00:00Elles sont deux start-up DSMR à avoir obtenu une nouvelle subvention de France 2030.
00:04Notre invité ce matin c'est Antoine Guyot, bonjour, vous êtes le cofondateur et PDG de Jimmy.
00:0980 millions d'euros de financement, dont 40 millions de France 2030
00:13et une levée de fonds de 40 millions menée par le Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
00:17Jimmy, on rappelle, vous travaillez sur les réseaux de chaleur,
00:20objectif que ce soit moins cher de pouvoir se chauffer que vous soyez un individu ou une entreprise.
00:25Rappelez-nous, vous, sur quel segment technologique vous êtes ?
00:28Alors nous, Jimmy, on fournit la chaleur surtout pour les industriels.
00:30On peut également faire pour les réseaux de chaleur, mais là on voit qu'il y a énormément de traction,
00:34c'est les industriels.
00:35Pour ça, on crée, enfin on conçoit et on va opérer des petits générateurs thermiques
00:40qui ont pour but de remplacer les brûleurs à gaz pour fournir de la chaleur moins chère et décarbonée.
00:44On ne le sait pas tous, mais typiquement, quelqu'un qui fait du plâtre a besoin d'énormément de chaleur
00:47pour sécher le plâtre.
00:49Pour pouvoir avoir cette chaleur, un industriel utilise généralement des énergies fossiles,
00:52car c'est ce qu'il y a de moins cher, et ça représente près de 85% de la
00:56consommation de chaleur.
00:57Et nous, on arrive avec une alternative qui est souveraine, moins chère et décarbonée, à base de fission nucléaire.
01:02Typiquement, par exemple, ArcelorMittal qui a ses fours remplacés à électrifier, qui va le faire,
01:07vous pourriez-vous pluguer directement dans l'usine ?
01:10Alors nous, on ne fait vraiment que la chaleur, donc pour le cas d'ArcelorMittal,
01:12eux, ils vont s'appuyer sur la production de gravelines, généralement, pour la partie électrique,
01:16mais plus proséquement, pour des gens qui font ce plâtre ou de l'amidon,
01:21ils ont généralement des lignes vapeur, et nous, on se met à l'extérieur, c'est un petit bâtiment qu
01:25'on conçoit
01:26et qu'on va fabriquer, et dans lequel...
01:29Et vous venez directement sur le site ?
01:30Exactement, et on se met à côté, et ça permet de transférer la chaleur de la fission nucléaire
01:34au site qui a besoin de la chaleur.
01:36Léa ?
01:37Vous êtes maître de votre technologie, c'est-à-dire que vous avez un brevet, c'est breveté,
01:41c'est votre technologie, ou vous êtes plusieurs sur cette même brique ?
01:45Non, alors, on est plusieurs sur cette technologie, mais elle n'est pas brevetée,
01:48enfin, en tout cas, les bases technologiques qu'on utilise, elles, sont dans le domaine public.
01:51Nous, notre vraie démarche, c'est, je prends des briques techno pour aller sur un nouveau marché
01:56qui, aujourd'hui, est validé à la fois par nos investisseurs, avec cette levée de fonds,
02:00par l'État, qui a décidé que...
02:02Enfin, qui, en tout cas, clarifie sa position sur les SMR,
02:05et avec ces briques techno existantes, on fait un design qui est, par contre, le nôtre,
02:09spécialisé pour la chaleur industrielle, même si on pourrait, évidemment, faire la chaleur urbaine avec.
02:12Et donc, avec Allogéna, vous ne répondez pas forcément aux mêmes appels d'offres,
02:16eux, plutôt sur les villes, vous, plutôt sur les industriels.
02:18Nous, ce qu'on voit, c'est que l'attraction vient des industriels, c'est eux,
02:21aujourd'hui, on a plus de 30 sites en études, plus de 15 études de faisabilité qui ont été vendues.
02:26D'ailleurs, dans les trois prochaines années, nous, notre but, c'est de finir le design détaillé
02:29pour préparer la réalisation du premier, c'est également de finir l'instruction qui est en cours,
02:34on est le seul SMR, aujourd'hui, en instruction par la SN,
02:37et enfin, surtout, c'est d'annoncer cinq nouveaux clients, puisqu'on voit que l'attraction est là,
02:41les gens, enfin, les industriels ont besoin d'énormément de chaleur,
02:43et c'est ça qu'on...
02:45Mais qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
02:47Ça veut dire que là, vous en êtes au démonstrateur, ça existe déjà, on peut se plugger demain ?
02:52Ça veut dire qu'on a fini la conception, on a ensemble, avec nous, énormément de fournisseurs,
02:57et les trois prochaines années, c'est le moment où, avec ces fournisseurs,
03:00on va aller dans le détail pour réaliser l'équipement, pour pouvoir commencer la construction début 2029.
03:04La construction chez un industriel ?
03:06Chez un industriel, qui serait...
03:07Une sorte de précommande, quoi.
03:08Exactement, et qui a, du coup, ce besoin de chaleur, pour pouvoir faire, eux, de l'alcool et du sucre,
03:13mais c'est un parmi tant d'autres, et ces trois prochaines années vont permettre, encore une fois,
03:19de finir l'instruction et de finir le design détaillé, pour être prêt, dans trois ans, pour construire.
03:23Léa ?
03:23La start-up Naera, donc vous n'êtes pas exactement sur le même domaine, mais qui continue à faire des
03:28SMR,
03:29elle a été placée en liquidation judiciaire, et les raisons, c'était une impasse technologique, vous en pensez quoi ?
03:35Au sein des start-up du nucléaire, vous avez un peu deux familles,
03:39vous avez celles qui veulent faire un nouvel usage avec des briques existantes, c'est ce qu'on fait,
03:43et vous avez quelques autres qui cherchent à faire une nouvelle technologie.
03:46Et ce n'est pas du tout les mêmes montants d'investissement,
03:48et donc aujourd'hui, nous, ce qu'on voit, c'est que, et c'est aussi ce qu'a validé
03:51l'État à travers le programme France 2030,
03:53c'est qu'on privilégie les nouveaux usages avec des briques technologiques,
03:56pour pouvoir faire de nouvelles applications pour la filière,
03:59et aller le plus vite possible, aider les industriels qui ont besoin d'une énergie pas chère et souveraine.
04:02Mais il y a quoi ? Il y a une dizaine de boîtes aujourd'hui françaises dans l'ESMR à
04:06peu près ?
04:06C'est l'ordre de grandeur.
04:07Dont toutes ne survivront pas, c'est évident.
04:10Enfin, on peut espérer que chacune survive.
04:12Mais là, il y a un choix quand même du gouvernement français sur les technos.
04:15Il y a un choix du gouvernement français de dire,
04:16on prend des applications claires avec des technologies éprouvées,
04:20pour pouvoir aller rapidement au marché,
04:22et ainsi, encore une fois, fournir la chaleur pas chère des carbonés à des gens qui en ont besoin.
04:26L'an dernier, vous aviez annoncé que vous alliez remettre à plat le design de vos réacteurs
04:30pour faire baisser les coûts. Vous en êtes où aujourd'hui ?
04:33C'est fini. En effet, nous, l'année dernière, ce qu'on a vu,
04:36c'est que notre concurrent, c'est le gaz.
04:37Le gaz, il est fluctuant. On le voit depuis plusieurs années.
04:39C'est de plus en plus le cas en ce moment.
04:41À un moment, le gaz a beaucoup baissé l'année dernière,
04:44et à un moment où la taxe carbone n'augmentait pas.
04:46Donc, on a revu quelques paramètres de notre réacteur
04:48pour s'assurer de sa rentabilité.
04:50Aujourd'hui, on repart avec justement une brique
04:52qui est mature technologiquement
04:55et appuyée par nos investisseurs privés
04:58qui ont compris que maintenant, il n'y a plus qu'à délivrer.
05:00Trois ans, ça va être long.
05:01Quand vous voyez le coût de l'énergie, à quel point ça monte ?
05:05C'est l'intérêt d'avoir modifié pour avoir quelques paramètres
05:09bien faits pour que le réacteur soit rentable.
05:12Et donc, aujourd'hui, nous, sur les trois prochaines années,
05:14on avance très sereinement.
05:15Et encore une fois, c'est ce qu'a validé
05:17à la fois l'État et à la fois nos investisseurs privés
05:20face à des clients toujours plus nombreux.
05:21On était avec Agnès Pannier-Runacher il y a quelques instants
05:23qui disait que quand elle avait entendu Ursula von der Leyen dire
05:25« on a fait une erreur stratégique sur le nucléaire »,
05:27elle avait réécouté à deux fois parce qu'elle n'était pas sûre
05:29d'avoir bien entendu.
05:30On a changé le monde quand même en quelques années sur le nucléaire.
05:34Désormais, acceptabilité sociale qui n'a plus rien à voir.
05:36Vous avez des discussions avec les riverains des sites industriels
05:41pour l'acceptabilité du nucléaire ?
05:43Oui. Déjà, la première chose, c'est que quand on fait un réacteur nucléaire,
05:46on rentre dans un cadre qui est très précis,
05:48qui est cadré légalement, dans lequel vous avez des autorités
05:52qui regardent ce qu'on fait techniquement
05:53et puis qui prévoient à un moment une consultation du public.
05:56Mais au-delà de ça, nous évidemment, on a des discussions avec les riverains
05:59et ce qu'on voit, c'est qu'en effet, vous le disiez,
06:01il y a une acceptabilité, mais aussi la volonté d'avoir
06:04des outils industriels performants, décarbonés,
06:08et c'est ce qu'on apporte aux riverains
06:09qui, une fois qu'on leur explique comment marche notre réacteur,
06:12sont en fait convaincus.
06:13Merci beaucoup d'être venu ce matin pour nous parler SMR,
06:16la start-up Jimmy Antoine Guyot qui était avec nous.
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