17 ans après son ouverture aux actionnaires privés, EDF redevient propriété de l’Etat, dans un contexte de hausse du prix de l’énergie. Récit avec Erwan Benezet et Vincent Verier, journalistes au service économie du Parisien, reviennent sur les rouages de cette opération dans Code source.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : INA, AFP.
#edf #energie
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : INA, AFP.
#edf #energie
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:1217 ans après sa privatisation partielle, EDF sera renationalisée en octobre, annonce le 6 juillet de la première ministre Elisabeth
00:21Borne.
00:21L'État, qui possédait un peu plus de 84% du capital de l'entreprise, va bientôt en détenir 100
00:28% après un rachat en bourse des actions qui lui manquaient.
00:32Alors pourquoi cette décision ? Quel est le but d'Emmanuel Macron et du gouvernement ?
00:36Pour essayer de mieux comprendre, Codesources reprend le fil des événements,
00:40avec deux journalistes du service économie du Parisien qui suivent le secteur de l'énergie, Erwan Bénézet et Vincent Verrier.
00:51Erwan Bénézet, le mercredi 6 juillet, la nouvelle chef du gouvernement, Elisabeth Borne, est à la tribune de l'Assemblée
00:57nationale.
00:58Elle prononce son discours de politique générale et elle fait une annonce importante concernant EDF.
01:03Je vous confirme aujourd'hui l'intention de l'État de détenir 100% du capital d'EDF.
01:09Elle annonce qu'après 17 années avec des actionnaires en partie privée, EDF va redevenir à 100% une entreprise
01:16publique avec un capital entièrement détenu par l'État.
01:19Dans cet épisode de Codesources, on va résumer comment on en est arrivé là et on va essayer de comprendre
01:25pourquoi Emmanuel Macron a pris cette décision.
01:28Vincent Verrier, on a choisi de commencer ce podcast en 1946, juste après la Seconde Guerre mondiale.
01:34Cette année-là, on crée EDF. Il faut savoir qu'à l'époque, il y a 1500 entreprises qui produisent
01:38de l'électricité en France.
01:39Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, décision est prise de les réunir au sein d'une même entreprise, EDF,
01:44une entreprise publique.
01:44Alors il y a deux raisons à ça. La première, c'est philosophique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Conseil
01:50national de la résistance imagine la France de demain
01:52et souhaite que l'énergie appartienne à tous les Français. Donc on fait une entreprise publique de l'énergie.
01:57Il y a une deuxième raison qui est plutôt celle du général de Gaulle, qui est de dire la France
02:00est détruite, elle a besoin de lever fort pour être reconstruite.
02:03Donc une entreprise comme EDF sera capable de fournir l'énergie nécessaire au rebond de la France.
02:07Erwan Bénézé, dans les décennies qui suivent, en résumé, avec EDF, la France investit massivement dans le nucléaire ?
02:14Pour la Seconde Guerre mondiale, évidemment, le nucléaire, c'est essentiellement militaire.
02:17Mais après la fin du conflit, d'intenses recherches sont menées, notamment par la France, pour développer une énergie nucléaire
02:23civile.
02:24On se souvient des essais qui étaient menés dans le désert saharien ou dans le Pacifique en Polynésie française.
02:29Et puis en 1974, juste après le premier choc pétrolier, le premier ministre d'alors, Pierre Mesmer, lance ce qu
02:35'on va appeler le plan Mesmer,
02:36qui sera ni plus ni moins que le plus grand chantier industriel de toute l'histoire de la France, la
02:40construction d'une soixantaine de réacteurs,
02:43ce qui va nous permettre encore aujourd'hui de produire quasiment les trois quarts de notre électricité à partir de
02:49l'énergie nucléaire.
02:50Pour les touristes, Chinon est avant tout une ville chargée de souvenirs.
02:54C'est ici que Charles VII reçut Jeanne d'Arc au cours d'une entrevue historique.
02:58Mais si la cité conserve pieusement dans ses murs les vestiges de son passé, l'avenir se dessine hors les
03:04murs,
03:05avec la première centrale électrique nucléaire française dont l'élément numéro 1, mis en service en 1963, dispose d'une
03:12puissance thermique de 300 mégawatts.
03:14La montée en puissance des deux turbos alternateurs va se poursuivre au cours des prochains mois.
03:19À ce moment-là, et pour la première fois en France, le courant d'origine nucléaire reviendra au même prix
03:24que celui d'une centrale thermique classique.
03:28On fait un saut dans le temps en mars 2002.
03:31Pendant un conseil européen en Espagne à Barcelone, la libéralisation du marché de l'énergie est actée.
03:36Alors c'est effectivement l'ouverture à la concurrence.
03:38C'est-à-dire qu'en France, EDF ne sera plus le seul à fournir l'électricité.
03:42C'est la même chose pour GDF avec le gaz.
03:44D'autres fournisseurs, qu'on appellera des alternatifs par opposition aux historiques, pourront eux aussi proposer des contrats de fourniture.
03:50Donc c'est à partir de 2004 pour les professionnels et à partir de 2007 pour les particuliers.
03:55Alors l'idée à l'époque, en tout cas celle qui était officiellement présentée, c'était de faire baisser les
03:59prix en faisant jouer la concurrence.
04:01Ce n'est pas exactement ce qui va se passer.
04:02En 2005, le 24 octobre, le Premier ministre Dominique de Villepin lance la privatisation partielle d'EDF.
04:10Et un mois plus tard, le 21 novembre, c'est l'ouverture du capital de l'entreprise.
04:14Les investisseurs peuvent acheter à la bourse une petite partie du capital d'EDF.
04:18Oui, l'entreprise publique a besoin d'argent.
04:20Donc on ouvre au marché 15% du capital qui est vendu à 32 euros l'action.
04:27Et là, vous avez quand même plus de 4 millions de particuliers qui se précipitent sur cette ouverture, dont 150
04:31000 salariés.
04:32Ça rapporte entre 5 et 7 milliards d'euros aux finances publiques.
04:38En 2019, le 15 avril, Erwan Bénézé vous révélait dans Le Parisien un plan de la direction d'EDF pour
04:44réformer l'entreprise, le plan Hercule.
04:48Quel est le projet ?
04:49Ça consiste à vendre l'entreprise en appartement.
04:52C'est-à-dire à le diviser en plusieurs parties, en l'occurrence trois.
04:55Une partie publique, une entreprise publique, qu'on aurait appelé EDF bleu pour les centrales nucléaires.
05:00Une autre, EDF vert.
05:02Côté en bourse pour la distribution d'électricité et, à l'époque, pour l'énergie renouvelable.
05:07Et puis une troisième, EDF Azure, qui se serait occupée des barrages hydroélectriques.
05:12L'objectif, c'était effectivement d'isoler l'activité nucléaire.
05:15Et de l'autre côté, réserver les activités qui sont commercialement intéressantes ou qui, de toute façon, attirent les investisseurs.
05:21Je pense notamment en renouvelables.
05:23De le laisser aux privés.
05:24Parmi les opposants à ce plan, du côté des syndicats ou encore de la gauche notamment, beaucoup disent que c
05:28'est une façon de nationaliser les pertes et de privatiser les gains.
05:32Pourquoi il dit ça ?
05:33Parce que dans le projet qui est prévu, on met d'un côté la partie nucléaire, gourmande en énergie et
05:37qui perd de l'argent, parce qu'elle est justement gourmande en énergie.
05:39Et de l'autre côté, vous mettez celle des énergies renouvelables qui, elle, a le vent en poupe, parce qu
05:44'elle intéresse les investisseurs, parce qu'elle intéresse les États, parce que c'est ce que demande le public, c
05:49'est-à-dire des énergies propres.
05:50Donc voilà pourquoi on dit d'un côté, on nationalise les pertes, donc le nucléaire, et on privatise les recettes,
05:56à savoir les énergies renouvelables.
05:57Vincent Verrier, au mois de juillet 2021, le plan Hercule est abandonné.
06:01Oui, parce que finalement, on est des opposants des deux côtés, à la fois du côté syndical et même politique,
06:05la gauche, qui estime que ce projet va démanteler EDF,
06:09qui va à l'encontre finalement de ce que voulait le Conseil national de la résistance, qui voulait une grosse,
06:13grosse entreprise publique de l'énergie.
06:15Et puis également une opposition de la part de Bruxelles, qui trouve que ce plan va pas assez loin, justement,
06:19dans la séparation.
06:20Donc trop de séparation d'un côté, pas assez de séparation de l'autre.
06:23Finalement, le gouvernement décide d'abandonner le projet.
06:27On en vient au début de cette année, Erwan Benezé, début 2022, si on fait le point à ce moment
06:32-là, EDF est dans une passe difficile, avec d'abord une dette très importante.
06:37Effectivement, là, en 2022, cette dette, elle se monte à 43 milliards d'euros, plombés notamment par l'activité nucléaire.
06:44Elle va d'ailleurs sans doute encore augmenter pour atteindre les 60 milliards d'euros dès l'année prochaine.
06:49C'est donc un fardeau considérable pour EDF, d'autant que les taux sont en train d'être relevés, ce
06:55qui va encore augmenter le poids de cette dette, et donc la pression sur les finances du groupe.
07:00Et l'entreprise va devoir investir massivement dans les années qui viennent. Pourquoi et dans quelles mesures ?
07:06Alors il y a d'abord ce qu'on appelle le grand carénage.
07:08C'est une série de travaux d'entretien de modernisation des 56 réacteurs, actuellement en activité en France.
07:13Il s'agit à la fois de remettre ces réacteurs aux normes, après notamment la catastrophe de Fukushima au Japon
07:18en 2011,
07:19mais également de pouvoir prolonger la durée de vie de certains d'entre eux.
07:23Initialement, ces réacteurs devaient fonctionner qu'une trentaine d'années.
07:26Aujourd'hui, on envisage que ça pourrait être le double pour certains d'entre eux, comme ça se passe déjà
07:30aux Etats-Unis.
07:31Alors ce grand carénage, il a été chiffré en 2012 par la Cour des comptes à 100 milliards d'euros.
07:37Et puis à ça, on peut ajouter les investissements de la construction de nouveaux réacteurs,
07:41s'ils sont d'ores et déjà programmés.
07:43Et ça devrait là aussi coûter la bagatelle d'une soixantaine de milliards d'euros.
07:47Donc, troisième point qui rend très compliquée la situation pour EDF, Erwann Benezé,
07:51l'État, l'actionnaire majoritaire, lui impose à ce moment-là de vendre encore plus d'électricité à bas prix
07:57à ses concurrents.
07:58Il faut savoir que depuis 2011, pour favoriser justement la concurrence,
08:02EDF a obligation de vendre une partie de son électricité nucléaire à prix cassé à ses concurrents.
08:08Les prix d'électricité sont tels que les fournisseurs alternatifs,
08:11les concurrents d'EDF, n'arrivent plus à proposer des offres qui puissent intéresser les clients.
08:16Et donc, l'État essaie encore de donner un petit coup de pouce à ses fournisseurs
08:20et il augmente le volume global de cette électricité qui leur est vendue à prix cassé.
08:25Il l'augmente de 20%.
08:26Aujourd'hui, ça représente un tiers de l'électricité qu'elle produit par an.
08:30Et ce n'est pas tout.
08:31De plus en plus de centrales nucléaires sont mises à l'arrêt pour des raisons techniques.
08:35D'une part, le parc nucléaire est vieillissant.
08:37Donc, c'est toujours plus compliqué de l'entretenir.
08:39Ce qui fait qu'il y a des problèmes de maintenance qui se font.
08:41En plus, il y a eu le Covid pendant deux ans.
08:43Donc, il y a une partie de la maintenance qui a été décalée et ça s'accumule.
08:47Et puis, d'autre part, il y a eu des problèmes de corrosion qui ont été découverts au cœur de
08:51ces réacteurs.
08:52Il a fallu arrêter 12 réacteurs.
08:54Ce qui fait aujourd'hui que la moitié du parc nucléaire est à l'arrêt.
08:58Et c'est autant d'électricité qui n'est pas produite.
09:01C'est une perte financière pour EDF qui est estimée à 20 milliards d'euros cette année.
09:05Mais ça a aussi un impact, y compris pour les consommateurs, puisque ça fait augmenter les prix sur les marchés
09:10et donc les tarifs de l'électricité, y compris pour les ménages.
09:14Vincent Verrier, le 17 mars, pendant la campagne présidentielle, le président sortant et candidat à sa réélection, Emmanuel Macron présente
09:21son programme pendant une conférence de presse à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis.
09:25Et il dit quelques mots sur EDF, mais sans prononcer le nom de l'entreprise.
09:30Il dit « Nous aurons à reprendre le contrôle capitalistique de plusieurs acteurs industriels ».
09:34Et plus tard, il est interrogé pour savoir de quoi il parle, parce que tout le monde s'est interrogé
09:37un petit peu.
09:38Il commence à parler du premier électricien français.
09:41Jamais il cite EDF, mais on comprend dans son discours qu'il va se passer quelque chose pour EDF.
09:46En clair, quelle est son idée ?
09:47Emmanuel Macron veut reprendre la masse sur EDF, donc reprendre 100% du capital.
09:51Et derrière, en étant en possession de la totalité d'entreprises, l'État peut mener, comme il le veut, le
09:59programme énergétique de la France pour les prochaines années.
10:01Et à quel rythme, quel investissement ? Ça lui donne les coups d'effranche pour faire ce qu'il veut.
10:06Il y a aussi une question de coût d'emprunt. L'idée, c'est qu'une entreprise possédée par l
10:10'État pourrait emprunter moins cher, c'est ça ?
10:12Oui, parce que pour les investisseurs, quand on sait que derrière, vous avez des finances de l'État qui peuvent
10:16venir au secours de l'entreprise, c'est quand même beaucoup plus rassurant.
10:18L'idée, c'est de se dire qu'actuellement, EDF emprunte sur les marchés financiers à un taux assez important
10:24parce qu'elle est très endettée.
10:25Avec la garantie de l'État, donc en étant propriété unique de l'État, ces taux d'emprunt vont diminuer
10:31un petit peu.
10:31Et comme les investissements sont extrêmement importants, ça lui permettrait d'emprunter plus d'argent.
10:35Et ces investissements, on a une idée des montants que ça représente ?
10:38Je pourrais citer le grand carénage, le grand chantier estimé à 100 milliards d'euros par la Cour des comptes
10:44en 2012.
10:45Il y a la mise en service de Flamanville qui n'est toujours pas opérée.
10:50Là, c'est un chantier à 20 milliards.
10:52Il y a les deux réacteurs actuellement en construction à Inclay Point en Angleterre, coût 30 milliards d'euros.
10:59Et il y a les six réacteurs qui vont être construits à l'avenir et pour l'instant coût estimé
11:0360 milliards d'euros.
11:05La facture est donc gigantesque.
11:08Emmanuel Macron est réélu le 24 avril.
11:11Elisabeth Borne est nommée première ministre le 16 mai.
11:13Et à ce moment-là, avant même les législatives des 12 et 19 juin,
11:17la renationalisation d'EDF, le retrait d'EDF de la bourse, apparaît comme une priorité pour le gouvernement.
11:24Oui, parce que le gouvernement veut aller vite.
11:26Tout le monde s'est rendu compte que l'énergie actuellement était un sujet extrêmement important.
11:31Ça conditionne la vie des Français, les prix augmentent.
11:33Donc le gouvernement veut prendre la main pour préparer l'avenir,
11:36notamment avec la construction de nouveaux réacteurs nucléaires.
11:39Et ça, ça nécessite des investissements monstrueux.
11:42Donc la prise à 100% du capital d'EDF va permettre à l'État d'avoir la main sur
11:46ce dossier.
11:47D'un mot, comment il compte s'y prendre ?
11:48Il y a deux possibilités.
11:49Soit on fait une loi de nationalisation,
11:51donc vous présentez une loi au Parlement, elle est votée ou pas.
11:54Soit vous faites une OPA ou offre au public d'achat.
11:56Et là, vous fonctionnez comme une entreprise privée qui souhaite acquérir une autre entreprise.
11:59Ça veut dire quoi ?
12:00Ça veut dire que comme n'importe quelle entreprise,
12:02l'État va proposer un prix par action pour acheter EDF,
12:05et aux actionnaires d'accepter ou pas cette offre.
12:07Aux législatives, le parti d'Emmanuel Macron, La République En Marche,
12:11perd la majorité absolue.
12:12D'un mot, Vincent Verrier,
12:14ça veut dire que l'adoption d'une loi de nationalisation devient compliquée ?
12:18Oui, bien sûr, parce que vous avez des oppositions fortes maintenant à l'Assemblée nationale.
12:21Vous avez l'extrême gauche, l'extrême droite,
12:22qui ne sont pas forcément favorables à cette nationalisation.
12:25Le projet avait de fortes chances de ne pas passer.
12:28Donc il trouve une solution beaucoup plus rapide, qui est l'OPA.
12:30Offre au public d'achat.
12:32On en revient donc au début de cet épisode.
12:35Le 6 juillet, à l'Assemblée,
12:37Elisabeth Borne prononce son discours de politique générale
12:39et elle annonce la renationalisation d'EDF.
12:42Nous devons prendre des décisions que sur ces bancs-mêmes,
12:45d'autres ont pu prendre avant nous,
12:48dans une période de l'histoire,
12:50où le pays devait aussi gagner la bataille de l'énergie et de la production.
12:55Et présente la stratégie choisie par l'État,
12:57c'est-à-dire de passer par une offre publique d'achat,
13:00avec un calendrier.
13:01En juillet, Bercy, le ministère de l'Économie,
13:03annonce le montant du rachat, 10 milliards d'euros.
13:06Ça fait 12 euros par action.
13:08Le principe est validé par l'Assemblée nationale
13:10et puis l'offre doit être déposée auprès de l'autorité des marchés financiers.
13:13Quel est l'intérêt de faire cette opération ?
13:15Qu'est-ce qui est mis en avant ?
13:16D'une part, il s'agit de rassurer les marchés financiers
13:19pour pouvoir emprunter pas trop élevés.
13:23Et puis, une entreprise 100% publique
13:25a la moins d'obligations dans la présentation du bilan financier,
13:29en termes de détails,
13:30qu'une entreprise qui est cotée.
13:32Et donc, ça permet aussi éventuellement,
13:34non pas de maquiller,
13:35mais en tout cas de ne pas donner toutes les informations
13:37qui pourraient effrayer ces mêmes marchés.
13:40Et donc, là encore, c'est toujours le même objectif,
13:42c'est de pouvoir diminuer les coûts de financement.
13:47Vincent Verrier, le mardi 9 août,
13:49le PDG de l'entreprise, Jean-Bernard Lévy,
13:51engage un bras de fer avec l'État.
13:53Il saisit le Conseil d'État,
13:54qui est la plus haute juridiction administrative en France.
13:57Pourquoi précisément ?
13:59pour demander à ce que l'État lui rembourse
14:02à peu près 8,34 milliards d'euros
14:05pour compenser la vente à bas coût de l'électricité à ses concurrents.
14:09Parce qu'il considère que ça va à l'encontre de l'intérêt de l'entreprise.
14:11Il faut savoir qu'en tant que mandataire social,
14:13donc en tant que patron d'EDF,
14:15il est censé défendre l'intérêt de la boîte.
14:16C'est certes une boîte publique,
14:18mais il doit défendre l'intérêt de la boîte.
14:19Donc, il fait son job.
14:21Dans le fond de ce dossier,
14:22il y a surtout un bras de fer,
14:24ou même une incompréhension entre l'État actionnaire majoritaire
14:27et le PDG d'EDF.
14:29Ça fait des mois que les deux ne se comprennent plus.
14:33Donc au final,
14:34la confiance de l'actionnaire majoritaire
14:36envers Jean-Bernard Lévy est rompue.
14:39Jean-Bernard Lévy avait d'ailleurs appris en juillet
14:42que l'État va le remplacer à la tête d'EDF dès cet automne,
14:45alors qu'il aurait pu espérer rester à ce poste jusqu'en mars 2023.
14:49Vincent Verrier,
14:50l'annonce de la renationalisation de l'entreprise,
14:53entraîne aussi une fronde de nombreux petits actionnaires.
14:56Oui, parce que l'action d'EDF en 2005,
14:59lors de l'ouverture du capital,
15:01valait 32 euros.
15:02Elle est montée jusqu'à plus de 86 euros en 2007-2008.
15:05Et là, lorsque l'État annonce qu'il veut reprendre la masse
15:08sur 100% du capital,
15:09il propose 12 euros.
15:10Un montant jugé insuffisant pour les petits actionnaires
15:12qui accusent l'État d'avoir pris des décisions
15:16contraires à l'intérêt d'EDF,
15:17qui ont fait baisser le cours de bourse
15:19selon les petits actionnaires
15:20qui se sentent, je le répète, spoliés.
15:22Erwan Bénezé, d'après de nombreux spécialistes du dossier,
15:26finalement, cette renationalisation
15:27n'est qu'une première étape ?
15:29C'est ce qu'ils craignent.
15:31Effectivement, en annulant le projet Hercule,
15:33ils estiment que l'État a peut-être momentanément
15:35changé de stratégie,
15:36mais en réalité, il n'a pas changé d'objectif.
15:38L'objectif, encore une fois,
15:41c'est selon eux le démantèlement de l'entreprise,
15:43c'est-à-dire de découper cette entreprise
15:46à minima en trois parties,
15:47avec le nucléaire d'un côté,
15:49et éventuellement peut-être d'ailleurs l'hydraulique.
15:52On estime que ces activités sont régaliennes, stratégiques,
15:55et puis le renouvelable de l'autre,
15:57et le commerce,
15:58c'est-à-dire la vente de l'électricité.
15:59Pour résumer l'état d'esprit des syndicats,
16:02c'est un peu Hercule, le retour.
16:05Vincent Verrier, au fond,
16:07pourquoi Emmanuel Macron tient à cette idée
16:09de diviser l'entreprise en plusieurs entités ?
16:12Parce que c'est aussi une demande de l'Europe,
16:13c'est-à-dire que l'Europe est garant de la libre concurrence
16:16entre les pays sur différents marchés,
16:18et il estime que si EDF reste comme elle est aujourd'hui,
16:22ce n'est pas de nature à favoriser la concurrence.
16:24Parce qu'elle est à la fois producteur et vendeur d'énergie.
16:26Elle cumule les deux métiers,
16:27et ça, c'est une nature à jouer sur les prix,
16:29et ça, l'Europe n'en veut pas.
16:37Merci à Erwann Bénézé et Vincent Verrier.
16:40Cet épisode de Codesource a été préparé
16:42avec Raphaël Pueyo,
16:44production Thibault Lambert,
16:45Clara Garnier-Amourou et Emma Jacob,
16:48réalisation Julien Moncouquiole.
16:50Codesource est le podcast d'actualité du Parisien,
16:53un nouvel épisode publié chaque soir de la semaine.
16:56Si vous aimez Codesource,
16:57n'hésitez pas à nous le dire
16:58en laissant des petites étoiles
17:00ou un commentaire sur votre application audio préférée,
17:02et n'oubliez pas de vous abonner
17:04pour ne rater aucun épisode.
17:06Vous pouvez nous contacter sur Twitter,
17:08ou nous écrire directement
17:10codesourceatleparisien.fr
17:13et n'oubliez pas de vous abonner à la chaîne.
17:43et n'oubliez pas de vous abonner à la chaîne.
17:44Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires