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Un documentaire de France 2 diffusé ce jeudi 13 novembre raconte l’histoire de « Sonia », une femme qui a permis la traque de plusieurs terroristes après les attaques du 13 novembre 2015 à Paris. Les auteurs du documentaire sont dans Code source aujourd’hui. Pour la sécurité de « Sonia », sa voix et son apparence ont été modifiées. Ni Carima Amarouche, la comédienne, ni les membres de l’équipe du film n’ont vu son visage ni ne connaissent son nom ou sa localisation actuelle.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : CAPA/France 2

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#13novembre #hommage #codesource

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Cinq jours après les attentats du 13 novembre 2015, les policiers du RAID neutralisent à Saint-Denis le chef terroriste
00:20Abdelhamid Abaoud et deux complices.
00:22C'est une femme qui a rendu possible cette opération en donnant aux autorités l'adresse de sa cache.
00:28Cette femme n'avait aucun lien avec les terroristes, elle a obtenu ce précieux renseignement par hasard, vous allez comprendre
00:34comment dans ce podcast.
00:36Et depuis, elle vit sous une fausse identité pour des raisons de sécurité.
00:40Surnommée Sonia, on connaissait déjà son existence, mais France 2 raconte en détail son histoire dans un documentaire diffusé le
00:49jeudi 13 novembre à 21h10, disponible sur la plateforme France.tv.
00:54Ça s'appelle « 13 novembre, le choix de Sonia », un documentaire de Violette Lazare et David André, réalisé
01:01par ce dernier et produit par Kappa.
01:03Violette Lazare et David André sont les invités de Codesources aujourd'hui.
01:07Ils reviennent sur cette histoire hors du commun.
01:20David André, vous êtes réalisateur et scénariste, vous avez une formation de journaliste au départ, lauréat d'un prix Albert
01:26Londres en 2011.
01:28Vous avez signé une dizaine de documentaires.
01:30C'est vous qui avez réalisé le choix de Sonia.
01:34D'un mot, qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
01:37Je crois que ce qui nous plaît beaucoup, nous, auteurs ou réalisateurs de documentaires, c'est évidemment quand on a
01:43des histoires extraordinaires à raconter et à transmettre.
01:47Et là, en l'occurrence, évidemment, l'histoire de Sonia est une histoire hors norme, quelque chose qui est à
01:53peine pensable pour un scénariste,
01:54en termes d'enjeux, de vie, de mort, de menaces, de choix corneliens, d'enjeux qui la dépassent, de destin,
02:01de hasard,
02:02qui mettent ces gens-là sur son chemin, les terroristes du 13.
02:07Donc, c'est une histoire inouïe d'un point de vue humain.
02:14Violette Lazare, vous avez commencé votre carrière en faisant un stage ici, au Parisien.
02:18Vous êtes aujourd'hui à l'hebdomadaire L'Obs.
02:20Vous avez écrit sur Sonia dès 2015 et en 2021, avant le procès des attentats du 13 novembre, vous avez
02:28pu rencontrer Sonia.
02:30Sonia qui, depuis le début, depuis les jours qui ont suivi les attentats, est une ombre.
02:35On ne peut rien dire sur elle pour ne pas la mettre en danger.
02:38On n'a pas le droit de dire qui elle est, évidemment pas sa nouvelle identité, de toute façon, je
02:43ne la connais pas.
02:44L'ancienne non plus, on n'a pas le droit de dire de quel milieu elle vient, où elle vit,
02:48mais ça non plus, je ne le sais pas.
02:49En gros, il faut vraiment dessiner un portrait en creux, c'est une ombre.
02:54Ce qu'elle est, sa personnalité, ça, on ne peut rien dire.
02:57En tout cas, Sonia est une femme généreuse, c'est ce qu'on comprend en regardant votre documentaire.
03:02Elle essaie, autant qu'elle peut, d'aider les autres.
03:05Oui, ce qu'on sait d'elle, c'est qu'avant de témoigner, avant de rejoindre le programme des témoins
03:10protégés,
03:10c'est quelqu'un qui est vraiment ouvert sur les autres.
03:12Chez elle, c'est un peu la maison est toujours ouverte, elle héberge des gens qui sont en galère.
03:18Le soir, le week-end, elle fait des maraudes avec le resto du cœur pour distribuer de la nourriture.
03:23Il y a les frères, il y a les sœurs, il y a les amis d'amis qui passent à
03:27la maison.
03:28Chez elle, c'est vivant, elle accueille tout le monde, sa portée ouverte.
03:31Alors, dans cet épisode de Code Source, on va être obligé de spoiler, de donner des informations qui sont évoquées
03:36à la fin de votre documentaire.
03:38Mais on invite vraiment nos auditeurs à aller regarder ce documentaire.
03:42Quatre épisodes d'une demi-heure chaque et environ.
03:44C'est passionnant et émouvant.
03:46David André, racontez-nous un peu le tournage.
03:49Vous n'avez pas pu filmer Sonia, même en silhouette, c'est ça ?
03:53Alors, il a été évidemment impossible de tourner Sonia, pour les raisons de sécurité qu'on imagine.
03:59Néanmoins, pour nous, il était très important de créer les conditions véritables d'une rencontre.
04:05Donc, Sonia nous a été amenée par le RAID, dans une maison isolée, que nous avions auparavant repérée, de façon
04:12à ce qu'elle soit sans voisinage proche.
04:16Elle a été amenée un matin d'hiver, lorsqu'on a tourné, elle a été mise face à une comédienne,
04:23qui ne la voit pas, dans un dispositif qui permet l'anonymat absolu de Sonia, puisqu'elle est derrière un
04:29voile.
04:30Les techniciens n'ont pas accès à la zone A, on va dire, qui est la zone protégée par les
04:35forces de l'ordre.
04:36L'ensemble de l'équipe technique est dans la zone B, avec la comédienne de l'autre côté du voile.
04:42Et Sonia transmet à la comédienne son récit.
04:46Et la comédienne, par le jeu du montage, donne chair et vit à ses souvenirs.
04:52Et donc, elle joue au fur et à mesure la vie de Sonia.
04:55Cette comédienne, c'est Karima Amarouche, 48 ans. David André, comment se passe le dialogue entre Sonia et elle ?
05:02Karima a pu interagir de façon sécurisée avec Sonia, mais aussi de façon émotionnelle.
05:08Et on voit à la fin, elles se prennent dans les bras, à travers ce grand rideau blanc qui les
05:13sépare.
05:14Il y a quelque chose qui a circulé entre ces deux femmes, qui aussi donne, je pense aussi, quelque chose
05:20de touchant dans cette série.
05:21C'est-à-dire que Sonia aurait rêvé d'encontrer Karima, Karima aurait rêvé d'encontrer Sonia, c'est pas
05:26possible.
05:28Violette Lazare, Sonia dit bien à Karima Amarouche, l'actrice, qu'elle ne se considère pas comme une héroïne.
05:34Non, Sonia, elle n'aime pas du tout le terme d'héroïne, parce que ça voudrait dire qu'elle a
05:37fait quelque chose d'exceptionnel.
05:39Et pour Sonia, elle a fait quelque chose de normal.
05:41En fait, je pense que ce qu'elle a fait, elle ne lui a pas demandé d'effort, dans le
05:44sens où elle n'a jamais douté de passer ce coup de fil.
05:47Elle n'a jamais hésité avant de dénoncer Abdelhamid Abaoud.
05:52Je pense que c'est dans ce sens-là qu'il faut le comprendre.
05:54Quand j'ai dénoncé le commando du 13 novembre, je ne l'ai pas fait pour être glorifiée ou pour
05:59être considérée comme une héroïne.
06:01Quand je l'ai fait, je l'ai fait en mon âme et conscience.
06:10Dans ce documentaire, il y a le témoignage de Sonia, même si on ne la voit pas.
06:14Il y a des séquences filmées, tournées, avec des comédiens, pour qu'on puisse comprendre ce qu'il s'est
06:19passé.
06:19David André, vous avez travaillé pendant plus d'un an et demi sur ce projet.
06:23J'imagine que pendant tout le tournage, vous avez eu à cœur de bien retranscrire ce qu'il s'est
06:27passé, d'être le plus proche possible de la réalité ?
06:29Tout ce qu'on voit dans la série, toute la partie entre guillemets fiction, qui est jouée par des comédiens,
06:36c'est effectivement la vérité.
06:38Ce qu'on a essayé de faire aussi, c'est de mêler la voix, le récit de Sonia, de la
06:44vraie Sonia, aux scènes de dialogue.
06:47Donc, ce à quoi on assiste, c'est effectivement des scènes, on a l'impression que c'est un film
06:52de fiction,
06:53mais qui sont traversés sans arrêt par la voix de Sonia et qui lui donnent en fait leur force.
07:00Et en même temps, la comédienne peut amener l'émotion qu'il n'y aurait pas eue si on avait
07:04eu quelqu'un d'anonyme, de grisé, de flouté,
07:07puisque là, elle a un visage.
07:09Et donc, c'est très... ça a du sens de redonner un visage à quelqu'un qui n'a plus
07:13de visage.
07:14Et Karima l'a absolument merveilleusement incarnée.
07:19Et ça nous permet de la rencontrer, quelque part.
07:21Violette Lazare, pour bien comprendre cette histoire, il faut d'abord parler d'une jeune femme qui habite en novembre
07:262015 chez Sonia.
07:28Sonia qui a un compagnon et deux enfants adolescents.
07:31Cette jeune femme s'appelle Asna Haït Boulasen.
07:34D'abord, comment Sonia a rencontré, au tout départ, Asna ?
07:39Un jour, il y a une de ses connaissances qui lui dit, écoute, je connais une jeune fille, elle s
07:42'appelle Asna, elle arrive à Paris.
07:44Il faut lui donner un petit coup de main, est-ce que tu peux l'accueillir quelques jours ?
07:47Et évidemment, comme à chaque fois, Sonia le dit oui.
07:49Et elles vont lier connaissances et Sonia va avoir envie de l'aider et de la protéger.
07:57Et donc, ce qui était au début juste un petit coup de main, je t'héberge deux, trois jours, va
08:00se transformer en une véritable relation quasiment filiale.
08:04Et Sonia la prend sous son aile, vraiment ?
08:06Sonia la prend complètement sous son aile.
08:07En tout cas, à chaque fois qu'Asna a besoin, elle l'appelle et Sonia l'aide.
08:11Et du coup, elle vit longtemps chez Sonia ? Plusieurs années ?
08:13Non, ça se fait par intermittence. Elle ne va pas rester plusieurs années d'affilée, c'est par intermittence.
08:18À chaque fois qu'Asna a un coup dur, à chaque fois qu'elle est un peu dans la galère,
08:21elle appelle Sonia et elle sait que Sonia, sa porte est ouverte.
08:24Et au fil du temps, Asna Aïd Boulassen se sent de plus en plus proche de Sonia.
08:28Asna a la période de véritable famille et donc en fait, elle considère Sonia comme sa mère.
08:32Elle lui dit dans plusieurs messages qu'elle lui envoie.
08:35Cette jeune femme, comme on dit, elle a été cabossée par la vie ?
08:38Asna, elle naît dans un milieu très compliqué.
08:41Sa mère, elle a peu de relations avec elle ou alors très violente.
08:44Elle va être placée, elle va grandir en foyer ou dans des familles d'accueil.
08:49Et une fois qu'elle devient majeure, elle va tomber dans l'alcool, la drogue.
08:54Elle va être victime de violences sexuelles, elle va être violée.
08:57Elle va aussi se radicaliser.
08:59Mais ces phases-là, à chaque fois, ne durent pas très longtemps.
09:02C'est-à-dire qu'un jour, elle peut avoir le niqab et le lendemain, danser en boîte de nuit,
09:05en mini-jupe, un chapeau sur la tête.
09:08En novembre 2015, Asna Aïd Boulassen vit donc chez Sonia.
09:13Et il se trouve qu'elle est la cousine, la cousine germaine d'un certain Abdelhamid Abaoud,
09:18qui est l'un des cadres de l'État islamique.
09:21Violette Lazare, rappelez-nous qui est cet homme.
09:23Abdelhamid Abaoud, il est considéré comme le cerveau de tous les attentats qui se commettent en Europe à ce moment
09:29-là.
09:29Alors, il les gère depuis la Syrie, mais il vient en Europe de temps en temps.
09:34On le sait, quelques mois avant les attentats de Paris, il a failli être arrêté en Grèce.
09:39Et les autorités n'ont pas réussi.
09:41Le soir des attentats du vendredi 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis,
09:45quand la famille de Sonia découvre à la télé ce qu'il s'est passé.
09:49Mes chers compatriotes, au moment où je m'exprime,
09:52des attaques terroristes d'une ampleur sans précédent sont en cours dans l'agglomération parisienne.
09:58Asna Haïd Boulasen se réjouit.
10:00Il y a plusieurs dizaines de tués.
10:02Sonia, son compagnon, les enfants sont consternés.
10:05Deux jours plus tard, le 15 novembre, Asna explique à Sonia qu'elle a un ami,
10:10qu'elle doit aider, qu'elle doit lui trouver un logement.
10:13D'un mot, là, Sonia ne fait pas du tout le rapprochement avec les attentats.
10:17Non, Asna a déjà dit à Sonia, moi, mon cousin, il est djihadiste.
10:22Sonia, elle ne l'a jamais crue parce qu'Asna, elle raconte beaucoup,
10:26beaucoup d'histoires qui ne sont absolument pas vraies.
10:29Donc, le soir des attentats, elle voit Asna qui se réjouit.
10:32Elle l'engueule, elle le déplore.
10:34Elle se dit, c'est encore n'importe quoi, ce qui lui passe par la tête.
10:37Elle a de la bouillie dans la tête.
10:38Enfin, Sonia, elle en parle comme ça.
10:39Donc, quand elle lui demande d'aller aider un petit cousin
10:43qui est dans la merde à Paris, c'est toujours pareil.
10:45Sonia, quand on lui demande d'aider quelqu'un qui est dans la merde, elle dit oui.
10:49Et donc, Sonia accepte d'aider Asna avec le compagnon de Sonia.
10:52Tous les trois, ils vont en voiture à un point de rendez-vous
10:55sous le pont d'une autoroute à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis.
10:59Et là, un homme sort d'un buisson.
11:02Cet homme, Violette Lazare, c'est Abdelhamid Abaoud.
11:04Oui, ça, Sonia, elle ne le sait pas tout de suite.
11:06Elle ne le comprend pas tout de suite.
11:08Elle le regarde sortir.
11:09Elle dit qu'il est habillé comme un clochard.
11:12Il a un bob sur la tête, des baskets orange au pied.
11:15Je ne sais pas qui c'est celui-là.
11:17En tout cas, ce n'est pas un petit cousin.
11:18Il n'a pas 15 ans, comme m'avait dit Asna.
11:21Donc, quand même, elle sent qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
11:23Et très vite, Abdelhamid Abaoud, il ne va pas s'en cacher.
11:25Il va dire les attentats, les terrasses, c'est moi.
11:28Donc, en fait, immédiatement, elle va faire le rapprochement
11:31avec ce que lui a dit Asna.
11:32Et puis, surtout, il y a une vidéo qui circule sur Internet d'abord
11:36et puis sur les chaînes d'info continue
11:38où on voit le fameux Abdelhamid Abaoud traîner derrière lui des cadavres
11:42et dire, voilà, ici, ce qu'on fait avec les couffards, etc.
11:46Donc, en fait, elle connaît son visage.
11:48Et là, elle fait le rapprochement.
11:51Elle comprend que c'est lui qui a mitraillé les terrasses, il lui dit.
11:54Avec beaucoup de joie, dit-elle, comme s'il allait aller au paradis.
11:58Évidemment, là, c'est ce qui nous a sidérés avec Violette.
12:02C'est que n'importe quelle personne normalement constituée
12:06serait glacée d'effroi, d'autant qu'il est un peu menaçant.
12:12Et elle, au contraire, lui tient tête.
12:14Les policiers vérifieront par le bornage de son téléphone
12:17qu'elle est restée, en effet, assez longtemps sous la 86.
12:20Et elle lui tient tête et elle lui dit,
12:23non, mais c'est toi le mécréant, c'est toi qui es tiré sur les gens,
12:26c'est pas l'islam, ça.
12:27Et donc, son premier mouvement,
12:30est effectivement le mouvement qu'elle ne peut pas réprimer,
12:33de quelqu'un qui condamne sans hésiter, malgré la peur,
12:38la personne qui lui fait face.
12:39À plusieurs reprises pendant cette conversation,
12:42Abdelhamid Abaoud la menace.
12:44Oui, là, elle va comprendre, en fait, qu'il faut qu'elle arrête,
12:47qu'il faut qu'elle fasse semblant et qu'elle ne le provoque pas.
12:50Il est menaçant et elle sait qu'il l'a vu,
12:55il sait à quoi elle ressemble, il sait où elle habite.
12:57Et donc, elle va commencer à voir les choses différemment
13:00et à avoir très peur.
13:02Au retour de la 86, le correspondant qui a appelé Asna,
13:06qui était quelqu'un qui appelle depuis la Belgique,
13:08pour lui dire, Asna, il faut que tu ailles chercher
13:11cette personne sous la 86.
13:13Ce correspondant demande à Asna de mettre le haut-parleur
13:16et dit, dis bien aux petits couples que s'ils font quoi que ce soit,
13:19on a leur adresse, on sait où ils habitent,
13:22ils savent de quoi on est capable.
13:24Donc, Sonia rentre chez elle,
13:26avec cette menace qui plane au-dessus d'elle et de sa famille.
13:35Et malgré ça, Sonia décide de donner l'information aux autorités.
13:39Elle appelle un numéro vert, le 197,
13:42numéro destiné à recueillir toute information permettant d'aider les enquêteurs.
13:46Le problème, Violette Lazare, c'est qu'au début,
13:49elle a du mal à convaincre les gens qu'elle a au téléphone
13:51du sérieux de son renseignement.
13:53Il faut juste se remettre dans le contexte.
13:55Depuis le 13 novembre,
13:56les flics, ils reçoivent des milliers d'appels
13:59avec des informations complètement incongrues.
14:01Et là, ils ont une femme qui les appelle
14:03et qui leur dit, j'héberge la cousine d'Abdelhamid Abaoud,
14:05il est dans un buisson
14:08à Aubervilliers,
14:09il va recommencer à faire un attentat, il faut aller l'arrêter.
14:11Forcément, il leur faut quelques heures
14:13pour vérifier ces informations,
14:14ils ne la croient pas immédiatement,
14:16mais ils vont prendre très vite son appel au sérieux
14:18parce qu'elle donne le nom d'Asna
14:20Haït Boulaassen, et ça, c'est dans l'état civil,
14:23c'est la cousine germaine d'Abdelhamid Abaoud.
14:24Donc déjà, ça, c'est vérifié immédiatement.
14:27Ils vont la convoquer à Levallois,
14:28qui est le siège de l'ASDAT,
14:30donc la sous-direction antiterroriste,
14:31et de la DGSI,
14:32les renseignements intérieurs,
14:34pour se confronter à elle
14:35et pour évidemment savoir
14:37qu'est-ce qu'elle sait en plus,
14:38est-ce qu'elle est crédible,
14:39est-ce que ce n'est pas un piège
14:40pour les attirer vers un nouvel attentat.
14:43Forcément, ils sont très prudents
14:45à ce moment-là, les enquêteurs.
14:46Ah, ils sont extrêmement prudents.
14:47Sonia, ça peut être le témoin providentiel,
14:49comme ça peut être le piège
14:51qui va les amener dans un nouvel attentat.
14:53Donc ils sont obligés de tout vérifier,
14:56ils sont obligés de voir
14:57est-ce qu'elle est crédible.
14:58En plus, c'est confus,
14:59on est quand même dans un climat hyper anxiogène,
15:02donc Sonia, elle n'est pas toujours
15:05extrêmement précise.
15:06On peut comprendre pourquoi,
15:07elle est dans un état d'affolement total.
15:09En plus, à ce moment-là,
15:10il y a Asna qui est chez elle,
15:11dans son appartement,
15:12elle se dit, moi, je ne pars jamais de chez moi.
15:14Là, elle va voir que je ne reviens pas
15:15au bout de trois heures,
15:16elle va se demander où je suis.
15:17Donc elle va savoir que je suis en train
15:19de la dénoncer.
15:21Tout ça se fait dans un climat extrêmement tendu.
15:23J'ajoute à ce que dit Violette
15:24que la méfiance des policiers
15:25est compréhensible parce que
15:27l'ancien ministre de l'Intérieur,
15:29Bernard Cazeneuve, nous le confirme,
15:30les services de renseignement extérieur
15:31disent que ce n'est pas crédible.
15:33Abaoud n'est pas en France
15:35et que par ailleurs, pour les policiers,
15:38comment imaginer que,
15:39si c'était le cas,
15:40quelqu'un qui vient de coordonner
15:42un attentat aussi sophistiqué
15:43se retrouve sous une bretelle d'autoroute.
15:46Enfin, tout semble quand même
15:47peu crédible.
15:49Et donc, effectivement,
15:50il y a beaucoup de doutes
15:52et aussi une grande méfiance.
15:53Violette Lazare, les enquêteurs
15:54vont pouvoir vérifier
15:56ce précieux renseignement.
15:57Oui.
15:58Sonia leur indique avec précision
15:59où se trouverait
16:00Abdelhamid Abaoud.
16:01Son téléphone a borné là-bas.
16:03Donc, de toute façon,
16:03ils peuvent vérifier
16:04que ce qu'elle a dit est vrai.
16:05Elle s'est rendue à cet endroit.
16:06Ils vont mettre une caméra
16:08dans un arbre
16:09juste en face de ce buisson.
16:11Ils vont voir un homme sortir.
16:12C'est Abdelhamid Abaoud.
16:14Ils ont une image de lui
16:15et ils connaissent son visage.
16:16Donc, ils vont pouvoir
16:17confirmer cette information
16:18de façon certaine.
16:20Quelques jours plus tard,
16:21dans la nuit du 17 au 18 novembre,
16:23Sonia a réussi à convaincre
16:24Asna de lui dire
16:25dans quel appartement
16:26est réfugié son cousin,
16:28Abdelhamid Abaoud.
16:29C'est à Saint-Denis, rue du Corbillon.
16:31Et Sonia transmet aussitôt
16:33l'information à l'ASDAT.
16:34Et l'ASDAT, du coup,
16:35va prévenir le RAID
16:37qui est mobilisé
16:38et l'assaut va être organisé
16:40en quelques heures.
16:41Et là, l'une des charges explosives
16:43censée faire tomber la porte
16:44ne se déclenche pas.
16:46Les policiers ouvrent le feu
16:48pour tenter de paralyser
16:49les terroristes
16:50retranchés dans l'appartement.
16:515000 balles sont tirées.
16:54Une ceinture explosive
16:55des terroristes se déclenche.
16:57Abdelhamid Abaoud
16:57et son complice sont tués.
16:59Tout comme Asna Haïd-Boulassène.
17:02Violette Lazare,
17:03à ce moment-là,
17:04Sonia perd Asna
17:05qu'elle considérait
17:06un peu comme sa fille.
17:07Oui, pour elle,
17:08c'est terrible ce soir-là.
17:10Elle a donné l'information
17:11aux policiers
17:12d'où se trouvaient
17:13les terroristes et Asna.
17:14Elle leur a demandé
17:15si Asna allait s'en sortir vivante.
17:18Les policiers ne sont pas capables
17:19de lui répondre
17:20à ce moment-là.
17:21Et en fait,
17:22l'assaut va se dérouler
17:23d'une telle façon
17:24que les tirs sont nourris,
17:28ne s'arrêtent absolument jamais.
17:30On entend la voix d'Asna
17:32sur des vidéos
17:32prises par des riverains
17:34où elle demande,
17:35en fait,
17:35elle veut sortir,
17:36elle dit « les terroristes,
17:37c'est pas mes copains,
17:37je veux sortir ».
17:53Elle meurt dans l'assaut
17:54et Sonia sera hantée
17:55toute sa vie
17:55par la mort d'Asna.
17:58Le même jour,
17:59quelques heures après l'assaut,
18:00les policiers
18:01perquisitionnent
18:01l'appartement de Sonia
18:02et elle est placée
18:03en garde à vue.
18:04dans le documentaire,
18:05on voit que les policiers
18:06pointent leurs armes
18:07vers elle
18:07et qu'ils envisagent
18:09à un moment
18:09de défoncer la porte
18:10mais elle les arrête,
18:11elle leur donne les clés
18:12pour qu'ils puissent
18:12ouvrir la porte.
18:14Ça s'est vraiment passé comme ça ?
18:15Dans le récit de Sonia,
18:16il y a aujourd'hui
18:17beaucoup d'émotions
18:18et beaucoup de colère aussi
18:19par rapport à ce qui s'est passé
18:20le 18 après l'assaut.
18:23Ce qu'on sait,
18:23c'est qu'effectivement,
18:25elle a été placée
18:25en garde à vue
18:26à la demande
18:26du Parquet national antiterroriste
18:28qui a besoin
18:29de comprendre
18:29quand même
18:30ses liens
18:31avec Asna,
18:33les liens d'Asna
18:34avec Abaoud,
18:34comment cette femme
18:35a surgi.
18:36Il y a quand même
18:37quelque chose
18:37qui reste dans le brouillard
18:39pour la police
18:40et donc,
18:40elle est interpellée,
18:42elle est placée
18:42en garde à vue
18:43pour quelqu'un
18:43qui a pris
18:44autant de risques
18:46ces dernières heures
18:47et ces derniers jours.
18:48C'est insupportable.
18:49Après,
18:50si on se place
18:51du point de vue
18:51des policiers
18:52du Parquet national
18:53antiterroriste,
18:54ils sont dans
18:54l'absolue nécessité
18:55de vérifier
18:57qu'ils n'ont rien
18:57laissé passer
18:58et donc,
18:58elle va passer
18:5948 heures
19:00en garde à vue.
19:01Juliette Lazare,
19:01Sonia,
19:02elle a probablement
19:03permis d'éviter
19:03un nouvel attentat ?
19:04Oui,
19:05c'est une certitude.
19:06Abdelhamid Abaoud
19:07et son complice,
19:08je rappelle quand même
19:09que c'est ceux
19:10qu'ont tiré
19:10sur les terrasses,
19:11donc ils avaient
19:12vraiment une volonté
19:13de semer la mort
19:15à Paris,
19:16en Ile-de-France
19:17et de commettre
19:19un nouvel attentat.
19:20Alors,
19:20où ?
19:20On ne sait pas,
19:21on pense que c'est
19:22sur la dalle de la défense.
19:23Asna va leur amener
19:24des costumes.
19:25Est-ce que c'était
19:26pour qu'ils s'habillent
19:26en banquier
19:27ou est-ce que
19:28pour qu'ils se fondent
19:29dans la foule ?
19:30Voilà,
19:31il n'y a pas d'endroit,
19:31on ne sait pas,
19:32mais c'est une certitude
19:33qu'ils avaient prévue
19:34de commettre
19:34un nouvel attentat.
19:36Après la garde à vue
19:37de Sonia,
19:37les policiers de l'Asdat
19:39comprennent qu'elle
19:39ne représente pas de menace
19:41mais par contre,
19:41elle-même est en danger
19:43et à ce moment-là,
19:44une décision est prise.
19:45Sonia va faire l'objet
19:46d'un programme
19:47permettant de faire
19:48disparaître les repentis
19:50mais là,
19:51pour la première fois,
19:51ce programme va être
19:53appliqué à un témoin,
19:54à une témoin précisément.
19:56Jusque-là,
19:56ce n'est que des personnes
19:57qui avaient trempé
19:58dans un crime
19:59qui pouvaient bénéficier
20:01en échange
20:02de révélations décisives
20:03d'un programme
20:04de protection.
20:05Sonia,
20:05elle n'y est pour rien,
20:06elle s'est retrouvée
20:07dans cette histoire
20:07de façon complètement
20:09par hasard,
20:10elle est menacée,
20:11à l'issue de sa garde à vue,
20:12elle ne va pas rentrer
20:12chez elle,
20:13elle va être emmenée
20:14dans un hôtel
20:15et protégée
20:15jusqu'à ce qu'on trouve
20:17quelque chose
20:17de plus convenable,
20:19qu'on puisse lui changer
20:20son identité,
20:21qu'on puisse lui louer
20:22une nouvelle maison,
20:23qu'on puisse lui imaginer
20:24une nouvelle vie
20:25et construire une légende,
20:26comme on dit dans le jargon
20:28des services de renseignement,
20:29autour d'elle
20:30pour la faire renaître.
20:31Et donc là,
20:32concrètement,
20:32dans les années qui suivent,
20:33elle vit comment ?
20:34Dans quelles conditions ?
20:35Elle vit quelque part
20:36sous une fausse identité.
20:38On ne sait pas si c'est en France,
20:39on ne sait pas si c'est ailleurs.
20:40Ce qu'on sait,
20:41c'est que tout a été recréé
20:43de rien,
20:44elle a un nouveau nom,
20:45même ses parents
20:46ont un nouveau nom.
20:47Elle a été obligée
20:48de tirer un trait
20:50sur sa vie d'avant.
20:51Elle ne peut plus voir
20:51ses proches,
20:52elle ne peut plus voir
20:52ses parents.
20:53Ses enfants font partie
20:54de ce programme de protection
20:56aussi,
20:56tout comme son conjoint.
21:01Et ça fait dix ans
21:02qu'elle vit un cauchemar,
21:04un enfer administratif.
21:06Alors surtout au début,
21:07ça a été un cauchemar administratif
21:08parce que le programme
21:09n'existait pas,
21:10il a été créé
21:11avec Nihilo.
21:12Donc elle a essuyé
21:13les plâtres en quelque sorte
21:15de ce nouveau programme.
21:16Il y a eu des ratés
21:18administratifs
21:18pendant des années.
21:19Par exemple,
21:20un jour,
21:20sa fille,
21:21qui était suivie
21:22dans un cabinet médical
21:23depuis des années,
21:24y va pour suivre son traitement.
21:25Et quand elle se présente,
21:27on lui dit,
21:27ben non,
21:27vous ne pouvez pas être
21:28cette personne.
21:29Cette personne est décédée.
21:30Et en fait,
21:31elle a compris à ce moment-là
21:32qu'administrativement,
21:35elle avait été déclarée morte
21:36et qu'elle n'existait plus,
21:38en tout cas aux yeux
21:39de l'État civil
21:40que sous sa nouvelle identité.
21:41David André,
21:42dans le documentaire,
21:43l'ancien président François Hollande,
21:44qui était en fonction
21:45en novembre 2015,
21:47témoigne
21:47et il explique
21:48que Sonia mérite
21:50la Légion d'honneur.
21:51Pendant l'entretien,
21:52je pense que c'est quelque chose
21:53que François Hollande
21:53a improvisé.
21:54C'est une idée
21:55qui lui vient à ce moment-là.
21:57Effectivement,
21:57il dit qu'on devrait
21:58la décorer,
21:59que cet héroïsme
22:01ne soit pas
22:03invisibilisé,
22:03effacé.
22:04Comment remettre
22:05une Légion d'honneur
22:06à quelqu'un
22:06qui a changé de nom
22:08et qui ne veut surtout pas
22:09que son identité
22:11soit révélée ?
22:13Il faudra peut-être
22:15imaginer
22:17pour cela,
22:18pour celle-là,
22:19s'il devait y en avoir d'autres,
22:20il y en aura forcément d'autres
22:22qui ont pris des risques
22:24considérables
22:24et qui doivent être protégés,
22:26qu'on leur remette
22:27sous le sceau du secret
22:29une Légion d'honneur
22:30qui restera
22:31dans les archives
22:33de la République
22:34mais dont les familles
22:35pourront savoir
22:36que cette personne
22:37a été reconnue.
22:42Violette Lazare,
22:42on comprend que Sonia
22:43n'a plus de vie
22:44aujourd'hui,
22:45en tout cas que c'est
22:45très compliqué pour elle.
22:47Qu'est-ce qui l'aide
22:47à tenir ?
22:48Je pense que ce qui aide
22:50Sonia aujourd'hui,
22:51c'est la conviction
22:52que ce qu'elle a fait,
22:54c'est ce qu'il fallait faire.
22:55D'ailleurs,
22:55elle ne le remet pas en question.
22:56Elle ne dit jamais
22:57je regrette.
22:58Elle dit bon,
22:59je ne mesurerai pas
23:00les conséquences,
23:01ça certes,
23:01elle le dit,
23:02mais en fait,
23:03ce qu'il apporte,
23:04c'est la conviction
23:05d'avoir sauvé des vies.
23:06D'ailleurs,
23:07après le procès du 13 novembre,
23:08quand elle avait témoigné,
23:09elle a reçu des lettres
23:10de victimes
23:10qui lui ont écrit.
23:11Ça, par exemple,
23:12je pense que c'est quelque chose
23:13auquel elle se raccroche
23:14parce qu'elle ne m'a confié
23:15qu'une de ses lettres
23:16est dans sa table de nuit.
23:18Donc, je pense que c'est
23:19quelque chose,
23:20peut-être dans les moments
23:21d'angoisse,
23:22les moments de doute,
23:23c'est quelque chose
23:23qu'elle relie
23:24pour se rappeler
23:25de pourquoi elle a fait ça.
23:36Merci, Violette Lazare,
23:38David André.
23:38Votre documentaire
23:4013 novembre,
23:41Le choix de Sonia
23:42est diffusé le jeudi 13 novembre
23:44sur France 2
23:44à 21h10.
23:46Il est aussi disponible
23:47sur la plateforme
23:48France.tv.
23:49Un documentaire réalisé par vous,
23:51David André,
23:52et produit par Kappa.
23:53Cet épisode de Code Source
23:55a été produit par Clara Garnier-Amourou
23:57et réalisé par Julien Moncouquiole.
23:59Code Source
24:00est le podcast quotidien
24:01d'actualité du Parisien.
24:03Et puis, n'oubliez pas
24:04Crime Story,
24:05notre podcast hebdomadaire
24:06consacré aux affaires criminelles.
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