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Le Rassemblement National veut tourner la page de la condamnation en première instance de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics, malgré la peine d’inéligibilité qui l’empêche de se présenter à la présidentielle de 2027.

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#marinelepen #rassemblementnational #rn

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Clara Garnier-Amouroux pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Depuis la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics le 31 mars dernier,
00:16le Rassemblement National a du mal à choisir sa stratégie.
00:20Condamnée à une amende, une peine de prison sous bracelet électronique
00:23et une peine d'inéligibilité de 5 ans, effective immédiatement,
00:27Marine Le Pen pourrait ne pas être en mesure de se présenter à la présidentielle de 2027.
00:32Elle a rapidement fait appel et un nouveau procès doit avoir lieu début 2026.
00:37En attendant, le RN parle d'une décision politique et refuse d'évoquer publiquement un plan B.
00:43Mais depuis quelques jours, le parti d'extrême droite modère sa position
00:46et tente de remettre en scène le duo Marine Le Pen-Jordan-Bardella.
00:51Aujourd'hui dans Codesources, on vous raconte comment le Rassemblement National s'adapte à cette nouvelle donne
00:55avec Alexandre Sulzer, journaliste politico-parisien.
00:59Il couvre l'actualité de l'extrême droite depuis 2011.
01:05Alexandre Sulzer, le lundi 31 mars, vous êtes au tribunal correctionnel de Paris
01:10pour l'annonce du jugement dans l'affaire des assistants parlementaires du Rassemblement National.
01:15Vers 10h30, la présidente Bénédicte de Pertuis commence la lecture du jugement.
01:20Comment réagit Marine Le Pen ?
01:22Alors ça dure très longtemps la lecture du jugement puisqu'elle revient en détail sur les motivations de la condamnation.
01:28Et au bout d'une heure et demie, deux heures, on commence à comprendre évidemment que, sans surprise,
01:34elle va aller vers la voie de condamnation.
01:37Marine Le Pen et ses proches ne vont pas s'en sortir relaxés.
01:42Ce n'est pas vraiment une surprise évidemment pour le Rassemblement National qui s'attendait à une condamnation.
01:46En revanche, il vient à un moment donné la question de l'exécution provisoire, c'est-à-dire le fait
01:50que la peine s'applique immédiatement sans attendre l'appel.
01:54Ça, c'est vraiment ce qui fait peur le plus à Marine Le Pen puisque ça veut dire qu'en
01:57cas de condamnation à une peine d'inéligibilité,
02:01elle ne pourra plus se présenter immédiatement.
02:03Et à ce moment-là donc, pour contester cette décision, elle se lève et sans prévenir ni les journalistes, ni
02:10la magistrate,
02:11elle quitte les lieux suivis par ses collaborateurs.
02:16Marine Le Pen et 22 autres personnes ont donc été reconnues coupables en première instance d'avoir utilisé de l
02:22'argent du Parlement européen
02:23destiné aux assistants des eurodéputés du FN devenus RN pour rémunérer des salariés du parti.
02:30Marine Le Pen est condamnée à 100 000 euros d'amende, à une peine d'emprisonnement sous bracelet électronique
02:35et à une peine d'inéligibilité de 5 ans avec exécution provisoire.
02:40Alexandre Sulzer, ça veut dire qu'elle est immédiatement inéligible et ça c'est un coup de massue pour le
02:45parti d'extrême droite
02:45car il faut rappeler que la plupart des sondages donnent Marine Le Pen favorite pour l'élection présidentielle de 2027.
02:52Oui bien sûr, c'est à ce stade la favorite au moins du premier tour, en tout cas elle mène
02:57la course largement en tête dans les enquêtes d'opinion.
03:00Marine Le Pen a déjà trois tentatives d'élection présidentielle à son compteur, elle accroît à chaque fois ses résultats,
03:06donc elle pense que cette fois-ci elle est vraiment en mesure de l'emporter,
03:09d'autant que l'actualité, que ce soit les crises migratoires, sécuritaires et surtout le chaos politique ambiant
03:15avec une assemblée nationale qui est ingouvernable, elle pense que toutes les planètes sont alignées pour que ce soit enfin
03:21son tour.
03:22Jusqu'à ce que, patatras évidemment, la décision de justice semble enrayer ce scénario un petit peu rêvé pour elle.
03:29Aucune réaction officielle du côté du RN dans la matinée, mais en début d'après-midi,
03:33Marine Le Pen organise une réunion de crise avec plusieurs de ses proches,
03:37son groupe de députés et Jordan Bardella, le président du parti. Pourquoi faire ?
03:41Parce qu'en fait, le parti n'avait rien prévu, personne n'avait d'éléments de langage pour répondre
03:47à ces scénarios vraiment auxquels Marine Le Pen refusait de croire.
03:50La seule chose qui avait été évoquée, c'est en cas d'exécution provisoire, il serait interdit de répondre à
03:55la presse.
03:56Rien d'autre n'avait été donné comme consigne.
03:58Donc même l'avocat, quand il quitte la 11e chambre correctionnelle,
04:02il est évidemment sollicité par les médias du monde entier qui sont vraiment en nombre ce jour-là,
04:07et il refuse de répondre, ce qui est assez rare pour un avocat qui sort d'une chambre correctionnelle
04:11comme ça dans une affaire aussi médiatique.
04:13Donc c'est blackout total sur la communication, personne ne répond à aucun journaliste,
04:19jusqu'à ce que Marine Le Pen et Jordan Bardella et quelques proches décident effectivement
04:22d'une stratégie de communication.
04:24Ils réunissent les forces essentielles du parti, les députés, les membres du bureau exécutif,
04:32du bureau national, pour alimenter les éléments de langage.
04:35C'est le scénario de la victimisation qui est choisi.
04:39Jusqu'alors, Marine Le Pen avait choisi d'être relativement prudente sur cette thématique-là.
04:44Le mot, par exemple, de procès politique avait été proscrit pendant le procès,
04:48justement parce qu'elle ne voulait pas donner de tonalités, on va dire, complotistes à sa communication.
04:53Là, elle décide vraiment de passer à la contre-attaque en disant que cette décision est totalement inadmissible et totalement
04:59politique.
05:01Dans la foulée, l'avocat de Marine Le Pen annonce qu'il va faire appel, une pétition de soutien est
05:06lancée
05:06et le soir même, Marine Le Pen est en direct au 20h de TF1.
05:10Bonsoir Marine Le Pen.
05:11Bonsoir.
05:11Où elle se montre très virulente.
05:13Je crois que l'état de droit a été totalement violé par la décision qui a été rendue.
05:18Elle reprend ces éléments qu'elle a donnés à ses troupes dans l'après-midi,
05:22donc sur le fond, il n'y a pas vraiment de surprise, mais elle veut montrer en tout cas qu
05:26'elle est extrêmement combative,
05:27qu'elle ne lâchera rien.
05:28Au moment où je vous parle, la présidente du tribunal a condamné la favorite à l'élection présidentielle
05:34à 5 ans d'inéligibilité avec l'exécution provisoire, sans motivation.
05:37Il y a deux objectifs.
05:38Premièrement, dire que c'est une décision politique, elle conteste toujours sa culpabilité,
05:43elle ne reconnaît absolument pas les faits.
05:45Et deuxièmement, le message à faire passer, c'est qu'elle est toujours candidate à la présidentielle,
05:49qu'elle ne se laissera pas faire, qu'elle n'est pas une femme abattue.
05:52Et ça fait 30 ans que je me bats contre l'injustice.
05:54Et par conséquent, je vais continuer à le faire et je le ferai jusqu'au bout.
06:00Elle est aussi interrogée sur la possibilité que Jordan Bardella se présente à sa place.
06:05Qu'est-ce qu'elle répond ?
06:06Là, clairement, elle évacue cette possibilité.
06:10Elle nie pas que Jordan Bardella ait un plan en option, mais c'est un plan qu'elle entend utiliser
06:15le plus tard possible.
06:16C'est à peu près dans ces termes-là qu'elle parle.
06:19Alors que jusqu'alors, elle avait un peu faim de dire que, elle ou Jordan Bardella, au fond,
06:25peu importe le Rassemblement National, avait de toute façon un champion, on va dire, pour la présidentielle.
06:29Là, devant cette perspective qui devient vraiment maintenant réelle, voire probable,
06:35elle change complètement son fusil d'épaule.
06:37Et elle dit, non, non, le plan Bardella, c'est vraiment un plan extrêmement optionnel.
06:41C'est bien moi la candidate et je vais tout faire pour que ce soit moi.
06:44Le lendemain matin, Jordan Bardella est interviewé sur CNews et Europe 1.
06:48Qu'est-ce qu'il dit ?
06:49Alors, Jordan Bardella, il est totalement dans la logique de communication de la patronne,
06:53c'est-à-dire une logique extrêmement offensive.
06:55Il accuse la justice d'être politique.
06:56Il parle même de juge rouge, donc il va très loin.
06:59Aujourd'hui, c'est plus le gouvernement des juges.
07:01Aujourd'hui, c'est la tyrannie des juges.
07:03Il dit bien que c'est Marine Le Pen qui reste la candidate.
07:06Il sait qu'il est extrêmement attendu en interne sur ce sujet-là.
07:10S'il commençait à avancer un tout petit peu cette thématique-là,
07:14il sait que directement, les cadres du parti lui en voudraient énormément.
07:17En prenant cette rhétorique, Jordan Bardella rattrape aussi une gaffe qu'il avait fait la veille,
07:22puisque le jour de la condamnation, le 31 mars,
07:25il a tweeté tout de suite en disant que la condamnation empêche Marine Le Pen d'être candidate.
07:32Et donc, l'utilisation du présent de l'indicatif au lieu du conditionnel
07:35est perçue comme le fait qu'il acte déjà qu'elle ne sera pas la candidate à la présidentielle.
07:41Et c'est une formule qui est mal passée en interne.
07:43Et donc, ce passage sur ces news lui permet de rattraper la gaffe
07:47et de montrer qu'il est bien fidèle à la patronne.
07:49Il appelle aussi à une, je cite, grande mobilisation populaire et pacifique.
07:54Moi, je considère aujourd'hui que les Français doivent s'indigner.
07:57Et je leur dis, indignez-vous.
07:59Nous allons, ce week-end, nous allons ce week-end,
08:02organiser des distributions de tracts,
08:04des mobilisations démocratiques, pacifiques, sereines.
08:08Les cadres du parti décident d'une campagne d'affichage, de tractage,
08:12d'une mobilisation, d'une pétition aussi.
08:13Et ils se rendent compte qu'auprès de la base militante,
08:16auprès des sympathisants, il y a une vraie émotion qui a provoqué ce jugement.
08:21Et donc, ils décident d'aller plus loin et d'appeler les sympathisants
08:25à venir afficher leur soutien à Marine Le Pen dans une manifestation dans Paris,
08:31ce qui n'est pas dans les habitudes du parti.
08:35Dans la soirée, la Cour d'appel de Paris dit envisager un nouveau procès
08:39dès le premier trimestre 2026, avec une décision rendue à l'été 2026.
08:44Donc, pourquoi c'est si rapide ?
08:46Marine Le Pen tape très fort sur les institutions, l'institution judiciaire.
08:50Le gouvernement est un petit peu sur la défensive,
08:53puisqu'il est accusé d'avoir manipulé cette décision.
08:55Même François Bayrou, il va de son commentaire en disant
08:58qu'il est troublé par l'exécution provisoire de la peine.
09:01Et l'institution judiciaire décide donc de répliquer, en quelque sorte,
09:05à ces accusations, en disant que l'appel sera audiencé, finalement, assez tôt.
09:10Au plus tard, la décision en appel sera rendue à l'été de l'année suivante,
09:14donc l'été 2026, ce qui n'est pas inhabituellement rapide,
09:19mais quand même plutôt rapide.
09:20La justice veut prouver qu'elle n'a pas un calendrier politique,
09:25puisque l'appel permettra de savoir exactement le sort
09:27qui sera réservé à Marine Le Pen,
09:29et prouve donc qu'on n'est pas derrière un objectif politique
09:33de l'empêcher d'être candidate à la présidentielle.
09:35J'imagine que pour Marine Le Pen, c'est une très bonne nouvelle.
09:37Oui, c'est une bonne nouvelle.
09:38D'ailleurs, c'est exactement en ces termes qu'elle le formule.
09:40Elle dit qu'elle salue une bonne nouvelle.
09:42Elle ne peut que se réjouir de ce calendrier,
09:44qui lui est quand même objectivement favorable.
09:48Le lendemain, le mercredi 2 avril,
09:50une interview de Marine Le Pen parait dans Le Parisien.
09:53Elle répète qu'elle n'envisage pas une autre candidature que la sienne pour 2027,
09:57et elle dit avoir lancé plusieurs recours
09:59pour tenter de révoquer sa peine d'inéligibilité.
10:02Expliquez-nous, quelle est sa stratégie à ce moment-là ?
10:05Alors, encore une fois, c'est bien rappeler que c'est elle la candidate.
10:08Elle va encore plus loin dans le fait de mettre Jordan Bardella de côté,
10:12puisqu'elle dit finalement que même si elle était d'accord pour lui passer la main,
10:16il ne serait pas la bonne personne.
10:17Il est bien pour être Premier ministre,
10:19il n'est pas fléché pour être président de la République.
10:21Donc ça, elle le rappelle.
10:22Et par ailleurs, même si elle ne rentre pas trop dans le détail,
10:25elle dit qu'il y a d'autres cours qu'elle envisage,
10:27notamment auprès de la Cour européenne des droits de l'homme,
10:29pour voir s'il y a un petit trou de souris
10:31pour essayer de ne pas être empêché.
10:32Dans les jours qui suivent, plusieurs cadres du Rassemblement national
10:35dénoncent, je cite, la tyrannie des juges.
10:38C'est conforme effectivement aux éléments de langage
10:40qui ont été décidés dès le lundi.
10:42On sent qu'il y a une pression de certains,
10:45comme Jean-Philippe Tanguy par exemple,
10:46qui est devenu un peu un des visages aussi du parti,
10:48pour aller très fort sur cette thématique
10:51qui frôle un peu avec le complotisme, il faut bien le dire,
10:53qui dirait que les juges se sont organisés,
10:56ont décidé d'empêcher Marine Le Pen d'être candidate.
10:59Et c'est un peu nouveau dans un parti
11:01qui depuis deux ans,
11:02en tout cas depuis qu'il a un groupe important
11:04à l'Assemblée nationale,
11:06a décidé plutôt d'intégrer sagement les institutions.
11:09Là c'est un peu une stratégie de rupture
11:10par rapport à ce qu'ils avaient observé jusqu'alors.
11:16C'est une grosse affaire, une très grosse affaire.
11:19J'en connais quelque chose.
11:20La chef de file du RN est aussi soutenue
11:22par plusieurs dirigeants internationaux,
11:23comme le président russe Vladimir Poutine
11:25et l'américain Donald Trump.
11:27Comment est-ce qu'elle accueille leur déclaration de soutien ?
11:29Alors c'est un peu ambivalent dans le sens où,
11:31évidemment, Marine Le Pen a bien conscience
11:33que les leçons de démocratie de Vladimir Poutine
11:37ne s'est pas forcément extrêmement bien perçue en France.
11:39Idem pour celle de Donald Trump.
11:42Néanmoins, elle s'en empare quand même pour dire
11:44que cette décision choque à l'international.
11:47Elle reste assez floue.
11:48Elle évite de rappeler nommément
11:49qui sont les personnes qui lui apportent son soutien
11:51et qui sont assez logiquement les populistes,
11:54voire des autocrates à travers le monde.
11:55Mais elle dit que la France s'abîme
11:57et que vraiment c'est une décision
11:59qui, au niveau international, choque le monde entier.
12:02Alexandre Sulzer, le dimanche 6 avril,
12:04un rassemblement est donc organisé
12:06par le RN dans le 7e arrondissement de Paris.
12:09Place Vauban, derrière les Invalides.
12:11Vous êtes sur place.
12:12Est-ce que vous pouvez nous décrire ce que vous voyez ?
12:17Ce qu'on voit essentiellement,
12:19c'est des cars qui délivrent des militants
12:21qui viennent avec leurs drapeaux,
12:23leurs panneaux de soutien à Marine Le Pen.
12:25Je trouve qu'on doit respecter la démocratie
12:27et que du coup, là, il y a eu un grand abus de pouvoir
12:31de la part des opposants de Marine Le Pen
12:33qui ont vu que, comme a dit Marine,
12:35ils voient qu'ils sont en train de perdre dans les urnes
12:37et ils ont utilisé tous les moyens nécessaires
12:38pour la faire taire.
12:39Une grande part des manifestants ce jour-là
12:41sont venus par les fédérations des partis
12:43qui ont improvisé des autocars,
12:46des voitures partagées
12:47pour essayer de créer un effet de masse.
12:49Mais c'est un effet de masse relativement raté
12:51parce qu'au final, la place Vauban
12:54n'est pas entièrement remplie.
12:56L'objectif, c'était de la remplir.
12:57Elle a une capacité d'environ 10 000 personnes.
13:00Honnêtement, elle est à peu près remplie aux deux tiers.
13:02C'est plutôt un échec en termes de mobilisation,
13:05ce qui n'est pas tout à fait étonnant
13:07parce que, déjà, le parti s'est laissé très peu de temps
13:10pour organiser la manifestation.
13:12Le parti n'a pas cette culture,
13:14comme on peut l'avoir à gauche,
13:16de mobilisation dans la rue
13:17et par ailleurs,
13:18faire monter, entre guillemets, des gens à Paris
13:20qui plus est dans le 7e arrondissement,
13:22un quartier quand même très cossu.
13:24On est très loin des bassins de vie
13:25des électeurs du Rassemblement national
13:27et donc c'est un pari un peu trop audacieux.
13:30C'était assez difficile pour le parti
13:32de pouvoir espérer une grosse mobilisation de masse.
13:34Donc c'est un échec relatif,
13:36même si je crois qu'il ne faut pas en tirer
13:37pour autant une leçon électorale.
13:39Jordan Bardella prononce un discours
13:41et il revient sur la décision de justice
13:43rendue en début de semaine.
13:45Ils voulaient éteindre une voie
13:47mais ils ont réveillé le peuple de France.
13:51Il reprend finalement une intonation
13:54assez proche de ce qu'elle disait jusqu'alors,
13:56pointant une décision injuste,
13:57mettant en cause l'institution judiciaire
14:00qui serait extrêmement dure
14:02avec le Rassemblement national
14:03alors qu'elle serait laxiste
14:05avec les étrangers en situation irrégulière.
14:07C'est un discours assez rodé.
14:09Il prend néanmoins la précaution
14:11de rappeler qu'il ne met pas
14:13tous les juges dans le même sac.
14:14C'est ensuite au tour de Marine Le Pen
14:16de prendre la parole
14:17et elle dit être victime d'une chasse aux sorcières.
14:20Il faut arrêter de nous reprocher
14:22de critiquer une décision de justice.
14:25Ce n'est pas une décision de justice.
14:28C'est une décision politique.
14:30Oui, alors là aussi, la rhétorique, au fond,
14:32est assez proche de ce qu'a dit Jordana Bardella.
14:34Elle le dit dans des termes un peu plus mesurés,
14:36peut-être, qu'elle ne l'avait fait quelques jours avant.
14:38Elle avait dit que le système,
14:40un mot qu'elle n'utilisait plus vraiment,
14:42le système avait sorti l'arme nucléaire.
14:44Mais sur le fond, finalement,
14:45c'est la même chose.
14:46C'est pour dire qu'elle est victime,
14:48encore une fois, d'une machination politique,
14:51d'une injustice criante.
14:53Et elle se compare même à Martin Luther King,
14:57chanteur de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis.
15:00Je veux dire que notre ligne de conduite
15:02ne sera jamais celle de la brutalisation,
15:05chère à d'autres formations politiques.
15:08Mais c'est le pacifique du pasteur Martin Luther King
15:11pour les droits civiques des citoyens américains
15:14à l'époque, opprimés et privés de droits.
15:17C'est un message qui fait un petit qu'il y a des anciens,
15:19qui pense que c'est un message,
15:21peut-être plus pour les nouveaux adhérents.
15:23En tout cas, clairement,
15:24Martin Luther King n'est pas un référentiel
15:27extrêmement classique du Rassemblement National.
15:28On n'est pas sur Jeanne d'Arc.
15:30Deux jours plus tard, le mardi 8 avril,
15:32Marine Le Pen est de retour à l'Assemblée Nationale
15:34et elle s'exprime lors du vote
15:36sur le durcissement du droit du sol à Mayotte.
15:38Racontez-nous comment ça se passe.
15:40Marine Le Pen adore parler de Mayotte,
15:42encore plus quand il s'agit de parler
15:43de droit du sol.
15:44Donc elle décide vraiment d'intervenir
15:46elle-même sur ce sujet-là.
15:47Et comme à son habitude,
15:49elle est extrêmement sûre d'elle,
15:50très offensive dans l'hémicycle.
15:52La première urgence, vous le savez,
15:54consisterait à supprimer purement et simplement
15:56le droit du sol et pas seulement à Mayotte,
15:58sur l'ensemble du territoire national.
16:01Et évidemment, comme à chaque fois aussi,
16:03extrêmement applaudi par son groupe,
16:05très discipliné.
16:08Alexandre Sulzer, à ce moment-là,
16:09vous remarquez que le RN commence à changer de ton
16:12par rapport à la semaine qui vient de s'écouler.
16:14En réalité, le parti cherche surtout à changer de sujet.
16:16Depuis une semaine, le parti était en boucle
16:18sur cette décision de justice.
16:20Là, l'idée, c'est de tourner la page.
16:23Certains commencent à s'inquiéter dans le parti
16:25du fait de parler uniquement des problèmes de Marine Le Pen
16:28au lieu de parler des problèmes des Français.
16:29Ils ont peur que les électeurs,
16:31qui sont souvent issus des classes populaires,
16:34qui ont des problèmes de pouvoir d'achat,
16:35qui ont des inquiétudes au quotidien,
16:38ils ont envie que le parti se batte pour eux,
16:39pas qu'ils se battent pour eux-mêmes.
16:41Et ils voient bien que, dans l'opinion par ailleurs,
16:43le pourcentage de personnes choquées
16:44par la décision de justice, finalement,
16:46n'est pas si grand que ça.
16:47Au sein des électeurs purs et durs du RN,
16:50il y a une majorité de personnes
16:51qui pensent effectivement que c'est une décision
16:53injuste, politique,
16:55mais qu'une majorité ou une quasi-majorité
16:58des Français a plutôt tendance
16:59à approuver cette décision.
17:01Donc ça aussi, ça compte évidemment
17:02dans la stratégie politique,
17:04et donc le parti décide de revenir un petit peu
17:06sur des sujets d'actualité,
17:08ils parlent de politique,
17:09mais pas uniquement de l'affaire judiciaire.
17:13Deux jours plus tard, le jeudi 10 avril,
17:15Marine Le Pen est invitée dans un restaurant chic
17:17du 8e arrondissement de Paris
17:18par la revue politique Hémicycle,
17:20et la chef du RN continue de vouloir faire passer le message
17:23que son parti tourne la page de la condamnation.
17:25Oui, elle revient pour parler de politique,
17:28c'est la revue Hémicycle,
17:30donc elle va parler d'actualité parlementaire,
17:32elle veut montrer qu'elle est dans les dossiers,
17:33qu'elle suit l'actualité législative du moment,
17:36et elle dit qu'elle peut à tout moment
17:38décider de censurer le gouvernement de François Bayrou,
17:41elle évoque plusieurs sujets qui peuvent s'y prêter,
17:44puisqu'elle accuse le Premier ministre d'immobilisme,
17:47elle dit que le plan pluriannuel de l'énergie,
17:50par exemple, peut être une occasion de censure,
17:52l'immigration peut être une occasion de censure,
17:54la proportionnelle peut être une raison de le censurer,
17:57donc elle menace de plus en plus le Premier ministre.
18:00Elle évoque aussi la possibilité d'une dissolution
18:03de l'Assemblée nationale.
18:04Logiquement, si elle tenait compte que de son sort personnel,
18:07elle ne devrait pas être pour une dissolution,
18:09puisqu'elle sera empêchée, à cause de l'exécution provisoire,
18:13de se représenter à la députation,
18:15donc elle dit bien que si sa politique, sa censure,
18:18mène à une dissolution, et bien pourquoi pas,
18:21elle a une posture presque sacrificielle,
18:24pour dire qu'elle favorise l'intérêt des Français
18:27et non son intérêt propre.
18:29Et c'est aussi un peu une réponse à la critique
18:30de la semaine de la séquence précédente,
18:33où certains en interne craignaient
18:35que le message passait auprès de l'opinion publique,
18:37soit que Marine Le Pen s'intéresse davantage
18:39à son propre sort politique et judiciaire
18:41qu'à celui du pays.
18:45Alexandre Sulzer, est-ce que le RL mise vraiment uniquement
18:48sur la candidature de Marine Le Pen pour la présidentielle 2027 ?
18:52Non, en fait, au Rassemblement national,
18:53ils ont bien compris qu'il y a eu quand même une vraie incertitude
18:55sur le destin judiciaire et donc politique de Marine Le Pen.
19:00Évidemment que le plan B, le plan Jordan Bardella,
19:03est toujours d'actualité,
19:05mais il ne faut surtout pas l'évoquer publiquement.
19:07Ça serait, dans leur esprit, déjà tourner la page, Marine Le Pen.
19:10Et surtout, Marine Le Pen,
19:12si elle est nouveau condamnée en appel,
19:14avec de l'exécution provisoire,
19:16elle va faire un pauvre encasation,
19:17mais son sort politique devient extrêmement incertain.
19:20À un moment donné, elle ne va pas pouvoir non plus s'accrocher
19:22aux branches et mettre en péril
19:24tout le parti politique.
19:26Donc elle a dit cette semaine,
19:28dans une confidence au Figaro,
19:30que dans ce scénario-là,
19:31mais dans ce scénario-là uniquement,
19:33elle passerait la main à Jordan Bardella.
19:35Donc le duo, le ticket, comme on dit au Rassemblement national,
19:38est un petit peu plus remis en scène depuis quelques jours.
19:42Et ceci est vrai aussi,
19:44parce que les sondages sont concordants.
19:47Marine Le Pen fait le même score que Jordan Bardella
19:50au premier tour d'une élection présidentielle.
19:52Donc contrairement à ce qu'a dit Marine Le Pen,
19:54la marque RN, c'est celle qui fonctionne.
19:56Et donc c'est peut-être pas si grave pour le parti
19:58si l'hypothèse Bardella est évoquée.
20:01Est-ce que c'est risqué pour le Rassemblement national
20:03d'attendre 2026 et ce procès en appel
20:06pour choisir un candidat ou une candidate ?
20:09Après le risque, évidemment, c'est de trop attendre,
20:11puisque à l'été 2026,
20:13on sera à moins d'un an de l'élection présidentielle.
20:16Le calendrier d'un pourvoi en cassation
20:18est extrêmement incertain.
20:20Et donc il ne faut pas, évidemment,
20:21que le Rassemblement national fasse trop traîner les choses non plus.
20:24Il faut que le candidat, quel qu'il soit,
20:26puisse avoir sa stratégie de campagne,
20:28son équipe de campagne.
20:29Et Jordan Bardella, si c'est lui en plus,
20:32est quand même très jeune.
20:33Il faut quand même une certaine expérience
20:34pour pouvoir être candidat à la présidentielle.
20:36On l'a vu au législatif,
20:38il y a quand même des manques programmatiques.
20:40Il lui faudra quand même un peu de temps
20:42pour s'élancer, pour s'échauffer,
20:44pour être un candidat à peu près crédible.
20:54Merci à Alexandre Sulzer.
20:56Cet épisode de Code Source a été produit par
20:58Pénélope Gualquierotti,
21:00Clara Grousis et Thibault Lambert.
21:02Réalisation Pierre Chaffanjon.
21:04N'hésitez pas à nous laisser des pouces en l'air
21:05et des commentaires sur les plateformes d'écouter sur YouTube.
21:08C'est ce qui nous aide le plus à nous faire connaître.
21:10Et ne ratez pas Crime Story,
21:12notre podcast fait divers,
21:13avec une nouvelle affaire criminelle
21:15racontée chaque samedi.
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