- il y a 10 heures
Le 28 août 2018, le ministre de la Transition écologique claquait la porte du gouvernement. C’est peut-être une discussion quelques minutes avant l’antenne, entre Léa Salamé et un lobbyiste de la chasse, qui a conduit à ce coup d’éclat médiatique.
Code source est le podcast quotidien d’actualité du Parisien. Des histoires racontées par les journalistes de la rédaction ou par celles et ceux qui les ont vécues directement.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Journalistes : Raphaël Pueyo, Ambre Rosala et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : Ushuaia TV, TV5 Monde, INA, France Inter.
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Dans l'épisode précédent, Marcel Oves-Fred, du service politique du Parisien, nous expliquait
00:17comment et pourquoi la tradition des chasses de la République perdure à Chambord.
00:22Dans son livre sur le sujet, il raconte aussi en détail la démission de Nicolas Hulot
00:27pendant l'été 2018, démission en direct sur France Inter et au lendemain d'une réunion
00:32sur la chasse à l'Elysée qu'il a très mal vécu.
00:36Par chance, dans les deux cas, notre confrère Marcel Oves-Fred était aux premières loges
00:40et ce qu'il a vu permet de beaucoup mieux comprendre pourquoi le ministre de l'Environnement
00:45s'est décidé à la dernière minute.
00:47Codes sources au ralenti, 28 août 2018, Nicolas Hulot démissionne.
00:57Marcel Oves-Fred, je le disais dans l'épisode précédent, vous êtes au service politique
01:01du Parisien depuis quelques mois, avant vous étiez au Figaro.
01:05Qu'est-ce que vous aimez le plus dans votre métier de journaliste ?
01:08Le cœur, c'est d'essayer de trouver des infos, comme on dit.
01:11C'est aussi d'écrire, puisque moi je suis en presse écrite et comment on compose un article, etc.
01:16Et c'est aussi d'être témoin des événements marquants.
01:19Marcel Oves-Fred, comme promis dans l'épisode précédent, vous allez nous raconter aujourd'hui
01:24en détail la démission de Nicolas Hulot, en coulisses, presque minute par minute.
01:29Mais une fois n'est pas coutume, on va commencer cette histoire par la fin.
01:33Quelques heures après sa démission, le 28 août 2018, Nicolas Hulot est dans son ministère.
01:38Que fait-il ?
01:39Hôtel de Rocklore, dans son grand bureau, il allume la télé et il regarde les chaînes d'info.
01:44Et il se voit lui-même en train d'annoncer sa démission à la radio,
01:50quelques minutes avant sur France Inter, comme une façon de se pincer pour y croire.
01:54Et puis ensuite, il appelle ses deux secrétaires d'État, que sont à l'époque Brune Poirson et Sébastien Lecornu,
01:59et il les invite à les rejoindre pour leur expliquer ce qu'il a fait, ce qu'il a annoncé.
02:04Mais il a ce premier moment de sidération, comme on se dit, c'est bon, je suis vraiment passé à
02:12l'acte.
02:14Un peu plus tôt, en quittant la maison de la radio, il vient d'annoncer sa démission en direct sur
02:19France Inter.
02:19Il reçoit un SMS du chef du gouvernement, Edouard Philippe.
02:23Edouard Philippe lui écrit un SMS sec et sévère.
02:26Alors on n'en a pas le contenu exact, mais on a la tonalité.
02:30Entre les deux hommes, ça ne s'est jamais bien passé.
02:32Il faut dire qu'Edouard Philippe s'est un converti à l'écologie vraiment tardif.
02:36Il a travaillé pour le nucléaire, il a été maire d'une ville industrielle qui est le Havre.
02:42Donc ça n'a jamais très bien fonctionné entre les deux hommes.
02:45Et puis il est chef du gouvernement, donc d'un collectif.
02:47Et avoir un ministre qui annonce en direct, sans l'avoir prévenu, sa démission,
02:52c'est un geste qui, pour Edouard Philippe, manque de panache et de respect.
02:57Et il le fait savoir par ce SMS très sec à la sortie du studio.
03:00Parce qu'à ce moment-là, il est comme tout le monde, Edouard Philippe.
03:03Il ne comprend pas ce qui vient de se passer.
03:04Personne à ce moment-là dans l'exécutif n'était dans la confidence sur la démission du numéro 2 du
03:10gouvernement
03:10à tel point que, par exemple, le propre secrétaire d'État de Nicolas Hulot, Sébastien Lecornu,
03:16est dans sa voiture, il arrive au ministère et il entend ça en direct à la radio.
03:22Il demande à son officier de sécurité de le laisser seul dans la voiture pour passer ses coups de fil.
03:26Tout le monde est à ce moment-là pris de court.
03:33Marcel Ovest-Fred, vous avez une quarantaine d'années et j'imagine que, comme moi,
03:37quand vous étiez petit, vous regardiez Nicolas Hulot faire les 400 coups à travers la planète
03:42dans son émission Ushuaïa. Est-ce que vous pouvez nous rappeler un peu ce Nicolas Hulot ?
03:47Nicolas Hulot, les souvenirs qu'on en a tous, d'une certaine façon.
03:50C'est l'aventurier, animateur télé, qui fait ses reportages au milieu des requins,
03:55avec cette voix de plongeur.
04:13C'est l'homme des catastrophes aussi, qui se retrouve dans son deltaplane qui s'écrase sur un arbre.
04:31C'est l'homme qui tente de faire cette traversée de l'Atlantique avec son pote Gérard Felser
04:37dans une sorte de ballon un peu expérimental où il fallait pédaler et tout ça s'écroule.
04:41Bon, c'est le casse-cou.
04:42Nicolas Hulot, il est vraiment écologie, c'est un engagement sincère ?
04:45C'est un engagement sincère, qui n'a pas été immédiat, qui est arrivé avec les années,
04:51avec aussi des zones d'ombre. Il a été très pro-nucléaire pendant des années, jusqu'à Fukushima.
04:56Certains ont fait remarquer qu'il avait quand même six ou sept voitures, qu'il avait un Zodiac.
05:01Enfin, qu'il avait peut-être une vie qui n'était pas forcément la vie de l'écolo le plus
05:06économe en termes de ressources.
05:08Mais c'est incontestablement l'un des lanceurs d'alerte les plus importants.
05:12Et depuis très tôt, il alerte les pouvoirs publics, depuis Jacques Chirac, en leur disant,
05:17« Attention, on court à la catastrophe ». Donc oui, il a un engagement extrêmement sincère.
05:21Monsieur Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire.
05:26Nicolas Hulot entre au gouvernement dans la foulée.
05:28L'élection d'Emmanuel Macron dans le premier gouvernement d'Edouard Philippe,
05:32c'est une prise importante à ce moment-là pour le président ?
05:34Prise de guerre énorme.
05:36Il faut bien penser que tous les présidents avant Emmanuel Macron ont tenté de le faire entrer dans un gouvernement.
05:41Jacques Chirac, refus, Nicolas Sarkozy, échec, François Hollande en fera finalement une sorte de conseiller spécial rattaché à l'Élysée.
05:50Mais personne n'avait réussi et Emmanuel Macron, qui a un pouvoir de séduction, on le sait très fort,
05:57réussit à le convaincre qu'il aura les moyens de faire quelque chose.
05:59Et Nicolas Hulot saute le pas.
06:02Assez vite, dans les premiers mois de son quinquennat,
06:05c'est ce que vous nous disiez dans l'épisode sur les chasses de la République,
06:08Emmanuel Macron va multiplier les gestes en direction des chasseurs.
06:12Emmanuel Macron va lancer la plus grande réforme de chasse de ces 20 dernières années,
06:17avec par exemple la réduction de moitié du prix du permis de chasse national.
06:22Il va aller lui-même à Chambord assister à un tableau de chasse avec les chasseurs.
06:26Il va envoyer un certain nombre de signaux, le président Macron, en direction des chasseurs,
06:30qui sont lus comme autant d'arbitrages perdus par Nicolas Hulot,
06:35lequel Nicolas Hulot peinera à obtenir des victoires.
06:39Il obtiendra une loi sur la biodiversité,
06:43le fait qu'on arrête de faire des explorations dans les forages au large, par exemple, de la Guyane.
06:49Mais finalement, il obtient très peu de choses, Nicolas Hulot.
06:52Comment est-ce qu'il vit ça ?
06:53Nicolas Hulot le vit très mal.
06:55D'abord, il y a la personnalité de Hulot.
06:56Hulot, c'est un torturé, c'est quelqu'un qui culpabilise.
07:00Donc, il est mal à l'aise et il est mal à l'aise avec le travail de politique.
07:04Il ne sait pas gagner des arbitrages, avoir des alliés.
07:08Il faut faire bouger les administrations.
07:10Il faut mettre la pression.
07:11Il y a un travail dans l'ombre qu'il ne fait pas.
07:13La culture du compromis.
07:14Oui, je ne gagne pas tout, mais en revanche, j'ai obtenu tel et tel arbitrage.
07:18Ce sont des techniques qu'il ne connaît pas.
07:21Et comme par ailleurs, il est très populaire,
07:23il voit sa popularité s'effondrer très rapidement.
07:26Et il se dit, zut, je suis en train de perdre mon capital, sympathie,
07:29sans pour autant obtenir des victoires.
07:41Marcel Oves-Fred, le 27 août, dans l'après-midi,
07:43une réunion est organisée au palais de l'Elysée concernant la chasse.
07:48Qui va assister à cette réunion ?
07:49Alors, dans cette réunion, il y a les ministres concernés, Nicolas Hulot.
07:54Il y a le président de la République.
07:56Et il y a une délégation de chasseurs.
07:58Le président n'est pas encore arrivé.
08:00Vous savez qu'Emmanuel Macron est toujours en retard à ses rendez-vous.
08:03Nicolas Hulot attend.
08:04Il est assis dans l'antichambre du salon vert,
08:07ce qui est le salon à côté du bureau d'apparat du président de la République.
08:10Et arrive la délégation des chasseurs,
08:12emmenée par Willy Schran, le patron de la Fédération nationale des chasseurs,
08:16par le sénateur LREM François Patria,
08:20ami du président de la République et grand chasseur,
08:23et Thierry Coste.
08:24Ces petites attentions présidentielles, les chasseurs les doivent
08:27au lobbyiste Thierry Coste.
08:30L'homme a ses entrées à l'Elysée,
08:31comme ici en février, aux côtés du président.
08:33Mes relations sont très proches avec le président de la République.
08:36C'est dû au fait que je l'ai accompagné pendant la campagne
08:41sur les sujets ruralité, chasse et pêche.
08:45Thierry Coste, c'est un homme que Nicolas Hulot déteste.
08:49Et ça fait 20 ans qu'ils se font la guerre, les deux,
08:50sous plusieurs présidents.
08:52Quand Thierry Coste apparaît, Nicolas Hulot se ferme comme une huître.
08:55Il ne savait pas que Thierry Coste allait venir.
08:57Il avait posé comme condition que Thierry Coste ne vienne pas.
08:59Et le conseiller ruralité du président de la République
09:02le lui avait confirmé.
09:04Il n'était donc pas censé venir.
09:05Il n'était pas, selon certaines sources, même invité.
09:09Or, il est rentré.
09:10Ensuite, la réunion commence.
09:12On parle de cette réforme de la chasse.
09:16Nicolas Hulot est mutique pendant quasiment l'intégralité
09:18de cette réunion qui va durer deux heures.
09:20Le président de la République, à plusieurs moments,
09:23se tourne vers le ministre d'État.
09:24Il est quand même ministre d'État.
09:26Et il lui dit, monsieur le ministre d'État,
09:27qu'avez-vous à dire ?
09:28Voulez-vous faire la synthèse de ce qui se dit ?
09:31Et Hulot, à son tour, se tourne vers son secrétaire d'État,
09:34Sébastien Lecornu, comme une façon de passer la patate chaude
09:37à quelqu'un d'autre.
09:38Il ne parle quasiment pas.
09:40Mais à un moment, il intervient.
09:41Il intervient sur quelque chose qui n'était pas du tout
09:43dans la réforme de la chasse,
09:44qui est la question de la chasse à la glu.
09:46C'est une chasse traditionnelle.
09:48On met une colle qui permet à des oiseaux,
09:50notamment les merles et les griffes,
09:51d'être collées, de servir d'aplans
09:52pour ensuite capturer d'autres oiseaux.
09:55Il se lance là-dessus comme une façon d'obtenir une victoire.
09:59Il veut avoir quelque chose à présenter
10:01parce qu'il sait très bien que cette réunion de la chasse
10:03va être présentée ensuite comme une victoire des chasseurs.
10:06Il veut donc obtenir quelque chose.
10:08Puis on passe à d'autres sujets
10:10parce que rien n'avait été prévu sur ça.
10:12Le chef de l'État s'en va.
10:14Il reste quelques minutes sur l'escalier Murat,
10:17qui est l'escalier d'Apara de l'Élysée
10:19où il discute avec Sébastien Lecornu.
10:21Et Nicolas Hulot, à ce moment-là,
10:23face à lui, les chasseurs.
10:24Le président est parti et il leur dit
10:26« J'ai bien vu que vous avez tout fait dans mon dos.
10:29Ça ne va pas se passer comme ça. »
10:30Bref, il y a un échange assez dur avec les chasseurs
10:33et Thierry Coste, qui est encore dans la salle.
10:36Puis Nicolas Hulot s'en va.
10:38Et dévale l'escalier Murat
10:39devant le président de la République.
10:41Emmanuel Macron tente de l'arrêter.
10:44« Où vas-tu Nicolas ? » lui dit-il.
10:46Hulot répond « Emmanuel, tu m'en demandes trop. »
10:51Vous, Marcelo Vesfret,
10:52vous avez rendez-vous avec lui
10:53pour une interview croisée
10:55avec son secrétaire d'État Sébastien Lecornu,
10:57justement sur la réforme de la chasse.
10:59À l'époque, je suis au Figaro
11:00et nous, on veut faire une grande interview
11:02pour dire à quoi va ressembler
11:04cette réforme de la chasse,
11:05quels ont été les arbitrages
11:07qui viennent d'être pris dans cette réunion.
11:09Et le fait que cette interview
11:11soit croisée, c'est-à-dire avec deux personnalités.
11:13C'est plutôt rare en presse écrite.
11:15On a l'écolo et puis le cornu,
11:17qui n'est pas connu pour être un défenseur de l'écologie,
11:20mais plutôt, il est bien vu des chasseurs d'eau.
11:22La chasse, c'est l'écologie.
11:24C'est prévu, c'est à 18h.
11:25On attend Hulot qui rentre de Matignon
11:28où il est passé juste après la réunion à l'Elysée
11:31et il ne vient pas.
11:32Vous, qu'est-ce que vous vous dites à ce moment-là ?
11:33Moi, je me dis qu'il y a manifestement quelque chose
11:36qui a déraillé.
11:37D'autant que si mon interview a été annulée avec Hulot,
11:40j'apprends qu'elle est maintenue avec France Inter le lendemain.
11:44Je me dis, il ne va pas être dans la gestion des annonces,
11:48mais peut-être plutôt dans un acte politique.
11:50J'ai en alerte à ce moment-là d'ailleurs ma hiérarchie
11:52en disant, il y a quelque chose, soyons attentifs.
11:55Ce n'est pas une interview classique
11:57qui va avoir lieu le lendemain matin.
11:58Je me dis qu'il peut démissionner.
12:00On a d'ailleurs un petit débat avec la direction du journal
12:03dans les couloirs là-dessus.
12:05Le problème avec Hulot est toujours le même.
12:07C'est qu'il a déjà menacé de démissionner 20 fois, 25 fois.
12:10Donc, on ne le sait pas.
12:20Le lendemain, le 28 août au matin,
12:22Nicolas Hulot est invité de la matinale de France Inter.
12:25Il doit répondre à Nicolas Demorand et à Léa Salamé.
12:28Il est 6h20 et vous, Marcel Ovest-Fred,
12:31vous êtes devant la maison de la radio,
12:32à la porte A, face à la Seine.
12:34Déjà, pourquoi est-ce que vous êtes là aussi tôt ?
12:36Alors là, c'est une pure coïncidence.
12:38Moi, le mardi matin, j'ai une chronique à ce moment-là,
12:42à 6h40.
12:43sur France Inter.
12:45Et donc, j'arrive, je sors de mon taxi.
12:47Et à ce moment-là, on est deux à passer l'entrée.
12:52Il y a Thierry Coste derrière moi.
12:53Donc, je le salue, je le connais.
12:54Et on commence à discuter.
12:56Alors, Thierry Coste, lui, il ne va pas à France Inter.
12:57Il vient pour faire une interview à France Info,
12:59donc au quatrième étage.
13:01Il me dit, c'est super, c'est incroyable.
13:03Nicolas Hulot a perdu dans les grandes largeurs.
13:06Bref, il est content.
13:07C'est un lobbyiste de la chasse qui a obtenu gain de cause.
13:11Et pendant qu'il me parle, arrive Léa Salamé.
13:14Et dans l'ascenseur, on se retrouve tous les trois.
13:18Je les présente, je dis Léa Salamé.
13:20Voici Thierry Coste.
13:21Thierry Coste est le lobbyiste du monde de la chasse.
13:24Et il est très satisfait de la réunion sur les chasseurs
13:28qui s'est déroulée hier après-midi à l'Elysée.
13:30Là-dessus, Thierry Coste dit qu'il est ravi,
13:34que Nicolas Hulot a été en gros roulé un peu dans la farine.
13:37Enfin bref, les propos de Thierry Coste sont très durs
13:40à l'encontre de Nicolas Hulot.
13:42Et tous ces propos, Léa Salamé les enregistre dans sa mémoire.
13:46Une heure et demie plus tard, Léa Salamé accueille donc Nicolas Hulot
13:49qui est l'invité de France Inter dans quelques minutes,
13:51à partir de 8h20.
13:53Que dit Léa Salamé ?
13:55Dans ces échanges-là, un peu informels,
13:58Léa Salamé dit à Hulot, vous savez,
14:00qui je viens de voir dans l'ascenseur ?
14:02Thierry Coste.
14:03Et vous savez ce qu'il pense un peu de cette rencontre ?
14:06Il est extrêmement content du déroulement de la réunion hier
14:09et les propos sur vous, ils sont assez durs.
14:12C'est la goutte d'eau qui va faire déborder le vase.
14:14Il y a quelque chose dans le cerveau de Hulot à ce moment-là
14:16qui fait qu'il se met à voix rouge.
14:19Et là, il pète un plomb, pardon de l'expression,
14:22mais c'est ça qui va avoir lieu en direct à la radio.
14:26Nous recevons ce matin dans le grand entretien
14:28le ministre de la Transition écologique et solidaire.
14:31Dès le début de l'interview, dès la première question de Nicolas Demorand,
14:34le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, se montre plutôt sombre.
14:38Bonjour Nicolas Hulot.
14:39Bonjour.
14:40Incendie un peu partout dans le monde, Grèce, Suède, Etats-Unis,
14:43inondations suivies de canicules au Japon, record de températures en France.
14:47J'arrête la liste des événements majeurs de l'été.
14:50C'est la bande-annonce de ce qui nous attend, dit les scientifiques.
14:53Sur le sujet, tout a été dit, tous les grands mots ont été employés,
14:57mais le film catastrophe est là, sous nos yeux, on est en train d'y assister.
15:01Est-ce que vous pouvez m'expliquer pourquoi, rationnellement,
15:05ce n'est pas la mobilisation générale contre ces phénomènes et pour le climat ?
15:11Une réponse qui est très brève.
15:12Non.
15:13Non, en début d'interview, c'est rarissime.
15:16Et donc là, les intervieweurs se disent, il se passe quelque chose.
15:18Il parle lentement, il a la voix extrêmement grave.
15:21Donc la réponse à votre question, non, je ne comprends pas.
15:25Comment, après la conférence de Paris, après un diagnostic imparable
15:30qui ne cesse de se préciser et de s'aggraver de jour en jour,
15:36ce sujet est toujours relégué dans les dernières priorités ?
15:41Il est très sévère d'entrée de jeu avec Édouard Philippe, le Premier ministre,
15:45qui n'a pas dit un mot de l'écologie dans une interview au journal du dimanche de jour auparavant.
15:50Est-ce que vous avez sursauté en voyant que sur trois pages d'interview,
15:53il n'y a pas un mot sur l'écologie d'Édouard Philippe ?
15:55Je n'ai pas sursauté parce que c'est coutumier.
15:57Il y a quelque chose qui ne va pas cesser de s'amplifier dans la gravité.
16:01On sent beaucoup d'amertume.
16:03Moi, je demeure dans ce gouvernement,
16:06à la manœuvre d'une transition sociétale et culturelle,
16:09mais je suis tout seul à la manœuvre.
16:10Vous êtes tout seul à la manœuvre ?
16:12Vous êtes tout seul dans ce gouvernement ?
16:15Écoutez, il faut se dire les choses franchement.
16:17Au quotidien, qui j'ai pour me défendre ?
16:20Est-ce que j'ai une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité ?
16:25Est-ce que j'ai une formation politique ?
16:27Est-ce que j'ai une union nationale sur un enjeu qui concerne l'avenir de l'humanité
16:33et de nos propres enfants ?
16:36Est-ce que les grandes formations politiques et l'opposition
16:38sont capables à un moment ou à un autre de se hisser au-dessus de la mêlée
16:42pour se rejoindre sur l'essentiel ?
16:44Alors, nous faisons des petits pas.
16:46Et la France en fait beaucoup plus que d'autres pays.
16:49Mais est-ce que les petits pas suffisent ?
16:52Beaucoup d'amertume, de déception,
16:55l'impression que rien n'a été fait,
16:57que l'enjeu est démesuré par rapport aux petites avancées.
17:01Donc, il est député.
17:02Quelques minutes plus tard, Nicolas Demorand pose la question.
17:06Est-ce que vous restez au gouvernement ?
17:08Sa réponse, elle va tourner rapidement en boucle après, il dit
17:11Je vais prendre pour la première fois la décision la plus difficile de ma vie.
17:17Je ne veux plus me mentir.
17:20Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement
17:24signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là.
17:28Et donc, je prends la décision de quitter le gouvernement.
17:32Aujourd'hui.
17:33Vous êtes sérieux ?
17:34Oui, je suis sérieux.
17:35Et à ce moment-là, tout le monde est pris de court.
17:37C'est une surprise totale en direct.
17:39Marcel Ovest-Fred, à ce moment-là, vous, vous êtes dans le bus.
17:42Vous l'écoutez en direct.
17:43Qu'est-ce que vous vous dites quand vous entendez ça ?
17:45Moi, j'avais le pressentiment dès la veille qu'il allait démissionner.
17:47Mais une démission en direct à la radio, c'est quelque chose d'extrêmement rare.
17:52Et donc, on a un choc frontal.
17:54Il s'exprime par ailleurs extrêmement bien sur les causes de sa démission.
17:59On ne peut pas le taxer d'insincérité.
18:01Quand on l'entend, c'est une interview où il vide son sac.
18:04Je ne souhaite que personne, personne, ne récupère et ne fustige le gouvernement parce que, à l'observation, c'est
18:14l'ensemble de la société, et je peux m'y mettre également, qui portons nos contradictions.
18:20Peut-être n'ai-je pas su convaincre.
18:22Peut-être n'ai-je pas les codes.
18:24Mais je sais que si je repars pour un an, nous aurons quelques avancées.
18:31Mais ça ne changera pas l'issue.
18:33Il a fait l'expérience de l'exercice du pouvoir pour la première fois de sa vie, après des années
18:37de militantisme écolo.
18:38Et en gros, il dit tout ça ne sert à rien.
18:41Il y a un effet de sidération avec cette démission de Hulot.
18:44Léa Salamé lui demande...
18:46Vous avez pris quand cette décision ?
18:48Alors lui, il répond hier soir, ce qui est compatible avec le fait qu'il a justement annulé l'interview
18:53qu'il devait nous consacrer au Figaro le soir même.
18:56Et cette chronologie, elle tend à montrer que c'est vraiment l'événement de la réunion avec les chasseurs à
19:04l'Elysée qui a été l'élément déclencheur.
19:06Oui, justement, là, Nicolas Hulot évoque le déroulement de cette réunion à l'Elysée sur la chasse.
19:10Oui, et il dit qu'il y avait la présence, notamment, d'un lobbyiste qui n'était pas invité à
19:15cette réunion.
19:18Et c'est symptomatique de la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir.
19:24Et il faut à un moment ou à un autre poser ce sujet sur la table parce que c'est
19:29un problème de démocratie.
19:31Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ?
19:33C'est un petit détail.
19:35Est-ce que vous parlez de Thierry Coste pour être clair ?
19:37Oui, je parle de Thierry Coste à qui j'ai dit très frontalement qu'il n'avait rien à faire
19:40là. Il n'était pas invité.
19:41Léa Salamé intervient pour dire un peu qui il est, ce personnage.
19:45Je précise pour les auditeurs qui nous écoutent que Thierry Coste oeuvre pour la Fédération nationale des chasseurs. Il est
19:51lobbyiste, effectivement.
19:52L'auditeur de France Inter ne sait pas qui est Thierry Coste et c'est la journaliste qui doit faire
19:58les sous-titres.
19:59Et en gros, qu'on comprenne qu'il y a entre ces deux-là une animosité profonde.
20:03À votre avis, il a pris sa décision vraiment la veille au soir ou en direct à la radio ?
20:07Je pense qu'il l'a prise globalement la veille au soir.
20:11Mais je pense que le fait qu'on lui ait dit juste avant d'entrer en studio que Thierry Coste,
20:17le lobbyiste de la chasse,
20:19plastronnait sur la victoire des chasseurs face à Nicolas Hulot,
20:23c'est l'élément qui a fait basculer l'interview et qui a fait passer de l'envie de démissionner
20:29à la décision de l'annoncer.
20:30Mais oublions ça, parce que ne pensons pas que ma décision vient simplement d'une divergence sur la réforme de
20:39la chasse.
20:40C'est une accumulation de déceptions, mais c'est surtout parce que je n'y crois plus.
20:46Pas en l'état, pas dans ce mode de fonctionnement.
20:50Nicolas Hulot, est-ce que vous avez prévenu Emmanuel Macron et Edouard Philippe de votre décision ?
20:54La réponse est non.
20:56Donc là, ils vont la prendre en direct ?
20:58Oui, je sais que ça n'est pas forcément très protocolaire.
21:03Je sais que si je les avais prévenus avant, peut-être qu'ils m'en auraient une fois encore dissuadé.
21:08Il n'a prévenu personne.
21:09C'est quelque chose d'hallucinant, c'est quelque chose d'inattendu, de surprenant, de violent, d'extrêmement percutant.
21:16Et c'est aussi là où on se dit que la prise de guerre, c'est-à-dire la victoire
21:20politique de Macron,
21:21a été en fait l'acquisition d'une grenade dégoupillée, c'est-à-dire qu'elle lui a explosé à
21:26la figure un an et demi plus tard.
21:37Après sa démission, Nicolas Hulot est parti se ressourcer chez lui à Saint-Lunaire en Bretagne, dans le département de
21:43Lille-et-Vilaine.
21:44Il a fait du sport, du kitesurf par exemple, mais quelques temps plus tard, de retour à Paris, il est
21:49tombé sur le fameux lobbyiste.
21:51Oui, alors ça c'est vraiment incroyable, c'est l'ironie du sort.
21:54Il revient enfin à Paris et il va dans un café qui se trouve à côté des Invalides, qui s
22:02'appelle l'Esplanade.
22:03Et à ce moment-là, il croise Thierry Coste, qui est toujours un parieur dans ce...
22:07C'est un peu le QG de Thierry Coste à Paris, l'Esplanade.
22:10Thierry Coste s'enlève, veut lui serrer la main, lui tend la main.
22:13Et Nicolas Hulot lui dit, il y a des mains que je ne sers pas.
22:16Marcel Ovest-Fred, d'après vous, cette séquence, elle nous apprend quoi sur la politique ?
22:20Elle nous apprend que vous pouvez être un très bon lanceur d'alerte, mais pas forcément un très bon ministre
22:25de l'écologie.
22:26Parce que c'est pas seulement que la tâche était trop dure, et c'est vrai que c'est compliqué
22:31de convaincre les gens de changer de modèle d'organisation,
22:34de vie, de consommation, d'économie, mais la politique c'est aussi réussir à obtenir des victoires.
22:43Et donc la capacité à proclamer dans les médias des choses n'est pas le même savoir-faire que celui
22:49qui consiste dans des réunions interministérielles
22:51à obtenir gain de cause, à faire bouger les administrations.
22:54Donc ce sont deux métiers différents.
22:56Et c'est vrai que le métier de lanceur d'alerte, il y est revenu finalement Nicolas Hulot, c'est
23:01ça que ça apprend.
23:01Et puis ça apprend aussi que les victoires médiatiques, Macron qui arrive à enrôler avec lui Hulot,
23:08et bien elles sont à double tranchant.
23:10Vous les obtenez un jour, vous gagnez 10 points, vous les perdez le lendemain, vous perdez 15 points.
23:14Donc c'est quelque chose à manier avec précaution.
23:22Merci Marcelo Vestfred.
23:24Je rappelle que vous venez de publier un livre sur les chasses de la République à Chambord, chez Plon.
23:28Le titre, le jardin secret de la République, 50 ans d'entre-soi.
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23:38Cet épisode a été produit par Thibault Lambert, Raphaël Puyot et Ambre Rosala.
23:43Réalisation, Julien Moncouquiol.
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