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  • il y a 11 heures
Tous les jours dans Europe 1 Soir, Clélie Mathias reçoit un invité au cœur de l'actualité politique.

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00:00Je suis en compagnie de Jean-Claude Dessier, chroniqueur politique, Ophélie Roch, enseignante et chroniqueuse.
00:06Bonsoir et bienvenue à tous les deux.
00:08Bonsoir, bonsoir.
00:09Et on accueille avec plaisir notre invité Bruno Fuchs. Bonsoir à vous.
00:13Bonsoir.
00:14Vous êtes député modem du Haut-Rhin, président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale.
00:18On va parler de votre rapport et de diplomatie parlementaire, mais juste avant.
00:22Vous saviez évidemment que Charles Kochener, qui est l'ambassadeur américain en France,
00:26s'était convoquée par Jean-Noël Barraud il y a une heure et quart au Quai d'Orsay,
00:32donc après des propos tenus par l'administration Trump à propos de la mort de Quentin Derang,
00:36des propos qui n'ont pas plu à l'exécutif, qui a donc convoqué l'ambassadeur, Charles Kochener,
00:42qui n'est pas venu, qui ne s'est pas présenté au Quai d'Orsay ce soir à 19h.
00:47Je voulais votre réaction.
00:48Eh bien ma réaction, la chose, c'est que ça pose un vrai problème.
00:50C'est une convention internationale entre les États, qui régit en grande partie le rôle des ambassadeurs dans les États,
00:58c'est la convention de Vienne, qui est rentrée en application en 1964.
01:03Donc Charles Kochener, qui n'est pas un ambassadeur de métier, c'est pas un diplomate de métier,
01:08a peut-être au début, on l'a vu dans une affaire précédente sur sa lettre,
01:14sur le manque de maîtrise sur l'antisémitisme en France.
01:18Il avait écrit au président Macron, il avait déjà été première fois convoqué au Quai d'Orsay,
01:23il avait envoyé son chargé d'affaires, là il ne vient pas.
01:25Ça pose un vrai, vrai problème dans les relations à minima entre les pays.
01:30Il avait été convoqué, pas pour ce qu'a dit l'administration Trump,
01:34mais pour le fait qu'il ait relayé lui-même cette position.
01:38Et dans les relations entre États et dans la position des diplomates,
01:42c'est l'article 41 de la Convention de Vienne,
01:45il est dit spécifiquement que les diplomates n'ont pas à interagir dans la vie intérieure du pays.
01:50Donc c'était pour rappeler cette règle-là,
01:52peut-être le rappeler au minimum de base sur les relations diplomatiques
01:56qu'un ambassadeur doit avoir dans un pays,
01:59là je pense qu'il aggrave son cas.
02:01Et Jean-Noël Barraud avait donc raison de le convoquer ?
02:04Oui, bien sûr, il avait raison de le convoquer pour lui rappeler à minima
02:09les règles qu'un ambassadeur doit respecter lorsqu'il est en poste dans un pays.
02:13C'est tout, c'était ça.
02:14Vous l'avez dit justement, mais ce n'est pas un diplomate de carrière, j'allais dire.
02:18Comme s'il apprenait, comme s'il découvrait les us et coutumes en diplomatie.
02:24Mais on sait bien quand même qu'il agit au nom de l'administration Trump.
02:30Il n'est pas naïf au point de se dire, je ne vais pas me rendre à cette convocation.
02:37Non, mais c'est un choix délibéré, c'est un rapport aux forces délibérées.
02:40J'ai essayé d'avoir des...
02:42De lui trouver des excuses.
02:44Au début, dans les premières semaines.
02:46Mais lorsqu'il va en poste, forcément, il doit lire.
02:51Il le fait de façon délibérée, bien évidemment.
02:53Qu'est-ce qui peut se passer maintenant ?
02:54On va voir la réaction du quai.
02:56Je pense qu'il faut regarder les...
02:59Je ne vais pas préjuger de ce que le quai va faire.
03:02Je vais regarder et attendre la première réaction du quai avant de me prononcer.
03:05Mais ce n'est pas une situation qui vise à améliorer les relations entre les deux pays.
03:10Et voilà, je pense que le quai va réagir et je me propose de réagir juste après.
03:15Alors vous, vous souhaitez justement améliorer les relations entre les pays pour la diplomatie française.
03:19Vous plaidez pour une doctrine française en matière de diplomatie parlementaire.
03:24Je cite, vous venez de publier un rapport sur le sujet.
03:27Alors, une doctrine française coordonnée avec le quai d'Orsay.
03:30Est-ce que je résume bien en disant que vous voulez finalement que les députés aient plus de poids dans
03:36la diplomatie française ?
03:37Les députés ou les parlementaires d'ailleurs, en général, aient plus de poids et aident finalement,
03:43participent à la diplomatie parlementaire beaucoup plus qu'ils ne le font.
03:46Est-ce que c'est bien résumé ou non ? Expliquez-nous.
03:48Oui, c'est à peu près ça. D'abord, je vais rappeler deux, trois éléments.
03:51Ce rapport a été réalisé par deux parlementaires de la Commission des Affaires Étrangères,
03:56Pierre Pritich et puis Liliana Tanguy, qui, pour la Commission des Affaires Étrangères,
04:01proposait ce rapport.
04:02Et la politique étrangère de la France est dirigée par le Président de la République
04:08et ensuite mise en œuvre par le gouvernement et les Affaires Étrangères.
04:13Mais dans ce cadre-là, le contexte actuel de relations dans le monde avec des relations de force en permanence,
04:19le nombre de compétiteurs, avant on était notamment en Afrique francophone sur des prêts carrés,
04:25le nombre de compétiteurs, de concurrents sur un certain nombre de sujets,
04:29fait que pour déployer la politique étrangère de la France,
04:33il me semble aujourd'hui important d'avoir plus de monde sur le terrain,
04:37plus de forces additionnelles qui peuvent, soient capables de mettre en œuvre
04:42et d'être dans le déploiement de la politique.
04:45Il ne s'agit pas de créer ou de faire une politique,
04:48c'est d'être dans le renforcement de la mise en œuvre de cette politique
04:51pour le bien du pays, pour son influence dans le monde.
04:54Il y a de nombreuses situations dans lesquelles les parlementaires
04:56peuvent jouer un rôle d'appoint additionnel à la diplomatie actuelle,
05:04donc les ambassades, le Quai d'Orsay et d'autres acteurs.
05:08– Il y a plusieurs questions, parce que vous touchez là à ce qu'on appelle le domaine réservé traditionnellement.
05:14– On ne touche pas, on est là pour mettre en œuvre et aider la mise en œuvre,
05:17ça se concerte avec l'étranger.
05:18– Aider la mise en œuvre, mais comment on fait ?
05:20Quand on est député, il y a plusieurs parties qui sont représentées au sein de l'Assemblée nationale,
05:24on ne va pas avoir plusieurs voix et donc plusieurs dialogues et donc plusieurs discours
05:28avec différents pays, comment on fait pour avoir une seule voix qui porte ?
05:33– Mais il n'y a qu'une seule voix.
05:34– Qu'elle nous plaise ou non d'ailleurs en tant que député.
05:36– Il n'y a qu'une seule voix qui est celle de la France et son influence,
05:39sa puissance et son rayonnement.
05:41– Oui, il y a des divergences entre les partis.
05:43– Oui, mais là les divergences ne peuvent pas s'exprimer sur l'influence de la France dans le monde
05:50et sur la puissance qu'elle doit avoir.
05:52Et donc là-dessus, il faut que l'ensemble des députés,
05:56et ils sont élus pour ça, jouent un rôle.
05:59Personne dans les députés de la Commission de l'affaires étrangères,
06:01quel que soit son parti, ne veut affaiblir la France.
06:04Mais par exemple, vous avez des situations dans lesquelles l'exécutif
06:07est en difficulté ou en opposition
06:11ou a même parfois rompu une partie de ses relations avec d'autres pays.
06:16Ça arrive, il y a des situations, voilà,
06:18les parlementaires eux continuent de discuter.
06:21– Ça serait la plus-value des parlementaires, justement,
06:23de continuer finalement le dialogue là où…
06:26– Un, dans des situations conflictuelles, ça arrive,
06:29et bien les déparlementaires peuvent continuer à…
06:31Ah, ils le font, il y a des situations nombreuses dans lesquelles ils le font,
06:34et puis d'autres situations dans lesquelles la France
06:38a fait des annonces ou des lignes ou des avancées,
06:41par exemple, disons très concrets,
06:43quand le président de la République va au Maroc
06:45pour reconnaître le plan d'autonomie du Maroc sur le Sahara occidental
06:49ou le Sahara marocain, en fonction des expressions
06:52et des pays dans lesquels on est.
06:55Et bien, dans la foulée, il y a une mission parlementaire
06:57dirigée par la présidente de l'Assemblée nationale
07:00à laquelle j'ai fait partie.
07:02Et puis, deux mois après, une mission parlementaire
07:05de quatre députés français, de cinq députés français,
07:09qui vont, au contraire, faire le maillage,
07:11discuter des sujets et voir comment on peut avancer concrètement
07:14sur un certain nombre de problématiques.
07:16Et donc, on est là complètement dans l'accompagnement des politiques
07:19où, dans un maillage, quand les situations sont conflictuelles,
07:23on fait du lien là où l'exécutif ne peut pas le faire.
07:25Ça ne veut pas dire que les députés seraient les porte-parole du Quai d'Orsay ?
07:28Non, ce ne sont pas les porte-parole.
07:29On est là dans la capacité de la France
07:33à déployer ses politiques publiques,
07:35à faire du lien et à tisser des partenariats forts.
07:39Est-ce que ce n'est pas difficile dans un pays
07:41de faire ce que vous dites de votre mission ?
07:45Est-ce que ce n'est pas difficile
07:47quand on voit la situation économique de la France ?
07:50Quand on voit la situation financière de la France ?
07:53Est-ce que ce n'est pas pour vous une mission impossible ?
07:57Justement, la situation financière de la France,
07:59elle peut être améliorée par un certain nombre d'exportations,
08:03d'investissements à l'étranger.
08:04Quand il y a un changement de gouvernance, de régime,
08:07on va dire, à Madagascar l'année dernière,
08:10avec le ministre des Affaires étrangères,
08:13le gouvernement de refondation est sous sanction de l'Union africaine.
08:17Il n'y a pas de ministre français qui peut se déplacer
08:20dans ces conditions à Madagascar.
08:22Eh bien, en concertation avec le ministre,
08:24je vais à Madagascar...
08:25Vous étiez très tôt, là.
08:26Le premier.
08:27Le tout premier, oui, je pense, oui, tout à fait.
08:28Mais il faut y aller vite.
08:29Vous avez de nombreux compétiteurs qui sont dans la zone.
08:32Les Chinois, les Russes, etc.
08:35Moi, j'étais le premier.
08:36Et donc, ça a créé un vrai mouvement.
08:38Il y a une grande partie du PIB malgache
08:41qui est faite par des entreprises françaises.
08:42Et donc, il faut donner un coup de main.
08:44Il faut les accompagner.
08:45Voilà, typiquement, c'est une situation
08:46dans laquelle on peut jouer ensemble
08:48dans le bien de l'influence de la France
08:51et, bien sûr, de nos acteurs, en l'occurrence économiques.
08:53En Afrique, il y a du boulot, hein ?
08:55Oui, partout, il y a du boulot.
08:56Partout, oui.
08:57Au Féliroc.
08:58Oui, j'entends ce que vous dites,
08:59mais je ne peux pas, quand même, un peu naïvement,
09:01peut-être me poser une question.
09:02Est-ce que vous n'avez pas l'impression,
09:04ces dernières années,
09:05que la France, quand même,
09:06prend les miettes qu'on lui laisse
09:07au niveau de l'influence étrangère ?
09:10Non, je ne vais pas dire ça comme ça.
09:11On a trois facteurs.
09:13On a un premier facteur qui est
09:14les relations internationales ont changé.
09:16Avant, il y avait des règles,
09:17des droits internationaux.
09:18Maintenant, on voit bien.
09:19L'ambassadeur ne revient même plus à une convocation.
09:21C'est un monde à...
09:22Alors, dans ces relations-là,
09:24on a besoin de beaucoup plus de force et de présence.
09:26Et la France, qui respecte le droit international
09:30et qui est un des leaders
09:31de la vision multilatérale du monde,
09:34est un peu dépourvue,
09:35enfin, prise au dépourvu,
09:36dans ce type de relations qui est celui du plus fort.
09:39On ne joue pas.
09:39avec ces règles du jeu.
09:40Donc ça, c'est déjà un point de faiblesse.
09:42Parce qu'il ne faudrait pas y jouer.
09:43Oui, mais justement,
09:44je pense qu'il ne faut pas jouer.
09:45Il faut jouer sur les principes qui sont l'autre.
09:47Sinon, on devient une puissance illibérale
09:50et autoritaire.
09:52D'abord, ce ne sont pas nos principes
09:53depuis 200 ans au moins.
09:56Et puis, on ne sera pas les plus forts là-dedans.
09:59Et vous nous avez cité les exemples
10:00en disant que tel ou tel pays,
10:02les Chinois, les Américains,
10:03sont plus présents que nous
10:04dans certains autres pays.
10:06Est-ce qu'ils ont cette diplomatie parlementaire ?
10:08Est-ce qu'ils la pratiquent ?
10:10En tout cas, vous avez beaucoup de Chinois.
10:13Notamment, s'il n'y a pas de parlementaires,
10:14il y a des entreprises chinoises.
10:16Il faut des acteurs.
10:16Les parlementaires sont une partie des acteurs.
10:19Mais il faut des acteurs.
10:20Il faut beaucoup plus d'acteurs.
10:21Et le deuxième élément, c'est sur les compétiteurs.
10:25Il y a beaucoup plus de compétiteurs.
10:27Et quand Jean-Claude Dacier parlait de l'Afrique,
10:29par exemple, quand à l'époque,
10:32la France-Afrique, il y avait des ingérences politiques.
10:34Il n'y a plus d'ingérences politiques, quasiment.
10:36Deux, on a quasiment supprimé
10:38toutes les emprises militaires.
10:40Donc, s'il n'y avait plus de militaires
10:41et plus d'influences politiques,
10:42il faut bien les remplacer par des entreprises
10:45ou des parlementaires ou d'autres acteurs.
10:48Il faut des acteurs sur le terrain.
10:49Mais ça ne s'est pas fait avant ?
10:50C'est-à-dire qu'on ne le découvre pas maintenant,
10:52justement, cette absence de la France dans certains pays ?
10:56Le contexte change.
10:57Et pour les deux facteurs principaux que je vous ai donnés,
10:59ça nécessite d'avoir une nouvelle réflexion.
11:02Et trois, sur les budgets,
11:03on augmente le budget de la Défense
11:05de plus de 6 milliards cette année.
11:07Et ça fait trois ans que le budget des affaires étrangères
11:09est en berne et est en baisse.
11:12Enfin, en tout cas, au mieux, stag.
11:14Et donc, on a besoin, dans l'histoire de conflictuel,
11:17d'avoir des diplomates,
11:18d'avoir une diplomatie armée.
11:21Et il y a une petite incohérence, je pense,
11:24entre l'augmentation très très forte de la Défense
11:26et pas dans la même dimension.
11:29La stagnation du budget du quai.
11:30Mais oui, parce qu'il faut beaucoup plus de monde.
11:32Il faut beaucoup, bien sûr,
11:33il faut beaucoup plus de monde sur le terrain
11:34pour justement éviter des conflits.
11:37Et si je me trompe,
11:38ou est-ce qu'il y a quelques années,
11:40peut-être déjà,
11:42le président de la République souhaitait
11:44mettre un peu de côté les diplomates ?
11:46Il a changé d'avis là-dessus ?
11:48Non, il a changé l'information.
11:52C'est ça.
11:52Ou en tout cas, la filière.
11:54Là, c'est ça qui a changé.
11:55Mais il ne voulait pas réduire le rôle de diplomate.
11:57Vous m'assurez.
11:58Mais par exemple,
11:59quand le président va à l'ONU
12:00et reconnaît le droit
12:02pour les Palestiniens d'avoir un État,
12:05enfin, deux États dans la région,
12:07eh bien, il y a de très, très nombreux pays
12:09non alignés du Sud global
12:11qui ont applaudi cette décision.
12:17Eh bien là, on avait, par exemple,
12:20les moyens d'envoyer
12:22un certain nombre de diplomates
12:23ou d'envoyer dans une quarantaine,
12:25cinquantaine de pays
12:26pour renforcer cette dynamique autour de nous.
12:29Voilà un exemple
12:30où la présence sur le terrain
12:32permet de déployer une influence
12:33à partir de lignes politiques
12:35décernées, dédiées
12:36ou exprimées par le président de la République.
12:39Alors malheureusement,
12:39on a un cours de temps,
12:41mais on aura encore d'autres questions
12:42sur la diplomatie parlementaire.
12:43Merci beaucoup Bruno Fuchs,
12:45député modem du Haut-Rhin,
12:46président de la Commission des Affaires étrangères
12:48de l'Assemblée nationale.
12:49Je rappelle que vous publiez ce rapport.
12:51Moi, je le publie pour la commission,
12:53mais les deux auteurs sont Pierre Preptich
12:54et Iliana Tang.
12:55Eh bien, merci beaucoup de le rappeler.
12:58Merci d'avoir été avec nous
12:59dans Europe 1 Soir.
13:01Le débat continue évidemment
13:02dans Europe 1 Soir
13:03avec Ophélie Roch et Jean-Claude Dacier.
13:04Dans un instant,
13:05nous reviendrons sur la mort
13:06de Quentin Derang,
13:07dont les obsèques auront lieu
13:08demain d'ailleurs.
13:09Et Jean-Luc Mélenchon persiste
13:10et signe.
13:11Il joue la version accusatoire.
13:13On en parlera évidemment.
13:15On parlera du dilemme
13:16de la gauche en général.
13:17Et puis, une réforme du permis de conduire
13:19serait à l'étude
13:20avec peut-être un nivellement par le bas.
13:22On en parlera,
13:23on en débattra.
13:24Alors, restez bien avec nous.
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