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En reconnaissant l’existence d’un Etat palestinien, Emmanuel Macron espère entraîner d’autres pays préoccupés la famine et la mort à Gaza dans son sillage. Récit avec deux journalistes du Parisien : Charles du Saint Sauveur, chef du service international, et Henri Vernet du service politique, spécialiste des questions de diplomatie.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert et Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France Info, France 24

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#emmanuelmacron #palestine #gaza #israelpalestineconflict

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News
Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:04Une information pratique d'abord, la nouvelle version de l'appli du Parisien
00:08vous permet maintenant d'écouter CodeSource ou CrimeStory
00:12tout en lisant nos articles. N'hésitez pas donc à la mettre à jour.
00:21La France va reconnaître l'état de Palestine aux Nations Unies le 22 septembre,
00:26annonce d'Emmanuel Macron le 24 juillet.
00:29Juste après une visite en Égypte, pendant laquelle le président français
00:33a rencontré des femmes et des enfants palestiniens blessés par des bombardements israéliens.
00:39Deux autres pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies
00:43ont annoncé dans la foulée qu'ils allaient en faire autant, le Royaume-Uni et le Canada.
00:49Pourquoi Emmanuel Macron a pris cette décision ? Pourquoi maintenant ?
00:52Pourquoi la France n'avait pas encore reconnu jusqu'ici l'état de Palestine ?
00:57Réponse dans CodeSource avec deux journalistes du Parisien,
01:01Charles Le Saint-Sauveur, chef du service international,
01:04et Henri Vernet du service politique, spécialiste des questions de diplomatie.
01:13Henri Vernet, concrètement, comment va se dérouler la reconnaissance de l'état de Palestine
01:18par la France, à New York, aux Nations Unies, le 21 ou le 22 septembre ?
01:23Comment ça va se passer ?
01:24Elle se fera dans le cadre d'une réunion à l'ONU sur la solution politique à deux États,
01:28réunion coprésidée par la France et l'Arabie Saoudite.
01:32A priori, c'est le prince héritier, MBS, qui coprésidera avec Emmanuel Macron.
01:37Et elle pourrait prendre la forme d'une phrase qui serait glissée dans le communiqué final de cette conférence
01:44et qui stipulerait que la France reconnaît l'état palestinien.
01:49Dans cet épisode de CodeSource, on va raconter pourquoi Emmanuel Macron a pris cette décision,
01:54avec quel objectif et pourquoi l'idée a mis du temps à aboutir.
01:58Aujourd'hui, 147 pays reconnaissent déjà l'état de Palestine.
02:03Charles de Saint-Sauveur, en quoi la décision de la France est-elle historique ?
02:08Elle est historique parce que la France deviendra, en reconnaissant l'état de Palestine,
02:12le premier pays occidental majeur, le premier pays du G7,
02:16donc ce club occidental des puissances économiques, à reconnaître un tel état.
02:20Donc effectivement, c'est aussi un membre permanent du conseil de sécurité,
02:24avec une voix qui traditionnellement porte à l'étranger.
02:27Même si la France, comme l'Europe d'ailleurs, est sortie du jeu, en quelque sorte, au Moyen-Orient.
02:32Et là, c'est un coup diplomatique, c'est une façon de revenir dans le jeu dont elle est sortie
02:36il y a déjà bien longtemps.
02:39Les Palestiniens ont proclamé leur état par la voix de Yasser Arafat, leur leader, en 1988.
02:45Et les présidents français successifs, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron,
02:53se sont déclarés favorables à la reconnaissance de l'état de Palestine.
02:58Henri Vernet, en résumé, pourquoi ça n'a pas été fait plus tôt ?
03:01En gros, parce qu'on a toujours estimé que, finalement, ce n'était pas le bon moment.
03:05Dans la foulée de la proclamation d'Arafat en 1988, Mitterrand, dans une interview qu'il donne,
03:10explique que oui, la France est tout à fait disposée sur le principe à reconnaître l'état palestinien,
03:15à condition que cet état soit viable, ce qui évidemment est un paradoxe pour un territoire qui est sous occupation
03:21militaire à l'époque.
03:22Jacques Chirac, lui, il a estimé que ça risquait de fragmenter l'unité européenne.
03:29Ce qui était vrai, parce que les Européens étaient assez divisés sur cette question-là.
03:33Et pour leur successeur, eh bien, c'est le même motif, ce n'est pas le bon moment.
03:36Mais c'est au point que Jean-Yves Le Drian, l'ancien ministre des Affaires étrangères,
03:40m'avait expliqué dans une interview parisien, il y a un an,
03:44qu'il faut arrêter avec cet argument de « ce n'est pas le bon moment, parce que finalement, ce
03:48ne le sera jamais ».
03:48Et donc, il se prononçait résolument comme ancien ministre en faveur de cette reconnaissance par la France.
03:54Le contexte de la décision d'Emmanuel Macron, c'est l'après 7 octobre 2023,
04:00l'attaque terroriste du Hamas contre Israël, dans laquelle plus de 1200 Israéliens ont été tués,
04:05dont de nombreux civils, des dizaines ont été pris en otage.
04:09Depuis, les bombardements israéliens sur Gaza ont fait plus de 62 000 morts, en majorité des civils.
04:15Chiffre donné par le Hamas au pouvoir à Gaza, mais jugé fiable par les Nations Unies.
04:21En mai 2024, l'Irlande, l'Espagne et la Norvège ont décidé de reconnaître l'état de Palestine.
04:28Henri Vernet, à quel moment Emmanuel Macron, lui, a commencé à envisager sérieusement de prendre cette décision ?
04:34Dans les premiers mois qui ont suivi les attaques meurtrières, les attentats du 7 octobre.
04:39En réalité, au début, il a zigzagué Emmanuel Macron. Il s'est même montré extrêmement solidaire avec Israël,
04:44au point d'avoir cette proposition un peu baroque d'une coalition internationale anti-Hamas,
04:49comme il en existait une anti-Daesh, qui lui a valu beaucoup d'incompréhension et d'inimitié.
04:53Et puis, par la suite, il a vraiment pris le tournant inverse. Pourquoi ?
04:58Parce que, d'abord, le désastre humanitaire, le désastre politique qui se jouait à Gaza est apparu insoutenable.
05:06Ça, les Français l'ont compris assez vite. Et donc, Macron a renoué avec cette position traditionnelle de la France,
05:13qui est donc la solution politique des deux États, un État israélien, un État palestinien, vivant côte à côte.
05:18Je crois à l'avenir de la solution à deux États, comme base d'une architecture de sécurité régionale,
05:25qui permettra à Israël de vivre en paix et en sécurité avec ses voisins.
05:30Et donc, il commence à prendre nettement ce parti. Il va l'expliquer.
05:34D'autant plus que Macron, il devient, au fil du temps, exaspéré par l'espèce de jusqu'au-boutisme du
05:40Premier ministre israélien,
05:42Benjamin Netanyahou, qui ne semble pas avoir d'autre logique que la guerre à outrance,
05:46et qui ne résout absolument rien, qui ne fait que créer des générations, des générations de terroristes,
05:51c'est-à-dire de créer, d'attiser la haine pour des décennies.
05:56Le mardi 8 avril, le président français se rend en Égypte, à El Harish, c'est près de Gaza.
06:02Et là, donc en Égypte, il voit des femmes et des enfants palestiniens grièvement blessés par les bombardements israéliens.
06:08Oui, parce que là, il se rend dans un hôpital, il rencontre des blessés, des femmes, des enfants.
06:13Il touche du doigt, il a vraiment sous les yeux les ravages de cette guerre qui dure depuis bientôt deux
06:17ans.
06:18Il dit que très concrètement, il faut désormais envisager la reconnaissance de l'État palestinien pour avancer vers une solution
06:25politique.
06:26On se bat pour Gaza, le retour de la paix et de la sécurité, l'humanitaire et une solution politique.
06:33On doit aller vers une reconnaissance. Et donc, dans les prochains mois, on ira.
06:36Alors, il ne donne pas de date, il dit simplement, on va y arriver, on va y aller.
06:44À ce moment-là, quel est l'espoir d'Emmanuel Macron ? C'est dans le même temps de pousser
06:48des pays arabes à reconnaître Israël, c'est ça ?
06:51Il espère créer un double effet d'entraînement. D'abord, avec des pays européens qui rejoignent cette dynamique de paix.
06:56Parce que pour l'instant, quand c'est l'Espagne, la Norvège ou l'Irlande, ça ne fait pas bouger
07:01d'un iota les choses sur le terrain.
07:02Donc là, il espère des pays importants qui reconnaissent à leur tour l'État palestinien pour avoir cette dynamique importante.
07:10Et de l'autre côté, convaincre également des pays arabes, des pays de la région à normaliser, voire à faire
07:17des accords de paix avec Israël.
07:19Le grand espoir, c'était vraiment de faire basculer, de convaincre l'Arabie saoudite qui est vraiment le géant de
07:25la région.
07:25Charles Saint-Sauveur, après cette déclaration d'Emmanuel Macron dans son avion de retour d'Égypte, comment réagit Israël ?
07:32Très négativement. Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, condamne aussitôt l'initiative.
07:39Il la condamne fermement, ce sont ses mots, en disant qu'une telle action récompense le terrorisme,
07:44que s'est donné le point au Hamas pour les tueries du 7 octobre, que ça ne fera absolument rien
07:50avancer.
07:51La classe politique israélienne est à l'unisson, il y a vraiment une sorte d'unanimité.
07:56La condamnation, évidemment, fait écho à celle des États-Unis, le grand allié d'Israël,
08:02par la voix de Donald Trump qui dit « bon, j'aime bien Emmanuel Macron, mais sa décision n'aura
08:08absolument aucun poids ».
08:09Henri Vernet, ensuite, pendant de longues semaines, plus rien ne bouge, en tout cas en apparence.
08:14Que se passe-t-il ? Pourquoi ?
08:15Dans les coulisses de la diplomatie, il se passe beaucoup, beaucoup de choses.
08:18C'est-à-dire que les diplomates, en l'occurrence, ce sont les diplomates de l'Élysée qui sont beaucoup
08:22à la manœuvre,
08:23ils vont rencontrer leurs homologues, alors souvent, ça se passe à New York, dans les couloirs du siège de l
08:29'ONU,
08:30leurs homologues des pays arabes, leurs homologues aussi de pays occidentaux,
08:34pour les convaincre de soutenir, voire de se rallier à cette position française,
08:39parce que Macron sait bien que s'il n'y a pas cette dynamique-là, ce sera un coup d
08:43'épée dans l'eau.
08:43Une conférence sur cette question se prépare ensuite aux Nations Unies pour le 18 juin.
08:47Mais quelques jours plus tôt, le vendredi 13 juin, Israël bombarde les sites nucléaires iraniens.
08:53C'est en plein cœur de la nuit que Téhéran était la cible de l'État hébreu.
08:57Plusieurs explosions coordonnées et d'épais nuages de fumée qui s'élèvent dans le ciel de la capitale iranienne.
09:03Et là, ça repousse la conférence. Pourquoi ?
09:05Alors Emmanuel Macron, quand on lui pose la question, il expliquait que,
09:08attendez, on ne peut pas demander à des dirigeants qui sont survolés chaque matin par des bombes israéliennes
09:14de venir à une telle conférence en ce moment, parce que toute idée d'une normalisation à terme avec Israël
09:22est tout simplement insupportable.
09:23Il y a déjà le spectacle insoutenable de Gaza, où la guerre fait ses ravages depuis quasiment deux ans.
09:30Et maintenant, en plus, cette attaque contre l'Iran.
09:33Bien sûr, les pays arabes, et notamment ceux du Golfe, ne portent absolument pas Téhéran dans leur cœur.
09:38Néanmoins, c'est une grande nation musulmane.
09:40Et donc, à ce moment-là, alors qu'Israël est sur tous les fronts,
09:44les dirigeants arabes, concernés par cette conférence,
09:48qui doivent tenir compte de leur opinion, qui est réellement chauffée à blanc,
09:52ne peuvent pas se permettre d'assister à une telle conférence.
09:57Charles de Saint-Sauveur, la France constate aussi que l'Arabie saoudite ne change pas de position sur Israël.
10:02L'idée de départ d'Emmanuel Macron ne fonctionne pas.
10:05Non, il y a trop de bombes à Gaza, il y a trop de chats, il y a trop de
10:08morts, il y a trop de famines,
10:09il y a trop de...
10:09Le Premier ministre israélien continue sa guerre sans fin à Gaza.
10:13Donc, dans ce contexte, pas question pour l'Arabie saoudite de reconnaître l'État d'Israël,
10:18ou même de faire un pas vers l'État d'Israël.
10:21Finalement, tout va changer le 24 juillet.
10:23D'abord, pourquoi ? Qu'est-ce qui a changé pendant l'été ?
10:26Il y a vraiment le contexte qui devient de moins en moins tenable,
10:30notamment aux yeux de l'opinion.
10:31La famine qui progresse à Gaza, sur laquelle on ne peut plus fermer les yeux,
10:35l'aide humanitaire qui est distillée au compte-gouttes
10:38et qui, quasiment systématiquement, se termine dans des bains de sang.
10:42Le nombre de morts qui défient tous les compteurs.
10:45Diplomatiquement, il y a plusieurs pays,
10:46commencés par le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et le Canada,
10:49qui condamnent fermement ce qui se passe à Gaza,
10:53qui n'ont vraiment plus de mots assez durs.
10:55On sent que la pression, vraiment, monte sur tout ce qui se passe dans l'enclave.
11:00Ensuite, côté israélien, il y a la Knesset,
11:02donc le Parlement israélien, qui vote en faveur d'une annexion de la Cisjordanie par Israël.
11:07Tout ça, évidemment, c'est pour retirer de l'ordre du jour
11:10tout projet de reconnaissance de l'État palestinien,
11:12notamment par la France.
11:13Et enfin, peut-être en France aussi,
11:15il y a quelque chose qui est un peu en coulisses, sous-jacent,
11:18mais qui est quand même très important pour la diplomatie française.
11:20C'est des notes des ambassadeurs qui remontent,
11:23notamment des pays arabes,
11:24sur le risque d'un divorce,
11:26que la France ne soit plus audible.
11:27En gros, ce qu'ils disent, c'est qu'il y a une espèce de deux poids, deux mesures.
11:30La France sanctionne la Russie et défend l'Ukraine,
11:33mais elle ne le fait rien pour sanctionner Israël,
11:35alors qu'il y a une tragédie en cours à Gaza.
11:38Et en gros, c'est la voix singulière de la France,
11:41celle héritée du général de Gaulle,
11:42qui risque de disparaître,
11:44et qui a peut-être, effectivement, incité le président Macron
11:46à continuer dans la voie de cette reconnaissance de l'État palestinien.
11:49Henri Vernet, le jeudi 24 juillet,
11:52Emmanuel Macron fait parvenir une lettre
11:54au président de l'autorité palestinienne,
11:56Mahmoud Abbas.
11:58Que dit cette lettre ?
11:59Ce jour-là, le consul général de France, à Jérusalem,
12:01il se rend à Ramallah, à quelques kilomètres de là,
12:04c'est donc la capitale présumée de l'autorité palestinienne,
12:08et il lui remet en effet cette lettre en main propre.
12:10Ramallah, la lettre, elle dit tout simplement
12:11quelques mots qui sont historiques,
12:13annonçant que la France va reconnaître l'État de Palestine.
12:16Il y a des conditions à cette reconnaissance ?
12:19Oui, bien sûr, à commencer par la libération des otages de Gaza,
12:23le désarmement du Hamas,
12:25ce qui paraît un petit peu hypothétique,
12:27et puis la promesse d'élection
12:29pour la future autorité palestinienne,
12:31que Mahmoud Abbas ne se perpétue pas à lui-même
12:34sans la moindre élection,
12:35il n'y en a pas eu depuis 20 ans.
12:37Mais justement, il se trouve que la missive de Macron,
12:41elle a été précédée d'une autre lettre,
12:43cette fois envoyée par le président palestinien,
12:46le 9 juin,
12:48et dans laquelle Mahmoud Abbas
12:50s'engageait justement à réformer l'autorité palestinienne,
12:53à remplir ses conditions
12:54et à une reconnaissance pleine et entière de l'État israélien.
12:58Sans la lettre d'Abbas le 9 juin,
13:00il n'y aurait pas eu de lettre de Macron le 24 juillet.
13:04Dans les jours qui suivent la lettre d'Emmanuel Macron à Mahmoud Abbas,
13:07le Royaume-Uni, le Portugal,
13:09mais aussi le Canada,
13:10suivent la France et annoncent qu'ils vont reconnaître l'État de Palestine.
13:13Ce qui change, c'est que deux pays du G7, à la suite de la France,
13:18projettent désormais de reconnaître l'État de Palestine.
13:20C'est une avancée majeure, évidemment.
13:22Pour le Royaume-Uni, effectivement,
13:24c'est un peu moins une surprise
13:25parce qu'il est dirigé par un travailliste, Starmer,
13:28et le parti travailliste a, historiquement,
13:30a toujours été favorable à la reconnaissance d'un État palestinien.
13:34Bientôt, l'Australie, la Finlande, le Danemark,
13:37puis ce sera la Belgique,
13:38en Breille, à la suite de la France.
13:40L'effet d'entraînement qui avait échoué à la fin du printemps
13:43s'amorce enfin, à la faveur, évidemment, de l'exaspération,
13:47comme on l'a dit, de ce qui se passe à Gaza.
13:49C'est un gros soulagement à Paris.
13:51La mayonnaise prend, en quelque sorte.
13:53Concrètement, sur le terrain,
13:54après cette annonce, à partir du dimanche 27 juillet,
13:58Israël a décrété des pauses humanitaires de 10 heures par jour,
14:01pauses permettant une livraison un peu plus importante
14:04de l'aide humanitaire.
14:06Mais le 19 août, le Premier ministre israélien,
14:09Benyamin Netanyahou, accuse Emmanuel Macron, je cite,
14:13« d'alimenter le feu antisémite »
14:16en appelant à la reconnaissance de l'État palestinien.
14:18Alors, ce qu'il y a dans cette lettre,
14:20c'est une accusation très grave
14:21contre le manque d'action de la France,
14:24donc du gouvernement d'Emmanuel Macron,
14:26pour lutter contre l'antisémitisme
14:28qui, dit Netanyahou dans sa lettre,
14:30« ravage les villes françaises ».
14:32Il fait le lien avec la reconnaissance de l'État de Palestine,
14:36puisque, aux yeux du Premier ministre israélien,
14:38ça va libérer un peu plus l'antisémitisme en France.
14:41Henri Vernet, l'Élysée, hausse le ton à ce moment-là.
14:44L'Élysée va réagir en deux temps.
14:46D'abord, le soir même où cette lettre est rendue publique,
14:50l'entourage du président va utiliser un mot très fort
14:53qui est « abject ».
14:54Et, en revanche, Macron, lui,
14:57va préparer soigneusement sa réponse,
14:59qui ne sera publiée que quelques jours plus tard.
15:02Et, dans cette riposte,
15:04Emmanuel Macron parle d'une offense
15:06faite à la France entière.
15:09D'abord parce qu'il considère que ce n'est pas vrai,
15:11que rien n'est fait contre l'antisémitisme.
15:14Au contraire, il en a fait une cause importante,
15:16que Macron n'a aucune leçon
15:18de lutte contre l'antisémitisme
15:19à recevoir de la part de Netanyahou.
15:22Quelques jours plus tard, nouvelle lettre,
15:24celle de l'ambassadeur américain en France,
15:26Charles Kushner,
15:27le père du mari de la fille de Donald Trump,
15:30Jared Kushner,
15:31l'ambassadeur américain reprend la ligne israélienne.
15:35Il écrit que les déclarations françaises
15:37et la reconnaissance de l'État de Palestine
15:40encouragent, je cite,
15:41les extrémistes,
15:42fomentent la violence
15:44et mettent en péril la judéité en France.
15:46Fin de citation.
15:47Avant d'ajouter, je cite encore,
15:49« Aujourd'hui, ce n'est plus possible de tergiverser.
15:52L'antisionisme, c'est l'antisémitisme, point. »
15:56Charles de Saint-Sauveur,
15:57est-ce que ce n'est pas de la mauvaise foi
15:58criée à l'antisémitisme
16:00face aux critiques de la guerre menée à Gaza ?
16:03C'est déjà un sujet qui crispe énormément,
16:06y compris le débat en France,
16:08alors que la guerre a complètement électrisé.
16:10J'ai envie de répondre oui et non.
16:12Quand Kushner parle d'antisionisme,
16:14il le prend au sens littéral,
16:16au sens premier du mot,
16:17c'est-à-dire qui est contre la création d'Israël.
16:20Donc, pour lui, l'antisionisme,
16:22c'est nier le droit au peuple juif d'avoir un État.
16:25Donc, pour lui, c'est de l'antisémitisme.
16:27Et c'est vrai qu'en France,
16:28l'antisémitisme progresse les actes,
16:30mais aussi la parole anti-juif
16:31qui s'est largement libérée,
16:32sans même attendre d'ailleurs
16:33la riposte israélienne à Gaza.
16:36Mais oui, on doit pouvoir critiquer,
16:38évidemment, la guerre à Gaza
16:39sans être accusé d'être antisémite.
16:41Beaucoup, de plus en plus de dirigeants le font.
16:44Et d'ailleurs, les Israéliens
16:45sont les premiers à critiquer leur gouvernement.
16:48Et ce n'est pas pour rien que,
16:49même s'ils sont minoritaires,
16:50des opposants à cette guerre manifestent
16:52toutes les semaines à Tel Aviv.
16:55Charles de Saint-Sauveur,
16:57à la même période, le vendredi 22 août,
16:59les Nations Unies ont reconnu
17:01l'état de famine à Gaza.
17:03Oui, famine, c'est un mot qui résonne
17:05vraiment comme une infamie,
17:06comme une tâche indélibile.
17:08C'est la première fois, en plus,
17:10dans cette région Moyen-Orient
17:11que l'état de famine est décrété.
17:12Un demi-million de Gazaouis
17:14sont dits en état de famine.
17:16Ce qui favorise sans doute
17:18la décision de l'ONU,
17:19ce sont deux choses.
17:20D'abord, l'imminence
17:22d'une action militaire d'envergure
17:24de la part de l'armée israélienne
17:26qui s'appelle l'opération
17:28Les Chars de Gédéon II,
17:30qui est destinée à anéantir
17:32en quelque sorte le Hamas
17:33dans Gazaville.
17:34Gazaville, qui est la principale métropole
17:36de l'enclave palestinienne,
17:38et risquant en cela
17:39d'aggraver évidemment
17:40la situation des Gazaouis.
17:43On en revient au début
17:44de cet épisode de Code Source.
17:46Le 22 septembre,
17:47la France va donc reconnaître
17:49l'état de Palestine
17:50aux Nations Unies.
17:52Henri Vernet,
17:53est-ce que la reconnaissance
17:54de l'état palestinien
17:55peut être suffisante
17:57pour faire pression
17:58sur Benjamin Netanyahou,
17:59ou bien est-ce que
18:00des sanctions économiques
18:01ne seraient pas plus efficaces ?
18:03Alors, il est certain
18:04que la reconnaissance,
18:05elle ne suffira pas
18:06à décider Netanyahou
18:07d'arrêter la guerre
18:08du jour au lendemain,
18:09et encore moins
18:10à le pousser à reconnaître
18:12un futur état palestinien
18:13qu'il rejette réellement
18:14de tout son être.
18:15Les Français ne se bercent
18:16pas d'illusions là-dessus.
18:18Néanmoins,
18:19c'est d'abord un geste politique,
18:21un geste symbolique
18:21qui est important.
18:23Et aussi,
18:24ce qui donne de l'importance
18:25à ce qu'on a vu au début,
18:26c'est-à-dire le fait
18:27que la France ne sera pas seule,
18:28que d'autres pays seront là,
18:30et des pays importants.
18:32On a parlé du Royaume-Uni,
18:33du Canada,
18:34de l'Australie,
18:34d'autres encore,
18:35mais de surcroît
18:36des pays amis d'Israël.
18:38Donc c'est ça, quand même,
18:39qui, petit à petit,
18:41fait pression,
18:42pression politique
18:44sur Netanyahou.
18:45Est-ce que des sanctions
18:46pourraient être décidées
18:47contre Israël ?
18:48Des sanctions économiques ?
18:49Alors, certains pays
18:50de l'Union européenne
18:51poussent dans ce sens,
18:52mais beaucoup d'autres
18:53y sont totalement hostiles,
18:54à commencer par l'Allemagne,
18:56qui, dans sa relation
18:57avec Israël,
18:58a tout le poids
18:58la culpabilité
18:59de l'Holocauste.
19:01Donc c'est un débat
19:02un petit peu permanent
19:03au sein de l'UE.
19:04La France n'a pas pris
19:08officiellement vraiment position,
19:09mais c'est une possibilité
19:10parce qu'il faut savoir
19:12qu'il y a un accord
19:12de coopération
19:13de longue date
19:13entre l'Union européenne
19:15et Israël,
19:15que le commerce
19:16entre ces deux partenaires
19:18représente quand même
19:1930% du commerce d'Israël.
19:22C'est donc important,
19:23mais en réalité,
19:24la seule sanction,
19:25les seules sanctions
19:26qui pourraient faire plier,
19:28qui pourraient infléchir Israël,
19:29ne pourraient venir
19:31que des États-Unis
19:32parce que sans l'aide
19:33militaire américaine,
19:35sans l'aide financière américaine,
19:36Israël, en réalité,
19:38serait vraiment très handicapé.
19:44Merci Henri Vernet,
19:46Charles de Saint-Sauveur.
19:47Cet épisode de Code Source
19:48a été produit par
19:49Pénélope Gualquier-Roti
19:50et Thibault Lambert.
19:52Réalisation,
19:52Julien Moncouquiol.
19:54Code Source
19:54est le podcast quotidien
19:56d'actualité du Parisien.
19:57N'hésitez pas à nous laisser
19:58des commentaires
19:59et à partager nos épisodes.
20:01On vous invite aussi
20:02à écouter Crime Story,
20:03notre podcast hebdomadaire
20:05de faits divers.
20:06Crime Story présenté
20:07par Claudia Prolongeau
20:09avec Damien Delseny,
20:10le chef du service
20:11Police Justice du Parisien.
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