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  • il y a 12 heures
Ancien avocat et ex-garde des Sceaux, Robert Badinter a marqué l’histoire de la deuxième moitié du 20e siècle, notamment grâce à son combat pour l’abolition de la peine de mort. Code source revient sur son parcours.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network -

Archives : INA, France TV, RTL.

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Hommage national à Robert Badinter, le mercredi 14 février.
00:15L'ancien avocat et ministre de la Justice est mort dans la nuit du 8 au 9 février.
00:19Il avait 95 ans.
00:21Robert Badinter restera dans l'histoire comme le grand artisan de l'abolition de la peine de mort en France
00:26en 1981,
00:28icône humaniste de la gauche.
00:30Sa mémoire est saluée par l'ensemble des politiques, des insoumis au RN.
00:34Pourquoi cette disparition touche-t-elle autant de Français aujourd'hui ?
00:38Quel a été son parcours personnel et politique ?
00:40Réponse dans Codesources avec Henri Vernet du service politique du Parisien.
00:44Henri Vernet qui a interviewé à plusieurs reprises Robert Badinter.
00:58La nation a perdu un très grand avocat, un très grand garde des Sceaux,
01:03et puis un président du Conseil constitutionnel qui a eu un rôle essentiel à jouer dans la vie de notre
01:08démocratie durant de nombreuses années.
01:11Badinter c'est plus qu'un avocat, c'est une voix, une voix qui interpelle.
01:16C'était injuste.
01:17Robert Badinter est quelqu'un qui a sorti la France d'une sorte de ténèbre pour aller vers des lumières,
01:23à un moment où la France était assez en retard.
01:26Henri Vernet, on vient de l'entendre, l'hommage de la classe politique à Robert Badinter est unanime.
01:31Qu'est-ce qu'il symbolisait ?
01:32Il symbolisait essentiellement un combat pour des valeurs, l'abolition de la peine de mort.
01:36Il incarnait aussi une idée de la justice, c'était l'avocat, au sens plein du terme,
01:40qui s'est battu jusqu'à son dernier souffle.
01:43Disons surtout qu'il incarnait l'homme politique tel qu'il paraît avoir disparu aujourd'hui.
01:49Alors c'est peut-être un peu galvaudé comme image,
01:51mais cette idée de gens qui sont justement mûs par des grandes causes.
01:55En l'occurrence, la justice, la république, la laïcité, la lutte contre l'antisémitisme, beaucoup.
02:02Loin des chamailleries, des chicaneries politiciennes qui semblent prédominer aujourd'hui.
02:09De 1995 à 2011, pendant 15 ans, il a été sénateur socialiste.
02:13Avant cela, de 1986 à 1995, il a été président du Conseil constitutionnel pendant 9 ans.
02:20Quel souvenir il aura laissé à ce poste, au Conseil constitutionnel ?
02:24Il a affirmé son rôle vraiment de contrôle de la légalité.
02:29Notamment, il lui est arrivé de retoquer une loi qui était proposée par son ancien collègue,
02:34et toujours ministre de l'Intérieur à l'époque, Pierre Jox.
02:37C'était une loi sur la décentralisation et le statut de la Corse.
02:40Or, cette loi parlait expressément d'un peuple corse comme composante du peuple français.
02:46Et pour Badinter, il n'y avait qu'un seul peuple, qu'une seule république.
02:49Et au nom de ça, il a donc rejeté ce texte avec le Conseil constitutionnel,
02:54et ça avait fait foncer les sourcils au gouvernement socialiste à l'époque.
03:01La famille de Robert Badinter est une famille juive de Bessarabie, l'actuelle Moldavie.
03:06En réalité, Badinter lui-même ne l'a jamais connu.
03:09C'était vraiment ses parents qui en étaient originaires.
03:12C'était une terre très pauvre, c'était une terre qui était sous le joug tsariste.
03:17Et c'était une terre, un pays qui était emprunt d'antisémitisme,
03:21c'est-à-dire hostile pour une famille juive comme celle des Badinter.
03:25Son père, qui était un lycéen de très haut niveau, s'était vu privé de diplômes
03:30parce que juif, et cela, le proviseur ou le censeur de ce lycée impérial
03:35de la ville qui est actuellement Kisino, la capitale de la Moldavie,
03:39lui avait dit « oui, tu as les meilleures notes en français, en histoire, en mathématiques,
03:44mais comme tu es juif, eh bien tu ne seras pas le premier, tu n'iras pas à l'université
03:48».
03:48La famille émigre donc vers la France.
03:51Robert Badinter naît à Paris le 30 mars 1928.
03:54Et son père, Simon, essaie de lui transmettre le virus de la politique.
03:58De la politique et de la France, l'amour de la République.
04:01Parce que pour eux, la terre qu'ils ont découverte avec la France,
04:03ce sont les Lumières, la Révolution, la République.
04:08Surtout, il ne parle que d'intégration, donc il faut parler français.
04:13Et le père, Simon, emmène le jeune Robert, qui à l'époque a tout juste 7 ou 8 ans,
04:18qui est un gamin, il le juge sur ses épaules pour aller assister à des discours de Léon Blum.
04:24Robert Badinter a 11 ans en 1939 et pendant la guerre, sous l'occupation,
04:29sa mère l'emmène avec son frère à Cognin, un village de Savoie,
04:33pour se cacher de l'occupant nazi et de la collaboration.
04:36Dans un premier temps, il quitte Paris, la zone occupée.
04:39Le père est raflé à Lyon le 9 février 1943.
04:44Il est déporté d'abord à Drancy, puis à Sobibor.
04:47Donc la mère part avec Robert et son frère.
04:51Ils vont dans ce petit bourg de Savoie,
04:54où sous un faux nom, donc en clandestinité,
04:57les deux jeunes garçons suivront des cours au collège, au lycée,
05:01où ils seront d'ailleurs, ils feront une scolarité plutôt bonne.
05:04Les habitants du bourg étaient en réalité au courant de leur statut de clandestin,
05:10malgré ça, donc il n'y a pas eu de dénonciation.
05:12Et ça, Robert Badinter en saura gré toute sa vie.
05:15Et d'ailleurs, quand il sera bien plus tard président du Conseil constitutionnel,
05:18il organisera une rencontre avec le maire et les habitants de Cognay.
05:23Il leur dira qu'eux-mêmes, leurs parents, leurs aînés, étaient des justes,
05:27s'étaient bien comportés pendant cette période de la collaboration et de l'occupation.
05:35À la fin de la guerre, Robert, devenu adolescent,
05:38comprend que son père ne rentrera pas des camps.
05:41Il a sa conviction pour une raison saisissante,
05:43c'est qu'il a vu les actualités cinématographiques avec son frère,
05:46et il a vu ces images terribles des déportés qui sortent à peine des camps,
05:51qui reviennent pour certains,
05:52mais surtout il a vu ses corps totalement décharnés, épuisés.
05:56Et donc il comprend immédiatement que son père,
05:59qui n'était pas un athlète, n'aurait jamais pu survivre à un tel traitement.
06:02Il a donc cette conviction que son père est mort, n'a pas survécu au camp.
06:06Donc il n'ose pas en parler à sa mère,
06:09et ils iront quand même à l'hôtel Lutetia,
06:12où arrivaient les déportés qui revenaient des camps de la mort nazis, en Pologne,
06:18dans l'espoir, malgré tout, de voir arriver Simon le père,
06:23parce que, expliquera-t-il,
06:25tant qu'on ne voit pas matériellement la mort,
06:28on a du mal à l'accepter, la disparition.
06:33Robert Badinter fait des études de droit,
06:35il obtient son doctorat en 1952, à 24 ans.
06:38Comment est-ce qu'il débute sa carrière d'avocat ?
06:40Au départ, il est un avocat assez classique,
06:43très soucieux du droit,
06:45il est assez pugnace,
06:46mais il a une carrière, disons,
06:48au départ, d'avocat de droit privé assez classique,
06:52c'est-à-dire qu'il défendra des truands,
06:54notamment il sera dans le cabinet d'un grand, grand avocat de l'époque,
06:57quelqu'un d'assez tonitruant, d'assez pittoresque, Henri Torres,
07:02et qui défend les gens du milieu,
07:04et qui lui inculquera que, de toute façon,
07:06on s'en fiche de qui on défend.
07:08Ce qui est important, c'est de défendre,
07:10c'est l'acte de plaider au Népalin pour aimer son client.
07:12Donc, il a cette activité-là.
07:13Et puis, assez vite, il se spécialise également
07:16dans le droit d'auteur, le droit de la presse.
07:18Et donc ça, ça l'amène à côtoyer des clients assez prestigieux.
07:22Il aura, par exemple, dans les fins des années 50,
07:25début des années 60, il aura pour client Brigitte Bardot,
07:29Sylvie Vartan, et lui-même, d'ailleurs, s'est marié avec une comédienne.
07:36Il s'est marié en 1955 avec la comédienne Anne Vernon,
07:40qui avait joué, par exemple, dans les parapluies de Cherbourg.
07:43Il divorce et se remarie en 1966
07:46avec une certaine Elisabeth Bleustein-Blanchet.
07:49Oui, qui est toute jeune à l'époque, elle a 22 ans,
07:51alors que Robert Badinter, on a déjà à 38, c'est un avocat bien établi.
07:55C'est la fille de Marcel Bleustein-Blanchet,
07:57un grand publicitaire, créateur et fondateur du groupe
08:00qui deviendra extrêmement connu, Publicis.
08:03Et c'est aussi une famille qui est proche des milieux dirigeants socialistes.
08:07Femme de lettres, Elisabeth Badinter sera philosophe, sociologue.
08:11Concernant leur couple, elle racontera plus tard
08:13que pour Robert et pour elle,
08:15l'amour était un bail de 9 ans.
08:17Tous les 9 ans, Robert Badinter l'a redemandé en mariage,
08:22faisait l'effort de la reconquérir,
08:24et c'est donc ce fameux bail de 9 ans dont elle parlait.
08:28Et ce couple aura 3 enfants,
08:31mènera donc cette vie extrêmement intellectuelle,
08:35mondaine, politique, riche que l'on connaît,
08:38mais ils ne produiront ensemble qu'un seul livre,
08:41une biographie de Nicolas de Condorcet,
08:43le philosophe et mathématicien des Lumières qu'ils admiraient tous les deux.
08:50En juin 1972, devant la cour d'assises de l'Aube à Troyes,
08:54Robert Badinter défend un homme qui a participé à une prise d'otage.
08:57Oui, c'est la fameuse affaire Montan-Buffet,
09:01la prison de Clairvaux.
09:02Deux détenus de la prison d'arrêt de Clairvaux étaient faits porter malade ce matin.
09:07Les deux prisonniers sont armés de couteaux de fabrication artisanale,
09:10et d'après certaines informations,
09:12un gardien serait également entre les mains des deux détenus.
09:15Deux détenus, Claude Buffet et Roger Bontemps,
09:18qui ont enlevé et assassiné, dans leur tentative d'évasion,
09:23un gardien de prison et une infirmière.
09:25Alors, Robert Badinter, l'avocat,
09:27il défend Roger Bontemps, qui lui est complice.
09:30Il n'a pas tué, et c'est pour ça d'ailleurs que Robert Badinter
09:34promettra, s'engagera envers son client en lui disant
09:37« Vous échapperez à la mort ».
09:38Et donc, comment se passe le procès pour Robert Badinter ?
09:40Il est frappé par la passion, par la haine qui entoure l'affaire.
09:44C'est-à-dire que la foule est là, elle est avide,
09:46elle attend cette condamnation parce que l'affaire est extrêmement suivie en France.
09:52Pour lui, c'est l'acte fondateur, c'est-à-dire qu'il a cette conviction profonde
09:55qu'un pays comme la France doit en finir avec cette peine de mort.
09:58Il y voit une espèce de sauvagerie d'État qui, pour lui, est inacceptable.
10:02Et dans sa plaidoirie, dans sa volonté, son désir de convaincre les jurés,
10:07il est comme en France, il est transporté, il est habité.
10:10On ne peut pas, on ne peut pas condamner à mort un homme qui ne l'a pas donné.
10:20Et on ne peut pas condamner à mort un homme qui n'a même pas dans sa vie commis un
10:30acte de violence réelle sur la personne humaine.
10:40Mais, le 29 juin 1972, son client, Roger Bontemps, est condamné à la peine de mort.
10:46Et Banater assiste à l'exécution, à la prison de la santé, avec ce cérémonial qui est assez horrible.
10:54Le condamné a droit à un dernier verre de cognac et puis va vers la guillotine.
10:59Et Robert Banater décrira le côté inhumain de la peine en insistant sur le bruit terrible de la lame
11:07qui, une fois qu'elle a coupé en deux un homme, vient frapper le butoir.
11:15Cinq ans après ça, en 1977, au mois de janvier, devant la même cour d'assises de l'aube,
11:21Robert Banater défend un autre homme qui encoure la peine de mort, un certain Patrick Henry.
11:25Patrick Henry, c'est un jeune homme qui n'a même pas 23 ans au moment des faits,
11:29qui a enlevé, séquestré, avant de l'assassiner, un garçonné de 7 ans, le jeune Philippe Bertrand,
11:36qu'on retrouvera donc au domicile de Patrick Henry, enroulé dans un tapis caché sous le lit.
11:42Et ce qui est glaçant, c'est que ce Patrick Henry, pendant des semaines,
11:47a répondu aux questions des journalistes devant les caméras en tant que témoin.
11:51Bien sûr, il y a eu des coïncidences qui ont fait que, d'ailleurs, c'est pourquoi la police s
11:55'est adressée à moi.
11:56C'est des coïncidences.
11:57Et quel était votre sentiment quand vous entendez cet appel ?
12:01Écoutez, ça fait plutôt, ça fait mal au cœur pour les parents et puis surtout pour le petit garçon.
12:07Et évidemment, on souhaite un dénouement très rapide et heureux de cette affaire.
12:11Et quand je dis que cette affaire a remué la France, c'est que c'est à cette occasion-là
12:15que le journaliste Roger Jiquel
12:16avait prononcé cette fameuse phrase en ouverture du JT de 20h, « La France a peur ».
12:22La France a peur. Je crois qu'on peut le dire aussi nettement.
12:25La France connaît la panique.
12:27Depuis qu'hier soir, une vingtaine de minutes après la fin de ce journal, on lui a appris cette horreur,
12:32« Un enfant est mort ».
12:33Une nouvelle fois, Robert Badinter fait de ce procès le procès de la peine de mort.
12:37Qu'est-ce qu'il dit dans sa plaidoirie le jeudi 20 janvier 1977 ?
12:42Il s'attache à convaincre chacun des jurés.
12:45En quelque sorte, il les transporte dans une salle d'exécution
12:49en leur démontrant ce principe d'une lame qui coupe un homme en deux.
12:55Vous n'avez pas le droit d'un bien mort !
12:58Il dira aux jurés « Projetez-vous ! Dans quelques années, quelques décennies,
13:03il n'y aura sans doute plus de peine de mort.
13:05Et vous, vous aurez été parmi les derniers à avoir prononcé cette sanction,
13:10à avoir condamné à mort un homme.
13:12Comment vos enfants vous regarderont ? »
13:14Il est vraiment en train de faire prendre conscience à chacun
13:17du côté horrible, inhumain, de ce châtiment suprême.
13:21Quel est le verdict ?
13:22Le verdict, c'est que Patrick Henry échappe à la peine de mort.
13:25Il est condamné à la perpétuité.
13:29Dans les années qui suivent, quels sont les liens
13:31entre Robert Badinter et le monde de la politique ?
13:34Au départ, ils sont avant tout professionnels.
13:36C'est-à-dire qu'en tant que spécialiste des droits d'auteur,
13:38de la diffamation, Robert Badinter a plusieurs clients
13:40qui sont dans la politique.
13:42Puis, en tant qu'avocat, il fait donc la connaissance
13:45d'un client qui sera François Mitterrand.
13:47Et assez vite, une vraie complicité ou une estime mutuelle
13:51lit l'avocat et Mitterrand, qui est premier secrétaire
13:55du Parti Socialiste, qu'ils fondent en 1972.
13:58Et cette complicité professionnelle, cette amitié,
14:00va prendre également un tour politique.
14:03Mitterrand l'incitera même à se présenter
14:05à des législatives, mais ce sera un échec piteux
14:07pour Badinter, qui donc sera davantage un conseiller
14:11auprès de François Mitterrand et des dirigeants de gauche
14:14de l'époque.
14:14C'est comme ça que vraiment se forge son engagement politique
14:17et, évidemment, en le centrant sur ces questions de justice,
14:22de liberté et déjà d'abolition dans la peine de mort,
14:25puisque c'est lui, Badinter, qui va porter ce thème
14:28au sein d'un Parti Socialiste qui n'est pas forcément
14:30très à l'écoute de ce sujet à l'époque.
14:41Le dimanche 10 mai 1981, François Mitterrand
14:44est élu président de la République, premier président de gauche
14:47depuis l'instauration de la Ve République en 1958.
14:51Robert Badinter est nommé ministre de la Justice
14:53quelques semaines plus tard, le 23 juin,
14:56juste après les législatives remportées par les socialistes.
14:59Et cette nomination, au départ, est loin de faire l'unanimité.
15:03Oui, on reproche en effet à Robert Badinter
15:05d'être avant tout un avocat plutôt médiatique.
15:07On lui reprochait aussi beaucoup d'avoir été l'avocat
15:09de grande ruente, du milieu.
15:11Et puis, bien sûr, la droite, avant même qu'il soit aux manettes,
15:15le taxait déjà de laxisme et surtout redoutait
15:18son activisme contre la peine de mort.
15:20Car il faut le rappeler, la peine capitale
15:22était à l'époque largement approuvée par l'opinion.
15:25Dans les jours et les semaines qui suivent,
15:27Robert Badinter prépare la loi qui va mettre un terme
15:29à la peine de mort en France.
15:31C'est vraiment son œuvre.
15:32D'ailleurs, il a convaincu Mitterrand.
15:33Parce que, quelques mois avant l'élection de mai 1981,
15:38Mitterrand allait donc à cette émission carte sur table.
15:42Et là, Robert Badinter, qui était l'un des conseillers
15:44de campagne les plus proches,
15:46il lui rappelle quelques arguments.
15:48Il lui dit, écoutez, François,
15:50il faut vraiment que vous vous engagiez
15:52sur la peine de mort.
15:53Et là, François Mitterrand, il est un peu fuyant,
15:55comme il peut être.
15:55Et donc, Badinter lui remet, au moment même
15:58où François Mitterrand monte dans la voiture
16:01qui va l'amener à l'émission,
16:02il lui remet un dossier.
16:04Et en haut du dossier,
16:05il met des mots d'hommes prestigieux,
16:08aussi prestigieux notamment que Jean Jaurès.
16:10Et Jean Jaurès était contre la peine de mort.
16:12Et donc, quand il est dans la voiture,
16:15il feuillette le dossier,
16:16il voit que Jean Jaurès s'est prononcé contre la peine de mort.
16:19Et bien voilà, ça emporte sa conviction.
16:20Il se dit, allez, je vais moi aussi
16:23montrer que je peux avoir du courage politique.
16:26Et c'est comme ça que Robert Badinter
16:28a convaincu François Mitterrand.
16:29Dans ma conscience,
16:30dans le fort de ma conscience,
16:32de ma conscience,
16:33je suis contre la peine de mort.
16:36Le 17 septembre 1981,
16:39à la tribune de l'Assemblée nationale,
16:41La parole est à monsieur le garde des Sceaux,
16:43ministre de la Justice.
16:44Robert Badinter défend l'abolition de la peine de mort
16:47dans un discours de deux heures devant les députés.
16:49J'ai l'honneur,
16:51au nom du gouvernement de la République,
16:53de demander à l'Assemblée nationale
16:55l'abolition de la peine de mort en France.
16:59Oui, un discours qui reste dans toutes les mémoires,
17:01avec ces fameux accents
17:02que pouvait trouver l'orateur Robert Badinter.
17:05Seul pour la peine de mort,
17:07on invente l'idée
17:08que la peur de la mort retient l'homme
17:11dans ses passions extrêmes.
17:13Ce n'est pas exact.
17:15Qui remuera d'ailleurs,
17:16y compris les députés de droite.
17:17Certains voteront pour l'abolition
17:19donc contre les convictions
17:20et les positions de leur propre parti.
17:23Je sais qu'il n'y a pas
17:25dans la peine de mort
17:26de valeur dissuasive.
17:28Et dans le cours de ce discours,
17:31Robert Badinter fera allusion
17:33à l'affaire Patrick Henry
17:34en rappelant que le même Patrick Henry
17:37qui aura donc enlevé
17:40et tué, assassiné un enfant,
17:42ce même personnage
17:43était dans la foule
17:44qui quelques années auparavant
17:46criait
17:47« À mort, Buffet !
17:49À mort, bon temps ! »
17:50pour Badinter,
17:51ça a montré à quel point
17:52la peine de mort
17:53n'était absolument pas dissuasive.
17:55« J'ai compris ce que ce jour-là
17:56pouvait signifier
17:58la valeur dissuasive
18:00de la peine de mort ! »
18:07Après le vote du Parlement,
18:08en Conseil des ministres
18:10à l'Élysée,
18:10François Mitterrand
18:11et Robert Badinter
18:12notamment
18:13signent le texte de loi.
18:15Le texte de loi,
18:16donc en effet,
18:16avec cinq signatures prestigieuses,
18:18celle du président François Mitterrand,
18:20évidemment,
18:20du Premier ministre,
18:21Pierre Moroy,
18:22de l'époque,
18:23de Robert Badinter.
18:24Alors, il a signé
18:25avec un bique noir
18:26mais là, aujourd'hui,
18:27ça fait une encre assez rougie
18:29avec le temps
18:29et puis deux autres ministres
18:31de collègues,
18:32Gaston Defer à l'intérieur
18:33et Charles Hernu,
18:34ministre de la Défense.
18:35Ce document,
18:36il vous l'a montré
18:37chez lui dans son bureau ?
18:38Oui, avec une certaine émotion
18:39parce que c'est
18:40un des rares exemplaires
18:42de la loi
18:42qui avait circulé
18:44pendant le Conseil des ministres
18:45et Robert Badinter,
18:46d'ailleurs,
18:46dans un premier temps,
18:47était un peu réticent
18:47et Mitterrand avait insisté
18:49en lui disant
18:50que c'était son œuvre
18:51et il en était très touché.
18:54Qu'est-ce qu'il vous a dit
18:54donc en vous montrant
18:56ce texte de loi ?
18:57Ça l'amusait toujours un peu.
18:59Vous savez,
18:59il avait ce regard pétillant
19:00sous ses sourcils broussailleux
19:01et là,
19:02l'amusement,
19:03c'est qu'il disait
19:04ce texte fait
19:05huit ou neuf articles
19:06de mémoire
19:06et il disait
19:07en fait,
19:07il n'y en a qu'un seul
19:08qui compte,
19:09qui est utile,
19:10c'est le premier,
19:11tout simplement,
19:11la peine de mort est abolie,
19:13les autres sont inutiles
19:14et notamment,
19:15il s'amusait particulièrement
19:16de l'article 2.
19:17Il est là
19:18parce que les députés,
19:20pour ne pas trop
19:21se mettre à dos l'opinion,
19:23donc y compris
19:23les députés socialistes
19:24avaient demandé
19:25à ce qu'il y ait
19:26une espèce de compensation
19:28à la disparition
19:28de la peine de mort.
19:29Donc,
19:29il avait rédigé
19:30cet article
19:31dont il se félicitait
19:33qu'il ne voulait
19:34absolument rien dire,
19:35qu'il était complètement
19:36alambiqué
19:36et en fait,
19:37c'était un aménagement
19:38de ce qui se passait
19:39une fois qu'on supprimait
19:40du code pénal
19:41la peine de mort.
19:43Henri Vernet,
19:43le 2 août 1982,
19:45Robert Badinter
19:46fait abroger
19:47une loi
19:47qui était discriminatoire
19:48pour les personnes
19:49homosexuelles.
19:50Il avait plusieurs causes
19:51qu'il portait
19:52et il y avait en effet
19:54cette dépénalisation
19:55à la fin
19:55de traiter
19:56les homosexuels
19:57comme des criminels
19:58et donc c'est une loi
19:59qui l'a fait passer.
20:00Là aussi,
20:01il y a eu des réticences
20:02et il a fallu attendre
20:03en 1982
20:04pour arriver
20:05à cette abrogation.
20:06Henri Vernet,
20:07on l'a dit,
20:08Robert Badinter
20:08sera ensuite président
20:09du Conseil constitutionnel
20:11puis sénateur
20:12et au cours de sa carrière
20:13en 1989,
20:14il a eu l'occasion
20:15de retourner
20:16sur les terres
20:17de ses parents,
20:18l'ancienne Bessarabi
20:19devenue Moldavie
20:20que ses parents
20:21avaient dû fuir
20:22parce qu'ils étaient juifs.
20:23Oui,
20:24et d'ailleurs,
20:24il ne s'est pas privé
20:25de le rappeler
20:26au nouveau dirigeant
20:28de ce pays
20:28qu'il avait notamment
20:29invité à Kisinau,
20:31donc la capitale
20:32de la Moldavie,
20:33dans ce fameux
20:34lycée impérial
20:35où le père
20:37Simon Badinter
20:38avait été élève,
20:40mais élève brimé.
20:41Et donc,
20:42ils sont dans ce lycée impérial
20:43où il fait un discours
20:45de remerciement
20:45au père Simon
20:46Robert Badinter,
20:47mais justement,
20:48il a bien rappelé
20:49à quel point
20:50son père
20:51y avait été
20:52maltraité
20:53parce que juif.
20:54Et il racontait,
20:55là aussi un peu amusé,
20:56que les applaudissements
20:57étaient moins nourris
20:59à la fin de son discours
21:00qu'à son arrivée
21:00à Kisinau.
21:04Dans son bureau
21:05à Paris
21:05que vous avez donc
21:06pu voir,
21:07Robert Badinter
21:08conservait beaucoup
21:08de documents,
21:09d'objets évoquant
21:11la peine de mort
21:12ou la justice,
21:13les sceaux,
21:13notamment les tampons
21:14de cire du ministère
21:16de la justice,
21:17d'où vient le mot
21:17garde des sceaux,
21:18et il conservait aussi
21:19deux cuillères.
21:21Ce sont des cuillères
21:22toutes simples,
21:23métalliques,
21:24de vieux couverts.
21:25L'une vient d'Auschwitz,
21:27du camp de la mort
21:27d'Auschwitz,
21:28l'autre du camp
21:29de Rivesalt,
21:30et c'est le conservateur
21:31du musée de Rivesalt
21:32qui a offert
21:33cette cuillère
21:33à Robert Badinter.
21:35Pourquoi la cuillère ?
21:36Parce qu'elle vous évite
21:38de manger comme un animal,
21:39de laper la soupe
21:41comme un chien.
21:41Et ce qui m'avait frappé
21:43quand il m'avait montré
21:44ses cuillères,
21:45c'était son émotion
21:47intense,
21:47sa songerie
21:48qui le ramenait
21:49des décennies auparavant
21:51dans les pas
21:52de son père,
21:52Simon Badinter,
21:53qui n'est jamais revenu
21:54des camps de la mort.
21:56Et je pense que le recueillement
21:57était d'autant plus fort
21:58qu'à plusieurs reprises,
22:00quand j'ai rencontré
22:00Robert Badinter,
22:01ça correspondait
22:02à des périodes
22:03où on voyait bien
22:04que l'antisémitisme
22:06ressurgissait.
22:06Par exemple,
22:07il y a quelques années,
22:08on avait entendu crier
22:09« mort aux Juifs »
22:10dans les rues de Paris.
22:10Et ça,
22:11ça le bouleversait
22:12complètement parce que
22:13à l'époque,
22:14il devait avoir
22:14déjà 90 ans
22:15et jamais il n'aurait cru
22:17revivre de telles horreurs.
22:23Merci à Henri Vernet.
22:25Cet épisode de Code Source
22:26a été produit par
22:27Clara Garnier-Amourou,
22:28Thibault Lambert
22:29et Barbara Gouy.
22:31Réalisation,
22:31Pierre Chaffanjon.
22:32Code Source,
22:33c'est un nouveau podcast
22:34d'actualité
22:35chaque soir de la semaine
22:36et le Parisien
22:37vous propose
22:37un nouveau podcast
22:38consacré aux Jeux Olympiques.
22:40Ça s'appelle
22:41Le Sacre.
22:41Chaque mercredi
22:42jusqu'à Paris 2024,
22:44un ou une médaillée
22:45d'or olympique
22:46raconte à Anne-Laure Bonnet
22:48son chemin vers le sacre.
22:50Abonnez-vous
22:50dès à présent
22:51sur votre application audio
22:52pour ne rater aucun épisode.
22:55Bonjour,
22:56c'est Anne-Laure Bonnet.
22:57Je suis très heureuse
22:59de vous présenter
22:59Le Sacre,
23:00le podcast événement
23:01du Parisien
23:02qui va vous accompagner
23:03jusqu'aux Jeux Olympiques
23:04de Paris 2024.
23:06À partir du 14 février
23:08et jusqu'au 24 juillet,
23:10chaque mercredi,
23:11un ou une athlète
23:12viendra à mon micro
23:13nous raconter son parcours
23:15jusqu'à la médaille d'or olympique.
23:16Il me dit,
23:17moi j'entends la musique,
23:18j'ai envie de danser
23:19et tout ça.
23:19Comment ça t'as envie de danser ?
23:21Tu vas nager pour faire
23:23un record ou un titre
23:24et t'as envie de danser ?
23:25Et donc un jour,
23:26j'ai pris un billet d'avion
23:27et je me suis pointée
23:28à Los Angeles.
23:29Quand je suis arrivée
23:30à cet entraînement,
23:31j'ai tué la séance.
23:33Une médaille d'or au jeu,
23:34c'est la quête d'une vie,
23:36le Graal.
23:37Dans ces témoignages,
23:38les championnes et les champions
23:39racontent ce qu'ils ont dû
23:41mettre en œuvre
23:41pour se construire
23:42un mental hors norme
23:44et atteindre la première marche
23:45du podium olympique.
23:46Oui,
23:47c'est champion olympique !
23:48Oui,
23:49champion olympique !
23:50Champion olympique !
23:51Et là je plains,
23:52mais oui,
23:52parce que là je réalise,
23:54je réalise vraiment
23:54ce que j'ai fait.
23:55Ce nouveau podcast
23:57sera disponible
23:58sur leparisien.fr,
23:59l'appli du Parisien
24:00et sur toutes vos plateformes
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