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Télématin reçoit Anthony Bellanger, journaliste spécialiste de géopolitique.

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Transcription
00:00Vous en parle évidemment depuis samedi.
00:02Notre regard et nos préoccupations sont tournées vers le Moyen-Orient.
00:06On ouvre une page spéciale dans ce Télématin avec Anthony Bélanger
00:09qui nous fait le plaisir d'être là, spécialiste des questions internationales.
00:13Des questions, il y en a énormément, Anthony, donc on va vous les poser.
00:18Mais d'abord, et c'est important de le faire après trois jours de conflit,
00:21est-ce qu'on peut revenir sur ce qui a déclenché ce conflit-là ?
00:24Parce que nos téléspectateurs nous posent beaucoup cette question.
00:28Donc quel a été le principal détonateur de la décision de Trump et Netanyahou d'attaquer l'Iran ?
00:34Écoutez, en fait, ce n'est pas une guerre en une fois, c'est une guerre en deux fois.
00:37La première fois, c'était en juin 2025, 12 jours, la fameuse guerre de 12 jours,
00:42les États-Unis et Israël, d'abord Israël, puis ensuite les États-Unis
00:45ont décidé de bombarder entièrement le programme nucléaire iranien.
00:50Par ailleurs, les Israéliens avaient d'autres objectifs,
00:52comme par exemple en finir avec leur programme balistique.
00:54Sauf que 12 jours de l'aveu même des Israéliens, ce n'était pas assez.
00:57Et puis vous vous souvenez, il y avait eu un rapport à l'époque des services secrets américains
01:01qui avaient dit oui, peut-être que finalement, il en reste quand même des installations nucléaires
01:04qu'on n'a pas tout bombardé.
01:06Ça avait été à l'époque un scandale du côté de la Maison-Blanche.
01:08J'en remercie, c'est n'importe quoi.
01:10Et en fait, c'était vrai.
01:11– Le travail n'était pas terminé.
01:12– Le travail n'était pas terminé.
01:13C'est ce que disaient les Israéliens depuis des mois.
01:15Et c'est ce que, grosso modo, à mot couvert, on avait compris du côté de la Maison-Blanche.
01:19Donc en fait, depuis des mois, ça c'est ce que disent les Israéliens,
01:24se préparaient une seconde vague pour finir le boulot.
01:27Voilà le véritable enjeu de cette guerre.
01:30Il fallait finir le travail.
01:32Finir le travail, ça voulait dire quoi ?
01:33Ça veut dire en fait, le but de guerre, là, auquel on est en train d'insister,
01:39c'est-à-dire une fois pour toutes, édenter et dégriffer le fauve iranien.
01:44Lui empêcher de sortir de ses frontières.
01:47Parce que l'Iran, ce n'est pas seulement une armée qui tient le pays.
01:50On l'a vu notamment avec les répressions du 8 et 9 janvier,
01:53où ils sont capables de tuer 30 000 personnes, à peu près,
01:57au sein même de leur population.
01:58C'est aussi une puissance qui voulait s'exporter et qui veut s'exporter.
02:03C'est-à-dire qui a des filiales au Liban, en Irak, au Yémen,
02:08avant de la perdre en Syrie,
02:10et qui a aussi des moyens de projection militaire.
02:13Des missiles qui construisaient un programme nucléaire,
02:16de manière à pouvoir avoir la bombe et l'envoyer, on ne sait pas trop où,
02:20mais aussi une marine, mais aussi une aviation.
02:22Et donc, le but de cette guerre, c'est d'en finir avec les moyens
02:25de projection de l'armée iranienne, de ramener l'Iran dans ses frontières,
02:29si vous voulez leur dire.
02:30Maintenant, c'est terminé.
02:32Vous n'aurez plus de filière, vous n'aurez plus de capacité balistique,
02:35c'est-à-dire des missiles à envoyer.
02:36Vous n'aurez plus de programme nucléaire.
02:38Ok, c'est super clair.
02:39Donald Trump a évoqué une guerre de quatre semaines.
02:42Est-ce que vous y croyez ? Est-ce que c'est réaliste ?
02:44Le Premier ministre israélien a insisté,
02:48vous n'allez pas avoir une guerre sans fin.
02:52Quel est votre avis sur le cas ?
02:53Oui, parce que les guerres sans fin,
02:54c'est exactement ce dont les Américains se souviennent,
02:57comme d'un cauchemar.
02:58Il ne faut jamais oublier qu'aux États-Unis,
03:00un homme adulte sur sept est un ancien combattant.
03:03Les anciens combattants américains,
03:04ce ne sont pas des vieux messieurs avec des drapeaux
03:06qui arrivent à peine à tenir debout.
03:08Non, ce sont des hommes et des femmes
03:10qui sont dans la pleine force de l'âge,
03:11qui ont fait des tours en Afghanistan et en Irak.
03:14Le ministre de la Défense américain,
03:16le ministre de la guerre, pardon,
03:17américain, Pete XS,
03:18en est un exemple,
03:20mais il y en a plein d'autres.
03:21Et donc, on passe sa journée, en fait,
03:22aux États-Unis à dire
03:23« Thank you for your service,
03:24merci de votre service à la nation ».
03:27Parce qu'en fait, on les rencontre tout le temps,
03:29partout dans la rue, etc.
03:30C'est-à-dire que tous les jeunes Américains,
03:33une partie des jeunes Américains
03:34ont fait leurs armes en Iran et en Afghanistan,
03:38il n'y a pas si longtemps.
03:40Et donc, ils ne veulent surtout plus ça.
03:41Surtout plus de ces guerres
03:42qui durent 10, 20 ans,
03:43qui coûtent des milliards,
03:45des dizaines, des centaines,
03:46des milliers de milliards de dollars
03:47et qui ne se terminent jamais.
03:50Donc, l'idée, c'est vraiment
03:52de ne pas mettre d'hommes,
03:54c'est-à-dire de troupes sur le terrain.
03:57Des commandos ? Peut-être.
03:59Des forces spéciales ? Certainement.
04:00Mais pas de…
04:02Ça, c'est l'idée, mais c'est réaliste ?
04:03Oui, c'est réaliste.
04:04Parce que c'est réaliste
04:05dans ce que veut Donald Trump.
04:08Parce que d'abord,
04:09s'ils avaient vraiment voulu mettre
04:10des hommes sur le terrain,
04:11ces boots on the ground,
04:12s'ils avaient vraiment voulu faire ça,
04:14ils auraient préparé ça.
04:16Ça se voit, si vous voulez,
04:16quand vous déplacez 300 000 hommes
04:18et que vous décidez de les envoyer.
04:20Ça se voit parce que ça doit se voir.
04:21Ça se prépare.
04:22La dernière fois qu'ils avaient fait ça,
04:24c'était en Irak, en 2003.
04:25Ça avait mis des semaines et des semaines.
04:27Je voudrais vous montrer
04:28cette déclaration de Donald Trump
04:30qui dit qu'on n'a même pas encore commencé
04:32à les frapper fort.
04:33La grosse vague n'est même pas encore arrivée.
04:36Vous êtes un fin psychologue.
04:38Donc, si on se place dans le cerveau de Donald Trump,
04:41qu'est-ce qu'il veut dire
04:42quand il dit ça à votre avis ?
04:43Dans le cerveau de Donald Trump,
04:44c'est un peu le bordel, je peux vous dire.
04:46Bien malin, celui qui pourrait le lire entièrement.
04:48Là où il a raison,
04:50dans le sens où il joue
04:52de son avantage stratégique,
04:54c'est qu'il dit
04:55non, non, mais ça ne va pas durer une semaine
04:56ou dix jours comme la dernière fois,
04:57ça va durer quatre à cinq semaines.
04:58Histoire de bien prévenir
04:59les gardiens de la révolution,
05:01les Iraniens armés,
05:02qu'ils vont en prendre plein la figure
05:04pendant des semaines.
05:05Ensuite, quand il dit
05:05les vraies frappes n'ont pas vraiment
05:07encore commencé,
05:08il n'a pas totalement tort.
05:10Parce que ce que font d'abord
05:13les militaires
05:13quand ils investissent un terrain,
05:16un terrain comme l'Iran,
05:17qui est immense,
05:18c'est détruire les capacités de rétorsion,
05:20encore une fois.
05:20C'est-à-dire qu'il restait à l'Iran
05:22des lanceurs
05:23qui avaient pu survivre
05:25à la guerre des douze jours,
05:26on va les taper.
05:27Il restait à l'Iran des radars,
05:28ils n'en ont plus.
05:29Il restait à l'Iran
05:30quelques systèmes
05:31de défense antiaérienne,
05:33terminé.
05:34Il restait à l'Iran
05:34des stocks d'armes,
05:35on va les écraser sous les bombes.
05:37Et ensuite,
05:37on va s'attaquer
05:40aux infrastructures elles-mêmes,
05:41c'est-à-dire les garnisons,
05:44encore une fois,
05:44les usines,
05:45parce qu'il y a des usines
05:46pour fabriquer ces missiles.
05:47Le but est de neutraliser
05:49littéralement l'armée iranienne.
05:50Oui,
05:51tout en sachant
05:51que l'armée iranienne
05:52n'a pas beaucoup d'options.
05:54Parce que,
05:55si vous voulez,
05:55le problème,
05:56à chaque fois qu'elle lance un missile,
05:58elle fait repérer
05:58le lanceur de missiles.
05:59Je m'explique.
06:01Vous avez un canon
06:01et vous avez des boulets de canon.
06:03Donc vous avez des missiles
06:03et des lanceurs de missiles.
06:05Quand vous prenez un missile
06:06et que vous le mettez
06:06sur un lanceur,
06:07pas de tir d'une certaine manière,
06:09vous faites repérer
06:10par toute la région
06:11l'endroit où se trouve le lanceur.
06:12Donc il se fait dégommer derrière.
06:13Il se fait dégommer derrière.
06:14Donc petit à petit,
06:15c'est une forme d'attrition.
06:16On va commencer à assister
06:18à de moins en moins
06:19de possibilités pour l'Iran
06:20et bien d'envoyer des bombes.
06:21On va prendre
06:22la direction de Tel Aviv.
06:24Désormais,
06:24on retrouve notre correspondante
06:25Chloé Duval.
06:26Où en est la population israélienne ?
06:28Est-ce qu'elle soutient
06:29toujours fermement
06:30ou pas cette opération militaire ?
06:32Ce qui est sûr,
06:33c'est qu'elle s'est adaptée
06:34ces derniers jours
06:35à cette vie ponctuée
06:36tout à la fois de sirènes
06:37et de courses vers les abris.
06:40Et c'est précisément
06:41dans un abri
06:42qu'on retrouve
06:42Chloé.
06:44Au moins 4 à 50 mètres
06:46sous terre
06:47et des dizaines de personnes
06:49ont passé la nuit ici.
06:51Certaines dans ses tentes,
06:53ce sont des familles.
06:54Elles y restent même
06:55la journée entière.
06:58Cela leur évite bien
06:59de faire l'aller-retour
07:00entre leur logement
07:01et cet abri.
07:02À chaque fois qu'une sirène
07:04retentit
07:04parce qu'un missile iranien
07:05a été lancé,
07:07des missiles depuis samedi,
07:08il y en a eu beaucoup.
07:09Cette nuit,
07:10on a été réveillis
07:11à 1h du matin
07:12pour cette raison.
07:13Les Israéliens
07:14que nous avons rencontrés
07:15depuis le début
07:16de cette guerre
07:17tiennent pour la plupart
07:18le même discours.
07:20Ils soutiennent
07:21cette guerre
07:22contre le régime
07:23iranien
07:23et sont prêts
07:24à sacrifier leur routine
07:26pour se débarrasser
07:27de leurs ennemis jurés.
07:28Ils disent vouloir
07:29la paix
07:30et que c'est donc
07:31un mauvais moment
07:32à passer
07:33en espérant bien sûr
07:34qu'il soit
07:34le plus court possible.
07:36Ici,
07:37tout le pays
07:38est à l'arrêt.
07:38Les écoles,
07:39les bureaux,
07:40la plupart des commerces
07:41sont fermés
07:42et la population
07:43vit au jour le jour.
07:45Anthony,
07:46peut-être une petite réaction
07:47à ce qu'on vient d'entendre ?
07:49Je voulais souligner
07:50quand même
07:51qu'en recevoir
07:52un missile de l'Iran,
07:52ça n'a rien à voir
07:53avec les requêtes du Hamas
07:54ou celles du Hezbollah.
07:55Pourquoi ?
07:56Parce que c'est
07:57beaucoup plus puissant.
07:58L'impact est plus important.
07:59D'ailleurs,
08:00tous les Israéliens
08:00qu'on peut avoir au téléphone
08:01qui nous le disent,
08:02ils ont été d'abord
08:03très surpris en juin
08:04de voir à quel point
08:05le quartier entier tremblait.
08:06Les dégâts étaient importants.
08:09Effectivement,
08:10l'Iran n'est pas capable
08:11d'envoyer 500 missiles
08:12et de les voir tous arriver
08:13sur Tel Aviv
08:15ou sur Jérusalem.
08:16Mais quelques impasses
08:17et ceux-là,
08:18leur impact psychologique
08:19entre autres
08:20est très très puissant.
08:21Ça, c'est clair.
08:22En tous les cas,
08:22le bilan est lourd.
08:24Quatre soldats américains tués,
08:25plus de 50 morts au Liban,
08:27plus de 500 morts en Iran
08:28depuis le début des conflits.
08:30Jusqu'où ça peut aller ?
08:32Écoutez,
08:32quatre semaines,
08:33il ne faut pas imaginer
08:34que cette guerre,
08:34en tout cas pour l'Iran,
08:35sera sans dommage.
08:37Elle va petit à petit
08:38viser de plus en plus finement
08:39des gens qui sont par exemple
08:41installés à Téhéran,
08:42des gens qui sont
08:42au milieu de la population,
08:44éventuellement des mosquées
08:45où se trouvent
08:46des caches d'armes.
08:47Donc forcément,
08:47ça va faire de plus en plus
08:49de victimes côté iranien.
08:50Et par ailleurs,
08:51je pense qu'on risque
08:52d'assister dans les jours
08:53qui viennent à une décroissance.
08:55Attendez,
08:55on n'est qu'encore qu'au début.
08:57Pour l'instant,
08:58on va quand même compter.
09:00Une décroissance
09:00du nombre de missiles envoyés.
09:01Par contre,
09:02il leur reste énormément
09:04de drones.
09:05Aux Iraniens ?
09:06Aux Iraniens.
09:07Ça va moins vite,
09:08c'est moins compliqué à arrêter.
09:09Mais tout de même,
09:10vous en envoyez 500 d'un coup,
09:11il y en a pas mal qui passent.
09:12Ce sont des drones d'ailleurs
09:13qui ont touché
09:14l'ambassade américaine
09:15à Riyad cette nuit.
09:16Tout à fait.
09:16Ces drones-là peuvent être
09:17y compris très précis.
09:18Et c'est surtout pour la région
09:20que je crains la réponse de l'Iran.
09:22Un mot très rapide de la France.
09:24Quel est notre rôle dans tout ça ?
09:25Est-ce qu'on peut se retrouver
09:26impliqué dans le conflit
09:27ou pas ?
09:29On a des accords
09:30très précis de défense
09:31mutuels
09:31avec quelques États du Golfe,
09:33notamment les Émirats arabes unis
09:34qui en ce moment
09:34font l'objet
09:35d'une pluie de drones
09:37et un peu de missiles.
09:38C'est normal
09:39parce que c'est juste en face.
09:41Donc on pourrait être impliqué
09:42à ce niveau
09:43au moins pour assister
09:44à la défense,
09:45pour aider la défense
09:46des Émirats arabes unis
09:46et des pays avec lesquels
09:47on est liés.
09:50Par ailleurs,
09:50on l'a dit,
09:51le président Macron
09:52a expliqué
09:54qu'il allait devoir
09:54augmenter le nombre
09:55de têtes nucléaires françaises
09:57à la disposition de la France
09:58et de son arsenal
09:59sans plus jamais préciser
10:00leur nombre.
10:01C'est une manière aussi
10:02de répondre
10:02à un monde
10:03qui devient de plus en plus dangereux.
10:05Merci beaucoup
10:06Anthony Bélanger.
10:06Merci.
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