Passer au playerPasser au contenu principal
La colère des agriculteurs français ne faiblit pas malgré les annonces du Premier ministre vendredi dernier. Une partie des exploitants mobilisés a promis de bloquer certaines routes autour de Paris ce lundi.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : BFMTV, France 3, RTL

#agriculteursencolere #agriculture #blocage

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le mouvement de colère des agriculteurs ne semble pas faiblir,
00:15avec des opérations de blocage de plusieurs routes près de Paris lancées dans l'après-midi du 29 janvier.
00:21Que dénoncent les exploitants ? Quelles sont leurs principales revendications ?
00:25Pourquoi les premières réponses du gouvernement n'ont-elles pas suffi à mettre un terme à cette crise ?
00:30Quelles en sont les raisons profondes ?
00:32Codesources fait le point aujourd'hui avec deux journalistes du service économie du Parisien,
00:37Enola Richer, reporter, et David Charpentier, chef adjoint de ce service.
00:51Enola Richer, le soir du mercredi 23 janvier, vous êtes dans les Pyrénées-Atlantiques, à Pau,
00:56sur le rond-point d'un accès à l'autoroute A64, rond-point tenu par des agriculteurs en colère.
01:02Parmi celles et ceux avec qui vous parlez, il y a un certain Chariton, c'est son prénom.
01:07Est-ce que vous pouvez nous le présenter ?
01:08Chariton, c'est un éleveur bovin de 58 ans, c'est un personnage très typique.
01:13Il a un prénom basque, il a un béret basque avec des yeux bleu-perçant,
01:16et il parle avec ses mains de manière très animée.
01:19Il tient une exploitation à La Sub, dans le Béarn, qui est dans la famille depuis plusieurs générations,
01:23et il est très renseigné sur les enjeux géopolitiques qui entourent toutes les questions agricoles,
01:28tout ce dont il débattre là, sur le terrain.
01:30Et justement, lui, il parle beaucoup des importations étrangères, ça le touche directement ?
01:33Oui, lui, ça le touche directement, puisque ces dernières années, il a dû diviser par deux le nombre de veaux
01:39qu'il élève,
01:39parce qu'en fait, ça ne lui rapporte pas assez d'argent de vendre ses veaux.
01:43Une des raisons pour lesquelles il n'arrive pas à vendre ses veaux assez chers,
01:47c'est parce qu'une partie, une grande partie de la viande qui est consommée en France,
01:50elle a été importée de pays qui ne sont pas du tout sous le coup des mêmes normes,
01:54sous le coup des mêmes contraintes, et donc cette viande-là peut être vendue moins cher,
01:58ce qui fait chuter, finalement, le cours de la viande bovine en France,
02:01ce qui fait qu'on ne veut pas lui acheter le prix auquel lui voudrait vendre sa viande.
02:05Sans entrer dans le détail, ce soir-là, ces agriculteurs ont beaucoup de raisons différentes d'être en colère et
02:10nous l'arricher.
02:10En fait, il y a des raisons locales et il y a des raisons nationales,
02:14donc chacun expose un petit peu des problématiques différentes.
02:18Il y a celle qui englobe tout le pays, on parle par exemple des jachères qui sont imposées,
02:22la mise en jachère de 4% des terres qui est imposée pour recevoir des aides de la PAC.
02:25On me parle aussi des restrictions sur l'eau, notamment dans le sud, pendant les périodes de sécheresse.
02:30On me parle des maladies qui sont arrivées, notamment au niveau des élevages bovins,
02:35et dont les agriculteurs estiment ne pas avoir été protégés.
02:38On parle de la honte qui est ressentie également.
02:41Ils se sentent un peu jugés comme des pollueurs.
02:44Voilà, il y a beaucoup de choses qui se mélangent.
02:50Enola Richer, avant de revenir sur ce que vous ont dit ces agriculteurs,
02:54on va voir comment on en est arrivé là, avec vous David Charpentier,
02:57et on a choisi de commencer ce podcast en février 2022,
03:01quand la Russie de Vladimir Poutine attaque l'Ukraine.
03:04Cette guerre, qu'est-ce qu'elle change pour les agriculteurs français ?
03:07Elle bouleverse tout l'écosystème agricole et économique français.
03:10Elle va se traduire immédiatement par une première chose,
03:13à savoir l'augmentation du prix des engrais qui sont fabriqués à partir du gaz,
03:16et surtout par solidarité avec l'Ukraine.
03:19L'Union Européenne décide immédiatement, après l'entrée en guerre,
03:22de baisser les droits de douane sur les produits ukrainiens,
03:25ce qui entraîne une concurrence assez importante avec les produits français,
03:29qui sont beaucoup plus chers et donc beaucoup moins intéressants pour les distributeurs.
03:32David Charpentier, est-ce que la France importe beaucoup de produits agricoles de pays étrangers ?
03:37Oui, quelques exemples.
03:38Par exemple, un poulet sur deux est désormais importé.
03:4120% de nos entrecôtes qu'on mange viennent de l'étranger.
03:44Pour les légumes, il suffit de regarder dans les étals des supermarchés.
03:47On importe 40% des fruits, 60% des légumes.
03:50Sur ce terrain, d'un mot, il y a aussi un projet d'accord de libre-échange qui inquiète.
03:55Accord entre l'Europe et les pays du Mercosur, notamment l'Argentine et le Brésil.
03:59C'est un accord qui a été signé en 2019, entre l'Union Européenne et des pays d'Amérique du
04:04Sud.
04:04C'est un accord qui a été signé, mais qui n'est toujours pas effectif.
04:08Et pourquoi ? Parce qu'en fait, à l'époque, on avait des doutes sur le Brésil et sur sa
04:11politique environnementale.
04:12Le Brésil étant le premier pays en Amérique du Sud qui utilise des produits phytosanitaires.
04:18En fait, la crainte des agriculteurs français, c'est de voir arriver en Europe des fruits, des légumes, moins chers,
04:24mais produits sans respecter les normes européennes.
04:26Dans l'Union Européenne, l'activité agricole est organisée via la PAC, la politique agricole commune. De quoi s'agit
04:32-il ?
04:33Alors la PAC, c'est une politique de mise en commun des productions européennes.
04:37À l'époque, en 1962, quand elle est mise en place, elle permet de sortir de la guerre et de
04:41produire des fruits et des légumes quand on en a besoin.
04:44Et elle met en commun une production à l'échelle européenne.
04:48À ça, ça s'associe des questions de financement. Il y a des aides à la PAC, c'est ça
04:51?
04:51La France est la première bénéficiaire de ces aides. Elle touche actuellement 9 milliards d'euros par an. C'est
04:58là toujours la première bénéficiaire.
04:59Et depuis des années, notamment depuis 2019, cette politique agricole commune est plus contraignante avec les agriculteurs en matière d
05:07'environnement. Expliquez-nous ça.
05:08Oui, le virage du verdissement de la politique européenne est clairement assumé désormais.
05:12On veut moins de pesticides, on veut plus de jachères, c'est-à-dire qu'on veut des terres qui
05:17se reposent et qui ne produisent pas tout le temps.
05:19Et en fait, on veut aussi plus de prairies parce que ce sont des puits de carbone. Ces prairies absorbent
05:23le carbone.
05:24Donc à terme, en 2050, l'Union européenne vise la neutralité carbone.
05:28Autre évolution, David Charpentier, en septembre 2023, a été votée la suppression d'une aide sur le gasoil agricole.
05:36Le gasoil agricole, c'est un carburant qu'utilisent uniquement les agriculteurs pour leurs engins, le tracteur, le tractopelle, etc.
05:45C'est un carburant qui bénéficie d'une fiscalité propre.
05:49Et cette fiscalité, le gouvernement a décidé de la modifier en augmentant petit à petit jusqu'en 2030 la taxe.
05:53Et c'est ce qui a un petit peu mis le feu aux poudres dans les campagnes.
05:57À cela, il faut ajouter les conséquences de l'inflation pour les exploitants agricoles.
06:01Concrètement, qu'est-ce qu'ils ont subi ? Qu'est-ce qu'ils vivent depuis le début de cette
06:05montée de l'inflation ?
06:06Ils ont des coûts qui augmentent, les engrais qui augmentent, le carburant qui augmente.
06:10Et en fait, leurs produits n'arrivent plus à se vendre au prix où ils souhaiteraient et au prix où
06:14ils couvriraient tous leurs coûts de production.
06:16Ils n'arrivent plus à vendre leurs produits suffisamment chers à l'agro-industrie, aux hypermarchés.
06:21Et en fait, ils se retrouvent à être les dindons de la farce.
06:24D'un côté, vous avez les consommateurs qui veulent payer le moins cher possible dans les hypermarchés,
06:27donc avoir des prix les plus bas possibles.
06:29Et les hypermarchés travaillent à ça.
06:31À l'autre bout de la chaîne, vous avez des agriculteurs qui n'arrivent plus à vendre leurs produits à
06:35un prix suffisamment élevé.
06:37Autre motif d'inquiétude ou de difficulté pour les agriculteurs,
06:40ce sont les retraites qui sont de l'ordre de 1000 euros en moyenne par mois d'après la FNSEA.
06:46Au début de l'année 2023, une loi a été adoptée, loi censée permettre de relever leur pension.
06:52Mais ça ne sera pas pour tout de suite.
06:53Non, ce ne sera pas pour tout de suite.
06:54Le gouvernement l'a promis pour 2026, mais dans les cortèges, on aimerait bien que cette loi soit mise en
07:00place.
07:00En quoi ça consiste ?
07:01Ça consiste à calculer la retraite et le niveau de retraite dont on bénéficiera sur les 25 meilleures années,
07:07et non plus sur une carrière toute entière.
07:09Ce qui permettrait de mettre de côté les mauvaises années liées aux mauvaises récoltes
07:13et de pouvoir bénéficier d'une retraite plus élevée.
07:15David Charpentier, à partir de l'automne 2023, beaucoup d'élevages bovins sont touchés par une maladie.
07:21Oui, elle s'appelle la maladie hémorragique épisotique.
07:24Les vaches perdent leur veau, elles maigrissent, elles produisent moins de lait et souvent moins de viande aussi.
07:31Et c'est une maladie qui a beaucoup touché le sud-ouest.
07:33Des lésions autour des yeux, 200 kg de perdus, cette vache est atteinte par la maladie hémorragique épisotique.
07:40Dans cet élevage de Monin, 7 bovins sur 30 mers ont été contaminés.
07:45L'État s'est engagé à indemniser la valeur de perte des vaches mortes et les frais vétérinaires.
07:49Mais les éleveurs se plaignent de ne pas toujours avoir été indemnisés.
07:54Et le premier point de blocage, il était dans une zone où cette maladie frappe énormément.
08:04Enola Richer, au mois de novembre, dans plusieurs régions de France, des agriculteurs manifestent leur ras-le-bol de façon
08:10symbolique.
08:11Oui, pendant plusieurs nuits, des panneaux de signalisation à l'entrée des villages vont être retournés.
08:16Les panneaux avec le nom des villages écrits dessus, c'est une opération qu'ils appellent l'opération « On
08:21marche sur la tête ».
08:22L'idée, c'est de dénoncer la contradiction entre le retour vers une souveraineté alimentaire en France,
08:28ce qu'avait promis Emmanuel Macron pendant à peu près la période du Covid,
08:31qui rentre en contradiction avec ce qu'on leur demande de faire aujourd'hui.
08:35David Charpentier, entre décembre 2023 et début janvier 2024,
08:39des agriculteurs manifestent leur colère dans plusieurs pays européens.
08:42Oui, notamment l'Allemagne, il y a des milliers de tracteurs qui vont converger vers la capitale, Berlin,
08:47pour protester contre la suppression d'une aide au gasoil.
08:50C'est en fait un mouvement qui va essaimer ensuite partout en Europe,
08:53et on retrouve les mêmes revendications en Espagne, en Roumanie, en Pologne.
08:58Le vendredi 19 janvier, des agriculteurs lancent plusieurs actions en France,
09:02des points de blocage, notamment sur l'autoroute A64 à Carbone, près de Toulouse.
09:07On ne bougera pas, de toute façon on est décidé.
09:08On est des paysans, on est des agriculteurs, on a le cuir qui est épais.
09:12Le froid ça ne nous fait rien, on peut attendre très longtemps.
09:14À ce moment-là, Emmanuel Macron et Gabriel Attal, le nouveau chef du gouvernement,
09:18nommé le 11 janvier, cherchent à se montrer à l'écoute des agriculteurs.
09:23Cette colère fait peur à l'exécutif ?
09:25Oui, au plus haut point, Emmanuel Macron s'inquiète.
09:29Emmanuel Macron donne des consignes au préfet de recevoir les manifestants.
09:32Le Premier ministre se déplace lui-même sur le terrain pour écouter les manifestants.
09:36Visiblement, le gouvernement redoute que ce conflit dégénère
09:39et donc prend toutes les précautions pour éviter ce type de scénario.
09:47Bonjour Marc Fénaud.
09:48Bonjour.
09:49Vous êtes ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire.
09:53Le dimanche 21 janvier, le ministre de l'Agriculture, Marc Fénaud,
09:56est l'invité de l'émission Le Grand Jury, sur RTL notamment,
10:00et il annonce le report d'une loi qui concerne l'agriculture.
10:03Expliquez-nous ça.
10:03Oui, le ministre de l'Agriculture avait prévu en milieu de semaine
10:06de présenter un projet de loi pour répondre en partie à la détresse des campagnes,
10:10mais ce projet de loi, il était dimensionné pour répondre à un point bien précis.
10:13C'était la reprise des exploitations familiales ou la succession.
10:17Mais ce n'était pas assez dimensionné visiblement pour répondre à la détresse énorme
10:20qui est montée des campagnes, et donc il a décidé de reporter ce projet de loi.
10:24Le projet de loi devait être présenté la semaine prochaine.
10:26Vous voyez bien que pour adjoindre quelques mesures réglementaires,
10:28il y a quand même des sujets juridiques qu'il faut qu'on pose.
10:29Et l'objectif, c'est que dans le semestre 2024, le texte soit débattu à l'Assemblée nationale et au
10:34Sénat.
10:35Le lendemain, le lundi 22 janvier, le Premier ministre Gabriel Attal reçoit pendant deux heures la FNSEA à Matignon.
10:42David Charpentier, que dit le leader de ce syndicat agricole, Arnaud Rousseau, après cette rencontre ?
10:48Alors, il est plutôt satisfait d'avoir été entendu.
10:50Il parle d'une oreille attentive du Premier ministre, mais manifestement, ça n'a pas suffi,
10:56puisque sur le perron de Matignon, le patron de la FNSEA appelle ses troupes à continuer les manifestations et à
11:01même les amplifier.
11:03Si longtemps que la réception par les agriculteurs des messages du Premier ministre ne sera pas optimum et acceptée,
11:10il n'y aura pas de levée des actions menées sur le terrain.
11:16Enola Richer, vous, ce jour-là, vous êtes en Seine-Maritime, près de Rouen, à Câtenay,
11:20sur l'exploitation d'un éleveur de vaches laitières qui produit également des céréales.
11:24Et il s'inquiète notamment des contraintes environnementales.
11:28C'est ça. En fait, lui, il y a deux nouvelles normes qui pèsent en particulier sur cet agriculteur,
11:33qui s'appliqueront à partir du mois de mai.
11:35La première, c'est l'obligation de mettre une partie de ses terres en jachère,
11:39c'est-à-dire des terres sur lesquelles on ne peut plus faire pètre d'animals,
11:42sur lesquelles on ne peut plus rien cultiver.
11:44Et la deuxième, c'est une norme qui s'applique région par région.
11:48En fait, la région Normandie, ces dernières années,
11:51a supprimé trop de prairies sur lesquelles on peut faire pètre les animaux
11:56pour les transformer en champs sur lesquels on peut cultiver.
11:58Et donc, là, les agriculteurs vont devoir repasser ces champs en prairies.
12:03Et sur une prairie, on peut juste faire pètre ces bovins, par exemple,
12:06ce qui est beaucoup moins rentable pour les agriculteurs.
12:08Et lui, cet éleveur, du coup, il subit ça directement ?
12:10Oui, il y a plusieurs hectares de ces terres
12:12sur lesquelles il ne va plus pouvoir cultiver.
12:14Et donc, il va perdre une partie de son chiffre d'affaires.
12:16Cet éleveur, Stéphane Donquel, vous dit aussi que beaucoup de ses collègues sont au bord de la faillite.
12:21C'est ça. En fait, ils sont déjà dans une situation difficile maintenant.
12:24Il y a en plus ces normes-là qui vont venir peser sur leur chiffre d'affaires.
12:27Et en face de ça, il y a des charges qui grandissent.
12:30Pour eux aussi, l'électricité va augmenter dans peu de temps.
12:33Il y a aussi la détaxe des carburants, dont on parlait plus tôt,
12:36qui va être supprimée et qui va leur faire dépenser plusieurs milliers d'euros en plus chaque année.
12:42Lui me parle, par exemple, pour son exploitation, de 10 000 euros à payer en plus par an,
12:46ce qui est énorme.
12:47Il me dit que ça fait environ 10% de ce qu'il dégage comme bénéfice après avoir payé ses
12:52charges.
12:52Le mardi 23 janvier, très tôt le matin, à Pamier, dans l'Ariège,
12:56ce mouvement de contestation est endeuillé.
12:58Une voiture fauche une famille sur un point de blocage.
13:01Une agricultrice est tuée.
13:02Sa fille de 14 ans est hospitalisée, mais elle ne survivra pas à ses blessures.
13:07Et Nola Richer, on en revient au début de cet épisode de Codesources.
13:10La nuit du mercredi 24 janvier, vous êtes sur un barrage tenu par des agriculteurs à Pau.
13:15Et l'un des participants, Marc Dupouy, qui est aussi membre de la FNSEA,
13:20évoque un effet d'accumulation.
13:22Ce qu'il dénonce, ce n'est pas particulièrement les normes une par une.
13:25Il dit même les comprendre individuellement, ces normes.
13:27Mais c'est vraiment le fait qu'elles s'empilent.
13:30Lui utilise beaucoup le mot de carcan.
13:32Il me dit que ça participe à étouffer les agriculteurs.
13:35Donc il y a cet effet d'étouffement.
13:36Et puis il y a aussi, dans un second temps,
13:38le fait que les agriculteurs doivent tout justifier administrativement.
13:43C'est-à-dire que dès qu'ils font un acte sur leur exploitation au quotidien,
13:46que ce soit soigner une vache, traiter une parcelle,
13:48ils doivent tout déclarer pour pouvoir recevoir les aides de la PAC.
13:52Et ça, ça leur prend un temps fou.
13:54Certains agriculteurs sur le terrain me parlent d'une journée par semaine
13:57pour des gens qui travaillent déjà entre 60 heures et 80 heures par semaine.
14:01C'est énorme.
14:02Un autre manifestant, Jean-Yves, vous dit qu'il a été durement touché
14:05par l'épizotie qui frappe depuis septembre
14:07une partie des élevages bovins en France.
14:10Oui, elle s'appelle la MHE.
14:11Elle a déjà fait mourir plusieurs de ses bêtes,
14:13ou en tout cas tombé malade.
14:14Et lui estime que l'année prochaine,
14:16il aura moitié moins de naissance de veau à cause de cette maladie.
14:20Donc ça va être une perte importante.
14:22Mais surtout, il parle d'un sentiment d'abandon
14:24parce qu'en fait, cette maladie, elle est arrivée en septembre en France.
14:28Mais elle était déjà en Espagne avant ça.
14:31Lui me dit, en fait, on l'a vu arriver
14:33et personne ne nous a aidé.
14:34On n'a rien fait pour l'empêcher.
14:36On nous a encore une fois laissé nous débrouiller tout seul.
14:38Dans votre reportage, Enola Richer,
14:40vous citez aussi Lucas, 20 ans,
14:42qui vient il y a quelques jours à peine
14:44de reprendre la ferme de son père.
14:45Son père qui est parti à la retraite.
14:47C'est ça, il l'a reprise en janvier.
14:49Ça a l'air d'être un jeune homme très passionné,
14:52très heureux de reprendre la ferme de son papa
14:54et de faire ce métier-là.
14:55Il ne s'imagine pas faire autre chose.
14:57Et en même temps, il me raconte la pression sous laquelle il est.
15:00Il me dit, c'est à moi de faire tenir l'exploitation familiale.
15:03Et il me raconte même que son père lui a conseillé
15:05de faire autre chose, de ne pas reprendre cette exploitation.
15:09Ou à minima, d'avoir un deuxième travail à côté
15:11en lui disant, tu ne gagneras jamais assez
15:13en reprenant notre ferme pour vivre ta vie.
15:16Donc à minima, prends un autre travail à côté.
15:18Le vendredi 26 janvier,
15:20le Premier ministre Gabriel Attal
15:21fait un déplacement en Haute-Garonne,
15:23dans plusieurs communes.
15:25Il rencontre notamment l'un des leaders du mouvement de colère
15:28et il annonce plusieurs mesures pour aider les exploitants.
15:31Je suis venu parce que vous avez voulu envoyer un message
15:34et je suis venu vous dire que le message,
15:36on l'a reçu 5 sur 5,
15:37que je vous ai entendu
15:38et surtout que maintenant l'enjeu, c'est d'y répondre.
15:41Quand il se déplace en Haute-Garonne
15:42dans l'exploitation au pied des Pyrénées,
15:44il annonce immédiatement
15:46que l'attaque sur le gazoil, le nez routier,
15:49n'augmentera pas,
15:49contrairement à ce qui avait été envisagé.
15:51C'était une des principales revendications
15:53du monde paysan.
15:54On va arrêter avec cette trajectoire de hausse sur le GNR.
15:59Je le dis de manière très claire.
16:00Il promet aussi des aides beaucoup plus importantes
16:02pour les agriculteurs qui sont victimes
16:04et notamment les éleveurs
16:05qui sont victimes de la maladie hémorragique épisotique.
16:09Quant à la question des prix,
16:10Gabriel Attal a annoncé des sanctions lourdes
16:12contre trois industriels de l'agroalimentaire
16:15qui ne respectent pas les lois EGALIM sur les prix
16:17qui garantissent un prix d'achat minimum pour les agriculteurs.
16:20Une partie des barrages ont été levés suite à ces annonces
16:23mais le mouvement continue.
16:25La FNSEA et le syndicat des jeunes agriculteurs
16:28promettent de faire le siège de Paris
16:30à partir de l'après-midi du lundi 29 janvier
16:32sans limite de durée.
16:34Il y a au total, selon le syndicat,
16:36une dizaine de points de blocage en France.
16:38Oui, alors la FNSEA,
16:40dès les annonces de Gabriel Attal,
16:42a fait savoir qu'elle appelait à poursuivre les blocages.
16:45Même si certains ont été levés dans la nuit,
16:48la semaine qui débute
16:49s'annonce décisive pour le mouvement,
16:51à la fois pour savoir s'il va s'étendre
16:53et à la fois pour le gouvernement
16:54s'il va parvenir à répondre
16:56à toutes les attentes du monde agricole.
16:59David Charpentier, on faisait tout à l'heure
17:01l'historique de ce mouvement de colère.
17:03Si on prend encore plus de recul,
17:05depuis le début des années 2000,
17:07le nombre d'agriculteurs en France
17:09a très fortement baissé.
17:10Oui, il a même été divisé par deux.
17:12Ils sont passés de 1 million en 2000
17:13à moins de 400 000 actuellement.
17:15Donc c'est vraiment un secteur
17:17en disparition complète
17:19avec une autre conséquence
17:20sur la taille des exploitations
17:22qui ne cesse d'augmenter
17:23et la population agricole
17:24qui vieillit dans 10 ans.
17:26La moitié des agriculteurs
17:27actuellement en place
17:28seront partis à la retraite.
17:36Merci à Enola Richer
17:38et David Charpentier.
17:39CodeSource est le podcast
17:40d'actualité du Parisien.
17:41Cet épisode a été produit
17:42par Thibaut Lambert
17:43et Clara Garnier-Amouroux.
17:46Réalisation, Julien Moncouquiol.
17:47Si vous aimez CodeSource,
17:49parlez-en autour de vous.
17:50Laissez-nous un commentaire
17:51ou des petites étoiles
17:52sur votre application audio préférée.
17:54Vous pouvez aussi nous écrire
17:55à cette adresse
17:56codesource.com
17:59CodeSource est un nouveau sujet d'actualité
18:01chaque soir du lundi au vendredi
18:03et le samedi,
18:04ne ratez pas Crime Story,
18:05le podcast de Faits divers du Parisien.
Commentaires

Recommandations