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Cette marathonienne s’est battue contre un cancer du sein dès l’âge de 24 ans. Elle a continué de courir pendant sa chimiothérapie. Aujourd’hui en rémission, elle continue de battre des records. A l’occasion d’Octobre rose et de la sortie d’un documentaire sur son histoire, Anaïs Quemener raconte son histoire au micro de Raphaël Pueyo.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Raphaël Pueyo - Production : Ambre Rosala, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

#anaisquemener #octobrerose #cancerdusein

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Chaque année, la campagne Octobre Rose vise, pendant le mois d'octobre, à informer et sensibiliser le public sur le
00:18cancer du sein,
00:20cancer le plus fréquent chez les femmes en France, avec plus de 60 000 cas détectés cette année.
00:24A cette occasion, on a voulu vous faire entendre le témoignage d'Anaïs Kemener, championne de France du marathon en
00:31titre,
00:32originaire de Seine-Saint-Denis. Elle s'est battue il y a plusieurs années contre un cancer du sein très
00:37précoce détecté à l'âge de 24 ans,
00:39ce qui ne l'a pas empêché de poursuivre pendant son traitement les entraînements et les compétitions sportives.
00:46Anaïs Kemener raconte son parcours dans Codesource au micro de Raphaël Puyou.
00:59Bonjour. Ça va ? Ça va et vous ? Oui, ça va, merci.
01:02Anaïs Kemener m'a donné rendez-vous sur son lieu d'entraînement favori, le parc de la Poudrerie, dans le
01:07nord de Paris.
01:08La première chose que l'on remarque chez elle, c'est son grand sourire et ses yeux pétillants couleur noisette.
01:13Il y a aussi son physique, 1m52 pour 48 kg et des jambes très musclées.
01:18Et puis il y a ses tatouages, un peu partout sur son corps.
01:21Elle me raconte que l'un d'entre eux est là pour témoigner du combat qu'elle a mené, 8
01:25ans plus tôt.
01:27Celui-là que j'ai sur le mollet, c'est le dessin d'une femme qui a une cicatrice sur
01:31le sein.
01:33Et c'est marrant parce que cette femme-là, je l'ai faite il y a quelques années.
01:36Et lorsque j'ai fait les retouches, il y a quelques mois, j'ai ajouté toutes les petites fleurs qu
01:41'il y a autour d'elle.
01:42Pour moi, ça symbolise un peu la renaissance.
01:44Avant, c'était juste une femme qui avait un cancer.
01:46Et aujourd'hui, elle renaît. C'est un peu ce que je vis, moi.
01:54Anaïs Kemener naît le 1er avril 1991 à Saint-Mandé, en banlieue de Paris.
01:59Peu de temps après sa naissance, elle emménage avec ses parents en Seine-Saint-Denis, au nord-est de la
02:04capitale, où elle passe toute son enfance.
02:06J'étais une enfant hyper active.
02:09J'arrêtais pas de bouger, toujours en train de courir partout, toujours en train de jouer avec tout le monde,
02:13assez bavarde.
02:14Quand j'allais chez mes grands-parents, c'était très ludique, on faisait la course dans le jardin.
02:18Ça a toujours été comme ça et je voyais beaucoup mon père courir aussi.
02:21C'était un crossman, c'était un gymnaste aussi, il faisait de la gym avec les pompiers de Paris.
02:25C'était un héros, quoi.
02:27J'étais là, mais waouh, je veux être pareil que lui, je veux faire pareil que lui.
02:30Ça me donnait vraiment envie.
02:32Les parents d'Anaïs se séparent quand elle a 9 ans.
02:35Elle reste vivre avec son père et s'inscrit dans le même club d'athlétisme que lui, à Villepinte.
02:40Quand elle a 15 ans, Anaïs participe à une course de 10 kilomètres.
02:44Ce jour-là, elle établit un nouveau record de France dans sa catégorie.
02:48Avec cette performance, elle réalise qu'elle a les capacités pour faire une carrière au plus haut niveau.
02:54Alors, chaque année, elle s'entraîne de plus en plus dure, épaulée par son père, qui est aussi son entraîneur.
02:59Un jour, alors qu'elle a 21 ans, elle fait un pari avec deux de ses amis.
03:05On papote avec des potes de club, on rigole ensemble et on se dit, pourquoi on ne ferait pas un
03:09marathon ?
03:10Il y avait beaucoup de gens quand même qui nous disaient, un marathon à 21 ans, c'est trop jeune.
03:14Le marathon, ça commence à 30 ans ou le marathon, ça commence beaucoup plus tard.
03:18On se disait, mais pourquoi on devrait se brider parce que tout le monde dit que ça a 30 ans
03:21?
03:22Moi, si j'ai envie d'en faire un et que je me sens bien aujourd'hui, je le fais,
03:24quoi.
03:24On s'est dit, écoute, on va faire Rotterdam.
03:26Je finis mon premier marathon en 3h11.
03:28À l'arrivée de ce marathon, je me suis vraiment dit, il faut que je recommence, quoi.
03:32Anaïs se donne un objectif.
03:34Descendre un jour en dessous de la barre symbolique des 3h.
03:38Pour y parvenir, tous les matins, elle part s'entraîner tôt.
03:41Car ensuite, elle prend le RERB pour aller travailler à Paris, aux urgences de l'hôpital Bichat,
03:46de 11h à 22h en tant qu'aide soignante.
03:50Un jour, en 2014, alors qu'elle a 24 ans, elle prend sa douche après son entraînement du matin, comme
03:56à son habitude.
03:57En fait, en me lavant, je sens sur le côté de mon sein une petite boule qui fait peut-être
04:01la taille d'un ongle vraiment pas très grosse.
04:04Donc je m'alerte pas plus que ça, mais je prends quand même assez rapidement rendez-vous avec ma gynécologue.
04:09Je lui dis, ben voilà, j'ai une boule dans le sein gauche.
04:11Elle regarde un peu et au final, elle me dit, oh non, non, t'inquiète pas, t'as pas d
04:14'antécédents connus.
04:16Ça va partir tout seul.
04:17Je vais bien dans ma vie, je suis pas fatiguée, je continue à battre mes records.
04:21Je fais du sport, je travaille, tout va bien.
04:23Je me suis pas inquiétée plus que ça.
04:25Je me suis dit que si elle me disait que c'était hormonal, c'était le cas.
04:27Mais dans les mois qui suivent, Anaïs n'est toujours pas rassurée.
04:31Alors, elle décide de faire un bilan sanguin.
04:33On lui dit que tout est normal, qu'elle ne doit pas s'inquiéter et que dans quelques mois, ce
04:38kyste hormonal aura disparu.
04:40Mais six mois plus tard, la boule dans son sein continue de grossir.
04:44Anaïs consulte alors un troisième médecin.
04:47Donc là, je lui dis, ben écoute, voilà, j'aimerais le faire enlever.
04:50Donc elle me dit, ok, ben écoute, puisque ça a l'air de t'inquiéter, on va faire une ponction
04:54et une échographie mammaire.
04:56J'attends le médecin et quand on m'installe dans la salle pour faire l'échographie,
05:00à ce moment-là, je vois qu'il passe son appareil sur mon sein, il passe sous mon bras, et
05:06je vois qu'il change de tête.
05:07Et il cherche, il cherche, il cherche, en haut, en bas, il regarde mon sein, sur le côté, l'autre
05:11sein.
05:12Et là, il me dit, ben quand même, en fait, il y a plusieurs masses.
05:14Et là, il me dit, ben en fait, on va passer de mammographie en urgence.
05:20J'ai eu environ trois semaines d'attente avant d'avoir les résultats.
05:23Je me disais, bon, ça sent pas bon, quoi.
05:26La mammographie, la biopsie, là, ça commençait à faire beaucoup d'éléments.
05:31Surtout que j'étais dans le médical, donc je me disais, bon là, ça sent pas très bon.
05:35Quand je l'ai revu, la secrétaire m'a installée dans la salle, et au final, quand il est arrivé,
05:40j'ai compris tout de suite à sa tête.
05:41Je lui ai regardé, je lui ai dit, c'est un cancer, et il m'a dit oui.
05:46Les examens montrent qu'Anaïs est atteinte d'un cancer très agressif, de stade 3 sur 4, avec des métastases
05:52sous son bras gauche.
05:53Quelques heures plus tard, accompagnée de l'un de ses amis, elle se retrouve dans le bureau d'un oncologue,
05:58le docteur Jean Dénarnot.
06:00C'était un monsieur qui était quand même assez âgé, avec une forte personnalité, et ça se percevait tout de
06:05suite.
06:06Grosse voix, il était quand même imposant, c'était un grand monsieur.
06:10Mais il m'a regardé, il était un peu étonné, il me dit, mais qu'est-ce que tu fous
06:13là à 24 ans ?
06:14Tu pourrais être ma petite fille, quoi.
06:16Il me dit que ça va être de la chimio, que je vais avoir des traitements, mais en vrai, j
06:20'entends rien.
06:21Je le voyais me parler, j'entendais tout ce qu'il me disait, mais dans ma tête, ça faisait blablabla,
06:25blablabla, blablabla, blablabla.
06:26Donc en fait, je retenais rien du tout.
06:28Quand on est ressorti du cabinet, j'étais tellement abasourdie que je me suis dit, bah, je me rappelle pas
06:32de la moitié de ce qu'il m'a dit.
06:33Tout ce que je sais, c'est que j'ai un cancer.
06:37Quelques jours plus tard, elle retourne le voir pour connaître en détail le protocole qui va être mis en place
06:42dans les mois à venir.
06:44Lors de ce deuxième rendez-vous, mon père m'accompagne.
06:46On est assis en face de lui, on attend qu'il nous explique un petit peu le protocole à venir.
06:52La première question que je lui ai posée, c'était, ok, on va commencer la chimio, mais dans trois mois,
06:57j'ai mon championnat de France.
06:59Donc, comment on fait ?
07:01On m'a dit, oui, si tu veux y participer et attendre, repousser les traitements, tu pourras le faire, mais
07:06tu feras une très belle championne de France en cercueil.
07:08Quand je sors du cabinet, je pleure un peu. Punaise, j'ai un cancer, quoi.
07:12On part sur un autre marathon pour rester vivante. Donc maintenant, c'était parti.
07:16Anaïs renonce au championnat de France et le 18 août 2015, elle fait sa première séance de chimiothérapie.
07:22Juste après, le soir, elle part courir avec les jeunes de son club comme si de rien n'était.
07:27Mais dans les jours qui suivent, elle ne peut plus nier sa maladie.
07:31Elle ressent une grosse fatigue et surtout, elle commence à perdre ses cheveux.
07:35Au bout de dix jours, je commençais à perdre des cheveux.
07:36Mais vraiment, je passais la main dans les cheveux, je montrais à mon père, il a tous deux cheveux, et
07:39je lui disais, mais là, c'est chaud, quoi.
07:40Et lui, il a dit, non, c'est bon. Il m'a dit, allez, viens, je te rase la tête.
07:44Et j'ai dit, bon, allez, ok. J'ai pris un tabouret, je me suis mis dans mon salon, il
07:46m'a rasé la tête.
07:47J'ai un peu pleuré. Et au final, ça s'est bien passé, on a commencé à en rigoler parce
07:51qu'il me disait, bah voilà, pareil, on a la même coupe des cheveux maintenant.
07:54On ne sait jamais autant ressembler.
07:57Même si elle suit une chimiothérapie, Anaïs continue de s'entraîner et veut même participer à des compétitions.
08:02Mais quand elle demande à des médecins de lui signer un certificat médical, ils refusent car selon eux, le risque
08:08pour sa santé est trop important.
08:10Dans mes chimios, il y avait des produits de cardio-toxiques. Des cardio-toxiques font que même un footing, mon
08:15cœur battait à 180.
08:17Donc le risque, c'était l'infarctus. Pendant mes traitements, j'avais le droit d'aller courir, mais je n
08:23'avais pas le droit de faire de compétition.
08:24Parce qu'il savait que j'allais vouloir me dépasser.
08:26Et mon père a un petit peu tapé du poing sur la table en disant, bah oui, mais si elle
08:31n'a pas de certificat médical, elle ne peut pas faire de compétition, donc ne pas avoir ses copains.
08:35Et au final, c'est la laisser mourir dans son canapé, quoi.
08:37J'avais qu'une envie, c'était de pouvoir faire des compètes, quoi.
08:41Même si je ne faisais plus les mêmes chronos qu'avant, j'avais besoin de ce sentiment de pouvoir me
08:45surpasser.
08:46Et tant que je pouvais continuer à prendre le départ d'une course, de mettre un dossard, je me sentais
08:50vivante.
08:51J'étais comme tout le monde, je n'étais pas malade.
08:55Après avoir insisté auprès des médecins, Anaïs obtient finalement l'autorisation de participer à des compétitions.
09:01En parallèle de la chimiothérapie, elle s'inscrit à des courses de 10 km autour de chez elle
09:05et continue de s'entraîner tous les jours, accompagnée par son père, avec un seul objectif en tête,
09:11être sur la ligne de départ des championnats de France un an plus tard.
09:14C'était comme une petite routine qu'on s'est instaurée avec mon père.
09:17Mon père me suivait tous les jours.
09:20Tous les jours, j'allais courir une heure et tous les jours, il me suivait en vélo.
09:23Alors des fois, on marchait, des fois on courait, des fois on trottinait, des fois on s'arrêtait.
09:26Des fois, je marchais dans la côte du parc.
09:28Et mon père me disait « Ah, ils ont rajouté des côtes aujourd'hui ! »
09:30Je dis « Ouais, ouais, je crois qu'ils ont rajouté des côtes parce que là, c'est plus dur
09:32que d'habitude. »
09:33Mon corps, c'était une brindille, quoi.
09:35J'avais plus de muscles, je perdais tout.
09:37Et puis j'avais plus la même capacité à courir, je courais beaucoup moins vite.
09:41Je faisais plus de renforcement musculaire comme je pouvais le faire auparavant.
09:43Donc forcément, le corps était différent.
09:46Sur les 6, 7 et 8e dernières chimio, j'en avais marre.
09:50Vraiment, c'était difficile parce que, en fait, moi, je me voyais dans le miroir, mais j'étais livide, quoi.
09:55J'étais toute blanche, j'avais plus de cheveux, j'avais plus de cils, j'avais plus de sourcils.
09:59Des fois, je disais « Ben voilà, je ressemble à un martien, quoi. »
10:01Genre, vraiment… Donc j'en avais vraiment marre et je me disais « Bon, c'est bientôt l'arrivée. »
10:05Donc on serre encore un peu les dents et ça va aller.
10:08Début février 2016, Anaïs entame sa 8e et dernière cure de chimiothérapie.
10:13Son corps a bien répondu au traitement, mais elle doit quand même se faire opérer
10:17pour faire retirer son sein gauche ainsi qu'une partie de ses ganglions.
10:21Au mois de mai, elle entame la dernière phase de son traitement,
10:24une radiothérapie pour éliminer les dernières cellules cancéreuses de sa poitrine.
10:28C'est vrai que ça a été très handicapant pour moi, déjà de m'y rendre tous les jours.
10:33Donc finalement, mentalement, on ne sort jamais vraiment des traitements
10:36parce que tous les jours, on sait qu'on doit y aller.
10:38Et en plus de ça, je me faisais tous les jours engueuler par l'infirmière de radiothérapie
10:42parce qu'elle me faisait des points au stylo, tout autour de la zone à irradier.
10:46Et comme j'allais courir tous les jours, tous les points s'effaçaient.
10:49Donc quand j'y retournais, elle me disait « Ah là là, mais tu ne devrais pas courir
10:52pendant que tu es en radiothérapie. »
10:54En fait, elle m'engueulait tout le temps.
10:55Elle me disait « Mais si tu étais ma fille, ça ne se passerait pas comme ça. »
10:58Et mon père s'en rappelle très bien.
10:59Il me ramassait à la petite cuillère à chaque sortie de séance.
11:01Je pleurais.
11:02Je disais « Mais j'en ai marre.
11:03Elle ne fait que me crier dessus.
11:05Elle me dit que je dois faire un choix entre si je veux courir ou si je veux vivre.
11:08C'était vraiment compliqué. »
11:11A l'été 2016, Anaïs en a fini avec la radiothérapie.
11:14Les prises de sang sont bonnes et sa dernière IRM est rassurante.
11:18Le 18 septembre, trois mois après la fin de ses traitements,
11:22elle est à Tours pour participer au championnat de France marathon.
11:26Le jour de la course, je prends le départ en étant confiante par rapport à moi,
11:30par rapport à ce que je veux faire.
11:32Donc partir sur mon record personnel ce jour-là.
11:34Je ne me sentais pas en compétition, en tout cas avec les autres filles du départ,
11:38parce que je savais qu'il y avait des filles qui étaient bien plus fortes que moi.
11:41Je prends mon départ, tout va bien.
11:43Au bout du 15ème kilomètre, il y a une nana sur le côté qui craque complet.
11:48Je vois une deuxième nana sur le côté, vraiment pareil, pas bien.
11:52Peut-être au kilomètre 30.
11:53Je me dis « Là, peut-être que je suis deuxième, peut-être que je suis troisième dans ces eaux
11:57-là. »
11:59Au kilomètre 40, au loin, sur une ligne droite, je vois la moto.
12:03Et là, je me dis « Mais mince, la moto, c'est celle qui suit la première féminine. »
12:08Et dans ma tête, il se passe tout un truc où je me dis « Mais si je ne le
12:10tente pas maintenant, je ne le tenterai jamais. »
12:12Et en fait, je double cette première féminine.
12:15Et du coup, la moto me suit.
12:17Et je finis le dernier kilomètre avec elle, mais je ne regarde même pas derrière moi.
12:20Je me dis « Là, je donne tout, je donne tout ce que j'ai. »
12:22Et je termine première.
12:27À l'arrivée, il y a des journalistes de la Fédé.
12:31Il y a plein de monde autour de moi en me disant « Mais waouh, mais comment ça va ?
12:34»
12:34Et puis, je vois mon père au loin aussi.
12:36Donc, mon père, je vais le voir tout de suite au niveau des grillages.
12:38Je vois qu'il avait les larmes aux yeux.
12:39Moi aussi, j'étais choquée.
12:40Je ne me rendais pas compte.
12:42Et là, je me suis dit « Ok, maintenant, j'ai passé un cap et la maladie, elle est derrière
12:46moi. »
12:46Parce qu'aujourd'hui, j'ai réussi à battre mon record d'avant la maladie.
12:50C'était ça, ma victoire.
12:54Quelques jours après le championnat de France, j'ai décidé de prendre rendez-vous avec mon oncologue.
12:59Parce que lui, il m'avait beaucoup soutenue.
13:01Et quand je suis arrivée dans le cabinet, lui, il avait peur.
13:03Parce qu'il se disait « Ben mince, est-ce qu'on ne lui a pas annoncé une récidive ?
13:06Est-ce qu'il ne s'est pas passé quelque chose ?
13:07Est-ce qu'elle n'a pas passé un examen qui ne s'est pas bien passé ?
13:10Qu'est-ce qui se passe ? »
13:12Et en fait, j'ouvre ma veste et je lui sors ma médaille.
13:14Et je lui dis « Regardez, grâce à vous aussi, je suis championne de France. »
13:22Même si elle est revenue à son meilleur niveau, Anaïs n'est pas encore totalement guérie.
13:27Plusieurs fois par an, elle doit passer des examens pour être sûre que le cancer n'est pas revenu.
13:32Un jour, en 2020, elle passe une IRM avec un radiologue.
13:36J'entends qu'il parle dans son petit dictaphone et il dit « Patiente Anaïs Kemener, tel âge, êtes en
13:42rémission. »
13:43Et là, j'ai buggé.
13:44Je l'ai regardé, je lui ai dit « Vous avez dit quoi ? »
13:46Il a dit « Ben oui, vous êtes en rémission. »
13:48Il n'y a plus de traces de cancer.
13:49Sur les IRM, les scanners, les échographies, tout est parfait.
13:54C'est un peu comme une délivrance où je me dis « Bon ben, ça ne veut pas dire que
13:57ça ne reviendra pas. »
13:59Mais en tout cas, pour l'instant, je suis sortie d'affaire.
14:00Et je me dis que j'ai combattu une fois.
14:03Si ça devait revenir, je combattrais encore.
14:21Raphaël, comment va Anaïs aujourd'hui ?
14:23Aujourd'hui, elle va très bien.
14:24Elle s'entraîne normalement.
14:26Elle bat tous ses records.
14:27Mais elle garde quand même des stigmates de son cancer.
14:30Alors d'abord, elle m'a montré qu'elle avait un gonflement au niveau du bras gauche.
14:33Donc c'est un gonflement qui est apparu juste après s'être fait enlever ses ganglions.
14:37Donc c'est quelque chose qui touche une grande majorité de femmes qui ont eu un cancer du sein.
14:41Mais elle me dit que pour elle, au quotidien, ce n'est pas du tout handicapant.
14:44Elle garde aussi des cicatrices sur sa poitrine.
14:46C'est-à-dire qu'en fait, elle a fait une reconstruction mammaire.
14:49Mais cette reconstruction, elle ne s'est pas passée comme prévu.
14:51Elle a fait des rejets à répétition.
14:53Une de ses prothèses, c'est même fissuré.
14:55Elle a fait une hémorragie interne.
14:56Donc elle a dû renoncer à cette reconstruction mammaire.
14:59Et aujourd'hui, elle a plusieurs cicatrices sur la poitrine.
15:01Mais malgré tous ces stigmates-là, aujourd'hui, elle est en remission complète.
15:05C'est-à-dire qu'elle est guérie.
15:06Ce qui veut dire qu'elle n'a plus aucune trace du cancer dans son corps.
15:09Alors on va donner quelques chiffres de l'Institut National du Cancer.
15:12Le cancer du sein, il se développe en très grande majorité, dans 80% des cas après 50 ans.
15:18Et l'âge médian du diagnostic, il est de 64 ans.
15:21Et on rappelle que dépisté à temps, ce cancer se soigne très bien.
15:26Anaïs Kemener, elle, elle a été diagnostiquée très jeune.
15:29On le rappelle, 24 ans.
15:30On sait pourquoi ?
15:31Alors ce qu'elle m'a expliqué, c'est qu'avec son oncologue, ils ont essayé de comprendre
15:34pourquoi elle, qui était si jeune, sportive, avec une bonne hygiène de vie,
15:38elle a pu avoir ce cancer à 24 ans.
15:40Alors que normalement, c'est un cancer qui touche des femmes plus âgées.
15:43Et donc, il lui a fait passer des examens plus poussés avec ses parents.
15:47Et ils ont découvert qu'elle était porteuse d'un gène dysfonctionnel et que c'est ce
15:51gène-là qui a provoqué son cancer.
15:53Donc même si aujourd'hui, elle est guérie, qu'elle est en rémission complète, elle
15:57doit quand même passer chaque année des examens pour voir si, au cas où, le cancer ne
16:01pourrait pas revenir un jour.
16:02Anaïs est aussi la marraine d'une association.
16:04Est-ce que tu peux nous en dire plus ?
16:06Elle m'a raconté que durant son traitement, elle a voulu se rapprocher de femmes qui,
16:09elles aussi, avaient un cancer du sein et qui, elles aussi, voulaient faire du sport.
16:12Et donc, elle est tombée sur cette association qui s'appelle Cassiopeia.
16:15C'est une association qui a été créée en 2015 par Nathalie David, une ultra-traileuse
16:20qui, elle aussi, au même moment qu'Anaïs, a été diagnostiquée d'un cancer du sein.
16:24Et donc, chaque année, Anaïs, au moment d'Octobre Rose, elle participe à un défi sportif
16:29qui a réuni plusieurs femmes touchées par un cancer du sein.
16:31Et je m'adresse à nos auditeurs.
16:32Si vous voulez en savoir plus sur Octobre Rose ou faire un don, vous pouvez vous rapprocher
16:37de la Ligue contre le Cancer.
16:39Toutes leurs infos sont sur le site internet ligue-cancer.net.
16:43Dernière question, Raphaël, sur le plan sportif.
16:46Est-ce qu'Anaïs arrive aujourd'hui à vivre de son sport ?
16:49Et est-ce qu'elle a envie de participer aux Jeux Olympiques de Paris en 2024 ?
16:53Alors, Anaïs, elle est sponsorisée par l'équipementier Salomon depuis l'année dernière.
16:56Mais elle ne perçoit aucun salaire.
16:58Donc, aujourd'hui, elle doit continuer à travailler en tant qu'aide-soignante.
17:01Elle travaille de nuit, de 21h à 7h.
17:04Et pour ce qui est des JO, j'en ai parlé avec elle.
17:06Alors, évidemment, elle rêve d'y participer.
17:08Même si elle me dit qu'elle n'en fait pas en soi un objectif.
17:11Pour y arriver, elle doit faire un marathon en moins de 2h27.
17:14C'est les minimas olympiques pour être sélectionnée aux JO de Paris.
17:17Et fin septembre, elle a fait le marathon de Berlin en 2h29.
17:21Donc, d'ici les JO de Paris, tout est encore possible.
17:23Merci Raphaël Peillot.
17:25Cet épisode a été produit par Barbara Gouy et Ambre Rosala.
17:29Réalisation, Julien Moukoukiol.
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