Passer au playerPasser au contenu principal
Le collectif écologiste radical est pointé du doigt par le gouvernement, et notamment par le ministre de l’Intérieur, pour ses actions à Sainte-Soline contre les mégabassines, ou encore contre la ligne TGV entre Lyon et Turin.

Cet épisode est raconté par trois journalistes du Parisien : Aymeric Renou, journaliste au service société, Vincent Montgaillard, de la cellule récits, et Jean-Michel Décugis, journaliste au service police justice.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Sud Ouest, HuffPost, France 3, chaîne YouTube Les Soulèvements de la Terre.

#soulevementsdelaterre #ecologie #activiste

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 21 juin, Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, a présenté en Conseil des ministres
00:16un décret de dissolution du collectif écologiste radical, les soulèvements de la terre.
00:22Le processus prendra de longs mois s'il va à son terme,
00:25parce que ce mouvement peut demander l'annulation de la décision auprès du Conseil d'État
00:29la plus haute juridiction administrative.
00:32Qu'est-ce que ce collectif ? Pourquoi le gouvernement veut-il le dissoudre ?
00:36Réponse dans Codesources aujourd'hui avec trois journalistes du Parisien,
00:40Vincent Mongaillard et Amérique Renoux, qui ont fait plusieurs reportages sur ce sujet,
00:44et Jean-Michel Descugis, lui aussi a couvert les soulèvements de la terre,
00:48en tant que spécialiste police-justice.
00:58Le samedi 29 octobre, à Sainte-Sauline, dans les Deux-Sèvres,
01:01plusieurs associations appellent à manifester contre la création de bassines de rétention d'eau,
01:06surnommées des méga-bassines, et le mouvement donne lieu à des violences.
01:10Oui, ce jour-là, s'opposent entre 4 et 7 000 manifestants des anti-bassines,
01:15qui sont réunis par plusieurs organisations, syndicats, associations.
01:22En face de 1 500 gendarmes, policiers et forces de l'ordre.
01:28Le bilan est très lourd, une soixantaine de blessés chez les manifestants,
01:34une trentaine chez les forces de l'ordre, dont plusieurs blessés graves.
01:38Et c'est la première fois que l'on parle de ce mouvement, les soulèvements de la terre,
01:42qui sont déjà intervenus plusieurs fois, dans diverses parties du territoire,
01:46mais qui, pour l'instant, étaient restés discrets.
01:48Le lundi 31 octobre, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin,
01:51utilise une formule « choc » pour condamner ces violences.
01:54Il y a eu une grande partie des manifestants violents,
01:58encore une fois, qui s'en prenaient physiquement aux gendarmes, les blessants,
02:02et je veux redire que cela relève de l'éco-terrorisme.
02:07Jean-Michel Descugis, que veut dire ce terme « éco-terrorisme » ?
02:11Alors c'est un terme utilisé depuis 2020 à peu près par les associations,
02:14certains hommes politiques, pour désigner des actes de déséobéissance civile
02:20ou de dégradation, destruction de biens ou des sabotages, au nom de l'écologie.
02:27Mais le terme remonte à plus loin encore, puisqu'il remonte aux années 80, aux Etats-Unis.
02:32C'est une façon de désigner les activistes qui étaient dans le mouvement de défense des droits des animaux.
02:40C'est un terme très fort en tout cas.
02:41C'est un terme très fort, certains pensent que c'est un abus de langage,
02:44une façon de faire un amalgame entre le terrorisme et des actes de désobéissance civile.
02:51Beaucoup de gens s'élèvent contre ça,
02:53parce que c'est vrai qu'on a été frappé par les attentats dans les années 2015,
02:57bon, ça n'a rien à voir avec ça.
02:59Gérald Darmanin a donc dans le viseur, à ce moment-là, le mouvement « Les Soulèvements de la Terre ».
03:03Emmerick Renou, c'est quoi en résumé ?
03:05Les Soulèvements de la Terre, c'est un collectif qui naît officiellement en janvier 2021.
03:12Un mois plus tôt, sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes,
03:17là où avait été prévue la construction d'un aéroport,
03:20les ZADistes qui ont lutté contre cet aéroport se réunissent.
03:24Ils sont une centaine, ce sont des activistes d'ultra-gauche, des écologistes un peu radicaux,
03:28mais il y a aussi des paysans du coin.
03:30Et ils se réunissent, on est en pleine période de pandémie,
03:33et ils sont inquiets et ils veulent faire quelque chose.
03:36Ils se disent, il faut qu'on crée des Soulèvements de la Terre un petit peu partout,
03:39localement, sur tout le territoire hexagonal.
03:42Vincent Mongaillard, les Soulèvements de la Terre sont inspirés en grande partie
03:45par un géographe et militant suédois, un certain Andreas Malm.
03:49Qui est-il et quel est son message ?
03:51C'est un chercheur à la fine Barberousse,
03:54qui a été influencé par Marx et Lénine, classé à l'extrême-gauche.
03:59En fait, il est partisan d'une certaine forme de violence pour faire avancer la cause écolo.
04:04Il a théorisé les vertus du sabotage et les limites du pacifisme
04:08dans un livre qui a été traduit en français, intitulé « Comment saboter un pipeline ? ».
04:14Son message, c'est donc les modes d'action classiques de militantisme
04:19comme les marches pour le climat ont vécu.
04:21Il faut passer à des tactiques de lutte plus radicales,
04:25donc sans forcément aller jusqu'à la destruction d'un pipeline ou d'un gazoduc.
04:30Ça peut par exemple être le dégonflage des pneus des SUV, des 4x4,
04:34qui sont jugés extrêmement polluants.
04:36Et ça, ça a énormément d'impact auprès des soulèvements de la Terre.
04:40Le samedi 10 décembre, dans l'après-midi, un groupe d'une centaine d'individus
04:43se prépare à mener une action coup de poing
04:46contre une usine de l'entreprise de ciment Lafarge
04:49à Bouc-Belair, dans les Bouches-du-Rhône.
04:51Jean-Michel Lécugis, d'abord, c'est quoi ce site ?
04:53C'est une usine de cimenterie à Bouc-Belair, donc près de Marseille.
04:58Elle a été mise en demeure par la préfecture des Bouches-du-Rhône à un temps
05:01puisqu'on lui a demandé de se mettre aux normes sur la réglementation
05:06en matière de dioxyde de soufre.
05:08Alors, il y a eu un effort de dépollution
05:10puisqu'ils ont, selon eux, investi 6 millions d'euros.
05:14Ils vont, disent-ils, vers le zéro carbone.
05:16Mais les soulèvements de la Terre et d'autres associations écologiques
05:19pensent qu'ils sont très polluants.
05:22Ce samedi 10 décembre, en fin d'après-midi,
05:24que se passe-t-il sur le site ?
05:26Il y a à peu près une centaine d'activistes
05:28qui sont vêtus d'une blouse blanche, avec une capuche,
05:31avec une étoile bleue derrière, qui est l'ostine de ralliement,
05:34qui vont s'introduire dans l'usine de cimenterie.
05:37Il y a 6 employés qui se trouvent là
05:39et qui vont s'attaquer aux outils de production
05:41et mettre en arrêt la cimenterie.
05:45Il y a une vidéo où on voit des types s'en prendre à une caméra de surveillance
05:49et aussi découper à la hachette un tuyau.
05:54Quels sont les dégâts pour l'entreprise Lafarge ?
05:57Alors les dégâts, ils sont d'abord matériels.
05:59Ils ont été évalués à peu près de 800 000 euros.
06:02Et puis après, il y a eu l'arrêt de l'usine.
06:05Donc le préjudice est de 6 millions d'euros pour la perte d'activité.
06:11Jean-Michel Descugis, le 20 décembre, vous révélez dans Le Parisien
06:14que les renseignements territoriaux ont rédigé une note de 8 pages
06:17sur les soulèvements de la terre.
06:19Elles relèvent notamment que ce mouvement assume de recourir à des actions violentes.
06:23Ils dénoncent le fait que les soulèvements de la terre
06:27se sont appropriés la technique du Black Bloc
06:30qui est une façon de faire face aux forces de l'ordre en bloc tout de noir vêtu.
06:36Et donc là, on est dans le White Bloc.
06:39Les activistes sont en combinaison blanche avec les capuches.
06:43Et donc voilà, avant, la lutte écologique était à visage découvert.
06:48En tout cas, c'était un principe.
06:50Et aujourd'hui, ces activistes se cagoulent, masquent leur visage
06:55pour ne pas être reconnus, évidemment, puisqu'ils font des actions violentes.
06:59Toujours selon cette note, de quel type d'action il peut s'agir ?
07:02Des incendies d'antennes relais, des saccages de terrains de golf ou de parcs éoliens.
07:08Ça peut être les manifestations contre les méga-bassines.
07:12Ça peut être aussi des saccages d'usines, de cimenteries.
07:16On fait un saut dans le temps de plusieurs mois.
07:18Cette année, le samedi 25 mars, il y a une nouvelle manifestation
07:21contre les bassines de Sainte-Solines.
07:23Et les affrontements sont violents, comme on le racontait dans le code source
07:27consacré à cet événement.
07:28Emric Renou, rappelez-nous ce qu'il se passe ce 25 mars.
07:32Les affrontements sont ultra violents, avec d'un côté des opposants
07:37qui chargent littéralement avec des boucliers, avec des cocktails Molotov,
07:42jusqu'à incendier quatre véhicules des forces de l'ordre.
07:44Ces dernières répliques, avec une pluie de charges explosives,
07:49de désencerclements et de gaz lacrymogènes,
07:522000 ont été tirés en quelques minutes.
07:54Certaines évaluations estiment qu'il y avait une grenade
07:57toutes les deux secondes envers les manifestants.
07:59De ces affrontements naît une polémique autour des délais d'intervention
08:02autour d'une personne, un manifestant, prénommé Serge, de 32 ans,
08:07qui reçoit à la tête une grenade et qui tombe dans le coma.
08:10Et la polémique enfle et médiatiquement très reprise,
08:13puisque les anti-bassines accusent les autorités d'avoir retardé
08:17la prise en charge de ce blessé.
08:18Le lendemain, vous parlez avec plusieurs manifestants,
08:20à Mêles, à quelques kilomètres de Sainte-Sauline.
08:22Est-ce qu'ils revendiquent le recours à la violence ?
08:25Alors c'est compliqué.
08:26Le lendemain, ils sont sous le choc.
08:27Ils sont partagés, en fait.
08:29Parce qu'il y a beaucoup de familles encore le lendemain
08:31qui naviguent entre les différents stands, à Mêles,
08:34avec des conférences, des séances de cinéma, une cantine improvisée.
08:39Beaucoup regrettent, évidemment, la violence des affrontements.
08:43Mais ils sont quand même tous très anti-force de l'ordre.
08:47Ils le disent clairement, la violence vient de l'autre côté.
08:50Et quand ils parlent de violence qui est de leur fait,
08:53ils ne parlent pas de violence.
08:53Ils parlent de désobéissance civile.
08:55Ils parlent de désarmement.
08:57Eux, dans leur idée, ils sont violents envers des structures.
09:01Ils désarment des structures, des bâtiments
09:03qu'ils jugent être destructeurs de la nature.
09:08Quelques jours plus tard, le mardi 28 mars, à l'Assemblée,
09:11Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur,
09:13annonce la dissolution des soulèvements de la terre.
09:16Je constate comme vous l'extrême violence
09:18de certains groupuscules dont les services de renseignement démontrent
09:22qu'ils sont à la fois fichés par les services de renseignement,
09:24parfois depuis de très nombreuses années,
09:26et qu'ils sont responsables de grandes violences.
09:28Et je pense notamment, évidemment,
09:30au groupement de faits des soulèvements de la terre.
09:33J'ai donc décidé d'engager la dissolution des soulèvements de la terre.
09:37Jean-Michel Décugis, dissoudre un groupe comme les soulèvements de la terre,
09:40concrètement, ça veut dire quoi ?
09:42Ça veut dire interdire à ce groupe de se réunir,
09:46d'avoir un local, de recevoir des financements.
09:49L'idée, au fond, c'est d'essayer d'écarter les plus durs des autres.
09:53Dans quel cadre légal le gouvernement peut décider cette dissolution ?
09:56Alors, c'est par décret, puisque ça passe au Conseil des ministres,
09:59sur la proposition du ministre de l'Intérieur,
10:01et il s'appuie sur un texte qui date du 25 août 2021,
10:06la fameuse loi sur le séparatisme.
10:08Et donc l'idée, c'est qu'on puisse dissoudre des groupes de faits ou des associations
10:13qui, par leurs discours radicaux, incitent à des actions violentes,
10:19où ils participent.
10:20Et déjà, par le passé, Gérald Darmanin avait demandé la dissolution
10:25d'un groupe antifasciste de Lyon Environnement,
10:28ça s'appelle le GAL,
10:29et le Conseil d'État avait retoqué cette dissolution.
10:32Parce que, justement, il n'était pas arrivé à prouver
10:35que ces discours radicaux avaient incité des activistes
10:40à mener des actions violentes.
10:42Vincent Mongaillard, dans les jours qui suivent cette annonce de Gérald Darmanin,
10:45une pétition de soutien reçoit des dizaines de milliers de signatures.
10:49Cette pétition en ligne, baptisée « Nous sommes les soulèvements de la Terre »,
10:54va recueillir jusqu'à plus de 150 000 signatures.
10:58Des personnalités soutiennent aussi le mouvement,
11:01comme l'humoriste Guillaume Meurisse,
11:04l'écrivaine prix Nobel de littérature Annie Ernaux,
11:08l'actrice Adèle Haenel,
11:09ou encore l'acteur Mathieu Amalric.
11:12Parallèlement, des dizaines de comités locaux
11:15se créent un peu partout en France.
11:17L'objectif, c'est de rendre très compliquée la dissolution
11:20en montrant que les soulèvements de la Terre
11:22ne sont pas une organisation centralisée,
11:25mais une véritable nébuleuse de comités
11:28qui a essémé un peu partout dans l'Hexagone.
11:34Émeric Renou, le vendredi 7 avril,
11:36le porte-parole des soulèvements de la Terre, Benoît Feuillu,
11:39espère être reçu au ministère de l'Intérieur.
11:42Pourquoi d'abord et que se passe-t-il ?
11:44Benoît Feuillu, qui est un des porte-parole des soulèvements de la Terre,
11:47est réceptionnaire d'un document très officiel
11:50qui lui annonce la volonté des autorités de dissoudre ce mouvement.
11:55Il arrive donc au ministère de l'Intérieur,
11:57accompagné d'avocats, mais aussi du réalisateur Cyril Dion,
12:00qui est un des supporters du mouvement,
12:03pour déposer un dossier.
12:05Et dans le dossier, ce qu'ils veulent le prouver,
12:07c'est que les soulèvements de la Terre
12:09n'ont jamais été condamnés pour ce type de fait.
12:11Au ministère de l'Intérieur,
12:13c'est un refus de les recevoir,
12:15donc ils déposent simplement leur dossier.
12:17Vincent Mongaillard, le dimanche 7 mai,
12:19des militants des soulèvements de la Terre
12:20se mobilisent contre un projet de route en Normandie,
12:23un projet autoroutier de contournement de Rouen,
12:26et une partie de leur action passe mal.
12:28Oui, parce que les activistes vont décider d'armer,
12:30comme ils disent, la forêt touchée par ce projet,
12:33en fait en plantant des gros clous dans les arbres
12:36afin de ralentir la progression des bûcherons
12:39qui risqueraient de briser les chaînes de leurs tronçonneuses
12:43en les coupant, et cela pourrait bien évidemment
12:46être très dangereux pour eux.
12:47Et donc ça passe mal auprès de l'opinion publique
12:50parce qu'elles pensent qu'en plantant des clous,
12:53on abîme les arbres,
12:54et puis évidemment ça choque l'opinion publique
12:57parce qu'on met en danger les bûcherons
12:59qui risquent en fait de se prendre en pleine face
13:02les chaînes de leurs tronçonneuses.
13:05Aymeric Renou, le dimanche 11 juin à Nantes,
13:07des activistes des soulèvements de la Terre
13:08s'en prennent à des serres de maraîchers
13:10qui produisaient du muguet et des salades.
13:12Nous sommes à Saint-Colomban,
13:13près de Nantes,
13:14et les activistes veulent empêcher
13:15l'agrandissement d'une sablière,
13:17en gros une usine de prélèvement de sable
13:19sur les rives de la Loire.
13:20Ils considèrent que c'est une attaque
13:22contre la nature.
13:23Et à Pont-Saint-Martin, il y a des serres.
13:24Les fameuses serres des maraîchers nantais,
13:27ils s'introduisent sur l'exploitation
13:29et commencent à dévaster les plantations
13:32qui sont sous ces serres.
13:34Eux se justifient en disant
13:35« Mais ces maraîchers nantais
13:36font des expérimentations, certes,
13:38mais c'est surtout pour justifier
13:40l'utilisation de pesticides.
13:41Mais la violence matérielle de ces actions
13:44passe très mal dans l'opinion publique. »
13:47Cette action divise, y compris en interne.
13:49« Oui, elle divise parce que l'idée,
13:51c'est de faire apparaître le mouvement
13:53comme un défenseur de la nature
13:55et pas un destructeur de la nature.
13:57Et là, il commence à y avoir
13:58quelques crispations au sein du mouvement
14:00entre ceux qui sont les plus radicaux
14:02et qui veulent détruire
14:04tout ce qui apparaît à leurs yeux
14:05comme anti-nature, anti-paysans
14:08et les autres qui estiment
14:10que le mouvement doit grandir
14:12mais avec l'aval de l'opinion publique. »
14:15Vincent Mongaillard, le samedi 17 juin,
14:16plusieurs associations manifestent en Savoie
14:18contre le projet de ligne de TGV Lyon-Turin.
14:21D'un mot, elles sont opposées à ce projet
14:23parce qu'il existe déjà une ligne de train
14:25qui n'est pas utilisée pleinement aujourd'hui.
14:27Vincent, vous rencontrez sur place
14:29de nombreux membres des soulèvements de la terre
14:31qui se savent donc menacer de dissolution
14:33et vous constatez une grande diversité des profils.
14:36« Oui, je vais par exemple rencontrer
14:38une ancienne institutrice septuagénaire
14:40qui a manifesté pour la première fois de sa vie
14:42en mai 68
14:43et qui milite aujourd'hui pour la France insoumise.
14:46Je vais rencontrer une étudiante de 25 ans
14:49qui vient de passer l'oral d'agrégation de philo.
14:51Un développeur informatique
14:53qui gagne très bien sa vie
14:54et qui veut s'attaquer à la police
14:56en tant que système, me dit-il.
14:58Il y a aussi Joe
14:59qui est un ébéniste de profession
15:00qui construit les toilettes sèches du campement.
15:03Mais voilà pour la diversité des profils.
15:06Mais comme me le fait remarquer Françoise
15:08qui est une orthophoniste à la retraite,
15:10il n'y a pas beaucoup de cadres bancaires
15:12chez les soulèvements de la terre.
15:14Les soulèvements de la terre
15:15sont manifestement bien organisés.
15:16Par exemple, il y a des ateliers
15:18où les militants apprennent les bons réflexes
15:19en cas d'interpellation par les forces de l'ordre.
15:22Oui, il y a des juristes
15:23qui vont les conseiller
15:24avant le départ du cortège.
15:26Ils font par exemple circuler
15:28des numéros de téléphone d'avocat
15:29que les manifestants écrivent au stylo sur leurs bras.
15:33En cas de garde à vue,
15:35ils leur suggèrent de dire aussi
15:36qu'ils ont oublié leur numéro de code PIN
15:39de téléphone portable.
15:40Mais en même temps,
15:41ils rappellent que refuser de donner ces codes
15:43est un délit.
15:44D'un mot, comment ces militants jugent
15:46la dissolution de leur mouvement
15:47annoncé par Gérald Darmanin ?
15:49Pour eux, il est impossible de dissoudre
15:50un mouvement, une révolte.
15:52C'est comme si, en fait,
15:53on voulait dissoudre le mouvement féministe.
15:56C'est totalement impossible.
15:57Ils estiment donc que c'est juste un coup de com'
15:59de la part de Gérald Darmanin
16:01et du gouvernement
16:02qui entendent satisfaire, selon eux,
16:04l'industrie agroalimentaire.
16:06Émeric Renoux,
16:07après des semaines d'attente,
16:09finalement, la dissolution
16:10des soulèvements de la terre
16:11est annoncée en Conseil des ministres
16:12le mercredi 21 juin.
16:14Est-ce que l'on sait pourquoi
16:15ça a pris autant de temps
16:16entre l'annonce de Gérald Darmanin
16:18et l'annonce en Conseil des ministres ?
16:19Ça prend du temps
16:20parce que c'est un mouvement.
16:22Ce n'est pas une association
16:24légalement déclarée
16:24avec des locaux,
16:25un président,
16:26un secrétaire général,
16:27un trésorier.
16:28Il faut identifier toutes les personnes
16:30et il faut prouver
16:32que ces personnes ont incité
16:33et ou participé
16:35à des actions
16:36qui sont contraires à la loi,
16:37tout simplement.
16:38Et donc, ça prend du temps.
16:39Politiquement,
16:40Gérald Darmanin
16:41a été peut-être un peu rapide
16:43suite aux événements
16:44de Sainte-Solines
16:45et puis après,
16:46ses services ont dû passer
16:47quelques semaines
16:48pour trouver
16:49les bons arguments
16:50et monter un dossier
16:51afin de pouvoir mener
16:52ce projet de dissolution à terme.
16:54Émeric Renoux,
16:55la dissolution,
16:55elle n'est pas encore effective.
16:57Les soulèvements de la terre
16:58bougent encore,
16:59si je peux me permettre
17:00cette expression-là.
17:01Ils sont très présents encore
17:02sur les réseaux sociaux.
17:03Ils communiquent
17:04via Telegram.
17:05Leur site Internet
17:06est encore actif.
17:07Et ils ont annoncé
17:08porter recours
17:09contre cet avis de dissolution
17:12au Conseil d'État.
17:13Normalement,
17:14ils doivent déposer
17:15ce recours
17:16d'ici à la fin du mois de juillet.
17:18Et entre-temps,
17:19ils ont prévu encore
17:20des participations
17:21à certains mouvements
17:22du 3 au 6 août
17:23sur le plateau du Larzac,
17:25terre historique
17:25de la contestation
17:27paysanne et écologiste,
17:28pour des rencontres
17:29auxquelles,
17:30normalement,
17:30ils devraient prendre la parole.
17:34Jean-Michel Décugis,
17:35le mardi 11 juillet
17:37dans Le Parisien,
17:37vous annoncez que
17:38deux militants
17:39des soulèvements de la terre
17:40sont mis en examen,
17:41suite à l'action
17:42visant l'usine Lafarge
17:43de Bouc-Belair.
17:44D'abord,
17:45qui sont les deux
17:46mises en examen ?
17:46Alors,
17:47il y a quelqu'un
17:48qui s'appelle Martha B.,
17:49on ne donnera pas son nom,
17:51qui est une figure
17:52historique du mouvement,
17:54qui a 30 ans,
17:55et puis,
17:56il y a
17:56Johan S.,
17:58qui lui a la quarantaine
17:59et qui fait partie
18:00du noyau dur,
18:02selon ses propres mots,
18:03du soulèvement de la terre.
18:05La justice a la certitude
18:06qu'ils ont été présents
18:08à Bouc-Belair,
18:09le 10 décembre 2022,
18:11et qu'ils se sont réunis
18:14les 3 et 4 décembre
18:16à Saint-Étienne,
18:17où il y a eu
18:18une réunion de préparation.
18:20Quels sont les éléments
18:21qui pèsent contre eux ?
18:22Martha B.,
18:23on la voit
18:23sur les vidéosurveillances
18:25du bus
18:26qui amène à Bouc-Belair,
18:27sur la cimenterie.
18:29On a retrouvé
18:30en perquisition
18:31une doudoune
18:32qui est semblable
18:33à celle qu'elle portait
18:34ce jour-là.
18:34On lui reproche
18:35d'avoir été
18:36en contact
18:37avec tous les groupes
18:39d'activistes
18:40qui sont venus
18:40de Toulouse,
18:41de Nantes,
18:42de Lyon,
18:43de Paris,
18:44qui sont venus
18:45faire ce sabotage
18:46de l'île.
18:46Et pour
18:47Johan S.,
18:48il y a des données
18:49de téléphonie,
18:51des recherches
18:52qui sont faites
18:52à partir de son téléphone
18:55et de son ordinateur
18:56qui font que
18:57la justice,
18:59à la quasi-certitude,
19:00il était présent
19:01à Bouc-Belair,
19:02mais aussi à cette fameuse
19:03réunion préparatoire
19:05à Saint-Étienne
19:05où il y a
19:06plusieurs autres
19:07membres
19:08des soulements
19:09de la terre
19:09et qui devraient,
19:10eux aussi,
19:11être mis en examen
19:12dans les prochains mois.
19:14Jean-Michel Décugis,
19:15est-ce que le gouvernement
19:15a peur qu'il y ait des morts
19:17du côté des forces de l'ordre
19:18un jour
19:18dans des affrontements
19:19avec des militants écologistes ?
19:21Ça paraît évident
19:22que les forces de l'ordre
19:23ont peur de perdre
19:23l'un des leurs,
19:24mais aussi
19:26ne souhaitent pas
19:27la mort
19:27d'un manifestant.
19:28après,
19:29ils font tout
19:30pour éviter
19:32qu'il y ait une ZAD
19:33autour des méga-bassines.
19:35Et donc,
19:35du coup,
19:36forcément,
19:37pour empêcher ça,
19:39ils ont recours
19:40à la violence
19:40et qui dit
19:41violence des forces
19:42de l'ordre
19:44légitimes,
19:44on va dire,
19:45entre guillemets,
19:46eh bien,
19:46il y a des risques
19:47de blesser
19:48grèvement
19:49un manifestant
19:50ou voire
19:51le tuer.
19:52Vincent Mongaillard,
19:53au sein des soulèvements
19:53de la terre,
19:54est-ce que les morts,
19:55les risques de blessures
19:55graves,
19:56c'est quelque chose
19:57qui préoccupe ?
19:57Oui,
19:58clairement,
19:59ça leur fait peur.
19:59D'ailleurs,
20:00ce n'est pas pour rien
20:00s'ils portent
20:01un casque
20:02sur la tête
20:03ou sont armés
20:05d'un bouclier.
20:06Mais en même temps,
20:07ils n'ont pas peur
20:08d'aller au contact.
20:09Ça,
20:10je l'ai vu
20:10de mes propres yeux
20:11lors de la manifestation
20:13contre la ligne
20:14de train
20:15Lyon-Turin.
20:16Ils allaient
20:17directement au contact,
20:19ils provoquaient,
20:20ils déclenchaient
20:21les hostilités
20:22et ils n'hésitaient pas
20:23à balancer
20:24des pierres
20:25contre les forces
20:26de l'ordre.
20:26clairement,
20:27et c'est ça aussi
20:28qui m'a beaucoup marqué
20:29lors de ce reportage,
20:31il y a un sentiment
20:32anti-flic
20:33chez certains activistes
20:35qui passent
20:36avant le combat
20:37environnemental.
20:38Émeric Renoux.
20:39Ils ont peur
20:40qu'un drame intervienne
20:42au lendemain du 25 mars
20:44à Sainte-Solines
20:45lorsque Serge a été
20:47très très grièvement blessé.
20:48Il y avait beaucoup d'émotions
20:50parmi les manifestants
20:51et parmi les médics,
20:53comme on les appelle,
20:54les médecins urgentistes
20:55du mouvement
20:55qui protègent
20:56les manifestants
20:58au sein même
20:59de la manifestation
20:59et qui,
21:00avec beaucoup d'émotions,
21:02craignaient
21:02que ce Serge
21:04dans le coma
21:05ne succombe
21:06à ses blessures.
21:07Ils ont une ligne rouge
21:08qu'ils ne franchissent pas
21:09dans leurs actions,
21:10c'est ne pas s'attaquer
21:11à la vie humaine,
21:12mais dans le même temps,
21:13comme le rappelait Vincent,
21:14ils vont à l'affrontement
21:15et ils ont des actions violentes
21:17qui peuvent
21:18malheureusement déborder.
21:30Merci à Emmerick Renoux,
21:32Vincent Mongaillard
21:33et Jean-Michel Décugis.
21:34Cet épisode de Code Source
21:35a été produit par
21:36Clara Garnier-Amouroux,
21:37Julia Paré,
21:38Thibaut Lambert
21:39et Emma Jacob.
21:41Réalisation,
21:41Julien Moncouquiol.
21:43Code Source est le podcast
21:44quotidien d'actualité du Parisien.
21:46Vous pouvez nous suivre
21:47sur Twitter,
21:48ou nous écrire directement
21:50codesource
21:51at leparisien.fr
21:53Pour retrouver
21:54tous les épisodes facilement,
21:55n'oubliez pas de vous abonner
21:56sur votre application audio préférée.
Commentaires

Recommandations