Le quartier du Plan est le théâtre d’une vendetta sanglante, sur fond de trafic de drogue. Deux clans rivaux s’affrontent dans des fusillades à répétition. Christel Brigaudeau, journaliste au service police-justice du Parisien qui s’est rendue trois jours sur place, raconte son immersion dans ces quartiers où les habitants ont peur d’être pris pour cible.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : BFMTV
#valence #drogue #vendetta
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00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le lundi 22 janvier, le Parisien a consacré les premières pages de son édition, le fait du jour,
00:17au climat de terreur qui règne actuellement dans un quartier populaire de 5000 habitants à Valence, dans la Drôme.
00:24Depuis plusieurs années, les habitants de la cité du Plan, à 10 minutes du centre-ville,
00:28assistent impuissants à la guerre que se livrent des trafiquants de drogue armés.
00:33En 2023, il y avait l'équivalent d'une fusillade tous les trois jours.
00:38Alors comment ce quartier de Valence est-il devenu le théâtre de telle violence ?
00:42Pour le savoir, Christelle Brigodeau, journaliste au service police-justice du Parisien, a passé trois jours sur place.
00:49Elle nous raconte son reportage dans Codesource.
00:59Christelle Brigodeau, le lundi 15 janvier, la ville de Valence se retrouve au centre d'une petite agitation médiatique
01:05à cause d'une vidéo d'appel au kidnapping qui circule sur le réseau social Instagram.
01:11On sait que ce sondage a été publié ce week-end sur un compte Instagram qui, depuis, a été supprimé.
01:18Un sondage qui appelle directement à l'enlèvement, au kidnapping d'enfants de cette cité de Valence,
01:24un quartier où l'on se trouve ce matin réputé, sensible et difficile.
01:28Qu'est-ce qu'on y voit ?
01:29Alors en fait, c'est un sondage sous forme d'une vidéo avec cette question.
01:33Est-ce qu'on enlève les gamines du plan ?
01:36Ça crée une agitation énorme dans le quartier en question, le quartier du plan,
01:40parce que les gens comprennent qu'il s'agit peut-être de demander à des gens,
01:45s'ils ont envie, d'enlever des gamines, des enfants des deux écoles qui se trouvent dans ce quartier.
01:51Est-ce qu'on sait qui a posté cette vidéo et d'où est-ce qu'elle provient ?
01:54Non, l'identité des auteurs n'est pas du tout établie à ce moment-là.
01:58La ville de Valence va porter plainte très rapidement une fois qu'elle est mise au courant.
02:03mais pour les habitants du plan, il ne fait aucun doute que cette vidéo vient du quartier rival de Font
02:09-Barlette
02:10parce qu'entre les deux quartiers existent depuis des mois, voire des années,
02:14des rivalités sur fond de trafic de drogue.
02:22Alors avant d'aller plus loin dans cet épisode, un mot sur vous Christelle Brigodeau,
02:26les auditeurs et auditrices les plus fidèles de Côte-Source,
02:29vous ont souvent entendu parler d'éducation, la rubrique que vous avez couvert pendant huit ans aux Parisiens.
02:34Puis vous avez à plusieurs reprises raconté à ce micro vos reportages en Ukraine.
02:38Depuis un mois, vous êtes reporter au service police-justice.
02:42Et à la mi-janvier, en voyant cette inquiétude monter à Valence,
02:46vous vous dites qu'il faudrait aller sur place pour creuser cette histoire ?
02:49Au journal, on se souvient en fait que ce n'est pas la première fois qu'on parle de ce
02:53quartier du plan à Valence.
02:54Au mois de juin, les CRS avaient dû être déployés autour d'une des deux écoles du quartier
02:59parce qu'il y avait des suspicions de violence d'hommes en armes autour de l'établissement.
03:05Donc sachant ça, on se dit qu'il y a peut-être quand même quelque chose à creuser
03:08au-delà de cette histoire de vidéo et qu'il y a peut-être un climat et une histoire plus
03:14profonde à explorer.
03:16Alors Valence, c'est une ville moyenne d'environ 65 000 habitants
03:19et des villes de cette taille qui sont confrontées au trafic de drogue et aux violences.
03:24Il y en a de plus en plus. Expliquez-nous pourquoi.
03:27Déjà, une des premières explications, m'expliquera un chercheur qui s'appelle Michel Gandillon
03:32qui est spécialiste de ces sujets, c'est que les consommateurs de drogue sont partout,
03:37y compris dans les zones rurales, les villes moyennes.
03:40Et pour cette raison-là, le trafic existe aussi dans des petites villes.
03:44Et puis, par ailleurs, dans les grandes villes comme Marseille par exemple,
03:47qui n'est pas si loin que ça de Valence, il y a une énorme concurrence sur les points de
03:51deal de la ville
03:52entre les différents groupes.
03:54Et ça peut expliquer aussi que certains groupes organisés décident finalement d'aller voir ailleurs,
04:02de s'implanter dans des zones où il y a moins de concurrence et donc dans des villes plus petites.
04:06Donc c'est le cas de Valence, c'est le cas aussi d'autres villes moyennes en France.
04:09Le lundi 15 janvier, vous faites donc la route depuis Paris.
04:12Vous arrivez à Valence en début de soirée dans le quartier qui est donc le théâtre de ces violences
04:17que les habitants appellent le quartier du plan.
04:19Où est-ce qu'il se situe dans la ville ? A quoi ça ressemble ?
04:23Ce quartier n'est pas du tout excentré par rapport à Valence.
04:27Il se situe à une petite dizaine de minutes en voiture du centre-ville à l'est.
04:32Valence étant elle-même la capitale d'une région quand même très connue pour la beauté de ses paysages.
04:38Il y a les montagnes dromoises tout près, on les voit à l'horizon.
04:42Le quartier ressemble à un quartier sans histoire.
04:44C'est étonnant parce qu'on arrive en se disant qu'on va trouver peut-être une ambiance très particulière.
04:49En fait, quand j'arrive en début de soirée, il fait nuit, il n'y a personne dans les rues.
04:54Et les rues en elles-mêmes ressemblent à un quartier populaire rénové récemment.
05:00Il y a la maison de quartier qui trône un peu au milieu.
05:04Il y a deux écoles, des espaces verts.
05:05C'est plutôt bien entretenu, on sent qu'il y a eu des rénovations.
05:09Ce n'est pas un quartier où quand on y entre, ça saute aux yeux qu'il y a des
05:13problèmes.
05:13Il y a des pavillons tout autour.
05:15Par contre, en discutant avec les gens et en regardant plus précisément,
05:18oui, il y a par exemple une rue dans un quartier pavillonnaire où il y a des seringues par terre.
05:23Il y a un coin de rue où il y a toujours du monde parce qu'en fait, c'est
05:26un point de deal.
05:27Mais les choses sont assez cachées.
05:29Et quand on passe rapidement, on ne s'en rend pas compte.
05:31Et c'est quel type de population qui vit dans ce quartier du plan ?
05:34C'est un quartier populaire avec un côté pavillonnaire avec des propriétaires
05:37et de l'autre côté, dans des petits immeubles ou des bars, mais qui font dans les trois étages,
05:42des locataires du bailleur social de la ville.
05:46Donc les gens qui vivent là sont pour beaucoup des gens qui n'ont pas beaucoup de moyens.
05:50Et il y a une partie, on m'explique, des logements qui sont vides
05:54parce que le quartier, je n'oublie pas, d'une très bonne réputation.
05:57Donc il n'y a pas beaucoup de gens qui veulent l'emménager là.
06:00Quand vous arrivez, vous vous rendez dans une école où des mamans du quartier
06:03ont organisé ce soir-là une réunion.
06:06En fait, c'est une réunion qui se tient un petit peu de façon improvisée
06:10parce qu'il y a eu cette agitation autour de cette vidéo
06:14sur l'idée d'enlever peut-être des enfants du quartier.
06:18Donc face à cette menace, plusieurs parents d'élèves, essentiellement des mères,
06:22ont alerté la mairie de Valence, les autorités, le préfet,
06:27pour demander à ce que quelque chose soit fait, pour demander une grande vigilance.
06:30Et donc cette réunion avec les autorités doit se tenir dans quelques jours
06:34et les maires ont décidé de se réunir entre elles avant
06:37pour accorder leur violon, disons, et savoir quelle doit être leur stratégie.
06:41Quand j'arrive devant les gris, les mamans qui participaient à cette réunion
06:45viennent de sortir et elles sont en train de discuter devant le parvis de l'école.
06:49Qu'est-ce qu'elles vous racontent ?
06:50Alors l'ambiance est assez tendue parce qu'elles ont décidé de ne pas parler.
06:57Elles ont peur de ce qu'elles pourraient dire, des conséquences que ça pourrait avoir.
07:00Donc elles ont convenu de ne rien dire et on sent un climat de tension.
07:04Les gens s'en vont très vite.
07:06Il y a une petite fille qui pleure, qui veut absolument rentrer.
07:09Sa mère m'explique qu'elle a peur parce qu'à cause de ce climat,
07:13il y a plusieurs enfants qui s'estiment en danger dans la rue
07:16et donc commencent à paniquer quand ils sont dehors le soir.
07:19Donc oui, on se rend compte là que l'ambiance n'est pas normale.
07:27A l'origine des craintes de ces habitants, vous l'avez déjà évoqué,
07:30il y a les violences qui sont dues à une rivalité ancienne entre ce quartier,
07:35le quartier du Plan, et une cité voisine, Fond-Barlette, sur fond de trafic de drogue.
07:41Expliquez-nous ça.
07:41Alors oui, la cité de Fond-Barlette se situe en fait juste à côté du Plan.
07:46Les deux quartiers sont séparés par un parc et en fait sont complètement voisins.
07:52D'ailleurs, quand il y a des sortes d'expéditions punitives qui sont organisées d'un quartier vers l'autre,
07:57très souvent les jeunes se promènent en trottinette électrique pour aller d'un quartier à l'autre.
08:01Il y a une rivalité entre ces quartiers et entre les points de deal.
08:05La question, évidemment, elle est financière et c'est une question de pouvoir, une question d'argent aussi,
08:10parce qu'un point de deal, ça rapporte beaucoup.
08:12On sait qu'entre les clans qui tiennent ces différents points de deal et ces deux cités,
08:16il y a une grosse rivalité qui occasionne énormément de violence.
08:20Christelle Brigodeau, en règle générale, un point de deal, ça peut rapporter combien aux trafiquants ?
08:24Alors, d'une manière générale, d'après ce que m'explique le sociologue Michel Gandillon,
08:28un bon point de deal, c'est entre 70 000 et 80 000 euros de chiffre d'affaires par jour.
08:33Donc, c'est une entreprise florissante.
08:36Pour ce qui concerne le cas de Valence, on ne sait pas exactement combien il y a de points de
08:40deal
08:40ni combien chacun rapporte.
08:42Mais ce qu'on sait, c'est qu'il y a des grosses sommes en jeu
08:44parce que la police a procédé aussi à des interpellations, à des fouilles de lieux
08:50où ils ont trouvé de l'argent en grande quantité, de la drogue en grande quantité
08:54et aussi des armes.
08:54Et on sait quelles drogues circulent dans ces deux quartiers à Valence ?
08:57Alors, on parle de cannabis, de cocaïne aussi.
09:01Et ce qu'on m'explique, c'est que ce que demandent des consommateurs,
09:05les dealers vont toujours s'arranger pour les trouver.
09:08Donc, c'est un peu ce que d'ailleurs les spécialistes appellent le syndrome de l'épicerie,
09:12c'est-à-dire que les points de deal maintenant sont devenus des points
09:15où on peut se procurer un peu tout ce qu'on veut.
09:17Christelle Brigodeau, le lendemain, le mardi 16 janvier,
09:20vous vous rendez donc à Font-Barlette, la cité voisine du quartier Duplan.
09:24Décrivez-nous les lieux.
09:25Alors, il est un petit peu plus vaste que le quartier Duplan,
09:27avec des habitations, des tours plus hautes.
09:30Il fait 8000 habitants contre 5000 au plan.
09:34C'est un quartier qui est plus dégradé.
09:35On voit des tags assez explicites sur la rivalité entre les deux quartiers.
09:39On peut lire sur l'un d'eux Nicolas Zupp,
09:41la Zupp étant le surnom du quartier Duplan.
09:44Au moment où j'y vais, il se trouve que c'est le marché du mardi matin
09:47et personne ne veut parler.
09:49Les gens sont très inquiets même d'être vus en train de parler avec un journaliste.
09:53Est-ce que le trafic de drogue y est visible dans ce quartier-là ?
09:57Oui, bien sûr, il est complètement visible.
09:59Par exemple, il y a un coin de rue à côté du local des Restos du Coeur,
10:03où il y a beaucoup de gens des deux quartiers d'ailleurs
10:05qui viennent recevoir des paniers et de la nourriture.
10:10Il y a un point de deal qui est écrit sur un mur.
10:14C'est écrit Drive avec les horaires d'ouverture 10h minuit.
10:18Là, il y a des hommes qui ont l'air jeunes,
10:21qui tiennent le point et qui regardent les voitures qui s'arrêtent.
10:25À la fois, ils attendent le client,
10:27mais ils contrôlent aussi l'entrée dans cette rue principale
10:30qui arrive dans le quartier.
10:31J'ai pu m'y promener aussi de nuit en voiture.
10:35Et là aussi, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas tellement de promeneurs,
10:37mais qu'il y avait à peu près en bas de chaque bâtiment
10:40ou à chaque coin de rue,
10:41des silhouettes comme ça, soit en trottinette, soit à pied,
10:44qui avaient l'air, pareil, d'attendre ou de surveiller.
10:48Christelle Brigodeau, la violence a explosé entre ces deux quartiers,
10:51celui du Plan et celui de Font-Barlette, depuis deux ans.
10:54On sait à quoi c'est dû ?
10:55Oui, en tout cas, plusieurs habitants
10:58et gens qui connaissent très bien le quartier
11:00m'expliquent tous la même histoire et la même chose.
11:03C'est que les violences ont commencé
11:05dans une espèce d'engrenage qui prend sa source le 6 mai 2022
11:08quand deux personnes sont abattues dans la rue
11:12face à l'école Brossolette qui est à l'école du Plan.
11:14À cet endroit-là, les policiers retrouvent dans deux voitures
11:17deux hommes, dont un qui s'appelle Nabil B,
11:20qui est l'un des tenants présumés du trafic côté Font-Barlette.
11:25Et en fait, à partir de là, on m'explique
11:27que les connaissances et soutiens de la victime, Nabil B,
11:31vont décider de représailles sur l'ensemble du quartier du Plan.
11:34Et pas seulement les auteurs présumés de l'assassinat,
11:37mais tout un quartier.
11:42Depuis ce moment-là, à quelles frayeurs sont confrontés
11:45les habitants du Plan au quotidien ?
11:47Alors, ils sont confrontés en fait à des fusillades
11:49qui se passent de manière régulière.
11:52D'après ce qu'a expliqué le procureur de Valence,
11:54rien qu'au premier semestre de 2023,
11:57ont été recensées plus de 60 ouvertures de feu
12:00entre les deux quartiers, du Plan et de Font-Barlette.
12:02Donc concrètement, ça veut dire une fusillade tous les trois jours.
12:05C'est énorme.
12:05Il y a eu 16 blessés pendant cette période-là.
12:08Au mois de mai 2023, il y a eu 4 morts en une semaine,
12:12toujours, dans le cadre de ces règlements de compte
12:14qui n'en finissaient pas en fait.
12:16Et est-ce qu'au Plan, il arrive à des habitants,
12:17par exemple, d'être visés personnellement ?
12:19Il y a deux choses en fait qu'il faut retenir.
12:21C'est que la première, les habitants se retrouvent
12:24à être victimes collatérales de cette guerre des bandes
12:27qui sévit en bas de chez eux.
12:28Il y a des gens qui ont eu des tirs dans leurs fenêtres,
12:31dans leur immeuble, ou qui en sortant de chez eux,
12:33se sont retrouvés au milieu d'un règlement de compte.
12:34Mais par ailleurs, il peut arriver que des gens
12:37qui n'ont absolument rien à voir avec le trafic
12:39se retrouvent à avoir maille à partir avec des trafiquants
12:42parce que c'est leurs voisins ou des gens du quartier.
12:44Et ça peut finir très mal.
12:46Il y a par exemple un gardien d'immeuble
12:48qui a été menacé et visé par des tirs
12:51simplement parce qu'il avait fait des remarques
12:54sur le bruit qu'elle faisait à des personnes
12:56qui possédaient des armes,
12:57et donc ont décidé de se venger comme ça,
12:59ou d'autres personnes qui ont été menacées
13:01simplement parce qu'elles avaient eu des accords
13:05avec d'autres personnes pour des questions de voisinage.
13:07On voit une violence complètement disproportionnée
13:10avec un petit problème de voisinage
13:11que n'importe qui peut connaître.
13:13On arrive avec des menaces de mort.
13:14Et on vous raconte que les personnes
13:16qui déclenchent ces fusillades
13:17sont souvent jeunes, voire mineures,
13:19et qu'elles sont lourdement armées.
13:20Oui, elles peuvent se promener
13:23avec des armes de guerre
13:24ou des armes automatiques,
13:26donc qui font énormément de dégâts,
13:29y compris d'un pacte de balle.
13:30On sait que, par exemple, à Valence,
13:32il y a eu des fouilles
13:34et des opérations de police
13:35menées sur des caches d'armes,
13:37et on a retrouvé des canons sciés,
13:39des armes en quantité importante
13:41qui étaient quelquefois cachées
13:42dans des armoires techniques
13:44en plein milieu du quartier.
13:45Sur place, vous rencontrez un directeur d'école
13:47qui enseigne depuis des années dans le quartier.
13:49Qu'est-ce qu'il vous raconte ?
13:50Il raconte effectivement le climat de peur
13:54que moi j'ai pu constater par ailleurs,
13:56et il me raconte surtout l'impact
13:58que ça a sur les élèves,
13:59sur les enfants,
14:00qui pour certains,
14:02au moindre bruit,
14:03vont se cacher sous une table
14:04parce qu'il y a déjà eu
14:06des échanges de tirs en bas de chez eux
14:08et ils sont terrifiés.
14:09Ce qu'il m'explique aussi,
14:10c'est que pour une équipe éducative
14:12qui est là en place
14:13et qui travaille depuis longtemps
14:14dans un quartier,
14:15il peut reconnaître,
14:17comme d'anciens élèves,
14:18des jeunes qui, voilà,
14:20ont fait le choix,
14:22conscient ou moins conscient,
14:24d'aller dans le trafic de drogue.
14:25Et pour chacun de ces jeunes,
14:27c'est un échec.
14:28En tout cas, c'est ce que me dit ce directeur.
14:30Est-ce que la ville et les forces de l'ordre
14:32ont mis des choses en place
14:33pour tenter d'endiguer ce trafic de drogue
14:35et les violences qui vont avec ?
14:36Les moyens sont importants
14:37parce qu'effectivement,
14:38le problème est plus qu'identifié.
14:40Rien que sur l'année 2023,
14:42il y aura pendant 86 jours
14:44des CRS en nombre dans le quartier,
14:46ce qui est une présence forte.
14:48Il y a un plan place nette
14:50qui est mis en place,
14:51donc avec une descente de police
14:52qui va durer plusieurs jours
14:53où on va essayer de trouver des armes,
14:56l'argent,
14:57un peu le nerf de la guerre
14:58qui peut faire du mal aux dealers.
15:00Il y a beaucoup d'interpellations
15:01qui sont menées.
15:02Et puis, la décision est prise
15:04à Valence comme à Maubeuge
15:06et à Besançon,
15:07donc deux autres villes moyennes,
15:08de mettre en place
15:10ce qu'on appelle la FAR,
15:11une force d'action républicaine
15:12où pendant six mois,
15:13tous les services de l'État
15:14vont se concerter
15:15pour donner les moyens nécessaires
15:18pour agir contre le trafic de drogue.
15:19Et tout ça, ça peut suffire
15:20à éradiquer le trafic de drogue
15:22dans la ville ?
15:23Ce qu'expliquent les autorités,
15:24c'est que la lutte
15:25contre le trafic de stupéfiants,
15:27elle est très difficile
15:28parce qu'à chaque fois
15:29qu'on coupe une tête,
15:30d'autres repoussent.
15:30Le préfet fait la comparaison
15:32avec une hydre
15:34qui en fait revit
15:35à chaque fois qu'on la décapite.
15:37Donc, ce qu'on m'explique,
15:39c'est que le travail
15:39n'est pas terminé,
15:40les autorités en ont conscience.
15:42Les services de police
15:43et de justice
15:43ont le sentiment
15:44d'avoir déjà mis
15:45un coup d'arrêt
15:46à une partie du trafic
15:47et déstabilisé ce trafic,
15:49mais ils n'ont pas encore
15:49mis fin à la violence
15:50et surtout pas
15:51au climat de peur
15:53qui règne dans la ville.
15:56Et ce climat de peur,
15:57il est alimenté notamment
15:58par une liste de gens,
16:00je cite,
16:01à Abattre,
16:02qui circulent sur le réseau TikTok
16:03et que des habitants
16:05vous ont montré.
16:06Décrivez-nous cette liste,
16:07à quoi elle ressemble ?
16:08Alors, c'est une sorte
16:09de patchwork de visage.
16:11C'est des photos de profil,
16:13en fait,
16:13qui ont été prises
16:13sur les réseaux sociaux
16:14de gens qui habitent
16:16dans le quartier du Plan.
16:17Et ces visages ont été
16:20mis les uns à côté des autres
16:22sur un montage.
16:24Et presque rien n'est écrit,
16:25en fait.
16:26Simplement,
16:27cette liste est diffusée.
16:29Alors, moi,
16:29j'en ai vu une.
16:30On m'a expliqué
16:31que ce n'était pas la première,
16:32qu'assez régulièrement,
16:33il y avait ce genre
16:34de montage qui sortait
16:35avec des réactualisations.
16:37C'est-à-dire qu'il y a
16:37des visages qui disparaissent,
16:39d'autres qui rapparaissent.
16:40Et parmi ces visages,
16:41il y a des gens
16:41qui ont effectivement
16:42été ensuite
16:43la cible de violence.
16:45Donc, ça fait évidemment
16:46très peur à ceux
16:47qui sont dessus
16:48parce que dessus,
16:49il y a des gens
16:49dont on me dit
16:50qu'ils ont un rapport
16:51plus ou moins fort
16:52avec le trafic de drogue,
16:53mais d'autres,
16:54pas du tout.
16:54Est-ce que vous avez réussi
16:55à contacter des personnes
16:57qui se retrouvent
16:57sur cette liste
16:59de gens à abattre ?
17:00Alors, il y a l'une des personnes
17:01qui figure, oui,
17:02sur la dernière liste
17:03qui a bien voulu me parler,
17:05sous couvert d'anonymat
17:06parce que ses proches
17:07eux-mêmes ne sont pas au courant
17:09qu'elle figure sur cette liste.
17:11Et il m'expliquait
17:12ne pas trop savoir
17:13quoi en penser,
17:15à savoir,
17:15est-ce que c'est de l'intimidation
17:17ou est-ce que c'est
17:17une menace réelle
17:18qui pèse sur lui ?
17:20Mais ce qu'il me disait,
17:20c'est que ne sachant pas
17:22ce qu'il fallait attendre,
17:24il s'attendait quand même
17:24plutôt au pire
17:25et il faisait très attention,
17:27il restait sur ses gardes.
17:32Christelle Brigodeau,
17:33parmi tous les habitants
17:34et les habitantes
17:34du quartier Duplan
17:36de Valence
17:36avec qui vous avez échangé
17:38pendant vos trois jours
17:39sur place,
17:40est-ce qu'il y en a
17:40qui pensent à déménager ?
17:42Oui.
17:43Moi, j'en ai rencontré
17:44qui voudraient partir
17:45mais qui ne peuvent pas
17:46parce qu'ils sont locataires
17:47de l'office HLM
17:49et qu'on leur explique
17:50que leurs revenus
17:50ne sont pas suffisants
17:51pour qu'ils puissent
17:52prétendre à un autre
17:53logement social ailleurs.
17:55Il y a des gens
17:55qui voudraient partir
17:57mais ils vivent
17:58dans la zone pavillonnaire,
17:59ils ont un emprunt,
18:00un crédit
18:00et ce n'est pas possible
18:01pour eux de partir.
18:02Il y a des gens
18:03qui ont pu partir
18:04et qui ont déjà
18:05quitté le quartier
18:06et d'autres
18:07qui expliquent
18:08qu'eux veulent rester
18:10mais qu'ils attendent
18:11une réponse forte
18:12des pouvoirs publics
18:13pour que le climat change.
18:15Votre reportage
18:16sur ce quartier
18:17de Valence
18:17est publié
18:18dans les premières pages
18:19Le fait du jour
18:20du Parisien
18:20le lundi 22 janvier.
18:22Christelle Brigodeau,
18:23est-ce que le cas
18:23de ce quartier du plan
18:25à Valence
18:25que vous avez raconté
18:26dans cet épisode
18:27est amené
18:28à se répandre,
18:29à se retrouver
18:30ailleurs dans le pays ?
18:32On sait que la violence
18:34va avec le trafic de drogue
18:35et que le trafic de drogue
18:36a tendance à se développer
18:38partout,
18:38y compris dans les zones
18:40moyennes
18:40et même à la campagne.
18:41à partir du moment
18:43où les consommateurs
18:44sont partout
18:45et que la demande
18:45de consommation de drogue
18:47augmente,
18:47comme c'est le cas
18:48aujourd'hui,
18:49évidemment,
18:50la violence et le trafic
18:51continuent et se développent.
19:03Merci à Christelle Brigodeau.
19:05Code source,
19:06c'est l'actualité
19:07racontée par la rédaction
19:08du Parisien
19:09chaque soir
19:10du lundi au vendredi.
19:11Cet épisode a été produit
19:12par Barbara Gouy
19:14et réalisé par Julien
19:15Moncouquiole.
19:16N'oubliez pas de vous abonner
19:17sur votre plateforme
19:18d'écoute préférée
19:19et de nous mettre une note,
19:21ça nous aide beaucoup
19:21à faire connaître ce podcast.
19:23Partagez-nous vos avis,
19:25vos idées
19:25à cette adresse
19:26codesource
19:27at leparisien.fr
19:29et puis si vous aimez
19:30les faits divers,
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19:32Crime Story
19:33avec une nouvelle affaire
19:34criminelle
19:35à retrouver
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19:36Sous-titrage Société Radio-Canada
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