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Ce Français remue ciel et terre depuis six ans pour obtenir le droit de revoir ses enfants, enlevés son ex-épouse Japonaise sur fond de divorce compliqué. Une pratique courante sur l’archipel où la garde alternée n’est pas dans les mœurs. Vincent Fichot raconte son combat dans Code source au micro de Barbara Gouy.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : Franceinfo
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le mercredi 13 novembre, un film est sorti au cinéma, une part manquante de Guillaume Senez avec Romain Duris.
00:18Ce film raconte le combat d'un père pour retrouver sa fille enlevée par sa mère au Japon.
00:24A cette occasion, le Parisien a raconté l'une des histoires vraies qui ont inspiré le long métrage, celle de
00:31Vincent Fichaud, cet homme âgé de 42 ans, travaillé dans la finance.
00:35Il a vécu des années au Japon, il s'est marié avec une japonaise, il a eu deux enfants avec
00:40elle, mais suite à un divorce compliqué, la mère est partie avec les deux enfants, elle les a enlevés.
00:46Et aujourd'hui, il ne peut avoir aucun contact avec eux depuis des années, malgré un long combat judiciaire et
00:52médiatique, il a été jusqu'à mener une grève de la faim.
00:56Barbara Gouy a rencontré Vincent Fichaud pour Codesources.
01:07Je rencontre Vincent Fichaud en Provence dans un petit village près de Harle.
01:12Il m'accueille dans la maison de ses parents où les photos de son fils Tsubasa et de sa fille
01:17Kaede surplombent le salon.
01:19Depuis qu'il est rentré du Japon il y a deux ans, Vincent vit dans cette maison qui n'est
01:23pas celle de son enfance.
01:25Lui et sa grande sœur, de trois ans son aîné, ont été habitués dès tout petit à souvent déménager.
01:32Papa était gendarme et à chaque fois qu'il prenait du galon on devait déménager et en moyenne c'était
01:36tous les trois ans.
01:37Et ensuite je suis parti en école de commerce à Marseille et puis j'ai commencé ma carrière à l
01:42'étranger en 2003.
01:46Vincent est trader, il part d'abord travailler à New York pendant deux ans, puis il continue sa carrière à
01:51Londres.
01:52En 2006 il est muté à Tokyo.
01:54Je connaissais très peu du Japon. En fait mes connaissances du Japon c'était ce que l'on avait appris
01:59en cours d'histoire géo au collège.
02:02J'avais vraiment aucun intérêt, j'étais pas un fou de manga, pas un fou de la culture nippone.
02:06C'était simplement pour moi vraiment une opportunité professionnelle, une belle opportunité qui s'ouvrait, que j'ai saisie.
02:11Dès son arrivée au Japon il rencontre une femme, Maiko, dont il tombe amoureux.
02:15J'ai rencontré rapidement mon épouse, enfin mon ex-épouse qui était charmante, qui était très internationale et qui très
02:21rapidement m'a offert de découvrir le Japon, les coutumes, la façon de vivre.
02:26Elle m'a aidé à m'installer aussi parce que je ne parlais pas japonais, il fallait que je trouve
02:29un logement.
02:30Et elle m'a accueilli agréablement et elle m'a fait découvrir vraiment les bons côtés du Japon.
02:36Vincent et Maiko filent le parfait amour et se marient en 2009.
02:40Au début il y avait quelques soucis avec mes beaux-parents qui étaient très réticents à ce qu'un blanc
02:44en fait rentre dans la famille.
02:47Mais les grands-parents de mon ex-épouse m'ont accueilli à bras ouverts.
02:51Pépé était policier à la retraite au Japon et du fait que mon père était gendarme, on s'est lié
02:57d'amitié et on allait passer un week-end tous les mois chez eux.
03:00Ils habitaient au nord de Tokyo. C'est avec Pépé d'ailleurs que j'ai appris à parler japonais.
03:03Deux ans après leur mariage, le jeune couple essaye d'avoir un enfant.
03:07Mon épouse a fait une fausse couche malheureusement à un stage assez tard et ça a causé quelques problèmes dans
03:13le couple parce que ça a porté du stress bien entendu de son côté.
03:16Il y avait un côté physique, un côté mental. C'était dur d'accepter la situation.
03:21Et on s'est rendu compte qu'on aurait dû demander de l'aide pour qu'il puisse tomber enceinte.
03:25On est allé dans une clinique de fertilité où on a fait une five et nous avons eu un premier
03:31enfant qui s'appelle Tsubasa René au mois d'août 2015.
03:42La semaine où il est né, j'ai démissionné de mon travail parce que je voulais être à la maison
03:46avec Tsubasa.
03:48Quand mon épouse était à la maternité, je suis allé démissionner et j'ai passé les six premiers mois avec
03:52le petit à la maison à lui donner le bain, à le nourrir, à le changer.
03:56Et puis je suis retourné au travail six mois plus tard. Tsubasa intègre la crèche et puis mon ex-épouse
04:02se plaint un peu de la charge de travail qu'il y avait à la maison.
04:05Mon épouse me demande à ce moment-là d'avoir un deuxième enfant et je lui dis qu'on devait
04:09d'abord essayer de s'organiser, essayer de travailler un peu plus sur le couple.
04:11Parce qu'avec l'arrivée de Tsubasa, nos habitudes avaient changé, il y avait beaucoup plus de tensions.
04:15Quelques mois plus tard, je suis rentré de la maison et elle m'annonçait qu'elle était enceinte.
04:18Vincent et Maïko avaient laissé des gamètes à la clinique de fertilité pour potentiellement avoir un deuxième enfant.
04:25Vincent se rend alors compte que sa femme a fait un faux pour pouvoir utiliser ses gamètes.
04:30À ce moment-là, Vincent se sent trahi, mais il est tout de même heureux de redevenir papa et qu
04:35'a aidé né en septembre 2017.
04:37Les mois suivants, les problèmes de couple s'aggravent.
04:40Quand la petite avait 8-9 mois, les problèmes de couple continuaient, s'aggravaient.
04:46J'ai fait une demande de divorce à mon épouse.
04:49Qu'elle a refusé.
04:50J'ai ensuite saisi un avocat en notifiant mon épouse parce que je voulais que ce soit vraiment une séparation
04:54amiable pour isoler les enfants des problèmes de couple.
04:57Qu'elle a refusé.
04:58Et nous sommes venus en France en juillet 2018 pour la première fois avec Kaede.
05:03Et nous sommes retournés au Japon fin juillet 2018 sans savoir ce qui allait se passer.
05:11Le 10 août 2018, je pars au boulot le vendredi.
05:15Je quitte la maison, c'est à peu près 6h du matin.
05:16Je vais faire un bisou à Kaede Tsubasa.
05:19Et la maison était normale.
05:21Je suis rentré du travail près à 6h le soir.
05:25Et au moment où j'ouvre la porte, je me rends compte que la maison est vide.
05:28Des sols au plafond.
05:30Donc là, paniqué, j'essaye d'appeler mon ex-épouse.
05:32Je n'arrive pas à la joindre.
05:33J'appelle ainsi l'avocat que j'avais rencontré.
05:36Et là, très calmement, il me dit, mais vraiment sereinement, il me dit, ça y est, c'est fait.
05:40Elle a enlevé les enfants et tu ne les reverras plus.
05:45Je ne comprenais pas.
05:46Et il me dit, écoute, maintenant, si tu veux des enfants, il va falloir que tu rencontres une nouvelle personne
05:50et fasses d'autres enfants.
05:52Alors que mes enfants venaient juste d'être enlevés.
05:53Donc là, je suis vraiment dans l'incompréhension totale.
05:56Il explique qu'il faut que la police vienne attester de l'enlèvement, que la maison a été vidée.
06:00Et puis il m'a dit, non, non, mais la police ne veut pas s'initier dans les affaires de
06:03famille.
06:04On se contacte lundi, mais il n'y a rien à faire.
06:06Donc là, tout à foulé, j'appelle mon père, qui était gendarme.
06:09Il me dit, non, mais t'inquiète, c'est un enlèvement, c'est une soustraction de mineurs.
06:12La police va venir, va faire un état des lieux.
06:14Et en fait, la police n'a jamais voulu recevoir ma plainte en 6 ans.
06:22Trois jours après l'enlèvement de ses enfants, Vincent reçoit une lettre de l'avocate de son épouse,
06:26dans laquelle elle explique qu'il ne peut pas espérer revoir ses enfants pour une période indéterminée.
06:31Dans les jours qui suivent, Vincent retrouve des vêtements de Tsubasa et Kaede dans la machine à laver.
06:36Il comprend alors que Maiko revient à la maison de temps en temps, lorsqu'il est au travail.
06:41J'ai embauché un détective privé, qui était certifié par les tribunaux,
06:44parce que je voulais vraiment être carré dans mon approche.
06:47On a mis des caméras dans la maison et dans le garage.
06:49Et en fait, le lendemain de l'installation, on la voit à la maison, elle revient,
06:53et elle fait ses machines à laver, et puis elle est au téléphone avec ses copines à la maison,
06:56comme si de rien n'était, ce qui est assez ahurissant.
06:59Et c'est sur une de ses vidéos où on voit que la petite commence à pleurer.
07:02Donc elle était accompagnée de Kaede, qui avait 11 mois à l'époque.
07:06Et la petite commence à pleurer, elle l'enferme dans le coffre de la voiture.
07:10Et là, on est au mois d'août au Japon, ce qui est assez chaud.
07:12Et puis, la voiture étant dans le garage, elle retourne à la maison, vaquée à ses occupations,
07:16et elle revient plus tard.
07:18Elle remonte dans la voiture et elle part de la maison avec la petite toujours dans le coffre.
07:22Et c'est la dernière fois que j'ai vu Kaede, en fait.
07:26Donc là, je retourne à la police avec la copie du DVD, mon avocat, le détective privé,
07:32et je leur montre la vidéo, et la police me dit, on n'en a rien à faire, dégagez.
07:37Donc je lui dis, écoutez, c'est pas possible, vous prenez ma plainte pour enlèvement, c'est n'importe quoi.
07:42Et il me dit, non, non, on n'interviendra pas.
07:43Alors là, je leur dis que j'avais embauché un détective privé,
07:46que j'essaierai de retrouver mes enfants,
07:48et que je ramènerai les enfants à la maison, puisque c'est pas de l'enlèvement d'enfants.
07:52Et là, la police m'a dit, si tu ramènes tes enfants chez toi, on t'arrête pour enlèvement.
07:59Vincent va avoir ses beaux-parents pour avoir des informations, mais il refuse de lui parler.
08:04Il décide de médiatiser l'enlèvement de ses enfants en organisant une conférence de presse en décembre 2018 à Tokyo.
08:11Quelques jours auparavant, il reçoit un fax de l'avocate de son épouse,
08:14sur lequel Maiko décrit plusieurs scènes de violences conjugales.
08:21Et là, j'ai reçu une liste d'accusations de mon ex-épouse assez vague,
08:25dans laquelle, en fait, elle a accusé mes parents de l'avoir séquestrée pendant deux semaines,
08:29quand on était en vacances dans le sud, chez eux.
08:32Donc, heureusement que j'avais téléchargé tous ces blogs, en fait, qu'elle a effacés au moment des accusations,
08:36que j'ai pu retrouver sur Internet, où, bon, on la voyait en photo dans les bars-restaurants,
08:41des choses qu'elle avait même bloguées elle-même, en disant qu'elle s'amusait...
08:45Voilà, c'est ces copies de cartes de crédit où on montrait qu'elle était à Aix,
08:48à Aix-en-Provence, chez Sephora, ou dans un resto à Nîmes,
08:51qu'elle n'était pas séquestrée.
08:53Quand le juge lui a demandé de s'expliquer, elle a répondu qu'en fait,
08:56elle avait été séquestrée seulement quand elle n'allait pas faire du shopping.
08:59Donc ça, ça a permis vraiment d'écarter, si vous voulez, la motivation de l'enlèvement.
09:04En fait, vous n'avez pas besoin de faire ça au Japon, ça, c'était additionnel.
09:07Il n'y a même pas besoin de se justifier.
09:09Et c'est pour ça qu'elle ne voulait pas se justifier au début.
09:11Les accusations étaient dans le but d'arrêter la médiatisation de l'affaire.
09:15Vincent rencontre une avocate française, Jessica Finel,
09:18qui lui explique qu'il peut porter plainte au pénal en France
09:21comme ses enfants ont la double nationalité.
09:23Ce qu'il fait.
09:24Vincent se lance dans une bataille médiatique et judiciaire
09:27avec d'autres parents qui vivent la même chose que lui.
09:30En mars 2019, je suis allé présenter au Sénat à Paris
09:34avec d'autres papas et mamans françaises qui vivaient ce drame.
09:37Et j'ai invité Jessica Finel à venir avec moi
09:40pour qu'elle comprenne un peu plus l'ampleur du problème.
09:42Et quand elle est arrivée dans le Sénat,
09:44où elle a vu tous ses papas et ses mamans qui vivaient cette tragédie,
09:46elle s'est dit, mais ce n'est pas possible,
09:47c'est vraiment un phénomène de masse.
09:49On va pouvoir déposer une plainte auprès du Haut Conseil des droits de l'homme des Nations Unies
09:52pour violation grave des droits de l'enfant contre le Japon.
09:54Donc on a déposé plainte d'abord au pénal en mai 2019
09:58pour soustraction et maltraitance contre mon épouse.
10:01Et ensuite, en août 2019, on a organisé une action collective auprès des Nations Unies.
10:06C'était une action qui regroupait dix papas et mamans de quatre pays,
10:10du Japon, d'Italie, de France et des États-Unis,
10:12dont les enfants avaient été enlevés des années auparavant.
10:15Vincent et d'autres parents dont les enfants japonais ont été enlevés
10:18rencontrent le président Emmanuel Macron
10:20peu de temps avant qu'il fasse une visite diplomatique au Japon en juin 2019.
10:25Emmanuel Macron évoque ensuite leur situation avec le premier ministre japonais, sans succès.
10:31Mais Vincent ne perd pas espoir et continue de se battre pour revoir ses enfants.
10:35En mars 2020, il se rend au Parlement européen
10:38avec d'autres parents dans la même situation que lui
10:40pour parler des enlèvements d'enfants au Japon.
10:45Et quatre mois plus tard, en juillet 2020,
10:46le Parlement européen votait à la quasi-unanimité
10:50une résolution demandant au Japon, dans ses termes,
10:52de mettre un terme aux enlèvements d'enfants européens sur le sol japonais.
10:56Ce qui était très fort.
10:57On pensait que ça allait vraiment changer la donne.
10:59Et le lendemain du passage de cette résolution,
11:02le ministère des Affaires étrangères japonais
11:04a organisé une conférence de presse
11:05en disant que les Européens n'avaient rien compris au Japon
11:08et qu'il n'y avait pas de problème d'enlèvement d'enfants.
11:10Cette année-là, en 2020,
11:12pour la première fois depuis l'enlèvement,
11:14Vincent a des nouvelles de ses enfants.
11:16Alors, au travers des autorités judiciaires japonaises,
11:18j'ai pu obtenir deux informations de mes enfants.
11:20On m'a donné la taille en centimètres de chaque enfant.
11:24Le petit, à l'époque, avait cinq ans.
11:26Et il pensait que j'étais parti vivre à Hawaï,
11:28mais qu'il voudrait que je revienne parce que je lui manquais.
11:30Et la petite pensait que j'étais mort.
11:32Et elle avait trois ans à l'époque.
11:34En fait, pour moi, ce qui est très dur,
11:36c'est qu'ils aient cet sentiment d'abandon.
11:39Parce qu'en tant que parent,
11:41bien sûr, on traverse des périodes difficiles
11:42de ne pas voir ses enfants,
11:43de devoir faire le deuil de ses petits tous les jours.
11:45Parce que, quelque part, c'est comme s'ils étaient morts.
11:47Mais ils ne le sont pas.
11:48Donc, vous allez vous coucher pour essayer de trouver le sommeil.
11:50Vous faites le deuil.
11:51Mais le matin, vous vous réveillez.
11:52En fait, vous dites, non, il y a encore du combat.
11:54On va peut-être se revoir dans 10, 15, 20 ans.
11:56Je ne sais pas.
11:58Ça, en tant que parent, c'est notre travail de le gérer.
12:01Mais ça fait mal de savoir que des enfants très jeunes
12:04vivent avec ce sentiment d'abandon.
12:06Peut-être ce sentiment de culpabilité en se disant
12:08« J'ai dû faire quelque chose ».
12:10Alors qu'en fait, on est là, on se bat pour eux.
12:12C'est très difficile du point de vue de l'enfant,
12:14si vous voulez, d'accepter ça.
12:15Pas du point de vue du parent.
12:16Tous les mois, Vincent verse 5 500 euros de pension alimentaire à sa femme
12:20et en parallèle, les frais de justice s'accumulent.
12:23À cause de toutes ses dépenses, Vincent est ruiné.
12:26En décembre 2020, il est obligé de vendre sa maison
12:29dans laquelle il avait redécoré la chambre de ses enfants
12:32dans l'espoir qu'il revienne un jour.
12:34Il continue quand même de vivre à Tokyo pour chercher ses enfants.
12:37À l'été 2021, le Japon accueille les Jeux olympiques,
12:40l'occasion parfaite pour Vincent de médiatiser son histoire à l'international.
12:45Il quitte son travail et décide de faire une grève de la faim
12:48près du stade olympique.
12:49Il commence le 10 juillet.
12:51C'est vraiment bizarre parce qu'on est dans cette optique
12:53où on se dit « on donne tout ce qu'on a,
12:56il ne me reste plus que moi et je vais les donner jusqu'au dernier gramme aux petits ».
12:59J'avais contacté quelques médias et des associations de parents,
13:03de papa et de maman japonaise qui vivaient ça,
13:05en leur disant « il faudra venir me soutenir ».
13:07Et puis le jour où j'y arrive, j'ai mes drapeaux
13:10qui informent que je fais une grève de la faim
13:11parce que les enfants au Japon se font enlever.
13:14Les premières nuits, c'était bizarre.
13:16Vous dormez dans la rue, tout simplement.
13:18C'est une expérience assez bizarre.
13:19Mais après, la motivation, vous le faites pour une bonne cause.
13:22Et puis petit à petit, j'ai vu que la médiatisation marchait.
13:26Il y a eu des articles qui ont été faits par l'AFP
13:28qui ont été repris dans plus de 30 journaux,
13:30mais des journaux de l'Inde, du Mexique.
13:33Et en fait, ces articles touchaient le ressortissant au Japon
13:36qui vivait la même chose.
13:38Quelle que soit la météo, depuis 12 jours,
13:40Vincent Fichaud ne bouge pas.
13:42Il s'est installé à une centaine de mètres du stade olympique
13:45et ne mange plus.
13:47Il me reste 80 kilos, je les donnerai.
13:49À mes enfants, tous.
13:51Et ce n'est pas un acte de désespoir,
13:53c'est vraiment un acte d'amour envers eux.
13:56Et à un moment donné, je crois que c'était le 8e jour,
13:59il y a une association de mamans au Japon
14:01qui vivent ce drame et qui sont venues avec des pancartes.
14:03Elles étaient une vingtaine de cinq pays différents.
14:06Et elles défilaient toutes avec les photos de leurs enfants
14:08et le nombre d'années qu'elles n'avaient plus vues leurs enfants.
14:12Donc il y avait des mamans, ça faisait 10 ans, 15 ans
14:13qu'elles n'avaient plus vues leurs enfants
14:14parce que leur mari les avait enlevés.
14:17Et là, ça a été, si vous voulez,
14:18une sorte de moment clé de la grève de la faim.
14:20Il y a vraiment une prise de conscience de la problématique
14:22du fait que ça touchait japonais, étrangers.
14:25Ce n'était pas que deux étrangers ou un étranger
14:27qui avaient pété un câble et qui faisaient sa grève de la faim.
14:29Et surtout que ça a impacté les papas et les mamans.
14:34Et ensuite, il y a eu beaucoup de lycéens et lycéennes japonais
14:37qui sont venus me voir.
14:38Ils s'assiaient avec moi pendant une demi-heure,
14:40les jours suivants,
14:40pour me dire qu'ils n'avaient pas vu leur père ou leur mère
14:43depuis des années.
14:44Ils se mettaient à pleurer.
14:45Ils disaient « Mais voilà, il me manque ».
14:47La grève de la faim a marché dans ce sens-là
14:49où il y a eu vraiment une prise de conscience du public.
14:52En général, qui montrait que ça touchait tout le monde,
14:54toutes les catégories de la société,
14:55hommes, femmes, japonais, étrangers.
14:58Mais aussi des victimes qui se sont dit
14:59« Mais en fait, c'est ce qui m'arrive. »
15:01Et moi, j'ai été enlevé.
15:06Et au bout d'un peu plus de trois semaines,
15:07je m'évanouissais de plus en plus tous les jours
15:09avec la chaleur, la déshydratation et le manque de nourriture.
15:12Donc j'avais perdu 24 kilos en trois semaines.
15:15Et je me suis levé une fois pour aller aux toilettes.
15:18Et quand je me suis levé, je me suis évanoui
15:20et je suis tombé sur la tête.
15:21Et j'ai fini à l'hôpital où j'ai dû subir deux opérations.
15:25Donc ça a été la fin de la grève de la faim.
15:30Quatre mois plus tard, un mandat d'arrêt international
15:33est émis contre son épouse Maiko.
15:35Mais la police japonaise ne veut rien entendre
15:37et ne compte pas respecter ce mandat d'arrêt.
15:40Vincent arrive au bout de ses ressources financières
15:42et en décembre 2022, il ne peut plus financer sa vie au Japon.
15:46Il est obligé de retourner en France.
15:48C'était très dur de quitter le Japon
15:49parce que j'avais l'impression qu'en fait,
15:51je quittais le combat, si vous voulez.
15:54Et c'était plus difficile pour moi.
15:55Je me suis dit que ça allait être beaucoup plus difficile pour moi
15:57de justifier aux enfants que je m'étais battu.
15:59Parce que de quitter le Japon, je les abandonnais en fait.
16:02En avril 2023, la justice japonaise acte le divorce de Vincent et Maiko,
16:07même si Vincent s'y opposait pour ne pas perdre l'autorité parentale sur ses enfants.
16:11Ils ont attribué l'autorité unique à mon épouse
16:14et moi j'ai perdu tout lien légal, juridique avec mes enfants ce jour-là.
16:18Cinq ans plus tard.
16:19Donc en fait, ce qu'il faut savoir, c'est que pendant cinq ans,
16:22j'avais l'autorité parentale en même titre que mon épouse,
16:24aucune restriction de voir les enfants.
16:25Mais du fait de son choix, le jour où elle a enlevé les enfants,
16:28j'avais en pratique perdu tout contact et tout lien avec les petits.
16:33Ils justifiaient leur décision en disant que je n'avais pas vu les enfants depuis cinq ans,
16:37que les accusations mensongères de mon épouse ne tenaient pas,
16:41mais que les enfants ne connaissaient plus rien de moi.
16:44Donc ça allait les perturber s'ils devaient me revoir un jour,
16:47que l'existence du mandat d'arrêt ne les dérangeait pas
16:49puisque ce ne serait pas respecté au Japon.
16:51Et ça, c'est écrit noir sur blanc.
16:54Vincent est rayé du livret de famille.
16:56Ces enfants n'ont plus aucun moyen de savoir qui est leur père.
16:59Mais un nouvel événement redonne de l'espoir à Vincent.
17:02Il est contacté par le réalisateur Guillaume Senez,
17:05qui prépare un film sur les enlèvements d'enfants au Japon.
17:08Avec d'autres parents dans la même situation,
17:11il lui raconte son histoire.
17:12Et le film Une part manquante sort en salle le 13 novembre 2024.
17:17La sortie du film va pouvoir justement changer peut-être ses meurs au Japon,
17:21si on arrive à ce qu'il soit diffusé au Japon.
17:23C'est l'espoir que Kaedei Tsubasa s'identifie à Lily
17:28et qu'il se dise « mais en fait, c'est ce qui m'est arrivé,
17:30papa n'a jamais cessé de se battre pour nous »
17:32et que les enfants fassent le premier pas.
17:34Parce que si les enfants ne font pas le premier pas,
17:36ce sera très difficile pour nous de se réunir.
17:38J'espère qu'ils voient le film,
17:40ils sont trop jeunes pour aller au cinéma d'eux-mêmes,
17:42mais qu'il soit diffusé sur une plateforme
17:44et que dans 4-5 ans, pendant leur adolescence,
17:46qu'ils puissent voir le film et que ça leur pose des questions.
17:48Et moi, je continue à laisser des traces sur les réseaux sociaux.
17:52Donc c'est créer un compte Instagram à leur nom,
17:53un compte TikTok, un compte Facebook,
17:55que quand ils veulent construire eux-mêmes leur profil,
17:58ils disent « non, mais en fait, ça existe déjà,
18:00mais qui sait qu'ils portent le même nom de famille que moi
18:01et que là, je puisse leur laisser des messages sur les plateformes. »
18:05Et puis ils verront toutes les démarches qu'on a faites
18:06avec le président, l'Europe, l'ONU, la grève de la faim, le mandat d'arrêt,
18:10qu'ils voient que si je n'ai pas été le papa qui les amenait au foot
18:13ou à la danse ou qui leur donnait le bain plus tard,
18:16j'ai été le papa qui a passé son temps à se battre pour, en fait.
18:20Un papa différent.
18:36Barbara, dans l'espoir de retrouver ses enfants,
18:39Vincent Fichaud a même été jusqu'à créer une application.
18:42Oui, elle s'appelle Find My Parents et il l'a créée avec deux Américains.
18:45L'idée de cette application, c'est que les parents et les enfants enlevés
18:49créent une sorte de profil sur l'application.
18:51Et sur ce profil, ils peuvent renseigner une cinquantaine d'éléments
18:53comme la date de naissance, mais aussi la peluche préférée de l'enfant, par exemple.
18:57Et ensuite, grâce à ces informations, si deux profils correspondent,
19:00l'enfant reçoit un message et il peut choisir s'il veut rencontrer ses parents ou non.
19:04Et Vincent aimerait que cette application lui permette de retrouver ses enfants à terme.
19:08Mais aujourd'hui, elle n'a pas été lancée encore au Japon
19:09parce que c'est un coût assez important pour lui.
19:12Par contre, il a donné son algorithme aux Ukrainiens
19:14pour qu'ils puissent l'utiliser depuis le début de la guerre en Ukraine
19:17où des enfants ukrainiens ont été enlevés par la Russie.
19:19Donc son application est déjà en route,
19:21mais il veut la lancer au Japon dans les prochains mois.
19:23Quand on écoute ce témoignage, on a l'impression que Vincent Fichaud
19:26n'obtient pas gain de cause des autorités japonaises
19:28parce qu'il est français et parce que la mère des enfants est japonaise.
19:31Est-ce que c'est le cas ?
19:32Non, pas du tout.
19:33Vincent m'expliquait que la plupart des parents qui rencontrent ce problème sont japonais.
19:37Ce n'est pas un problème qui touche que les étrangers au Japon.
19:39En fait, ce que la police japonaise lui a expliqué,
19:41c'est que le premier parent qui s'en va avec les enfants
19:44obtient la garde exclusive,
19:45peu importe qu'il soit français, japonais ou américain.
19:47Et ça peut être la mère comme le père.
19:49Mais il me disait aussi que la culture au Japon
19:51fait que les parents japonais dont les enfants ont été enlevés
19:53ne les bruitent pas autour d'eux.
19:55Ils n'étalent pas leurs problèmes familiaux sur la place publique
19:57parce qu'ils restent assez secrets sur leurs affaires familiales.
20:00Donc c'est souvent les parents étrangers
20:01qui parlent plus de ces problèmes dans les médias.
20:03Merci Barbara Gouy.
20:05Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou
20:08et Thibault Lambert.
20:09Réalisation, Julien Moncouquiol.
20:11Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
20:15Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine,
20:18du lundi au vendredi.
20:19N'oubliez pas de vous abonner pour n'en rater aucun.
20:22On vous invite également à écouter Crime Story,
20:24le second podcast du Parisien.
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20:31avec Damien Delseny, le chef du service police-justice du Parisien.
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