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Certains enfants, victimes de pathologies graves, font parfois plusieurs jours de voyage pour rejoindre cet établissement de pointe fondé en 2006, situé au cœur de la capitale des talibans. Pour Code source, Florence Méréo, journaliste santé au Parisien, raconte son reportage sur place.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : France 2.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le dimanche 19 mars, le Parisien a publié un reportage de quatre pages sur l'hôpital français de Kaboul,
00:18un établissement de pointe fondé en 2006 suite à un élan de solidarité français
00:22et qui survit tant bien que mal depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en août 2021.
00:29Malgré le manque de moyens et les nombreux départs de soignants vers l'étranger,
00:33des milliers d'enfants y sont encore soignés chaque année.
00:36Spécialiste santé aux Parisiens, Florence Méréo s'est rendue sur place début mars.
00:41Elle nous raconte son reportage aujourd'hui dans Codesources.
00:50Florence Méréo, ce reportage à l'hôpital français de Kaboul.
00:54Vous avez eu l'idée de le faire il y a cinq ans.
00:56Le vrai nom de cet hôpital, c'est l'Institut Médical pour la Mère et l'Enfant.
01:00Comment est-ce que vous avez eu cette idée de reportage ?
01:02Quand j'ai commencé à m'occuper des questions de santé pour le journal Le Parisien,
01:06c'est un hôpital dont on m'a vite parlé puisque c'est un hôpital qui a une histoire exceptionnelle.
01:11C'est un hôpital qui a été construit par des Français grâce à la solidarité des Français,
01:16grâce aux dons des Français où des centaines de médecins ont été formés.
01:20Donc c'est un établissement qui est connu pour son excellence.
01:23Et c'est vrai que dès que j'ai su qu'il prodiguait des soins à des centaines, à des
01:27milliers d'Afghans,
01:28je me suis dit que c'était un établissement à aller découvrir.
01:31Le temps est passé et c'est vrai qu'il y a eu cette prise de pouvoir des talibans
01:35qui a eu un impact considérable sur la santé des Afghans.
01:39Et je me suis dit que là, c'était vraiment le bon moment pour enfin aller le découvrir.
01:45Vous allez nous raconter ce que vous avez vu et appris là-bas.
01:48Mais d'abord, dans le cadre de ce reportage, en France, à Paris,
01:52vous avez rencontré un chirurgien afghan exilé en France
01:56qui a fui Kaboul suite à la prise du pouvoir par les talibans le 15 août 2021.
02:00Un homme au parcours exceptionnel.
02:03Il s'appelle Najibullah Bina.
02:05Il a 48 ans et c'est un homme dont on peut dire qu'il a 6000 cœurs à son
02:09actif.
02:10Il a opéré 6000 cœurs d'enfants.
02:12Un exemple, l'exemple de la petite Amina.
02:16Amina, elle a été attaquée par des terroristes alors qu'elle venait de naître.
02:20Il y a eu une maternité qui a été attaquée.
02:22Sa maman a été tuée immédiatement.
02:24Et elle, il y a trois balles de kalachnikov qui lui ont traversé la cuisse.
02:28Najibullah Bina l'a opérée.
02:29Elle avait cinq heures de vie.
02:31Aujourd'hui, elle vit, elle marche, elle va bien.
02:33C'est un homme au parcours incroyable qui est une cible claire des talibans
02:38puisque médecin à l'hôpital français, son père était militaire.
02:41Il a déjà été arrêté par les talibans.
02:44Il a déjà été emprisonné.
02:45Les talibans lui ont même rasé la tête parce qu'il opérait à l'heure de la prière.
02:49Donc effectivement, il a fui Kaboul le 15 août 2021.
02:52Et il est arrivé à Necker où maintenant il exerce à l'hôpital Necker.
02:55Cet homme a été recruté à l'hôpital Necker à Paris.
02:57Mais il est dans une situation précaire aujourd'hui.
02:59Oui, c'est même totalement la galère.
03:02Un peu à l'image des 4000 médecins étrangers qui exercent en France.
03:06C'est-à-dire qu'il n'arrive pas à obtenir ses équivalences de diplôme
03:09puisque l'examen qui permet d'avoir cette équivalence n'a pas été organisé en France depuis 2021.
03:16Donc aujourd'hui, lui qui a opéré 6000 cœurs dans sa vie, il ne peut opérer que sous supervision.
03:20C'est-à-dire qu'il y a quelqu'un qui le chaperonne en quelque sorte.
03:23Et même si c'est quelque chose dont il n'aime pas parler,
03:26aujourd'hui, cet homme qui est un ponte de la cardiologie, il gagne aujourd'hui moins de 1500 euros par
03:31mois.
03:37En Afghanistan, depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021,
03:40qu'est-ce qui a changé dans le pays ? Quelle est la situation actuelle ?
03:43C'est simple, l'Afghanistan connaît sa pire crise humanitaire.
03:47Il y a 97% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté.
03:51Il y a 95% des Afghans qui ont faim.
03:55Et il y a 9 Afghans sur 10 qui disent renoncer à des soins parce qu'ils n'ont pas
03:59les moyens de les payer.
04:01Massé à l'arrière d'un conteneur, ces enfants n'ont pas 10 ans.
04:05Ils attendent, espérant récupérer un maigre sac de provisions.
04:09Dans ce village de l'ouest de l'Afghanistan, la survie ne tient qu'aux rares distributions alimentaires.
04:15Mais pour combien de temps ?
04:17La famine qui menace l'Afghanistan n'épargne personne.
04:21Florence Méréo, vous cherchez donc à faire un reportage sur l'hôpital français de Kaboul.
04:26Comment vous faites pour obtenir l'autorisation ? Est-ce que c'est compliqué ?
04:29Oui, c'est compliqué parce que c'est vrai que les talibans, lorsqu'ils ont pris le pouvoir,
04:34ils ont plutôt laissé les journalistes venir dans le pays.
04:37Mais ensuite, ils ont refermé le pays.
04:40Donc, il a fallu en passer par des lettres écrites en anglais, très circonstanciées,
04:44sur les raisons pourquoi on voulait faire ce reportage.
04:47Ils ont fini par me donner l'autorisation par mail de faire le reportage,
04:52mais avec beaucoup de restrictions, notamment le fait que je n'avais pas le droit de quitter Kaboul.
04:58Vous partez sur place avec des vols Paris-Dubaï, puis Dubaï-Kaboul,
05:02où vous atterrissez le mardi 7 mars à l'Aube.
05:05Est-ce que vous pouvez nous décrire la ville que vous découvrez ?
05:07Je ne connaissais pas Kaboul avant.
05:09Mais j'étais avec un médecin qui m'accompagnait, qui lui connaissait très bien,
05:12et qui m'explique que normalement, à la sortie de l'aéroport, il y a des voitures partout,
05:16c'est très embouteillé.
05:17Là, les rues, elles étaient vides.
05:19Et surtout, moi, ce qui m'a frappée, c'est qu'on est passé dans des allées
05:22où avant, il y avait ce qu'on appelle des « wedding places »,
05:24c'est-à-dire des endroits où, en fait, on organisait des mariages fastueux,
05:29des cinémas où on passait des films de Bollywood.
05:31Et là, tous ces endroits sont totalement fermés.
05:33Et les talibans ont exigé la fermeture de tous les lieux de divertissement,
05:37donc des rues assez tristes.
05:39À quoi ressemble l'Institut pour la mère et l'enfant,
05:41qui est donc surnommé l'Hôpital français de Kaboul ?
05:44Alors, c'est un très grand hôpital.
05:46On arrive et tout de suite, on est frappé par une grande fresque
05:48de plus de 2 mètres de haut, d'une mère qui tient son enfant tendrement,
05:52qui l'enlace.
05:53Mais tout de suite, ce qu'on voit, c'est que pour y accéder,
05:56il faut passer des checkpoints militaires,
05:58il faut longer des murs où il y a des barbelés.
06:01D'ailleurs, un médecin me dira, on voit des rangées de barbelés
06:04qui s'érigent de plus en plus haut.
06:06Et on voit surtout ces talibans qui gardent l'hôpital.
06:09Il y a 12 gardes armées qui, maintenant, surveillent cet établissement.
06:12C'est quand même très bizarre de voir des hommes armés
06:15dans un hôpital pour les mères et les enfants.
06:19Dans cet hôpital, il y a des femmes afghanes qui travaillent,
06:22même si beaucoup sont parties.
06:24Oui, l'hôpital est un des rares secteurs
06:26où les femmes ont encore l'autorisation d'exercer,
06:29puisque maintenant, elles sont interdites de quasiment tout.
06:32La plupart des emplois publics, de travail dans les ONG,
06:35elles sont interdites d'écoles et d'universités.
06:37Mais après la prise de pouvoir par les talibans,
06:40beaucoup sont parties.
06:41À l'Institut français, 160 soignants sur 1 000 sont parties.
06:45Et cela, évidemment, c'est une grande perte
06:47pour des hôpitaux comme celui-ci.
06:49Parmi les soignantes qui sont restées,
06:51vous rencontrez la docteure Yalda, prénommée Yalda,
06:54une femme de 35 ans.
06:56Quelle est son histoire ?
06:56Yalda, en fait, elle a quelques mois quand son père meurt
07:00et elle a surtout 9 ans quand les talibans arrivent au pouvoir
07:04pour la première fois.
07:05C'est en 1996.
07:07Et qu'est-ce que font les talibans quand ils arrivent au pouvoir
07:10la première fois, comme la deuxième d'ailleurs ?
07:12Ils interdisent les fillettes d'aller à l'école.
07:14Donc Yalda, elle a 9 ans, elle est retirée de l'école.
07:18Elle ne va pas y aller pendant 5 ans.
07:20Et en fait, elle dit que son oncle a été son héros
07:22parce qu'il lui a donné tous les jours un nouveau livre à lire.
07:25Et elle devait le lui résumer tous les soirs.
07:28Et elle dit clairement que ça l'a sauvée.
07:30Elle a lu un livre où on parlait de la tuberculose.
07:32Et elle voyait sa mère qui souffrait puisqu'elle souffrait de rhumatisme.
07:36Elle la voyait souffrir dans tout son corps.
07:38Et elle s'est dit, moi un jour, je serai médecin.
07:41La docteure Yalda est l'une des deux premières femmes chirurgiennes pédiatriques de l'Afghanistan.
07:45Comment est-ce qu'elle travaille aujourd'hui sous les talibans ?
07:48Qu'est-ce qui a changé ?
07:49Ce qui a changé, c'est surtout qu'elle travaille la peur au ventre.
07:52C'est-à-dire qu'elle sait qu'un taliban suffit à lui faire perdre son boulot demain
07:57s'il le décide.
07:58Et donc devoir abandonner des milliers de patientes.
08:01Une autre médecin me dira plus tard qu'elle travaille, elle, la boule au ventre
08:05puisqu'elle doit venir accompagnée au travail, accompagnée d'un homme, évidemment.
08:09Elle doit porter des tuniques de plus en plus longues, de plus en plus noires,
08:13de peur d'être dénoncée par d'autres médecins ou d'autres patients.
08:17Donc oui, il y a un véritable impact sur leur vie et sur leur travail.
08:20Florence Méréo, des nouvelles femmes médecins afghanes.
08:23Il n'y en aura plus, en tout cas pas dans les médias,
08:25suite à de nouvelles mesures prises par les talibans cette année, en 2023.
08:29Effectivement, les femmes ont l'autorisation de travailler à l'hôpital.
08:33On pourrait se dire, ok, c'est très bien.
08:35Mais si vous regardez dans le détail, le détail c'est, fin décembre,
08:38les femmes ont été interdites d'aller à l'université, dont l'université de médecine.
08:43Donc elles ne peuvent plus étudier la médecine.
08:45Mi-février, elles ont été interdites de passer l'examen final
08:49qui donne la validité pour pouvoir commencer à exercer.
08:52Il y a 3000 femmes qui n'ont pas pu passer cet examen.
08:543000 femmes qui étaient prêtes, qui étaient formées, qui étaient prêtes à soigner la population.
08:58Et finalement, qui aujourd'hui sont, pour la plupart, chez elles.
09:01Parce qu'en Afghanistan, ce sont les femmes qui soignent les femmes.
09:04Donc s'il n'y a pas de femmes médecins, il n'y a pas de femmes soignées.
09:12L'hôpital français de Kaboul soigne des milliers de personnes chaque année
09:15et pour 2500 d'entre elles, les soins sont gratuits, totalement pris en charge.
09:20Parmi les malades que vous rencontrez, Florence Méréo,
09:22une fillette de 4 ans dont le père a fait un long périple avec elle pour l'amener jusqu'ici,
09:28cette fillette, Béheta, est grièvement brûlée.
09:30Elle a toute une partie de son corps qui est brûlée, qui est avif.
09:35Elle a une partie du visage également qui est brûlée, le bas de la bouche.
09:38Et surtout, on voit aussi sa main brûlée.
09:42Ses doigts sont devenus noirs.
09:44Elle a un regard très intense, cette petite fille,
09:46et elle fixe inlassablement ses doigts, comme si elle était encore sous le choc.
09:51Quelques semaines avant, elle est tombée, en fait, dans le temps d'or.
09:54C'est le four qui sert à cuire le pain.
09:56Elle jouait avec sa sœur, elle est tombée dans le four.
09:57Son papa raconte que quand il la récupérait, elle était déjà inconsciente,
10:01elle ne bougeait plus.
10:02Alors évidemment, ils les ont emmenées dans les centres de santé locaux, dans leur province.
10:06Donc ils l'ont emmenée dans le centre de santé.
10:08On lui a posé des bandages, alors qu'elle avait le corps à vif.
10:12Évidemment, ça n'a pas suffi à la soigner.
10:14Ils ont fait le voyage jusqu'à Kaboul.
10:17Et là, ça y est, elle va pouvoir être prise en charge.
10:19Elle va notamment recevoir de nombreuses greffes.
10:21La médecin disait qu'il allait falloir plusieurs opérations,
10:24mais que Béheta allait pouvoir être remise sur pied, avoir une vie nouvelle.
10:27Même si effectivement, ces opérations vont être très lourdes
10:30et qu'une partie de ses doigts vont être amputées.
10:35Pendant ce reportage à l'hôpital français de Kaboul,
10:37vous avez observé plusieurs opérations à cœur ouvert.
10:41D'abord, c'est quoi une opération à cœur ouvert ?
10:43En fait, si vous voulez, littéralement, on va ouvrir le thorax de l'enfant
10:47pour avoir son cœur apparent.
10:49Et ensuite, ils vont arrêter le cœur.
10:51C'est une machine, une sorte de cœur artificiel qui prend la relève.
10:55Pendant ce temps, les médecins vont réparer le cœur.
10:57Et en fait, au bout de 25 minutes, 80 minutes, parfois jusqu'à 1h30,
11:02pour réparer l'anomalie, le vrai cœur va se remettre à battre.
11:06C'est vraiment une opération très technique.
11:07Et ce n'est pas du tout n'importe qui qui peut la pratiquer.
11:10Vous suivez notamment une petite fille, Somaya, 5 ans,
11:13qui souffre d'une malformation cardiaque, une sorte de trou dans le cœur.
11:18Est-ce que vous pouvez nous décrire cette fillette ?
11:20Oui, Somaya, c'est une petite fille brune, avec des yeux verts.
11:24Elle est pétillante, elle mâche du fungum, elle court dans les couloirs.
11:30Et en fait, sous son apparente bonne santé, se cache une maladie,
11:34effectivement, dans son petit cœur.
11:35Elle soudit une maladie cardiaque grave et elle s'apprête à être opérée.
11:38Et d'après son père, ce n'est pas un hasard si elle a cette maladie.
11:41Qu'est-ce qu'il vous raconte ?
11:42En fait, son papa, qui s'appelle Matioula,
11:44c'est un ancien agent de sécurité qui travaillait pour les ONG,
11:48les organisations non gouvernementales.
11:51Et c'est vrai qu'il raconte cette histoire incroyable.
11:53En fait, le 20 janvier 2018 exactement,
11:56alors que sa femme était enceinte,
11:58lui assurait la sécurité d'étrangers dans un hôtel
12:02qui s'appelle l'Hôtel Intercontinental de Kaboul.
12:04Or, cet hôtel, il a été pris pour cible par les talibans.
12:07Ça a été un véritable carnage.
12:09Ça a été 12 heures d'attaque, 40 morts, dont 15 étrangers.
12:13Et donc lui, il était dans cet hôtel à ce moment-là
12:15et il dit « ma femme a été totalement stressée,
12:19elle a été dans une angoisse incroyable, évidemment, de le savoir là. »
12:22Et lui est sûr que cet événement tragique
12:24a eu une répercussion sur le cœur de son propre bébé.
12:27Comment Soumaya et son père se sentent à quelques heures de l'opération ?
12:30La veille, le papa, il est très stressé.
12:33À un moment donné, il a des larmes dans les yeux
12:34quand il nous parle de l'opération à venir.
12:37Ce n'est pas rien de savoir que le cœur de son enfant va être arrêté.
12:39Comment se déroule l'opération ?
12:41L'opération, elle se déroule bien.
12:44Les médecins vont ouvrir le thorax de Soumaya,
12:47ils vont arrêter son cœur
12:49et pendant 25 minutes, ils vont donc le réparer.
12:52Et donc progressivement, ils arrêtent la machine
12:54pour faire repartir le cœur naturel.
12:57Et celui de Soumaya va repartir au bout de 25 minutes.
13:00Et les médecins sont très contents, l'opération s'est bien passée.
13:06Florence Méréo, vous parlez avec une jeune femme
13:09qui, elle aussi, a subi une opération à cœur ouvert.
13:12Elle a 17 ans, vous l'appelez Najiba dans votre article,
13:15mais vous avez changé son prénom à sa demande par sécurité.
13:18Ce qu'elle vous dit prouve son désespoir.
13:21Oui, elle nous dit cette phrase bouleversante
13:23« Que je me réveille ou pas de l'opération, c'est la même chose ».
13:27Et en fait, elle va nous l'expliquer un peu plus en détail
13:30quand sa famille qui était à côté s'éloigne un petit peu.
13:33En fait, elle ne voit aucun avenir pour elle.
13:35Elle, elle a 17 ans.
13:36Elle sait qu'elle n'ira jamais à l'école.
13:38Elle sait qu'elle ne pourra probablement jamais travailler.
13:41Elle, elle se rêve couturière.
13:42Elle sait qu'elle ne pourra probablement jamais exercer son métier.
13:45Donc finalement, c'est pour ça qu'elle dit
13:47« Moi, me réveiller ou pas, finalement, qu'est-ce que ça change ? »
13:53Pendant votre reportage, vous échangez avec les responsables de l'hôpital,
13:57notamment Éric Chesson, le président de l'association La Chaîne de l'Espoir,
14:01association qui copilote l'établissement.
14:03Est-ce que l'association a hésité à rester travailler à Kaboul
14:07après le retour au pouvoir des talibans ?
14:09Oui, non seulement elle a hésité, mais elle hésite toujours.
14:12Éric Chesson, il a cette phrase que je trouve très forte.
14:14Il dit « Finalement, rester, c'est collaborer avec les talibans.
14:18Mais partir, c'est abandonner.
14:20La population, c'est finalement promettre à la mort des centaines,
14:24voire des milliers d'enfants.
14:25Et c'est pour ça que cette association, elle reste,
14:28mais elle se fixe notamment une ligne rouge.
14:31Si demain, les talibans interdisent les femmes de travailler à l'hôpital,
14:33l'association partira. »
14:35Éric Chesson vous parle aussi du manque d'argent de l'hôpital.
14:38Oui, tout à fait, parce que cet hôpital,
14:40il fonctionne en grande partie grâce à l'association,
14:44au moins pour 25% du fonctionnement.
14:46Éric Chesson, il est clair, il dit « En juin, on aura consommé le budget
14:50que l'on alloue normalement pour toute une année dans cet hôpital. »
14:54Donc en fait, en juin, la situation, elle va devenir très compliquée.
14:57Très compliquée, ça veut dire que probablement,
14:58il y aura encore plus d'enfants sur liste d'attente.
15:01Des enfants qui ont besoin d'opérations cardiaques,
15:04qui ont besoin d'opérations digestives,
15:06des enfants qui ont des scolioses tellement déformantes
15:08qu'elles les empêchent de respirer.
15:09Il dit finalement, une liste d'attente, qu'est-ce que ça veut dire ?
15:12Une liste d'attente, c'est « Porte de droite, t'es soignée, tu vis.
15:15Porte de gauche, t'es pas soignée, tu meurs. »
15:18Florence, on parlait tout à l'heure des femmes
15:19qui n'ont plus le droit d'étudier aujourd'hui en Afghanistan.
15:22Le père de Somaya, la petite fille,
15:25qui a pu bénéficier d'une opération à cœur ouvert,
15:28espère qu'elle pourra, elle, faire des études un jour.
15:30Lui, il ne veut pas que l'histoire, elle, soit écrite.
15:32Il veut que Somaya et ses deux autres filles
15:35puissent aller à l'école, puissent avoir une éducation.
15:37Il explique même que s'il le faut,
15:39il essaiera de partir en Turquie
15:41pour leur permettre d'étudier.
15:43Et puis, il a acheté à Somaya un petit nounours rouge,
15:45adorable, et en fait,
15:47elle appuie sur le ventre d'une nounours
15:49et il dit des mots en anglais.
15:50Et puis, le papa dit que ça lui permet à Somaya
15:52de commencer à s'entraîner en anglais.
15:54Et les mots qui sortent, c'est les mots « I love you ».
15:56Et cette petite fille, elle dit, un peu en rigolant,
15:59elle dit « Mais moi, plus tard, je serai chirurgienne,
16:02je vais être une docteure des cœurs. »
16:15Merci Florence Méréo, votre reportage est à lire
16:18sur leparisien.fr.
16:20Si vous voulez faire un don à l'association
16:22qui est derrière l'hôpital français de Kaboul,
16:25c'est possible sur le site internet
16:27chaînes de l'espoir.org.
16:30Code source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
16:33N'oubliez pas de vous abonner sur votre appli audio
16:35pour ne rater aucun épisode.
16:36Ce podcast a été produit par Raphaël Pueillot et Thibaut Lambert.
16:40Réalisation, Pierre Chafonjon.
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