard, 36 ans, qui n'avait aucun antécédent médical, qui venait dans cette clinique se faire opérer
06:10du dos, fait un arrêt cardiaque.
06:12On comprend donc à ce moment-là qu'il y a un problème vu qu'il y a 100 fois
06:15la dose de potassium dans la poche de soluté.
06:18Une enquête démarre à ce moment-là.
06:19Le temps qu'on ait les analyses qui prouvent que ce n'est absolument pas un défaut de fabrication, mais
06:23nécessairement une malveillance,
06:25parce que pour mettre autant de potassium, il faut avoir vidé au préalablement une partie de la poche.
06:30Ça demande de la préparation, ça demande du temps.
06:32Là, on est le 19 janvier.
06:34Et là, le parquet de Besançon est alerté.
06:37Et la vice-procureure à l'époque, qui est en charge des urgences, Christine de Curez, reçoit l'alerte.
06:42En fait, c'est sa collègue même qui vient lui dire « j'ai quelque chose de très chelou ».
06:46Ce sont ses mots, elle l'a raconté à l'audience et elle lui explique une poche qui aurait pu
06:50être polluée par un soignant pour vouloir tuer une patiente.
06:53Sa première action, c'est de dire « non, ce n'est pas possible, c'est une erreur ».
06:56La procureure va demander au policier de se déplacer sur place à la clinique et le 20 janvier, quand ils
07:01arrivent, en même temps,
07:03il y a une autre complication cardiaque très grave, un patient qui s'appelle Jean-Claude Gandon,
07:07qui va lui aussi frôler la mort et qui lui a été endormi par un autre anesthésiste qui s'appelle
07:12Frédéric Péchier.
07:13Et le comportement de Frédéric Péchier ce jour-là va sembler un peu étrange.
07:17Lui qui d'habitude est toujours très en contrôle, semble un peu paniqué.
07:20Il a fait des allers-retours entre une salle puis une autre.
07:23Il dit des choses un peu décousues.
07:25Il demande à une infirmière de mettre une poche alors que ce n'est pas le moment.
07:27Il a un comportement un peu intriguant.
07:30Et puis, il dit à tout le monde très fort « regardez, moi aussi je m'en suis pris un.
07:33Pris un, pris un, pris quoi ? On ne sait pas trop sur le moment. »
07:37Donc tout ça va faire qu'il va plus intriguer qu'autre chose son comportement ce jour-là.
07:42Et puis aussi, on se dit deux cas en neuf jours, c'est rarissime.
07:46Et à ce moment-là, un rapprochement est effectué avec une autre complication grave qui s'était produite à la
07:51clinique en 2008.
07:52Il y a une réunion d'état-major avec les policiers.
07:55Il y a quelqu'un dans cette réunion qui va se dire « mais bon sang, moi j'ai travaillé
07:58sur des cas très étranges,
08:00avec des patients qui avaient reçu des doses de lidocaïne. »
08:04Il y avait une enquête, donc ce cas-là, 2008, à la clinique Saint-Vincent.
08:08C'est Damien Yellen qui a 53 ans, grand sportif, il se fait opérer des reins.
08:12Lui non plus, il n'a aucune raison de faire d'arrêt cardiaque.
08:15Et d'ailleurs, il va en mourir ce monsieur.
08:17Et en fait, son épouse, qui est infirmière, va tiquer, il va dire « il y a quelque chose qui
08:22ne va pas ».
08:23Et donc, il y a une enquête qui va être ouverte.
08:25Ils vont essayer de comprendre et on va trouver qu'il avait des doses de lidocaïne.
08:29C'est un anesthésique local.
08:30C'est quelque chose que, normalement, on vous met sous la peau, en sous-cutané,
08:34qui ne doit jamais aller dans les veines et donc jamais arriver au cœur.
08:37Il a reçu dix fois la dose létale.
08:40Enfin, il y a quelque chose d'invraisemblable.
08:41Mais à l'époque, on n'arrive pas à trouver quel est le problème.
08:44Et puis, il y a une autre enquête.
08:46Parce qu'en 2009, il y a trois cas très étranges qui se sont aussi produits dans une autre clinique
08:51qui s'appelle la Polyclinique de Franche-Comté.
08:53Et à ce moment-là, le procureur a demandé au policier de regarder un petit peu
08:57si on ne pouvait pas rapprocher ces cas-là.
08:59Et ils recroisent les noms.
09:00Puis ils vont tomber sur, qui aurait pu être présent dans les deux endroits,
09:03Frédéric Péchet.
09:04Sauf qu'à l'époque, personne ne sait comment l'empoisonneur s'y est pris.
09:07Et puis, il n'est pas là à certains moments.
09:09Donc, on le raye, finalement, de la liste des suspects.
09:11Et puis, finalement, cette enquête, elle ne va rien donner.
09:13Le policier le garde sur sa table en se disant, bon sang, je ne sais pas ce que c'est.
09:15Et puis, voilà, arrive cette réunion.
09:17Ou d'un seul coup, 2017, 2008, tout ça se rejoint.
09:21Et en 2017, qui mène l'enquête ?
09:23Qui fait quoi concrètement ?
09:24Alors, dans un premier temps, parce que la PJ est occupée sur une autre énorme affaire criminelle
09:28qui s'appelle l'affaire Narumi, une jeune japonaise qui est morte à Besançon,
09:32comme on ne mesure pas l'affaire que ça va devenir,
09:35c'est la sûreté départementale qui est d'abord saisie.
09:38Et puis, la PJ, finalement, va aussi travailler dessus.
09:41Puis on va même saisir l'OCRVP, l'Office Central de Répression des Violences aux Personnes.
09:45Voilà, les grands policiers parisiens qui vont se saisir de cette affaire
09:48parce qu'elle va prendre une ampleur démesurée.
09:51Parce qu'on a 2008, 2009, 2017.
09:53Et là, il y a déjà, en fait, un nom qui sort.
09:56C'est Frédéric Péchier, déjà.
10:02À ce moment-là, les médecins de la clinique qui sont entendus par les enquêteurs
10:05se refusent à croire qu'il y a un possible tueur, empoisonneur en tout cas, parmi eux.
10:10L'enquête, elle démarre vraiment avec quelques personnes qui sont au courant,
10:14la directrice, etc.
10:15Puis, au fur et à mesure, les policiers essayent d'en savoir plus.
10:17En plus, ils ne connaissent rien à la matière médicale.
10:19Ils n'ont pas accès aux dossiers médicaux des patients.
10:22Donc, c'est compliqué.
10:23Et puis, quand ils entendent les soignants, il y a un tabou absolu
10:26qui est le tabou de l'assassinat médical.
10:29Personne ne peut envisager, et surtout pas les soignants.
10:32Nous, déjà, en tant que patients, on n'y penserait pas.
10:33Mais des soignants pensaient qu'un des leurs peut vouloir tuer un patient.
10:38C'est juste fou.
10:39Donc, ils ne veulent pas y croire.
10:40Et puis, Frédéric Péché, il faut savoir que c'est quelqu'un, à l'époque,
10:43quand on les interroge dessus, ils n'ont que du bien à en dire.
10:46C'est quelqu'un qui est très impliqué dans la clinique,
10:48qui a fait des dernières techniques,
10:50qui passe un temps fou à la clinique,
10:51qui s'occupe de ses patients mieux que quiconque.
10:54Beaucoup disent qu'il est très sympathique.
10:56Enfin, voilà, il n'y a vraiment rien à lui reprocher.
10:58Et puis, il y a aussi quelque chose,
11:00c'est qu'en fait, il y a un devoir de confraternité.
11:02Quand vous êtes médecin, vous n'avez pas le droit de dire du mal
11:04d'un de vos confrères.
11:05Vous pouvez avoir des problèmes avec votre ordre.
11:07Donc, au départ, tout le monde se tait.
11:10C'est un mélange d'aveuglement, d'incrédulité et de confraternité.
11:15Mais de nombreux médecins sont placés sur écoute,
11:18parmi eux, Frédéric Péché.
11:19Que révèlent ces enregistrements ?
11:21Les soignants, les infirmières,
11:23les différents chirurgiens, anesthésistes,
11:25se lâchent, entre guillemets,
11:27beaucoup plus sur écoute que dans le bureau des enquêteurs.
11:30Et ils vont se rendre compte qu'en fait,
11:32il y a tout un tas de petites anecdotes, en fait,
11:33qui commencent à former un tableau.
11:35Il y a des gens qui ont des doutes,
11:36mais qui ne l'avaient pas dit ouvertement.
11:38Ils se posent des questions.
11:39Ils vont se rappeler que tel jour,
11:41c'est vrai qu'il avait une attitude bizarre.
11:42Ah, puis tu te souviens,
11:43le jour où il est allé chercher du potassium en cardiologie.
11:47Il y a tout un tas de petites choses
11:48qui vont finir par resserrer aussi un petit peu l'étau sur lui.
11:52Et puis lui, par contre, au téléphone,
11:55il commence tout de suite à dire à tout le monde
11:57qu'en fait, il y a un empoisonneur dans la clinique.
11:59À ce moment-là de l'affaire,
12:01personne ne l'envisage.
12:02Il n'y a que lui.
12:02C'est parfois l'affaire de quelques mots.
12:04Il parle à un moment.
12:05Il dit entre le cas d'Anne-Sophie,
12:06Anne-Sophie Ballon, donc le cas de Sandra Simard,
12:08mon cas.
12:09Il dit et les autres.
12:11Il y a quelqu'un qui nous veut du mal.
12:12Il y a quelqu'un qui met quelque chose dans les...
12:14Il ne finit pas sa phrase,
12:15mais on comprend que c'est les poches.
12:16Et en réalité, il a déjà, lui,
12:18mis sur la table l'hypothèse d'un empoisonneur en série.
12:21Oui, il dit mon cas et les autres,
12:23sauf qu'à ce moment-là,
12:24personne n'a connaissance d'autres cas d'empoisonnement.
12:26Tout le monde est en train de se poser des questions,
12:28mais c'est au fil des semaines
12:29qu'en fait, tout le monde va lever la main,
12:31dire mais écoutez, moi, c'est vrai qu'en telle année,
12:33j'ai eu un cas bizarre, j'ai jamais compris.
12:35Ma patiente est morte, je ne sais pas pourquoi.
12:36L'hôpital de Besançon,
12:37qui récupérait certains patients
12:39dans des états désespérés,
12:40se posait des questions.
12:41Alors, l'information était diluée.
12:44Donc, personne n'a le tableau total,
12:45à part l'empoisonneur, bien sûr.
12:50Tout s'accélère le mois suivant,
12:52en février 2017,
12:53quand Frédéric Péchier se prépare
12:55à partir en vacances sur l'île de la Réunion.
12:57À ce moment-là, en fait,
12:58les soupçons convergent déjà fortement,
13:01très fortement sur Frédéric Péchier,
13:02et notamment parce qu'après l'empoisonnement
13:05qu'il aurait subi sur son patient,
13:06Jean-Claude Gandon,
13:07il a demandé au laboratoire
13:09de faire des recherches hyper exhaustives
13:13sur les poches de M. Gandon,
13:15et d'aller rechercher
13:16toute une batterie d'anesthésiques locaux
13:19qui, normalement, n'auraient rien à faire là,
13:21qui n'ont même pas été utilisés
13:22pendant l'opération
13:23ni pendant l'anesthésie.
13:25Encore une fois,
13:26on ne trouve que ce qu'on cherche,
13:28mais pourquoi le chercher
13:29si on n'a pas une petite idée
13:31que ça peut se trouver dans cette poche ?
13:33Les policiers sont prêts
13:34à le place en garde à vue
13:35et ils apprennent qu'ils partent
13:36en vacances 15 jours
13:36et se disent très bien,
13:37ça nous donne encore 15 jours de plus
13:39pour travailler.
13:40Et au fur et à mesure,
13:41des auditions, des écoutes,
13:42ils ont de plus en plus de grains à moudre
13:43et à son retour de vacances,
13:45le 4 mars,
13:46il est placé immédiatement
13:47en garde à vue.
13:47Et les enquêteurs ont découvert
13:49entre-temps que les cas suspects
13:50sont très nombreux.
13:52Ils n'ont pas encore la photo totale,
13:54mais la clinique leur a donné
13:55déjà une liste de 43 cas.
13:57D'autres vont s'ajouter,
13:58il y a des patients eux-mêmes
13:58qui vont lever la main,
13:59qui vont aller au commissariat
14:00quand ils apprennent dans la presse
14:01qu'il y a une affaire,
14:02en disant mais attendez,
14:02moi j'ai une complication,
14:04j'ai jamais su.
14:05Il y a des familles
14:06à qui on avait proposé des autopsies
14:07qui avaient refusé,
14:08qui vont dire mon Dieu,
14:10mais ma mère,
14:10c'est peut-être d'un empoisonnement
14:11qu'elle est morte, etc.
14:12Donc tout ça va grossir,
14:14il va y avoir jusqu'à 70 cas étudiés en tout.
14:16À ce moment-là,
14:16qu'est-ce qu'il y a d'autre
14:17pour accuser Frédéric Péchier
14:19ou en tout cas le soupçonner ?
14:20Il y a ce fait-là
14:21qu'il est omniprésent,
14:22notamment dans les réanimations.
14:24En fait,
14:25on a toujours sur une feuille d'anesthésie
14:27le compte-rendu opératoire,
14:28tout ce que chacun fait,
14:29qui est intervenu,
14:30qui a prescrit tel ou tel médicament.
14:32Et donc,
14:32à chaque fois,
14:33son nom ressort.
14:34Et puis parfois,
14:34il a fait des choses
14:35un peu étonnantes,
14:36notamment dans le cas
14:37de Sandra Simard
14:37qui avait posé question
14:39parce qu'il avait injecté
14:40un antidote
14:42à l'hypercalémie,
14:43justement,
14:43ce qu'on ne pouvait pas deviner
14:45à ce moment-là.
14:46Donc c'est tout un tas
14:47de petites choses
14:47qui font que,
14:48dès qu'on ouvre un dossier,
14:49il y a le nom de Frédéric Péchier
14:50avec parfois des choses étonnantes.
14:54Pour les enquêteurs,
14:55quel est le scénario criminel
14:56qui se dessine ?
14:57En fait,
14:58on va le soupçonner
14:59d'avoir préparé à l'avance
15:00des poches polluées
15:01qui seraient déposées
15:03dans les chariots
15:04qui viennent au bloc opératoire
15:05et en plus,
15:06il avait toujours
15:07la latitude pour agir.
15:09Il était là la veille
15:10ou dans le bloc la veille
15:11ou le matin.
15:13Il arrive très tôt le matin,
15:156h du matin,
15:15il vient avec sa sacoche au bloc,
15:16une grosse sacoche
15:17qu'on a vue pendant le procès.
15:18Il venait avec sa grosse sacoche
15:20au bloc opératoire,
15:21ce que personne ne faisait.
15:22Normalement,
15:22ça doit être...
15:23Il gêne plus, plus.
15:24L'accusation pense
15:26qu'il transportait
15:27les poches polluées
15:28dans cette sacoche
15:29et qu'ensuite,
15:30il pouvait se promener
15:31puisqu'il avait une sorte...
15:32C'était un passe-muraille
15:33quelque part
15:33parce qu'il avait
15:35cette faculté
15:35à se déplacer un peu partout,
15:37aller voir les patients
15:37de tout le monde,
15:38y donner des conseils.
15:39Donc, en fait,
15:39ça ne surprenait personne
15:40de trouver Frédéric Péchier
15:42en salle d'accueil,
15:42en salle de réveil,
15:43même chez les patients des autres.
15:45Donc, il avait la latitude
15:46pour agir.
15:47Souvent,
15:47il était dans le bloc d'à côté.
15:48Il arrivait très vite
15:49dans les réanimations,
15:50parfois une minute après,
15:51parfois même avant
15:52que certains appareils sonnent,
15:54comme s'il avait
15:55un don de préscience.
15:56Résultat,
15:57on se dit,
15:57Frédéric Péchier,
15:58il y a quelque chose
15:59qu'il sait
15:59que les autres ne savent pas.
16:03Louise Colcombé,
16:04pendant le procès,
16:04de nombreuses victimes
16:05sont venues témoigner
16:06à la barre.
16:07Le vendredi 3 octobre,
16:08par exemple,
16:09une femme de 56 ans
16:10vient raconter
16:11à quel point
16:11sa vie a basculé
16:13suite à une opération
16:14de la vésicule biliaire
16:15en avril 2009
16:17qui a très mal tourné.
16:18Elle a fait
16:19un arrêt cardiaque.
16:20Elle a été victime
16:21d'un empoisonnement
16:22et depuis,
16:22des pans entiers
16:23de sa mémoire
16:24ont disparu.
16:25Oui,
16:26alors c'est très marquant
16:26cette femme
16:26qui s'appelle
16:27Bénédicte Boussard.
16:28Elle s'estime heureuse
16:29parce qu'elle sait
16:30qu'il y a 12 personnes
16:31qui sont mortes
16:31dans cette affaire.
16:32Elle a été sauvée
16:33mais alors,
16:34elle a des marques
16:35parce qu'elle a la poitrine brûlée
16:37parce que quand on vous réanime,
16:39on vous donne
16:39des chocs électriques.
16:40C'est très violent.
16:41Elle s'est réveillée
16:42comme Sandra Simard,
16:43attachée parce qu'avec
16:44les produits qu'on vous donne,
16:45vous avez des hallucinations,
16:46vous vous débattez,
16:48vous ne savez plus
16:48où vous êtes
16:49quand vous vous réveillez
16:49et donc ce qui est
16:55du tout
16:55de souvenir
16:56de la naissance
16:57de ses enfants,
16:58de son mariage,
17:00de son enfance
17:00et donc elle est venue dire
17:02heureusement que j'ai
17:02les albums de photos
17:03parce que sinon
17:04je ne saurais plus rien
17:05de tout ça.
17:06Autre témoignage
17:06qui vous a beaucoup marqué,
17:08celui d'Amandine Yelen
17:09qui a perdu son père
17:10en 2008
17:11lors d'une opération
17:12des reins
17:12à la clinique Saint-Vincent.
17:14C'est le premier cas
17:15dont on a parlé
17:16qui avait fait l'objet
17:17d'une enquête.
17:17Elle a toujours pensé
17:18qu'il y avait un problème.
17:20Dix fois la dose
17:20de lidocaïne
17:21dans une poche,
17:22ce n'est pas normal.
17:22Elle s'est battue
17:23pendant des années.
17:24Elle a pensé
17:25que la justice
17:26l'avait abandonnée.
17:27Elle s'est battue
17:27contre Vanzé Marais.
17:28Elle a toujours cru
17:29qu'il y avait quelque chose.
17:30Sa soeur est passée
17:31avant elle.
17:31Elle a bouleversé
17:32tout le monde.
17:33Elle a été très accusatoire.
17:34Elle a dit tout le mal
17:35qu'elle pensait
17:35de Frédéric Péché
17:36qui avait une défense
17:38un peu minable
17:39comme elle l'a dit.
17:40Et puis Amandine,
17:41en fait,
17:41c'est quelqu'un
17:41qui a un roc.
17:42Ça fait depuis 2017
17:44que je lui parle.
17:44Et là,
17:45elle s'est effondrée.
17:46En fait,
17:46elle était en larmes.
17:47Elle raconte en fait
17:48les derniers mois
17:48à son père.
17:49Elle est passionnée
17:50de chevaux.
17:51Donc elle avait
17:51que sa jument
17:52que son père lui a offert.
17:54Voilà,
17:54elle a des mots insouciants.
17:55Lui,
17:55il est un tout petit peu stressé
17:56mais elle n'est pas inquiète
17:57du tout.
17:57Il n'y a pas de problème.
17:58Elle lui dit
17:59mais t'inquiète pas
17:59on s'appelle demain.
18:01Et puis le lendemain,
18:01elle voit son téléphone
18:02il écrit papa.
18:03Et puis c'est pas papa en fait.
18:05C'est l'anesthésiste en charge
18:06qui l'appelle
18:06pour lui dire
18:07pas que son père
18:07il est mort.
18:08Et elle ne s'en est jamais remis.
18:09Et pour Amandine
18:17vous a aussi frappé
18:17c'est la douleur
18:18des médecins,
18:19des soignants
18:19qui ont perdu
18:20des patients victimes
18:21d'empoisonnement.
18:22Je n'avais pas imaginé
18:23à quel point
18:23ils avaient pu être
18:25marqués par ça.
18:26Mais à tout niveau
18:26les infirmières anesthésistes
18:28qui ont pu mettre
18:29des poches empoisonnées
18:30sans le savoir.
18:31Elles ont été le bras armé
18:32de l'empoisonneur.
18:34Des anesthésistes
18:34qui ont perdu des patients
18:35c'est-à-dire qu'une de ces anesthésistes
18:37qui a parlé
18:38d'un contrat moral
18:39avec le patient
18:39c'est-à-dire
18:40je t'endors
18:40mais je dois te réveiller.
18:41Et quand il ne se réveille pas
18:42c'est un drame
18:42c'est votre responsabilité.
18:44Même en sachant aujourd'hui
18:45que ce n'est pas de leur faute
18:46ils s'en veulent.
18:47Il y en a qui étaient en larmes
18:48à la barre
18:48en évoquant rien que
18:50le nom de ces personnes.
18:51Il y a un anesthésiste
18:52qui raconte aussi
18:53qu'il a perdu une patiente
18:54c'est le jour
18:55de l'anniversaire de son fils.
18:57Et donc chaque année
18:57quand il fête
18:58cet anniversaire
18:59il pense à cette dame-là
19:01et il s'en veut.
19:02C'était très frappant.
19:06Louise Colcombe
19:07à la fin de ce procès
19:08et après un réquisitoire
19:09de deux jours
19:10le vendredi 12 décembre
19:11les deux avocates générales
19:13réclament à l'encontre
19:14de Frédéric Péchier
19:15la peine maximale
19:16la réclusion à perpétuité
19:18avec une peine de sûreté
19:19de 22 ans.
19:20Décrivez-nous ce réquisitoire.
19:22C'est un réquisitoire
19:23qui a duré deux jours
19:24comme on l'a dit
19:25une partie technique
19:25et puis une partie
19:27très dans l'émotion
19:28qui est montée crescendo
19:29avec une dernière journée
19:30menée tambour battant
19:32je crois que c'est l'un
19:33des réquisitoires
19:33les plus fous
19:35que j'ai jamais entendu
19:35avec l'une des deux
19:38avocates générales
19:39Christine de Curez
19:39qui a expliqué
19:40pourquoi elles sont certaines
19:41qu'il est coupable
19:42et notamment
19:42en s'étant créé un alibi
19:44en empoisonnant son propre patient
19:45Jean-Claude Gandon
19:46et c'est le cas
19:47sur lequel en fait
19:48on a le plus de preuves
19:49elles lui ont dit
19:51que c'était une façon
19:51d'avoir écrit
19:52sur son front coupable
19:53en lettres rouges
19:54et ensuite
19:54elles sont parties
19:55sur la personnalité
19:57Christine de Curez
19:57était inarrêtable
19:58elle lui a dit
19:59qu'il était une injure
20:00à la médecine
20:00qui ne méritait pas
20:01le titre de docteur
20:02qui n'en était pas digne
20:03qu'il avait fait
20:04de cette clinique
20:05un cimetière
20:06elle l'a surnommé
20:07docteur la mort
20:08avec un crime
20:09à double lame
20:10la mort des patients
20:11et l'atteinte psychique
20:13insidieuse
20:14de ses confrères
20:15c'était absolument fou
20:17et lui n'a pas bougé
20:18une seconde
20:19alors que même nous
20:21journalistes à deux mètres
20:22on était atteint presque
20:23par la force des mots
20:24et lui il est resté
20:25complètement de marre
20:26et les avocates générales
20:27récusent l'idée
20:28selon laquelle
20:28Frédéric Péchier
20:29était un pompier pyromane
20:31c'est à dire
20:31qu'il provoquait
20:32des empoisonnements
20:33pour mieux sauver
20:34ensuite les patients
20:35en effet
20:36elles soutiennent
20:36que s'il est si souvent
20:38dans les réanimations
20:39c'est pas pour sauver
20:40l'argument
20:41il est presque de bon sens
20:42le premier patient
20:43c'est Damien Yellen
20:44on l'a dit
20:44il meurt
20:45la deuxième patiente
20:46elle meurt aussi
20:46si c'est pour sauver les gens
20:48bah en fait
20:49et qu'on n'y arrive pas
20:50on arrête
20:50et Frédéric Péchier
20:51était très bon
20:51en réalité
20:52pour l'une des avocates générales
20:55elle dit
20:55quand on veut sauver les patients
20:57bah on n'en laisse pas 12
20:58sur le carreau
21:05merci Louis Colcombé
21:07dans le deuxième
21:08et dernier épisode
21:09de Code Source
21:09consacré à ce procès
21:11on va se concentrer
21:12sur la personnalité
21:13de Frédéric Péchier
21:14son parcours
21:15et ses motivations profondes
21:17d'après l'accusation
21:18je rappelle que
21:19Frédéric Péchier
21:20a été condamné
21:20à la perpétuité
21:21le jeudi 18 octobre
21:23il a fait appel
21:24il est donc présumé innocent
21:26cet épisode de Code Source
21:27a été produit par
21:28Clara Garnier-Amourou
21:29Thibaut Lambert
21:30et Anaïs Godard
21:31réalisation
21:32Pierre Chafonjon
21:33n'oubliez pas
21:35Crime Story
21:35notre podcast hebdomadaire
21:37consacré aux affaires criminelles
21:38un nouvel épisode
21:39chaque samedi
21:40avec
21:41Claudia Prolongeau
21:42et Damien Delsen
21:43et Damien Delsen
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