- il y a 12 heures
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Alors que le lien a été établi entre le cancer d’une jeune fille et l’activité de sa mère fleuriste, deux journalistes du Parisien ont enquêté sur les effets des pesticides sur les fleurs vendues en boutique. Code source fait le point avec Emilie Torgemen et Frédéric Mouchon, spécialistes environnement au sein du service Futurs du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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NewsTranscription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11A l'occasion de la Saint-Valentin le 14 février, où les fleuristes connaissent un surcroît d'activité,
00:17deux journalistes du Parisien ont enquêté sur la présence de pesticides sur les fleurs.
00:22On a beaucoup parlé de ce sujet à l'automne 2024,
00:24quand deux médias ont révélé que le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides avait reconnu le lien entre ces
00:31produits chimiques
00:32et le cancer dont a été victime la fille d'une fleuriste, Amy, morte à l'âge de 11 ans,
00:38en 2022.
00:39Codesources fait le point sur ce sujet aujourd'hui, avec les deux journalistes qu'on vient d'évoquer,
00:44Émilie Torgemene et Frédéric Mouchon, spécialistes environnement au sein du service futur du Parisien.
00:59Le 9 octobre 2024, nos confrères du Monde et de Radio France publient une information qui va être très largement
01:05reprise,
01:05y compris par le Parisien.
01:07Avec son mari, une fleuriste dénonce le scandale des pesticides présents sur les fleurs.
01:12Pesticides à l'origine, explique-t-elle, du cancer qui lui a enlevé sa fille.
01:17D'abord, Frédéric Mouchon, qui est cette femme, Laure Marie-Vin ?
01:20Laure Marie-Vin, c'est une mère de trois enfants. Elle a été fleuriste de 2004 à 2008
01:24et ensuite, elle a continué à travailler dans le domaine des fleurs où elle était représentante jusqu'en 2011.
01:31Donc, elle est mère de famille, mère de trois enfants, dont la petite Amy.
01:34Émilie Torgemene, qu'est-ce que découvre Laure Marie-Vin après la naissance de son deuxième enfant, sa fille, prénommée
01:39Amy ?
01:40Eh bien, dès la naissance, elle voit qu'il y a des problèmes.
01:44L'enfant ne pleure pas quand elle naît, elle est toute violette.
01:46Et puis, l'anesthésiste remarque que le placenta est noir, il va dire qu'il est carbonisé.
01:51Quelques jours après la naissance, l'enfant s'est remis et ils peuvent rentrer chez eux.
01:55Mais dès le début, ils ont des doutes sur sa santé.
01:58Quel va être le diagnostic posé en janvier 2015 ?
02:01Eh bien, en janvier 2015, le diagnostic est que la petite Amy souffre d'une leucémie.
02:06C'est un cancer et c'est un cancer grave.
02:09Les médecins sont très directs.
02:11La maman, qui raconte qu'elle a rencontré des oncologues, dit qu'elle ne savait même pas ce que c
02:16'était qu'un service oncologie.
02:18Et donc, à partir de là, les parents savent qu'il va y avoir un traitement important.
02:22Et tous les deux s'interrogent, mais comment est-ce qu'on peut avoir un cancer à 4 ans seulement
02:26?
02:26Et pour Amy et ses parents, la vie dans les années qui suivent est un parcours du combattant.
02:30Oui, entre le diagnostic, donc en 2015 et sa mort en 2022, la petite fille va avoir une vie terrible.
02:38Elle va avoir des douleurs osseuses, des céphalées, c'est-à-dire des très gros maux de tête, des vomissements.
02:45Et puis surtout, elle connaît trois rémissions, donc des pics d'espoir et à chaque fois des rechutes.
02:50Amy est morte à 11 ans le 12 mars 2022.
02:53Et au mois de juillet 2023, le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides reconnaît un lien direct entre sa
03:01mort, sa maladie et les pesticides présents sur les fleurs manipulées par sa mère.
03:05Oui, parce que sa mère, dans l'intervalle, a commencé à faire des recherches, s'est demandé pourquoi la petite
03:10fille a pu tomber malade.
03:12Et elle a découvert que les fleurs qu'elle aimait tant, puisqu'elle raconte que vraiment c'était une vocation
03:16d'être fleuriste, portaient jusqu'à 43 pesticides par fleur.
03:21Donc elle s'est interrogée, elle a rempli ce dossier pour demander au Fonds d'indemnisation, donc à des experts
03:27en fait, ce qu'il en était.
03:29Et quand elle reçoit l'appel, elle raconte en même temps le soulagement de comprendre et la terrible culpabilité quand
03:35des experts vous expliquent que votre fille est tombée malade à cause des fleurs que vous manipuliez toutes ces années.
03:44D'un mot, ce Fonds, donc le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides, il est relativement nouveau, il a
03:50été lancé en 2020.
03:51Oui, il a été lancé en 2020 par la Mutualité Agricole. En fait, ce Fonds, il est destiné à indemniser
03:58essentiellement les agriculteurs qui manipulent des pesticides et qui sont tombés malades du fait de l'usage de ces pesticides.
04:06Lorsqu'il est établi qu'il y a un lien entre l'usage de ces produits chimiques et leur profession,
04:12mais il est assez rare à l'époque que des fleuristes soient indemnisés par ce Fonds.
04:17Frédéric, le 20 janvier, vous publiez un article sur ce sujet parce que l'ANSES, l'Agence Nationale de Sécurité
04:23Sanitaire, annonce ouvrir une enquête sur les risques de contamination aux pesticides des fleuristes.
04:30Oui, en fait, l'ANSES a été notamment sollicité par une association écologiste qui s'appelle Robin Desbois, mais également
04:36par la Direction du Travail.
04:37Du coup, l'ANSES lance une enquête qui durera a priori deux ans. Et l'idée de cette enquête est
04:43d'étudier l'impact des pesticides qui sont présents sur les fleurs et leur impact sur les fleuristes.
04:50Dans votre article du 20 janvier, vous faites parler une fleuriste salariée d'une boutique du Royal Malmaison dans les
04:55Hauts-de-Seine. Elle vous explique que les clients lui parlent de ce sujet de plus en plus souvent.
04:59Les clients, ils sont comme tout le monde, ils lisent la presse, ils écoutent la radio et en fait, ils
05:03ont entendu ces histoires de fleuristes contaminés aux pesticides.
05:07Donc, ils s'inquiètent à la fois pour leurs fleuristes en se demandant s'ils prennent des risques en manipulant
05:11les fleurs lorsqu'ils confectionnent des bouquets.
05:14Mais ils s'inquiètent aussi pour eux lorsqu'ils ramènent ces fleurs à la maison. Si vous utilisez beaucoup de
05:19fleurs et vous vous dites, est-ce que moi aussi je prends des risques lorsque je confectionne mes bouquets chez
05:23moi ?
05:24Vous citez aussi Adrien, employé d'une chaîne de fleuristes, qui a reçu de nouvelles consignes quelques semaines plus tôt.
05:30Oui, quand je le rencontre, Adrien, je remarque qu'il est en train de confectionner un bouquet, je remarque qu
05:35'il porte des gants et je lui demande si c'est un choix personnel.
05:38Et en fait, il me dit que depuis quelques semaines, son employeur recommande depuis quelques semaines aux salariés qui manipulent
05:43des fleurs de porter des gants.
05:45La semaine du 3 février, à l'approche de la Saint-Valentin, le 14, où beaucoup de bouquets sont vendus
05:50traditionnellement,
05:51vous préparez tous les deux un dossier sur cette question pour le Parisien.
05:55Émilie Torgemene, vous vous rendez dans le Var, dans une exploitation située à Lacro.
05:59À quoi ça ressemble ?
06:01Eh bien, c'est très beau. Ce sont des cerfs, c'est-à-dire qu'il y a un toit
06:04en verre, mais les murs sont ouverts, donc c'est très aéré.
06:08Il y a des milliers de fleurs blanches qui poussent.
06:11Ce sont exclusivement des anémones.
06:13Et au moment où j'y vais, moi, il y a trois cueilleurs qui ramassent les fleurs qui sont arrivées
06:19à maturité pour les envoyer au marché.
06:22Concrètement, est-ce que certains pesticides sont utilisés dans cette exploitation ?
06:25Oui, le patron de l'exploitation s'appelle Ludovic Morel et c'est l'un des tout premiers à avoir
06:30milité pour qu'il y ait moins de pesticides sur les fleurs.
06:34Mais, nous dit-il, il y en a toujours un peu.
06:37Et en toute transparence, il nous ouvre son armoire de produits phytosanitaires, ça veut dire son armoire de pesticides globalement.
06:44Il nous montre des produits très naturels.
06:46Et dans l'étagère la plus basse, on trouve aussi des produits chimiques.
06:49Parce que nous nous explique-t-il, pour lutter contre certains ravageurs, contre des petites bêtes qui s'appellent des
06:54trips notamment, on n'a pas d'autre solution.
06:56Et est-ce qu'il prend des mesures particulières quand il a recours à ces produits chimiques ?
07:01Oui, d'abord, dans l'exploitation, c'est le seul qui a le droit d'utiliser ces produits chimiques.
07:06Il est titulaire d'un certificat de produits phytosanitaires.
07:09Et donc, il nous explique qu'il respecte la loi, la réglementation.
07:13Ça veut dire qu'il se protège, qu'il met des gants, un masque, une combinaison.
07:16Et il rigole, il dit qu'il a une allure de cosmonaute.
07:19Et puis, la règle, c'est de laisser 24 heures avant que quiconque ne rentre sur exploitation.
07:25Lui, il nous dit qu'à chaque fois qu'il les pend des pesticides, il le fait le vendredi.
07:29Comme ça, personne ne rentre sur exploitation avant le lundi, donc 48 heures.
07:33Il prend des mesures encore plus importantes que ce qui est préconisé.
07:37Émilie Torgemaine, pendant ce reportage, vous visitez aussi le marché aux fleurs d'hier.
07:42Décrivez-nous l'ambiance.
07:43Oui, alors c'est très étonnant quand on ne connaît pas un marché aux fleurs.
07:46Ça commence très tôt le matin, avant 6 heures.
07:49Ce sont des hangars gigantesques où il y a des fleurs, des fleurs, des fleurs.
07:53Et donc le marché, proprement dit, c'est un marché aux enchères où il y a des grossistes, des fleuristes,
07:59des exportateurs qui voient défiler des chariots.
08:02Au moment où on y était, ce sont donc des anémones, des mimosas, mais aussi des oiseaux du paradis parce
08:07que ces fleurs poussent dans le Var.
08:09Je l'ai appris à ce moment-là.
08:10Et donc, les gens font des enchères pour acheter ces fleurs et pouvoir les vendre plus tard au détaillant à
08:16nos consommateurs.
08:16Le patron du marché aux fleurs vous explique que tout le monde lui parle maintenant de la question des pesticides.
08:21Oui, sa formule à lui, c'est que tout le monde a les phyto à la bouche, donc les pesticides.
08:26Très honnêtement, ça l'embête plutôt.
08:29Il voit qu'il y a comme une attention des consommateurs sur ce sujet.
08:32Il est et directeur du marché et lui-même exploitant.
08:35Il trouve que la réglementation française est déjà stricte et très stricte et qu'il est difficile de ne pas
08:40utiliser de pesticides.
08:42Parce qu'explique-t-il, si les consommateurs sont prêts à acheter des pommes moches, par exemple,
08:46ils ne sont pas du tout prêts à acheter des fleurs moches et la fleur doit être parfaite.
08:51Donc, lui estime qu'ils ont besoin encore de pesticides.
08:55Frédéric Mouchon, de votre côté, vous allez aux Pays-Bas, dans la région d'Amsterdam, pour ce sujet.
08:59Vous allez visiter le marché aux fleurs d'Alsmyr.
09:02D'abord, pourquoi ?
09:04Parce que les Pays-Bas sont un peu la plaque tournante des fleurs en Europe.
09:08En fait, il faut savoir que 85% des fleurs coupées qu'on achète en France proviennent d'importations
09:13et essentiellement transitent par les Pays-Bas.
09:16Et ce marché d'Alsmyr, qui est situé à une demi-heure de route à peu près d'Amsterdam,
09:21c'est un peu le plus grand marché aux fleurs du monde.
09:23On appelle ça même le Wall Street de la fleur.
09:26Décrivez-nous ce que vous voyez quand vous arrivez sur place.
09:28Quand on arrive, les entrepôts, c'est totalement immense.
09:31On dirait une sorte de rungis de la fleur, mais puissance 10.
09:33Apparemment, les bâtiments sont aussi grands que la surface de Monaco.
09:37Donc, c'est vous dire l'ampleur des bâtiments.
09:39Lorsqu'on arrive, on s'est trompé.
09:41On devait se garer sur le parking.
09:42Et en fait, on est rentré dans le marché aux fleurs.
09:44Et là, c'est immense.
09:46C'est sur des dizaines et des dizaines d'hectares, des trolets qui transportent les fleurs.
09:51Et ces fleurs sont destinées à l'exportation.
09:53Donc, elles sont destinées à l'Angleterre, à la France, à l'Allemagne.
09:57Qu'est-ce qu'il y a comme fleurs, par exemple ?
09:58Alors, en ce moment, il y a beaucoup de tulipes.
10:00On est aux Pays-Bas.
10:01Mais on est aussi à la veille de la Saint-Valentin.
10:03Et là, il y a des roses partout.
10:05La rose, c'est la fleur de la Saint-Valentin.
10:08C'est la fleur qui est la plus vendue à la Saint-Valentin.
10:10Et ces fleurs, elles sont présentes par dizaines de milliers dans le marché d'Alsmia.
10:14Ces fleurs, elles viennent d'où ?
10:16Alors, les fleurs, notamment les roses, viennent essentiellement d'Afrique.
10:20Notamment du Kenya et d'Éthiopie, où elles sont cultivées sur des centaines de milliers d'hectares.
10:24et envoyées par avion réfrigéré à Amsterdam, où ensuite elles sont réparties sur les autres pays en Europe.
10:31Et dans ces pays comme le Kenya ou l'Éthiopie, j'imagine qu'il n'y a pas les mêmes
10:34réglementations qu'en Europe sur les pesticides ?
10:36En fait, chaque pays producteur, en dehors de l'Union Européenne, fixe ses propres règles en matière de pesticides.
10:41Et il se trouve que le Kenya, par exemple, utilise des pesticides qui sont parfois interdits en Europe.
10:47Et par ailleurs, est confronté à des insectes auxquels nous ne sommes pas confrontés en Europe.
10:51Donc, utilise certains produits chimiques pour lutter contre ces insectes.
10:55C'est pour ça qu'en fait, les produits chimiques qu'ils utilisent ne sont pas les mêmes que ceux
10:58qu'on utilise ici, sur le sol européen.
11:00Les grossistes avec qui vous parlez sur ce marché d'Alsmire, est-ce qu'ils s'inquiètent de la présence
11:05des pesticides sur les fleurs ?
11:06Pas vraiment, en fait. Quand je croise tous ces ouvriers et ouvrières qui sont sur leur trolley,
11:11alors évidemment, ils ont des gants et des cachet-nés, mais c'est plus parce qu'il fait très froid.
11:15Je vois même des gens qui ont les mains nues, en fait, lorsqu'ils manipulent ces chariots remplis de fleurs.
11:20Et lorsque je rencontre un fleuriste sur les quais d'Amsterdam,
11:24lui me dit qu'il n'est pas vraiment un quai pour lui-même et que, de toute façon, ça
11:28répond à un marché.
11:29En fait, il renvoie presque la responsabilité aux consommateurs.
11:33Il dit, si vous voulez acheter des fleurs qui n'ont pas des pesticides interdits,
11:37achetez des fleurs européennes, mais elles coûteront beaucoup plus cher.
11:39En fait, ça me fait penser parfois à certains agriculteurs qui sont un peu fatalistes
11:43en disant que pour produire leurs céréales, leurs fruits et légumes, ils ont besoin de produits phytosanitaires.
11:50Frédérique Mouchon, vous parlez avec la présidente d'une ONG néerlandaise Pesticides Action Network,
11:55le réseau d'action sur les pesticides, et elle se dit inquiète pour les grossistes
11:59et pour les salariés de cet immense marché aux fleurs.
12:02Oui, elle se dit inquiète parce qu'elle estime qu'en manipulant des fleurs toute la journée,
12:07notamment dans leur boutique, ils prennent des risques en les manipulant à main nue,
12:11mais aussi en respirant l'air qui peut être contaminé de pesticides.
12:15Donc, en février 2022, son association a demandé à la Commission européenne
12:19d'interdire l'exportation de fleurs qui contiendraient des pesticides interdits en Europe
12:24et surtout de fixer des limites maximales de résidus de pesticides dans les fleurs.
12:28Elle n'a pas obtenu gain de cause ?
12:29Non, elle n'a pas obtenu gain de cause parce que la Commission européenne lui a répondu
12:32que c'était à chaque État membre de faire cette demande.
12:35Or, les États membres n'ont pas fait une demande particulière d'interdiction de pesticides dans les fleurs en Europe.
12:41Donc concrètement, aujourd'hui, il n'y a pas de limite de présence de pesticides sur les fleurs, c'est
12:45ça ?
12:45Non, contrairement aux tomates ou aux fraises, où là, il y a des limites très strictes parce qu'on les
12:50consomme,
12:51ça n'existe pas sur les fleurs et il n'y a pas de législation spécifique sur les fleuristes en
12:56Europe.
12:58Dans votre article, vous donnez aussi la parole à l'association écologiste française dont on parlait tout à l'heure.
13:03Robin Desbois, son fondateur, Jackie Bonnemain, rappelle qu'il existe des dizaines d'études scientifiques
13:09sur les dangers des pesticides dans la filière.
13:11Oui, il nous raconte que depuis 1990, il existe une centaine d'études scientifiques internationales
13:17qui alertent sur les dangers de l'exposition aux résidus de pesticides, de fongicides et d'agents de conservation de
13:23la filière horticole.
13:24Il va même loin dans le détail.
13:26En fait, il dit que ces études révèlent, entre autres méfaits, une diminution de la spermatogénèse chez les travailleurs,
13:33un excès d'avortement spontané chez les femmes de la filière horticole
13:37et un excès de malformation congénitale pour leurs enfants, mais aussi des risques de cancer, de leucémie,
13:43y compris pour leur descendance et une contamination générale de l'environnement.
13:47Et il cite en particulier l'une de ces études qui date de 2019, étude qui a été faite en
13:52Belgique.
13:52Oui, cette étude menée par des chercheurs de l'université de Liège, en fait, elle fait toujours référence aujourd'hui.
13:57Pendant quatre ans, ils ont suivi une quarantaine de fleuristes dans des boutiques en Belgique
14:01lors des pics d'activité à la Saint-Valentin, à la Fête des Mers, à la Toussaint.
14:05Et résultat de cette étude, plus de 100 pesticides ont été détectés dans les échantillons de fleurs les plus vendus,
14:11des roses, des chrysanthèmes, des gerberats,
14:14autant sur les mains des fleuristes que dans leurs urines,
14:17dont certains pesticides étaient interdits depuis très longtemps en Europe.
14:20Et la conclusion de cette étude, assez alarmante,
14:23était que les pesticides présents sur les fleurs coupées
14:26passaient la barrière de la peau et pénétraient à l'intérieur de l'organisme.
14:32Quand on vous écoute, on comprend que ça fait de longues années qu'on connaît le problème.
14:36Oui, ça fait de longues années que des scientifiques s'en sont emparés,
14:39que des ONG expliquent qu'il y a un vrai danger pour cette population dans la filière horticole.
14:44Par contre, ce qu'on constate, c'est que les fleuristes sont un petit peu surpris
14:48ou dans le déni, ou n'avaient pas réalisé qu'ils pouvaient avoir les mêmes problèmes, en fait,
14:52que les agriculteurs.
14:53Et l'affaire, la triste histoire d'Émy, de cette petite fille qui en est morte,
14:58sonne un peu comme un réveil pour toute une profession.
15:01Si on se résume, en France, on utilise moins de pesticides quand on produit des fleurs.
15:05En revanche, 85% des fleurs vendues en France viennent de l'étranger.
15:09Émilie, pour ceux qui veulent acheter des fleurs françaises, il existe un label.
15:13Oui, il existe un logo qui est assez facile à repérer.
15:16Ça s'appelle Fleurs de France et ça a la forme d'un hexagone bleu-blanc-rouge.
15:21Donc, pour ceux qui veulent effectivement acheter des fleurs françaises,
15:24ça veut donc dire que dessus, il n'y aura pas zéro pesticide.
15:28C'est ce que nous ont expliqué les producteurs.
15:29En revanche, sur ces fleurs-là, il n'y aura donc pas de pesticides qui sont interdits dans
15:34les cultures et un certain nombre de producteurs font vraiment des efforts pour utiliser le
15:39moins de produits chimiques possibles.
15:41Émilie Torgemène, le jeudi 6 février avec Frédéric Mouchon, vous rencontrez pendant
15:45deux heures l'avocat de la maman d'Émy dont on vient de parler.
15:48Émy qui est décédée en 2022 à l'âge de 11 ans.
15:52Cet avocat vous explique que la mère est en contact avec d'autres victimes potentielles
15:56des pesticides ?
15:57Oui, l'avocat nous explique que la maman de la petite Émy est appelée par des collègues
16:02ou d'anciens collègues ou des fleuristes qui ont entendu parler de son histoire.
16:06Et en fait, beaucoup de ces personnes, beaucoup de ces parents s'inquiètent parce que leurs
16:10enfants sont malades.
16:11Et tous se demandent si finalement les pesticides ne sont pas en cause dans la maladie de leurs
16:16enfants.
16:17Alors on verra s'il y a des suites judiciaires, mais ce qu'on sait déjà, c'est que le
16:21Fonds d'indemnisation des victimes des pesticides a reçu plusieurs dossiers, 6 pour des demandes
16:26d'indemnisation qui viennent de fleuristes et 5 d'entre eux ont été validés.
16:31Donc on considère que pour ces 5 cas, le lien de causalité entre les pesticides qui
16:35étaient sur les fleurs et la maladie est sûr et avéré.
16:52Merci à Émilie Torgemène et Frédéric Mouchon.
16:55Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou et Thibault Lambert.
17:00Réalisation, Julien Moncouquiol.
17:02Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
17:05N'hésitez pas à laisser un commentaire ou des étoiles sur votre application audio.
17:09Et puis on vous invite également à écouter le second podcast du Parisien, Crime Story.
17:13Chaque samedi matin dans Crime Story, une nouvelle affaire criminelle.
17:16racontée par Claudia Prolongeau avec Damien Delsony, le chef du service Police Justice du Parisien.
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