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La mine de charbon pourrait rejeter jusqu’à 1 milliard de tonnes de CO2. Surexploitée en raison de la crise énergétique, elle ne cesse de s’étendre et provoque l’incompréhension et la colère des citoyens et activistes. Pour Code source, Émilie Torgemen, journaliste au Parisien en charge des sujets liés à l’environnement, raconte son reportage à Lützerath.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Présentation : Thibault Lambert - Production : Clara Garnier-Amouroux et Emma Jacob - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Arte.

#mines #bombe #allemande

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News
Transcription
00:00Bonjour, c'est Thibault Lambert. Je suis très heureux de vous annoncer le lancement d'un nouveau podcast du Parisien,
00:06podcast hebdomadaire de faits divers, Crime Story.
00:09Chaque samedi dans Crime Story, Claudia Prolongeau vous raconte une grande affaire criminelle
00:13en s'appuyant sur l'expertise du chef du service police-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:19Crime Story est disponible sur toutes les applications audio et sur leparisien.fr.
00:24Tout de suite, code source, votre podcast quotidien d'actualité.
00:31La mine de Gardsweiler en Allemagne, située à environ 500 km de Paris, tout près de la frontière belge,
00:38est l'une des plus grandes mines de charbon d'Europe.
00:41Depuis une quinzaine d'années, des dizaines de villages aux alentours sont détruits pour permettre à la mine de s
00:46'étendre.
00:47L'objectif est d'extraire encore plus de combustible.
00:50L'une des communes qui est sur le point d'être engloutie à son tour est occupée depuis plusieurs mois
00:55par des activistes qui dénoncent ce projet qualifié de « bombe pour le climat ».
01:01Avec nous dans Code Source, Émilie Torgemène, journaliste en charge de l'environnement pour le Parisien,
01:06elle s'est rendue en reportage dans ce village et au plus près de cette mine.
01:17Émilie Torgemène, où est-ce qu'on trouve du charbon et comment est-ce qu'on fabrique de l'électricité
01:21avec ?
01:22Du charbon, on en trouve sous la terre. Il y a deux options.
01:25Soit on creuse des tunnels, et c'est l'image qu'on en a en France, ces germinales de Zola.
01:30Soit ce sont des mines à ciel ouvert, et en gros on dégage la terre et on récupère le charbon
01:35qui est relativement en surface.
01:37Comment on fait de l'électricité ? C'est assez simple.
01:39En fait, on brûle le charbon, ça fait chauffer de l'eau, ça fait de la vapeur et ça fait
01:43tourner une turbine.
01:44Et c'est ainsi qu'on récupère de l'électricité.
01:47Il n'y a plus aucune mine de charbon en activité en France. La dernière a fermé ses portes en
01:522004.
01:52Mais assez proche de nous, chez nos voisins allemands, à seulement 500 km de Paris environ,
01:58une gigantesque mine à ciel ouvert extrait quotidiennement des quantités très importantes de charbon.
02:04La mine qui nous intéresse s'appelle Garsweiler. Elle est en Allemagne, tout à l'ouest du pays, c'est
02:09près de la frontière hollandaise et belge,
02:11dans la région de Rhenani, Nord-Westphalie. C'est tout près du Seulldorf en fait.
02:17C'est un site d'extraction de charbon, de lignite, pour être précis, à ciel ouvert.
02:22Et c'est une mine gigantesque qui fait, on dit, la moitié de la superficie de la ville de Lyon.
02:28Donc c'est immense. Il y a Garsweiler 1, qui a été exploité il y a quelques temps déjà,
02:34et Garsweiler 2, qui nous intéresse. Donc c'est l'extension de cette mine qui fait environ 50 km². C
02:41'est immense.
02:42Et cette mine, elle pollue énormément.
02:44Oui, on y extrait du lignite. C'est une forme de charbon qui est dit le charbon le plus polluant
02:49du monde.
02:50Pour l'expliquer simplement, c'est un charbon qui n'est pas très efficace énergétiquement,
02:54donc il faut en brûler beaucoup pour faire de l'électricité.
02:57Et cette mine, immense, je le rappelle, elle extrait au moins 25 millions de tonnes de lignite par an.
03:04Émilie Torgemène, au mois de novembre, vous prévoyez de partir en reportage dans la commune de Lutzerat,
03:09qui porte cette mine. Pourquoi vous vous rendez dans ce village ?
03:12Alors pourquoi ? Parce qu'on sort de la COP 27.
03:15La COP, c'est le sommet climat, donc ce sommet était un peu décevant.
03:20Et parmi les priorités, si l'on veut rester dans un réchauffement climatique raisonnable,
03:26eh bien il faut limiter ou sortir des énergies fossiles.
03:29Or, en Europe, le point noir, c'est l'Allemagne qui utilise beaucoup de charbon et beaucoup de lignite.
03:35Et ce village, qui est sur le point d'être détruit parce que la mine avance,
03:39est devenu un symbole et il est occupé par des activistes climat.
03:42Et depuis cette occupation, la commune est devenue une sorte de symbole ?
03:45Oui, alors je le redis, c'est désormais un tout petit hameau, un tout petit village qui est sur le
03:51bord de la mine.
03:51Mais ce tout petit village a fait venir des activistes aussi célèbres que la suédoise Greta Thunberg.
03:58Et d'autres, en fait, c'est véritablement devenu un symbole de la lutte contre les énergies fossiles.
04:06Et vous vous y êtes rendu fin novembre, vous allez nous raconter ce reportage.
04:11Mais d'abord, Émilie Torjmen, pour bien comprendre pourquoi cette mine est aussi controversée,
04:15il faut remonter à la fin du siècle dernier.
04:18À ce moment-là, l'Allemagne, contrairement à la France,
04:20est très dépendante du charbon pour produire son électricité.
04:24Oui, alors évidemment, la France a beaucoup misé sur l'énergie nucléaire.
04:28Mais le charbon allemand est très commun.
04:31Le sous-sol allemand est très riche en charbon.
04:34Et donc l'Allemagne et l'économie allemande ont été construites, notamment sur cette énergie.
04:39En 1995, les autorités allemandes décident d'étendre cette gigantesque mine, la mine Gertzweiler.
04:45L'extension débute en 2006 et à partir de là, plusieurs villages sont détruits.
04:50Oui, à partir de 2006, en fait, ce sont une trentaine de villages et pas moins qui sont littéralement engloutis
04:56par la mine.
04:57À chaque fois, c'est le même phénomène.
05:00Les villages sont détruits, les excavatrices, donc ces gigantesques machines qui creusent, avancent.
05:06Et c'est ainsi que la mine grandit, grandit et avance vers l'ouest.
05:09Et qu'est-ce qu'il se passe dans ces cas-là pour les habitants de ces villages ? Où
05:12est-ce qu'ils vont ?
05:13Alors à chaque fois, les habitants sont indemnisés.
05:16C'est négocié au gré à gré.
05:17Donc chaque habitant va recevoir une indemnisation différente.
05:20Et ils sont déplacés dans des villages voisins, dans des villages nouveaux.
05:24Au mois de novembre 2021, le gouvernement allemand annonce un abandon progressif de l'énergie charbon au profit des énergies
05:31renouvelables.
05:32Mais ça s'annonce plus compliqué que prévu. Pourquoi ?
05:35Eh bien à cause notamment de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique qui s'ensuit.
05:40Il faut savoir que l'Allemagne a décidé depuis Fukushima, depuis 2011, de sortir de l'énergie nucléaire.
05:47Donc il a d'abord fallu sortir du nucléaire, bien sûr développer l'énergie renouvelable.
05:52Mais le gaz, et notamment le gaz russe, devait servir d'énergie de transition.
05:57Et désormais, certaines mines de charbon vont être exploitées.
06:02Et certaines centrales de charbon sont réouvertes.
06:04Après, le gouvernement continue de promettre que la sortie du charbon viendra en 2030 normalement.
06:11Simplement, elle est retardée.
06:14Cette année, au mois d'octobre, la société qui exploite la géante mine de Gertzweiler annonce qu'elle a conclu
06:20un accord avec les autorités fédérales.
06:23Que dit au juste cet accord ?
06:24Cet accord dit que cette mine, qui devait être exploitée jusqu'en 2038 au départ, ne sera exploitée que jusqu
06:31'en 2030.
06:32Donc 8 ans de moins.
06:34Et en revanche, le village de Lutzerath, qui était devenu un emblème, sera bien détruit.
06:39Cet accord, Emilie Torjman, il provoque beaucoup de colère ?
06:41Oui, il provoque beaucoup de colère parmi les militants écologistes et les activistes climat.
06:47Sur le site de Lutzerath est organisée une manifestation.
06:53En fait, ce que craignent ces activistes, c'est que de aujourd'hui à 2030,
06:59sorte exactement autant de charbon du site de Gertzweiler que de aujourd'hui à 2038.
07:05Pour le dire encore plus simplement, ils craignent que la société RWE accélère son extraction du charbon.
07:11Et face à ces craintes, que répond RWE ?
07:14Eh bien, on a pu parler avec un porte-parole de l'énergéticien.
07:17Et il répond d'une part qu'en anticipant la fermeture de la mine de 8 ans,
07:22eh bien, ils font des efforts pour que l'Allemagne puisse respecter ses objectifs climatiques.
07:26Et par ailleurs, et ça c'est assez cocasse, il renvoie la balle quelque part à la France
07:31en disant que si l'Allemagne a aussi autant besoin de son charbon,
07:36c'est bien parce qu'une partie du parc nucléaire français est à l'arrêt
07:40et que la solidarité européenne veut que l'Allemagne nous cède un peu d'énergie.
07:46Et ceci dit, c'est vrai, une partie du parc nucléaire français est à l'arrêt.
07:53On en vient à la date du 17 novembre.
07:55Ce jour-là, vous partez en reportage en Allemagne pour le Parisien
07:58et vous vous rendez dans un village tout près de la mine, Holweiser.
08:02Quelle est la particularité de cette commune ?
08:05Eh bien, cette commune a en fait pu négocier sa survie.
08:08C'est-à-dire qu'il ne sera pas rasé de la carte.
08:11Ça s'est passé en 2014.
08:12Le gouvernement local a déterminé que ce village-ci pourrait survivre
08:18contrairement aux communes voisines.
08:19Et dans ce village, vous rencontrez un couple qui gère une station-service.
08:23Qui sont-ils et qu'est-ce qu'ils vous disent ?
08:25Alors, Tony et Bettina, donc Tony, 63 ans, et Bettina, 58,
08:30ils sont adorables, ils tiennent la station-service qui fait aussi épicerie.
08:34Et ils disent que la région se désertifie, que ça devient une région fantôme.
08:40Ils sont d'un côté ravis que leur propre village,
08:43là où, disait-il, ils sont nés et où ils ont vécu toute leur vie,
08:47puisse subsister.
08:48Mais en revanche, comme toutes les communes voisines disparaissent,
08:51eh bien, plus personne ne vient s'approvisionner chez eux.
08:54Ce qui est le plus étonnant, c'est que, aussi triste soit-il,
08:57ils comprennent la nécessité de continuer à exploiter la mine de charbon
09:02parce qu'on ne sait pas se priver d'énergie.
09:05Et sur votre route, vous tombez par hasard sur un village sorti de terre tout récemment.
09:09Il a été construit, justement, pour accueillir les habitants
09:12qui ont été délogés à cause de la mine.
09:14Oui, en fait, c'est mon GPS qui m'a induite en erreur.
09:18Je cherchais un village qui s'appelle Coucoum,
09:20et je suis tombée sur le nouveau Coucoum.
09:22Et dans la région, tous les villages qui ont été détruits à cause de la mine
09:26ont ainsi été relocalisés et reconstruits.
09:30Physiquement, c'est complètement impressionnant.
09:32Ce sont des toutes nouvelles constructions,
09:35en plein champ, avec des ébauches de routes toutes neuves.
09:38Ce sont des zones où il n'y a pas de commerce,
09:40il n'y a pas d'église, il n'y a pas de boulangerie.
09:43Et quand on y est, ça donne une ambiance très particulière.
09:45On dirait des villages témoins, presque.
09:49Vous finissez par arriver dans cette fameuse commune de Luzerat
09:52avec un photographe du Parisien, Jean-Baptiste Quentin.
09:55À quoi ça ressemble à première vue ?
09:57Eh bien, on arrive sur une route qui n'est plus entretenue,
10:01donc qui est chaoteuse et pleine de flaques.
10:03On a un joli hameau qui se dresse devant nous,
10:07et puis un peu de pelouse, et devant, une falaise, et c'est la mine.
10:12Et qu'est-ce que vous faites alors ?
10:13Vous continuez votre chemin pour vous rapprocher de la mine, c'est ça ?
10:16Eh bien, on peut s'approcher très très près.
10:18On peut littéralement être tout au bord de cette mine.
10:22C'est un gouffre.
10:24C'est comme se retrouver en haut d'une falaise,
10:26puisque le gouffre descend à plus de 100 mètres en dessous de nous,
10:30et c'est un trou marron et ocre qui s'étend sur des dizaines et des dizaines de kilomètres carrés.
10:36Et au fond, c'est assez impressionnant, puisque presque tout est dans l'image,
10:39et au fond, on voit les deux centrales qui utilisent ce charbon, qui fument.
10:44J'imagine que pour vous, quand vous êtes là-bas, c'est très impressionnant ?
10:47Oui, c'est très impressionnant.
10:49On dirait vraiment un paysage lunaire,
10:51et on voit ces grandes silhouettes d'excavatrices,
10:55de grandes machines qui continuent à creuser.
10:57S'il y a ce gouffre en plein milieu du village, ça veut dire que Lutzerath est déjà en partie
11:01englouti ?
11:02Oui, le village a été en partie détruit l'année dernière.
11:06Il ne reste plus qu'un hameau de Lutzerath.
11:08Emilie Torgemene, sur place, vous faites la rencontre d'un certain David Dresen.
11:12Il a 25 ans.
11:13C'est un ancien professeur de maths qui a consacré depuis trois ans toute sa vie à la défense des
11:18villages.
11:19Il est le porte-parole d'une association qui s'appelle
11:22Tous les villages doivent rester.
11:24En allemand, bien sûr, il s'occupe d'essayer de préserver la vie de cette région.
11:29Et qu'est-ce qu'il vous raconte, en résumé ?
11:31Ce qu'il raconte, et c'est vraiment frappant, puisqu'il nous le raconte, on est au bord du gouffre.
11:35Il montre dans ce trou une géographie qui n'existe plus,
11:39qui a été littéralement avalée par la mine.
11:42Il montre le village de son meilleur ami quand il était enfant,
11:45qui est désormais dans le trou.
11:47Il montre l'hôpital où sa grand-mère était soignée,
11:51qui, pareil, n'existe plus, qui n'est plus qu'un souvenir des habitants du coin.
11:55Et il raconte comme ça toute une vie qui a disparu.
12:02Vous vous rendez ensuite dans ce fameux camp,
12:05cette sorte de zone à défendre occupée par 150 activistes, selon eux.
12:10Qu'est-ce qui vous frappe lorsque vous arrivez sur place ?
12:12Une partie des activistes vivent dans les quelques maisons dures qui restent.
12:17Et ce qui est notable, c'est que l'électricité,
12:20donc le chauffage n'a pas encore été coupé par RWE.
12:23Ça veut donc dire la société contre laquelle ils s'opposent.
12:27Donc une grande partie vit dans des cabanes
12:29qu'ils ont construites largement dans les arbres.
12:31C'est bien construit, il y a des toits et des fenêtres,
12:34un petit peu de radiateurs aussi.
12:36Mais par contre, il n'y a pas d'échelle.
12:37Et ça, c'est assez marquant,
12:38puisque chacun des activistes est capable de monter avec un baudrier.
12:42Ils sont aussi bien organisés,
12:44dans le sens où il y a des toilettes sèches,
12:46mais aussi une cuisine.
12:48Il y a toute une organisation du camp qui est faite,
12:51toute une vie collective.
12:52Et donc, ça a un côté à la fois plutôt joyeux et sympathique,
12:57et en même temps assez dur,
12:58parce qu'on rentre dans l'hiver et il fait froid.
13:00Est-ce que ce n'est pas dangereux pour eux
13:01de rester aussi près de la mine ?
13:03Alors, ça ne fait pas forcément très longtemps
13:05que ces activistes sont près de la mine,
13:07jusqu'à deux ans pour les plus anciens.
13:10Et puis, ils n'y vivent pas forcément 365 jours par an.
13:14Mais des médecins ont documenté la pollution de ces mines.
13:19Effectivement, c'est mauvais.
13:20Il y a tout un tas de maladies, notamment respiratoires,
13:22qui sont causées par l'extraction du charbon.
13:24C'est une jeune activiste de 26 ans qui s'appelle Roni,
13:28qui vous fait visiter ce camp.
13:30Qu'est-ce qu'elle vous dit d'elle, de son parcours ?
13:32Alors, Roni est allemande.
13:34Elle vient de l'autre bout du pays.
13:36Je le précise parce que tous les activistes ne sont pas allemands.
13:39Il y a une grande partie d'activistes climat qui viennent de toute l'Europe.
13:42Et elle, elle nous raconte d'ailleurs qu'elle a failli passer par Notre-Dame-des-Landes,
13:47c'est-à-dire une ZAD, un point d'action qui avait été un succès en France.
13:52Et finalement, elle avait été déroutée de son engagement français, entre guillemets,
13:56pour se retrouver à sauver une forêt allemande très près de l'Utzerath.
14:00Ce qui veut dire qu'en fait, c'est bien toute une galaxie d'activistes,
14:04pas uniquement allemands, mais bien européens, qui occupent ce site.
14:07Roni, elle, qu'est-ce qu'elle espère ?
14:09Alors, Roni, c'est très clair, elle se présente comme une activiste pour la justice sociale et climatique
14:14et comme une anticapitaliste.
14:16Alors, il faut être clair, elle ne croit pas beaucoup aux discussions avec le gouvernement allemand.
14:21Mais ce qu'elle espère, c'est que la pression populaire, leur occupation
14:25et puis le soutien qu'ils réussissent à avoir lors de grandes manifestations
14:29pourra faire plier l'Allemagne.
14:33Ces activistes, ils se préparent à une intervention imminente des forces de l'ordre.
14:37Ça peut arriver d'un jour à l'autre ?
14:38Oui, en fait, les forces de l'ordre pourraient déloger ces squatteurs
14:42puisqu'ils n'ont plus aucune raison légitime d'être sur place, n'importe quand.
14:46Alors, sur place, ils se préparent à ce qu'ils appellent le jour X,
14:49donc le jour de l'éviction.
14:51Ils se préparent à monter en hauteur.
14:53C'est-à-dire qu'ils ont dressé des mâts de plusieurs mètres de haut
14:57et l'idée, c'est que dès que les policiers interviendront,
15:00tous les activistes iront se percher, qui dans une cabane, qui sur un mât,
15:04parce que pour les déloger, il faudra alors des forces de police.
15:09Ils sont capables de faire descendre les gens sans qu'il n'y ait de blessés ou de morts.
15:13Et ils estiment que c'est une stratégie de défense efficace.
15:16Sur place, vous, qu'est-ce que vous vous dites à ce moment-là ?
15:18Vous les sentez vraiment déterminés ?
15:20Alors oui, on les sent complètement déterminés.
15:22Ils ont fait un appel sur Internet et ils ont constaté que 10 000 personnes
15:28sont susceptibles de venir, de réappliquer dès que l'éviction commencera.
15:34Ils sont déterminés.
15:35Ils pensent que ce jour arrivera rapidement.
15:37Ce en quoi ils n'ont pas tort, puisque même RWE, quand on les a appelés,
15:40ils ne nous ont pas donné la date de l'éviction,
15:43mais ils nous ont dit que ça devait arriver très vite,
15:44puisque c'est maintenant qu'on a besoin, je les cite, de l'énergie.
15:52Émilie Torgemene, à quelques centaines de mètres du bord de cette mine,
15:56vous rencontrez un ancien habitant de Lutzerath.
15:59Il s'appelle Eckart Eukampf.
16:01Il a 58 ans, il est agriculteur, il a les cheveux bruns en bataille et des yeux noisettes.
16:08Il s'agit en fait du dernier habitant de Lutzerath qui s'est battu contre la mine.
16:13Il vous raconte qu'il s'est engagé dans un long combat auprès de la justice
16:16pour garder ses terres, pour ne pas être exproprié.
16:19Oui, c'est un combat juridique qui a duré des années.
16:23Il a perdu et fin septembre, après cette très longue bataille,
16:26la justice a finalement autorisé le transfert de propriété de ces terres à la société RWE.
16:33Concrètement, pourquoi est-ce qu'il a perdu chacun de ces procès ?
16:36Il le dit très bien.
16:38Ce qu'il nous disait, c'est qu'en Allemagne, et je le cite,
16:41le charbon l'emporte toujours.
16:43En fait, c'est une loi allemande qui date de l'époque nazie,
16:47qui dit qu'au nom de l'extraction du charbon,
16:50au nom de la nécessité énergétique,
16:53on peut effectivement exproprier les gens.
16:55Et donc le droit du charbon, le droit minier,
16:57l'emporte sur le droit de propriété.
16:59Et l'urgence climatique, aujourd'hui, elle ne remet pas en question cette loi ?
17:02En fait, cet agriculteur a tenté sa chance avec l'argument climatique,
17:06mais en réalité, en Allemagne, il n'y a pas de loi
17:08qui permette de s'appuyer sur le climat
17:11pour pouvoir conserver sa propriété.
17:15Aujourd'hui, cet habitant, qui était le dernier de l'Utzerath,
17:19il est dans quel état d'esprit ?
17:20Eh bien, quand on le rencontre,
17:22et c'est quelques mois après le jugement final,
17:24il nous dit qu'il n'arrive pas à digérer la nouvelle,
17:27qu'il n'arrive pas encore à intégrer le processus.
17:31Cela dit, il est extrêmement en colère
17:34contre les Verts allemands pour lesquels, nous dit-il,
17:37il a voté,
17:38parce que les Verts, aussi bien au niveau fédéral
17:42qu'au niveau de la région,
17:44ont en fait signé l'accord avec la compagnie RWE,
17:48qui va finir par détruire sa maison.
17:50Pendant que vous discutez avec lui,
17:51vous apercevez une pierre tombale
17:53posée contre le mur de son ancienne ferme.
17:56Il s'agit de la pierre tombale en marbre gris
17:59d'une partie de sa famille, de sa famille maternelle,
18:01et il nous raconte qu'il a été récupéré,
18:04cet ultime vestige, dans la benne,
18:06puisqu'en réalité, le caveau de cette partie de sa famille
18:10a été détruit, en même temps que le village d'Imerat,
18:13qui est un village voisin.
18:14Et pour ça, cet agriculteur est véritablement furieux.
18:22Émilie Torgemène, même si elle doit s'arrêter dans 8 ans,
18:24la mine à ciel ouvert de Gertzweiler inquiète
18:26parce qu'elle a été qualifiée de « bombe climatique ».
18:29Qu'est-ce que ça veut dire ?
18:30En fait, 425 projets à travers le monde
18:34ont été ainsi listés par des scientifiques.
18:36Cela veut dire que ces projets sont des gigaprojets fossiles,
18:41donc ça peut être du pétrole, du gaz,
18:42ou comme ici, du charbon,
18:43et que s'ils sont menés à bien,
18:45eh bien on est sûr de louper l'objectif de l'accord de Paris
18:49qui est de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré.
19:08Merci à Émilie Torgemène.
19:10Cet épisode a été produit par Emma Jacob et Clara Garnier-Amourou,
19:14réalisation Pierre Chaffanjon.
19:16N'oubliez pas de vous abonner à CodeSource
19:18sur votre plateforme d'écoute préférée
19:20pour ne rater aucun épisode.
19:21Si vous voulez nous écrire, c'est possible sur Twitter,
19:25ou bien directement à cette adresse
19:27codesourceatleparisien.fr
19:32Sous-titrage Société Radio-Canada
19:40Sous-titrage Société Radio-Canada
19:42Sous-titrage Société Radio-Canada
19:45Sous-titrage Société Radio-Canada
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