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Le 1er novembre, à Lille, un jeune de 19 ans, Mathis, a été mortellement fauché par un chauffard qui avait consommé du protoxyde d’azote. Aussi appelé “gaz hilarant”, il est consommé par des jeunes, voire très jeunes, pour ressentir une forme d’étourdissement. Une pratique qui est loin d’être sans risque. Récit. On fait le point sur le protoxyde d’azote et ses nombreux dangers avec Véronique Hunsinger et journaliste santé au Parisien, et deux membres de l’édition des Yvelines du journal : Mehdi Gherdane et Elisabeth Gardet.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Anaïs Godard, Clara Grouzis et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
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Le 1er novembre, à Lille, un jeune de 19 ans, Mathis, a été mortellement fauché par un chauffard qui avait consommé du protoxyde d’azote. Aussi appelé “gaz hilarant”, il est consommé par des jeunes, voire très jeunes, pour ressentir une forme d’étourdissement. Une pratique qui est loin d’être sans risque. Récit. On fait le point sur le protoxyde d’azote et ses nombreux dangers avec Véronique Hunsinger et journaliste santé au Parisien, et deux membres de l’édition des Yvelines du journal : Mehdi Gherdane et Elisabeth Gardet.
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NewsTranscription
00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11On l'appelle gaz hilarant, proto ou encore ballon, puisqu'il s'innale à l'aide d'un ballon de
00:16baudruche,
00:17le protoxyde d'azote séduit de plus en plus de jeunes, en particulier les mineurs.
00:23Consommé d'abord entre amis pour rigoler, ce gaz paraît inoffensif,
00:27pourtant il est possible d'en devenir accro, les autorités de santé tentent d'alerter sur ces effets parfois graves
00:34et irréversibles sur le corps et sur le cerveau.
00:38Cet épisode de Codesource réunit trois journalistes du Parisien qui traitent régulièrement du protoxyde d'azote,
00:45Véronique Hunzinger, spécialiste santé, ainsi qu'Elisabeth Gardet et Mehdi Gerdan,
00:50tous les deux journalistes à l'édition locale du Parisien dans les Yvelines.
01:01Mehdi Gardan, le 18 novembre 2025, vous faites la rencontre de Mohamed à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines.
01:08Mohamed est un ancien accro au protoxyde d'azote. Est-ce que vous pouvez nous donner quelques éléments sur lui
01:14?
01:14Alors il a 25 ans, c'est un prénom d'emprunt. Il ne s'appelle pas Mohamed parce qu'il
01:19n'est pas très fier de ce qu'il a fait.
01:20Ça apparaîtra au cours de la conversation. C'est un jeune homme qui vit dans un quartier populaire de la
01:26région de Mantes-la-Jolie.
01:27Encore une fois, il veut rester discret sur qui il est. Plutôt sportif, plutôt athlétique. Il était surveillant dans un
01:34collège de la région.
01:36Mohamed, qui a accepté de témoigner dans votre article, vous raconte la première fois qu'il a consommé du protoxyde
01:43d'azote.
01:43Qu'est-ce qu'il vous dit à ce sujet ?
01:45Il me dit qu'il a commencé en 2020 avec une bande de copains, qu'il a commencé en allant
01:51acheter des petites capsules.
01:52Ça se vend à 1 euro dans une épicerie du centre-ville de Mantes-la-Jolie.
01:57Et il a commencé donc avec sa bande de potes à faire gonfler ses ballons régulièrement les week-ends.
02:03Et qu'est-ce qu'il a ressenti quand il en a consommé pour la première fois ?
02:06Il s'est senti très léger. Il a rigolé. Il me disait qu'il a rigolé bêtement.
02:10Mais ça n'a pas duré longtemps. Et c'est assez important parce que, c'est ce qu'il explique
02:15plus tard, qu'il va vouloir augmenter les doses.
02:17Ça a duré quelques secondes.
02:21On reviendra à Mohamed un peu plus tard dans cet épisode. Vous nous raconterez comment il est devenu accro.
02:27D'abord, Véronique Unzinger, qu'est-ce que le protoxyde d'azote à l'origine ?
02:32Vous savez, on l'appelle parfois le gaz hilarant. C'est un gaz, mais son premier usage, c'est un
02:36usage médical.
02:38Alors, à l'hôpital, on le mélange moitié-moitié avec de l'oxygène.
02:42C'est donné à travers un masque et c'est utilisé pour ses propriétés calmantes et anesthésiantes.
02:49Par exemple, pendant un accouchement, si la patiente ne souhaite pas de péridurale ou si ce n'était pas possible.
02:57Les dentistes l'utilisent aussi pour les soins dentaires un peu douloureux.
03:01Les infirmières peuvent aussi l'utiliser pour les pansements, pour tout ce qui fait mal.
03:05Et vous savez, quand on a une anesthésie générale, on met d'abord le masque, on reçoit du gaz hilarant
03:11et après, les produits d'anesthésie sont passés par voie veineuse.
03:15Le protoxyde d'azote est aussi très utilisé dans l'industrie.
03:18On en trouve par exemple dans le carburant des fusées.
03:22Et enfin, le protoxyde d'azote est aussi utilisé en cuisine, dans des siphons, pour faire de la crème chantilly.
03:29Depuis le début des années 2020, on en entend surtout parler pour son usage détourné,
03:34pour sa consommation à usage récréatif et pour l'euphorie qu'il provoque.
03:39Cette mode du gaz hilarant chez les jeunes, alors une vraie tendance semble-t-il...
03:43Le protoxyde d'azote.
03:46Sur internet, on ne compte plus les vidéos de jeunes qui inhalent ce gaz.
03:50Les effets euphorisants ne durent qu'une minute à peine et ils provoquent des dégâts neurologiques irréversibles, parfois mortels.
03:56Qui consomme ce gaz et comment ?
03:59Les consommateurs, donc c'est essentiellement des jeunes adultes et des ados,
04:03en fait utilisent des petits ballons de baudruche,
04:05ceux qu'on trouve en supermarché pour les fêtes d'anniversaire des enfants.
04:09Ils mettent le ballon sur l'embout de la bonbonne, le gonfle de gaz.
04:14Et alors, contrairement à l'usage médical, ce n'est pas mélangé avec de l'oxygène, c'est utilisé pur.
04:19Et après, on enlève le ballon et on inhale le contenu du ballon.
04:23Avec pour conséquence une espèce de sensation d'euphorie, d'état de flottement.
04:29C'est un effet qui dure à peine quelques minutes.
04:33Et c'est pour ça que souvent les jeunes consommateurs enchaînent en fait les inhalations de ballons,
04:38notamment dans des soirées ou dans des fêtes.
04:41Donc ce sont les jeunes qui en consomment le plus. Est-ce qu'ils sont nombreux ?
04:45Selon les chiffres de l'Observatoire français des drogues,
04:49c'est entre 11 et 12% des 18-34 ans qui ont déjà expérimenté le protoxyde d'azote.
04:56Chez les 18-24 ans, c'est environ 3% de la population qui en a fait l'expérience dans
05:02l'année écoulée.
05:03Un peu moins chez les 25-34 ans.
05:06Mais en revanche, ce qui est très inquiétant, c'est la consommation chez les adolescents.
05:10Il y a une enquête de l'éducation nationale en classe de 3e où on a vu que 7,3
05:17% des garçons et 3,7% des filles
05:20avaient déjà consommé du protoxyde d'azote, ce qui est absolument énorme.
05:26Qu'est-ce qui attire les plus jeunes vers ce produit, le protoxyde d'azote ?
05:31Alors il y a plusieurs raisons.
05:32La première, c'est que c'est un produit qui est légal, qu'on trouve très facilement dans le commerce,
05:38dans les petites épiceries, mais aussi sur internet dans des conditionnements beaucoup plus importants.
05:44On trouve des bonbonnes d'environ 60 grammes de protoxyde d'azote qui permettent de faire à peu près 80
05:51ballons.
05:52Ça coûte entre 25 et 30 euros, ce qui fait une trentaine de centimes d'euros pour chaque prise,
05:57ce qui n'est vraiment pas très cher.
05:59Et puis le dernier point, c'est qu'effectivement, il y a une méconnaissance totale du danger de ce produit
06:05par les jeunes.
06:06Ce gaz a des effets qui peuvent être effectivement dangereux pour la santé. Lesquels par exemple ?
06:11Alors le premier risque, il est inhérent à toute prise de drogue, c'est la distorsion de jugement.
06:16Donc il peut faire prendre des risques.
06:19Le deuxième risque, il est lié à la façon dont on utilise le produit.
06:23Parce que dès qu'on presse un gaz, quel qu'il soit, ça provoque du froid.
06:27Donc en fait, les personnes souvent tiennent la petite bouteille entre les genoux et puis elle peut tomber.
06:33Donc ça peut faire des brûlures en fait par le froid, souvent au niveau des jambes.
06:37Et le troisième risque, c'est le risque qui est lié au manque d'oxygène.
06:42Parce que comme on l'a dit, l'usage détourné du protoxyde d'azote se fait sans ajout d'oxygène,
06:47comme on le fait à l'hôpital.
06:48Et donc le risque, c'est tout simplement de manquer d'oxygène.
06:51Donc ça peut mener très loin à des vertiges, à des malaises.
06:54Il y a des cas extrêmes jusqu'au décès.
06:56Ça, ce sont les risques à court terme.
06:58Mais pour une consommation sur le long terme, ça peut provoquer quoi ?
07:02Le protoxyde d'azote en fait a la particularité d'inactiver une vitamine qui est la vitamine B12.
07:09Et en fait, ça conduit à la destruction des neurones.
07:12Et donc des conséquences neurologiques qu'on voit d'abord sous forme de fourmillements, souvent dans les jambes.
07:19Puis peuvent apparaître des difficultés à la marche, voire aussi des paralysies.
07:23Donc c'est des patients qui sont hospitalisés dans des situations assez graves en fait.
07:29On avait déjà consacré un épisode de code source au protoxyde d'azote en 2021.
07:34Quelques mois après l'interdiction à la vente de ces capsules à des mineurs.
07:39Elle avait été décidée en juin 2021.
07:42Malgré l'interdiction, il est encore très facile pour ces jeunes de s'en procurer.
07:48Elisabeth Gardet, au mois d'août, dans Le Parisien, cette année, avec votre collègue Thomas d'Iquattreau.
07:53Vous prenez l'exemple de la commune des Mureaux, dans les Yvelines, 35 000 habitants.
07:58Comment ça se passe là-bas ?
07:59Alors dans le cadre de cet article, on a effectivement discuté avec un certain nombre de policiers,
08:05notamment un commissaire au Mureaux, qui a constaté, comme un certain nombre de ses collègues ailleurs en Ile-de-France,
08:10une augmentation de tout un circuit parallèle de vente dans la rue,
08:16via des pôles de vente à la sauvette.
08:20Donc on a voulu aller voir ce qui se passait sur place.
08:23Thomas d'Iquattreau s'est mis dans la peau d'un acheteur potentiel.
08:27On avait identifié au préalable deux points de vente.
08:31Et dans l'un des deux, à l'entrée d'une cité,
08:34il s'est retrouvé confronté à une énorme inscription sur un mur,
08:38qui indiquait très nettement « Drive Ballon 7 jours sur 7 ».
08:42Ballon, puisque, on l'a dit, ce protoxyde d'azote est consommé via des ballons de baudruche.
08:47Il s'est approché d'un groupe de jeunes, feignant de vouloir en acheter.
08:51Et l'un des jeunes lui a dit « Écoute, voilà, tu tombes mal,
08:55le gars des ballons vient de partir, il reviendra probablement vers 19h.
08:59Le drive, en général, c'est plutôt le soir.
09:02C'est très simple, tu viens, tu prends tes ballons, tu payes et tu repars. »
09:06Voilà. Donc on a pu constater que ça se faisait dans la rue
09:09et que n'importe quel passant pouvait en acheter via ses poches de vente à la sauvette.
09:14Que deviennent les capsules ou les bonbonnes de gaz une fois qu'elles sont consommées ?
09:18Le commissaire des Mureaux que j'ai interrogé m'explique que, ces dernières années,
09:23lui, ses collègues ainsi que les agents municipaux ou les bailleurs sociaux
09:27en retrouvent absolument partout, sur les parkings, dans les halls d'immeubles,
09:32devant les sièges d'entreprises, en lisière de forêt.
09:36Et c'est l'un des indicateurs qui leur permettent de dire que la consommation a augmenté.
09:42Le commissaire me dit que les lieux de consommation sont de plus en plus variés
09:46et que c'est désormais un usage qui dépasse largement le cadre festif
09:52qu'on pouvait connaître ces dernières années.
09:54Ces capsules sont aussi devenues le cauchemar des déchetteries. Expliquez-nous pourquoi.
09:59Alors effectivement, nous, parisiens, on est alertés en juin 2024
10:03par le président d'un gros syndicat de traitement des déchets
10:06parce qu'à cette époque-là, la porte d'un incinérateur est brisée en deux
10:12et les agents de traitement des déchets s'aperçoivent qu'à l'intérieur de l'incinérateur,
10:16il y avait des bonbonnes de protoxyde d'azote qui ont provoqué une explosion.
10:20Pour ce président du syndicat de traitement des déchets, c'est un peu la goutte d'eau,
10:25c'est-à-dire qu'il y a eu des précédents.
10:26Ce président du syndicat de traitement des déchets fait appel aux Parisiens
10:30en disant « nous, on est complètement impuissants, il y a une urgence absolue,
10:34il fait valoir évidemment le danger pour ces agents qui peuvent être confrontés à ces explosions. »
10:39À l'époque où on discute avec lui, en l'espace de quatre mois,
10:43c'est-à-dire entre l'hiver 2023 et le printemps 2024,
10:46ils ont relevé 22 arrêts techniques liés à la présence de protoxyde d'azote dans les incinérateurs,
10:52il y a le coût des réparations à prendre en charge,
10:54et puis le manque à gagner qui est lié à l'arrêt dans le processus de traitement des déchets.
10:59Comment font les autorités, dans cette ville des Mureaux ou ailleurs,
11:02pour tenter d'enrayer ce trafic de protoxyde d'azote ?
11:05Alors, comme pour le moment, il n'y a pas vraiment de cadre légal
11:08qui permette de mettre en place une répression spécifique vis-à-vis du protoxyde d'azote,
11:14de sa consommation,
11:16les forces de l'ordre tentent, comme pour tout trafic de stupéfiants,
11:19même si le protoxyde d'azote n'en est pas un,
11:22ils tentent d'entraver la vente et de compliquer la tâche des vendeurs,
11:26c'est-à-dire qu'ils opèrent des saisies dans les stocks,
11:29sur les points de deal, dans les halls d'immeubles,
11:32en concertation avec les municipalités et les bailleurs sociaux.
11:36Ils vont tenter de rendre le travail des dealers plus compliqué,
11:39et puis ils vont aussi tenter d'intervenir sur le terrain de la prévention,
11:43en lien avec l'éducation nationale,
11:44c'est-à-dire que les commissaires de police se déplacent dans les écoles
11:47pour essayer d'en expliquer les dangers.
11:50Mais leurs moyens d'action sont encore limités, c'est ça ?
11:53Leurs moyens d'action sont pour le moment très limités,
11:57parce qu'il y a un vide juridique.
12:00Depuis un décret de mai 2021,
12:04la vente et la cession aux mineurs est interdite.
12:08Elle est interdite aux majeurs dans les débits de boissons et les débits de tabac,
12:13mais on peut toujours s'en procurer dans les supermarchés et sur Internet.
12:18Voilà, il suffit de cliquer, j'ai 18 ans, pour que ce soit possible.
12:21Tant que la vente n'est pas interdite à tout le monde,
12:25il y a évidemment des gens qui en achètent en gros, des grossistes,
12:28et c'est ça qui alimente le réseau parallèle,
12:30notamment la vente à la sauvette et ces fameux drives
12:34qu'on a évoqués via l'exemple des mureaux dans les Yvelines.
12:37Mehdi Gerdan, on en revient au témoignage de Mohamed,
12:40qu'on évoquait au début de cet épisode de Codesources.
12:42Après son premier ballon de gaz hilarant en 2020,
12:46il a continué à en consommer de plus en plus, c'est ça ?
12:49C'est ça, donc il se réunit régulièrement avec ses copains
12:52et il va augmenter les doses progressivement
12:54pour retrouver l'effet hilarant, l'effet euphorisant,
12:59jusqu'à consommer des bonbonnes qui sont beaucoup plus puissantes,
13:03avec un impact beaucoup plus fort.
13:05Il me disait qu'il pouvait en consommer 2, 3, 4 par soirée.
13:09Mais en 2023, il commence à ressentir des symptômes.
13:12Cette consommation qui est croissante, voire exponentielle,
13:15va durer plusieurs mois.
13:16Et il me raconte que dans le quartier, on entendait parler d'un tel ou un tel
13:21qui était tombé, qui avait mal aux jambes, qui a eu des symptômes bizarres.
13:24Donc il sentait bien qu'il pouvait être touché par ce mal et ses symptômes.
13:28Et en 2023, effectivement, les premiers symptômes arrivent.
13:32Il ressent brutalement, en quelques secondes, des douleurs aux jambes,
13:36des picotements, des fourmillements.
13:37Donc on est vraiment dans les symptômes qui sont régulièrement décrits par la littérature.
13:41Il me raconte aussi qu'il a du mal à se contenir.
13:44Il doit courir pour aller aux toilettes.
13:46Il est dans la rue, il est dans le train, il court pour aller se soulager.
13:48Il a aussi des problèmes d'érection.
13:50Parfois ça marche, très souvent ça marche pas.
13:53Donc là, l'organisme est touché.
13:55Il y a une destruction progressive de la gaine de myéline.
13:57C'est-à-dire que c'est cette gaine qui entoure, pour faire simple, le système nerveux.
14:00On est dans les tout premiers symptômes qui sont violents,
14:03mais qui sont encore récupérables.
14:05Qu'est-ce qu'il fait une fois qu'il a ses symptômes ?
14:07Étonnamment, il continue de consommer.
14:09Ça l'inquiète un petit peu.
14:11Mais il ne va pas tout de suite chez le médecin.
14:13Parce qu'il est jeune, donc il y a une forme d'insouciance chez lui.
14:15Parce qu'il a sûrement, au fond de lui, envie de continuer à consommer.
14:19Et parce que les symptômes ne sont pas installés durablement.
14:23C'est-à-dire que c'est douloureux.
14:25Les symptômes du lundi ne sont pas ceux du mardi.
14:28Mohamed se réseau à consulter des médecins.
14:30Plus d'un an après l'apparition des symptômes,
14:32on lui confirme qu'ils sont liés au protoxyde d'azote
14:35et qu'il faut arrêter d'en consommer.
14:37Il est soigné et il va mieux.
14:39Qu'est-ce qu'il se passe ensuite ?
14:40Il va retourner dans le quartier.
14:41Il va recommencer à consommer.
14:43Donc là, il le dit très clairement.
14:44Il dit qu'il est addict.
14:46Il ne peut pas s'en passer.
14:47Il me dit une chose un peu étonnante aussi.
14:49Il me dit qu'il travaille.
14:50Il a besoin de sa voiture.
14:52Donc pour s'amuser, il ne peut ni boire, ni fumer.
14:55Et donc, il se reporte sur le gaz hilarant.
14:58Mehdi, ce qu'on n'a pas encore dit,
15:00c'est que le jour où vous rencontrez Mohamed,
15:02le 18 novembre 2025,
15:04il est sur un lit d'hôpital.
15:06Qu'est-ce qui lui arrive ?
15:07Il est sur son lit d'hôpital avec une paire de béquilles à côté de lui,
15:11avec un fauteuil roulant.
15:12Je le vois, il est tout ratatiné dans son lit en fait.
15:14On le voit vraiment diminué, pas fier d'être là.
15:17Il m'explique que les symptômes sont revenus encore plus forts,
15:20avec des douleurs encore plus intenses aux jambes.
15:23Il a eu une paralysie au niveau des doigts de pied,
15:26toujours les problèmes urinaires,
15:28toujours les problèmes d'érection.
15:29Le médecin m'explique aussi qu'il s'est blessé à la jambe
15:32parce qu'il a voulu se lever,
15:33mais ses jambes ne le portaient plus.
15:34Est-ce qu'il a des chances de pouvoir remarcher normalement ?
15:37Oui, le médecin qui l'a pris en charge
15:40et qui gère tous ses patients à la clinique de l'oiseau blanc
15:42se disait plutôt optimiste.
15:45Par contre, il lui a rappelé plusieurs fois
15:47qu'il ne fallait surtout pas qu'il recommence.
15:49Parce que s'il recommence, il risque une paraplégie définitive.
15:53Le personnel de la clinique,
15:54où est hospitalisé Mohamed et avec qui vous échangez,
15:58a vu passer des cas encore plus graves que le sien, c'est ça ?
16:01Le médecin Ali Khaled me dit avoir été touché dans sa chair
16:06par deux ou trois patients
16:06parce qu'il y a d'abord une atteinte médicale, anatomique,
16:10mais il me parle aussi des conséquences psychologiques
16:13et familiales du gaz hilarant.
16:15Donc il me parle d'une jeune femme de 20 ans,
16:17de bonne famille, qui a un travail avec des parents aimants,
16:20enfin tout est réuni pour que ça se fasse bien,
16:23et elle tombe dans cette drogue.
16:25Et en fait, en quelques semaines, elle chute,
16:27elle devient paraplégique.
16:28Elle consommait jusqu'à quatre bonbonnes par week-end.
16:30C'est assez costaud.
16:32Il m'explique que c'est devenu un drame familial, en fait.
16:34C'est-à-dire que c'est eu un impact sur l'ensemble de la structure familiale.
16:36Le père qui déboule aux urgences pour retrouver sa fille
16:40et apprendre qu'elle consommait depuis des mois du gaz hilarant.
16:44Et vous avez le gaz hilarant qui s'invite dans ses familles
16:46avec une brutalité inouïe,
16:49parce que ça ne laisse pas de traces.
16:51Parce que quand un enfant fume du cannabis, on le voit.
16:54Quand un enfant consomme de l'alcool, on le voit.
16:56Et là, ça ne laisse pas de traces.
16:57En fait, il y a ces espèces de parenthèses du samedi soir
16:59et qui se referment, en fait, le lundi matin quand on reprend le boulot.
17:04Il me parle aussi d'un autre jeune qu'il a reçu à la clinique à 18 ans.
17:08Et ce jeune, c'est l'aîné d'une fratrie sans père.
17:12C'est-à-dire que la maman élève seule ses quatre enfants dans un quartier populaire.
17:16Et ce jeune de 18 ans, c'est l'aîné.
17:18Il travaille pour subvenir aux besoins de la famille.
17:20Et lui aussi, il va tomber dans le protoxyde d'azote.
17:23Et il va rester handicapé pendant plusieurs semaines,
17:26ne pas pouvoir travailler pendant plusieurs mois.
17:28Le problème physique et médical s'est transformé en problème social
17:32pour toute cette famille qui a été privée de ressources pendant des mois.
17:40Véronique Unzinger, est-ce qu'il y a de plus en plus d'handicaps graves
17:43provoqués par le protoxyde d'azote ces dernières années ?
17:46Oui, très clairement.
17:48Les toutes premières complications liées à un usage détourné du protoxyde d'azote
17:54avaient été constatées dans les années 90.
17:57Mais c'était encore très rare.
17:59Et souvent, les médecins aux urgences, quand ils avaient des patients,
18:02ils ne comprenaient pas tout de suite d'où venait le problème.
18:05Et en fait, le tournant a vraiment eu lieu au milieu des années 2010.
18:10Et donc, à ce moment-là, des addictologues ont mis en place un réseau
18:15pour un peu répertorier les cas graves, c'est-à-dire les gens qui sont venus à l'hôpital.
18:20On était autour de moins d'une dizaine de cas par an avant 2018.
18:25Et puis après, c'est monté en flèche, environ 350 en 2021-2022.
18:30Et aujourd'hui, on est à plus de 450 notifications par an.
18:34Médigardane, au-delà des conséquences que le protoxyde d'azote peut avoir sur la santé,
18:39il est aussi à l'origine de plusieurs drames.
18:43Oui, on l'a vu récemment dans l'actualité.
18:45Il y a eu le 16 novembre, une jeune femme de 18 ans qui a été retrouvée morte dans son
18:49appartement à Roubaix.
18:51On a eu aussi le jeune Matisse qui est décédé à Lille le 1er novembre,
18:56qui a été renversé par un conducteur qui avait consommé du protoxyde d'azote.
18:59On sait que l'alcool, c'est dangereux.
19:01On sait que le cannabis, ça peut être dangereux au volant.
19:04Mais ce n'est pas le cas du protoxyde d'azote.
19:09Elisabeth Gardet, dans une toute autre affaire,
19:11quelques semaines avant la mort de ce jeune Matisse qu'on vient d'évoquer,
19:15à la mi-octobre, un réseau de prostitution a été démantelé à Maud, en Seine-et-Marne.
19:20Un réseau qui utilisait du protoxyde d'azote.
19:23Oui, alors effectivement, ce réseau s'était organisé pour recruter des jeunes femmes âgées en moyenne de 16 à 20
19:31ans.
19:31Elles étaient proposées aux clients via un site internet.
19:35Et le réseau de Prox & Net gérait toute la logistique,
19:39c'est-à-dire l'allocation des appartements,
19:43la mise à disposition de vêtements, d'alcool, de cigarettes, de nourriture et de protoxyde d'azote.
19:51Alors comment ce gaz peut-il conduire à la prostitution concrètement ?
19:54Les professionnels qui sont en lien avec les mineurs vont faire le constat
19:59que le protoxyde d'azote fait désormais partie de l'arsenal des proxénètes ou bien des violeurs
20:06et qu'il a intégré une espèce de trio avec l'alcool et le cannabis.
20:11Ça veut dire qu'on va proposer à de très jeunes femmes,
20:14qui par ailleurs peuvent déjà être vulnérabilisées par un parcours de vie très chaotique,
20:20qu'on va les inviter à une soirée en leur disant
20:22« Tu verras, c'est juste pour rigoler, il y a des ballons de protoxyde d'azote ».
20:26Les adolescentes, parfois très jeunes, ne se méfient pas.
20:29On commence à consommer du protoxyde d'azote au cours de la soirée.
20:32Très rapidement, on propose aussi de l'alcool et du cannabis.
20:36Il y a ce cocktail euphorisant, désinhibant,
20:39qui fait que très rapidement, si on a affaire à des proxénètes ou à des violeurs,
20:43la soirée dérive comme on peut l'imaginer.
20:46Au cours de ces soirées, il y a des photos qui sont réalisées,
20:49des films sur lesquels les gamines peuvent effectivement être complètement désinhibées et rigolées.
20:56Et on va se servir de cet état manifeste pour leur dire
21:00« Regarde, tu rigolais, tout se passait bien, t'étais consentante ».
21:03Les proxénètes vont ensuite mettre en place une forme de chantage
21:07en mettant en avant la dette
21:10et en leur disant « Avec tous les produits qu'on t'a fournis,
21:13tu dois continuer à travailler pour nous ».
21:21Médigardane, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour endiguer ce fléau,
21:25cette consommation massive et galopante de protoxyde d'azote ?
21:29Pour l'instant, il n'y a pas de loi.
21:30Donc, en attendant qu'une loi soit passée,
21:33il s'agit de multiplier les actions de prévention.
21:37À Mante-la-Jolie, le patron de la clinique où j'ai rencontré Mohamed,
21:41qui s'appelle donc Arnaud Dalbis,
21:43a lui créé une association pour rencontrer directement les collégiens
21:48dans leurs établissements
21:49et les alerter à la manière de ce qu'on voit sur les paquets de cigarettes.
21:53C'est-à-dire qu'il veut y aller avec un médecin.
21:54Dans l'idéal, il aimerait aller aussi avec des patients
21:57et leur parler des problèmes très concrets du gaz hilarant.
22:00Des jeunes ados, on ne va pas leur dire que c'est dangereux au volant
22:03parce qu'ils n'ont pas le permis.
22:04Par contre, si on leur dit que ça peut entraîner des problèmes d'érection,
22:07ça peut entraîner des fuites urinaires,
22:10ça peut peut-être leur faire comprendre que le gaz hilarant est dangereux.
22:16Les agences régionales de santé prévoient de multiplier les actions de prévention en 2026.
22:21Elisabeth Gardet, on sait aussi qu'une nouvelle loi pourrait voir le jour.
22:25Alors pour le moment, il y a simplement cette loi qui a été votée en mai 2021
22:31et qui a instauré l'interdiction de la vente et l'interdiction de la cession à des mineurs.
22:37L'Assemblée nationale souhaite aller plus loin et interdire la vente à tous les particuliers,
22:43c'est-à-dire y compris les majeurs, dans tous les cas de figure.
22:47Pour le moment, les majeurs peuvent toujours en acheter dans les supermarchés ou bien sur Internet.
22:53La vente aux majeurs n'est interdite que dans les débits de boissons et les débits de tabac.
22:59On semble se diriger en 2026 vers une généralisation de cette interdiction pour tout le monde.
23:12Merci à Elisabeth Gardet, Mehdi Gardane et Véronique Hunzinger.
23:17Codesources, c'est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
23:20Cet épisode a été produit par Anaïs Godard, Clara Grosys et Clémentine Spiller.
23:26Réalisation, Pierre Chafanjon.
23:27Vous êtes de plus en plus nombreux et nombreuses à écouter Codesources et on vous remercie.
23:32N'hésitez pas à en parler autour de vous, à liker nos épisodes sur YouTube,
23:36à laisser des étoiles et des commentaires sur votre plateforme d'écoute préférée.
23:40Et ne ratez pas non plus Crime Story, notre podcast fait divers,
23:44avec une nouvelle affaire criminelle racontée chaque samedi.
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