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Le mardi 29 avril signe les cent jours du second mandat de Donald Trump à la tête des Etats-Unis. Après une campagne centrée autour de la lutte contre l’mmigration quel bilan peut-on tirer de ces trois premiers mois ? Pour Code source, Mehdi Bouzouina, correspondant aux Etats-Unis pour le Parisien, dresse un premier bilan de cette politique migratoire subversive.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Grouzis, Clara Garnier et Orianne Gendreau- Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Wall Street Journal, PBS News.

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#immigration #trump #etatsunis

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Clara Grosys pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Fin avril, le président américain Donald Trump célébrait les 100 premiers jours de son mandat à la tête des Etats
00:18-Unis.
00:19Déploiement de l'armée à la frontière, arrestations, expulsion de migrants clandestins,
00:25ce début de mandat a été fortement marqué par la lutte contre l'immigration.
00:29Illégale, mais pas seulement.
00:31Aujourd'hui dans Codesources, Mehdi Bousouina, correspondant pour le Parisien aux Etats-Unis,
00:37dresse un premier bilan de la politique migratoire de Donald Trump.
01:04Le 29 avril dernier, le président des Etats-Unis, Donald Trump, célébrait les 100 premiers jours de son second mandat.
01:09A cette occasion, il a fait installer le long de l'allée qui mène à la Maison Blanche,
01:13là où les journalistes sont obligés de passer avec leur caméra, une mise en scène agressive.
01:18Mehdi Bousouina, qu'est-ce qu'on pouvait voir dans les jardins de la Maison Blanche ce jour-là ?
01:22Alors ce jour-là, on a une centaine de panneaux qui ont été plantés au bord de la chaussée,
01:26et sur certains de ces panneaux, on voit des photos de personnes dans leur voiture,
01:30qui reprennent les codes des mugshots, des photos judiciaires.
01:33Et en fait, ces personnes sont présentées comme des illegal aliens, des immigrés illégaux,
01:38un mot assez connoté politiquement, présenté comme étant en situation irrégulière sur le sol américain.
01:44On a la mention arrested, donc arrêté, suivi du crime supposé, meurtre, agression sexuelle, trafic de drogue.
01:50Clairement, c'est une manière de connecter immigration illégale et criminalité,
01:54et aussi de mettre en avant les progrès de l'administration Trump sur ces sujets-là.
01:58On va revenir sur cet événement et sur le bilan migratoire de Trump,
02:02après 100 jours à la tête des Etats-Unis, mais d'abord faisons un retour en arrière.
02:072016, Trump est élu à la tête du pays pour un premier mandat.
02:11Il a fait de l'immigration un de ses thèmes de campagne, et cela va contribuer à son élection.
02:16Le thème principal de Donald Trump dans cette campagne de 2016, c'est l'immigration.
02:21Il a des mots très durs envers les immigrés illégaux, il va les qualifier de violeurs, de voleurs.
02:26Il faut savoir qu'à ce moment-là, l'immigration est un thème extrêmement sensible aux Etats-Unis.
02:30Depuis la crise financière de 2008, on a clairement une grande partie des Américains
02:34qui remettent la faute de cette insécurité économique qu'ils ressentent sur les immigrés.
02:39Clairement, ça fait un petit moment déjà que les candidats à des élections,
02:42qu'elles soient locales ou nationales, font campagne sur ce thème.
02:45Dès son investiture, le 20 janvier 2017, le Républicain décide de signer un décret
02:50qui interdit aux ressortissants de 7 pays à majorité musulmane d'entrer sur le territoire américain.
02:57Ce texte, qui signe très rapidement dès son arrivée à la Maison Blanche,
03:00s'appelle le Muslim Ban, enfin il est surnommé le Muslim Ban.
03:02Il va interdire l'entrée à des ressortissants de 7 pays à majorité musulmane,
03:07l'Irak, l'Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et le Yémen.
03:11Et ce, pendant 3 mois.
03:12Ça a beaucoup surpris parce qu'en fait, ça visait aussi des personnes qui avaient des visas valides,
03:17voire des demandeurs d'asile en cours de procédure,
03:19et même des personnes qui avaient une carte verte, donc qui étaient résidents permanents
03:23et qui à ce moment-là étaient potentiellement allés voir leurs familles dans leur pays d'origine.
03:27En 2018, il est critiqué par l'opposition pour sa politique dite de tolérance zéro.
03:32Des enfants de migrants se retrouvent enfermés et séparés de leurs parents.
03:36Est-ce que vous pouvez nous raconter ça ?
03:38Cette politique de tolérance zéro, elle va de pair avec la fin du programme d'accueil des réfugiés.
03:43L'idée, c'est de dissuader en poursuivant tous les adultes qui tentent de traverser le Rio Grande,
03:47donc c'est cette frontière naturelle qui sépare les Etats-Unis et le Mexique,
03:51en leur disant, même si vous êtes accompagnés d'enfants, vous n'allez pas être protégés.
03:54Donc ce qui se passait, c'est que lorsqu'on était sous Obama avant Trump,
03:58les familles étaient placées ensemble dans des centres de détention,
04:00en attendant d'être soit renvoyées, soit d'obtenir potentiellement l'asile pour rester aux Etats-Unis.
04:05Et bien, à partir de ce moment-là, Trump dit non, nous allons vous séparer,
04:09et c'est une manière de jouer les gros bras.
04:11Alors que son premier mandat s'achève, on se rend compte qu'une des promesses phares du candidat Trump
04:16n'a pas été tenue, la construction d'un mur.
04:19Alors Donald Trump a été élu sur la construction d'un mur entre les Etats-Unis et le Mexique.
04:24Nous allons avoir des frontières incroyables, nous allons construire un mur, ça va être construit.
04:32En réalité, cette promesse de campagne, il va la tenir qu'en partie, voire même quasiment pas du tout.
04:37Il n'y a que quelques centaines de kilomètres de murs qui ont été mis en place,
04:40et c'est principalement des grilles surmontées de barbelés.
04:43La réalité, c'est que la frontière, on en parle de moins en moins au fur et à mesure de
04:47son mandat,
04:47il se passe tellement de choses, entre autres une pandémie mondiale à partir de la fin 2019, début 2020.
04:53Clairement, c'est quelque chose que les Américains ont un petit peu laissé de côté pendant quelques mois.
04:58En 2020, c'est Joe Biden qui remporte l'élection présidentielle.
05:01Dès le mois de novembre 2022, Donald Trump annonce sa candidature en vue de l'élection de 2024.
05:08Et l'immigration va rapidement, à nouveau, s'imposer comme thème de campagne.
05:12On est en sortie de Covid, il y a beaucoup de personnes qui ont perdu leur boulot,
05:16il y a des économies qui sont presque à l'arrêt,
05:18et un regain des flux migratoires qui est une conséquence de cette pandémie mondiale.
05:22Le résultat de tout ça, c'est qu'on a de plus en plus d'entrées illégales,
05:25et que le thème de l'immigration s'installe à nouveau comme une priorité dans les débats pour la présidentielle.
05:30Trump va jouer la surenchère à fond.
05:32La promesse, c'est qu'avant la fin de son mandat,
05:34il ait quasiment déporté de toutes les personnes présentes illégalement sur le territoire américain,
05:38soit environ 10 à 11 millions de personnes,
05:40et ce, en utilisant potentiellement l'armée, en la déployant,
05:44et en reprenant la construction du mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.
05:58Le 10 septembre 2024, lors du débat présidentiel qui l'oppose à Kamala Harris,
06:03Donald Trump accuse les immigrés haïtiens de la ville de Springfield
06:06de manger des animaux domestiques.
06:09Cette rumeur est rapidement démentie par les autorités de la ville,
06:12mais elle va continuer d'alimenter le débat sur l'immigration.
06:15C'est évidemment une fake news,
06:17et l'idée c'est d'appuyer sur le fait qu'il y a cette forte communauté haïtienne
06:21qui travaille et qui prend de plus en plus de place dans cette ville de Springfield,
06:25et d'appuyer sur la frustration potentielle des habitants de la région,
06:27dans un contexte de difficultés économiques.
06:30Plus tard, il y aura le candidat à la vice-présidence, J.D. Vance,
06:33qui va avouer que c'était faux et monté de toute pièce,
06:37et qu'il en avait conscience qu'il l'avait fait avant tout,
06:40afin de remettre la question de l'immigration au premier plan.
06:42Donald Trump est finalement élu 47e président des Etats-Unis le 5 novembre 2024.
06:48Dès son élection, les tensions à la frontière avec le Mexique montent,
06:51les migrants ont peur de ne plus pouvoir passer.
06:54Le Républicain est investi le 20 janvier suivant,
06:56et dès ce jour-là, il signe plusieurs décrets pour stopper l'immigration.
07:00Il déclare l'état d'urgence nationale à la frontière sud,
07:03et y envoie des militaires.
07:05Il met aussi fin aux droits d'asile,
07:07ce qui a des conséquences directes pour les milliers de personnes
07:09qui veulent rentrer aux Etats-Unis, lesquelles ?
07:12Les personnes qui sont principalement concernées par cela,
07:15ce sont les demandeurs d'asile qui attendaient,
07:17de l'autre côté de la frontière,
07:19un rendez-vous avec les autorités américaines,
07:21afin de faire avancer leur dossier.
07:23Elles passaient, ces personnes-là, par une application qui s'appelait CBP-1,
07:26sur laquelle elles devaient attendre des mois et des mois
07:28pour obtenir un rendez-vous,
07:29afin de traverser la frontière le temps d'un rendez-vous.
07:31En fait, cette application a été supprimée du jour au lendemain,
07:33donc ces personnes-là se sont retrouvées abandonnées,
07:36certaines sont rentrées dans leur pays d'origine,
07:38d'autres attendent encore, de l'autre côté,
07:39dans des villes comme Ciudad Juarez,
07:42grande métropole du côté mexicain de la frontière.
07:45Medibuzuina, vous vous rendez à ce moment-là à Eagle Pass,
07:47une petite ville frontalière au sud-est du Texas.
07:50Comment est l'ambiance là-bas ?
07:51C'est une ambiance très pesante.
07:53On est dans un climat de dénonciation.
07:55J'ai par exemple l'anecdote d'un manager d'hôtel
07:57qui me confie qu'il se réserve le droit d'appeler un garde-frontière
08:00dont il a le contact direct pour dénoncer un client
08:03qui lui semblerait suspect.
08:04Dans ces décrets signés au moment de son investiture,
08:06Donald Trump annonce aussi la fin du droit du sol,
08:09principe qui se trouve inscrit dans la Constitution américaine.
08:12Les enfants nés aux Etats-Unis de parents étrangers
08:15n'auront plus la nationalité états-unienne.
08:17Mais ce décret est très vite retoqué par la justice.
08:20C'est un décret qui a été signé dès le 20 janvier,
08:22donc dès son retour à la Maison-Blanche.
08:23Il supprime le sacro-saint droit du sol
08:25qui est pourtant protégé par le 14e amendement de la Constitution américaine.
08:29Donc c'est censé être un principe intouchable.
08:31Dans ce cadre-là, Donald Trump, il a des avocats,
08:33il sait très bien ce qu'il est en train de faire.
08:35Il y a un juge fédéral qui bloque très vite
08:36cette décision de l'administration Trump
08:38de finalement mettre un terme au droit du sol.
08:41Et on le suspecte de tester les limites du système politique américain
08:45et de la séparation des pouvoirs.
08:46Il a plusieurs fois assumé publiquement se réserver le droit
08:49de respecter ou non les décisions judiciaires sur sa politique,
08:54même celles de la plus haute juridiction américaine,
08:56qui est la Cour suprême.
08:57La nouvelle administration va aussi mettre en scène
09:00des arrestations partout sur le territoire.
09:02La police de l'immigration, nommée en anglais ICE,
09:06va cibler les villes sanctuaires.
09:08Ces villes qui sont surnommées ainsi
09:10parce que les immigrés sans papier y sont protégés.
09:13Mais Dibouzouina, on peut parler d'opérations de communication, n'est-ce pas ?
09:16Ce sont des opérations qui semblent être mises en scène.
09:19C'est assez impressionnant.
09:21On a plusieurs personnes lourdement armées
09:23qui frappent valamment à la porte
09:24de personnes suspectées d'être présentes illégalement sur le territoire.
09:27Souvent, ça va éveiller tout un quartier.
09:29Clairement, il y a une dimension communication non négligeable
09:32sur ces opérations-là.
09:33Il y a une personne qui représente
09:34toute la dimension répressive de cette politique.
09:37C'est Tom Oman, le tsar de la frontière
09:40nommé par Donald Trump,
09:41pour piloter toute cette politique migratoire.
09:44Et il va avoir des mots très durs,
09:46dire qu'il n'y a plus de lieux sanctuaires.
09:48Les églises ne sont plus des lieux
09:49où les migrants peuvent se cacher.
09:51Les enfants de migrants ne sont pas non plus protégés,
09:54plus que d'autres personnes.
09:55Clairement, on est monté d'un ton par rapport au premier mandat.
09:57On l'a dit, l'objectif de Trump,
09:59c'est d'expulser des millions de personnes
10:01entrées illégalement sur le territoire américain.
10:03Le 16 mars, son administration va envoyer vers le Salvador
10:07plus de 200 personnes
10:09qui sont accusées d'être membres de gangs vénézuéliens.
10:12Elles sont emprisonnées dans des conditions très dures
10:14et cela va être fortement critiqué.
10:16Oui, toute cette politique-là fait partie d'un deal
10:19qui est parvenu à décrocher Donald Trump
10:20avec le dirigeant du Salvador, Naïb Bukele.
10:23En fait, en échange de 6 millions de dollars,
10:26le dirigeant de ce pays d'Amérique centrale
10:28promet d'incarcérer les migrants déportés
10:29dans des prisons de très haute sécurité
10:31qui s'apparentent à des prisons pour détenir des personnes terroristes.
10:35Ce centre qui a beaucoup fait parler,
10:36c'est le CECOT.
10:39Et en fait, on a vu plusieurs photos qui sont sorties
10:41qui ont été largement diffusées par l'administration Trump
10:44où l'on voit des détenus, souvent très tatoués,
10:48qui sont simplement vêtus d'un caleçon,
10:51enchaînés les uns aux autres,
10:52par terre accroupis dans des positions dégradantes.
10:54Ces personnes-là, elles ont été visées en particulier
10:56parce qu'elles avaient des tatouages
10:58ou des habits qui pourraient faire penser
11:01à une appartenance à un gang,
11:03mais elles n'ont pas bénéficié
11:04de ce qu'on appelle le due process en anglais,
11:06c'est-à-dire un procès juste, en fait.
11:08Elles ont été envoyées sans véritable procédure juridique adéquate
11:12un peu du jour au lendemain.
11:13Et c'est ça qui est dénoncé par les ONG
11:15et aussi par l'opposition politique américaine.
11:18Parmi ces personnes expulsées,
11:20un Salvadorien,
11:22Kilmar Abrego Garcia, 29 ans.
11:24Il est arrivé aux Etats-Unis en 2011
11:26et il vivait légalement dans le Maryland
11:29depuis une décision de justice de 2019.
11:32Mais il va quand même être arrêté
11:34et envoyé dans cette prison du Salvador.
11:37C'est un jeune Salvadorien de 29 ans
11:39qui habite dans le Maryland
11:39et qui est marié à une Américaine
11:41et père de trois enfants.
11:42Certes, il est arrivé légalement aux Etats-Unis en 2011
11:44pour dit-il fuir la violence des gangs.
11:46Notamment un gang qui s'appelle le MS-13
11:48qui menaçait sa famille.
11:50Il a obtenu un statut légal par la suite
11:52et il aurait été visé parce qu'il possédait des tatouages
11:55que l'administration américaine
11:57estimait être des tatouages d'appartenance à un gang.
12:00Et une casquette des Chicago Bulls
12:02qui est souvent une casquette
12:03qui est portée par des personnes de ce gang-là.
12:05Ce qui semble être des indices assez légers
12:07pour envoyer quelqu'un dans une prison de haute sécurité.
12:10Le 10 avril, la Cour suprême va juger cette expulsion illégale à l'unanimité.
12:16Mais Donald Trump, même s'il reconnaît une erreur,
12:19ne compte pas extraire Kilmar Abrego Garcia de cette prison.
12:22On l'a dit tout à l'heure par rapport au droit du sol,
12:24ce n'est pas la seule mesure prise par Donald Trump
12:26qui est rapidement retoquée par la justice.
12:29Quelle est l'attitude du président américain
12:30vis-à-vis du pouvoir judiciaire ?
12:32Donald Trump a une attitude à la fois ambiguë et désinvolte
12:35vis-à-vis du système judiciaire américain
12:37et de la séparation des pouvoirs
12:39sur laquelle repose l'équilibre de la démocratie américaine.
12:42Récemment, et à plusieurs reprises,
12:44il a évoqué le fait qu'il n'était pas sûr
12:46qu'il avait besoin de respecter les décisions de la Cour suprême.
12:50Typiquement, la Cour suprême a clairement indiqué
12:53qu'il fallait qu'il marre Abrego Garcia soit rapatrié
12:57et l'administration Trump, malgré le fait qu'elle a reconnu cette erreur,
13:01refuse de rapatrier Kilmar Abrego Garcia aux États-Unis.
13:04En plus des migrants, Donald Trump commence aussi à s'attaquer
13:07aux étudiants étrangers.
13:09Dès le mois de mars, des centaines d'entre eux
13:10ont appris que leurs visas ont été révoquées.
13:13Qu'est-ce qu'il s'est passé, Mehdi Bouzouina ?
13:14Ces révocations de visas font partie d'un programme
13:17qui s'appelle Catch and Revoke,
13:18soutenu par le secrétaire d'État Marco Rubio.
13:21Et en fait, ils utilisent des outils d'intelligence artificielle
13:23pour détecter des activités en ligne
13:25qui iraient à l'encontre des États-Unis
13:27ou de ses alliés, notamment sur les réseaux sociaux.
13:30Donc ça peut être des commentaires, des publications jugées antinationaux.
13:34Ça a concerné 1500 étudiants dans environ 250 universités américaines,
13:38donc c'est pas négligeable.
13:40Faut imaginer des étudiants qui sont partis à l'autre bout du monde,
13:43qui ont obtenu un visa, qui sont en cours d'années d'études
13:45et qui reçoivent un jour une lettre
13:46en leur disant que leur visa a été révoqué
13:49et qu'ils doivent quitter le territoire.
13:50Donc c'est quelque chose d'assez violent.
13:51Et souvent, il y a assez peu de justifications,
13:53donc ça rend la chose encore plus violente.
13:55Plusieurs d'entre eux ont même été arrêtés,
13:57notamment après avoir participé à des manifestations pro-Palestine.
14:00Il y a un étudiant qui est un peu le symbole
14:01de cette répression des manifestants,
14:04c'est Mahmoud Khalil,
14:05qui a 30 ans et qui est une des figures
14:07du mouvement pro-Palestinien aux États-Unis.
14:09Il a été arrêté en mars
14:11sur le campus de la prestigieuse université Columbia,
14:14à New York,
14:14et c'est une affaire qui a fait couler beaucoup d'encre,
14:16parce qu'elle a été considérée comme une affaire purement politique.
14:19C'est un résident permanent,
14:21donc il bénéficie quand même d'une certaine protection, normalement.
14:23Et ses avocats, ils dénoncent une violation
14:25de la liberté d'expression,
14:26et ils font appel actuellement,
14:27donc c'est un procès qui est en croix.
14:29Concernant ces étudiants,
14:31les révocations de visas semblent s'être calmées,
14:33et l'administration a annoncé
14:35qu'ils bénéficieraient peut-être de mesures assouplies.
14:38Ces dernières semaines,
14:39les autorités ont aussi expulsé
14:41trois enfants en bas âge
14:43qui avaient la nationalité américaine.
14:47Ils ont en fait été arrêtés avec leurs parents,
14:49qui, eux, étaient sur le territoire américain,
14:52de manière illégale.
14:53Mi-avril,
14:54vous vous rendez au sud du pays,
14:57à la frontière avec le Mexique.
14:58C'est comment là-bas ?
14:59C'est un peu la même sensation qu'à Eagle Pass,
15:02quelques mois plus tôt,
15:02la sensation d'être dans une ville plus ou moins fantôme,
15:05sauf que là, on est dans une agglomération
15:06de près de 2 millions d'habitants.
15:08On sent que la ville vit au ralenti.
15:10Très régulièrement, on voit des pick-ups
15:11des gardes frontières,
15:13donc ces pick-ups blancs et verts,
15:14qui patrouillent dans les rues
15:16et qui font peur aux habitants.
15:17C'est une zone où il y a
15:18les principales associations d'aide aux migrants,
15:20et aussi les principaux centres de détention,
15:22où transitent les personnes en attente
15:24de décision sur leur statut migratoire.
15:26Et ce qu'on vous dit sur place,
15:27c'est que les centres de détention sont pleins.
15:29Parmi les personnes que j'ai interrogées,
15:30il y a une jeune femme de 22 ans
15:32qui a fui son pays d'origine, l'Iran,
15:34pour obtenir l'asile aux Etats-Unis,
15:36et elle est dans un cul-de-sac administratif.
15:38Elle m'expliquait que les détenus
15:40sont les uns sur les autres,
15:42ils n'ont pas vraiment d'intimité,
15:44qu'elles doivent se lever à 5h30 du matin
15:46afin de prendre le petit déjeuner,
15:47parce qu'il y a tellement de monde
15:48qu'ils font tout un tas de services,
15:50ou encore que c'est presque impossible
15:51de passer un coup de téléphone
15:53quelques minutes seulement par jour,
15:55et une des raisons qui expliquent
15:57la surpopulation carcérale
15:58de ces centres de détention,
15:59c'est le fait que Donald Trump
16:01a promis d'arrêter une politique
16:02qu'on appelle « catch and release »,
16:04donc attrapée et relâchée,
16:05qui était mise en place
16:06notamment sous Obama ou Biden,
16:08où en fait, une personne
16:09qui était arrêtée car suspectée
16:11d'être présente illégalement
16:13était relâchée et finalement
16:14devait comparaître à son procès,
16:16mais n'était pas dans un centre
16:16de détention en attendant.
16:18Et donc, étant donné qu'à chaque fois
16:19qu'il y a un doute,
16:19on envoie quelqu'un dans un centre
16:20de détention, on se doute
16:21qu'assez vite, on se retrouve
16:23avec beaucoup trop de monde.
16:24La réalité, c'est que
16:26même l'administration Trump
16:27fait du « catch and release »
16:28très discrètement,
16:29elle relâche quelques personnes
16:31suspectées d'être présentes
16:32illégalement parce qu'il n'y a
16:33juste plus de place
16:34dans ces centres de détention.
16:36Mais dit Bouswina,
16:37on en parlait au début
16:38de cet épisode,
16:39où en est le mur
16:40que promet Donald Trump
16:41depuis des années ?
16:42Donald Trump a promis
16:43de finir ce mur
16:44durant son mandat,
16:45ça semble assez irréaliste.
16:46Aujourd'hui, la frontière
16:47et le dispositif
16:48de protection de la frontière
16:50reposent surtout sur
16:51des agents qui patrouillent
16:52dans des zones où
16:53potentiellement,
16:54il peut y avoir des passages
16:55sans que personne ne voit.
16:56Et c'est plus le mur
16:58quelque chose de symbolique.
16:59C'est extrêmement coûteux.
17:00Par exemple,
17:01à la mi-mars,
17:01il y a un contrat
17:02qui a été signé
17:03pour construire
17:04à peine plus de 10 km
17:05de mur
17:05pour 70 millions de dollars.
17:07Le 16 avril,
17:08dans une interview
17:09sur la chaîne américaine
17:10conservatrice Fox News,
17:12le président américain
17:13explique vouloir lancer
17:14un programme d'auto-expulsion.
17:16Qu'est-ce qu'il entend par là ?
17:17Au fond,
17:17c'est un peu la stratégie
17:18de l'administration Trump,
17:19c'est faire peur
17:20pour que les migrants
17:20présents illégalement
17:21sur le territoire
17:22partent d'eux-mêmes.
17:23Une manière de les aider
17:24à prendre cette décision,
17:25entre guillemets,
17:25c'est de leur donner
17:27un peu d'argent,
17:28ici environ 1000 dollars,
17:29et un billet d'avion
17:30pour qu'ils puissent
17:31retourner dans leur pays d'origine.
17:32On en revient maintenant
17:33au mardi 29 avril
17:34et à cette mise en scène
17:35devant la Maison-Blanche.
17:36A l'occasion de la célébration
17:38de ses 100 premiers jours
17:39de mandat,
17:40le président américain
17:40a signé des nouveaux décrets
17:42pour accélérer
17:43la chasse à l'immigration.
17:44Son administration
17:45a aussi assuré
17:46avoir arrêté
17:47depuis le mois de janvier
17:48139 000 migrants.
17:50Mais dit Bousouina,
17:51on est loin des 1 million
17:52promis par Trump.
17:53C'est un chiffre significatif,
17:54139 000 migrants,
17:55mais c'est évidemment
17:56très loin de cet objectif
17:57d'un million
17:58qui semble irréaliste
17:59sur un an.
18:01Cette promesse
18:01de faire cette plus grande opération
18:03de déportation de l'histoire,
18:04elle sort à des contraintes
18:06logistiques,
18:07notamment un manque
18:08de personnel,
18:09un manque de moyens,
18:09dans un contexte
18:10où on essaye de faire
18:11des économies,
18:11mais aussi ils font face
18:13à des défis juridiques
18:14et diplomatiques,
18:15notamment le fait
18:15que les pays d'origine
18:16n'acceptent pas les retours.
18:18Pourtant,
18:19le nombre d'entrées
18:19dans le pays
18:20a fortement baissé.
18:21C'est une guerre de com'
18:22qui est mise en place
18:23par Donald Trump,
18:24mais on peut quand même
18:25estimer que cette guerre de com'
18:26qui vise à désinciter
18:28les candidats
18:29à l'entrée illégale,
18:30elle fonctionne.
18:31En mars 2025,
18:32donc deux mois
18:33après sa prise de fonction,
18:34on était à environ
18:357100 passages
18:37à la frontière,
18:37c'est 95% de moins
18:39qu'au même mois
18:40un an auparavant
18:41sous Joe Biden.
19:11Merci à Mehdi Bouzouina.
19:12Vous pouvez aussi écouter
19:14notre podcast
19:15Crime Story.
19:16Claudia Prolongeau
19:17et Damien Delsenis
19:18vous racontent
19:18tous les samedis
19:19une nouvelle affaire criminelle.
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