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Le taux d’occupation des prisons françaises atteint 133% en moyenne et dans certaines maisons d’arrêt, ce chiffre monte à plus de 200%. Des membres de l'administration pénitentiaire tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme. Pour Code source, Carole Sterlé et Timothée Boutry, journalistes au service police-justice du Parisien, décryptent ce phénomène. Écoutez Code source sur toutes les plates-formes audio : Apple Podcast (iPhone, iPad), Amazon Music, Podcast Addict ou Castbox, Deezer, Spotify.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Raphaël Pueyo et Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network.


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#prison #france #codesource

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 26 juin, le Parisien a révélé le contenu d'une lettre d'un haut cadre de l'administration pénitentiaire,
00:18un homme en résumé qui dirige les prisons dans la région de Toulouse
00:21et qui alerte sur le trop grand nombre de détenus.
00:25Il dénonce, je cite, « une situation catastrophique ».
00:29Le taux d'occupation des prisons en France est en moyenne de près de 135%.
00:34Il est par endroit de 200%.
00:36En clair, dans ces prisons, il y a deux fois plus de détenus que de places prévues.
00:41La France est l'un des trois pays en Europe où la surpopulation carcérale est la plus forte.
00:47Codesources fait le point aujourd'hui sur cet enjeu
00:50avec deux journalistes du Parisien, deux spécialistes police-justice,
00:55Carole Sterlet et Timothée Boutry.
01:03A partir du 31 juillet, la prison de Vendin-le-Vieille dans le Pas-de-Calais
01:07va accueillir une centaine de détenus considérés comme faisant partie des plus gros trafiquants de drogue en France.
01:13C'était une mesure annoncée par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, début janvier.
01:19Timothée Boutry, quelle est l'idée de cette mesure ?
01:22L'idée, c'est en quelque sorte de vraiment isoler ces détenus qui font partie du haut du spectre de
01:27la criminalité organisée.
01:29Notamment à travers l'affaire Amra, on a découvert que depuis sa cellule,
01:33il avait pu organiser son évasion, évasion sanglante qui avait coûté la vie à deux surveillants.
01:38Grâce à ses téléphones, grâce à des relais, grâce à tout un réseau, il avait pu mettre en place cette
01:42opération.
01:42Et ce n'est pas du tout le seul détenu qui, depuis la prison, peut continuer à gérer ses activités
01:48délinquantes.
01:50En même temps, les portables en prison, on sait que ça existe, ça fait partie aussi de la vie carcérale.
01:55C'est théoriquement interdit, mais bon, la prison n'est pas un monde totalement fermé et imperméable à l'extérieur.
02:01Donc, il y a des portables qui rentrent.
02:03Mais c'est extrêmement problématique quand c'est entre les mains de gens qui s'en servent pour continuer leurs
02:08activités délinquantes.
02:09Et l'idée du gouvernement, c'est de vraiment mettre en place un régime ultra sécurisé,
02:14de manière à ce qu'il soit totalement imperméable à l'extérieur.
02:17Et c'est le but de ces prisons qui ont été réaménagées pour accueillir cette population de détenus.
02:25Il y a donc 20 ans de vieilles, et il y en aura une seconde d'ici quelques mois,
02:29condé sur Sarthe, dans l'Orne.
02:30Cette idée de regrouper les détenus considérés les plus dangereux a fait beaucoup parler ces derniers mois.
02:35Il y a un autre enjeu qui touche directement à la fois les agents de l'administration pénitentiaire et les
02:41détenus.
02:42C'est la surpopulation carcérale.
02:45Carole Sterlet, le 26 juin, vous avez révélé dans le Parisien la lettre d'un cadre de l'administration pénitentiaire
02:51à Toulouse.
02:52Lettre qui dénonce, je cite, une situation catastrophique.
02:55On va y revenir.
02:56Mais d'abord, on va donner des éléments clés pour exposer la situation.
03:00Carole, d'un mot, c'est quoi la surpopulation carcérale ?
03:03C'est assez simple à comprendre. La surpopulation carcérale, ça veut dire qu'il n'y a pas assez de
03:07place pour le nombre de prisonniers.
03:08Il y a beaucoup plus de prisonniers que de places.
03:10Et en France, on atteint une situation complètement inédite.
03:14Il faut savoir qu'il y a à peu près 84 000 détenus, au moment où on se parle dans
03:18les prisons françaises, pour 62 000 places.
03:21Donc quand on fait le calcul, on est à un taux de surpopulation.
03:24C'est-à-dire qu'on fait un ratio entre le nombre de places et le nombre de prisonniers, qui
03:27est en moyenne de 135%.
03:30Il faut rappeler quand même que depuis un siècle et demi, depuis 1875, le principe en France, c'est l
03:37'ensellulement individuel.
03:38Ça veut dire un prisonnier par cellule. Et on en est bien loin.
03:41Quelle a été l'évolution de la surpopulation carcérale ces 4 ou 5 dernières années ?
03:45On compte grosso modo 5 000 détenus de plus chaque année, depuis 5 ans.
03:50Chaque mois, on peut dire qu'en moyenne, c'est 500 détenus de plus, l'équivalent d'une prison supplémentaire.
03:56On est à 135% de taux d'occupation dans les prisons françaises.
04:00Et en 20 ans, on n'a jamais vu ça.
04:02Timothée Boutry, là c'est une moyenne.
04:04Mais dans certaines régions de France, très logiquement, c'est pire.
04:07Carole l'a dit, 130% c'est une moyenne.
04:09C'est-à-dire qu'on est à plusieurs établissements qui sont à plus de 200%.
04:12On en comptait au dernier chiffrage 23.
04:15Des taux qui vont, par exemple, à 250% à Carcassonne, presque 250% à Nîmes aussi.
04:21Donc voilà, ça veut dire plus du double de la capacité d'accueil d'une prison.
04:26D'après le Conseil de l'Europe, une organisation indépendante de l'Union Européenne chargée de défendre les droits de
04:32l'homme,
04:33la France est l'un des pires pays en Europe sur cette question.
04:37C'est un rapport qui repose sur des statistiques de 2023,
04:40sachant qu'en 2025, la situation est bien plus catastrophique encore.
04:43La France se situe au troisième rang, derrière Chypre et la Roumanie.
04:47Alors, au-delà de ce simple constat statistique,
04:50le Conseil de l'Europe fait état de sa profonde préoccupation,
04:53je cite, sur la situation de la surpopulation carcérale en France.
04:56Et en 2020, la France a été condamnée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme,
05:00la CEDH, précisément sur cette question,
05:03suite à une procédure lancée par plusieurs détenus.
05:06Cette requête, elle avait été introduite par six détenus,
05:09trois dans des établissements d'outre-mer et trois en métropole,
05:12des détenus qui étaient hébergés dans des établissements surpeuplés.
05:16Et en fait, la Cour Européenne des Droits de l'Homme a sanctionné la France.
05:19En gros, l'idée, c'est de dire que les prisons sont surpeuplées, vétustes, insalubres,
05:23et que donc, ces conditions d'accueil ne sont pas légales au regard de la Convention Européenne des Droits de
05:29l'Homme.
05:29La CEDH se permet aussi une réflexion, je dirais, plus générale,
05:33puisqu'elle dénonce le caractère structurel de cette situation de la surpopulation carcérale.
05:38Et il y a eu une autre condamnation, trois ans plus tard, en 2023.
05:41Après ce premier coup de semence de la CEDH en 2020, trois ans plus tard,
05:45nouvelle requête, cette fois déposée par six détenus de la prison de Fresnes,
05:48dans le Val-de-Minde, qui est une des plus vétuses,
05:51qui est colonisée par les rats, tout le monde le sait.
05:53Et là encore, la CEDH a sanctionné la France pour les conditions de détention des détenus.
05:56On parle de surpopulation carcérale, près de 135% en moyenne, plus de 200% par endroit.
06:03Concrètement, Timothée Boutry, à l'échelle d'une cellule de prison, ça donne quel type de situation ?
06:09Une cellule classique, c'est trois personnes dans 9 mètres carrés.
06:12Et là, en raison du taux d'occupation, il faut mettre un matelas au sol pour accueillir un quatrième détenu.
06:17Ça fait donc quatre personnes dans 9 mètres carrés, 22h124, avec les toilettes dans la même pièce.
06:22Donc vous pouvez imaginer l'absence totale d'intimité.
06:25Et ça renforce évidemment l'indignité et la vétusté des conditions d'accueil.
06:32Carole Sterlet, on a du mal à imaginer une vie à quatre dans 9 mètres carrés.
06:37Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ?
06:39C'est source de tension permanente.
06:41Ça peut être des disputes jusqu'à des bagarres et des cas dramatiques
06:45pour un programme télé, une organisation dans la cellule.
06:50Et ce sera systématiquement la loi du plus fort qui prévaudra dans ces 9 mètres carrés.
06:55Sachant qu'on estime à 30% des prisonniers souffrant de problèmes psychiatriques.
07:01Timothée Boutry, beaucoup d'observateurs de la vie en prison, estiment que ces conditions de détention sont contre-productives
07:07au niveau de la réinsertion et de la lutte contre la récidive. Pourquoi ?
07:11Parce que ça complique le travail des conseillers d'insertion et de probation,
07:14dont le métier est justement de préparer la sortie des détenus.
07:17puisque le sens de la prison, c'est quoi sa mission ?
07:20C'est de punir, priver de liberté des gens qui ont été reconnus coupables.
07:24Mais aussi, le but, c'est de préparer la sortie, bien sûr, dans un but qui est celui d'éviter
07:29la récidive.
07:30Mais dans ces conditions-là, personne ne peut vraiment travailler.
07:33Les conseillers d'insertion et de probation sont surchargés de dossiers.
07:35Les détenus n'ont pas accès, on l'a dit, aux activités qui pourraient leur faciliter la vie d'après.
07:42Au-delà des conditions indignes sur le moment, cette situation, elle est aussi problématique pour la suite,
07:48puisqu'elle ne peut être que génératrice de récidive.
07:53Le mardi 14 janvier 2025, Carole Sterlet, le procureur général de la Cour d'appel de Versailles,
07:58a alerté sur la situation dans la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy, dans les Yvelines.
08:02Marc Simamonti, qui est le procureur général de la Cour d'appel de Versailles,
08:07a alerté sur la situation sans précédent de la prison de Bois-d'Arcy,
08:12avec un record franchi de 200%.
08:15Et là, c'est le procureur général qui s'en émeut.
08:18D'un côté, on demande au magistrat du parquet de faire preuve d'une fermeté dans la réponse pénale et
08:26d'incarcérer.
08:27Et à la fois, il faut limiter la surpopulation carcérale.
08:30Donc, c'est ce que le procureur général appelle des injonctions contradictoires.
08:35Alors, à noter qu'en 2023, le tribunal administratif, qui avait été saisi par plusieurs associations,
08:41avait déjà estimé qu'il y avait une atteinte grave et manifeste aux libertés fondamentales des prisonniers,
08:46parce qu'on était à un taux d'occupation de 152%.
08:48Donc là, on est encore plus haut et évidemment, ça pose problème.
08:53Au mois de mai, la contrôleur des prisons a dénoncé, je cite,
08:56« un délaissement coupable à tous les niveaux ».
08:58Celle qui dirige ce contrôle général des prisons, c'est Dominique Simonot.
09:03Là, elle parle de délaissement coupable.
09:05Coupable parce que la situation est connue, reconnue et dénoncée depuis 4 ans.
09:12Elle, elle est en poste depuis 2020.
09:14Et depuis 4 ans, ça ne cesse de s'accroître.
09:16Elle dénonce des politiques à court terme, une politique à la petite semaine.
09:21Elle dit que tout le monde s'en moque, sauf que les calculs à court terme, ça risque de nous
09:25exploser à la figure.
09:27Et que si on regarde plus loin, les dégâts vont être énormes.
09:29Toujours au mois de mai, un rapport commandé par le ministère de la Justice a recommandé une réduction de peine
09:36générale exceptionnelle.
09:37Oui, alors ça, ça a été commandé par le précédent ministre de la Justice, Didier Migaud,
09:42qui a fait un passage express place Vendôme de quelques mois, fin 2024.
09:46Alors l'idée de cette réduction de peine générale exceptionnelle,
09:50ce serait de faire sortir de manière anticipée les prisonniers qui purgent leur peine,
09:57à l'exception des prisonniers condamnés pour les crimes les plus graves.
10:03Timothée Boutry, qu'a fait l'actuel ministre de la Justice, Gérald Darmanin, de ce rapport ?
10:08Gérald Darmanin, lui, n'est pas favorable à ces réductions de peine anticipées,
10:14parce qu'en gros, il dit que les Français ne le comprendraient pas.
10:16C'est cette idée de fermeté qui prévaut à la tête du gouvernement.
10:19Et pour répondre à cet enjeu, Gérald Darmanin, ancien ministre de l'Intérieur,
10:23met en avant des prisons qui vont être construites avec des préfabriqués.
10:28Oui, alors d'une manière générale, la réponse des autorités à la surpopulation carcérale,
10:33c'est de construire de nouvelles places de prison.
10:35Il y a des programmes de construction de prison depuis des décennies.
10:39Beaucoup d'observateurs disent oui, mais à chaque fois qu'on construit une place de prison,
10:42on va la remplir, en fait.
10:43Et donc, ce n'est pas vraiment une solution, c'est plutôt une fuite en avant.
10:47Mais en tout cas, ils misent sur des prisons préfabriquées, plus rapides à construire,
10:52puisqu'on est sur un délai, lui, il imagine 18 mois, là où il faut en gros 7 ans pour
10:56construire une prison,
10:58en dur, si je puis dire.
10:59Et son objectif, c'est donc 3000 places en 18 mois, la moitié en semi-liberté.
11:04La semi-liberté, ça veut dire qu'on est dehors la journée pour travailler sur une formation
11:08et qu'on rentre en détention pour y passer la nuit, et la moitié pour purger de courte peine.
11:12En avril et en mai, cette année, on a beaucoup parlé d'un mouvement très violent,
11:17un mouvement qui s'est baptisé DDPF pour défense des droits des prisonniers français,
11:21avec des faits comme des tirs à l'arme à feu sur des maisons de gardiens de prison,
11:25ou encore des voitures incendiées.
11:28Ce mouvement, est-ce qu'il est en lien avec les conditions de détention qu'on vient de décrire ?
11:32En fait, on n'est pas du tout sur le même registre.
11:34Là, on parle d'actions commises par des membres de la grande criminalité organisée,
11:40qui sont plutôt en réaction aux projets de gouvernement de prison ultra sécurisée,
11:45on l'a dit au départ, dans le but d'isoler totalement les plus gros narcotrafiquants.
11:50Ça n'a absolument rien à voir.
11:54Carole Sterlet, on le disait au début de cet épisode de Code Source,
11:57le 26 juin, vous avez révélé dans Le Parisien le contenu d'une lettre
12:01signée du directeur interrégional des services pénitentiaires de Toulouse.
12:06D'abord, est-ce que vous pouvez nous présenter cet homme et sa fonction ?
12:10Stéphane Géli a plus de 30 ans d'expérience dans l'administration pénitentiaire.
12:14Il a fait toute sa carrière dans l'administration pénitentiaire.
12:16Il a commencé à la prison de Fresnes.
12:18Il a dirigé plusieurs prisons à Villeneaux, à Rouen.
12:22Il a aussi été chef du département insertion et probation à la direction régionale de Paris.
12:27Et il est directeur depuis 6 ans de cette direction interrégionale de Toulouse.
12:33Stéphane Géli, il a déjà lancé une alerte à l'automne 2024 sur la situation de la surpopulation.
12:39Mais là, les conditions de détention se sont encore aggravées
12:42parce qu'en moyenne, sur toute sa direction, il y a un taux d'occupation de 155%.
12:47Sa lettre est datée du 11 juin.
12:49À qui elle est adressée ?
12:51Sa lettre s'adresse au chef de cour d'appel, c'est-à-dire les premiers présidents et procureurs généraux
12:56de Toulouse, Montpellier, Nîmes, Pau et Agin.
13:00Parce que la question de la surpopulation carcérale, elle intéresse la justice.
13:04Et donc, que dit cette lettre ?
13:05Il ne prend pas de détour. Il aborde la situation telle qu'elle est.
13:08Il parle d'indignité, de prise en charge des prisonniers.
13:13Il parle de l'impossibilité aussi à écrouer de nouveaux prisonniers
13:18puisque de toute façon, il n'y a plus de place.
13:20On est à plus de 155% de taux d'occupation dans les prisons de son ressort.
13:26Il dit que la situation est devenue tellement critique
13:29que si aucune décision n'est prise pour changer la donne,
13:34il ne pourra plus écrouer ni prendre en charge de nouveaux prisonniers.
13:37Et il précise aussi qu'il n'est déjà plus en mesure d'écrouer les femmes condamnées.
13:42La situation est déjà là.
13:43C'est-à-dire que, par exemple, sur la maison d'arrêt des femmes de Perpignan,
13:48les femmes qui ont été jugées, condamnées à de la prison
13:51et qui ont été orientées vers cette prison
13:52ont dû être reroutées sur d'autres régions, vers Marseille et Bordeaux.
13:58Contacté par le Parisien, Stéphane Géli n'a pas voulu faire d'interview.
14:02Il précise que sa lettre n'avait pas vocation à être publiée.
14:06Timothée Boutry, début 2020, au début de l'épidémie de Covid,
14:10il y avait eu des clusters, des foyers de contamination dans les prisons.
14:13Quelle était la crainte en février 2020 et que s'est-il passé ensuite ?
14:17La crainte, en fait, c'est que la situation sanitaire déborde
14:20puisque, à l'époque déjà, les prisons étaient surpeuplées
14:24et donc aucun moyen de confinement.
14:27Les gestes barrières dans une cellule A4, c'était une vaste blague.
14:31Et donc, évidemment, il y a la peur que le virus se propage, se propage
14:34de cellule en cellule et affecte aussi le personnel.
14:38Donc, il faut trouver des solutions
14:40parce qu'il faut se rappeler qu'on est dans un pays
14:42où les contaminations augmentent,
14:45les services de réanimation sont au bord de la rupture,
14:47donc il y a un vrai danger.
14:48Carole Sterling, qu'est-ce qui est décidé à ce moment-là ?
14:50Les prisonniers sortent de manière anticipée.
14:53Ça ne veut pas dire tous les prisonniers,
14:55ceux qui sont auteurs et condamnés pour les crimes les plus graves,
14:58restent en prison,
14:59mais on vide un peu les cellules
15:01et on arrive à revenir à un taux d'occupation en dessous des 100%.
15:06Donc, à ce moment-là, il n'y a plus de surpopulation carcérale au niveau du pays.
15:10Oui, même, on arrive à moins de 100%
15:12puisque des milliers de détenus sont sortis.
15:14Alors, Carole l'a dit, notamment par ce mécanisme de libération anticipée,
15:19mais il y a aussi d'autres mesures qui ont été mises en application,
15:22par exemple, de différer l'exécution.
15:24C'est-à-dire que quand on est condamné à une peine de prison,
15:26soit il y a un mandat de dépôt,
15:27ça veut dire que vous allez immédiatement en détention,
15:30soit vous êtes convoqué par un juge d'application des peines
15:33qui va mettre la peine à exécution.
15:35Et là, l'idée, c'est de dire,
15:36on va attendre un peu,
15:37peut-être que la crise sanitaire se règle
15:39pour faire exécuter les courtes peines.
15:41Donc ça, c'est aussi un levier qui a été mis en œuvre.
15:44Un autre levier, c'est de favoriser les remises en liberté.
15:46Là, on va dire, bon, on va favoriser les libérations conditionnelles.
15:49Et ce qui a permis cette évacuation de nombreux détenus,
15:53c'est qu'il y avait moins d'activités pénales,
15:56moins de délinquance et donc moins de condamnation,
15:57donc moins de gens qui rentraient en prison.
16:00Parmi les mesures qui peuvent aider à limiter la surpopulation carcérale,
16:04il y a ce qu'on appelle la détention à domicile.
16:06C'est quoi, Timothée Boutry ?
16:07Et est-ce que ça peut être une alternative pour certaines peines ?
16:11La détention à domicile, c'est ce qu'on appelle le bras électronique.
16:14Vous avez des horaires pendant lesquels vous avez le droit de sortir de chez vous,
16:16des horaires où vous devez être chez vous.
16:18Et si vous n'êtes pas chez vous à l'heure à laquelle vous devez l'être,
16:20ça bip et on vous appelle.
16:22Et si vous multipliez les incartades, vous pouvez être réincarcéré.
16:26Donc ça, c'est un système qui est en place depuis longtemps.
16:28C'est ce qu'on appelle les alternatives à la détention.
16:31Il y a aussi un système qui est celui de la semi-liberté.
16:33On dort en prison, mais la journée, on est dehors pour pouvoir travailler ou suivre une formation.
16:38Et il y a quelque chose qui est beaucoup moins développé,
16:41qui s'appelle le placement extérieur.
16:43Ça veut dire que vous effectuez votre peine à l'extérieur, c'est le cas de le dire,
16:47et vous êtes pris en charge par une association qui va vous héberger et vous offrir aussi une activité.
16:53Mais là, on parle de moins de 1000 détenus.
16:55Donc c'est vraiment extrêmement résiduel.
16:57Et ça fait partie des axes qui pourraient aussi être développés pour lutter contre ce fléau de la surpopulation.
17:02Dès l'automne 2020, Timothée Boutry, le nombre de détenus est reparti à la hausse ?
17:06Oui, parce que Chassez le Naturel, il revient au galop.
17:09Il n'y a pas forcément plus de gens qui rentrent en prison.
17:12C'est que les gens, ils restent plus longtemps.
17:14On parle du laxisme de la justice, mais dans les faits, ce n'est pas le cas.
17:18Les tribunaux, les cours d'assises condamnent beaucoup plus durement qu'il y a X années.
17:23C'est totalement documenté.
17:25Les durées de détention augmentent.
17:26Et donc, plus on reste longtemps en prison, moins il y a de flux de roulements.
17:30Et donc, moins de place se libère dans les cellules.
17:34Carole Sterlet, pour celles et ceux qui plaident aujourd'hui pour la réduction du nombre de placements en détention,
17:39ce qu'il s'est passé pendant l'épidémie de Covid est la preuve que c'est possible.
17:44Alors oui, déjà, mathématiquement, puisque les chiffres parlent, on est repassé sous la barre des 100%.
17:49Donc ça, ça a été possible par décision politique, parce que ça passe par des décisions politiques,
17:55ou le gouvernement ou le législateur.
17:56Et puis, on n'a pas constaté de troubles majeurs à l'ordre public dans le pays suite à cette
18:02décision-là.
18:03Donc oui, ça a été possible.
18:04Mais, Timothée Boutry, ce n'est pas la tendance actuelle du gouvernement.
18:08Gérald Darmanin n'est pas favorable à ces libérations anticipées.
18:13Il dit que les Français ne le comprendraient pas.
18:14Et aussi, il travaille sur une réforme du bloc peine,
18:19c'est-à-dire de réserver en gros la prison au plus haut profil,
18:23aux gens qui se rendraient coupables des faits les plus graves,
18:26et de sortir de la détention tout un nombre de personnes condamnées pour des faits plus mineurs.
18:33Carole Sterlet, une proposition de loi est annoncée pour les mois à venir.
18:37Proposition de loi destinée à tenter de réduire la surpopulation carcérale.
18:41Oui, c'est Florent Boudier, le président de la commission des lois Renaissance,
18:45qui l'a annoncé le 2 juillet devant un groupe de travail.
18:49Travail qui est effectué depuis deux ans par tout un tas d'intervenants du milieu carcéral
18:55qui sont arrivés à ce consensus, qu'il faut réguler la surpopulation carcérale.
19:02Florent Boudier a annoncé qu'il ferait une proposition de loi dans les six mois à venir
19:07pour réguler la surpopulation carcérale.
19:09Timothée Boutry, tous ceux dont on vient de parler dans ce podcast,
19:12c'est très loin d'être nouveau.
19:14J'ai en mémoire une initiative prise en 2011 par le procureur de Dunkerque
19:18qui se souciait de la situation dans la prison de Dunkerque, sur son ressort,
19:22et en disant « voilà, c'est plus possible, je ne peux pas incarcérer »
19:25et il avait mis en place un numerus clausus,
19:28c'est-à-dire que « je ne fais exécuter une peine que si quelqu'un sort, c'est plus
19:32un, moins un ».
19:33A l'époque, c'était une initiative individuelle, pas validée par le ministère,
19:37il s'était fait taper sur les doigts,
19:38mais disons qu'il avait eu le mérite de mettre dans le débat public cette question-là.
19:42Mais on était en 2011, on était il y a 14 ans,
19:44et en 14 ans, la situation ne s'est absolument pas améliorée,
19:47et bien pire, elle s'est totalement aggravée.
19:55Merci Timothée Boutry, Carole Sterlet.
19:57Cet épisode de Codesources a été produit par Pénélope Gualquier-Roti,
20:00Raphaël Pueyo et Thibault Lambert.
20:03Réalisation, Pierre Chaffanjon.
20:04Codesources est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
20:08N'hésitez pas à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée,
20:11à nous laisser des commentaires et à partager.
20:13Et on vous invite aussi à écouter notre podcast hebdomadaire consacré aux affaires criminelles,
20:19Crime Story, présenté par Claudia Prolongeau,
20:21avec Damien Delceny, le chef du service police-justice du Parisien.
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