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Au huitième mois d’une crise diplomatique d’une rare intensité entre Paris et Alger, les relations ne se sont toujours pas adoucies. Depuis qu’Emmanuel Macron a reconnu, en juillet 2024, la souveraineté du Maroc sur la Sahara occidental, rien ne va plus entre l’Algérie et l’ancien pays colonisateur.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux, Pénélope Gualchierotti, Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Le Figaro, France Info, BFMTV, TF1.

En savoir plus : https://www.leparisien.fr/politique/entre-paris-et-alger-pourquoi-ca-chauffe-a-nouveau-14-04-2025-FJVZFZRUXJGARDA6EQRNHOTUVI.php?at_medium=sl&at_campaign=345

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#codesource #algerie #crisediplomatique #emmanuelmacron

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Les relations tendues entre la France et l'Algérie continuent de faire régulièrement les gros titres de l'actualité ces
00:18dernières semaines.
00:19Au mois de janvier, dans un épisode de Codesources, on vous avait raconté pourquoi Paris et Alger traversent une crise
00:26diplomatique
00:27inédite depuis la fin de la colonisation française en 1962.
00:32Après la diffusion de cet épisode, les deux pays se sont écharpés notamment sur le cas des ressortissants algériens expulsés
00:40de France
00:40mais que l'Algérie refuse d'accueillir.
00:43Au mois de mars, les deux présidents, Macron et Thibault, ont tenté de renouer le dialogue
00:48mais l'arrestation le 11 avril d'un agent consulaire algérien en France a provoqué de nouvelles tensions.
00:55On fait le point dans Codesources avec deux journalistes du Parisien, Henri Vernet du service politique,
01:01il est en charge des questions de diplomatie, et Johanna Blain du service international.
01:11Bonjour à chacun et chacune, c'est très réconfortant de vous voir aussi nombreux cet après-midi
01:17pour appeler ensemble à la libération immédiate et inconditionnelle de Boilem Sans Salle.
01:23Johanna Blain, le mardi 25 mars, en début de soirée, vous vous rendez pour le Parisien à un rassemblement
01:28qui se tient tout près de l'Assemblée nationale à Paris,
01:31rassemblement en soutien à l'écrivain et intellectuel franco-algérien Boilem Sans Salle, 80 ans,
01:38incarcéré en Algérie depuis le mois de novembre.
01:40Décrivez-nous l'ambiance sur place.
01:42Alors quand j'arrive, il y a une dizaine de véhicules de force de l'ordre,
01:45et pour cause, il y a beaucoup d'élus dans le cortège.
01:48On retrouve des membres du gouvernement, comme le ministre de l'Intérieur Brune Rotaillot,
01:52mais il y a aussi des députés, comme la chef de file du rassemblement national Marine Le Pen.
01:57Il y a aussi le président du Sénat, Gérard Larcher.
01:59On retrouve quelques figures de gauche, comme l'eurodéputé Raphaël Glucksmann,
02:03et aussi l'ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg.
02:07Mais il faut bien l'avouer, le rassemblement penche plutôt à droite,
02:09voire à l'extrême droite de l'échiquier politique.
02:12Et ce rassemblement, il se tient dans un contexte particulier ?
02:15Oui, effectivement, ce rassemblement est prévu de longue date
02:18par le comité de soutien à Boalem Sansal,
02:20mais en réalité, il advient deux jours avant le verdict du procès de l'auteur.
02:25Il y a beaucoup d'inquiétudes dans le cortège,
02:27puisqu'on parle quand même d'un homme de 80 ans qui est atteint d'un cancer.
02:30Et pour rappel, le parquet algérien a requis de 10 ans de prison à son encontre,
02:34ce qui est quand même beaucoup.
02:38Rappelez-nous ce que reproche la justice algérienne à Boalem Sansal.
02:42La justice algérienne lui reproche, je cite,
02:44« des faits d'atteinte à l'unité nationale ».
02:47Alors, pour clarifier, en octobre 2024,
02:50Boalem Sansal accorde une interview aux médias d'extrême droite français Frontières,
02:54interview dans laquelle il explique que les territoires qui appartenaient historiquement au Maroc
02:59auraient été récupérés par l'Algérie après la colonisation française.
03:03Donc c'est un discours qui ne plaît pas du tout à Alger.
03:06D'autant que Boalem Sansal est souvent très critique du pouvoir algérien dans ses écrits et dans ses prises de
03:11parole.
03:12Et donc la suite, vous la connaissez.
03:13Lorsque l'auteur du serment des barbares atterrit à l'aéroport d'Alger le 16 novembre,
03:18il est immédiatement interpellé.
03:19Qu'est-ce qu'on sait de ses conditions de détention depuis ?
03:22On sait finalement peu de choses sur ses conditions de détention.
03:25Boalem Sansal a un avocat en France, François Zimret, qui nous permet d'avoir quelques informations.
03:29On sait par exemple qu'il voit sa femme une fois par semaine.
03:32Comme il est malade, on sait aussi qu'il fait des allers-retours entre sa cellule et l'hôpital militaire
03:37pour se faire soigner.
03:38Les conditions de détention doivent être assez difficiles pour un homme de cet âge atteint d'un cancer.
03:43Et au cours de ce rassemblement en soutien à Boalem Sansal,
03:46beaucoup de prises de parole ciblent directement les autorités algériennes.
03:50Oui, effectivement, les prises de parole évoquent premièrement la liberté des auteurs en général.
03:54Boalem Sansal est souvent comparé à Voltaire.
03:56Mais rapidement, les discours prennent une tournure très politique et ciblent en effet les autorités algériennes.
04:02La détention de Boalem Sansal est présentée comme arbitraire et non justifiée.
04:06Boalem Sansal est souvent qualifiée d'otage du régime algérien.
04:10De surcroît, dans un contexte où les relations franco-algériennes sont très tendues,
04:14pour rappel, Boalem Sansal est franco-algérien.
04:16Il a acquis la nationalité française il y a quelques mois.
04:20L'été dernier.
04:21Et donc, il est devenu un petit peu le symbole de ces tensions.
04:26La détention de Boalem Sansal n'est que l'un des points de crispation
04:30dans les vives tensions entre la France et l'Algérie depuis l'été 2024.
04:35On avait raconté dans le détail cette escalade entre les deux pays
04:38dans un précédent épisode de Codesources, le 17 janvier.
04:41Henri Vernet, rappelez-nous tout de même,
04:43pour quelles raisons le dialogue s'est subitement détérioré pendant l'été ?
04:47Tout a commencé avec la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.
04:53Le Sahara occidental, c'est un territoire qui est disputé depuis une soixantaine d'années,
04:57qui est revendiqué par des indépendantistes du Front Polisario,
05:01qui sont soutenus par Alger.
05:03Alger et Rabat ayant une rivalité de toujours.
05:07Ce sont les frères ennemis du Maghreb.
05:08Le fait que Macron reconnaisse de facto cette souveraineté,
05:14évidemment, ça fâche énormément les Algériens.
05:16Même si Emmanuel Macron en avait averti le président algérien, Abdelmajid Tebboune,
05:22parfois on peut se demander s'il n'y a pas eu une certaine sous-estimation par Paris,
05:28par l'Elysée, des réactions potentielles de l'Algérie.
05:31Et ce geste de la France a ravivé beaucoup de ressentiments des autorités algériennes vis-à-vis de Paris.
05:37Oui, il y a des actes forts dans ce qu'on appelle la grammaire diplomatique qui sont pris immédiatement.
05:41C'est-à-dire qu'Alger, dès l'annonce par Macron, fin juillet, de cette reconnaissance,
05:45Alger rappelle son ambassadeur à Paris, qui depuis n'a toujours pas été renommé lui-même ou remplacé.
05:52Par ailleurs, il y a une espèce d'activation du ressentiment de la haine,
05:58parfois d'insultes contre la France, qui sont attisées dans la presse qui est pro-gouvernementale, pro-régime à Alger.
06:05Donc oui, ça ravive les tensions, d'autant plus que pendant cette période-là,
06:09Abdelmajid Tebboune, le président sortant, est en campagne électorale.
06:13Sa réélection est très litigieuse, il y a très peu de participation, donc il est très mal réélu en réalité.
06:20Et donc très souvent, on masque ça par le ressentiment anti-français en agitant ça dans l'opinion.
06:30On parle à ce moment-là de tensions inédites au plan diplomatique depuis l'indépendance de l'Algérie.
06:36Il y a pourtant un enjeu à ce que les deux pays coopèrent au vu de leur histoire commune,
06:40et des Français et des Algériens qui vivent respectivement dans ces deux pays.
06:44Oui, parce que ce sont deux nations qui sont très imbriquées de peuples,
06:48qui sont vraiment mélangées par cette histoire, alors certes douloureuse,
06:51mais néanmoins qui est là et qui fait qu'en France, d'abord la communauté algérienne est la première communauté
06:57étrangère numériquement.
06:59C'est de l'ordre de 600 000 Algériens qui vivent aujourd'hui en France.
07:03Le nombre de gens qui ont un rapport presque filial avec l'Algérie est extrêmement important.
07:10Donc c'est vraiment, il y a des intérêts qui sont communs, il y a des coopérations très importantes,
07:15des coopérations sécuritaires, coopérations migratoires, coopérations culturelles aussi,
07:20et c'est tout cela qui d'un seul coup est suspendu et totalement gelé.
07:24La dernière fois que vous êtes venu parler à ce micro de code source de cette crise, c'était en
07:29janvier 2025.
07:31À ce moment-là, Paris et Alger se disputent avec des mots et des actes d'une rare intensité
07:35autour de la question des ressortissants algériens sous OQTF, sous obligation de quitter le territoire français.
07:43Rappelez-nous ce qu'il se passe à ce moment-là.
07:45Alger refuse d'accueillir sur son territoire des ressortissants algériens
07:49qui sont expulsés par le ministre de l'Intérieur, par Bruno Retailleau,
07:53parce que justement, ils font l'objet d'une OQTF, donc d'une obligation de quitter le territoire français
07:58parce que leur comportement a été contraire aux lois françaises.
08:03Et parmi ces OQTF, il y a notamment un certain Doualène, qui est un influenceur de poids,
08:07qui a appelé à s'en prendre physiquement à des opposants au régime algérien,
08:12donc clairement qui contreviennent à la loi.
08:15Et ces gens-là sont expulsés, sont mis dans un avion et arrivés à l'aéroport d'Alger,
08:21et bien tout simplement, ils restent sur le tarmac.
08:22Ils sont renvoyés à Paris parce que les autorités algériennes refusent de les accueillir.
08:28Et pendant cette séquence, on voit surtout Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur,
08:32prendre la parole et s'insurger.
08:34Je pense qu'on a atteint avec l'Algérie un seuil extrêmement inquiétant.
08:40Il parle carrément d'une humiliation pour la France.
08:42Le fait que les expulsés soient tout simplement refusés et renvoyés à l'expéditeur,
08:47si on peut dire de manière un petit peu cynique,
08:48c'est pour lui un véritable camouflet pour notre pays,
08:52parce que ces expulsions sont légales dans la mesure où les personnes concernées sont sous OQTF.
08:57Et cette expression très dure, très forte, qui est employée par Retailleau...
09:01On voit bien que l'Algérie cherche à humilier la France.
09:05Évidemment, elle le fait floresse dans l'opinion, elle mobilise.
09:08Il faut savoir que le ministre de l'Intérieur joue la carte de la fermeté.
09:12Il se trouve qu'il est aussi en campagne interne au Parti des Républicains pour en prendre la présidence.
09:19Donc évidemment, il y a des soupçons un petit peu de mélange des genres.
09:21Néanmoins, dans son rôle de ministre de l'Intérieur,
09:24il ne fait qu'impliquer des décisions d'autorité nationale souveraine.
09:29À ce moment-là, il est perçu comme un ennemi à Alger ?
09:33Dès ce moment-là, le ministre de l'Intérieur est érigé comme l'ennemi numéro un d'Alger.
09:37Une espèce d'amalgame est fait d'ailleurs entre lui et des leaders d'extrême droite,
09:42comme Jordan Bardella, qui seront au fur et à mesure de cette crise,
09:46directement cités, soit par le ministère des Affaires étrangères algériens,
09:51soit par le président lui-même, Tebboune, dans une interview qu'il donnera quelques semaines plus tard.
09:57Bref, il y a vraiment cette idée d'enfoncer un coin dans le gouvernement français,
10:02dans le pouvoir français, comme ça, en ciblant directement Bruno Retailleau.
10:06Ce qui est une particularité d'ailleurs de ce régime,
10:09qui connaît très très bien le système politique français.
10:13Alors qu'inversement, il n'est pas certain qu'à Paris,
10:17on ait une vision très claire de ce qu'on appelle la boîte noire
10:21du système militaro-politique algérien au pouvoir.
10:26D'ailleurs, à cette période, tout le monde au sein du gouvernement n'emploie pas le même ton vis-à
10:30-vis d'Alger.
10:31Racontez-nous ça.
10:32Non, on a l'impression, pendant un bon moment, qu'il y a presque deux lignes au sein du gouvernement,
10:37c'est-à-dire une ligne de diplomatique, qui serait celle du président, finalement,
10:40d'Emmanuel Macron, qui continuerait à tenter de jouer l'apaisement,
10:45qui tient avant tout à maintenir les coopérations dont on a vu,
10:49qu'elles sont vraiment cruciales, et cette ligne, elle est également exprimée
10:52par l'histoire des affaires étrangères, Jean-Noël Barreau,
10:55où les termes employés ne sont pas aussi virulents que ceux de Bruno Retailleau.
10:59Même si, au plus fort de la crise quand même,
11:02Barreau, lui aussi, parlera de riposte, de réplique nécessaire de la France,
11:07au fait que, tout simplement, Alger renvoie les OQTF sur le sol français.
11:11Un acte terroriste islamiste, c'est ainsi qu'Emmanuel Macron définit l'attaque au couteau
11:16qui s'est déroulée aujourd'hui à Mulhouse.
11:18Le samedi 22 février, en milieu d'après-midi,
11:20Brahim A, un Algérien de 37 ans, commet un attentat terroriste
11:25dans la ville de Mulhouse, dans le Haut-Rhin.
11:27Armé d'un couteau, il tue un passant et en blesse six autres.
11:30Il est mis en examen et écroué.
11:32Quatre jours plus tard, le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau
11:36et le Premier ministre François Bayrou dénoncent dans la foulée
11:39l'attitude de l'Algérie après ce drame. Pourquoi ?
11:42Eh bien justement parce que ce terroriste aurait dû être expulsé vers l'Algérie
11:47et que l'Algérie, là aussi, a refusé de le reprendre sur son territoire.
11:51Donc on est typiquement dans l'exemple de ce que dénonce Bruno Retailleau,
11:55c'est-à-dire la non-coopération algérienne qui ne fait que troubler l'ordre public en France.
12:01À ce moment-là, le dossier devient un enjeu national.
12:04Et donc François Bayrou, Premier ministre, prend les choses en main
12:07et ferait de ce dossier une priorité.
12:10Il va d'ailleurs convoquer un comité interministériel pour étudier la question et les réponses à apporter.
12:16Bien, mesdames et messieurs, nous avons donc réuni le comité interministériel de contrôle de l'immigration.
12:23Et le 26 février, le Premier ministre François Bayrou tient donc une conférence de presse
12:27à l'issue d'un comité interministériel de contrôle de l'immigration avec plusieurs ministres.
12:32Et il lance une sorte d'ultimatum aux autorités algériennes.
12:37Oui, un ultimatum de six semaines pour reprendre sur leur sol les personnes sous OQTF expulsées par la France
12:44sous peine de réaction vraiment vive et concrète de la part de Paris.
12:49En l'occurrence, il menace de réviser le fameux traité de 1968.
12:55Alors ce traité, il donne un statut plus favorable aux immigrés d'origine algérienne
13:01dans leur séjour et leur établissement en France.
13:04Nous pensons, nous voulons qu'on trouve des voies pour qu'enfin les accords soient respectés
13:12et que la réadmission puisse être possible.
13:14Si ça n'était pas le cas, le gouvernement français considérerait que les avantages particuliers
13:21qui sont consentis au terme de ces accords devront être remis en cause.
13:26Et ça quand même, c'est pas rien de revenir sur de tels accords.
13:29Oui, c'est un geste très fort parce que quelque part c'est un petit peu tabou cet accord de
13:3468.
13:34Les Algériens y tiennent énormément.
13:37Alors en France, c'est évidemment un signe de durcissement
13:39qui est d'autant plus fort qu'il émane de François Bérou, du Premier ministre
13:43et non pas juste du ministre de l'Intérieur
13:45ou de politiques qui assez régulièrement s'expriment sur ce plan-là.
13:48Le vendredi 14 mars, les autorités françaises présentent donc une liste de ressortissants algériens sous OQTF
13:55qu'ils veulent voir repartir dans leur pays.
13:58Comment réagissent les autorités algériennes en retour ?
14:01En fait, ils ne réagissent pas vraiment, c'est-à-dire qu'ils ne disent absolument pas
14:04que oui, on va accueillir nos ressortissants.
14:07C'est un petit peu une façon, ils traitent ça un peu par le mépris.
14:10Johanna Blain, le jeudi 20 mars, l'écrivain Boalem Sansal, dont on parlait en début d'épisode,
14:15comparé devant le tribunal correctionnel de Dar el Beida, près d'Alger.
14:19Comment se déroule cette audience ?
14:21Cette audience, elle est expéditive.
14:23Elle dure une vingtaine de minutes, à l'issue desquelles le parquet requiert 10 ans de prison
14:27à l'encontre de l'auteur, assorti d'une amende d'un million de dinars, soit environ 6 800 euros.
14:32Pour ses proches, c'est un véritable choc.
14:3410 ans de prison pour un octogénaire malade, c'est une véritable condamnation à mort,
14:39nous confiait son ami, l'auteur et ancien ambassadeur Jean-Christophe Ruffin.
14:43Henri Vernet, le samedi 22 mars, à la télévision algérienne,
14:47le président Abdelmajid Tebboune estime qu'Emmanuel Macron est, je cite,
14:51« l'unique point de repère pour régler les différends avec Paris ».
14:56Qu'est-ce qu'il faut comprendre derrière cette phrase ?
14:58Qu'il est temps d'apaiser un petit peu la situation, de calmer le jeu.
15:02Pour cela, de vraiment mettre en ligne les grands acteurs.
15:05C'est-à-dire que, vu d'Alger, la seule personne avec qui il faut négocier, c'est le président,
15:11c'est Emmanuel Macron.
15:12C'est en fait le deuxième geste, en ce sens, de Tebboune,
15:15parce qu'il avait déjà donné une interview au journal français L'Opinion,
15:18dans laquelle il se référait à Emmanuel Macron, avec lequel il a une vraie relation.
15:23En fait, ces deux présidents ont plutôt rompu avec leurs prédécesseurs,
15:27de part et d'autre de la Méditerranée.
15:29Tous les deux, à leur avènement, se sont dit,
15:32« Bon, mais il est vraiment temps de normaliser, de tourner la page.
15:35Et donc, ils ont entamé une relation, alors sous le signe de la réconciliation mémorielle
15:41voulue par Emmanuel Macron dès son arrivée à l'Élysée,
15:44qui a eu des moments assez fructueux.
15:46Donc là, Tebboune se dit, « Bon, ben, il est temps de reprendre ce chemin-là. »
15:55Johanna Blin, le jeudi 27 mars, deux jours après la manifestation de soutien à Boilem sans salle,
16:00dont on parlait en début d'épisode, et alors que les liens se réchauffent entre Paris et Alger,
16:06le verdict tombe.
16:07Boilem sans salle est condamné à 5 ans de prison.
16:10Le parquet et l'écrivain font respectivement appel de cette décision.
16:14Comment les proches de l'écrivain réagissent à cette condamnation ?
16:17Eh bien, les réactions, elles sont un petit peu mitigées.
16:19C'est-à-dire que ses proches sont toujours très inquiets.
16:21Il s'agit toujours d'un homme de 80 ans atteint d'un cancer et condamné à 5 ans de
16:25prison.
16:26Cependant, le fait d'avoir réduit de moitié la peine par rapport aux réquisitions du parquet,
16:30c'est perçu comme une sorte d'accalmie, si je puis dire.
16:33Et on entrevoit peut-être la perspective d'une grâce présidentielle.
16:36Mais le fait que Boilem sans salle soit tout de même condamné à 5 ans de prison
16:40permettrait au président Tebboune de ne pas perdre la face.
16:45Henri Vernet, quelques jours plus tard, le lundi 31 mars, pour la fin du ramadan,
16:50Emmanuel Macron appelle directement son homologue, le président Tebboune.
16:54Un coup de téléphone franc et amical d'après le communiqué commun publié à l'issue de cet entretien.
17:00Après plusieurs mois de silence, les deux présidents affichent leur volonté
17:04de restaurer le dialogue et la coopération entre les deux pays.
17:08Comment se traduit ce réchauffement concrètement dans les heures et les jours qui viennent ?
17:13Le communiqué le soir même annonce ce qui va se passer très concrètement,
17:18c'est-à-dire une reprise des coopérations qui avaient été gelées
17:22et notamment coopération dans le domaine sécuritaire.
17:24Ça c'est très important, ça veut dire, vous savez, la coopération contre le terrorisme au Sahel,
17:30coopération migratoire, la coopération économique aussi,
17:33qui a vraiment connu des entraves, notamment pour les activités des investisseurs français en Algérie,
17:40coopération culturelle, mais Muriel aussi, qui doit reprendre.
17:43Donc voilà, tout cela est mis en branle et ça se traduit dans les jours qui suivent
17:47par une visite de Jean-Noël Barraud, le ministre des Affaires étrangères, à Alger,
17:52le dimanche suivant, c'est-à-dire le 6 avril.
17:54Et une semaine après le déplacement en Algérie du ministre des Affaires étrangères,
18:00le vendredi 11 avril, trois personnes, dont un agent consulaire algérien en France,
18:05donc qui travaille dans un consulat algérien à Créteil, sont arrêtées et mises en examen.
18:10Elles sont accusées d'avoir participé à l'enlèvement d'un opposant au régime algérien
18:14en asile politique en France, Amir Boukhorse.
18:18Comment réagit Alger ?
18:20Alger réagit très très mal, de façon véhémente.
18:23Et surtout, Alger convoque l'ambassadeur de France à Alger,
18:26qui commence à en avoir une certaine habitude,
18:29et décide d'expulser 12 fonctionnaires français,
18:32soit à l'ambassade, soit dans les consulats, de son territoire immédiatement.
18:36Pour les autorités algériennes, l'arrestation de ces trois personnes en France,
18:40dont l'agent consulé algérien, c'est une provocation politique ?
18:44Ils voient ça comme ça, ils sont persuadés que oui, c'est Retailleau qui est derrière cet événement.
18:48Or, il faut bien comprendre que ce n'est pas le cas.
18:51Cette mise en examen à cette arrestation, c'est le fruit d'une longue enquête,
18:54du parquet national antiterroriste.
18:57Ces trois hommes sont accusés d'avoir participé à l'enlèvement et la séquestration
19:01de l'opposant algérien que vous avez mentionné.
19:04Donc c'est tout simplement intolérable.
19:06Ça se passe sur le territoire français.
19:07La justice, elle avance à son rythme.
19:09Il se trouve que cette mise en examen à l'arrestation survient en plein processus
19:15de réchauffement politique, mais rien à faire pour les autorités algériennes.
19:19Ils y voient ce qu'ils appellent une tentative de torpillage de la part de Retailleau.
19:25Là, il est une fois de plus directement désigné pour mettre à balle le début de rapprochement politique.
19:31Et en réponse à cette sanction, la France expulse à son tour 12 agents consulaires algériens du territoire
19:37et rappelle à Paris l'ambassadeur de France à Alger.
19:41Henri Vernet, est-ce que cette nouvelle brouille risque de gâcher, encore une fois,
19:45le rabibochage en cours entre les deux pays ?
19:48C'est un risque.
19:49Toute la difficulté pour les Français, ça va être vraiment de convaincre le régime,
19:54le président Tebboune, qu'une affaire judiciaire, en France, la justice est indépendante
19:58et que donc il n'y a pas de main cachée du ministère de l'Intérieur
20:03ou de quelque autorité politique que ce soit derrière.
20:06Donc une fois ce travail-là fait, le dialogue, malgré tout, pourra reprendre parce qu'il doit reprendre.
20:13Alors c'est vrai que la brouille, la fâcherie, elle est d'une gravité exceptionnelle
20:17parce que l'événement d'origine, c'est cette reconnaissance et ce point apparemment donné par la France au Maroc
20:23qui a vraiment froissé les Algériens.
20:26Néanmoins, on l'a vu, ce qui est en jeu, ce sont des relations extrêmement cruciales et importantes
20:32pour nos deux pays, pour nos deux peuples.
20:35C'est aussi le sort, la vie d'un homme, Boilem Sansal, qui est âgé et qui est détenu depuis
20:41le mois de novembre
20:42et qui l'importe réellement de sortir de ces conditions très difficiles.
20:47Johanna Blain, cette nouvelle montée de tensions entre Paris et Alger,
20:51est-ce qu'elle inquiète les proches de Boilem Sansal ?
20:53Bien sûr, et c'est d'ailleurs pour ça que les deux filles de Boilem Sansal,
20:56qui sont restées jusqu'à présent très discrètes depuis l'arrestation de leur père,
21:00ont décidé le 15 avril de publier dans le Figaro une lettre adressée à Emmanuel Macron.
21:05Alors les deux quinquagénaires qui vivent actuellement en République tchèque
21:09qualifient cette lettre de « dernier élan d'espoir », ce qui illustre bien l'inquiétude de ses proches.
21:13Par ailleurs, quand j'appelle son ami Arnaud Benedetti,
21:17il me parle d'une impression de retour à la case départ,
21:20avec cet espoir d'une grâce présidentielle qui s'éloigne,
21:22et s'alarme du fait que pour Boilem Sansal, cet hommagé atteint d'un cancer,
21:27la notion du temps n'est pas la même et qu'il y a selon lui urgence.
21:43Merci à Johanna Blain et Henri Vernet.
21:46Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou,
21:50Pénélope Gualquierotti et Clémentine Spiller, réalisation Julien Moncouquiole.
21:55N'hésitez pas à nous laisser des pouces en l'air et des commentaires sur les plateformes d'écoute et
21:59sur YouTube,
22:00c'est ce qui nous aide le plus à nous faire connaître,
22:02et ne ratez pas non plus Crime Story,
22:04notre podcast fait divers, avec une nouvelle affaire criminelle racontée chaque samedi.

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