- il y a 12 heures
- #rn
- #marinelepen
- #detournement
- #justice
Le Rassemblement National est soupçonné d’avoir détourné au profit du parti des fonds européens destinés à payer les assistants de ses eurodéputés. Le procès s’est ouvert le 30 septembre à Paris.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : INA, France 2
#rn #marinelepen #detournement #justice
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : INA, France 2
#rn #marinelepen #detournement #justice
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11L'affaire des assistants parlementaires fictifs du RN est jugée ces jours-ci par le tribunal correctionnel de Paris.
00:18Marine Le Pen, le parti Rassemblement National et 24 autres prévenus
00:22comparaissent pendant deux mois pour détournement de fonds publics, complicité et recel du même délit.
00:28La leader d'extrême droite, aujourd'hui députée du Nord en France,
00:32est accusée d'avoir mis en place un système pour détourner au profit de son parti
00:36l'argent destiné à l'embauche d'assistants parlementaires européens.
00:41Entre 2004 et 2019, plusieurs assistants n'auraient en effet jamais travaillé pour leur eurodéputé,
00:47que ce soit à Strasbourg ou bien à Bruxelles.
00:50Code Source vous raconte cette affaire aujourd'hui avec celle qui couvre ce procès pour le Parisien,
00:55Pascal Aigré, journaliste au service police-justice.
01:07Pascal Aigré, comment apparaît Marine Le Pen, la principale prévenue, à l'ouverture du procès le lundi 30 septembre ?
01:14Alors Marine Le Pen arrive avec un air très détendu.
01:18Elle est accueillie au deuxième étage du tribunal judiciaire de Paris par une forêt de caméras et de micros.
01:25Tout le monde l'attend.
01:26Pas de mouvement de foule.
01:27Et elle fait une courte déclaration pour dire qu'elle aborde cette audience de manière sereine.
01:33Quel esprit êtes-vous Madame Le Pen ?
01:35J'aborde ce procès avec sérénité.
01:37Je ne suis pas mécontente de pouvoir exposer nos arguments.
01:42Et qu'évidemment elle n'a violé aucune règle, ni règle politique, ni règle du Parlement européen.
01:47Sur le banc des prévenus, on retrouve des cadres historiques du parti, d'anciens élus, d'anciens collaborateurs, des petites
01:53mains.
01:53Mais il y a aussi quelques absents.
01:55Oui, il y a des absents comme Yann Le Pen, sa sœur aînée, la sœur aînée de Marine Le Pen,
02:00ou Louis Alliot, qui est le maire de Perpignan,
02:02qui ont donné pouvoir à leurs avocats pour les représenter, ce qui est autorisé par la loi.
02:08Mais il y a aussi un absent de poids, qui est le chef historique de l'ex-Front national devenu
02:13Rassemblement national.
02:14Donc Jean-Marie Le Pen n'est pas là, parce que son état de santé ne le permet pas.
02:19C'est une question qui a été discutée en amont de l'audience par le tribunal, qui a décidé donc
02:24de disjoindre son cas,
02:25celui aussi d'un autre ancien cadre du parti, pour les mêmes raisons, pour des raisons de santé.
02:30Ce qui signifie en fait que Jean-Marie Le Pen et cet autre cadre ne seront pas jugés, mais qu
02:35'ils restent poursuivis.
02:36Mais ils ne sont pas en état de comparaître.
02:40Avant d'expliquer cette affaire dans le détail, rappelez-nous d'abord à quoi sert un assistant parlementaire au Parlement
02:46européen ?
02:47En quoi consiste son travail ?
02:49Le travail d'un assistant parlementaire, c'est celui d'être le collaborateur du député.
02:53Ça peut être par exemple de faire des rapports, des missions, de préparer un déplacement, une session parlementaire.
02:59Alors le rôle des assistants parlementaires, des eurodéputés, est très bien défini par le Parlement européen.
03:05Il y a toute une série de règles qui sont expliquées aux eurodéputés quand ils arrivent, avec des documentations qui
03:11leur sont données.
03:12En fait, un eurodéputé a une enveloppe mensuelle, donc il peut décider de tout donner à un assistant parlementaire.
03:17Mais en général, ils en prennent plusieurs, puisque l'enveloppe, c'était environ entre 17 000 et 24 000 euros
03:23par eurodéputé et par mois sur la période des faits.
03:26Cet argent ne doit pas servir à des activités personnelles.
03:29Organiser un voyage privé, ce n'est pas possible.
03:31Il y a des règles très précises qui visent à éviter tout conflit d'intérêts, et notamment entre l'activité
03:37purement politique pour un parti et l'activité législative pour le Parlement européen.
03:43Depuis combien de temps le Rassemblement national, qui s'appelait avant 2018 le Front national, est-il représenté au Parlement
03:49européen ?
03:50L'ex-Front national, aujourd'hui RN, est représenté depuis l'élection européenne de 1984.
03:57C'est une année où le parti d'extrême droite obtient pas loin de 11% des suffrages et 10
04:03élus.
04:03La liste de Jean-Marie Le Pen, donc, obtiendrait entre 9,5 et 11,5%.
04:08Ce qui confirme un peu leur percée au municipal de 1983.
04:12Alors c'est assez paradoxal, puisque c'est aussi le moment où ce parti adopte une position clairement anti-Union
04:18européenne.
04:20Pascal Aigret, cette affaire démarre au début de l'année 2015.
04:24A ce moment-là, le Rassemblement national publie une nouvelle version de son organigramme avec toutes les personnes qui y
04:30travaillent.
04:31Et ce document interpelle le président allemand du Parlement européen, à l'époque Martin Schulz. Pourquoi ?
04:37En fait, il y a un contexte. En 2014, le Rassemblement national arrive pour la première fois en tête à
04:43une élection.
04:43Et ce sont les européennes de juin, de juin 2014, où il obtient près de 25% des voix et
04:5024 eurodéputés.
04:52Du coup, dans la foulée, début 2015, il y a ce nouvel organigramme qui fait tiquer le Parlement européen.
04:57Alors pourquoi ? Parce qu'il montre que 16 eurodéputés RN et surtout 26 de leurs assistants parlementaires,
05:04occupent des fonctions officielles au sein du parti.
05:08Cela surprend Martin Schulz, qui décide de saisir le ministère de la Justice français.
05:15Ce qu'on sait aujourd'hui, c'est qu'en fait, il y a eu une enquête, dès juin 2014,
05:20d'un organisme indépendant de l'Europe qui s'appelle l'OLAF.
05:23Ça veut dire Office Européen de lutte anti-fraude,
05:27qui avait déjà constaté des irrégularités,
05:30notamment dans des contrats, par rapport à des relevés de badges.
05:33Déjà, ils évaluaient une somme possiblement détournée de 7 millions d'euros.
05:39C'est à partir de ce moment-là que démarre l'enquête,
05:41d'abord sur des soupçons et ensuite sur une saisine du ministère de la Justice français.
05:45Et pourquoi c'est surprenant de les voir aussi dans l'organigramme ?
05:48C'est le cumul de contrats qui met un peu la puce à l'oreille.
05:52Normalement, ils doivent vraiment consacrer tout leur temps
05:54à leur tâche d'assistant parlementaire de l'eurodéputé.
05:57Donc on voit mal comment ils peuvent faire les deux.
06:00Surtout que les contrats, très souvent, sont localisés en France,
06:04au siège du Rassemblement national, à Nanterre,
06:07ou bien à Montretout, qui est un peu la commune historique de la famille Le Pen.
06:13La France se saisit du dossier.
06:15La justice ouvre une enquête début 2016,
06:18puis une information judiciaire.
06:19Que révèlent les premières investigations ?
06:22L'enquête est confiée à un service spécialisé qu'on appelle l'Office central de lutte contre les infractions financières
06:28et fiscales.
06:29Et cela confirme pas mal d'anomalies.
06:31Par exemple, sur les lieux d'emploi, sur la définition des missions, la succession de contrats.
06:37Il y a plusieurs personnes dont les cas les surprennent.
06:40C'est par exemple celui de Catherine Griset,
06:43qui est assistante parlementaire accréditée de Marine Le Pen,
06:46c'est-à-dire qu'elle est censée exercer à Bruxelles,
06:48et qui travaille en réalité au siège du Rassemblement national, à Nanterre,
06:53comme assistante presque personnelle de Marine Le Pen.
06:56Et puis elle deviendra d'ailleurs sa chef de cabinet.
06:59Alors c'est une personne qui bénéficie de plusieurs contrats.
07:02Et en fait, par exemple, ils ont calculé que ses relevés de badges au Parlement européen
07:06montrent qu'elle n'est quasiment jamais au Parlement européen.
07:09Pour donner le détail, il apparaît qu'en neuf mois,
07:13elle est allée douze heures au Parlement européen
07:15et qu'elle était au siège du Rassemblement national entre 15 et 22 jours dans le mois.
07:21Le cas d'un homme, Thierry Légy, attire l'attention des enquêteurs
07:25puisqu'il a été embauché à plusieurs reprises comme assistant parlementaire,
07:29alors qu'il est en même temps le garde du corps historique des leaders du parti,
07:33Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen et désormais Jordan Bardella.
07:37Ce qui étonne les enquêteurs, c'est qu'il a des CV
07:40où il ne mentionne jamais son activité d'assistant parlementaire.
07:43Il publie un livre où il raconte son histoire de garde du corps de la famille Le Pen
07:49où il ne parle absolument pas de ce rôle-là.
07:52Et puis lui-même, en garde à vue, il expliquera qu'en fait, il signait, il faisait confiance.
07:56Il signait ses contrats les yeux fermés.
07:59Il ne savait peut-être même pas qu'il était censé exercer comme assistant parlementaire dessus.
08:03Ça fait partie un peu des cas symptomatiques de ce dossier.
08:08Il y a d'autres cas d'emploi qui sont considérés comme douteux par les enquêteurs.
08:12Il y a celui d'un graphiste au pôle communication du Rassemblement national.
08:16Il y a celui de la secrétaire particulière de Jean-Marie Le Pen
08:18ou encore celui de son directeur de cabinet.
08:21Ils ont tous signé des contrats d'assistant parlementaire
08:24alors qu'en fait, ils exercent forcément quasiment à temps plein
08:28leur fonction auprès, en l'occurrence, du leader du Front national.
08:33Cette enquête prend une ampleur particulière.
08:35Lors d'une vague de perquisitions en 2016 et d'auditions à partir de 2017,
08:40les policiers découvrent d'abord des échanges de mails plutôt incriminants
08:44entre Marine Le Pen et le trésorier du parti, Valrande Saint-Just.
08:48Que disent-ils ?
08:49On ne sait pas ce que Marine Le Pen répond à Valrande Saint-Just, donc le trésorier,
08:52mais lui, il lui écrit très clairement, donc elle en est informée,
08:56le 16 juin 2014, donc juste après la victoire aux européennes,
09:01« Dans les années à venir et dans tous les cas de figure, nous ne nous en sortirons
09:05que si nous faisons des économies importantes grâce au Parlement européen
09:08et si nous obtenons des reversements supplémentaires. »
09:11Il alerte Marine Le Pen sur la situation financière critique du parti.
09:14Des économies importantes grâce au Parlement européen.
09:17Comment interpréter cette phrase du trésorier ?
09:20Valrande Saint-Just, il s'est défendu en disant que c'était logique
09:23parce que comme de haut cadre du parti était devenu redéputé,
09:27ça faisait baisser la masse salariale.
09:29Pour les enquêteurs, ça signifie en fait que le Rassemblement national
09:33va se servir des fonds donnés, alloués par le Parlement européen
09:37pour faire travailler des assistants parlementaires pour le parti.
09:40En fait, en gros, on utilise l'argent de l'Europe
09:43pour que des assistants parlementaires européens travaillent pour le parti.
09:48Et les enquêteurs mettent la main sur des documents comptables
09:51qui renforcent leurs soupçons.
09:52Oui, il y a notamment des tableaux de suivi des emplois qui expliquent
09:56« Tiens, on va mettre un tel sur tel eurodéputé, on cherche à vider les enveloppes. »
10:01Il y a des documents qui disent « Économie réalisée grâce au Parlement européen »,
10:06c'est écrit noir sur blanc.
10:07Il y a même des calculs, alors on trouve 9 députés européens,
10:11ça fait 12 salariés à 4 000 euros, ça fait 50 000 euros de salaire chargé,
10:16chargé, on peut comprendre, économisé.
10:18C'est toute cette somme d'éléments, d'indices,
10:22qui font que les juges parlent d'un système de fraude,
10:25d'un système organisé de détournement de fonds.
10:30Pendant leur audition, plusieurs témoins évoquent des consignes que Marine Le Pen aurait données en juin 2014
10:35à la vingtaine de nouveaux eurodéputés frontistes,
10:39donc au lendemain de la percée historique du parti aux élections.
10:42Qu'est-ce qu'elle leur aurait demandé ?
10:44Marine Le Pen, lors d'une réunion à Bruxelles,
10:48on leur propose une sorte de deal.
10:50Elle leur aurait dit « Vous n'avez besoin que d'un seul assistant parlementaire,
10:53et puis les autres, ils seront affectés au parti.
10:57Et en échange, vous, eurodéputés, vous ne payerez plus votre cotisation au parti. »
11:02En fait, ce que ça semble signifier, c'est « Voilà, vous avez une enveloppe,
11:06donc bon, disons 24 000 euros,
11:08mais vous allez là-dessus salarier un seul assistant parlementaire,
11:12et puis moi, sur le reste de votre enveloppe,
11:14je vais en salarier trois autres ou deux autres,
11:16mais qui travailleront pour le parti. »
11:17À ce moment-là, un élu trouve d'ailleurs ses consignes un peu douteuses,
11:20et il en fait même part au trésorier du parti.
11:23C'est l'un des eurodéputés qui écrit au trésorier, Valrande Saint-Just,
11:27« Ce que Marine nous demande, c'est qu'on signe pour des emplois fictifs,
11:30et c'est le député qui est responsable sur ces deniers,
11:33même si le parti en est le bénéficiaire. »
11:35Il ajoute « Je comprends, c'est raison, mais on va se faire allumer. »
11:39Et là, on a une réponse assez étonnante du trésorier, Valrande Saint-Just.
11:44Il répond « Je crois bien que Marine sait tout cela. »
11:49Dans l'ensemble, Pascal et Gré, les indices rassemblés par les enquêteurs
11:52sont assez accablants pour le RN.
11:54On trouve par exemple un mail de Julien Audoul.
11:57Il est assistant parlementaire à l'époque.
11:59Aujourd'hui, il est devenu député à l'Assemblée nationale.
12:02Et Julien Audoul demande à Marine, dans ce mail,
12:05alors qu'il est censé travailler depuis 4 mois pour son eurodéputé,
12:09s'il peut aller à Strasbourg pour voir comment se passe une session,
12:13et puis aussi pour rencontrer son eurodéputé.
12:16Donc ça signifie que 4 mois après avoir signé un contrat,
12:19il n'a toujours pas rencontré son eurodéputé.
12:21Tout ça, ça représente possiblement beaucoup d'argent détourné ?
12:24Alors, au début de l'enquête, le Parlement européen a évalué son préjudice
12:28à pas loin de 7 millions d'euros.
12:30Ça a été ramené, là, à l'heure du procès,
12:33parce qu'en fait, ils ont un peu élagué des petits contrats,
12:36à un peu plus de 3 millions d'euros,
12:38sur une période qui va de 2004 à 2016.
12:41Ça fait trois législatures, en fait, du Parlement européen.
12:44Alors, sur ces 3 millions d'euros, pour être exact,
12:46il y en a un peu plus d'un million qui a été remboursé,
12:50alors je dis « remboursé », entre guillemets,
12:51parce que ça a été fait essentiellement par des saisies sur salaire.
12:54Par exemple, Marine Le Pen, eurodéputée, a remboursé environ 300 000 euros.
12:58On est donc aujourd'hui à 2 millions d'euros de préjudice.
13:01Pour donner une comparaison,
13:03l'affaire quasi similaire d'assistant parlementaire du MoDem,
13:08comme UDF-Modem, qui a été jugé l'an dernier,
13:10on était à un nombre d'emplois bien moins conséquent
13:14et à un préjudice qui s'élevait à 250 000 euros.
13:19Marine Le Pen est interrogée une première fois par les juges d'instruction,
13:23en octobre 2018.
13:25Que dit-elle pour se défendre à ce moment-là ?
13:27Fin 2018, c'est la première fois qu'elle accepte de se rendre à une convocation des juges
13:31et elle se défend bec et ongle.
13:33Déjà, elle conteste toute fraude.
13:35Elle explique aussi que l'organigramme, c'est surtout fait pour faire plaisir aux égaux,
13:41en mettant des titres ronflants, que ça n'a pas vraiment de réalité.
13:43Et puis elle dit aussi, et ça, ça va devenir une ligne de défense après,
13:47qu'un assistant parlementaire n'a pas du tout à justifier de 8 heures de travail par jour à son
13:51député.
13:52Quelques mois plus tard, dans une nouvelle audition, en avril 2019,
13:55elle admet pour la première fois qu'il y a eu, je cite, un flottement.
13:59Qu'est-ce que ça veut dire ?
14:00Alors, le flottement dont elle parle, c'est qu'elle dit, ben voilà, il n'y avait que 3 eurodéputés
14:05sortants
14:05qui avaient un petit peu l'habitude du Parlement européen.
14:07Tous les autres, c'était en gros des nouveaux.
14:10Le Parlement européen, c'est compliqué à comprendre.
14:12Et puis il y a des assistants parlementaires qui n'aimaient pas trop tel député,
14:15qui finalement voulaient travailler avec un autre.
14:17Bon, c'est une façon de dire, bon, il y a peut-être eu quelques problèmes.
14:20Mais tout de suite, elle se reprend et utilise cet argument qui est vraiment celui qui est utilisé aujourd'hui
14:27par la Défense.
14:29C'est de dire que voilà, le Rassemblement national, c'est d'abord un parti minoritaire.
14:33Et donc, quand on est le député d'un parti minoritaire au Parlement européen,
14:38eh bien en fait, on fait avant tout du travail politique.
14:41Alors que ce travail politique soit à Bruxelles ou qu'il soit à Trifouillé-Zouard en France,
14:45c'est forcément le travail d'un militant politique du RN.
14:49Et comment distinguer, pour les assistants parlementaires,
14:52ce qu'ils vont faire pour le Parlement européen ou au sens politique large pour le parti ?
14:59En décembre 2023, les juges d'instruction en charge du dossier décident de renvoyer le RN,
15:04Marine Le Pen et 26 autres personnes devant le tribunal correctionnel
15:08pour détournement de fonds publics, complicité et recel de détournement de fonds publics.
15:14Selon les magistrats, Pascale Gré, la triple candidate à l'élection présidentielle,
15:18est bien la principale responsable de ce système frauduleux ?
15:22Oui, elle est désignée et considérée par l'accusation
15:25comme la principale responsable de ces détournements de fonds
15:29parce qu'en fait, elle aurait d'abord perpétué comme présidente du RN à partir de 2011
15:34une fraude mise en place au départ par son père, Jean-Marie Le Pen,
15:38donc au profit de collaborateurs personnels.
15:41Elle l'aurait perpétuée et elle l'aurait aussi organisée.
15:44En la rendant systématique au profit de son parti.
15:47Donc avec ces éléments de cette réunion de Bruxelles dont on a parlé
15:51ou des tableaux de suivi ou de fait que les indices semblent montrer
15:55que tout ce qui concernait cette organisation,
15:58elle était informée de tout avec un point tous les trois mois.
16:01Elle est jugée donc, Marine Le Pen, à la fois comme présidente du RN à l'époque,
16:07mais aussi comme eurodéputée ayant bénéficié du système avec des assistants parlementaires qui travaillaient pour le parti.
16:14D'après l'accusation, est-ce que certains membres du RN se sont enrichis personnellement grâce à l'argent du
16:20Parlement européen ?
16:21Les juges écrivent noir sur blanc que non, il n'y a pas eu d'enrichissement personnel,
16:25en tout cas qu'ils n'ont trouvé aucun élément démontrant un quelconque enrichissement personnel.
16:31Jordan Bardella, le président du RN, a lui aussi été assistant parlementaire européen pendant quatre mois.
16:38C'était en 2015. Est-ce qu'il est, lui aussi, mis en cause dans cette affaire ?
16:42Son nom apparaît effectivement dans le dossier puisqu'il est mentionné comme assistant parlementaire d'un eurodéputé mis en cause,
16:49mais il n'a jamais été entendu ni mis en examen, ni rien du tout.
16:53Il n'est pas poursuivi devant le tribunal aujourd'hui.
16:55Ce qu'il faut comprendre, c'est que d'après un confrère journaliste qui a écrit un livre,
17:00il aurait bidouillé des fausses preuves de son travail d'assistant parlementaire,
17:05mais en l'occurrence, le procès ne le concerne pas.
17:08L'enquête s'est concentrée sur les cas les plus importants et ils sont déjà assez nombreux.
17:14Que dit de son côté l'avocat du Parlement européen qui s'est constitué partie civile dans ce dossier ?
17:19L'avocat du Parlement européen, maître Patrick Maisonneuve,
17:23lui aime à souligner que le RN conspule l'Europe, mais pas son argent.
17:28Surtout, il considère que, il le dit comme ça, le chantre du touss pourri a vraiment volé le contribuable français
17:35et le contribuable européen.
17:37Il dit que le premier sens de leur constitution de partie civile, c'est de récupérer cet argent et de
17:44faire en sorte que les sommes détournées soient recouvrées.
17:47Et puis aussi que la justice rappelle que ce type de méthodes sont interdites, quel que soit le parti concerné.
17:54Pascal Aigré, ce procès doit durer environ deux mois.
17:57Marine Le Pen doit être interrogée comme principale prévenue du 14 au 16 octobre prochain.
18:03Elle a prévu d'assister à la plupart des débats.
18:06Il faut dire que cette affaire risque de compromettre sa carrière politique.
18:11Déjà sur le plan d'une possible condamnation, parce qu'elle encourt, pour détournement de fonds publics, 10 ans de
18:17prison et 1 million d'euros d'amende.
18:20Mais aussi parce que cette infraction est assortie de ce qu'on appelle une peine complémentaire.
18:25Et la peine complémentaire, c'est une peine d'inéligibilité qui peut aller jusqu'à 10 ans.
18:30Alors, on ne sait pas ce qu'il y aura dans la tête des juges, puisque c'est le juge
18:33qui décide de cette peine complémentaire ou pas.
18:35Elle peut être ferme ou non, donc ferme ou avec sursis.
18:39Et surtout, il peut décider qu'elle soit d'application immédiate ou pas.
18:43Alors là, on rentre dans des jeux d'hypothèses.
18:45Mais en gros, il y a quand même cette hypothèse d'une inéligibilité avant l'élection présidentielle de 2027.
18:59Merci à Pascal Aigret.
19:00Cet épisode a été produit par Barbara Gouy, Raphaël Puyot et Clara Garnier-Amourou.
19:06Réalisation Pierre Chaffanjon.
19:08Si vous aimez Codesource, parlez-en autour de vous.
19:11Laissez-nous des commentaires et des étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée.
19:15Ne ratez pas non plus Crime Story, le podcast fait divers du Parisien,
19:18avec une nouvelle affaire criminelle racontée chaque semaine par Claudia Prolongeau
19:23et le chef du service police-justice du Parisien, Damien Delseny.
Commentaires