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Mohamed Bida raconte dans son livre « 13 jours et 13 nuits, dans l’enfer de Kaboul », bientôt adapté au cinéma, l’exfiltration de près de 3 000 personnes vers la France lors du retour au pouvoir des talibans en Afghanistan.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Pénélope Gualchierotti, Clara Grouzis, Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

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#podcast #afghanistan #kaboul

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Clara Grouzis pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Août 2021, Afghanistan. Les talibans reprennent le pouvoir et de nombreux Afghans cherchent à fuir ce régime islamiste.
00:21Mohamed Bida est sur place, le commandant de police français permet alors l'exfiltration de près de 3000 personnes.
00:27De retour en France, il raconte cette histoire dans un livre, bientôt adapté au cinéma.
00:33Le film 13 jours, 13 nuits, de Martin Bourboulon, sort en salle le 27 juin prochain.
00:39Mohamed Bida témoigne dans CodeSource, au micro de Barbara Agoui.
00:51Mohamed Bida est né en 1962 en Algérie.
00:55Il est fils de Harki, son père était militaire aux côtés de l'armée française pendant la guerre d'Algérie.
01:01Quand il a 6 mois, sa famille part pour s'installer dans le nord de la France, près de Roubaix.
01:07Son père abandonne sa carrière de militaire et commence à travailler dans les usines textiles françaises.
01:13Mohamed fait toute sa scolarité en France et au lycée, il rencontre celle qui deviendra plus tard sa femme.
01:20A 20 ans, Mohamed part faire son service militaire.
01:26Je ne suis pas dépaysé parce que j'avais à la maison un père ancien militaire qui était très à
01:34cheval sur la discipline,
01:35qui était très très sévère.
01:38Finalement, c'est quelque chose qui m'a beaucoup plu, le service militaire, parce que j'y ai trouvé de
01:41la rigueur, de la discipline.
01:44J'y ai découvert le sentiment de responsabilité et du devoir vis-à-vis du pays, vis-à-vis de
01:51la nation, vis-à-vis de la population.
01:54Je me sentais utile.
01:56C'est vrai que la question s'est posée à moi de m'engager dans l'armée.
01:59Mais on était en 1981, on était en période de paix.
02:04Et ce sentiment de devoir être utile m'a plutôt amené à aller rejoindre une administration comme la police,
02:13où on est vraiment confronté à la difficulté de la vie et de la société.
02:18Et je me suis dit que c'est peut-être là que je serais plus utile, plutôt que dans l
02:22'armée.
02:22Et c'est comme ça que j'ai fait le choix de rentrer dans la police.
02:24Mohamed entre en école de police en 1982, il se sent tout de suite à sa place.
02:30Cinq mois plus tard, il est affecté à Versailles, dans une compagnie d'intervention qui agit en amont des CRS.
02:37Là c'est un choc.
02:40C'est un choc parce que j'arrive dans une unité qui est une compagnie d'intervention.
02:44En fait, c'était pas vraiment ce que je souhaitais faire.
02:47Et surtout, je me rends compte rapidement qu'on m'attend pas.
02:50Je tombe sur un gradé qui me voyant arriver a presque une syncope.
02:57J'étais peut-être parmi les premiers d'origine du Maghreb, effectivement.
03:03Mohamed arrive à se faire une place et reste un an à ce poste.
03:06Puis il continue sa carrière et en 1990, il passe le concours d'inspecteur de police.
03:13Il retourne à l'école pendant un an, puis il entre dans la police judiciaire,
03:17où il découvre un nouveau monde avec beaucoup plus de temps pour enquêter.
03:21Là je me passionne pour ce que je fais.
03:23Je travaille sur le grand banditisme français à cette époque.
03:26En plus des violences urbaines dont on avait aussi la compétence.
03:30Et je suis dans le roman policier, en permanence, dans le scénario de film.
03:35On est en immersion totale dans une société parallèle,
03:39celle des voyous, avec leur propre mode de fonctionnement, leur propre code.
03:44Ce n'est pas les heures de bureau, quoi.
03:47On est sur le terrain à 4h du matin, on rentre chez nous, il est 23h30,
03:51on repart à 4h du matin, on fait les week-ends, c'est assez rare.
03:56Et c'est passionnant.
03:59Mohamed reste à la police judiciaire jusqu'en 2000.
04:02Puis il explore d'autres postes, il se dirige vers un service de protection de personnalité.
04:07Il travaille aussi un moment en cabinet ministériel,
04:10jusqu'à ce qu'il rejoigne le pôle des affaires internationales du ministère de l'Intérieur.
04:15En 2016, il pense à partir à l'étranger.
04:20Quand on avait choisi avec mon épouse, je me voyais bien partir au Vietnam.
04:24Parce qu'il y a un poste attaché de sécurité intérieur au Vietnam,
04:27donc c'est ce que je lui avais proposé, elle était d'accord, on devait partir tous les deux.
04:31Et entre-temps, on est devenu grand-parent.
04:33Donc partir au Vietnam et ne rentrer qu'une fois par an,
04:35c'était inconcevable pour ma femme, de ne pas voir son petit-fils.
04:39Donc du coup, j'ai dû changer mon fusil d'épaule
04:41et puis opter pour un poste qui me permettait de faire des allers-retours en quoi la France
04:47et le pays où je serais infecté, donc l'Afghanistan, offrait cette opportunité
04:50puisque c'était deux mois et demi à trois mois sur place
04:54et deux semaines à trois semaines en France.
04:56Mohamed part en 2016 pour travailler sur le trafic de stupéfiants et la criminalité.
05:01À ce moment-là, il y a de nombreux attentats dans le pays.
05:05Les talibans sont toujours présents sur le territoire.
05:07Les talibans, c'est un groupe armé islamiste fondamentaliste
05:11qui cherche à rétablir une interprétation stricte de la charia, la loi islamique.
05:16Et à cette époque, l'armée nationale afghane tente de maintenir l'insurrection.
05:21Très rapidement, je me dis que ce pays ne sera jamais en paix.
05:25La mission de la coalition internationale, qui était de chasser Al-Qaïda au début
05:29et ensuite d'instaurer un régime un peu plus démocratique, ça n'aboutira pas.
05:35À Kaboul, je vois rapidement que les mentalités ne sont pas si éloignées que ça de celles des talibans.
05:40On voit très peu de femmes dans les rues et en province, c'est pire.
05:44Moi, j'ai eu un choc quand je suis allé la première fois en province, c'était à Herat.
05:47J'ai eu l'impression d'être en Iran avec des femmes totalement habillées en noir, les gants, on voit
05:52à peine leurs yeux.
05:53Et donc, je me suis dit, voilà, on a chassé les talibans.
05:56Mais finalement, c'est la culture.
05:58C'est culturel, c'est hors tradition, c'est la religion qui est beaucoup plus prégnante que la vision politique
06:07qu'on peut avoir de ce pays.
06:08Toute la communauté internationale vit dans la zone verte à Kaboul, où sont situées la plupart des ambassades.
06:14Mais Mohamed, lui, fait des sorties dans le pays.
06:16Et j'avais cette liberté de pouvoir me déplacer, d'aller à la rencontre des policiers afghans,
06:23de mes collègues étrangers aussi dans leurs locaux.
06:28Je n'étais pas enfermé toute la journée dans le bunker de l'ambassade de France.
06:33Parce qu'effectivement, mes collègues qui étaient diplomates ou culturels
06:39ne connaissaient rien de la ville, ni des commerces, ni des restaurants, ni de la population.
06:46Et moi, quand je sortais, effectivement, je prenais le pouls de la population.
06:51Bon, effectivement, j'étais quand même très, très prudent.
06:53J'étais sans arrêt en train de scruter mes rétroviseurs,
06:56faire attention aux motos qui passaient à côté de mon véhicule, parce que certains posaient des mines.
07:01Mais bon, voilà, je ne sais jamais arriver.
07:04Il y a aussi une part de chance.
07:08Mais concrètement, Kaboul, à cette époque, entre 2016 et 2021,
07:13il y a eu des périodes de violence et d'autres périodes de calme.
07:18Et moi, j'arrivais à naviguer.
07:22Mohamed partait pour un contrat de deux ans,
07:24mais il prolonge finalement sa mission en Afghanistan.
07:27En 2020, les talibans et les Etats-Unis signent l'accord de Doha,
07:32un accord pour le retrait des troupes américaines
07:34qui mènent l'opération depuis près de 20 ans
07:36et de leurs alliés de l'OTAN, dont la France.
07:39La pandémie de Covid retarde la mise en place de cet accord.
07:43Mais le 14 avril 2021, le président des Etats-Unis, Joe Biden,
07:49annonce le retrait des troupes américaines d'ici septembre 2021.
07:53Et on prépare l'évacuation.
07:55On se dit qu'il faut commencer à anticiper l'évacuation des personnels afghans
08:02qui travaillent à l'ambassade et leurs familles.
08:07À partir de janvier, on remplace une planification
08:11et on commence à évacuer les premiers personnels
08:15fin avril, début mai 2021 jusqu'à la fin juin,
08:20par des vols réguliers.
08:22Et pour ça, on est très critiqués.
08:24Très critiqués par la communauté internationale,
08:26l'Union européenne en premier,
08:27qui nous reproche de créer un appel d'air
08:29parce que, évidemment, les autres personnels des ambassades
08:32disent « Mais pourquoi est-ce que nous, on ne part pas aussi ? »
08:35Puisque nos collègues de l'ambassade de France sont partis
08:38et rien n'est fait pour nous, chez les Australiens,
08:41chez les Britanniques, il n'y a pas ces dispositions.
08:46Ils se font critiquer car la situation est calme à ce moment-là en Afghanistan.
08:51Pendant plusieurs mois, il n'y a presque plus d'attentats,
08:53mais les talibans commencent quand même à prendre le dessus dans certaines provinces.
08:58L'ambassadeur de France décide de prendre quelques jours de vacances
09:01avant de revenir pour préparer la fermeture de l'ambassade.
09:05Et c'est là que les événements se précipitent.
09:08Le 6 août, exactement, il y a cinq provinces qui tombent aux mains des talibans.
09:13Cinq provinces sur 34.
09:15Il y a un effet de panique, d'abord, dans la population.
09:18Et à partir du 16 août, tous les jours, on voyait des capitales provinciales
09:22tombées aux mains des talibans.
09:24Jusqu'au 12 août.
09:25Le 12 août, c'est quasiment la moitié des provinces afghanes
09:28qui sont sous le contrôle des talibans.
09:30La décision est prise par l'ambassade américaine
09:33de quitter la zone verte et de se rabattre sur l'aéroport de Kaboul.
09:38Donc l'ambassadeur invite tous ses collègues des autres ambassades
09:43de faire de même en utilisant les moyens que propose l'ambassade américaine,
09:48c'est-à-dire un hélicoptère, pour rejoindre l'aéroport
09:50et s'installer à l'aéroport pour préparer le départ des personnels de ces ambassades.
09:57Les 48 heures après le 12 août sont cruciales.
10:00Tout le monde se prépare et va à l'aéroport.
10:03Mohamed et ses collègues restent à l'ambassade
10:05le temps que d'autres ressortissants français parviennent à les rejoindre.
10:09Le 15 août, ils sont prêts à partir.
10:12À 18h, quand on a récupéré tout le monde, qu'on est prêts à partir,
10:18on voit les deux hélicoptères qui arrivent,
10:19qui font une rotation au-dessus de l'ambassade de France
10:21pour rejoindre l'ambassade américaine.
10:23Et là, ils se font tirer dessus.
10:25Donc on voit les balles traçantes qui partent du sol
10:28et les hélicoptères qui font demi-tour.
10:33On leur demande de patienter pour avoir de nouvelles autorisations.
10:36Cette journée-là, de premières vidéos montrant les talibans dans Kaboul
10:40circulent sur les réseaux sociaux.
10:42La situation est très tendue dans la capitale afghane.
10:45Il est 21h quand on a devant l'ambassade un incident majeur,
10:49des explosions, des tirs, que nous on entend.
10:53Et sur les vidéos de surveillance, on voit qu'il y a des centaines de personnes
10:56qui sont amassées contre le portail de l'ambassade de France.
10:59Des femmes, des enfants qui sont écrasées sur ce portail.
11:04Et là, moi je comprends tout de suite qu'on va avoir une tragédie.
11:07On ne sait pas qui tire sur qui,
11:08on ne sait pas d'où viennent ces explosions.
11:10On voit juste les pick-up des talibans qui passent devant,
11:13qui tirent en l'air avec leur kalachnikov.
11:15Et ces gens qui sont écrasés sur ce portail.
11:18Et donc j'appelle l'ambassadeur pour lui expliquer la situation.
11:21Et la décision est prise d'ouvrir le portail.
11:23400 personnes entrent dans l'ambassade.
11:25Mais à ce moment-là, il n'est pas prévu d'évacuer des civils afghans de leur propre pays.
11:30Ils cherchent tout de même une solution pour les emmener jusqu'à l'aéroport.
11:34Et Mohamed propose à l'ambassadeur de discuter avec un responsable taliban
11:39pour négocier un départ par la route,
11:41comme les Américains ne leur envoient pas d'autres hélicoptères.
11:45L'ambassadeur accepte.
11:46Et Mohamed rencontre le responsable taliban du checkpoint près de la zone verte.
11:51Donc arrive ce responsable taliban, un jeune homme,
11:57avec une attitude très particulière.
11:59Quand je l'ai vu, je me suis dit, tiens, c'est un taliban.
12:03C'était plutôt un dandy qu'un taliban.
12:06Avec ses Ray-Bans, ses cheveux noirs,
12:08un petit foulard blanc, un petit gilet très saillant,
12:11et des mocassins à vernis.
12:13Ce qui n'est pas du tout la tenue du combattant taliban.
12:15Mais une Kalachnikov quand même en bandouillère.
12:18Donc je vois tout de suite qu'il est ouvert à la discussion.
12:21Et il comprend la situation,
12:23et puis il accepte effectivement de nous aider.
12:28Mohamed comprend qu'il doit négocier avec d'autres chefs talibans,
12:31plus haut hiérarchiquement.
12:33Ce qu'il fait.
12:34Les chefs talibans lui valident son autorisation de partir par la route.
12:38Mais Mohamed ne voit pas les bus promis par le chef du checkpoint arriver.
12:42Il retourne donc le voir.
12:44Il s'était coupé les cheveux.
12:46Il était en t-shirt.
12:47Et là je lui dis, mais qu'est-ce qui se passe ? Où sont les bus ?
12:50Il m'a dit, il faut que je vous dise quelque chose d'abord.
12:54J'écoute, je veux partir avec vous.
12:57Il se retourne en désignant le checkpoint.
12:59Il dit, je ne peux pas rester avec ces gens-là.
13:01Alors que moi je suis estomaqué, parce que je ne m'attends pas à ça.
13:05Et je me dis que si je lui dis non, moi je n'ai pas les bus et on ne
13:09peut pas partir.
13:10Et je m'apprêtais à lui répondre, quand sort une ombre derrière lui, à une dizaine de mètres,
13:15derrière un petit hall, une femme avec un nourrisson dans les bras,
13:17et puis un enfant, elle tenait un enfant à la main.
13:19Et c'était sa femme et ses enfants qui étaient là, qui l'avaient fait venir, qui l'avaient caché.
13:24Et il me dit, je veux offrir un avenir à mes enfants, je veux partir avec vous.
13:28Et je lui dis, non, premier réflexe, je lui dis, écoutez, ça va être compliqué.
13:33Ça va être compliqué.
13:34Et là il me dit, oui, mais si je ne pars pas, les bus ne pourront pas rentrer.
13:39Mohamed doit prendre une décision en quelques minutes.
13:41Il accepte de l'emmener à l'aéroport, les bus arrivent et tout le monde embarque.
13:46Il peine à traverser d'autres checkpoints,
13:48mais Mohamed réussit à négocier avec les talibans à chaque fois.
13:52Et dans la nuit du 17 au 18 août,
13:54le cortège de plus de 300 mètres de long arrive à l'aéroport
13:58où Mohamed voit des scènes de chaos.
14:01Derrière des barbelés, des milliers de personnes,
14:04des enfants encheveutrés dans les barbelés,
14:07les visages en sang, les vêtements arrachés,
14:11des gens qui étaient maltraités, bastonnés.
14:15On leur tirait dessus à la balle plastique, aux grenades,
14:19par ce qu'on appelle des mercenaires qui travaillaient pour la CIA.
14:23Une réputation désastreuse.
14:27Donc il y avait l'armée américaine qui tenait quand même le cordon de sécurité.
14:31Et puis devant eux, c'était des mercenaires,
14:33ces fameux mercenaires qui avaient été engagés en première ligne
14:37pour pouvoir contenir cette foule, cette population.
14:41Et sans aucun état d'âme, ils étaient d'une violence inouïe.
14:45Et les images que j'avais face à moi, c'était des images insoutenables.
14:49Il n'y avait personne pour raconter ça.
14:52Parce qu'il n'y avait pas de journaliste, il n'y avait pas d'organisation humanitaire
14:57pour recueillir ces gens.
14:58Il n'y avait que des militaires.
14:59Ce n'est pas le métier de faire du maintien d'ordre,
15:03d'accueillir des gens qui étaient très brutaux.
15:07Mohamed et ses collègues reçoivent des listes de noms d'Afghans
15:10à retrouver dans la foule pour les évacuer,
15:12pour qu'ils puissent décoller dans des vols pour la France.
15:15Ce sont notamment des artistes, des journalistes ou des politiques.
15:19Il y a une hystérie totale dans cette foule.
15:23Les gens hurlent, les gens crient, il y a des détonations.
15:26Lancer des noms comme ça en l'air, c'est inaudible.
15:29Donc on n'avait aucun moyen d'identifier ces gens.
15:32Sauf à dire à ceux qui nous ont envoyé ces listes,
15:34tiens, il est temps de mettre un foulard rouge ou une pancarte
15:38nous indiquant qui ils sont,
15:41ou donnant le nom de l'écrivain qui les envoie.
15:46Toutes les portes, à un moment donné, ont été bloquées.
15:48Mais la population afghane a trouvé un autre chemin.
15:52C'était un canal sceptique qui venait de l'extérieur
15:56et qui longeait l'aéroport.
15:59Et là, c'était peut-être le point le plus vulnérable de cet aéroport.
16:04C'était des milliers de personnes qui faisaient la queue à l'extérieur
16:08et des centaines qui parvenaient au pied de ce petit muret.
16:13Ils étaient au milieu des excréments, des urines.
16:18Et pour certains, ils y sont restés des jours et des jours.
16:21Et donc on allait chercher les personnes là,
16:24des personnes qu'on nous signalait,
16:25et puis parfois des personnes qu'on ne connaissait pas.
16:29On nous tendait une femme qui nous tend une main, un enfant.
16:34Même si on a une liste,
16:35on ne peut pas rester insensible à ce qu'on a devant nous.
16:39Et donc on a sorti comme ça près de 3000 personnes.
16:43On n'était plus dans une mission de police.
16:45On était dans l'humanitaire.
16:46En tout, près de 3000 personnes sont évacuées vers la France.
16:50Un attentat a lieu dans le canal sceptique près de l'aéroport,
16:54ce qui provoque le départ de Mohamed et son équipe
16:57qui quittent officiellement l'Afghanistan dans la nuit du 27 août.
17:01C'est un double sentiment.
17:04Sentiment de soulagement, parce qu'on est sous pression depuis plusieurs jours.
17:09Mais un sentiment d'amertume aussi.
17:12Parce que quand on longe les pistes, on voit, on entend cette clameur
17:15de tous ces gens qui sont là, qui sont dehors.
17:20Et puis on a quand même encore en tête
17:22toutes ces scènes de désolation, de malheur qu'il y avait autour de nous.
17:28Et on se sent un peu coupable de partir.
17:31Moi, j'ai eu ce sentiment de culpabilité.
17:33De dire, bah oui, on s'en va, et puis il y a tous ces gens.
17:37Puis en même temps, je me suis posé la question plusieurs fois.
17:41On ne va pas vider l'Afghanistan à la petite cuillère.
17:43Il y a 35 millions d'habitants en Afghanistan.
17:46Les trois quarts veulent partir de ce pays
17:47avec les talibans qui reviennent.
17:49C'est évident.
17:50Donc on ne peut pas évacuer tout un pays.
17:52Donc il faut revenir à la raison à un moment donné
17:55et se dire, ces opérations vont devoir s'arrêter tôt ou tard.
17:58Mohamed retrouve sa maison, sa femme et sa vie d'avant.
18:02Les premières nuits ont été très difficiles.
18:04Parce que je faisais des cauchemars.
18:06Je me réveillais en pleine nuit.
18:08Et moi, je me suis surpris,
18:09pendant les trois, quatre premières nuits,
18:10de sortir de mon lit et de m'habiller.
18:13Avant de me rendre compte que non,
18:15je suis dans ma chambre.
18:16Peut-être partie du syndrome de stress post-traumatique.
18:20Bon, on nous a proposé un soutien psychologique, évidemment.
18:25Tout en ayant conscience que ce syndrome de stress post-traumatique
18:28peut intervenir des semaines, des mois, voire des années après.
18:33Mohamed était en fin de carrière
18:34et il est à la retraite quelques jours après être rentré.
18:37Il ne retournera jamais au bureau.
18:39Les années sont passées.
18:40Il n'a pas tout à fait tourné la page de la police.
18:43Il est aujourd'hui réserviste.
18:44Mais au quotidien, son rôle principal est d'être grand-père.
18:48La moitié de la semaine, je m'occupe de mes trois petits-enfants.
18:51Et donc j'ai trois petits-enfants,
18:53deux ans, sept ans et dix ans.
18:54Et je m'occupe d'eux.
18:57J'ai ma nièce aussi, qui a 13 ans,
18:59que j'ai recueillie il y a deux ans,
19:02puisqu'elle est orpheline et qui vit chez moi maintenant.
19:04Donc voilà, je suis pas mal occupé.
19:07Je m'occupe des enfants,
19:09ils accompagnent au sport,
19:10ils aident à faire leurs devoirs,
19:12les faire déjeuner,
19:12parce que j'adore cuisiner en plus.
19:21Barbara Mohamed Bida nous raconte dans l'épisode
19:24qu'il est parti en Afghanistan
19:25pour pouvoir rentrer régulièrement en France,
19:28voir sa famille.
19:29Comment est-ce qu'il a réussi à gérer les relations
19:31avec sa femme et son fils, justement,
19:33au moment où la situation a dégénéré sur place ?
19:35Il leur parlait dès qu'il pouvait,
19:37mais il leur racontait pas tout ce qui se passait,
19:39comme il en a l'habitude depuis le début dans son travail.
19:41Il m'a dit qu'il aime partager ses joies avec sa famille,
19:45mais vraiment pas ses angoisses,
19:46et que pour être serein pendant ses missions,
19:48il a besoin de savoir que sa famille aussi est sereine.
19:51Bien sûr, sa femme et son fils voyaient les informations
19:54et ils s'inquiétaient,
19:55mais Mohamed a toujours cherché à minimiser
19:57ce qui se passait sur place quand il leur racontait.
19:59Est-ce qu'on sait s'il est resté en contact
20:01avec des gens qu'il a aidés à partir d'Afghanistan ?
20:04Oui, quelques personnes.
20:05Il y en a qu'il connaissait déjà avant
20:07et qu'il a extirpé du canal,
20:08comme un marchand de tapis
20:10qui venait vendre des tapis toutes les semaines à l'ambassade.
20:12Aujourd'hui, il est encore en contact avec lui.
20:14Et il y a aussi un enfant qui l'a sorti du canal
20:17qui lui a envoyé une photo quelque temps après,
20:19avec un cartable à la main.
20:21Il est sur le chemin de l'école,
20:22près de Reims à ce moment-là.
20:24C'est quand il reçoit ce genre de message
20:25que Mohamed se rend compte qu'il a pas fait tout ça pour rien.
20:28Merci Barbara Gouy.
20:30Cet épisode de Code Source a été produit
20:32par Pénélope Gualquierotti et Clara Garnier-Amourou.
20:36Réalisation Julien Moncoucciol.
20:38N'oubliez pas de vous abonner sur votre plateforme préférée
20:41pour ne rater aucun épisode.
20:43Vous pouvez aussi écouter Crime Story.
20:45Claudia Prolongeau et Damien Delsoni
20:47y racontent les grandes affaires criminelles.
20:49Nous venons justement de publier une série exceptionnelle
20:52sur le mystère de la tuerie de Chevaline.
20:55Six épisodes disponibles dès maintenant.
20:58Ça s'appelle les fantômes de Chevaline.
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