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A moins d’une semaine de l'élection présidentielle américaine, les sondages donnent toujours Kamala Harris et Donald Trump au coude à coude. Nos reporters sont partis à la rencontre des électeurs, pour recueillir leurs impressions sur la course à la Maison Blanche. Un récit de nos envoyés spéciaux, Ariane Riou et Robin Korda.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux, Camille Ruiz, Clémentine Spiler et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network.

#presidentamerica #donaldtrump #kamalaharris

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Clara Garnier-Amouroux pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11À moins d'une semaine du scrutin, l'élection présidentielle américaine s'annonce toujours très serrée.
00:17La démocrate Kamala Harris et le républicain Donald Trump sont au coude à coude dans les sondages
00:22et les deux candidats multiplient les meetings, notamment dans les états qui pourraient faire basculer le scrutin.
00:28Ariane Rioux et Robin Corda, journalistes au service international du Parisien, ont passé trois semaines aux Etats-Unis au mois
00:35d'octobre.
00:36Ils ont rencontré les habitants d'une dizaine d'états, des américains issus de milieux différents
00:40et mobilisés autour d'enjeux variés comme la lutte contre le port d'armes, l'accès à l'avortement ou
00:46encore les droits des travailleurs.
00:48Aujourd'hui, dans Codesources, ils nous racontent ce qu'ils ont vu sur le terrain
00:51et ils nous parlent de l'espoir et des inquiétudes que suscite l'élection du 5 novembre aux Etats-Unis.
01:08Ariane Rioux, Robin Corda, vous avez passé une dizaine de jours chacun aux Etats-Unis depuis le début du mois
01:14d'octobre.
01:15Ariane Rioux, vous vous arrivez à New York le lundi 7 octobre en fin d'après-midi
01:19et le lendemain, vous embarquez à 5h du matin sur le ferry qui relie chaque jour Staten Island à Manhattan.
01:26Parce que mon idée, c'est de rencontrer sur ce ferry des travailleurs de Staten Island qui vont jusqu'à
01:31Manhattan pour travailler.
01:34Parce que Staten Island, c'est un des cinq quartiers, un des boroughs de New York.
01:37C'est plutôt la classe moyenne qui vit là-bas.
01:39Et donc en fait, ils privilégient des jobs à Manhattan parce que les salaires sont deux fois plus élevés.
01:44Ils sont prêts à faire parfois deux, trois heures de trajet pour l'argent.
01:48Ces travailleurs prennent le ferry parce que Staten Island est séparé de Manhattan par le fleuve Hudson.
01:53A quoi il ressemble ce ferry ?
01:55Alors ce ferry, il est un peu mythique à New York.
01:58C'est une flotte d'immenses bateaux à la coque orange qui est gérée par la ville de New York.
02:02Donc en fait, c'est gratuit.
02:03Chaque jour, il y a environ 70 000 passagers qui l'empruntent.
02:06Ce qui le rend mythique, c'est qu'il passe devant la Statue de la Liberté, aussi le pont de
02:10New York.
02:10Donc il y a aussi beaucoup de touristes qui l'empruntent.
02:12Et ce qui est assez rigolo à observer, c'est qu'en fait, il y a les travailleurs de Staten
02:16Island qui l'empruntent,
02:17qui vont plutôt dans le bas et qui vont rattraper les heures de sommeil qui leur manquent,
02:21qui dorment, qui ne regardent même pas la vue.
02:23Et chaque jour aussi, les touristes qui, eux, se mettent sur les pontons pour admirer la skyline et la Statue
02:28de la Liberté.
02:31Dans le ferry de 6h50, vous parlez notamment avec une femme qui s'appelle Michelle.
02:35Oui, Michelle, elle a 50 ans.
02:37Elle est manager dans un centre psychiatrique.
02:40Et quand je la rencontre, elle a des écouteurs sur les oreilles.
02:42Elle est en train d'écouter une prière.
02:44Et c'est un peu le profil type de la travailleuse new-yorkaise qui est très attachée à la valeur
02:49travail,
02:50qui n'est jamais en retard et qui prend ce ferry tous les jours à l'aller et au retour,
02:53qui est prête à faire 4 heures de route pour aller à Manhattan.
02:57Et qui, en fait, s'en plaint jamais pour elle.
02:58C'est son quotidien, mais c'est aussi le quotidien classique d'un certain nombre de travailleurs que j'ai
03:02rencontrés.
03:03Et qu'est-ce qu'elle vous dit sur l'élection du 5 novembre ?
03:05Elle me dit qu'elle est encore indécise.
03:08Ce qui m'a étonnée, c'est qu'elle ne savait pas encore.
03:10On était quelques semaines avant le vote.
03:12Et elle ne savait pas encore pour qui elle allait voter.
03:14Elle me disait qu'elle avait beaucoup regardé les débats,
03:16qu'elle s'intéressait au programme aussi des deux candidats,
03:18mais qu'elle attendait une phrase, quelque chose qui allait la faire basculer.
03:21Au-delà de Michelle, qui ne sait pas encore pour qui elle va voter,
03:24beaucoup des salariés que vous rencontrez ce jour-là, à bord du ferry,
03:28ont l'intention de voter pour le candidat républicain Donald Trump.
03:31Et ça, c'est plutôt étonnant.
03:32C'est étonnant à New York parce que c'est une ville qui est profondément démocrate depuis toujours.
03:37Mais en fait, Staten Island, c'est assez particulier.
03:39C'est un peu le vilain petit canard de New York.
03:42C'est un quartier qui est moins peuplé, qui est moins urbain.
03:45Et en fait, à Staten Island, en 2016 et en 2020,
03:48c'est Donald Trump qui avait remporté la majorité des votes.
03:52Ariane Rioux, vous prenez ensuite la route pour Philadelphie,
03:55la capitale de l'état de Pennsylvanie, à un peu plus de deux heures de voiture de New York.
03:59C'est un état qui est particulièrement scruté cette année.
04:02Oui, parce que c'est un état qu'on appelle un swing state, un état pivot.
04:06C'est-à-dire qu'ils peuvent faire basculer l'élection pour un camp ou pour un autre
04:10parce que les électeurs, ils sont assez indécis.
04:12Par exemple, en 2016, c'est Donald Trump qui avait remporté les 19 grands électeurs de cet état.
04:17Alors qu'en 2020, c'est Joe Biden qui l'avait remporté.
04:20D'ailleurs, on le voit dans cette campagne, c'est très marqué.
04:22Les deux candidats, Kamala Harris et Donald Trump, s'y sont rendus régulièrement,
04:26plus d'une cinquantaine de fois.
04:27Donc, on voit que c'est un état décisif que les deux candidats veulent remporter.
04:33À Philadelphie, plusieurs quartiers sont rongés par la consommation de drogue
04:36et notamment celui de Kensington, au nord-est de la ville.
04:40Vous vous rendez sur place dans un parc qui s'appelle Needle Park,
04:43littéralement le parc aux aiguilles.
04:44Est-ce que vous pouvez nous décrire ce que vous voyez en arrivant ?
04:47Needle Park, son vrai nom, c'est le Square McPherson.
04:50C'est une colline d'herbes surmontée d'une aire de jeu pour enfants
04:54et d'une grande bibliothèque.
04:56Et en fait, tout autour, il y a des arbres, il y a de l'herbe,
04:59mais surtout, il y a des drogués qui errent toute la journée
05:04avec des corps pliés.
05:06On dirait qu'ils sont attirés vers le sol.
05:07Certains ont perdu leurs membres.
05:09Ils sont en fauteuil roulant.
05:10Ils ont des plaies ouvertes sur le corps.
05:12Tout ça, c'est les ravages des opioïdes, du fentanyl notamment,
05:16et de la xylazine qui tuent des centaines de milliers de personnes aux Etats-Unis chaque année.
05:22Et en fait, Needle Park, c'est une zone de shoot à ciel ouvert.
05:25Je vois même des gens qui se piquent entre eux à la vue de tout le monde.
05:28Et au milieu de ça, il y a des gens, des familles qui vivent,
05:31qui vont au travail, des enfants qui jouent.
05:33Et c'est ça qui est assez frappant, c'est ce décalage.
05:39Vous échangez notamment avec Brian, qui est lui-même un ancien toxicomane.
05:43Son histoire est assez incroyable et en même temps assez commune à Kensington.
05:48Parce qu'il est tombé accro aux opioïdes quand il avait 24 ans.
05:51Parce qu'il s'était blessé aux genoux après un match de hockey.
05:54Et donc on lui a prescrit des antidouleurs.
05:56Auquel il est devenu accro tout de suite, il m'avait raconté cette sensation.
05:59Il s'en souvenait très bien de bien-être une fois qu'il les avait pris.
06:02Et en fait, ça a duré ensuite 20 ans.
06:04Il a réussi à s'en sortir en 2017.
06:06Et depuis, il essaie d'aider ceux qui sont aussi accros.
06:10Il leur donne à manger, il leur donne des vêtements.
06:12Il a même créé une association pour leur venir en aide au quotidien.
06:15Au milieu de ce parc, au sommet de la colline,
06:17il y a une aire de jeu pour enfants.
06:19Où vous rencontrez aussi Joe, la soixantaine,
06:21qui est surnommée dans le quartier Batman Joe.
06:24Oui, en fait, ce monsieur, il a grandi ici.
06:26Il a élevé ses enfants.
06:27Maintenant, il y a aussi ses petits-enfants qui y vivent.
06:29Et en fait, il tente avec ce qui s'y passe de rendre l'environnement un peu plus sain pour
06:34eux.
06:35Donc tous les matins, tous les soirs, il enfile des gants de latex
06:38et il part à la recherche des seringues usagées dans le parc.
06:41Il en ramasse des dizaines par jour.
06:43Et il s'est aussi battu pour mettre un grillage autour de l'aire de jeu.
06:47L'idée, c'est de rendre cet environnement compliqué un peu plus facile à vivre au quotidien.
06:52Ces habitants de Philadelphie que vous rencontrez
06:54ont le sentiment que personne ne cherche à les aider.
06:56Tous les habitants, qui sont quand même des gens assez pauvres,
07:00se sentent complètement abandonnés par la classe politique, par même le gouvernement.
07:06D'ailleurs, beaucoup m'ont dit que dans cette élection,
07:07ils ne comptaient même pas voter parce qu'ils ne voyaient pas le sens pour eux de voter.
07:11En gros, ce qu'ils m'ont dit, c'est que ça ne changerait rien pour eux.
07:17Robin Corda, vous vous êtes vous aussi rendu dans un état clé, un état pivot
07:21qui peut faire basculer l'élection, le Nevada.
07:24C'est de l'autre côté des Etats-Unis, sur la côte ouest.
07:26Et vous vous arrêtez d'abord dans la petite ville de Reno.
07:29Est-ce que vous pouvez nous décrire votre arrivée ?
07:31Quand j'arrive dans la ville de Reno, il y a une grande arche bleue à l'entrée de la
07:34ville
07:34qui annonce bienvenue dans la plus grande des petites villes du monde.
07:39Reno, c'est une ville qui est connue notamment pour sa vie nocturne,
07:42ses casinos, ses hôtels.
07:44Là, c'est une toute autre ambiance puisque les prochaines pancartes que je vois,
07:47c'est plutôt voter ici.
07:49En fait, c'est le premier jour du vote anticipé au Nevada.
07:52Et donc, il y a 17 bureaux de vote qui ont ouvert dans la ville.
07:56Ces bureaux de vote ouvrent à 10 heures.
07:58Moi, j'arrivais un petit peu avant et je vois deux premières files d'attente
08:01devant ces librairies, même ces salles de gym dans lesquelles les gens peuvent aller voter.
08:06La particularité de Reno, c'est que d'une élection à l'autre,
08:10elle vote soit démocrate, soit républicain.
08:12C'est vraiment la partie la plus indécise du Nevada.
08:15Le Nevada qui est lui-même un État-clé.
08:17C'est un État qui est très disputé entre les républicains et les démocrates.
08:22Sachant que le Nevada offre à celui qui remporte l'État six grands électeurs,
08:27ça peut paraître peu parce qu'il en faut 270 pour accéder à la présidence,
08:32mais l'élection est tellement serrée, notamment cette année,
08:35que ça se joue à ce niveau-là.
08:37Vous vous rendez ensuite à Las Vegas, la capitale du Nevada,
08:40qui est à 7 heures de route de Reno.
08:42Et sur place, vous suivez Heather, une femme de 45 ans
08:45qui fait du porte-à-porte pour la campagne de Cabala Harris.
08:48Heather, c'est une mère célibataire.
08:51Elle travaille dans le restaurant d'un de ses grands hôtels, casinos
08:55qui font la réputation mondiale de Las Vegas.
08:59Elle symbolise un peu cette Amérique qui travaille dur,
09:01qui passe de petit job en petit job.
09:03Elle vient de Pennsylvania, elle a travaillé au Texas
09:05et ça fait maintenant trois ans qu'elle est à Las Vegas.
09:08L'hôtellerie, les casinos et la restauration,
09:10ça représente 27% des emplois dans l'État du Nevada.
09:13Et ceux qui travaillent dans ces industries, comme Heather,
09:16ont une préoccupation particulière,
09:18la législation autour de leur pourboire, en anglais les tips.
09:21Les tips, c'est encore un peu plus qu'un pourboire,
09:24parce que c'est obligatoire au moment où on règle l'addition.
09:27On doit obligatoirement ajouter une part de 10, 15 ou 20%,
09:32parfois même 25% de tips,
09:35qui est en fait une part de rémunération destinée aux serveurs.
09:39Et donc pour les serveurs ou les petites mains de cette industrie,
09:43ça représente une part extrêmement importante,
09:45plus de la moitié de leur rémunération.
09:47Et que proposent Donald Trump et Kamala Harris sur cette problématique-là ?
09:50En fait, Donald Trump a lancé un nouveau débat en juin.
09:54Pour ceux qui travaillent à l'hôteller et les gens qui ont des tips,
09:57vous allez être très heureux.
09:58Parce que quand je suis en office,
10:00on ne va pas payer les taxes sur les tips.
10:04Les gens qui font des tips.
10:05Il a proposé de défiscaliser cette part de rémunération,
10:09ce qui forcément intéresse énormément les travailleurs du secteur.
10:13Et Kamala Harris, en fait, assez vite a repris cette proposition à son compte.
10:17À la fin de cette journée de tractage,
10:19vous passez devant un jardin dans lequel est plantée une pancarte de soutien à Donald Trump.
10:24Mais c'est plutôt rare à Las Vegas.
10:26Oui, en fait, comme Las Vegas,
10:27en effet, a une industrie extrêmement importante
10:30autour de l'hôtellerie, restauration, casino.
10:32Il y a toutes ces petites mains,
10:34les bagagistes, les réceptionnistes, les femmes de chambre, etc.
10:39Ça, ce sont des électeurs traditionnellement démocrates.
10:42Donc ça fait maintenant très longtemps
10:44que Las Vegas est un bastion pour les démocrates américains.
10:50Ariane Rioux, en Caroline du Nord,
10:52où vous arrivez le vendredi 11 octobre au matin,
10:54les électeurs sont, eux, beaucoup plus divisés.
10:56Et notamment sur le sujet de l'accès à l'avortement.
10:59Vous décidez de vous rendre devant une clinique
11:01qui pratique les IVG à Greensboro,
11:04une ville moyenne à une heure et demie de la capitale de l'État.
11:06Et la première personne que vous rencontrez sur place,
11:09c'est Becky, une militante anti-avortement.
11:11Oui, alors Becky, c'est une petite blonde, la quarantaine.
11:16Et en fait, dès le matin, avant 8h, elle est déjà très active.
11:19Elle a tout un rituel, parce qu'elle vient tous les jours ici.
11:23D'abord, elle sort de son coffre une immense croix en bois
11:26qu'elle installe face à la clinique.
11:28Ensuite, elle va poser des affiches avec des messages évocateurs
11:31du type « il y a de l'espoir », « on vous aime tous les deux »,
11:34sous-entendu la femme et le fœtus qu'elle porte.
11:38Elle sort aussi un grand haut-parleur
11:39pour essayer d'alpaguer les patientes qui arrivent
11:42et qui sortent de la clinique.
11:43Elle leur distribue des flyers.
11:45En fait, son but, c'est de dissuader celles qui ont décidé d'avorter.
11:52De l'autre côté de la rue, des bénévoles accompagnent les patientes
11:55jusqu'à la clinique.
11:56Oui, on les appelle les cliniques escortes.
11:59Ils portent des gilets arc-en-ciel pour être bien visibles.
12:02Et leur but, c'est d'aider les patientes à aller jusqu'à la clinique
12:05et à en sortir dans des conditions plutôt sereines.
12:09La règle d'or, c'est de ne pas argumenter avec le camp adverse,
12:13avec les militants anti-avortement.
12:15Parce que c'est vrai que par le passé, il y a pu y avoir des frictions.
12:18On m'a raconté une des cliniques escortes
12:20qui a été bousculée par une voiture d'un pro-life, d'un pro-vie.
12:23Depuis, ils ont même installé des caméras
12:25pour éviter que ce genre de bousculade se reproduise.
12:28La police est aussi intervenue.
12:30Il y a maintenant certains endroits de cette allée
12:32qui sont interdits aux militants anti-avortement.
12:34Le lendemain matin, vous revenez devant cette clinique
12:37et vous assistez cette fois-ci à une prière collective.
12:40Cette prière, elle se reproduit tous les samedis matins.
12:43Toutes les paroisses de la ville de Greensboro
12:45qui, à tour de rôle, se rassemblent en face de la clinique
12:49et qui prient.
12:50Ça dure entre 2 février à novembre tous les ans.
12:54Il y a un guitariste qui vient, qui joue des musiques chrétiennes.
12:57Il y a plusieurs femmes qui vont défiler au micro,
12:59qui vont raconter la honte qu'elles ont ressentie
13:02quand elles ont failli avorter.
13:03L'idée, c'est vraiment un peu de jeter l'opprobre
13:05sur ce qui se passe à la clinique.
13:06Que vous disent les pros et anti-avortement
13:08que vous rencontrez sur place sur l'élection du 5 novembre ?
13:11Ils me disent que c'est très important pour eux,
13:14notamment sur cette question de l'accès à l'avortement.
13:17Chaque camp votera en fonction de ce que les deux candidats proposent.
13:21D'un côté, il y a Donald Trump qui reste assez flou sur le sujet.
13:25Et donc, les pros-vie, les anti-avortement, voteront pour lui.
13:29Alors qu'en face, ceux qui sont pour le droit à l'avortement
13:33vont voter pour Kamala Harris, qui s'est prononcée clairement
13:35sur le fait qu'elle voulait rétablir le droit à l'avortement
13:38partout sur le territoire.
13:41Robin Corda, le mercredi 23 octobre,
13:43vous êtes dans l'état du Colorado, à Denver, la capitale,
13:46pour rencontrer un homme de 38 ans
13:48qui a fait de la prison pour trafic de cannabis.
13:50Il s'appelle Michael, il a un parcours extrêmement compliqué.
13:55Son père se fait arrêter quand sa mère est encore enceinte
13:57parce qu'il vend de l'héroïne.
14:00Il grandit ensuite avec un beau-père violent.
14:02Il se fait expulser de chez lui
14:03parce qu'il a beaucoup de problèmes de discipline.
14:06Et donc, il se retrouve plus ou moins à la rue.
14:09Il dort chez des amis, dans des petits motels.
14:11Et assez rapidement, il se met à dealer du cannabis
14:14pour essayer de trouver une source de revenus.
14:17Un soir, il se fait interpeller en voiture.
14:19Il est avec des amis.
14:20Les policiers retrouvent assez rapidement
14:22du cannabis dans la voiture.
14:24Et Michael se retrouve en prison.
14:26Michael fait plusieurs mois de prison.
14:28Et à sa sortie, il décide de reprendre des études.
14:30En 2021, il lance une entreprise
14:32de livraison de cannabis, cette fois légalement.
14:35Entre-temps, le Colorado a,
14:38comme beaucoup d'États aux États-Unis,
14:40légalisé le cannabis à usage médical
14:43et aussi à usage récréatif.
14:45Toute une industrie s'est créée
14:47autour de ce business-là.
14:49Et Michael profite même d'un programme d'État
14:52qui a été créé pour donner des nouvelles opportunités
14:55à des jeunes comme Michael
14:57qui ont déjà été arrêtés dans le passé
14:59au moment où cette drogue était illicite.
15:01Et l'entreprise de livraison que Michael a lancée,
15:04elle fonctionne aujourd'hui ?
15:05Cette entreprise s'appelle Better Days Delivery.
15:07C'est donc une entreprise de livraison.
15:09Et le nom Better Days veut dire de meilleurs jours.
15:12C'est pour dire qu'il y a toujours
15:13de meilleurs jours qui sont à venir.
15:14Michael emploie trois salariés à temps plein
15:18et il couvre deux grandes villes,
15:21Denver et Aurora.
15:23Ce n'est pas une énorme entreprise,
15:25mais c'est une petite start-up
15:26et ça marche plutôt bien pour lui.
15:27Dans l'État du Colorado,
15:29le cannabis est légal depuis 2014.
15:31La candidate démocrate, Kamala Harris,
15:33souhaite que ce soit le cas sur tout le territoire.
15:35et elle affirme que cela permettra
15:37de donner aux populations non-blanches
15:39les mêmes chances qu'aux blancs.
15:41Expliquez-nous ça.
15:41Ça part d'un constat qui est de dire
15:44que les minorités ont plus souffert que les autres
15:48pendant toute la période de répression du cannabis.
15:50Ce sont notamment les minorités
15:52qui ont été interpellées,
15:54qui ont passé du temps en prison,
15:55comme Michael en fait.
15:57Donc ce que propose Kamala Harris,
15:59c'est en quelque sorte de réparer
16:01les dommages qui ont été perpétrés
16:03contre les minorités pendant toute cette période.
16:15Et ça, c'est vraiment une idée très progressiste,
16:18très emblématique de ce que propose la gauche américaine.
16:22Michael, lui, il vous dit qu'il compte voter
16:23pour la candidate démocrate,
16:25même s'il a quelques réserves.
16:26Lesquelles ?
16:27Kamala Harris, en fait,
16:29elle a été procureure de Californie
16:31et donc Michael me rappelle que,
16:33si elle a appliqué des politiques répressives,
16:37elle a mis des gens issus des minorités en prison.
16:41Au-delà même du cas de Michael,
16:43c'est vrai qu'il y a toute une partie de la gauche américaine
16:45qui est parfois mal à l'aise
16:47avec le profil de Kamala Harris
16:49ou aussi une partie de son bilan
16:52parce qu'il la considère finalement pas assez de gauche.
16:54Par exemple, il y a beaucoup de gens
16:55qui vont nous parler au cours de nos reportages
16:57avec Ariane
16:58du soutien, entre guillemets,
17:01inconditionnel de l'administration Biden-Harris
17:04vis-à-vis d'Israël dans sa guerre contre Gaza.
17:09Le lendemain, Robin Corda,
17:11vous prenez la route pour Bracketville,
17:13une petite ville à la frontière entre le Texas et le Mexique
17:16où une milice anti-immigration fait des rondes.
17:19Racontez-nous ça.
17:19Tout au long de la frontière,
17:20il y a en effet des citoyens qui se sont armés
17:23et qui ont décidé de patrouiller
17:25pour traquer les migrants
17:28qui essaient de rejoindre les Etats-Unis.
17:30Les traversées clandestines
17:31ont explosé ces dernières années.
17:34Donc on se retrouve avec des Américains
17:36qui sont en gilets pare-balles
17:37avec des armes de guerre parfois
17:39et qui se sont donnés comme mission
17:40de retrouver les immigrés clandestins
17:42et de les dénoncer aux autorités.
17:44Comment ces miliciens s'organisent
17:45pour surveiller la frontière ?
17:47Par exemple, la milice que je rencontre
17:48s'appelle les Patriots for America
17:49et ils organisent des rotations
17:52d'une dizaine de jours près de la frontière.
17:54Pendant ce temps-là,
17:55ils vont patrouiller en voiture ou à pied.
17:59La nuit, ils vont aussi planquer
18:01un peu dans les herbes hautes
18:02avec des lunettes à vision thermique
18:04pour repérer les moindres mouvements
18:07suspects à la frontière.
18:08Le leader de cette milice s'appelle Samuel.
18:11C'est un courtier en automobile.
18:12Il est aussi évangélique.
18:14Et il vous dit qu'il a très peur
18:15que les démocrates remportent l'élection.
18:17Il me dit qu'on ne survivra pas
18:20à quatre années supplémentaires
18:21de cette folie.
18:23Il ne restera plus rien des États-Unis.
18:25Et au-delà de l'immigration clandestine,
18:29il a aussi une obsession
18:30autour du trafic de mineurs.
18:33Selon lui, il y a beaucoup des enfants
18:35qui sont amenés depuis le Texas,
18:37qui sont destinés à des réseaux
18:39de prostitution infantile.
18:41Et ça, ça lui fait vraiment très peur.
18:46Ariane Rioux, pour la fin de votre reportage,
18:48vous êtes en Floride, sur l'île de Palm Beach,
18:51là où se trouve Mar-a-Lago,
18:53la villa de luxe du candidat républicain Donald Trump.
18:56Elle ressemble à quoi, cette villa ?
18:57De loin, ce qu'on voit, c'est des rangées de palmiers
18:59avec une pelouse bien tondue
19:01et de grands bâtiments ocres.
19:04On sait, parce qu'il y a aussi pas mal de photos,
19:06ça a été assez documenté,
19:07c'est qu'à l'intérieur, tout est un peu démesure.
19:10Il y a une grande salle de balle,
19:13cinq cours de tennis,
19:14deux piscines,
19:15un spa,
19:16126 chambres.
19:17Et en fait, pendant son mandat,
19:19son premier mandat présidentiel,
19:20entre 2016 et 2020,
19:21Trump avait aussi transformé sa résidence
19:23en sorte de maison blanche secondaire,
19:27maison blanche d'hiver,
19:28dans laquelle il accueillait
19:28certains officiels étrangers.
19:31Et en fait, depuis,
19:32c'est devenu une sorte d'attraction touristique
19:34pour fans de Donald Trump,
19:36qui se gardent sur un parking un peu en face
19:38et qui se prennent en photo devant,
19:40en selfie,
19:41et qui essaient, s'ils peuvent,
19:43de saluer Donald Trump quand il passe.
19:47Que vous disent les Américains
19:48que vous rencontrez devant la villa ?
19:51Beaucoup me parlent surtout du côté économique.
19:54S'ils veulent que Donald Trump revienne au pouvoir,
19:56c'est parce qu'ils pensent
19:58qu'il redorera un peu l'économie dans le pays.
20:01Je rencontre par exemple Arth,
20:02un homme de 60 ans,
20:03qui est à la tête d'un business,
20:04qui est d'ailleurs venu à Palm Beach pour affaires,
20:06et qui vient prendre une photo pour sa fille,
20:08et qui me dit que son énorme crainte
20:10serait que Kamala Harris arrive au pouvoir
20:12parce qu'il pense que l'économie s'écroulerait.
20:16Avant de rentrer en France,
20:17vous faites un dernier arrêt à Wellington,
20:19une ville moyenne de la Floride,
20:21dans une zone qui vient de subir
20:22le passage d'une tornade
20:24au début du mois d'octobre.
20:25Oui, en fait,
20:26cette tornade était directement liée
20:28à l'ouragan Milton,
20:29qui a fait pas mal de victimes
20:31et qui a aussi provoqué
20:33beaucoup de dégâts matériels en Floride.
20:36Et en fait,
20:36les habitants de Wellington
20:37sont assez inquiets
20:39parce que c'est la deuxième tornade
20:40qu'ils vivent en deux ans.
20:42Et donc, en fait,
20:43ce que je vois sur place,
20:43c'est le toit d'une maison écroulée,
20:46plein de détritus par terre,
20:48il y a des tables de ping-pong
20:49qui sont envolées,
20:50des abris de jardin.
20:51C'est un peu une zone de désolation.
20:53Qu'est-ce qu'on vous dit sur place ?
20:54Alors, ce que les gens me racontent,
20:56c'est qu'ils sont assez inquiets
20:57pour la suite,
20:58notamment à cause du réchauffement climatique.
21:00Il y en a certains qui me disent
21:01qu'ils envisagent parfois
21:02même de déménager à cause de ça.
21:04Et eux, pour l'élection,
21:05parce que c'est quand même devenu
21:06un sujet dans cette campagne,
21:08l'aide aux sinistrés,
21:09de ces grandes catastrophes naturelles.
21:11C'était assez mitigé à Wellington,
21:13mais j'ai rencontré beaucoup de pro-Harris
21:15qui pensent qu'elle est quand même
21:16plus consciente de ce qui se passe
21:17au niveau du réchauffement climatique.
21:19Donald Trump est plutôt climato-sceptique.
21:21Mais j'ai notamment discuté
21:22avec une femme,
21:24une personne, une avocate
21:25dont la maison a été sinistrée
21:26par la tornade
21:27et qui est inquiète
21:29du réchauffement climatique,
21:30qui est même pro-avortement,
21:31mais qui me dit
21:32qu'elle votera quand même
21:33pour Donald Trump
21:33parce qu'elle pense
21:34que ce sera mieux
21:35pour l'économie américaine.
21:42Ariane Rioux,
21:43en dix jours,
21:44vous avez rencontré
21:44une centaine d'Américains
21:46de classes sociales
21:47et de races différentes.
21:48Qu'est-ce que vous retenez
21:49de ce reportage ?
21:50L'une des choses
21:51qui m'a le plus marquée,
21:52c'est à quel point
21:54l'Amérique est fracturée
21:55et notamment sur des thématiques.
21:57J'ai rencontré beaucoup
21:58des lecteurs
21:59qui me disent
22:00qu'ils ont une priorité.
22:02J'ai en tête
22:03l'exemple notamment
22:04de femmes dans le Tennessee
22:05qui sont plutôt
22:06pour le contrôle des armes
22:07et qui m'ont dit
22:08qu'elles voteraient
22:09pour le candidat
22:09qui propose des mesures
22:10en ce sens.
22:11En fait,
22:12ce qui est intéressant,
22:13c'est qu'elles peuvent voter
22:13pour un candidat
22:14même si elles ne sont pas
22:15forcément d'accord
22:16avec tout ce qu'il propose
22:17s'il répond à cette thématique.
22:19On a l'impression
22:20qu'en fait,
22:20personne ne se parle
22:21et c'est d'ailleurs
22:21ce que les gens me disent,
22:22qu'ils ne peuvent plus se parler.
22:24Chacun a sa priorité,
22:26sa thématique
22:26et il reste attaché.
22:30Robin Corda,
22:30même s'ils sont divisés
22:31sur beaucoup de sujets,
22:33les Américains
22:33que vous avez rencontrés
22:34sont nombreux
22:35à vous dire
22:36que l'élection du 5 novembre
22:37est une élection
22:38particulièrement importante
22:39pour eux.
22:40Très souvent,
22:41pendant ces reportages,
22:42j'ai entendu des phrases
22:43comme
22:43« il y a tellement en jeu
22:45dans cette élection »
22:46ou « c'est l'élection
22:47la plus importante de ma vie ».
22:49Kamala Harris
22:50ou Donald Trump,
22:51ce sont vraiment
22:51deux visions différentes
22:53de l'Amérique
22:54et beaucoup d'électeurs
22:56ont l'impression
22:56d'être à la croisée
22:58des chemins
22:58et que le 5 novembre
22:59sera hyper déterminant
23:01pour eux,
23:02pour les années à venir.
23:14Merci Ariane Rioux
23:16et Robin Corda.
23:16Tous vos reportages
23:18sont à retrouver
23:18sur leparisien.fr.
23:20Cet épisode a été produit
23:21par Clara Grousis
23:22et Camille Ruiz,
23:24réalisation Pierre Chafanjon.
23:26Si vous aimez Code Source,
23:27parlez-en autour de vous,
23:28abonnez-vous
23:29sur votre plateforme
23:30d'écoute préférée
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23:39Claudia Prolongeau
23:39raconte une nouvelle
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23:42avec le chef du service
23:43police-justice du Parisien,
23:45Damien Delsenis.
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