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Dix ans après les attentats du 13-novembre qui ont frappé Paris et Saint-Denis, les rescapés continuent de se reconstruire. Arthur Dénouveaux est l’un d’entre eux. Ce survivant du Bataclan qui a été président de l’association de victimes Life for Paris raconte dans cet épisode de Code Source son chemin vers la reconstruction.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clémentine Spiler et Anaïs Godard - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
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Dix ans après les attentats du 13-novembre qui ont frappé Paris et Saint-Denis, les rescapés continuent de se reconstruire. Arthur Dénouveaux est l’un d’entre eux. Ce survivant du Bataclan qui a été président de l’association de victimes Life for Paris raconte dans cet épisode de Code Source son chemin vers la reconstruction.
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00:01Bonjour, c'est Clémentine Spiller et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Ce jeudi 13 novembre 2025 marquera les 10 ans des attentats de Paris et Saint-Denis, le 13 novembre 2015.
00:1810 ans que le Stade de France, la salle de concert du Bataclan et les terrasses de plusieurs cafés de
00:24la capitale
00:24ont été attaqués par un commando djihadiste faisant 132 morts, dont 90 dans la salle de concert du 11e arrondissement.
00:33Alors que Paris et la France entière s'apprêtent à se recueillir, nous avons voulu dans CodeSource tendre le micro
00:39à un survivant.
00:40Arthur Desnouveaux a aujourd'hui 39 ans, il était présent au Bataclan le 13 novembre et a réussi à échapper
00:47à la tuerie.
00:48Retour sur sa reconstruction, son rôle de président de l'association de victimes Life for Paris
00:53et son rapport à la mémoire des attentats au micro de notre reporter Barbara Gouy.
01:08Je rencontre Arthur Desnouveaux dans les locaux du Parisien à Paris.
01:13Il vient sur sa post-déjeuner entre deux rendez-vous pour me raconter son histoire.
01:18Arthur est né le 18 janvier 1986, il a grandi dans un appartement dans le 16e arrondissement de Paris, avec
01:27une grande sœur et un grand frère.
01:29Son père travaille à la Banque de France et sa mère est au foyer.
01:33Il me dit qu'il a eu une enfance heureuse et d'aussi loin qu'il se souvienne, il a
01:37toujours aimé la musique.
01:38J'ai vraiment commencé à m'acheter des CD, je devais avoir 12 ans et ça ne m'a jamais
01:42quitté.
01:43J'ai découvert les concerts un peu plus tard, je ne sais pas vers 16, 17 ans.
01:47Et acheter de la musique et en écouter et aller à des concerts, ça fait partie de ma vie et
01:52ça en fait toujours partie.
01:55Arthur a une autre passion au lycée, les mathématiques.
01:58Après avoir fait une prépa, il entre dans la prestigieuse école d'ingénieurs polytechnique en mathématiques appliquées.
02:06Mais sa passion pour la musique ne le quitte pas et à cette période, à 19 ans, il s'achète
02:12une guitare.
02:13J'apprends tout seul, c'était sympa jusqu'à un certain point et puis ensuite il a fallu que je
02:17prenne un prof pour quand même surtout comprendre comment est-ce que ça se travaillait,
02:21ce qui n'est pas si évident.
02:22Donc j'ai pris des cours quand j'avais 25 ans, je devais prendre 2-3 ans de cours, ce
02:26qui m'a permis quand même de franchir un cap.
02:28Arthur a un avenir tout tracé.
02:30Il devient trader pour la Société Générale, il rencontre sa femme avec qui il se marie en juin 2014, tout
02:38se passe bien pour lui.
02:39En janvier 2015, au moment de l'attentat de Charlie Hebdo, il est en voyage de noces avec sa femme
02:45au Costa Rica.
02:46J'ai raté les marches républicaines avec tout ça.
02:49J'avais croisé Luz pas longtemps avant parce qu'il sortait une BD sur le rock et donc j'étais
02:54allé le rencontrer et tout.
02:55Donc voir qu'il n'était pas parmi les victimes mais qu'il aurait dû y être et ainsi de
02:58suite, ça avait quand même un côté hyper proche.
03:06Arthur est un grand fan de rock.
03:08Il va très souvent en concert et il prend des places pour aller voir le groupe Eagles of Death Metal
03:14le 13 novembre 2015 au Bataclan.
03:17J'aime beaucoup Eagles of Death Metal, je les avais déjà vus, je les avais d'ailleurs déjà vus au
03:21Bataclan, parce qu'ils avaient déjà joué dans la même salle.
03:24Ça fait partie des groupes qui en tout cas j'avais toujours le plaisir à aller voir et c'est
03:28assez rare mais pour le coup je les avais ratés à leur précédent passage à Paris parce que j'étais
03:31en vacances.
03:32Donc là j'étais d'autant plus excité à l'idée d'aller à leur concert, je ne les avais
03:35pas vus sur la tournée de cet album là.
03:40Arthur décide d'y aller tout seul.
03:41J'allais à tellement de concerts qu'en fait ma femme ne me suivait quand même pas à tous, donc
03:45celui-là je lui ai proposé et elle ne l'a pas fait.
03:47Et surtout moi j'étais sûr de croiser plein de gens que je connaissais, parce qu'en fait la petite
03:51sous-culture rock à Paris et en plus ce rock là qui est particulier, qui vient du désert californien,
03:57on croise un peu toujours les mêmes têtes, c'est des salles de 1500 personnes, donc je savais que je
04:01croiserais des gens que je connaissais, je savais que j'avais des copains qui venaient d'Angleterre.
04:04Donc j'y vais tout seul en sachant que je ne serais pas seul en fait.
04:061500 personnes sont venues assister au concert, Arthur y retrouve ses amis anglais dans la fosse après la première partie.
04:13J'ai salué un bon paquet de personnes avant d'aller me prendre ma bière, et de manière amusante, dans
04:18les dizaines et dizaines de concerts que j'ai pu faire jusqu'à cette époque là,
04:21c'était un peu avant l'époque où tout le monde avait des smartphones qui faisaient des photos bien, je
04:25n'ai aucune photo de moi, je n'ai jamais pris de photo.
04:27Et ce soir là, mes copains anglais disent « Ah bah tiens on va faire une photo ».
04:31Donc c'est partie des rares concerts où j'ai une photo de moi dans la fosse.
04:33Le début du concert se déroule normalement.
04:37Mais tout à coup, Arthur entend un bruit.
04:40Quand on a fait beaucoup de concerts, on a aussi vécu beaucoup de trucs bizarres à des concerts.
04:44Donc déjà il y a des groupes qui font de la pyrotechnie, il peut y avoir des bruits de pétardes
04:47ou des trucs comme ça.
04:48C'est pas le genre du groupe et c'est pas dans des salles de cette taille là que ça
04:51arrive.
04:52Ensuite, il peut y avoir du matériel qui casse, moi j'ai déjà entendu des enceintes craquées, des amplis pétés
04:57et tout.
04:57Ça pouvait ressembler à ça et donc quand j'entends cette espèce de bruit de pétarade, je regarde vers la
05:02direction du son.
05:04Et là en fait je me rends compte que c'est un bruit d'armes automatiques.
05:07Et je vois des flammes qui sortent.
05:09Donc je comprends qu'il y a des gens qui sont en train de tirer à l'arme automatique dans
05:12la salle.
05:13Peu après 21h45, trois jadistes sont entrés dans la salle et ont tiré dans la foule.
05:18À ce moment-là je me dis qu'il faut que je me mette au sol.
05:21Mais avant d'avoir eu le temps de le faire, en fait il y a un mouvement de foule avec
05:23un énorme cri qui me met au sol lui-même.
05:26Et donc je me retrouve à écraser des gens et à me faire écraser par d'autres gens.
05:32Et là en fait il y a une partie de mon cerveau dont j'ignorais complètement l'existence qui prend
05:36le pouvoir.
05:37Qui dit qu'il faut pas se relever mais qu'il faut quand même se barrer.
05:40Et comme je connais bien la salle et je sais qu'il y a une sortie de secours en contrebas
05:45de la scène derrière les barrières du premier rang de la fosse en fait.
05:48Et donc je me dis qu'il faut ramper jusque là.
05:50Et puis d'avoir en revanche rampé patiemment.
05:52Là où il y en a beaucoup qui se sont relevés, qui ont essayé de courir et dont certains se
05:55sont pris des balles.
05:56Moi j'ai patiemment rampé jusque là, attendu que le goulot d'étranglement se vide.
06:00Et j'ai réussi à ramper jusqu'à la sortie de secours.
06:04Qui m'amène donc dans le petit passage Saint-Amelot qui est juste à côté du Bataclan.
06:11Quand il arrive à sortir, Arthur ne comprend toujours pas bien ce qui vient de se passer.
06:15D'autres personnes ont réussi à s'enfuir au même endroit.
06:19La police n'est pas encore arrivée.
06:21Il y a beaucoup de bruit.
06:23Et Arthur entend encore les tirs qui continuent à l'intérieur.
06:26Il est difficile de communiquer entre eux.
06:29Et moi en regardant autour de moi, je vois qu'il y a le batteur du groupe qui est là
06:32et qui a l'air encore plus paumé que nous tous.
06:34Comme je parle anglais, je me dis je vais quand même aller lui dire un mot.
06:37Grosso modo il me demande ce qui se passe et moi je lui dis mais attends, moi je suis parisien,
06:40t'inquiète, je pense que je peux t'emmener en sécurité, viens avec moi.
06:43Et en fait à ce moment là, je pense qu'il devait être à côté mais je ne les avais
06:46pas vus.
06:46Il y avait aussi le chanteur du groupe, sa petite amie et un des guitaristes qui était là.
06:51Et donc je leur dis à tous les quatre, suivez-moi, on va partir.
06:57Et donc on se met à courir passage Saint-Hamelon tous ensemble.
07:00On tourne à gauche, on passe devant des bars, on essaye de dire aux gens barrez-vous, barrez-vous, il
07:05y a un attentat.
07:06Et on court jusqu'au boulevard Beaumarchais.
07:08Où là j'arrive à arrêter un taxi et je leur donne 50 euros.
07:11Et je les mets dedans tous les quatre en disant au taxi de les emmener au 36 qui est des
07:14Orphères.
07:15Et moi je me retrouve comme un idiot tout seul sur mon trottoir.
07:19Je me dis à moi en fait pourquoi je ne peux pas rentrer dans le taxi.
07:21Et donc j'attends deux trois minutes vraiment comme un imbécile jusqu'à ce que le taxi d'après arrive.
07:25Et là moi je rentre dedans, je lui demande de faire demi-tour.
07:28Et je récupère quelqu'un qui a du sang plein son t-shirt dont je me dis qu'il doit
07:32venir du concert.
07:32On fera ce trajet là côte à côte tous les deux, je ne l'ai jamais revu, je n'ai
07:35jamais su qui c'était.
07:36Et à ce moment là j'essaye de prévenir ma famille et de savoir où est ma femme.
07:40Je sais qu'elle a un dîner chez des copains pour aller la chercher.
07:42Pareil quoi, j'arrive à envoyer des SMS qui en fait sont complètement incompréhensibles.
07:46Et donc ma femme comprend que j'ai dû être blessé dans un attentat.
07:50J'arrive à aller chercher ma femme en taxi, on rentre chez nous.
07:53Et en fait moi je suis comme tous les français, la fin de la prise d'otages et l'assaut
07:57depuis chez moi.
07:58Pas à la télé parce que je n'en avais pas, mais sur les lives de je ne sais pas
08:01quel journal en ligne.
08:05Les terroristes ont fait des attaques coordonnées.
08:08Au même moment que l'attaque au Bataclan, trois terroristes se sont fait exploser aux abords du Stade de France
08:15et d'autres ont fusillé des personnes en terrasse à Paris.
08:18Au total, 130 personnes ont été tuées, dont 90 personnes au Bataclan.
08:24Mais Arthur est sain et sauf, il n'est pas blessé et il s'est enfui avant même que la
08:29police arrive.
08:30Il va témoigner au poste de police le lundi avant de retourner travailler.
08:34Ma petite acte de résistance c'était de me dire je vais aller au boulot le lundi.
08:37Et donc je prends mon métro et mon RER pour aller à la Défense.
08:40Et évidemment je fais ma première crise de panique.
08:42Donc je ne sais pas vraiment que c'est une crise de panique.
08:44Mais grosso modo à un moment dans le RER, je pense qu'on est menacé.
08:47Donc je suis obligé de sortir sur le quai.
08:48Et donc en fait j'arrive au travail et la première chose que je fais, c'est d'aller à
08:52la médecine du travail.
08:53Je travaillais dans une grande banque de la Défense.
08:56Je m'assieds dans le couloir, il y a un type devant moi, il passe.
08:59Ensuite je rencontre la médecin.
09:02Et la médecin me dit mon fils était au Bataclan, c'en est sorti aussi.
09:06Puis vous voyez le type dans le couloir avant vous, il y était aussi.
09:08Et c'est là aussi qu'on prend un peu la mesure de l'ampleur de ce qui nous est
09:11arrivé.
09:12Et donc en fait je suis retourné travailler ces premiers jours-là avec une surveillance médicale renforcée.
09:16Et on commence à percevoir quelques trucs.
09:18Les gens viennent vous poser des questions, on voit qu'il n'y en a qu'osent pas.
09:21Ceux qui osent vous regardent un peu comme si vous étiez abîmés.
09:24Et en fait je tiens trois jours et demi jusqu'à ce que la photo que j'ai prise dans
09:28la fosse avec mes copains anglais se retrouve en une d'un tabloïd.
09:30Et là je sais pas, ça m'a vraiment fait dégoupiller.
09:32Arthur va voir son médecin qui lui prescrit un arrêt maladie de dix jours.
09:36Il en profite pour aller se reposer chez ses parents avec sa femme.
09:40Et en fait j'en rentre pour venir à la cérémonie d'hommage aux Invalides du 27 novembre.
09:51Pour la première fois ils lisent tous les noms par ordre alphabétique des victimes.
09:54Et je peux vous dire que quand ils passent l'endroit où il y aurait dû y avoir des nouveaux,
09:58il y a un truc qui se fait, on se dit mais je suis pas mort.
10:07Début décembre, moins d'un mois après l'attentat, Arthur retourne en concert avec un ami.
10:12Il avait déjà pris ses places.
10:14Le concert s'est très bien passé, c'était dans un lieu un peu bizarre, une église désaffectée, c'était
10:18un petit concert.
10:19Et en revanche on faisait la queue dans la rue.
10:20Et alors là quand il y avait une voiture ou une moto qui passait en pétardant, c'était difficile.
10:24Le concert en lui-même ça allait, j'avais repéré où était la sortie de secours.
10:27Et voilà, et donc ça, ça allait.
10:31Arthur se rend tout de même compte qu'il ne va pas très bien et il a du mal à
10:35dormir.
10:36Il retourne donc voir sa médecin qui lui prescrit des anxiolytiques et lui conseille d'aller voir un psychologue.
10:43Sa thérapie se passe tout de suite très bien.
10:46Arthur rencontre aussi d'autres victimes.
10:48Et en fait assez vite il y a une fille qui s'appelle Maureen Roussel qui poste un message en
10:52disant
10:52écoutez on a eu une chance dans notre malheur parce qu'on est hyper nombreux.
10:55Donc il faut qu'on se regroupe et je vais appeler ça Life for Paris.
10:58Et donc elle crée un groupe Facebook, Life for Paris, où on se retrouve à très vite plusieurs centaines de
11:03victimes
11:03pour échanger sur nos expériences, échanger à la fois sur ce soir-là mais aussi déjà sur ce qu'on
11:08fait après.
11:09Et à ce moment-là, moi un peu comme quand je suis allé voir le batteur du Girls of Death
11:13Pétal,
11:13je lève la main en disant moi je parle anglais.
11:14Donc s'il y a des victimes anglaises et qu'elles ont besoin d'être accueillies, et bien je peux
11:18le faire.
11:18Très vite j'ai parlé à plein de victimes en fait.
11:20A travers ce groupe, les victimes du 13 novembre se retrouvent régulièrement.
11:24Il y avait des propositions, j'allais dire tous les soirs quasiment.
11:27Je pense que j'y allais une fois toutes les deux semaines peut-être.
11:29A chaque fois qu'on se rassemblait c'était dans un bar.
11:31Pour justement dire on est tombé de cheval, il faut en monter tout de suite.
11:34Et donc on faisait pas de réunion d'appartement, on faisait pas ça dans des locaux d'Asos ou je
11:37ne sais quoi.
11:38On allait dans des bars.
11:39On appelait ça des apérothérapies.
11:44En septembre 2016, Arthur va mieux.
11:47Il arrête sa thérapie, neuf mois après l'avoir commencé,
11:51parce qu'il sent qu'il a fait le travail nécessaire sur lui-même pour avancer.
11:56A ce moment-là, il quitte son poste de trader à la Société Générale fin août 2016.
12:02Avant de reprendre le travail, il part en voyage avec sa femme pendant deux mois,
12:07un mois en Nouvelle-Zélande et un mois au Costa Rica.
12:11Il pensait pouvoir échapper à ce qu'il se passait en France en partant aussi loin.
12:16Et on va dans l'île du Sud en Nouvelle-Zélande, dans des coins où il n'y a vraiment
12:19pas de touristes.
12:19Et donc un soir, grosso modo, il n'y a qu'un bar à peut-être 100 km à la
12:24ronde.
12:24Et donc on y va et on se retrouve, c'est vraiment des coins où il n'y a que
12:27des chasseurs.
12:28Et il y a un type de 65 ans qui nous parle et qui nous dit « Ah bon, vous
12:32venez d'où ? »
12:32Donc on entame la conversation, très sympa.
12:35Et dès qu'on lui dit la France, le premier truc que le mec dit, c'est « Ah putain,
12:37vous avez vraiment des problèmes.
12:38Vous avez vu ce qu'ils ont fait au Bataclan ? »
12:40Et là, je pense qu'on s'est tout de suite dit « Mais en fait, ce truc-là va
12:44nous poursuivre toujours
12:45juste parce que c'est un événement qui a une portée mondiale et historique. »
12:48Et donc évidemment, je ne dis pas au type que j'y étais.
12:50C'est marrant, cette ombre portée là, jusqu'au fin fond de la Nouvelle-Zélande.
12:54En rentrant de ce voyage, Arthur s'associe avec d'autres personnes de son secteur
12:59pour lancer une entreprise à son compte.
13:02À ce moment-là, Arthur devient aussi vice-président de l'association Life for Paris.
13:08Je suis devenu vice-président sur un malentendu en 2016
13:11parce qu'il fallait qu'on fasse un discours, le premier vrai discours de victime du 13
13:15devant tout le gouvernement, le président et ainsi de suite.
13:17Et la présidente de l'époque avait une idée géniale qui était de dire à tous les adhérents
13:21« Donnez-nous une phrase. »
13:22Sauf que ce qu'on n'avait pas vu, c'est qu'on avait des Espagnols, des Allemands, des Anglais
13:26et des Italiens.
13:27Et donc le discours allait être dans quatre langues.
13:29Et donc ils me disent « Toi, tu arrives à baragouiner à peu près tous ces trucs-là. Oui.
13:32Bon, si tu fais un discours devant le président, il faut quand même que tu aies un titre un peu
13:36claquant.
13:36Donc on va te mettre vice-président. »
13:38Et en fait, on arrive en septembre 2017
13:40et tous ceux qui ont le plus travaillé pour l'assaut à ce moment-là en peuvent plus.
13:44Plein de raisons.
13:45Je pense qu'il y a celles qu'on comprenait, il y a celles qui étaient...
13:48Mais toujours est-il qu'il décide de partir.
13:50Et donc moi, je suis vice-président.
13:51On a le quorum minimum d'administrateurs.
13:53Et donc en fait, ça me force à devenir président.
13:55Je refuse plusieurs fois.
13:56Mais grosso modo, il n'y a personne d'autre et il n'y a pas d'autre alternative.
13:59Et donc je suis devenu président en septembre 2017.
14:02Vraiment contre ma volonté.
14:04Arthur est déjà bien occupé entre son travail et l'association Life for Paris.
14:09Mais en 2019, Arthur devient papa d'une petite Céleste.
14:14Ce qui est beau avec les enfants, c'est qu'ils vous aspirent dans leur monde.
14:17Un enfant qui vous réveille la nuit, vous ne lui dites pas « Papa a un truc important demain ».
14:20Non.
14:20Juste vous vous occupez de lui.
14:22Un enfant malade, vous vous occupez de lui.
14:23Un enfant qui a envie de jouer, vous jouez avec lui.
14:25Et ça, c'était top.
14:26C'était aussi une manière de se reconnecter, je pense, avec juste être là, bien présent.
14:31Non, c'était génial.
14:32Fin 2020, Arthur décide de changer de travail et il revend les parts qu'il détient dans son entreprise.
14:38Je voulais un travail moins égoïste.
14:40Je voulais aller faire quelque chose dans un grand groupe, avec des valeurs et ainsi de suite.
14:44Donc je suis allé dans un grand groupe mutualiste.
14:46Parce qu'être président d'une assaut de victimes, bénévolement,
14:50et avoir un travail dont le seul but était de gagner le plus d'argent possible,
14:54devenait un peu irréconciliable.
14:57Le 8 septembre 2021, le procès des attentats du 13 novembre 2015
15:01s'ouvre devant la cour d'assises spéciale de Paris.
15:05Les jours et les mois précédents, Arthur minimisait l'ampleur de ce procès.
15:09Mais quand il débute, et qu'Arthur voit le nombre de journalistes présents, il comprend.
15:14C'est un procès historique qui s'est ouvert ce mercredi à Paris.
15:17Procès d'une ampleur tout à fait inédite qui s'est ouvert il y a quelque chose.
15:20Le procès de Sétury vient de s'ouvrir il y a 30 minutes.
15:24Son combat à ce moment-là, c'est de faire en sorte qu'on ne retienne pas que la parole
15:28des terroristes.
15:29Il va presque tous les jours au procès, et un jour vient son tour de témoigner à la barre.
15:34À ce moment-là, vous êtes obligés de donner une partie de vous-même.
15:37Et c'est pareil, on n'en mesure pas complètement les effets.
15:40Mais en fait, le procès m'a fait basculer dans une autre réalité,
15:43dans un autre poids médiatique, dans le fait de devenir une personne publique.
15:47Et puis j'ai dû concilier ça avec toutes les émotions internes
15:50que ça faisait naître d'être dans la même salle que les terroristes,
15:52de devoir témoigner.
15:54C'était la première fois que ça m'embêtait vraiment le 13 novembre.
15:56Enfin, je veux dire, j'ai toujours détesté le 13 novembre.
15:58Mais c'était la première fois que ça suscitait un ennui profond en moi.
16:01Vous faites des après-midi au procès complètement inutiles.
16:04Vous vous dites, mais c'est moi qui m'impose ça en fait.
16:06Personne ne m'a obligé.
16:07Si je ne viens pas, la justice suivra son cours.
16:09Ça m'a aussi aidé à comprendre que le processus n'était pas fini
16:12et qu'il allait falloir se projeter dans l'après.
16:14À l'approche du verdict, Arthur est serein.
16:16Le 29 juin 2022, après plus de 10 mois d'audience,
16:21la cour d'assises reconnaît coupables 19 des 20 accusés
16:25de tous les chefs d'accusation retenus contre eux.
16:28Même si le procès est passé,
16:30Arthur comprend qu'il ne peut pas tout mettre derrière lui.
16:34Surtout qu'en mai 2024,
16:36près de deux ans plus tard,
16:37son ami Fred se suicide.
16:39Le suicide de Fred, ça, ça a été un vrai coup de poing dans le ventre.
16:43Déjà, le hasard fait qu'on s'est retrouvé à 30
16:45à un concert 3-4 jours avant où était Fred.
16:48C'est ce que vous diront beaucoup d'amis de suicidés.
16:49On n'a rien vu venir.
16:51La deuxième, c'est que Fred avait écrit des BD magnifiques.
16:54Enfin magnifiques.
16:55Horriblement dures, mais très bien faites.
16:57Et il avait vu de l'extérieur, il envoyait tous les signaux de quelqu'un qui arrivait à tenir le
17:02drame à distance.
17:03Et qui avait certes des difficultés comme nous tous, mais qui arrivait à les sortir.
17:08Et en fait, ça, ça m'a fait me poser beaucoup de questions.
17:10Parce que moi, ça arrive que j'aide des gens de ces mois à trouver une place en hôpital psychiatrique
17:15et tout.
17:16Et je m'inquiète beaucoup pour eux.
17:17Et je me suis rendu compte qu'en fait, ces gens-là ont quand même un mécanisme de lever la
17:20main et de dire que ça va pas.
17:21Qui les protège sûrement de la mort.
17:24Là où quelqu'un comme Fred, le stress post-traumatique peut le rattraper brusquement et le tuer.
17:28Ça, ça a été la première chose.
17:30La deuxième, c'est que quand il est mort, il y a eu une vague d'hommages dans les médias.
17:35Qui était très touchant.
17:36Mais où j'ai ressenti un truc que j'avais peut-être jamais voulu voir.
17:40Qui était, c'est horrible, c'est terrible.
17:41Mais finalement, c'est pas surprenant.
17:43Et je me suis demandé si on était condamnés à ça.
17:49Ce que je vous dis là, je suis allé le dire.
17:51On m'a demandé de parler à l'enterrement.
17:53Et donc, je l'ai dit.
17:55Et ça a suscité pas mal de réactions après.
17:57De gens qui m'ont dit, mais en fait, c'est important de le dire ça.
17:59Et tu voudrais pas l'écrire et ainsi de suite.
18:01Et c'est là que je me suis dit que j'allais écrire un livre.
18:04Et je me suis dit que ce qui était intéressant, c'était de confronter mon trauma au trauma de la
18:09société.
18:10Parce que je crois que c'est ça qu'il y a de très particulier pour les victimes du 13
18:12novembre.
18:13C'est que nous, on se bat pour aller mieux.
18:14Et que quand on parle du 13 novembre à des gens, ils sont encore très affectés.
18:18Arthur sort son livre « Vivre après le Bataclan » en octobre 2025.
18:23Après le procès, il décide avec les autres victimes de dissoudre l'association « Life for Paris » le 13
18:30novembre 2025 pour les 10 ans des attentats.
18:34Il y a une manière terre à terre de le présenter, qui est de dire qu'on a fait tout
18:37ce qu'on avait à faire dans nos statuts.
18:38Ou plutôt, on a compris à la fin du procès qu'on aurait tout fini aux 10 ans parce qu
18:42'on inaugurait un jardin mémoriel derrière la mairie de Paris.
18:45Et donc, toute la liste de choses, aider les gens à se retrouver, aider à la mémoire, aider à la
18:49justice, on l'avait fait.
18:50Ça, c'est la première version.
18:52La deuxième version, c'est qu'on sentait qu'on était un peu arrivés au bout du chemin.
18:55Il y a d'ailleurs des adhérents qui nous ont gentiment écrit en nous disant « Merci pour tout.
18:58Maintenant, j'ai plus trop besoin de Life for Paris. »
19:00Et en fait, ça vous touche un peu quand vous êtes président d'assaut et qu'on vous dit ça.
19:04Et puis en fait, vous dites « Mais bien sûr ! »
19:05L'idée, c'était pas de s'enfermer.
19:07L'idée, c'était quand même de trouver un chemin pour aller mieux.
19:10Et aller mieux, le truc ultime, c'est de pouvoir dire « J'ai été victime. »
19:14Pas « Je suis victime. »
19:15Et ça, c'est un peu contradictoire avec le fait d'avoir une assaut de victime.
19:19Et donc, on en a parlé avec les administrateurs, puis on en a parlé avec nos adhérents en disant
19:22« En fait, si on est allé au bout de ce chemin-là,
19:25l'étape suivante, c'est d'enlever le bouclier qu'on s'était créé nous-mêmes
19:28et qui nous protégeait de la société, qui nous faisait parler aux institutions
19:31pour pouvoir dire « J'ai été victime et je ne suis plus. »
19:41Barbara Agouy, comment Arthur Desnouveaux vit-il les 10 ans des attentats ?
19:45Il me disait que pour lui, c'est aussi l'occasion de faire un bilan personnel.
19:49En fait, il ne se sent plus vraiment comme une victime
19:51parce qu'il n'en a plus les symptômes.
19:53C'est une partie de lui qui est passée.
19:56Il se sent quand même assez à l'aise pour parler dans les écoles, etc.
19:59Mais dans sa vie personnelle, il sait que ça a été un bouleversement.
20:03Mais il veut vraiment tourner la page aujourd'hui.
20:05Par contre, pour lui, les 10 ans, c'est un peu la dernière occasion
20:08de lancer une réflexion autour de ces attentats.
20:11Et il veut que les Français arrivent à commémorer tous ensemble.
20:14On a parlé de sa première fille, Céleste.
20:17Arthur Desnouveaux a depuis eu deux autres filles, Diane et Colombe.
20:21Est-ce qu'il se pose la question de comment leur parler des attentats ?
20:25Oui, il me disait qu'il se pose beaucoup de questions autour de ça.
20:28Il voit ses filles grandir et Céleste, la plus grande, a 6 ans.
20:32Et il veut trouver les bons mots pour lui expliquer.
20:34Il me disait que des parents d'élèves le voient à la télévision.
20:37Donc au bout d'un moment, sa fille va en entendre parler par l'intermédiaire de ses camarades.
20:41Et quand elle aura pris conscience de ce qu'il s'est passé,
20:44comme c'est la plus grande, ce sera sûrement plus fluide pour en parler à ses deux autres filles.
20:49Il y a un point quand même sur lequel il a insisté.
20:51Il a peur qu'en écoutant cette histoire,
20:54ses filles retiennent seulement que leur papa n'est pas invincible
20:56et il ne veut accorder aucune victoire aux terroristes.
21:00Merci à Arthur Desnouveaux et à Barbara Gouy qui lui a tendu le micro.
21:04Cet épisode de Code Source a été produit par Anaïs Godard, réalisation Pierre Chaffanjon.
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21:27avec Damien Delceni, le chef du service police-justice du Parisien.
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