- il y a 2 jours
- #aghanistan
- #refugie
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Pour code source, Ambre Rosala a recueilli le témoignage de ce trentenaire afghan qui a vécu puis échappé au régime autoritaire de son pays.
Dans cette vidéo : Au mois d'août les Talibans ont repris le pouvoir à Kaboul. Nous avons raconté précédemment dans Code Source comment et pourquoi le retrait américain d'Afghanistan a entraîné aussi rapidement leur retour. Aujourd'hui nous avons voulu donner la parole à un afghan, un homme de 32 ans vivant en région parisienne Ezat. Nous donnons uniquement son prénom par précaution parce qu'une partie de sa famille vit encore en Afghanistan sous la menace potentielle des Talibans. Ezat raconte son histoire, la vie sous les talibans et son exil au micro d'Ambre Rosala.
Ezat habite dans un studio au 4è étage d'un immeuble de Montreuil en Seine Saint Denis, il vit seul mais il raconte qu'il passe quasiment toutes ses soirées avec des amis parce qu'il n'aime pas vraiment la solitude. Ezat est né en 1989 dans la province de Maidan Wardak dans le centre de l'Afghanistan. Ses parents ont des terres agricoles et il passe sa petite enfance au milieu des champs et des montagnes…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert, Sarah Hamny et Timothée Croisan - Reporter : Ambre Rosala - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : INA.
#aghanistan #réfugié #guerre
Dans cette vidéo : Au mois d'août les Talibans ont repris le pouvoir à Kaboul. Nous avons raconté précédemment dans Code Source comment et pourquoi le retrait américain d'Afghanistan a entraîné aussi rapidement leur retour. Aujourd'hui nous avons voulu donner la parole à un afghan, un homme de 32 ans vivant en région parisienne Ezat. Nous donnons uniquement son prénom par précaution parce qu'une partie de sa famille vit encore en Afghanistan sous la menace potentielle des Talibans. Ezat raconte son histoire, la vie sous les talibans et son exil au micro d'Ambre Rosala.
Ezat habite dans un studio au 4è étage d'un immeuble de Montreuil en Seine Saint Denis, il vit seul mais il raconte qu'il passe quasiment toutes ses soirées avec des amis parce qu'il n'aime pas vraiment la solitude. Ezat est né en 1989 dans la province de Maidan Wardak dans le centre de l'Afghanistan. Ses parents ont des terres agricoles et il passe sa petite enfance au milieu des champs et des montagnes…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert, Sarah Hamny et Timothée Croisan - Reporter : Ambre Rosala - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Au mois d'août, les talibans ont repris le pouvoir à Kaboul.
00:15Nous avons raconté précédemment dans Codesource comment et pourquoi le retrait américain d'Afghanistan a entraîné aussi rapidement leur retour.
00:23Aujourd'hui, nous avons voulu donner la parole à un afghan, un homme de 32 ans vivant en région parisienne,
00:29Esat.
00:30Nous donnons uniquement son prénom par précaution parce qu'une partie de sa famille vit encore en Afghanistan sous la
00:36menace potentielle des talibans.
00:38Esat raconte son histoire, la vie sous les talibans et son exil au micro d'Ambre Rosada.
00:51Quand je rencontre Esat, il vient tout juste de rentrer du travail.
00:55Il habite dans un studio, au quatrième étage d'un immeuble de Montreuil, en Seine-Saint-Denis.
01:00Il vit seul, mais il me raconte qu'il passe quasiment toutes ses soirées avec des amis, parce qu'il
01:05n'aime pas vraiment la solitude.
01:08Esat est né en 1989, dans la province de Meïdan-Wardak, dans le centre de l'Afghanistan.
01:13Ses parents ont des terres agricoles et il passe sa petite enfance au milieu des champs et des montagnes.
01:19C'est des montagnes d'Afghanistan, tout sec.
01:23Il y a des champs d'abricots, de pommes de terre, il y a énormément de fruits et légumes de
01:29saut de Provence.
01:30C'est un très bon paysage.
01:32Il y a beaucoup de beaux souvenirs, de jouer au criquet, de sortir.
01:37J'adorais sortir, passer du temps avec des amis.
01:39Oui, j'étais assez libre. On va dire que j'étais très libre même.
01:44Quand Esat fête ses 6 ans, il déménage avec sa famille, dans un petit village à 2 km de Kaboul,
01:50la capitale afghane, où son père achète un commerce.
01:53Esat et ses 8 frères et sœurs grandissent dans la religion musulmane, la plus répandue dans le pays,
01:58et la fratrie ne reçoit pas une éducation particulièrement stricte.
02:03Le 27 septembre 1996, alors qu'Esat a 7 ans, la ville de Kaboul est prise par les talibans, un
02:10groupe armé d'islamistes fondamentalistes.
02:12Ils s'emparent du pouvoir et fondent l'émirat islamique d'Afghanistan.
02:16Après la prise du pouvoir à Kaboul par les talibans, les Etats-Unis ont adressé un avertissement au nouveau régime,
02:23demandant instamment que soient respectés les droits des femmes, faute de quoi ce nouveau régime ne sera pas reconnu par
02:28la communauté internationale.
02:30Aujourd'hui, les nouveaux maîtres de cette terre sont talibans.
02:34La frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan est derrière nous, devant, à 8 heures de route, Kaboul.
02:40Les talibans se sont présentés à la population le Coran dans une main, la Kalachnikov dans l'autre.
02:45Alors, fatiguées par des années de guerre, les hommes et les femmes se sont soumis.
02:49Les femmes n'ont plus le droit de sortir sans porter la burqa ou le tchadri, un voile qui les
02:54dissimule de la tête aux pieds.
02:56Elles n'ont plus le droit de travailler, ni de faire des études, et les petites filles n'ont plus
03:01accès à l'éducation.
03:03Et Zat, lui, peut continuer à aller à l'école, mais il ne peut plus apprendre l'anglais, une langue
03:08qu'il aime pourtant beaucoup.
03:09Et il voit les interdits se multiplier.
03:13À telle heure, il faut arrêter le jour, aller faire prière, à telle heure, il faut faire ça, il ne
03:17faut pas couper les chevaux comme ça, il faut s'habiller comme ça, il faut laisser la barbe.
03:22Parler avec une fille, c'était interdit.
03:25Avant de faire un truc, on y pensait dix fois, est-ce qu'on peut le faire ou pas ?
03:30Je me souviens d'une scène, c'était le mariage d'un cousin, et qu'il avait coupé, je pense,
03:36d'un côté le chevet un peu plus, et les talibans l'ont demandé, toutes les personnes, ils l'ont
03:40rasé sa tête.
03:43Et ensuite, en disant, tu dois marcher devant tout le monde, et après il y a des gens qui ont
03:47supplié les talibans de le laisser.
03:49Voilà, c'est des trucs très basiques, et tout ça a été interdit.
03:53Tout ce qui peut distraire de la loi islamique, aux yeux des talibans, est interdit.
03:58Esat ne peut plus faire de sport, et donc jouer au criquet avec ses copains.
04:02Il n'a plus non plus le droit d'écouter de la musique, d'aller au cinéma, ou de regarder
04:07la télévision.
04:08Les télés, les téléphones, les photos, ça on avait, mais on l'a caché, on l'a caché vraiment, et
04:14tard la nuit, vers une heure, deux heures du matin,
04:17tout le monde se rassemblait caché, regardait un film, les cousins, on se rassemblait tout le temps.
04:23Chez l'un à l'autre, et on attendait que tout le monde dort, et ensuite, on sortait la télé,
04:28et ensuite, quand il y a quelqu'un qui rentrait, tout le monde faisait exprès, en disant,
04:32nous on dort, et on mettait des couvertures, des trucs sur la télé pour le cacher.
04:36Esat et sa famille vivent quasiment toujours enfermés chez eux, sauf pour tenir le magasin familial.
04:42Esat vit dans la peur de croiser les patrouilles talibanes,
04:45qui veillent à ce que leurs règles fondamentalistes soient respectées.
04:48Car la moindre chose qu'ils considèrent comme une faute, peut mener en prison,
04:52ou pire.
04:53À Kaboul, il y a un stade de foot qui s'appelle Razistidium,
04:57et c'était un stade où les talibans l'utilisaient pour exécution.
05:01Quand ils exécutaient ou assassinaient quelqu'un, ils remplissaient le stade,
05:05ils bloquaient le schéma, ils le bloquaient,
05:08et ensuite, ils forçaient tout le monde à rentrer pour remplir le stade,
05:12et ensuite, en disant, il faut regarder ce genre, et exécuter devant tout le monde,
05:16pour donner une leçon, en disant, si vous faites ce truc-là, vous allez avoir la même chose.
05:21Le 7 octobre 2001, l'armée américaine entre en Afghanistan, pour chasser les talibans.
05:27Les soldats viennent d'ouvrir la route, et ils se précipitent,
05:31acclament tous ceux qui passent, les militaires, les journalistes.
05:35Il est midi en Afghanistan, voici Kaboul.
05:41Les camions militaires ont quitté très tôt ce matin la ligne de front.
05:45Le long de la route, les cratères des bombes lancées par les B-52 américains.
05:50De nombreux bombardements aériens entraînent la chute du régime en novembre,
05:53et à la fin de l'année 2001, les talibans ne contrôlent plus que quelques territoires,
05:58au sud-est et au nord-est du pays.
06:01Esat a 12 ans, et il se réfugie avec sa famille au Pakistan, le temps que la guerre se calme.
06:07Ils y restent quelques mois, avant de rentrer dans leur village, près de Kaboul,
06:11pour reprendre le commerce familial.
06:14Là-bas, Esat retourne à l'école, où il recommence à apprendre l'anglais,
06:18mais il sort peu.
06:20Il a peur des attentats kamikazes des talibans toujours présents,
06:23mais aussi des bombardements américains.
06:29Ça a été arrivé à plein de cas qu'un taliban venait se cacher dans une maison
06:35pour tirer sur les américains, et les américains, au lieu de trouver une stratégie,
06:40ils bombardaient le village entier.
06:42De où ils peuvent savoir qui est innocent et qui n'est pas innocent, en fait ?
06:45Pour tuer quelques talibans, ils ont bombardé les enfants, les femmes,
06:50les personnes civiles innocentes, et c'est pour ça qu'on était toujours menacés.
06:55Cette menace est de plus en plus grande avec les années.
06:58En 2004, les talibans reprennent le contrôle du village où habite Esat,
07:02et la police ne prend même plus la peine d'intervenir.
07:05Et surtout, une dizaine d'années plus tard,
07:07Esat trouve un travail qui ne plaît pas aux talibans.
07:10À la fin du mois de février 2014,
07:13il décide, sur un coup de tête, de prendre la route vers l'Europe,
07:17avec Ziyam, un ami d'enfance.
07:20Il a 26 ans, et il laisse derrière lui toute sa vie et toute sa famille.
07:24C'est... Je ne peux pas l'expliquer, mais c'était tellement douloureux et tellement compliqué.
07:31Tu ne sais pas si tu vas bien arriver en Europe,
07:34tu ne sais pas si ta famille va rester vivante.
07:38C'est toujours compliqué, toujours difficile.
07:41Mais après, nous, on a décidé de partir,
07:44parce qu'on ne pouvait plus être là-bas.
07:48Et on a voulu juste sortir de l'Afghanistan.
07:51Quelques fois, il faut prendre des décisions,
07:53mais tu n'as pas le choix.
07:56Esat et son ami partent à pied vers le Pakistan,
07:58avant de rejoindre l'Iran.
08:01Là-bas, ils payent un passeur pour qu'il les aide à traverser le pays en voiture.
08:05En arrivant près de la frontière turque,
08:07Esat, Ziyam et le passeur doivent s'arrêter,
08:10bloqués par un barrage de contrôle sur l'autoroute.
08:12Esat raconte qu'à quelques mètres d'eux,
08:15une voiture qui transporte d'autres migrants afghans se fait tirer dessus.
08:20Certains meurent sous les yeux d'Esat.
08:22Le passeur, pris de panique, refuse de s'arrêter et fait demi-tour.
08:28Et quand il a pris la fuite, il y avait un barrage de la police
08:32et il y avait une voiture 4x4.
08:35Et il y avait un mec qui était sorti de la toit avec un kalanchikov
08:41et qui a tourné vers nous la kalanchikov.
08:44Avec mon meilleur ami, on se regardait comme ça et on s'est dit
08:47« C'est fini en fait. Là, tout est fini. »
08:51Mais le policier iranien ne leur tire pas dessus.
08:54On a eu vraiment la chance, mais ça c'était vraiment très compliqué.
08:58La voiture où se trouvaient Esat, Ziyam et le passeur
09:01est poursuivie par la police iranienne.
09:03Ils roulent très vite sur de petites routes de montagne
09:06et manquent d'avoir un accident très grave et de tomber dans le ravin.
09:10Mais ils finissent par semer les policiers.
09:13Esat et son ami renoncent à passer la frontière en voiture.
09:16Ils traversent à deux les montagnes pendant une journée et une nuit
09:20et arrivent enfin en Turquie.
09:22Ils restent à Istanbul pendant quelques temps
09:24avant de prendre la route vers la Bulgarie.
09:27Là-bas, ils sont arrêtés et placés en centre de rétention
09:31avant d'être relâchés trois semaines plus tard.
09:33En mai 2014, trois mois après leur départ,
09:37ils arrivent en Serbie, sans ressources et sans nulle part où aller.
09:43Il y a eu des moments très, très difficiles
09:45où on ne savait pas si on allait survivre
09:48parce qu'il pluvait, on n'avait pas à manger.
09:51Le plus difficile pour moi, c'était quand j'ai parlé
09:54pendant la fête de l'Aïd avec ma famille
09:56et que j'étais au milieu des champs.
09:58Il pluvait, on était trompés toute la nuit
10:01et que ma famille, ils m'appellent, ils faisaient la fête de l'Aïd
10:04et je ne pouvais pas leur dire à quelle situation j'ai été.
10:07Mais j'ai dit, on est avec des amis,
10:09il y avait un mosquée, on est venu faire la prière,
10:11il y a beaucoup de gens qui ont ramené à manger et tout ça.
10:14Alors qu'on vivait depuis 12 jours avec des biscuits
10:17et que j'ai dit à ma famille, mais tout va bien,
10:20je suis très content, il y a des gens,
10:21et que je ne peux pas parler beaucoup, je dois partir.
10:24Et que c'était un moment très, très difficile.
10:27Esat et son ami parviennent à traverser la Serbie jusqu'en Hongrie.
10:30Puis en Autriche, Ousiam décide de rester.
10:33Esat, lui, préfère partir pour la France
10:36où il a quelques connaissances qui peuvent l'aider.
10:38Il prend alors le train jusqu'en Allemagne,
10:40puis un autre, vers la France.
10:43Il arrive à Gare de Lyon, à Paris, le 3 août 2014,
10:46après plus de 5 mois de voyage.
10:49Il prend tout de suite rendez-vous à la préfecture de Paris
10:51pour faire sa demande d'asile.
10:53Il espère pouvoir bénéficier de la protection subsidiaire,
10:57une forme d'asile accordée aux personnes exposées
10:59à des risques graves dans leur pays,
11:00et qui leur permet de travailler légalement en France.
11:03Mais la procédure est longue,
11:05et loin d'être simple pour Esat,
11:07qui parle le Dari et le Pachto,
11:09les deux langues officielles d'Afghanistan,
11:12et très bien l'anglais,
11:13mais pas un mot de français.
11:15Il ne voulait pas parler anglais avec nous,
11:19et la première chose qu'il nous disait,
11:21mais il faut parler français,
11:22mais madame, on est arrivé il y a une semaine,
11:25comment vous voulez qu'on parle français ?
11:27Ok, quelques mois plus tard,
11:29quand on est retourné au rendez-vous,
11:30c'était pareil,
11:31mais quand même, on avait fait un effort,
11:33on avait fait un petit peu,
11:35et on me disait,
11:35mais en fait,
11:36désolé madame,
11:37mais vous nous dites d'apprendre le français
11:39au bout de quelques mois,
11:40c'est une langue très compliquée,
11:43et vous voulez qu'on en parle au bout d'une semaine,
11:45ou deux ou trois mois,
11:45c'est impossible.
11:47Et pour moi,
11:48c'est quelque chose,
11:49tant que tu ne parles pas français,
11:50tu ne peux pas communiquer,
11:51tu ne peux pas avoir des discussions,
11:53que ce soit politique,
11:54que ce soit avec des amis,
11:56sur n'importe quel sujet.
11:58Et c'est pour ça,
11:59j'ai essayé à tout pour améliorer le français,
12:03commencer à pratiquer.
12:04J'ai passé beaucoup de temps à la bibliothèque.
12:07Tu avais l'internet,
12:08tu avais accès à un ordi pour apprendre des choses,
12:11tu avais accès à tous les livres,
12:13tu avais un moment tranquille,
12:15il n'y avait pas de bruit,
12:17tu lisais ce que tu voulais,
12:18tu écoutes la musique,
12:19tu penses à des choses,
12:21tu prends un café.
12:23Franchement, c'était un endroit
12:24où je me sentais vraiment bien,
12:27et c'était quelque chose,
12:28j'étais tranquille,
12:30je pense que j'avais besoin d'avoir le temps pour moi,
12:32j'étais tranquille,
12:33j'étais dérangé par personne,
12:34je lisais ce que je voulais,
12:36j'écoutais ce que j'avais envie,
12:37je regardais ce que j'avais envie,
12:39et c'était le meilleur moment.
12:41Pour vivre,
12:42ESAD touche une aide de l'État,
12:43l'aide aux demandeurs d'asile.
12:45Cela représente environ 250 euros par mois,
12:48pour manger,
12:49s'acheter des vêtements,
12:50mais aussi se loger.
12:52ESAD paye des connaissances pour être hébergé,
12:54quelques jours par-ci, par-là,
12:55mais la plupart du temps,
12:57il vit à la rue,
12:58au nord de Paris,
12:59avec d'autres migrants afghans.
13:01C'est à Port-de-la-Chapelle,
13:02avec des amis,
13:03où il y a l'autorite qui passe vers Saint-Denis,
13:07il y a ce tunnel,
13:09après il y a les escaliers d'urgence,
13:10c'était dans ces escaliers d'urgence.
13:12ESAD travaille un peu au noir,
13:14pour se faire un peu d'argent,
13:15mais il passe surtout son temps
13:16auprès des associations d'aide aux réfugiés.
13:19Elle l'épaule dans ses démarches administratives,
13:21et dans son apprentissage du français,
13:23et l'aide surtout à se sentir un peu moins seule.
13:26Le 8 janvier 2016,
13:28alors qu'ESAD est arrivé en France
13:29depuis plus d'un an et demi,
13:30il obtient une place
13:31au centre d'hébergement d'urgence
13:33La Mi-de-Pin,
13:33sur la place d'Italie,
13:35dans le 13e arrondissement de Paris.
13:38Il vit dans un dortoir
13:39et n'a pas vraiment d'intimité,
13:41mais ça lui apporte un peu de stabilité.
13:43Deux semaines plus tard,
13:45le 23 janvier,
13:46une lettre au nom d'ESAD
13:47l'attend au centre d'hébergement,
13:49avec, en haut à gauche de l'enveloppe,
13:51le logo de l'OFPRA,
13:53l'Office français de protection
13:54des réfugiés et apatrides.
13:57ESAD vient d'obtenir l'asile en France.
13:59C'était un très grand soulagement.
14:01J'ai été très content,
14:03j'ai eu une opportunité
14:04de réfléchir à l'avenir,
14:07à penser qu'on pouvait faire des choses maintenant
14:11et que j'avais le droit d'avancer dans la vie,
14:14que ce soit au niveau de travail,
14:15que ce soit autre chose,
14:16si je voulais faire des études.
14:18J'ai vraiment trouvé la liberté,
14:20l'opportunité d'être accepté
14:23pour avoir tout ce que je voulais faire dans ma vie.
14:27Vous aimeriez retourner en Afghanistan un jour ?
14:29J'espère, j'aimerais bien,
14:31au moins pour quelques jours,
14:35revoir le pays, le paysage,
14:38la beauté d'Afghanistan, la culture, tout ça.
14:43Mais après, honnêtement,
14:48la France aussi,
14:49c'est aussi proche pour moi qu'Afghanistan.
14:51J'ai eu la liberté, en fait,
14:53apprendre la langue,
14:55à parler avec tout le monde,
14:56avoir des amis,
14:57que ce soit fille ou garçon.
14:59Tout le monde est ensemble,
15:01il n'y a aucun problème.
15:02C'est pour ça,
15:03j'aimerais bien retourner en Afghanistan,
15:05mais je n'ai pas envie d'abandonner non plus la France.
15:18Ambre,
15:18Esat,
15:18de quoi est-ce qu'il vit aujourd'hui ?
15:20Aujourd'hui,
15:21il est devenu interprète,
15:22il travaille pour plusieurs associations d'aide aux migrants,
15:25et il aide les réfugiés qui arrivent en France
15:27et qui ne parlent pas un mot de français
15:29dans leurs démarches administratives.
15:31Il m'a dit que c'était quelque chose
15:33qu'il avait eu envie de faire très vite
15:35après son arrivée en France,
15:36tellement ça avait été compliqué pour lui,
15:38en fait,
15:39de faire ses démarches administratives.
15:41Et pour lui, c'était naturel,
15:43maintenant qu'il parle très bien français,
15:45d'aider ceux qui arrivent aujourd'hui.
15:46Dans ton sujet,
15:47tu dis que quand il était encore en Afghanistan,
15:50les talibans n'appréciaient pas son métier,
15:53mais qu'est-ce qu'il faisait justement ?
15:54Alors, il n'a pas voulu me dire précisément
15:57le métier qu'il faisait là-bas,
15:59ce métier qui l'a en partie poussé à quitter son pays.
16:02Tout ce que je sais,
16:03c'est que c'est un poste
16:05qui le mettait en danger par rapport aux talibans,
16:07et qu'aujourd'hui,
16:08il ne veut pas trop en parler ouvertement,
16:11parce qu'il sait que les talibans
16:12scrutent un peu les médias étrangers,
16:14et il n'a pas envie d'attirer l'attention sur lui.
16:16Il a peur, en fait, qu'à cause de lui,
16:18les talibans s'en prennent à deux de ses frères
16:20qui sont restés en Afghanistan.
16:22Comment est-ce qu'il a vécu le retour au pouvoir
16:24à Kaboul des talibans ?
16:26Il ne le vit pas très bien.
16:28Il a très mal vécu ce retour des talibans à Kaboul.
16:31Il en a beaucoup parlé avec ses amis.
16:34Il a beaucoup d'amis afghans aussi à Paris.
16:37Ils en discutent, ils se réunissent beaucoup.
16:39Il suit aussi plus que d'habitude les informations
16:43pour voir comment la situation évolue.
16:46Mais en même temps, il m'a aussi raconté
16:47que ce n'était pas vraiment une surprise pour lui.
16:50En fait, ça fait quand même un moment
16:52qu'il savait que l'armée américaine
16:54allait partir d'Afghanistan
16:56et que les talibans allaient reprendre le pouvoir.
16:59Donc, il s'en doutait un petit peu.
17:00Et sa famille en Afghanistan, comment elle va ?
17:03Quand il a appris que les talibans étaient revenus,
17:05ESAT a tout de suite appelé sa famille.
17:06Il a ses parents et plusieurs de ses frères et sœurs
17:09qui ont réussi à s'enfuir au Pakistan.
17:11Ils vont bien.
17:12Par contre, il a deux frères,
17:14comme je le disais tout à l'heure,
17:15qui ont dû rester dans leur village près de Kaboul
17:18pour tenir le commerce familial.
17:20Ils avaient peur qu'en partant,
17:22ils se fassent piller, voler tout ce qu'il y avait dans le magasin
17:25et qu'ils perdent tout ce qu'ils avaient construit
17:27depuis plusieurs années.
17:29Et ils ont donc dû rester.
17:31Mais ESAT discute avec eux au téléphone
17:33ou par SMS tous les jours,
17:35de manière quotidienne.
17:36Et il m'a dit qu'ils allaient bien.
17:38Merci Ambre Rosala
17:40et merci à Gwenaëlle Bourdon
17:42pour son aide.
17:43Code Source est le podcast d'actualité du Parisien
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17:57Cet épisode a été produit par
17:58Clara Garnier-Amourou,
18:00Thibaut Lambert,
18:01Sarah Amny et Timothée Croisan.
18:03Réalisation,
18:04Julien Moncouquiole.
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