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200 000 voitures électriques ont été nouvellement immatriculées en 2022 en France. Mais on est encore loin de certains pays comme la Norvège, où les moteurs électriques sont devenus la norme pour les nouveaux véhicules. Pour Code source, Matthieu Pelloli, journaliste au service économie du Parisien, raconte comment la révolution de la voiture électrique s’est imposée en France. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : France 2, Peugeot, Renault.

#voitureelectrique

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00:01Bonjour, c'est Thibaut Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Après des débuts timides, la voiture électrique séduit de plus en plus d'automobilistes en France.
00:17L'an dernier, en 2022, plus de 200 000 nouvelles voitures immatriculées dans l'Hexagone roulaient à l'électrique,
00:23mais on est encore loin de certains pays comme la Norvège, où ce moteur, beaucoup moins polluant que le diesel
00:29ou l'essence,
00:30est devenu la norme pour les nouveaux véhicules.
00:33Depuis quelques années, l'industrie automobile et les gouvernements sont engagés de force dans une véritable révolution.
00:41Dans moins de 15 ans, plus aucune voiture neuve ne pourra être vendue dans l'Union Européenne si elle roule
00:47avec un moteur thermique.
00:48On fait le point dans Codesources, aujourd'hui, avec Mathieu Pelloli, journaliste au service Économie du Parisien.
01:06Mathieu Pelloli, vous venez de faire un reportage en Norvège, considéré comme la Mecque en Europe de la voiture électrique.
01:12Avant de nous raconter ce que vous avez vu et appris, on va résumer en quelques minutes l'histoire de
01:17la voiture électrique en France.
01:19Tout commence en France, justement, en 1881.
01:23Absolument, cette année-là, trois ingénieurs français mettent au point le premier modèle de voiture électrique
01:28et ce véhicule est présenté à l'Exposition internationale d'électricité de Paris.
01:33Ce sera véritablement la première voiture électrique de l'histoire.
01:36Au début du XXe siècle, la Poste utilise des voitures électriques à Paris et sa proche banlieue notamment.
01:41Les PTT, tels qu'on les appelle à ce moment-là, puisque c'est Poste et Télécommunications,
01:46utilisent la Mildé, qui est une voiture française fabriquée à Levallois-Péret.
01:50Elle est très utilitaire, c'est une espèce de gros chariot.
01:53Il n'y a d'ailleurs même pas de vitrage pour protéger le conducteur.
01:56Elle a une vitesse de pointe qui est seulement de 15 km heure et une autonomie de 50 km.
02:01Donc on est loin des standards actuels.
02:03Néanmoins, elle est efficace, elle circule.
02:05On estime même qu'un tiers des véhicules qui circulent à cette époque sont des véhicules électriques.
02:10Pourtant, il y a quelque chose qui va brutalement interrompre la lancée de l'électrique.
02:14C'est l'arrivée de la Ford T, la fameuse voiture américaine mise au point par Henry Ford
02:20et surtout construite avec les mécanismes d'industrialisation de l'époque.
02:24Donc on construit à grande échelle et assez logiquement, le thermique, la Ford T,
02:29puis les modèles qui vont suivre vont prendre les parts de marché de l'électrique.
02:34Pendant des décennies, la voiture électrique tombe dans les oubliettes de l'industrie.
02:37Mais l'idée renaît après la crise pétrolière de 1973.
02:41C'est Peugeot par exemple, à cette époque, avec la Peugeot 205 électrique,
02:45qui va un peu essayer de remettre au goût du jour l'électrique.
02:49Cette Peugeot 205 électrique, c'est l'ancêtre méconnu de la Peugeot i208 qu'on trouve aujourd'hui.
02:54Dans les publicités de l'époque, on met en avant de la même façon qu'aujourd'hui
02:58le fait qu'elle ne fait pas de bruit, elle n'a aucune pollution.
03:02Elle a une nouvelle technologie de batterie, une technologie au nickel-fer
03:06qui est plus efficace que les technologies initiales au plomb.
03:10Mais on reste évidemment sur des autonomies qui sont très réduites,
03:14de l'ordre de quelques dizaines de kilomètres.
03:17Peugeot 205, quel sacré numéro !
03:21Malgré ça, le marché ne décolle pas du tout.
03:23En 2010, par exemple, seulement 180 voitures électriques sont immatriculées en France.
03:28Ça commence à évoluer les années suivantes.
03:31Voilà, très doucement, le mouvement se met en place.
03:34Les pourcentages de l'électrique dans les parts de marché des ventes
03:38passent à peu près de 0,1 à 0,2, puis de 0,3 à 0,6, etc.
03:44jusqu'en 2016.
03:46Et en 2016, on est toujours sous la barre des 1%.
03:49Il y a un modèle dont on parle beaucoup dans les médias et qui se vend bien.
03:53Un modèle de Renault commercialisé à partir de mars 2013, c'est la Zoé.
03:57Oui, la Zoé, c'est devenu synonyme de voiture électrique.
04:00La Zoé, on ne précise pas la Zoé électrique, c'est la Zoé.
04:03Donc rendons hommage à Carlos Ghosn, qui véritablement avait vu avant tout le monde l'électrique.
04:08Il avait eu une vision, il avait lancé cette voiture,
04:10à l'époque où l'électrique était en train de se mettre en place et avait des difficultés à le
04:14faire.
04:14En France, certains pensent que l'électrique, c'est compliqué.
04:17Pas du tout.
04:18Branchez une lampe.
04:19C'est simple.
04:20Ben oui.
04:21Branchez un sèche-cheveux.
04:22C'est simple.
04:22À partir de 169 euros par mois.
04:25Tout est compris.
04:25Pour plus d'informations, appelez le 3023.
04:27C'est simple.
04:28C'était une petite citadine sans émission de CO2, évidemment, sans bruit non plus.
04:32On retiendra son design épuré, sa signature lumineuse à LED.
04:37Et cette pionnière de l'électrique va s'arrêter,
04:39puisque Renault a décidé que la production était interrompue.
04:43Aujourd'hui, elle ne se vend plus, parce qu'il y a des concurrentes,
04:45il y a d'autres voitures électriques.
04:46Et la Zoé a fait son temps, en quelque sorte.
04:48Chez Renault, elle doit être remplacée par des revenantes,
04:51puisque ce sera la R5 électrique et la 4L électrique,
04:54attendue en 2023 et 2024.
04:56Il s'en est vendu combien de Zoé ?
04:58300 000 Zoé écoulées sur environ 10 ans.
05:01L'erreur de la Zoé, en quelque sorte, c'est d'avoir eu presque raison trop tôt.
05:05Elle est arrivée très vite, elle a été seule,
05:07elle était dans un marché qui n'était pas mature,
05:09qui n'avait pas forcément aussi les infrastructures logistiques
05:12permettant de véritablement rouler en électrique partout en France.
05:15Et aujourd'hui, la Zoé, que tout le monde connaît,
05:18ne sera pas produite à nouveau,
05:20puisque véritablement, elle ne se vend plus,
05:23elle est remplacée par d'autres modèles.
05:24Dans les années 2014, 2015, 2016,
05:27la marque américaine Tesla commence à arriver en France,
05:30et c'est plutôt bon pour l'image de l'électrique.
05:32Pourquoi ça ?
05:33Oui, Tesla, ça va être la marque américaine
05:36qui, véritablement, va faire rentrer l'électrique dans les mœurs,
05:40elle est portée par un patron charismatique,
05:43Elon Musk, avec ses qualités, ses défauts.
05:45On peut penser plein de choses du personnage,
05:46mais il a véritablement catapulté Tesla
05:49comme synonyme du véhicule du futur.
05:51C'était peut-être appuyé aussi par le fait
05:53que le groupe d'Elon Musk marchait sur deux pieds.
05:55Vous voyez, on avait Tesla d'un côté, SpaceX de l'autre.
05:58Donc, une image de grande modernité, d'un côté la voiture électrique,
06:01de l'autre côté l'espace.
06:02Il y a eu d'abord la Tesla Model S, suivie de la Tesla Model Y.
06:06C'est des voitures qu'on doit acheter à plusieurs dizaines de milliers d'euros.
06:09En centre-ville, comme sur l'autoroute,
06:11vous la remarquez immédiatement,
06:13de par ses lignes, très épurées, très modernes.
06:15Il y a peu de choses à l'intérieur.
06:16Il y a un immense écran qui sert d'ordinateur de bord.
06:19Et sur cet écran, un peu comme sur un iPhone,
06:21vous allez faire apparaître les différentes applications
06:23dont vous avez besoin pour piloter,
06:24gérer les logiciels de la voiture,
06:26dont le pilotage se fait avec des écrans
06:28et grâce au numérique et au logiciel.
06:30En septembre 2015, débute une affaire
06:33qui ternit l'image des constructeurs automobiles,
06:35l'affaire Volkswagen, surnommée le Dieselgate.
06:39Rappelez-nous de quoi il s'agit.
06:40C'est un immense scandale industriel et sanitaire.
06:44Un mensonge devenu planétaire.
06:4611 millions de voitures produites par Volkswagen
06:48sont équipées du logiciel pour frauder les contrôles anti-pollution.
06:53Cet après-midi, le grand patron du groupe allemand
06:56a reconnu l'ampleur du scandale, les yeux dans les yeux.
07:01Je suis infiniment désolé que nous ayons trahi la confiance.
07:05USA, Allemagne, Italie, Corée du Sud,
07:09un à un, les pays lancent des enquêtes.
07:11En deux jours, le titre Volkswagen a perdu 35% à la bourse.
07:15Le groupe a déjà mis de côté plus de 6 milliards d'euros
07:17en prévision des amendes qu'il pourrait payer.
07:21Qu'est-ce qu'on reproche aux grands constructeurs allemands ?
07:24C'est d'avoir de 2009 à 2015
07:26utilisé différentes techniques,
07:28mais très majoritairement ce qu'on va appeler des logiciels truqueurs
07:31pour réduire frauduleusement les émissions polluantes
07:34de ces voitures au moment où il leur faisait passer
07:38les essais d'homologation.
07:39Donc Volkswagen réduisait frauduleusement,
07:42avec un logiciel truqueur, les émissions de CO2
07:45et aussi de ce qu'on appelle les NOX, c'est les particules fines
07:47qui sont émises par les moteurs diesel.
07:49Et ça, c'est désastreux pour l'image du moteur thermique.
07:51On est dans un contexte où les gens ont envie de respirer un air de meilleure qualité.
07:55Il y a beaucoup d'informations à cette époque-là sur la qualité de l'air.
07:58C'est aussi pour ça qu'il y a ce qu'on a appelé la mise en place des zones
08:00à faible émission.
08:01Tout d'un coup, ils s'aperçoivent que les constructeurs leur mentent
08:04et leur proposent finalement des modèles qui polluent beaucoup plus
08:07que ce qui est annoncé sur le papier, et en théorie.
08:10Ça va être aussi extrêmement désastreux pour les constructeurs
08:13parce que les constructeurs automobiles,
08:15au moment où on va leur demander de faire des efforts considérables,
08:17cette fois pour améliorer la qualité de leur moteur,
08:20mais surtout en matière d'émissions, je veux dire,
08:22pour rendre leur moteur moins polluant,
08:24n'auront plus accès du tout à l'oreille des décideurs politiques.
08:27C'est-à-dire que leur lobbying, au sens noble du terme cette fois,
08:29c'est-à-dire l'action qu'ils pouvaient avoir à Bruxelles
08:32et dans les instances internationales pour faire entendre leur voix et leurs contraintes,
08:35on leur dira, écoutez, c'est bon, vous nous avez menti pendant des années,
08:38donc maintenant vous allez faire ce qu'on vous dit à marche forcée
08:40et on leur fixe des obligations extrêmement draconiennes.
08:47En décembre 2018, l'Union européenne prend des mesures fortes
08:51concernant les émissions de gaz à effet de serre.
08:53L'une d'entre elles incite fortement les constructeurs
08:56a abandonné très rapidement la construction de moteurs thermiques.
09:00En résumé, d'ici 2030, les nouvelles voitures vendues
09:02devront dégager près de 40% de moins de CO2, de gaz carbonique,
09:07par rapport aux voitures neuves vendues en 2020.
09:10Et là, Mathieu Pelloli, ces mesures sont ouvertement critiquées
09:13par le patron de Peugeot PSA, Carlos Tavares.
09:17Le patron de Stellantis, groupe immense,
09:19donc issu de la fusion de Fiat Chrysler et de PSA Peugeot Citroën,
09:23à ce moment-là monte au créneau,
09:24parce qu'il est aussi en plus représentant des constructeurs.
09:27Il explique que, si on devait résumer son propos,
09:31il y a une erreur historique qui est en train d'être faite,
09:34qu'on est en train de savonner la planche aux constructeurs,
09:37qu'on est en train de démolir quelque chose
09:39qui est un actif extrêmement fort de l'industrie européenne.
09:41On connaît bien évidemment les constructeurs allemands,
09:43mais la France aussi a de grands constructeurs nationaux.
09:45Il y a des constructeurs de premier plan partout en Europe.
09:48Il critique, là je cite ces mots,
09:50l'amateurisme des décisions politiques bruxelloises,
09:53et il évoque le risque d'emmener l'industrie dans une apace.
09:56Ce dont il parle, c'est de destruction d'usines,
09:58de pertes d'emplois, de conséquences dramatiques
10:01pour les économies concernées.
10:02En 2020, les ventes de voitures électriques décollent un peu en France.
10:05On passe ainsi de 40 000 voitures électriques en 2019
10:08à ensuite 100 000 l'année suivante.
10:12Et puis on arrive en 2022 à un chiffre qui est record
10:15et qui témoigne du fait que le mouvement est enclenché.
10:18203 121 unités très précisément,
10:21selon les chiffres de la plateforme automobile.
10:23Donc on va atteindre maintenant des scores qui ne feront qu'augmenter.
10:26En juin 2022, le mercredi 8 juin,
10:29le Parlement européen de Strasbourg vote une décision importante
10:33concernant les voitures.
10:34Une décision qui va concerner tous les Européens
10:37et donc tous les Français.
10:39Ce projet, c'est une réglementation
10:40qui met fin à la vente de véhicules neufs à moteur thermique en 2035.
10:45L'objectif, c'est de tenir les objectifs climatiques européens
10:47et donc en 2035, interdiction pour qui que ce soit
10:51de vendre une voiture avec un moteur thermique,
10:53un moteur classique, traditionnel,
10:54tel que des centaines de millions de personnes
10:56les ont toujours connus sur le territoire européen.
10:59Après cette décision, le patron de Peugeot,
11:01devenu Stellantis en 2021, Carlos Tavares, change d'avis.
11:05Il y a quelques temps, il disait
11:06on va dans le mur, ça va être très compliqué.
11:07Là, il comprend qu'il n'y aura pas de marge de manœuvre
11:10et donc il dit, il faut y aller à fond,
11:12il faut aller vers l'électrique.
11:12Et il vous le dit d'ailleurs, Mathieu Pelloli,
11:14le dimanche 2 octobre 2022,
11:17vous publiez dans Le Parisien une interview croisée,
11:20exceptionnelle.
11:21Vous avez interrogé quelques jours plus tôt
11:23le directeur général de Stellantis,
11:25Carlos Tavares,
11:26et celui de Renault, Luca Demeo.
11:28Qu'est-ce qu'ils disent sur l'électrique ?
11:30L'expression qu'ils emploient, c'est plein pot.
11:32L'électrique, on y va plein pot.
11:34C'est-à-dire que le virage est pris
11:36et maintenant les modèles vont arriver.
11:38Les consommateurs auront bientôt accès
11:40à toute une gamme de voitures électriques produites par les constructeurs.
11:43Et leur horizon pour atteindre 100% de voitures électriques vendues,
11:46ce n'est pas 2035,
11:48c'est 2030.
11:49Pourquoi ça ?
11:50Ça envoie un message aux consommateurs.
11:51L'objectif, c'est de conquérir des parts de marché
11:53et de dire aux consommateurs,
11:54vous voyez l'électrique, nous, on est déjà prêt,
11:56on sait faire, la technologie est là,
11:58donc on n'a même pas besoin d'attendre 2035.
12:00L'objectif, c'est clairement ça,
12:01c'est conquérir des parts de marché.
12:07Mathieu Pelloli, aujourd'hui, en février 2023,
12:10les voitures électriques représentent
12:12quelle proportion des ventes en France ?
12:14Aujourd'hui, les voitures électriques,
12:16c'est 13% des immatriculations nouvelles
12:19une année donnée sur les ventes aux particuliers.
12:22Donc c'est beaucoup.
12:23On peut aussi considérer dans les voitures électriques
12:25ce qu'on appellerait les voitures électrifiées,
12:27ce qu'on appelle les voitures hybrides,
12:28qui ont les deux moteurs,
12:29à la fois thermiques et à la fois électriques.
12:31Et si on regarde les véhicules électrifiés,
12:33là, on arrive sur un ratio qui est beaucoup plus élevé
12:35puisqu'on est à peu près à 20% du marché, presque.
12:39L'autonomie des voitures électriques varie aujourd'hui
12:42entre 100 et 600 kilomètres, selon les modèles.
12:45Et ça, ça pose le problème du nombre de bornes de recharge
12:48disponibles en France.
12:49Il y en avait encore seulement 50 000 au début de l'année 2022.
12:54L'État a beaucoup, beaucoup accéléré.
12:56Maintenant, on est passé à peu près à 80 000
12:58à la fin de l'année 2022.
12:59Et aujourd'hui, là, à fin février,
13:02on doit être autour de 85 000.
13:04Mais c'est vrai qu'autant l'électrique,
13:05ça fonctionne si vous avez une borne de recharge chez vous.
13:07Et puis, par exemple, vous pouvez charger à votre travail.
13:09Mais dès que vous voulez circuler sur le territoire
13:11sans savoir véritablement où vous allez recharger avant de partir,
13:15ça devient compliqué.
13:16Donc, ce manque d'infrastructure a longtemps fait peser quand même un risque
13:20sur le déplacement dans l'hexagone,
13:22le déplacement un peu au long cours.
13:24Et donc, le faible nombre de bornes de recharge
13:27a un peu mis en difficulté au début le développement de l'électrique.
13:30Et le système est compliqué.
13:32Il y a plusieurs opérateurs et plusieurs normes.
13:34Si vous voulez charger votre voiture,
13:36vous pouvez avoir accès à certaines bornes
13:38dont vous êtes utilisateur,
13:39dont il faut être abonné, avoir une carte de fidélité.
13:42Là, vous pouvez les utiliser.
13:42Mais si vous n'avez pas prévu votre voyage à une autre borne,
13:46si vous n'avez pas la carte d'abonné,
13:47là, vous n'allez pas pouvoir vous recharger.
13:49Il n'y a pas encore eu la standardisation, par exemple,
13:51qui permet de payer avec sa carte bleue, sa carte bancaire,
13:54sur l'intégralité des bornes.
13:55Ça va venir, ça va se mettre en place.
13:57Mais on est encore quand même dans une phase d'amorçage
14:00qui est un petit peu pénalisante pour les consommateurs.
14:04Je le disais au début de cet épisode de Codesources,
14:07vous êtes parti en reportage pour le Parisien en Norvège
14:10du samedi 18 au mardi 21 février.
14:13D'abord, pourquoi ?
14:14Vous arrivez dans un pays où, là,
14:15le marché du véhicule électrique est complètement mature.
14:18Le pays a basculé.
14:20Il a 10 ans d'avance.
14:21La Norvège, c'est ce pays en avance sur l'horloge électrique.
14:25Et une fois que vous êtes là-bas,
14:26vous voyez à quoi ressemble un environnement, un monde,
14:29une ville, une capitale européenne, Oslo,
14:31qui est parcourue de véhicules électriques.
14:33Cette montée en puissance de la voiture électrique en Norvège,
14:35est-ce que ça se voit quand on marche, par exemple,
14:37dans la capitale, Oslo ?
14:39Oui, ça saute aux yeux.
14:40On est presque surpris de ne pas croiser Elon Musk
14:42au coin du trottoir
14:43parce qu'on voit des voitures Tesla partout.
14:45Les Tesla sont omniprésentes,
14:47mais comme toutes les voitures électriques au sens large,
14:50l'an passé, pour la première fois,
14:52la proportion des ventes de voitures électriques
14:54a atteint 80% des voitures vendues.
14:57Donc 80%, c'est immense, c'est colossal,
14:59à comparer avec les 13% qu'on a aujourd'hui en France.
15:02Et on estime que le parc norvégien,
15:06aujourd'hui, de véhicules électrifiés,
15:08il est à peu près de 20%.
15:0920% du parc roulant norvégien
15:11est constitué de véhicules électriques.
15:13Mathieu Pelloli, vous avez longuement parlé
15:15avec une famille de Norvégiens
15:17qui vit à une heure d'Oslo,
15:18un couple qui a deux enfants, ados.
15:21Depuis combien de temps ils roulent à l'électrique
15:23et qu'est-ce qu'ils en pensent ?
15:24Ça fait une dizaine d'années
15:25que cette famille-là roule à l'électrique.
15:27Ils sont plutôt très satisfaits.
15:29Là où c'est particulièrement intéressant,
15:31c'est qu'on voit que la transition,
15:32leur conversion,
15:33ce n'est pas faite pour des motifs écologiques.
15:35En tout cas, ce n'était pas l'argument principal.
15:37L'argument, c'était clairement un argument économique.
15:39L'État norvégien subventionne à grand coût de milliards
15:43la conversion de ses habitants vers l'électrique.
15:45Donc, ils ont bénéficié d'avantages fiscaux
15:47en achetant une voiture électrique.
15:49Ils n'ont pas payé de TVA sur leur véhicule,
15:51ce qui n'est pas rien parce qu'en plus,
15:53en Norvège, la TVA est à 25%.
15:55Ils n'ont pas non plus payé de taxes d'importation,
15:57toutes ces choses-là.
15:58Donc, à l'arrivée, c'est beaucoup moins cher
15:59d'acheter une voiture électrique en Norvège
16:01qu'une voiture thermique.
16:02L'autre point qui est là, je pense, le point principal,
16:05c'est surtout qu'en plus,
16:06ils ont bénéficié de tous les avantages
16:07qui sont accordés aux utilisateurs de l'électrique.
16:11La dame, par exemple, Hélène, m'expliquait que
16:13elle, ils habitent à à peu près une heure d'Oslo,
16:16elle avait une heure et demie d'embouteillage
16:17pour aller tous les jours sur son lieu de travail à Oslo.
16:19En circulant en voiture électrique,
16:21elle a eu le droit d'utiliser les couloirs de bus
16:24et elle n'a mis que 45 minutes
16:25à partir du moment où elle a conduit sa voiture électrique
16:28pour pouvoir se rendre au travail.
16:29Donc, c'était un avantage considérable.
16:31De la même façon,
16:32elle n'avait plus à payer le péage urbain
16:34qui permet de rentrer dans le centre-ville d'Oslo
16:36parce qu'elle était conductrice d'une voiture électrique.
16:39Dans votre article, daté du dimanche 26 février,
16:42vous relevez un paradoxe dans le développement
16:44des voitures électriques en Norvège.
16:45Le paradoxe immense,
16:47c'est que cette bulle d'air propre
16:49qui est construite au-dessus de la Norvège
16:51via les voitures électriques,
16:52finalement, elle est fabriquée
16:53grâce à un fonds souverain gigantesque,
16:55le premier au monde,
16:56le fonds souverain norvégien,
16:581 200 milliards d'actifs
17:00qui est issu de l'exploitation
17:02d'une ressource hydrocarbure.
17:04Et donc, cet argent,
17:05ces 1 200 milliards,
17:06finalement, quelque part,
17:07ce sont des milliards carbonés
17:08avec laquelle la Norvège
17:10s'offre un air pur au-dessus du pays.
17:12Le gouvernement norvégien va expliquer
17:14qu'il essaye par ailleurs
17:15d'avoir une politique vertueuse.
17:17Ils ont beaucoup d'initiatives
17:18en faveur de la capture du CO2, etc.
17:21Mais justement,
17:22parce qu'ils sentent bien,
17:23parce qu'ils entendent bien
17:24qu'on leur reproche
17:26une forme d'hypocrisie
17:27puisque ces incitations fiscales
17:29sont appuyées sur l'exploitation
17:31d'une ressource hydrocarbure
17:32qui est elle-même carbonée
17:33et donc qui est achetée
17:34par d'autres pays
17:35qui font tourner des méthodes thermiques
17:36et qui polluent ailleurs dans le monde.
17:38Les voitures électriques
17:39demandent des ressources,
17:40notamment pour les batteries,
17:41comme du lithium,
17:42du cobalt et du nickel.
17:43Est-ce que c'est si écolo que ça, finalement ?
17:46Le problème, c'est de savoir
17:47comment on mesure.
17:48Aujourd'hui, souvent,
17:48on compare sur la route.
17:50C'est un argument commercial
17:50qu'employé par les constructeurs.
17:52Et c'est bien malin
17:52parce que sur la route,
17:53évidemment qu'une voiture
17:54qui n'émette pas de CO2
17:57par contre, il y a beaucoup d'ONG
17:59ou de gens avec une sensibilité écologique
18:02qui demandent à ce qu'on mesure.
18:03L'expression anglaise,
18:04c'est cradle to grave,
18:05c'est-à-dire du berceau à la tombe,
18:07que l'on sache de la construction de la voiture
18:09jusqu'à sa destruction à la casse,
18:11exactement,
18:12quel a été son impact sur l'environnement.
18:14Et là, les mesures sont beaucoup moins favorables
18:16à la voiture électrique
18:17qui reste moins polluante,
18:19mais dont on s'aperçoit qu'elle pollue aussi
18:21parce qu'il y a sa construction,
18:23son élaboration.
18:24Et puis ensuite, il y a toute la question
18:25du recyclage des batteries,
18:26les batteries qui ont beaucoup de composés chimiques,
18:29il faudra reconvertir
18:30et puis ça va constituer une masse énorme de batteries.
18:33Donc, il y aura véritablement une filière verte à inventer
18:36qui n'existe pas aujourd'hui
18:37et qui permettra de recycler les batteries
18:39et de recycler les voitures.
18:42Et donc, pour en revenir sur le développement
18:44de l'électrique en France,
18:45Mathieu Pelloli en a bien compris qu'a priori,
18:47si l'objectif adopté par l'Union est tenu,
18:49on ne pourra plus acheter de voitures thermiques neuves
18:52à partir de 2035,
18:53mais les voitures électriques sont encore plus chères
18:56que les anciens modèles.
18:57À modèle équivalent,
18:58la voiture électrique est beaucoup plus chère,
19:00de 20 à 30% supplémentaire,
19:02on estime que le modèle thermique.
19:05Vous prenez par exemple une voiture grand public
19:08que beaucoup de Français ont conduite,
19:10vous prenez la Mégane.
19:10La Renault Mégane E-Tech aujourd'hui,
19:12on parle d'une voiture autour de 40 000 euros.
19:15Donc, c'est une somme considérable.
19:16Donc, il y a un véritable problème d'accès à la mobilité,
19:19d'accès à la voiture
19:20pour les classes populaires et pour les classes moyennes.
19:23L'État, on est bien conscient,
19:24il anticipe tout ça,
19:26lui aussi propose d'encourager l'achat d'un véhicule électrique.
19:29Le problème, entre guillemets,
19:30de l'État français aujourd'hui,
19:31et si on fait la comparaison avec l'État norvégien,
19:33c'est qu'en Norvège,
19:34on a un fonds souverain dont on a parlé,
19:36qui a 1 200 milliards d'euros d'actifs
19:38et qui peut favoriser des politiques d'incitation extrêmement puissantes.
19:41En France, on a 3 000 milliards d'euros de dettes,
19:44pas de fonds souverains, de dettes.
19:45Donc, ça veut dire que les coups de pouce sont moins puissants
19:48et moins de consommateurs peuvent avoir accès à cette voiture
19:51qui reste particulièrement chère.
20:00Merci Mathieu Pelloli.
20:02Cet épisode a été préparé par Jules Lavi,
20:04produit par Raphaël Pueyo et Clara Garnier-Amourou,
20:08réalisation Julien Moncoukiol.
20:10Codesource est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
20:13N'oubliez pas de vous abonner à Codesource
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