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Le 29 octobre, Flammarion publie “L’Empire”, une enquête sur les coulisses du rap français. Une investigation réalisée par trois journalistes qui dénonce notamment l’influence néfaste du grand banditisme sur ce secteur de l’industrie musicale.
Simon Piel et Paul Deutschmann, Deux des trois auteurs de L’Empire, sont les invités Code source.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Anaïs Godard et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Théo Albaric - Musiques : François Clos, Audio Network.

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#codesource #rapfrancais

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:13L'Empire, enquête au cœur du rap français.
00:16C'est le titre d'un livre paru chez Flammarion le 29 octobre,
00:19livre qui dévoile les coulisses du milieu du rap,
00:21le style de musique le plus écouté aujourd'hui en France.
00:24Ce livre décrit la montée en puissance du rap
00:27et il dénonce l'influence néfaste du grand banditisme sur ce secteur de l'industrie musicale.
00:33De nombreux rappeurs sont notamment victimes d'extorsions de fonds.
00:37Deux des trois auteurs de L'Empire sont les invités de Codesources aujourd'hui,
00:41Paul Dutchman, rédacteur en chef du média Africa Intelligence,
00:44et Simon Piel, journaliste au Monde.
00:53Simon Piel, d'où est venue l'idée ?
00:55Comment vous avez eu envie d'enquêter sur les coulisses du rap français ?
00:59Alors en fait, c'est né de discussions avec Paul et Johan
01:02sur le fait qu'on constatait que le rap était la musique la plus populaire de France,
01:08mais qu'il n'existait aucun livre d'enquête sur le sujet.
01:12Il y avait des livres d'historiens de la musique, mais pas de livres d'enquête au sens journalistique classique
01:18du terme.
01:19Et notre ambition, modestement, était d'essayer de tenter un peu de combler ce vide éditorial.
01:24Paul Dutchman, en France, on dirait que beaucoup de gens ont mis des années à comprendre l'importance qu'avait
01:29pris le rap.
01:30Oui, et particulièrement au niveau de nos élites politiques, culturelles et économiques,
01:34qui ont mis un certain temps à comprendre la puissance de ces acteurs,
01:37qui ont été, il faut le dire, méprisés par une partie de la frange des élites françaises.
01:42Et c'est vrai que c'est aussi un point de départ que racontait ce pouvoir, un pouvoir économique, financier.
01:47Une anecdote pour nous qui est très révélatrice aussi,
01:49c'est quand le patron de CMACGM, donc l'une des plus grandes fortunes françaises,
01:54sollicite un entretien avec Joule pour le sonder, à son initiative,
01:58sur des projets d'avenir en commun à Marseille.
02:00Et donc ça raconte cette toute-puissance, ça raconte aussi comment le regard des élites a aussi changé sur les
02:05rappeurs,
02:06et à quel point les rappeurs sont devenus des figures populaires incontournables.
02:12Dans votre livre, L'Empire, vous racontez comment le rap est passé de marginal à central.
02:18Et ce qui frappe d'abord, c'est qu'une partie des rappeurs ont des liens avec la criminalité organisée.
02:23Alors dans les clips de rap, dans les textes, il est souvent question de deal, de banditisme.
02:28Mais ce n'est pas que de la fiction.
02:30Paul Dutchman, il y a souvent, mais pas toujours, des liens entre rappeurs et banditisme.
02:35Oui, alors d'une certaine façon, ça a toujours existé.
02:37Et si on prend évidemment le berceau du hip-hop américain, c'est historique.
02:40La nouveauté, c'est vrai que ce sont les sommes qui sont en jeu,
02:43et qui attirent une pénétration qui est assez inédite par des acteurs de la grande criminalité depuis quelques années.
02:48Il y a deux types de liens.
02:49Ça peut être des liens des fois des anciens amis, des anciens grands qui ont produit.
02:53Et certains artistes rappeurs, en France comme aux USA, ne seraient pas nés,
02:57et n'auraient pas existé sans ces des fois premiers producteurs qui étaient issus de la grande criminalité.
03:01Ça va aussi être des fois sur des liens plutôt liés à la sécurité, d'assurer la sécurité des artistes.
03:06Donc c'est plutôt sur ces deux schémas-là, ou producteurs ou des fois plus équipes de sécurité.
03:10Parmi les rappeurs les plus écoutés depuis dix ans, il y a PNL.
03:24Deux frères originaires de la cité des Tartereys à Corbeil-Essonne, en Essonne, avant de briller sur la scène rap.
03:31L'un des deux, Tariq Andrieux alias Ademo, a fait trois années de prison au début des années 2010 pour
03:37trafic de stupéfiants.
03:38Le père de ces deux rappeurs faisait lui-même partie du milieu du grand banditisme.
03:43Les deux frères ont parlé de lui à plusieurs reprises dans leur texte.
03:46Il s'appelle René Andrieux.
03:48Simon Piel, qu'est-ce qu'on sait sur lui et sur ce qu'il a fait à l'époque
03:51?
03:51René Andrieux, c'est une figure de Corbeil-Essonne, du quartier des Tartereys d'où viennent les deux frères.
03:57Il a été condamné par le passé pour braquage.
04:00Et ensuite, son nom est apparu au détour de l'affaire Serge Dassault,
04:04dont l'affaire des achats de votes au moment des municipales.
04:07Serge Dassault, qui était donc cet industriel et aussi maire de Corbeil-Essonne,
04:12était soupçonné d'acheter les voix dans les quartiers,
04:16de se servir d'intermédiaire influent dans le quartier des Tartereys
04:19pour convaincre les gens d'aller voter pour lui.
04:21Et à un moment, René Andrieux a été soupçonné de faire partie de ce système
04:26ou d'avoir profité de l'argent de Dassault d'une manière ou d'une autre.
04:29Il n'a pas été mis en cause par la justice ni condamné.
04:32Ce qui reste aujourd'hui, évidemment, c'est que c'était une figure très influente du quartier des Tartereys, malgré
04:38tout.
04:38Le dernier album de PNL, intitulé Deux Frères, est sorti en 2019.
04:43Et le clip de l'un de leurs morceaux, Paul Dutchman, a été tourné dans un décor particulièrement spectaculaire.
04:49Oui, il a été tourné à la Tour Eiffel.
04:53C'est la première fois qu'il avait une autorisation de tourner pour un clip.
04:59Donc c'était une première mondiale et un clip qui a été un succès phénoménal,
05:03puisque je crois que c'est un des records de YouTube en France.
05:05Et ce morceau s'appelle ODD, ça parle de quoi ?
05:08Alors ODD, c'est au détail, c'est la vente au détail du cannabis.
05:11Et ils vont refaire un point de deal dans la Tour Eiffel.
05:15Et ils vont aussi faire des plans, alors plutôt côté banlieue.
05:20C'est-à-dire qu'on voit que c'est en périphérie de Paris où ils regardent eux-mêmes la
05:24Tour Eiffel.
05:24Et on peut imaginer depuis un point de deal aussi.
05:27Ce clip, il symbolise aussi leur accession au sommet ?
05:29Complètement.
05:30Et je pense qu'ils jouent beaucoup de ça, de la périphérie et de la Tour Eiffel,
05:33qui est au centre de Paris.
05:35Et qu'une certaine façon de reproduire un point de deal dans le bâtiment le plus emblématique de Paris
05:40raconte aussi évidemment quelque chose de leur imaginaire.
05:43Dans votre livre, vous expliquez que PNL a changé le rapport de force
05:47entre les rappeurs et les majors, les grandes entreprises du disque.
05:51Pourquoi ?
05:51PNL, ils vont imposer ce qu'on appelle le contrat de distribution,
05:55qui n'était pas du tout la norme à l'époque.
05:57À l'époque, on était signé soit en licence ou en contrat d'artiste.
05:59Pour faire très simple, les parts artistes étaient autour de 10, maximum 20%.
06:04PNL vont vraiment eux-mêmes imposer une règle en disant
06:07nous, on prendra au minimum 80%, voire 90% sur certains deals.
06:12Et ils vont se détourner assez rapidement des majors pour aller vers des petits distributeurs
06:15et pour finalement toucher bien plus que ce que touchaient leurs homologues de l'époque.
06:20Parmi les très grandes stars du rap français des 15 dernières années,
06:24il y a aussi le rappeur Jul.
06:25On avait raconté son histoire dans Code Source,
06:27histoire marquée au départ en 2014 quand il lance sa carrière
06:31par l'assassinat de son manager et producteur.
06:34Il s'appelait Karim Thir, il a été tué par balle le 12 juin 2014
06:38à Agnières-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine.
06:40C'est moi, c'est pas le moment, j'ai perdu un membre,
06:42je l'imagine en ange, il m'a sorti de l'ombre,
06:43c'est ce mal moron, je les souvenirs me hantent,
06:44mais je garde le banc, pour lui je remonte la panne.
06:47Il avait 30 ans.
06:48Simon Piel, est-ce qu'on sait qui l'a tué et pourquoi ?
06:51Oui, alors il y a deux hommes qui ont été condamnés pour ces faits-là.
06:55Il se trouve que l'assassinat du premier producteur de Jul
06:59est directement lié aux guerres de la drogue
07:01que se menaient certains clans à Marseille,
07:05dans les quartiers de Marseille.
07:07Donc oui, effectivement, deux personnes ont été condamnées.
07:10Paul Lutschman, dans les mois qui ont suivi,
07:12il y a eu un bras de fer entre Jul et les frères de Karim Thir.
07:15Oui, parce qu'après le décès de Karim,
07:17les relations vont beaucoup se dégrader entre Jul et les autres membres de la fratrie.
07:20Il va y avoir une scission qui va aller assez loin,
07:23puisque ça va presque être, à un moment donné,
07:25Jul à devoir se cacher plusieurs semaines.
07:26Et il y avait un débat autour de la propriété des cinq premiers albums de Jul
07:30que Jul a dû abandonner au profit du label Liga One.
07:33Le label Liga One, c'était le label créé par Karim Thir et deux de ses frères.
07:38Et donc, très clairement, à cette période,
07:40Jul vit et travaille dans la peur de mourir.
07:43Il produit ses morceaux dans une planque.
07:45Est-ce que vous pouvez nous raconter ça ?
07:47Alors, c'est une maison en périphérie où les fenêtres sont calfotrées.
07:50Il y a des hommes qui veillent presque jour et nuit.
07:53Et puis, il y a une petite cabane vraiment au fond du jardin,
07:55une cabane en bois, que Jul d'ailleurs a publiée en photo,
07:58dans laquelle Jul s'enferme des nuits entières
08:01pour enregistrer notamment l'album My World,
08:04qui est son plus gros succès jusqu'à ce jour.
08:14Aujourd'hui, pour assurer sa sécurité, Jul peut compter notamment sur son beau-père,
08:19le père de son demi-frère, un homme corse, Jean-Pierre Anastasio,
08:22qui a été condamné à plusieurs reprises, Simon Piel,
08:26notamment pour extorsion de fonds.
08:27Oui, Jean-Pierre Anastasio a été condamné il y a quelques années
08:30pour extorsion de fonds dans une affaire à Aix-en-Provence,
08:34où il était poursuivi pour avoir racketté des établissements de nuit
08:40pour le compte d'un clan corse auquel il est soupçonné d'appartenir.
08:44Jul, il est menacé aujourd'hui ?
08:45Jul, a priori, d'après ce que nous disent nos interlocuteurs,
08:48est devenu trop populaire, trop important,
08:51trop gros pour subir des menaces directes.
08:54Mais il doit, comme les autres, composer avec un environnement relativement compliqué.
08:59Et le fait qu'il fasse la promotion de beaucoup, beaucoup de jeunes rappeurs
09:04participe certainement de cette tranquillité.
09:15Dans votre livre, L'Empire, vous donnez plusieurs exemples concrets
09:19de rappeurs en lien avec le milieu ou qui sont victimes du banditisme.
09:23C'est le cas du rappeur SCH, de son vrai nom Julien Schwarzer, 32 ans.
09:28Il est né à Marseille, il a grandi à Aubagne.
09:30Son père était routier, sa mère infirmière.
09:33Dans ses morceaux, dans ses clips, Paul Deutschman, SCH utilise l'imagerie
09:38des gangsters de la mafia italienne.
09:40Oui, il a fait une trilogie, Julius, qui est bien connue,
09:43qui raconte justement la vie d'un mafioso italien.
09:46Lui revendique évidemment ce droit à la fiction,
09:48comme tous les artistes d'ailleurs, chanteurs, écrivains, ont le droit à les rappeurs.
09:52Donc lui, il dissocie vraiment à chaque fois le personnage de sa propre personne.
09:56Il dit clairement qu'il n'est pas du tout un voyou.
09:58Concrètement, du coup, à quoi ressemble ce personnage de mafieux fantasmé ?
10:01Alors c'est vraiment presque le cliché de ce qu'on pourrait imaginer d'un film sur la mafia.
10:06Il s'appelle Giulio, c'est un mafieux napolitain,
10:09donc dans le sud de l'Italie, avec tout l'imaginaire que ça peut comporter.
10:12Et d'ailleurs, il s'inspire de grandes trilogies cinématographiques,
10:15notamment comme Le Parrain.
10:18En 2020, comme beaucoup d'autres rappeurs de Marseille et sa région,
10:21à l'invitation de Jul, il participe à un album collectif intitulé « Très organisé »,
10:26le nombre 13 bien sûr comme les Bouches du Rhône,
10:29avec le tube « Bande organisée ».
10:39Plus de 500 millions de vues au compteur, rien que sur YouTube.
10:42Oui, c'est un des plus grands tubes du rap français ces dix dernières années.
10:46Giulio avait réuni, je crois, presque une centaine de rappeurs marseillais
10:50dans le cadre d'un projet qui s'appelle « Très organisé »,
10:52qui a notamment rendu populaire SCH, mais aussi d'autres rappeurs de la société phocéenne.
10:58La popularité de SCH bondit donc avec « Bande organisée »
11:02et ce succès va tout changer pour lui.
11:04Oui, alors lui le confie directement aux enquêteurs,
11:06il évoque un après « Bande organisée » où il devient très connu, très célèbre,
11:09et donc on projette sur lui évidemment une réussite financière
11:11que lui décrit comme totalement en adéquation avec la réalité,
11:15et donc il va faire l'objet à ce moment-là de pression compte tenu ce succès.
11:20Simon Piel, à partir de 2020, SCH s'est menacé à plusieurs reprises.
11:24À partir de ce succès, en fait, il fait l'objet d'un certain nombre de propositions de sécurité,
11:30mais qui sont en fait des propositions mafieuses qu'il a peu loisir de refuser.
11:34C'est des coups de pression, c'est des intimidations.
11:36Pour résumer, comme dit le rappeur Fianzo, on inquiète, on rassure, on facture.
11:42Il y a une scène qui est assez incroyable, qui raconte lui-même aux enquêteurs,
11:46où il est amené dans un terrain désaffecté pour rencontrer un homme
11:51avec qui il s'était associé dans un studio, un homme qui est connu pour ses liens avec le banditisme
11:55marseillais,
11:56qui lui impose la présence dans ses équipes d'un jeune homme à lui pour assurer sa sécurité.
12:02Et en échange, évidemment, SCH devra payer.
12:05C'est une forme de raquette ?
12:06C'est tout à fait une forme de raquette, dans la plus pure tradition mafieuse.
12:10Qu'est-ce qu'il fait à ce moment-là ? Est-ce qu'il cède à la pression ?
12:13Il n'a pas vraiment d'options, en fait, parce que SCH n'est pas un gangster.
12:18Donc il doit, comme les autres, essayer de composer avec ça
12:21pour éviter qu'in fine, les voyous s'en prennent à lui.
12:25Et en tout cas, il prend des mesures de sécurité.
12:27Il prend des mesures de sécurité.
12:28Avec son manager, ils font en sorte de réserver leur Airbnb au dernier moment,
12:34sous de fausses identités.
12:35Il s'habille comme un civil classique et pas à la mode, comme on peut le voir sur scène.
12:41Il change régulièrement de véhicule pour pas qu'on puisse identifier la voiture dans laquelle il se trouve.
12:46Il le résume lui-même.
12:47On vit comme des malfaiteurs en cavale, alors que nous sommes des artistes.
12:51Mais en apparence, tout va bien.
12:53Pour SCH, ses morceaux cartonnent.
12:55Il collabore aussi avec des marques de luxe.
12:57Marques de luxe qui s'intéressent de plus en plus aux rappeurs.
13:00Le 2 mai 2024, il donne un petit concert privé à Marseille, un showcase,
13:04à la fin d'un défilé Chanel.
13:06Oui, Chanel veut absolument illustrer Marseille.
13:10Et assez naturellement, le choix d'SCH devient presque un choix naturel.
13:14Il sera au défilé, il va reprendre des défilés,
13:16puis il fera un showcase pour toute l'équipe Chanel sur la terrasse du musée des cultures méditerranéennes, le Mucem.
13:21Quelques mois plus tard, dans la nuit du 26 août 2024, à la Grande Motte,
13:26la voiture dans laquelle SCH était censée se trouver,
13:30de retour d'un autre concert, est prise pour cible.
13:32SCH a donné quelques heures plus tôt un showcase dans une boîte de nuit.
13:37Lui est rentré un peu plus tôt et dans une autre voiture que celle qui était prévue pour lui,
13:42mais des amis à lui sont restés.
13:43Au moment de rentrer à leur hôtel, au milieu de la nuit,
13:46ils sont visés par des tirs de Kalachnikov sur la route.
13:49À son bord, quatre personnes qui ouvrent le feu sur un second véhicule.
13:53Les tirs tuent sur le coup le passager et blessent grièvement le conducteur à l'épaule.
13:57C'est un fait tragique puisque un homme de l'entourage de SCH décède sur place
14:03et un deuxième est grièvement blessé.
14:05On sait où on en est de cette enquête ?
14:07L'enquête a avancé et aujourd'hui, plusieurs personnes sont mises en examen par la juridiction marseillaise.
14:15Parmi ces personnes mises en examen, qui sont soupçonnées d'avoir participé à cette attaque,
14:19figurent plusieurs membres de la DZ Mafia.
14:22La DZ Mafia, du nom de cette organisation criminelle marseillaise
14:27qui domine aujourd'hui le paysage du milieu fosséen.
14:33Aujourd'hui, comment vit SCH ? Dans quelles conditions ?
14:36Alors SCH aujourd'hui, il vit loin de Marseille.
14:38Il vivait déjà loin de Marseille avant cet épisode de 2024.
14:40Il a pris ses distances et il vit, comme il le raconte aux enquêteurs, presque clandestinement.
14:45C'est-à-dire que les déplacements sont millimétrés, souvent sécurisés.
14:49Il a eu par ailleurs une protection policière pendant plusieurs mois après l'épisode de La Grande Motte.
14:55Il y a un autre cas marquant au sujet duquel vous avez fait des révélations dans votre livre.
15:00C'est celui du rappeur Maès, Walid Jorget pour l'État civil.
15:04En décembre 2021, en Seine-Saint-Denis, à Sevran, dont il est originaire,
15:08trois véhicules, dont deux 4x4 Mercedes qu'il comptait utiliser pour un clip, ont été incendiés.
15:15Et quelques semaines plus tard, en janvier 2022, l'un de ses proches est visé par des tirs, toujours à
15:21Sevran.
15:22Depuis fin 2021, Maès est parti vivre à Dubaï.
15:26Paul Dutchman, d'abord, pourquoi Dubaï ?
15:29Alors Dubaï, c'est une ville aujourd'hui qui suscite évidemment beaucoup d'intérêts, pas que des rappeurs,
15:33en fait des nouvelles fortunes françaises.
15:35Et d'ailleurs, c'est une ville qui, à la fois, est déjà ultra sécurisée.
15:38C'est-à-dire qu'il y a très peu de chances de se faire agresser à Dubaï.
15:41Il y a des caméras partout.
15:43C'est un État où le moindre petit larcin peut être très sévèrement puni.
15:46Il y a aussi un cadre financier assez attrayant pour les sociétés.
15:50Les impôts sur les entreprises sont sans qu'une mesure avec la France.
15:53Donc c'est un cadre qui intéresse beaucoup de nouvelles fortunes.
15:56Et d'un mot, à Dubaï, il y a aussi plusieurs membres du milieu qui se retrouvent dans certains cafés
16:00de la ville.
16:01Ça a été très bien documenté par beaucoup de confrères.
16:03Il y a en effet beaucoup d'acteurs issus de la grande criminalité qui ont trouvé refuge à Dubaï
16:08et de groupes criminels sud-américains, italiens, irlandais.
16:11Pour le coup, il y a en effet un carrefour de nombreuses figures du trafic international à Dubaï.
16:17Simon Piel, d'après vos informations, la justice soupçonne Maès d'avoir cherché à se venger à distance depuis sa
16:24résidence de Dubaï.
16:25Oui, aujourd'hui, il y a plusieurs enquêtes en cours à Paris sur ce sujet.
16:29Et les éléments policiers recueillis à ce stade laissent penser que Maès aurait cherché à atteindre les gens qui cherchaient
16:39à le racketter à Sevran
16:42en commanditant tout simplement des assassinats et en recrutant des tueurs à gage à Paris.
16:47Et dans cette affaire, il y a eu des morts ?
16:49Il y a eu plusieurs règlements de comptes avec des morts et l'ombre de Maès plane sur ces règlements
16:53de comptes.
17:02Maès a fait l'objet d'une notice rouge d'Interpol datée du 18 décembre 2024.
17:07Un document demandant, résumé aux polices du monde entier, de le localiser et de l'arrêter.
17:13Le mois suivant, le 18 janvier, une semaine après avoir fêté en famille ses 30 ans, il fuit Dubaï.
17:20Il passe par la route, par le sultanat d'Omane. Là, il prend un avion privé pour l'Égypte, le
17:25Caire, d'où il redécolle pour le Maroc.
17:27Et là, à Casablanca, le 22 janvier, il est interpellé. Il est actuellement en détention à Tangier, alors qu'il
17:34n'est pas mis en examen pour les faits présumés que nous venons d'évoquer.
17:39Maès a réservé son dernier coup de téléphone à un poids lourd du rap français, Gims, qui est installé au
17:45Maroc.
17:46Oui, Gims est installé au Maroc depuis 7 ans et il a une proximité notamment avec sa majesté Mohamed VI.
17:52Il a ce qu'on appelle des entrées au palais et donc on suppose qu'il voulait à ce moment
17:57-là que Gims puisse se mobiliser son entregen au sommet de l'État marocain.
18:01Gims, d'un mot, on sait pourquoi il vit à Marrakech ?
18:04Alors, de ce qu'on nous dit nous, c'est plutôt pour des raisons fiscales.
18:07Ce n'est pas le seul rappeur, il y a beaucoup de rappeurs qui se sont exilés au Maroc, où
18:10on parlait tout à l'heure de Dubaï.
18:12Donc c'est essentiellement pour des raisons fiscales.
18:15Gims est l'un des géants du rap français et en mars 2025, il a signé un contrat record avec
18:21la maison de disques Believe,
18:23un contrat de 20 millions d'euros pour la distribution de ses 40 prochains morceaux.
18:28Les montants perçus par les plus grandes stars du rap français, ils sont souvent de cet ordre-là ?
18:32Oui, alors Gims, c'est un des contrats les plus spectaculaires.
18:35En réalité, il y en a d'autres qui sont similaires ou en tout cas dans cet ordre d'idées.
18:40C'est une explosion.
18:41Depuis 2022-2021, les contrats ont été motivés par 3, 4, voire 5 pour certains artistes.
18:47Et un album peut atteindre sans problème aujourd'hui 7 à 8 millions d'euros pour un album.
18:52Simon Piel, ces montants, c'est aussi une donnée du problème ?
18:55Ça attire forcément la grande criminalité ?
18:57Oui, il y a toujours eu des porosités entre le milieu du rap et celui de la criminalité.
19:02Mais les montants évoqués par Paul à l'instant suscitent inévitablement beaucoup plus de convoitises.
19:09D'autant plus qu'aujourd'hui, la lutte contre le narcotrafic se muscle.
19:14Et que pour les organisations criminelles, l'idée d'aller racketter un rappeur peut être considérée comme quelque chose d
19:20'un peu moins risqué.
19:20Et ce qu'on comprend en lisant votre livre, c'est que les grandes entreprises du disque comme Believe, Sony,
19:26Universal ou encore Warner
19:27signent parfois des contrats avec des petites sociétés de production qui sont en réalité, directement ou indirectement, gérées par des
19:35voyous.
19:36Oui, c'est ça. Nous, c'est ce qui nous a marqués pendant l'enquête.
19:39Effectivement, les majors parfois ferment les yeux sur la destination de l'argent.
19:43Et il y a des cas où, derrière les entreprises qui signaient avec les majors, se trouvaient des gens qui
19:49avaient un pied dans l'économie illégale.
19:50Il y a même parfois des cas où les hommes qui signent ces deals avec les majors sont en prison.
19:56Oui, et c'est un des points aussi de départ d'enquête.
19:58C'est qu'il y a des salariés, en fait, assez rapidement de ces entreprises qui évoquent leurs inquiétudes avec
20:03des flux financiers,
20:04avec des sociétés qui pourraient être liées en effet à des figures liées au banditisme.
20:10Paul Deutschman, à la fin de votre livre, vous vous demandez si le climat anxiogène qui règne en coulisses ne
20:16risque pas de freiner le développement du rap.
20:18Oui, c'est beaucoup d'acteurs de cette industrie, notamment des producteurs de grands labels, qui évoquent ça.
20:24Ils font un parallèle avec la scène américaine, qui est assez évocateur.
20:28Pour la première fois depuis 50 ans, il n'y a pas de tube de hip-hop américain dans le
20:32top 40 de Billboard du monde.
20:33Et en partie pour expliquer cette asphyxie, en tout cas cette faible présentation du rap américain,
20:39on parle du gangstérisme au States, qui a été particulièrement violent pour les rappeurs.
20:44Il y a eu beaucoup de rappeurs qui se sont fait assassiner sur les six dernières années, beaucoup ont été
20:47aussi emprisonnés.
20:48Et la guerre des gangs à Atlanta a quand même constitué des facteurs aggravants de la production.
20:52Et certains font des parallèles entre cette scène américaine et cette scène française
20:55pour expliquer aujourd'hui peut-être une certaine forme de ralentissement dans le processus créatif pour certains artistes
21:01et que certains labels aujourd'hui nous confient qu'ils ne veulent plus signer d'artiste dans une ville comme
21:06Marseille par exemple.
21:11Merci Paul Deutschman, Simon Piel.
21:13Je rappelle le titre du livre que vous signez avec un troisième journaliste, Joanne Tilwin.
21:19L'Empire, enquête au cœur du rap français, c'est publié chez Flammarion.
21:23Cet épisode de Code Source a été produit par Anaïs Godard et Clara Garnier-Amouroux.
21:28Réalisation Théo Albaric.
21:32Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
21:35N'oubliez pas Crime Story, notre podcast hebdomadaire consacré aux affaires criminelles.
21:40Crime Story présenté par Claudia Prolongeau avec Damien Delseny, le chef du service police-justice du Parisien.
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