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A 24 ans, Alizée termine son alternance au ministère de la Culture. Elle fait un entretien avec le DRH, Christian Nègre, pour parler de son futur et de son projet professionnel, quand elle est soudainement prise d’une forte envie d’uriner... Près de 15 ans plus tard, elle fait partie des dizaines de femmes qui accusent Christian Nègre, de leur avoir administré des diurétiques pendant des entretiens.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clémentine Spiler et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archive : France TV, BFM TV, Konbini.
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00:02Bonjour, c'est Clémentine Spiller pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11En 2019 sortait dans les pages de Libération et du canard enchaîné des enquêtes visant Christian Negre,
00:18ancien directeur des ressources humaines du ministère de la Culture.
00:22Celui-ci était accusé d'avoir photographié et intoxiqué des femmes à leur insu pendant plus de dix ans.
00:29Il est notamment accusé par près de 250 femmes de leur avoir administré un diurétique lors d'entretiens d'embauche,
00:35les obligeant à uriner devant lui dans le but de les humilier.
00:40Alizé, dont le nom de famille reste confidentiel, est une ancienne alternante du ministère de la Culture et victime de
00:47Christian Negre.
00:48Elle fait partie des très nombreuses femmes qui aujourd'hui s'alarment de la lenteur d'un système judiciaire qui
00:53n'a toujours pas condamné l'ancien DRH.
00:56Notre reporter Barbara Gouy a rencontré Alizé chez elle en région parisienne.
01:04Je rencontre Alizé chez elle en région parisienne.
01:08Elle est souriante et déterminée à me raconter son histoire.
01:12On s'installe autour de la table de son salon.
01:15Alizé est née le 10 avril 1987.
01:19Elle grandit dans le sud-est de la France, entre Grenoble et Valence.
01:24Elle a un grand frère de deux ans de plus qu'elle et elle est très sportive.
01:28Quand elle est petite, elle fait de la gymnastique, de l'équitation et aussi du handball.
01:33Mais ce qui la passionne vraiment, c'est la culture anglo-saxonne.
01:38Elle veut devenir professeure d'anglais et après son bac, elle part vivre à Paris pour faire une licence d
01:44'anglais.
01:44Et quand elle a 21 ans, elle passe une année en Angleterre grâce au programme d'échange Erasmus.
01:51J'ai passé mon année là-bas et je me suis dit que c'est peut-être un peu enfermant
01:54d'être juste professeure d'anglais.
01:58Pourquoi pas faire de la politique mêlée à ça aussi, des voyages, donc être plutôt dans l'univers un peu
02:04de la diplomatie et des affaires étrangères.
02:06C'était ce mix-là que je voulais trouver.
02:09Un métier qui me permet de parler anglais, mais qui me permet aussi de changer les choses et de voyager.
02:13Après sa licence, Alizé s'oriente vers un master d'anglais et de sciences politiques.
02:18Pour sa dernière année, elle fait une alternance au ministère de la Culture.
02:22Je suis intégrée à la Direction des ressources humaines, ce qui était assez intéressant pour moi, puisque j'étais passionnée
02:29par les politiques publiques.
02:30Il y avait des grands projets de transformation à ce moment-là, des réformes pour les fonctionnaires.
02:36Et je me suis dit intégrer la Direction des ressources humaines du ministère de la Culture, c'est intéressant.
02:41Ça va me permettre de toucher du doigt un métier que je ne connais pas.
02:44Et donc, je suis très rapidement affectée dans une équipe avec une supérieure hiérarchique très sympathique,
02:52qui me met très rapidement sur des missions très intéressantes pour moi.
02:58Alizé a alors 23 ans et elle se sent à sa place au sein des ressources humaines.
03:03À l'époque, le responsable de son service s'appelle Christian Negre.
03:07Je fais une ou deux réunions avec lui.
03:09Ça devait être les seules que j'ai faites, d'ailleurs, dans l'année, puisque c'était une personne quand
03:13même haut placée dans l'institution.
03:15Donc, j'avais très peu de relations avec lui.
03:17Mais très rapidement, je suis à la cantine avec des collègues, en train de boire des cafés.
03:22Et puis, on me dit « Méfie-toi de Christian Negre ».
03:25D'ailleurs, on l'appelle le photographe en interne, puisqu'il prend des photos des jambes des femmes quand elles
03:33sont en réunion.
03:34Donc, surtout, ne mets pas de jupe quand tu fais une réunion avec lui.
03:36« Ne reste pas seul avec lui. Il a une réputation de pervers. Reste à distance. C'est le mieux
03:43que tu pourras faire pour t'en protéger ».
03:45Alizé remarque qu'en effet, Christian Negre a un comportement différent avec les femmes, mais elle a très peu d
03:51'interactions avec lui.
03:53À ce moment-là, on est en 2010 et c'est son premier poste.
03:57Elle ne sait pas vraiment comment gérer ce genre de situation et surtout, elle ne veut pas se faire remarquer.
04:02J'entre enfin dans la vie active, dans la vie pro. Je suis exactement là où je voulais être, mais
04:08je n'ai du recul sur rien dans le monde professionnel.
04:11Donc, je dois tout apprendre.
04:13Et moi, ces personnages-là qui sont haut placés, il faut quand même les respecter, puisqu'il y a un
04:20sens de la hiérarchie.
04:21Donc, je suis bien au courant de sa perversité. En revanche, je le salue dans les couloirs, je lui dis
04:27bonjour et je me comporte comme une employée fidèle, sage et aussi très professionnelle.
04:41Pour Alizé, tout se passe bien pendant son année d'alternance.
04:44À la fin de mon alternance, moi, j'avais de grandes aspirations pour rester dans la fonction publique.
04:51Et en fait, je cherchais un mentor à cette époque-là.
04:54Donc, je cherchais quelqu'un quand même dans l'institution de haut placé qui puisse me conseiller sur ma carrière.
05:02J'en parle à ma supérieure hiérarchique à ce moment-là.
05:04Elle me dit « Écoute, moi, je peux te conseiller, mais je peux aussi te faire échanger avec Christian Nègre,
05:13si tu veux.
05:14Ça peut être une bonne idée pour que tu puisses aussi avoir un petit peu son ressenti sur ta carrière,
05:20etc. »
05:21De fil en aiguille, un rendez-vous se monte entre Christian Nègre et moi.
05:25Donc, j'étais ravie.
05:27Hyper impressionnée, hyper stressée, évidemment, avant d'arriver à ce rendez-vous.
05:32Mais j'avais préparé mon discours.
05:34C'était l'occasion, un, de faire le bilan sur mes missions pendant toute cette année d'alternance.
05:40Et aussi de lui parler de mes futures aspirations pour la fonction publique.
05:44Pour ce rendez-vous, en 2011, Alizé va dans le bureau de Christian Nègre.
05:49Et puis, en tout début d'entretien, il me propose un thé que j'accepte, évidemment, par politesse.
05:56Même si je savais que le thé et le café du ministère de la Culture étaient dégueulasses.
06:00« Mais j'accepte. »
06:02Il s'absente une dizaine de minutes.
06:04Il revient avec mon thé.
06:06Et puis, je le bois assez rapidement.
06:08Et je commence à parler de mes missions, à faire le bilan sur mon année, lui dire ce que j
06:15'en pense, s'il lui parlait de mes aspirations.
06:17Je ne le sentais pas forcément très intéressée ou passionnée par ce que je lui disais.
06:22Il était assez distrait.
06:24Il avait son portable sur ses genoux.
06:27Il ne m'écoutait que d'une oreille.
06:28Mais il était plus fasciné par ce qu'il était en train de se passer sur son portable que parce
06:32que j'étais en train de lui raconter.
06:34Alizé ne se démonte pas.
06:36Et au bout de plusieurs dizaines de minutes, elle commence à ressentir des douleurs dans le bas du ventre.
06:41S'accompagne de cela, une envie d'uriner comme je n'en ai jamais eu auparavant.
06:46Soudaine, brutale, extrêmement douloureuse.
06:50Donc, je me dis, ce n'est pas grave.
06:52Tu retiens tout.
06:53Tu es en entretien.
06:54Ça va sûrement durer longtemps.
06:56Donc, maintenant, tu fais face et tu ne te démontes pas.
06:59Je commence à percevoir d'autres symptômes qui sont des symptômes du malaise vagal, donc des sueurs froides, des espèces
07:07de spots de lumière que je vois dans tous les sens, des bourdonnements dans les oreilles.
07:13Et là, je tiens quand même encore dix minutes.
07:16Et il y a un moment où je n'ai plus pu continuer l'entretien.
07:21Donc, j'ai dû lui dire, excusez-moi, monsieur Nègre, mais je dois interrompre cet entretien pour me rendre aux
07:26toilettes parce que j'ai envie d'uriner et que je pense que je vais m'évanouir dans quelques minutes.
07:33Il réagit avec calme et il réagit avec réassurance aussi.
07:37Donc, il me dit, il n'y a aucun problème, madame.
07:40Je vais vous accompagner aux toilettes pour être sûre que vous allez bien, que vous ne vous évanouissez pas.
07:45Tout va bien se passer.
07:47Ça peut arriver à n'importe qui.
07:49Suivez-moi, on va aux toilettes les plus proches.
07:52Donc là, on se lève.
07:53Il m'accompagne, main sur l'épaule, aux toilettes les plus proches, qui étaient en face de son bureau, heureusement
08:00pour moi.
08:01Et il rentre dans les toilettes avec moi.
08:05Christian Nègre entre dans les toilettes avec elle.
08:07Il reste dans la partie lavabo pendant qu'Alizé commence à uriner dans une des cabines.
08:12Et là, je vois qu'il reste tout le long avec moi.
08:15Donc, il m'écoute uriner.
08:18Je termine, je sors des toilettes.
08:20J'étais évidemment extrêmement honteuse par ce qui venait de se passer.
08:25Il souriait.
08:26Il m'a dit, ce n'est pas grave.
08:29Ça reste entre nous.
08:31Ça peut arriver à n'importe qui.
08:33Est-ce que vous vous sentez bien ?
08:34Est-ce que ça va mieux ?
08:36Est-ce que les symptômes du malaise vagal sont partis ?
08:39Donc, je lui dis que oui, que tout va bien.
08:42Et donc, on retourne dans son bureau.
08:44On termine l'entretien pendant quelques minutes.
08:46Et puis, je pars de son bureau ce vendredi après-midi avec un sentiment de honte qui est extrême.
08:56Une culpabilité énorme et surtout avec une remise en question assez forte de ma capacité, moi, à tenir la pression.
09:07Après cet entretien, Alizé perd totalement confiance en elle.
09:10Elle pense qu'elle n'est pas à la hauteur pour la carrière qu'elle espérait avoir dans la fonction
09:15publique.
09:16Elle ne parle de cet entretien à personne.
09:18Et quelques semaines plus tard, c'est la fin de son alternance.
09:21Elle part du ministère de la Culture.
09:23En me disant que de toute façon, je suis grillée au ministère de la Culture.
09:27Je ne pourrai jamais revenir à cause de cet entretien parce que je suis trop honteuse.
09:30Et je pars pour New York, pour d'autres aventures.
09:34J'embraye sur un stage là-bas, donc à l'UNICEF.
09:38Et je mets cet entretien dans une petite boîte que j'enferme et que je mets dans mon cerveau.
09:46Et que j'essaye de ne jamais raviver.
09:50Parfois, ma mémoire traumatique va me le suggérer.
09:55À chaque fois, je vais me dire, t'as foiré cet entretien, n'y repense pas.
10:01T'en es pas fière et puis t'es nul de toute façon.
10:04Donc garde-le dans ta boîte et n'y reviens surtout pas.
10:08Alizé reste un an et demi à New York.
10:10Elle fait un stage à l'UNICEF, puis elle est embauchée en CDD.
10:14En 2013, elle rentre travailler en France.
10:17Pendant des années, Alizé a des symptômes de stress post-traumatique.
10:21Insomnie, angoisse, anxiété, cauchemar ou encore burn-out.
10:25Mais elle ne comprend pas d'où ça vient.
10:27Je consulte une psychologue qui va énormément m'aider, que je consulte une fois par semaine.
10:33Et qui va donc essayer de mettre des mots sur mes mots à moi.
10:38Et qui va m'aider à traverser un peu cette espèce de période de 8 ans de ma vie où
10:44je suis très angoissée, très anxieuse.
10:48Et à deux, on arrive à soigner les symptômes, mais on n'arrive pas à en expliquer la cause.
10:53Un matin de mai 2019, 8 ans après l'entretien avec Christian Negre, Alizé consulte le réseau social X comme
11:02elle a l'habitude de le faire.
11:04Et là, je tombe sur un titre d'article qui retient mon attention.
11:08Un ancien DRH du ministère de la Culture administrait des dures éthiques aux candidates qu'il recevait en entretien pour
11:16les écouter uriner.
11:18Et là, en fait, je clique sur l'article et je lis les premières lignes.
11:23Et je me reconnais en l'espace de quelques secondes dans le témoignage d'une victime qui a vécu la
11:30même chose que moi.
11:32Et je revois Christian Negre et je me repasse l'entretien.
11:35J'essaie de me le refaire de A à Z et je me découvre victime.
11:39Alizé décide d'aller porter plainte au commissariat de sa ville.
11:43Et en fait, je suis reçue au commissariat.
11:44Les personnes qui me reçoivent au commissariat me disent
11:47« Écoutez, madame, vous venez porter plainte pour des faits qui sont prescrits.
11:50On est en 2019 et vous me racontez des faits qui ont eu lieu en 2011.
11:54Et je ne peux pas prendre votre plainte, en fait. »
11:57J'ai insisté. J'ai dit que je ne souhaitais pas sortir du commissariat tant qu'un policier ou une
12:03policière ait pris ma plainte.
12:06Et fort heureusement pour moi, le commissaire a entendu parler de l'affaire
12:11et il accepte de prendre ma plainte, malgré la prescription.
12:15Donc je reste trois heures avec lui dans son bureau.
12:18Il prend le temps de m'écouter.
12:21Et il transmet ma plainte à la police judiciaire en charge de l'enquête.
12:25Et la police judiciaire me contacte quelques jours après pour être auditionnée.
12:34Alizé est auditionné par la police judiciaire
12:37qui lui parle de l'existence d'un fichier Excel nommé « Expérience »
12:41que Christian Nègre aurait rempli avec le nom de ses victimes et son mode opératoire.
12:47Il a noté le nom des femmes à qui il a administré des jurétiques,
12:51ainsi que les symptômes provoqués.
12:53Alizé apprend que la police ne l'a pas contactée car elle ne figure pas sur ce tableau.
12:58Elle apprend également comment cette affaire a éclaté.
13:01En 2018, Christian Nègre a pris en photo les jambes d'une sous-préfète.
13:06Un de ses collègues l'a vu et l'a dénoncé.
13:09À ce moment-là, Christian Nègre est radié de la fonction publique
13:13et lorsque son ordinateur est saisi, les enquêteurs découvrent le fameux tableau Excel.
13:17En voyant l'ampleur de cette affaire, Alizé contacte le Média Combini pour leur proposer de témoigner.
13:25C'est ce qui le fait jouir, c'est d'entendre les femmes uriner.
13:30Ils acceptent tout de suite mon témoignage.
13:32On fait une vidéo et le but de cette vidéo, pour moi, c'était que d'autres victimes se reconnaissent
13:37dans cette affaire
13:38et que d'autres victimes se manifestent en disant « moi aussi j'ai vécu ça ».
13:43Ce que je recherche à travers ce témoignage, c'est que d'autres victimes de ce monsieur se reconnaissent
13:49et aillent porter plainte contre lui.
13:53Sylvie a décidé de prendre la parole et de raconter comment un haut fonctionnaire...
13:57...n'a pas hésité à administrer des diurétiques aux jeunes femmes...
14:00Comment un homme responsable des ressources humaines au ministère de la Culture
14:03a-t-il pu pendant presque dix ans administrer des diurétiques à des femmes lors d'entre...
14:07Sur le tableau Excel, les enquêteurs retrouvent les noms de près de 200 femmes.
14:13Christian Nègre reconnaît les faits pour certaines victimes
14:15et à la fin du mois d'octobre 2019, il est mis en examen.
14:20L'année suivante, en 2020, Alizé lance en parallèle un recours administratif
14:25contre le ministère de la Culture pour faire reconnaître la responsabilité de l'État.
14:31En 2023, le jugement est rendu.
14:34Le jugement a reconnu la faute personnelle de l'agent dans cette affaire.
14:39Ça a donné lieu à une indemnité pour cette victime dont je faisais partie.
14:44Sauf que moi, c'est pas ce que je voulais, c'est pas ce que j'allais chercher
14:46quand j'ai fait ce recours avec mon avocate.
14:49Moi, ce que je veux, c'est que la responsabilité du ministère de la Culture
14:52soit engagée dans cette histoire.
14:55Donc j'ai fait appel au tribunal administratif,
14:59donc à la Cour d'appel administratif de Paris.
15:01Et en début d'année, mon appel a été rejeté.
15:03Et c'était un coup dur, évidemment,
15:05puisque j'avais quand même réussi à collecter
15:08plus d'une dizaine de témoignages
15:11d'anciens fonctionnaires, d'anciens collègues
15:14qui ont marqué très clairement dans leurs témoignages
15:18qu'ils savaient que Christian Nègre prenait des photos,
15:22que leur hiérarchie était au courant,
15:24qu'il y avait eu plein d'incidents pendant des réunions,
15:27de prises de photos,
15:28de collègues qui s'étaient plaints,
15:30auprès de leurs managers.
15:32Énormément de témoignages qui faisaient état de ces faits-là.
15:36Mais malheureusement,
15:37ces témoignages-là ne font pas office de preuve aux yeux de la justice.
15:42Donc mon appel a été rejeté.
15:44Alizé n'est pas satisfaite par la décision du tribunal administratif.
15:49La procédure principale contre Christian Nègre,
15:52elle, est toujours en cours.
15:54Alizé et d'autres victimes se sont portées partie civile
15:58et espèrent avoir une date de procès dans les prochains mois.
16:01Mais elle ne voit pour l'instant aucun avancement.
16:04Et pour Alizé,
16:05le silence de la justice est une double peine.
16:10On ne sait pas ce qui est fait,
16:12on ne sait pas sur quoi la juge enquête,
16:14on ne sait pas ce qu'elle recherche six ans après,
16:17sachant que notre agresseur,
16:18il a avoué,
16:19il a reconnu les faits,
16:22sauf qu'on est six ans après la reconnaissance des faits
16:25et qu'on n'a toujours rien.
16:27Donc en fait, globalement,
16:29on est dans ce qu'on appelle et commence à beaucoup voir
16:34dans la sphère médiatique,
16:36on est dans une victimisation secondaire.
16:38C'est-à-dire que moi,
16:39je suis une victime une première fois d'un agresseur,
16:43je suis victime de soumission chimique,
16:45je suis victime d'un monsieur
16:46qui m'a administré un diurétique en 2011
16:49pour m'écouter et ruiner dans les toilettes.
16:51Et je suis victime aujourd'hui,
16:54six ans après la mise en examen de mon agresseur,
16:56de la justice et du silence de la justice.
17:00Six ans après,
17:01on n'a pas de procès,
17:02on n'a pas de visibilité,
17:04on n'a aucune communication,
17:05on n'a jamais été entendu par la juge.
17:07Je tiens à le préciser quand même.
17:09Donc oui, certes, on est nombreuses,
17:11mais on n'a jamais, jamais été entendu par la juge
17:16en tant que victime.
17:17Donc, on est dans une errance judiciaire classique,
17:20vraiment, six ans après les faits,
17:22il ne se passe rien.
17:23Et en plus,
17:24on est dans une victimisation secondaire
17:26de la part de la justice.
17:36L'affaire Christian Nègre,
17:38c'est une immense affaire de soumission chimique,
17:41comme on a pu en voir lors du procès Mazan.
17:44Et pourtant, Barbara Agoui,
17:45c'est une affaire difficile à médiatiser.
17:48Pourquoi ?
17:48En fait, Alizé me disait qu'il est difficile pour elle
17:51d'être prise au sérieux
17:52quand elle parle de cette affaire
17:54parce qu'il y a un côté risible
17:56comme on parle d'urine.
17:57Mais elle, elle a tout de suite eu le réflexe
17:59quand même de médiatiser
18:00ce qui lui était arrivé
18:02quand elle a compris qu'elle était victime en 2019.
18:05En fait, Alizé,
18:06elle n'en parle pas beaucoup autour d'elle.
18:08Seuls quelques-uns de ses proches sont au courant.
18:10Par contre, elle n'hésite pas à en parler aux médias
18:12pour faire bouger les choses.
18:14Huit ans après avoir porté plainte,
18:15quels sont les espoirs d'Alizé
18:17sur la suite de la procédure ?
18:19Ce qu'elle veut,
18:20c'est avant tout avoir une date de procès.
18:22C'est pour ça qu'elle a décidé,
18:24avec d'autres victimes,
18:25de médiatiser à nouveau cette affaire
18:27en fin d'année 2025.
18:29Elle se sent en fait abandonnée par la justice
18:31et elle veut faire entendre sa voix
18:33et celle des autres victimes.
18:35Et pendant ce potentiel procès,
18:37Alizé aimerait également que les faits
18:40soient reconnus comme des agressions sexuelles
18:42puisque d'après Alizé,
18:43l'administration de juridique
18:45était faite pour assouvir
18:46la jouissance personnelle de Christian Nègre.
18:49Et ensuite, elle aimerait que la responsabilité
18:52du ministère de la Culture
18:53soit reconnue dans cette affaire.
18:55Qu'en est-il de Christian Nègre aujourd'hui ?
18:57Est-ce qu'on sait ce qu'il fait ?
18:58En fait, il y a quelques mois,
19:00le journal Ouest France a révélé
19:02que Christian Nègre était intervenant
19:04dans des écoles de commerce en Normandie.
19:06Ce sont des étudiantes
19:08qui l'ont reconnue sur des photos,
19:10dans des articles,
19:11qui parlaient de cette affaire
19:12de soumission chimique.
19:14Il intervenait sous le nom de Bernard Genre,
19:16Genre qui est l'anagramme de Nègre,
19:18on retrouve les mêmes lettres.
19:20Et Bernard Genre, en fait,
19:21c'est son nom d'usage sur ses papiers d'identité.
19:24Le nom d'usage, c'est le nom que toute personne
19:26peut utiliser dans sa vie quotidienne
19:28ou professionnelle.
19:29Donc, quand il a été recruté en 2023,
19:32personne ne connaissait sa véritable identité.
19:34Et son casier judiciaire est vierge
19:36puisque, sans procès,
19:38il est toujours présumé innocent.
19:39Même s'il est mis en examen
19:41et placé sous contrôle judiciaire,
19:43ça n'apparaît pas sur son casier.
19:45C'est aussi pour ça que les victimes
19:47espèrent avoir une date de procès rapidement.
19:50Merci à Alizé et à Barbara Gouy
19:53qui lui a tendu le micro.
19:54Cet épisode de Codesources
19:56a été produit par Clara Garnier-Amouroux,
19:58réalisé par Pierre Chaffanjean.
20:00N'hésitez pas à vous abonner à Codesources,
20:02le podcast d'actualité du Parisien
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20:07On vous invite également à écouter
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20:11aux faits divers,
20:12Crime Story, chaque samedi,
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20:15racontée par la journaliste
20:16Claudia Prolongeau
20:17avec Damien Delseny,
20:19le chef du service police-justice du Parisien.
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