Passer au playerPasser au contenu principal
En retirant leurs troupes du territoire fin août, les Etat-Unis ont tourné la page de leur plus long conflit, dans le désordre et la précipitation. Récit.


Dans cette vidéo : 2001 au lendemain du 11 septembre les Etats Unis lancent une guerre en Afghanistan contre Al Qaïda et les talibans qui dirigent le pays. Vingt ans plus tard en août 2021 les derniers soldats américains encore sur place sont rapatriés mais l'opération vire au fiasco pour Joe Biden. Les talibans reprennent le pouvoir à Kaboul sans avoir à combattre. Code Source raconte aujourd'hui le retrait américain d'Afghanistan vue des Etats-Unis avec notre invité Matthieu Mabin correspondant de France 24 à Washington....


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Timothée Croisan, Sarah Hamny et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian


Archives : Les Echos, CNN, Quotidien, INA, Lumni, CBSNews, France TV, The White House, Fox News, CNBC.


#Afghanistan #talibans #kaboul

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:122001, au lendemain du 11 septembre, les Etats-Unis lancent une guerre en Afghanistan contre Al-Qaïda et les talibans
00:19qui dirigent le pays.
00:2020 ans plus tard, en août 2021, les derniers soldats américains encore sur place sont rapatriés,
00:26mais l'opération vire au fiasco pour Joe Biden, les talibans reprennent le pouvoir à Kaboul sans avoir à combattre.
00:33CodeSource raconte aujourd'hui le retrait américain d'Afghanistan, vu des Etats-Unis, avec notre invité Mathieu Mabin, correspondant de
00:40France 24 à Washington.
00:44Mathieu Mabin, avant de commencer ce récit, un mot sur vous.
00:47D'abord, vous êtes correspondant de France 24 à Washington, vous avez 46 ans et vous connaissez très bien l
00:53'Afghanistan.
00:54Vous avez été correspondant à Kaboul en Afghanistan et à Islamabad au Pakistan pendant 4 ans, de 2007 à 2011.
01:01Oui, je connais l'Afghanistan de cette époque, cette période très spéciale qui a précédé la mort d'Oussama Ben
01:07Laden.
01:07Et ce moment où, effectivement, la France s'est engagée en Afghanistan, c'était juste après l'élection de Nicolas
01:13Sarkozy,
01:14une France qui avait jusqu'à présent participé aux opérations de la coalition de l'OTAN, mais plus de manière
01:20symbolique.
01:21À partir de 2007, la France a engagé deux bataillons dans cette région et effectivement, il y a eu un
01:27intérêt croissant du public français pour ce conflit qui paraissait bien lointain à l'époque.
01:32Il y a 37 millions d'habitants en Afghanistan, pays montagneux en grande partie, entourés par l'Ouzbékistan, la Chine,
01:39le Tadjikistan, le Pakistan, l'Iran et le Turkménistan.
01:43Vous, Mathieu Mabin, qu'est-ce qui vous a marqué en Afghanistan ?
01:46C'est aux antipodes de ce que l'on connaît ici en Europe, évidemment.
01:51L'Afghanistan est un pays rude, austère, avec ses propres règles, ses propres codes.
01:56Et c'est d'ailleurs probablement ce qui explique une partie de l'échec des forces occidentales dans la région.
02:02Mathieu Mabin, on a choisi de commencer cet épisode le 21 janvier à Washington.
02:07Joe Biden prête serment sur les marches du Capitole, le siège du Congrès américain.
02:12« La main sur la Bible ».
02:20Sur quelles promesses, sur quels slogans est-ce qu'il s'est fait élire ?
02:24Tout simplement débarrasser l'Amérique de Donald Trump.
02:27Les Américains connaissent Joe Biden puisqu'il a été leur vice-président pendant huit ans.
02:32Ils connaissent son programme puisque c'est en réalité la reproduction du programme de Barack Obama.
02:37Donc la promesse de Joe Biden, c'est rendre l'Amérique à elle-même, le retour de l'Amérique à
02:44l'intérieur du territoire américain et également sur la scène internationale.
02:47Et concernant l'Afghanistan, Joe Biden a promis de respecter l'engagement de son prédécesseur, Donald Trump, de retirer les
02:53soldats américains du pays.
02:55Mathieu Mabin, avant d'en venir aux événements les plus récents, pour bien comprendre,
02:59il faut en fait parler d'une journée ensoleillée à New York le 11 septembre 2001.
03:05Tout le monde se souvient où il était, ce qu'il faisait, avec qui il était ce jour-là.
03:11En tout cas, tous ceux qui avaient un peu plus de 7 ans, l'avion qui percute la première tour.
03:23Et puis la sidération quand l'image se répète, mais qu'on comprend en réalité que c'est un deuxième
03:29avion et donc une attaque.
03:30Oh ! Oh my goodness, there's another one.
03:33It seems to be on purpose.
03:35Oh my goodness, now you...
03:36Now it's obvious, I think that there's a second plane just crashed into the World Trade Center.
03:43I think we have a terrorist act...
03:45Impossible à oublier.
03:46Je ne crois pas qu'il soit excessif de dire que ce jour-là, du sommet de l'État au
03:51plus simple des citoyens américains devant sa télévision,
03:55l'Amérique tout entière s'est figée dans quelque chose qui se situe entre la panique et la sidération.
04:03Et ces attaques ont fait près de 3000 morts moins d'un mois plus tard.
04:06À partir du 7 octobre, les États-Unis ripostent en envoyant des soldats en Afghanistan.
04:12Quel est le but à ce moment-là ?
04:13C'est très simple.
04:14Fight back for what they did to us.
04:16Les premiers soldats américains qui sont arrivés en Afghanistan n'avaient que cette phrase à la bouche.
04:21En gros, la vengeance.
04:23Concrètement, Ben Laden a été identifié comme l'auteur de l'attaque, celui qui l'a fomenté depuis ce territoire
04:29afghan.
04:29Et donc, il est absolument inimaginable pour l'Amérique de l'époque de ne pas riposter immédiatement, et disons-le,
04:37de manière tout à fait brutale.
04:40Et une conséquence de cette intervention militaire des Américains en Afghanistan, c'est la chute du régime des talibans qui
04:47tombe au mois de novembre 2001,
04:49un peu plus de cinq ans après leur arrivée à la tête du pays.
04:52Ça, au départ, s'est perçu dans les pays occidentaux comme une victoire aussi pour la condition des femmes afghanes.
04:58Vu d'Amérique, ça a d'abord été perçu comme la mise à terre du régime qui avait accueilli Al
05:04-Qaïda, et donc la destruction de l'ennemi.
05:06Mais c'est vrai qu'en Europe, il y avait une vraie focalisation sur les femmes afghanes.
05:10En fait, au cours des années précédentes, grâce notamment à quelques reportages, on avait découvert la fameuse burqa,
05:17dont concrètement, on n'avait pas beaucoup entendu parler avant 1996.
05:21Les femmes, à de rares exceptions, n'ont pas le droit de travailler et l'éducation des jeunes filles est
05:27interdite.
05:27Elles doivent toujours sortir totalement voilées et accompagnées par un homme de la famille.
05:33En Afghanistan, les patrouilles religieuses de la promotion de la vertu et de la lutte contre le vice veillent au
05:40respect de tous ces interdits.
05:42C'est vrai qu'avant le 11 septembre, la principale chose qu'on savait des talibans, c'est qu'ils
05:47étaient barbus
05:48et qu'ils forçaient leurs femmes à porter des bâches bleues.
05:51A partir de 2003, les Etats-Unis lancent une autre guerre en Irak, en affirmant, ce qui s'est avéré
05:56faux,
05:56que le régime de Saddam Hussein dispose d'armes de destruction massive.
06:00Le dictateur irakien est arrêté cette année-là, condamné à mort par la justice irakienne et exécuté en 2006.
06:08Mathieu Mabin, pendant ce temps, en Afghanistan, les talibans sont toujours présents dans le pays,
06:12malgré la présence de dizaines de milliers de soldats de l'OTAN, l'Alliance Atlantique, dont un gros tiers d
06:18'Américains.
06:19Et à la fin des années 2000, le président américain Barack Obama renforce le contingent en Afghanistan
06:25avec jusqu'à 100 000 militaires américains déployés sur place.
06:31Le 2 mai 2011, le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, est tué au Pakistan par un commando américain.
06:38Ce commando appartient aux Navy SEALs, c'est le sixième commando des Navy SEALs, le SEAL Team 6.
06:45L'attaque a lieu de nuit, elle est extrêmement rapide.
06:48En pleine nuit, c'est Barack Obama en personne qui annonce la nouvelle.
06:52Aujourd'hui, je peux rapporter aux gens américains et au monde
06:56que les États-Unis ont fait une opération qui a tué Osama Ben Laden, le leader d'Al-Qaïda.
07:02Ben Laden est tué et cet épisode donne à Barack Obama une opportunité très précieuse
07:09d'inscrire cette victoire à son palmarès et de se relancer à un moment où il était en difficulté dans
07:16les sondages.
07:17À la fin de l'année 2014, l'intervention militaire américaine en Afghanistan est officiellement terminée
07:22mais près de 10 000 soldats américains restent sur place.
07:26Pourquoi ? Quelles sont leurs principales missions ?
07:27D'abord, arrêter de mourir, puisque Washington ne supporte plus de voir rentrer des soldats américains sous des drapeaux.
07:34Il considère que l'essentiel de la mission est terminé et qu'il ne faut plus désormais
07:38qu'entretenir les savoir-faire d'une armée afghane qui normalement devrait déjà être prête
07:43à faire face à ses ennemis, les talibans.
07:45Et puis enfin, il y a la surveillance et l'occupation des bases américaines en Afghanistan.
07:52On pense évidemment à la base de Bagram qui est le point de départ des frappes aériennes américaines dans la
07:57région
07:57sans lesquelles l'armée afghane ne peut pas occuper le territoire et lutter contre ses ennemis talibans.
08:04Les talibans vont reprendre progressivement du terrain.
08:07En 2019, ils contrôlent presque tout le territoire qu'ils avaient avant 2001.
08:11Et cette année-là, le lundi 9 décembre, le Washington Post publie une série de documents
08:16sur les coulisses de la gestion de cette guerre par les Américains en Afghanistan.
08:21C'est en réalité une succession de retranscriptions de témoignages de politiques,
08:26de militaires, de fonctionnaires, de conseillers parfois du président des États-Unis.
08:30Des hommes qui se sont exprimés devant des commissions d'enquête parlementaire du Congrès des États-Unis
08:36et qui bien souvent affichent un pessimisme.
08:40D'ailleurs, très tôt dans l'histoire de l'engagement américain en Afghanistan,
08:44on découvre notamment que quelques conseillers de George Bush lui annonçaient
08:49que l'armée américaine était enfermée dans un guépier afghan
08:54dès le sixième mois de leur présence en Afghanistan.
08:58Ces militaires, ces conseillers expliquent qu'ils ont du mal à savoir qui est l'ennemi.
09:02Qu'est-ce que ça veut dire en fait ?
09:03Ça veut dire tout simplement que l'Amérique ne maîtrise pas la diversité sociologique de l'Afghanistan,
09:08y compris à l'intérieur même du mouvement taliban.
09:10Aujourd'hui, l'organisation État islamique, par exemple, est composée de branches dissidentes des talibans.
09:18Et l'Amérique se retrouve à devoir coopérer avec certaines branches des talibans
09:23contre le nouvel ennemi organisation État islamique.
09:26L'Amérique n'était concrètement pas prête, ne disposait pas d'un renseignement de suffisamment bonne facture
09:33pour permettre aux militaires de savoir sur qui tirer.
09:36Mathieu Mabin, est-ce qu'à cette période, on peut dire qu'il y a un consensus aux États-Unis
09:40pour essayer de mettre un terme à cette guerre qui dure depuis près de 20 ans ?
09:44Oui, concrètement, plus personne n'en veut.
09:45Mais je dirais que Barack Obama lui-même voulait se débarrasser de ce conflit en Afghanistan
09:51dès son premier mandat.
09:52On a vraiment la sensation que l'administration américaine est enlisée
09:56et refuse tout simplement la défaite, puisque déjà, très tôt, après quelques années en Afghanistan,
10:02certains disent même dès 2005,
10:04on comprend que si l'Amérique se retire, les talibans reviennent
10:08et que c'est une défaite américaine.
10:10Et aucun président américain ne veut être le président de la défaite,
10:13à part tout simplement Donald Trump, qui lui n'en a cure.
10:16Il a toujours dit, l'Amérique a commis l'une des plus grandes erreurs de son histoire
10:20en s'engageant en Afghanistan
10:22et il n'a strictement aucune intention d'assumer les erreurs de ses prédécesseurs.
10:26En 2020, pendant la campagne présidentielle américaine,
10:30le démocrate Joe Biden est interrogé sur CBS le 23 février
10:34à propos du sort des femmes en Afghanistan en cas de retour au pouvoir des talibans.
10:50Pour Joe Biden, tant pis pour les femmes afghanes.
10:53L'Amérique n'est pas le gendarme du monde
10:55et n'a plus la responsabilité de protéger la condition de la femme en Afghanistan.
11:01La seule responsabilité du président des États-Unis, selon Joe Biden,
11:06et là on a un petit peu l'impression d'entendre Donald Trump,
11:09c'est de veiller à la sécurité et ou bien des citoyens américains
11:14et uniquement des citoyens américains.
11:16À la même période, quelques jours plus tard, le 29 février,
11:19l'administration Trump signe un accord de retrait
11:22avec les représentants des talibans à Doha au Qatar.
11:26La question de la condition du retrait, je veux dire,
11:29sur le plan technique est déjà un problème à cette époque.
11:32Pour pouvoir décoller de Kaboul et retirer les soldats américains,
11:37encore faut-il que les talibans ne soient pas en train de le retirer dessus
11:40au moment où ils décollent.
11:41Et donc, sous couvert d'accords de paix avec les talibans,
11:44c'est en réalité le seul point qui a été négocié à Doha.
11:50Et la date du retrait américain d'Afghanistan est fixée à ce moment-là,
11:53au 1er mai 2021.
11:56Mathieu Mabin, Joe Biden est donc élu le 3 novembre 2020.
11:59Il prête serment en janvier à la Maison-Blanche, on l'a vu ensemble.
12:02Et donc, dès le début de son mandat, finalement,
12:04cette date du 1er mai semble très proche.
12:07Et le 46e président américain fait face à un choix difficile.
12:10Ces États-majors l'alertent sur le fait que le calendrier est trop court
12:14pour un retrait dans de bonnes conditions.
12:16Et donc, le choix devant lequel est le nouveau président,
12:20c'est tout simplement retirer l'armée américaine dans de mauvaises conditions
12:25ou, à nouveau, renforcer le dispositif militaire américain,
12:29ce à quoi il se refuse catégoriquement.
12:31Quelques semaines plus tard, le 14 avril, Joe Biden est à la Maison-Blanche.
12:35Il prononce un discours très attendu sur l'Afghanistan.
12:45Joe Biden confirme sa volonté de retirer totalement les troupes américaines
12:50dans un délai court, mais il fixe une limite au 11 septembre 2021,
12:55une date évidemment extrêmement symbolique,
12:57puisque ce sera le 20e anniversaire du 11 septembre.
13:00Ces États-majors acceptent et promettent de tout mettre en œuvre
13:05pour garantir à l'armée américaine un retrait en bon ordre,
13:09tout en transmettant la responsabilité de la sécurité du pays
13:13à une armée afghane qui a déjà pourtant commencé à montrer des signes de faiblesse.
13:17Dès le mois de mai, en Afghanistan,
13:19les talibans reprennent des territoires importants.
13:23Ça n'est pas une surprise.
13:24L'armée afghane a déjà perdu le contrôle de plus de la moitié du territoire afghan.
13:29Évidemment, chacune des batailles est perdue les unes après les autres,
13:33jusqu'à entendre le Pentagone tirer la sonnette d'alarme auprès de la Maison-Blanche
13:38pour dire « Attention, Kaboul est désormais menacé ».
13:41Au mois de juin, un article du Wall Street Journal affirme que selon des sources internes
13:44au service de renseignements américains,
13:46le gouvernement afghan pourrait s'effondrer très rapidement après un retrait américain.
13:52Oui, c'est d'ailleurs le travail des services de renseignement américains
13:56et notamment de la CIA qui a fourni à la Maison-Blanche une succession de scénarios
14:02dont le plus pessimiste annonce que le gouvernement afghan et l'armée afghane
14:07pourraient s'effondrer en seulement quelques mois.
14:09Le vendredi 2 juillet, les forces américaines quittent la base aérienne de Bagram,
14:14d'où étaient coordonnées les frappes aériennes et la logistique des Américains en Afghanistan.
14:18Dès lors que l'armée afghane découvre un peu sidérer le départ brutal des Américains
14:25de cette base de Bagram, alors c'est le délitement généralisé.
14:29Les colonels, les généraux de l'armée afghane n'arrivent plus à tenir leurs hommes.
14:33Il n'y a plus d'appui aérien.
14:35Il n'y a donc aucun espoir de vaincre jamais les talibans sur le terrain.
14:39Le jeudi 8 juillet, Joe Biden avance un peu la date prévue du départ des soldats américains.
14:45Il l'avance au 31 août, il ne parle plus du 11 septembre.
14:47Pendant tout le mois de juillet, les pays comme la France, l'Allemagne, le Canada ou encore la Chine
14:52accélèrent le rapatriement de leurs ressortissants.
14:55Les talibans, eux, continuent de progresser.
14:57Le dimanche 15 août, ils prennent le contrôle d'une nouvelle ville, Jalalabad,
15:02et ils arrivent aux portes de la capitale, Kaboul.
15:05Ce jour-là, Mathieu Mabin, Joe Biden publie un communiqué.
15:08Tout le monde s'attend à ce que Joe Biden revienne sur sa décision de retirer les troupes américaines.
15:16Pas du tout.
15:17Ça n'est absolument pas la tonalité du discours du président américain
15:21qui dit qu'il est temps que l'Afghanistan prenne en main son propre avenir.
15:25À partir de là, Ashraf Ghani, le président afghan, ne peut concrètement plus tenir ses troupes.
15:31C'est la démobilisation générale dans l'armée afghane
15:34et qui annonce l'effondrement du gouvernement afghan.
15:37Et effectivement, dans la journée, les talibans s'emparent de Kaboul.
15:41Kaboul aujourd'hui en une image.
15:44Des tirs dans les faubourgs
15:46et dans le ciel, un des hélicoptères américains
15:49chargés d'évacuer en catastrophe les ressortissants étrangers.
15:53Les talibans sont entrés dans la capitale afghane.
15:55Les afghans qui craignent le retour des fondamentalistes se précipitent pour fuir.
16:00La capitale est prise quasiment sans tirer une cartouche.
16:03Les réseaux dormants des talibans qui sont présents dans Kaboul depuis toujours
16:08en réalité se dévoilent et on voit apparaître les premières patrouilles de talibans
16:12sur des pick-up pris à l'armée afghane.
16:15Des pick-up pavoisés du drapeau blanc des talibans.
16:19En emportant de façon fulgurante les capitales régionales les unes après les autres,
16:22dont Jalalabad hier,
16:24les talibans ont gagné la guerre psychologique.
16:26Selon plusieurs sources, le président afghan se serait enfui sans résister.
16:34Dans le camp démocrate, c'est tout simplement le silence.
16:37Et même les soutiens les plus proches de Joe Biden ne commandent pas cette actualité
16:42tant qu'ils sont désemparés par ce qu'ils voient.
16:44En revanche, évidemment, dans le camp républicain, les reproches se déchaînent.
16:48Les principaux détracteurs de Joe Biden et en fait les principaux soutiens de Donald Trump en son temps
16:55reprochent directement au président d'être responsable de ce fiasco.
17:00Il faut rappeler que beaucoup de parlementaires républicains qui siègent au Sénat
17:04ou à la Chambre de représentants sont eux-mêmes d'anciens combattants d'Afghanistan.
17:08C'est très courant ici aux États-Unis.
17:10Et donc, cette prise de Kaboul sans combattre par les talibans,
17:14par leurs ennemis de 20 ans, est proprement insupportable.
17:18Le lendemain, Joe Biden prend la parole de la Maison-Blanche.
17:21Oui, il apparaît dans ce salon de la Maison-Blanche
17:24qui est réservé aux déclarations de crise avec un air grave.
17:28Il réaffirme sa volonté de se retirer immédiatement maintenant d'Afghanistan
17:33en dévoilant qu'en réalité, l'intention de l'Amérique en Afghanistan
17:38n'a jamais été de construire une nation.
17:52Et cette petite phrase va beaucoup faire réagir. Pourquoi ?
17:56Cette petite phrase finalement a sidéré tous les observateurs à Washington,
18:00à commencer par les officiers généraux à qui il a été demandé quand même pendant 20 ans
18:04de soutenir justement la construction de l'État afghan.
18:08Hamid Karzai, l'homme des Américains,
18:10et puis ses scrutins, ses élections qui ont été encadrées par l'armée américaine,
18:15qui a vu perdre beaucoup d'hommes en protégeant les bureaux de vote
18:19au cours des nombreuses élections qui ont émaillé l'histoire de l'Afghanistan pendant 20 ans.
18:24Dans les jours qui suivent, les États-Unis accélèrent l'évacuation de leurs ressortissants
18:29et Mathieu Mabin se pose aussi la question du sort des Afghans qui travaillaient pour les Américains.
18:34C'est véritablement l'obsession de l'opposition républicaine à Washington
18:38avec, encore eux, ces parlementaires anciens combattants d'Afghanistan
18:42qui campent devant le capitole des États-Unis et enchaînent les déclarations en disant
18:47« Nous ne laisserons personne derrière, ce serait le déshonneur de l'Amérique ».
18:52Cela devient donc le sujet central pour Joe Biden, comment évacuer ces dizaines de milliers
18:57d'anciens supplétifs de l'armée américaine qui sont tous candidats à l'exil.
19:02Une image prise à bord d'un avion cargo militaire américain fait le tour du monde à son nom.
19:10C'est cette foule essentiellement des hommes, agglutinés à l'intérieur de ce gros porteur de l'US Air Force,
19:19collés les uns aux autres.
19:20L'équipage de l'avion dira au moment où il atterrira sur une base américaine
19:25qu'il a probablement battu un record en embarquant entre 670 et 800 personnes,
19:31ce qui a évidemment sidéré la chaîne logistique américaine.
19:35Quelques jours plus tard, le mardi 24 août, un sommet sur l'Afghanistan est organisé par le G7.
19:40Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni, sommet virtuel en raison du Covid.
19:46Paris et Londres notamment demandent en fait aux États-Unis de prolonger la présence américaine à Kaboul
19:53pour sécuriser l'aéroport.
19:55Que répond Joe Biden ?
19:56Un non et un non ferme, tout ce qui lui reste de service de renseignement lui indique un risque croissant
20:02d'attaque directe,
20:04cette fois de la part de l'organisation État islamique en Afghanistan.
20:08Il n'y a plus de militaires américains dans Kaboul, l'armée afghane s'est totalement dissoute
20:13et tout ce que les militaires américains font remonter vers Washington
20:16et qu'ils tiennent d'ailleurs des talibans eux-mêmes,
20:19c'est que la menace d'attentat est constante au point qu'il sera probablement difficile d'y échapper.
20:24Le jeudi 26 août, des explosions retentissent à l'aéroport de Kaboul.
20:32C'est un kamikaze qui aurait déclenché sa charge devant l'une des portes est de l'aéroport.
20:44Les premières vidéos qui arrivent dans les rédactions à Washington et à Paris sont tout simplement inregardables.
20:50Dans les heures qui suivent le bilan, arrive sur la table du président des États-Unis,
20:5613 militaires américains tués et plus de 150 civils.
21:00On ne saura jamais combien de femmes, combien d'hommes, combien d'enfants.
21:04À Washington, le choc est terrible.
21:07Dans les jours qui suivent, la tension est extrême à l'aéroport de Kaboul.
21:10Le samedi, Joe Biden reconnaît que la situation reste particulièrement dangereuse sur place.
21:16La priorité absolue est d'éviter un nouveau carnage, évidemment.
21:21Et pour ça, c'est la Maison-Blanche elle-même qui fait monter la pression
21:24et qui annonce d'autres kamikazes autour de l'aéroport de Kaboul.
21:28Une première frappe de drone en représailles à l'attentat
21:31est supposée avoir tué deux cadres de l'organisation État islamique
21:35dans la province du Nangarar, à l'est du pays.
21:37Puis une autre frappe, cette fois à Kaboul,
21:40sur d'autres kamikazes de l'organisation État islamique.
21:44Cette fois, des journalistes américains et britanniques,
21:46encore présents dans la capitale afghane,
21:48annoncent qu'une famille entière figure parmi les victimes de la frappe.
21:52Une information difficilement vérifiable.
21:57Finalement, le soir du lundi 30 août, peu avant minuit,
22:00l'armée américaine annonce avoir terminé son retrait d'Afghanistan
22:04avec un jour d'avance sur le calendrier annoncé.
22:15Dans la nuit du 30 au 31 août, à Kaboul,
22:19le dernier C-17, cet avion américain chargé de soldats,
22:23décolle de la capitale.
22:24Les services de communication de l'armée se sont dit
22:27qu'il était nécessaire de photographier un général de parachutiste
22:31à travers des jumelles de vision nocturne.
22:33Et ça donne l'image verte du dernier soldat américain qui quitte l'Afghanistan.
22:38En tout cas, c'est la version officielle qui ne convainc d'ailleurs pas grand monde
22:42puisque à ce moment-là, l'aéroport est tellement vulnérable
22:45qu'il est tout simplement inimaginable d'avoir demandé à un général américain
22:50de marcher seul sur le tarmac.
22:51Et c'est donc la fin officiellement de 20 ans de guerre en Afghanistan pour les Américains.
22:572 641 soldats américains ont été tués pendant ce laps de temps,
23:03dont les 13 qui sont morts dans l'attentat.
23:05Mathieu Mabin, au moment du départ des Américains,
23:08il faut aussi bien sûr parler des dizaines de milliers d'hommes et de femmes
23:10qui n'ont pas pu être évacués de Kaboul.
23:13On sait que 130 000 Afghans qui ont pu être les supplétifs de l'armée américaine
23:19en Afghanistan ainsi que leur famille ont d'ores et déjà été arrachés
23:23à l'aéroport de Kaboul dans les conditions qu'on a évoquées.
23:26Mais il reste plusieurs dizaines de milliers de ces Afghans
23:29qui n'ont pas pu être évacués.
23:31Joe Biden a juré qu'il ne les abandonnait pas
23:34et qu'ils seraient rapatriés par des avions civils
23:37dès lors que les talibans auront tenu leur engagement
23:40et qu'ils auront rouvert l'aéroport de Kaboul
23:43en autorisant ces gens à quitter le territoire.
23:46Près de 24 heures après l'annonce du retrait des derniers soldats américains,
23:50dans un salon de la Maison Blanche,
23:51Joe Biden prend la parole une nouvelle fois devant les caméras
23:54et il se veut très ferme.
24:03Joe Biden ne prend plus les questions depuis plusieurs jours.
24:06Il est clairement sur une position défensive.
24:09En désignant d'autres coupables que lui-même de ce fiasco,
24:13il incrimine notamment son prédécesseur, Donald Trump.
24:17Il se tourne également vers les militaires du Pentagone
24:20dont il dit qu'il a reçu les conseils
24:23et qu'il n'a fait que les appliquer.
24:30Ces phrases lui sont immédiatement reprochées,
24:34y compris par son entourage et ses conseillers.
24:37Mathieu Mabin, est-ce que pour Joe Biden,
24:39sa gestion du retrait d'Afghanistan
24:41et le retour des talibans à Kaboul
24:43va peser longtemps sur son bilan ?
24:46Sans aucun doute, d'abord parce que les républicains
24:49exploitent déjà ce qu'ils qualifient de fiasco de Kaboul
24:52et continueront à l'exploiter dans les prochains mois
24:55et les prochaines années,
24:56et notamment dans la perspective des élections de mi-mandat dans un an.
25:00Ce qui est certain également, c'est que l'opinion américaine
25:03n'a pas du tout apprécié l'image que l'Amérique a donnée d'elle-même.
25:07Ces images que nous avons évoquées d'une Amérique
25:10qui s'arrache piteusement à Kaboul après 20 ans de guerre
25:13sont absolument désastreuses pour la cote de popularité de Joe Biden
25:17qui aura probablement beaucoup de difficultés
25:20à faire oublier cet épisode.
25:24Merci à Mathieu Mabin.
25:26Code Source est le podcast d'actualité du Parisien
25:29disponible sur leparisien.fr
25:31et toutes les plateformes audio.
25:33Pour ne rater aucun épisode,
25:34abonnez-vous sur n'importe quelle application de podcast.
25:37Cet épisode de Code Source a été produit par
25:39Clara Garnier-Amouroux,
25:41Thibaut Lambert,
25:42Sarah Abney
25:42et Timothée Croisant-Cessinat.
25:45Réalisation,
25:45Julien Moncou-Kiol.
25:46Si vous aimez Code Source,
25:48dites-le nous en laissant des petites étoiles
25:50ou un commentaire sur votre application préférée
25:52et puis vous pouvez aussi nous écrire directement
25:54codesource.fr
Commentaires

Recommandations