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  • il y a 7 minutes
Vendredi, samedi et dimanche dans Europe 1 Soir Week-end, Stéphanie de Muru reçoit un invité au cœur de l'actualité politique.

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Transcription
00:00Europe 1 Soir Weekend, soyez les bienvenus, j'accueille mes débatteurs de la première heure,
00:08Raphaël Stainville, directeur adjoint de la rédaction du JDD.
00:11Bonsoir Raphaël.
00:12Bonsoir Stéphanie.
00:12Antonin André, chef du service politique du JDD.
00:15Bonsoir Antonin.
00:16Bonsoir Stéphanie.
00:16Alors on viendra évidemment avec vous messieurs longuement sur cette marche cet après-midi à Lyon
00:21en hommage à Quentin Derange, tué il y a une semaine pile en marge d'une conférence de Rima Hassan
00:27à l'IEP.
00:27On parlera des répercussions évidemment politiques très nombreuses et inflammables.
00:33Mais avant cela, place à l'actualité aussi du jour puisque c'était l'ouverture du salon de l'agriculture
00:39à Paris ce samedi inauguré par Emmanuel Macron.
00:42Mon invité Dominique Chargé, éleveur et agriculteur en Loire-Atlantique, président de la coopération agricole.
00:48Bonsoir Dominique Chargé.
00:50Bonsoir Stéphanie.
00:50Alors je précise à nos auditeurs que vous représentez tout de même trois agriculteurs sur quatre en France et une
00:57marque sur trois.
00:59Dans quel état d'esprit abordez-vous cette 62e édition du salon de l'agriculture ?
01:04Dans un bon état d'esprit malgré on va dire les difficultés.
01:08Alors les premières difficultés auxquelles je voudrais faire référence c'est celle des inondations.
01:12Et bien sûr avoir une pensée particulière pour les territoires qui aujourd'hui souffrent de ces inondations et des tempêtes
01:19avec les différents dégâts qu'on a eus notamment dans le sud-ouest.
01:22Et une pensée pour tous mes amis que nous soutenons bien évidemment.
01:28Ensuite malgré les difficultés, les difficultés elles sont celles que nous avons.
01:32C'est-à-dire d'avoir aujourd'hui des résultats par exemple économiques notamment de notre balance commerciale qui est
01:37aujourd'hui à la peine.
01:39Une balance commerciale qui est négative pour la première fois en 2025 depuis 40 ans.
01:43Et qui masque en fait un recul de la production agricole, de notre production en France.
01:51Puisque en fait cette balance commerciale elle reflète d'abord le fait que nos exportations continuent d'augmenter mais que
01:57nos importations augmentent davantage.
01:59Ça veut dire que la ferme France ne produit pas assez pour nourrir sa population.
02:02Avec une perte bien évidemment de notre souveraineté alimentaire.
02:07Comment on en est arrivé là ?
02:08On en est arrivé là par un cheminement malheureusement qui n'était pas celui qui nous permettait d'augmenter ou
02:16de maintenir notre production depuis une vingtaine d'années.
02:19Excusez-moi.
02:20Notamment par des choix qui ont été faits sur le plan réglementaire.
02:27Désolée.
02:27Non, non. Vous voulez un verre d'eau ? On va vous chercher un verre d'eau de mille chargés.
02:32Alors c'est vrai que les choses ne se sont pas améliorées au fil des années.
02:39C'est vrai aussi qu'on tape souvent sur l'Europe quand on parle d'agriculture.
02:44Force est de constater, il n'empêche que l'Espagne a bondi de 32% dans ses exportations.
02:50La Pologne de 76%.
02:52Qu'est-ce qui explique que la France soit autant à la peine la faute aux responsables politiques ?
02:57Et voilà le verre d'eau qui arrive.
03:00Voilà.
03:01D'ailleurs, Antonin André, on provient pour vous donner...
03:03Excusez-moi.
03:03Voilà, ça y est, vous avez retrouvé votre voix et votre parole.
03:07Mais sinon, il y a Antonin André qui peut meubler parce que je crois qu'il s'est entretenu avec
03:10Sébastien Lecornu, me semble-t-il, qui va présenter une loi d'urgence.
03:14Il va y avoir un projet de loi sur l'agriculture qui va être présenté la semaine prochaine à l
03:20'occasion du Salon de l'agriculture où Sébastien Lecornu ira et qui est un peu plus large que ce qui
03:23a été annoncé.
03:24C'est-à-dire qu'il y a des mesures à la fois pour répondre aux angoisses sur le Mercosur
03:27avec inscrit dans la loi le fait qu'on ne pourra pas importer de produits qui ne suivent pas les
03:32mêmes règles sanitaires et environnementales que la production française.
03:35Ce sera inscrit dans la loi pour sécuriser juridiquement notamment le blocage de ces denrées aux frontières de la France.
03:41Il y a tout un pan sur les retenues d'eau aussi qui est un sujet, évidemment, alors évidemment, on
03:45est un peu rattrapé par l'actualité puisqu'aujourd'hui on ne manque pas d'eau.
03:48Mais en règle générale, la sécheresse et le réchauffement climatique font que c'est un sujet très tendu pour les
03:53éleveurs et pour les exploitants agricoles.
03:54Or, il a identifié avec des préfets de région qu'il a reçus jeudi toute une série, je crois qu
04:00'on est à 18 maintenant, projets de retenue hydraulique, qui sont validés et qui vont pouvoir reprendre.
04:0513 et 35 qui pourraient être débloqués en tout sur le territoire.
04:10Là encore, de façon à sécuriser dans la loi, vous savez, face aux recours multiples et variés qui bloquent ces
04:14projets-là.
04:15Et enfin, il y a un pan sur la prédation des loups qui est un sujet aussi de préoccupation pour
04:20les éleveurs.
04:20Vous savez que dans l'Est, dans les Alpes, il y a eu beaucoup d'élevages qui ont été attaqués.
04:26Et cette fois, pour simplifier les procédures de régulation, et c'est-à-dire rendre plus systématiques les tirs de
04:31régulation des loups pour protéger les éleveurs.
04:34Dominique Chargé, vous avez retrouvé votre voix.
04:36Oui, merci, excusez-moi.
04:37Non, je vous en prie.
04:38Vous parliez il y a quelques instants de cette balance commerciale qui est désormais proche du déficit.
04:44On parlait de cette perte de souveraineté alimentaire.
04:46par les thématiques nombreuses que vient de nous évoquer Antonin, André.
04:53On a vraiment le sentiment que les agriculteurs sont en proie des problèmes multiples et qu'on a du mal
04:58à les résoudre au fil du temps.
05:00Non, mais je pense qu'effectivement, depuis une vingtaine d'années, et a fortiori ces dernières années, on a un
05:05certain nombre de problèmes qui sont devant nous.
05:08C'est effectivement des moyens de production, de notre capacité à produire, de protéger nos cultures, de protéger nos troupeaux.
05:14On a quand même pas mal de contraintes sanitaires qui ont surgi.
05:17On a effectivement la problématique de l'accès à l'eau et d'une manière générale de la complexité réglementaire,
05:23de la complexité administrative qui ne nous permet pas de développer aujourd'hui une production qui correspond à l'alimentation
05:32que les Français ont choisie.
05:34Mais ça, ça fait des années que ça dure. Vous avez eu des réponses ?
05:36Nous avons probablement exagéré le développement de l'agriculture nécessaire qui est celle de la production sous la belle ou
05:45du bio qui correspond à une partie de la consommation.
05:50Mais nous avons trop désinvesti depuis une dizaine d'années ce qu'on appelle la production d'entrée de cœur
05:55de gamme qui correspond à l'alimentation des Français tous les jours.
05:58Et on a par exemple des productions comme les œufs, comme la volaille, que l'on importe aujourd'hui pratiquement
06:04à la moitié de ce que nous consommons,
06:06alors que nous ne pouvons pas produire aujourd'hui sur notre territoire.
06:10Nous pourrions ou nous voudrions développer à certains endroits de la production que nous ne pouvons pas développer parce que
06:16nous n'en avons pas la possibilité.
06:17Ça veut dire aussi qu'il faudrait se concentrer sur les productions peut-être les plus rentables ?
06:22Ce n'est pas forcément une question. Il n'est pas question de ne pas se développer sur les productions
06:26qui ne sont pas rentables.
06:28Toutes les productions doivent pouvoir être rentables. Simplement, il faut que nous puissions produire ce qui correspond à ce que
06:32les Français consomment,
06:33ce qui n'est pas tout à fait le cas aujourd'hui.
06:35Et pour pouvoir le produire, il faut que nous puissions avoir accès aux moyens de production, ceux de la protection,
06:41encore une fois, de nos cultures et de nos troupeaux.
06:43Et il y a la problématique de l'eau. Il n'y aura pas de production agricole et de développement
06:47de la production s'il n'y a pas aujourd'hui d'eau.
06:50On voit aujourd'hui la France qui est sous l'eau avec les inondations.
06:53Si nous pouvions stocker une partie de cette eau, nous pourrions irriguer cet été au moment où nous sommes susceptibles
06:58de boire des sécheresses.
06:59Je prends un exemple en comparaison de l'Espagne et de l'Italie dont vous parliez tout à l'heure.
07:02La France, aujourd'hui, stocke à peu près 1% des excédents d'eau dans les périodes où nous sommes
07:09aujourd'hui pour irriguer 6% de sa surface.
07:13L'Espagne, par exemple, stocke aujourd'hui pratiquement 50% des excédents d'eau pour irriguer 20% de sa
07:19surface.
07:20Et l'Italie est à peu près dans les mêmes tendances.
07:23Nous sommes en retard aujourd'hui sur la façon dont nous allons pouvoir nous adapter à ce que sont les
07:29enjeux de l'agriculture de demain,
07:31ceux de la réponse au changement climatique, ceux de la réponse au changement des modes de consommation,
07:37parce que c'est important aussi de pouvoir s'adapter au changement des modes de consommation.
07:40Et surtout, ce qui nous percute aussi beaucoup aujourd'hui, c'est les influences de la géopolitique,
07:45c'est-à-dire les taxes Trump, les conflits commerciaux, les conflits aussi armés qui viennent perturber nos marchés
07:52et qui font que nous sommes aujourd'hui en difficulté sur un certain nombre de marchés d'exportation.
07:56Je pense notamment aux vins et aux spiritueux qui aujourd'hui souffrent beaucoup de l'ensemble de ces problématiques.
08:02Alors, vous parliez tout à l'heure de ce que consommaient les Français, se concentraient justement sur leurs préférences.
08:09Alors, je lisais l'interview de la ministre de l'Agriculture ce matin à Niz Genovar dans le Figaro,
08:13qui appelait un réveil alimentaire auprès des consommateurs.
08:15Mais est-ce qu'on peut finalement reprocher au consommateur, qui a parfois du mal à joindre les deux bouts,
08:21d'aller chercher les prix le plus bas, parce que c'est de ça dont on parle ?
08:25On ne peut pas reprocher au consommateur de gérer son budget correctement
08:29et de rechercher une alimentation qui corresponde à la fois à ce qu'il a besoin ou envie de consommer
08:35et à un prix qui correspond à son accès.
08:38Il y a quand même plusieurs éléments là-dedans.
08:39Non, effectivement, nous devons, nous, mieux adapter la production
08:43pour mieux répondre à cette attente d'avoir un produit de qualité,
08:48produit, j'allais dire, avec les normes et les règles françaises,
08:51et qui puisse avoir un accès prix choisi par le consommateur à certains moments.
08:57Et c'est pour ça que je vous disais que nous devions un peu plus investir
09:00dans ce que j'appelle moi la production d'entrée de cœur de gamme,
09:03faire des poulaillers, des bâtiments d'élevage de volaille,
09:07des bâtiments de production d'oeufs qui correspondent à ce type de produit
09:10que les Français consomment.
09:12En revanche, je pense aussi que l'alimentation a un prix
09:15et que ce prix de l'alimentation doit permettre à l'ensemble de la filière
09:18de vivre de son métier, ce qui est aussi un problème.
09:20Et nous avons, comme chacun le sait, à ce moment de l'année,
09:24une discussion avec la distribution française
09:26sur les négociations commerciales annuelles, qui sont difficiles,
09:31et où nous, malheureusement, comme chaque année,
09:35nous sommes dans une logique et un logiciel de la part des distributeurs
09:37qui privilégient exclusivement la question du prix bas
09:40plutôt que de soutenir la production agricole française.
09:43Vous dénoncez d'ailleurs des pressions de la part de ces distributeurs.
09:47Qu'est-ce que vous leur reprochez précisément ?
09:49D'avoir justement ce logiciel exclusivement de l'entrée
09:53par une négociation sur le prix,
09:54d'être dans un logiciel de guerre des prix entre eux,
09:57plutôt que d'avoir aussi une attitude qui va permettre de développer
10:00et de soutenir la production en France, sur notre territoire,
10:02notre souveraineté alimentaire qui souffre aujourd'hui
10:04parce que nous ne produisons pas suffisamment
10:06et que nous avons besoin d'être soutenus dans cette dynamique de production.
10:09Si nous voulons réaliser les transitions, les transformations
10:12de nos modèles de production,
10:13si nous voulons réussir la transition énergétique,
10:16la transition environnementale,
10:17nous avons besoin d'être soutenus dans cette logique.
10:19C'est vrai qu'on voit beaucoup d'enseignes qui communiquent pourtant
10:21sur les agriculteurs français, les partenariats qu'ils ont.
10:25Antoine André ?
10:26Deux remarques dans le projet de loi de Sébastien Lecourtenu.
10:29Il y a notamment une disposition qui doit inciter
10:32ou contraindre les distributeurs à prendre en compte
10:35les coûts de production, y compris sur le long terme.
10:37Les agriculteurs, et ça rejoint exactement la préoccupation
10:40que vous aviez sur la transformation du modèle agricole
10:42et sur la nécessité, quand il y a des investissements à faire,
10:44d'en tenir compte aussi dans les prix d'achat
10:47de la grande distribution.
10:48On pourrait ajouter aussi que les Français ont été quand même
10:51très mal habitués par le secteur de la grande distribution
10:53à payer en dessous de leur valeur des biens agricoles.
10:57On nous a mal habitués.
10:58Et donc aujourd'hui, on réagit de façon très éruptive
11:00quand on a une hausse de prix sur un bien de consommation courante.
11:03Mais c'est parce qu'on a été mal éduqué
11:05et qu'on ne paye pas les biens produits par les agriculteurs
11:08à leur juste valeur.
11:09Dominique Chargé ?
11:10C'est tout à fait la réalité.
11:12Et je pense que les Français et les consommateurs
11:14sont les prochaines victimes de ce système.
11:17Ça veut dire qu'en condamnant ou en sacrifiant
11:21notre souveraineté alimentaire,
11:22parce que la logique du prix bas
11:24et de la pression qui est mise aujourd'hui
11:26à la fois sur la production agricole
11:28et surtout sur les outils de transformation,
11:30les coopératives que je représente,
11:32fait que la production risque de disparaître,
11:34d'être détruite par cette logique
11:37et sacrifiée finalement sur l'autel de la raison du prix.
11:40Et il se passera quoi dans ce cas ?
11:42On importera davantage des produits
11:44qui viendront d'Europe dans le meilleur des cas
11:48et du reste du monde
11:48et qui ne respectent pas les standards
11:50auxquels sont attachés les consommateurs français.
11:54Et puis on verra surtout les campagnes
11:55se désertifier et se vider
11:57de leur agriculture et de leur agroalimentaire.
11:59Alors que nous sommes capables de produire...
12:01Et ce processus a déjà commencé.
12:03Ce que je voudrais dire,
12:04c'est qu'il y a effectivement la question
12:06des coûts et du soutien qui est nécessaire.
12:08L'alimentation a un prix.
12:09Mais ce dont nous avons besoin surtout,
12:11c'est d'être soutenus et protégés.
12:14Soutenus parce que nous devons...
12:15Si nous avons les moyens de pouvoir produire,
12:17nous pouvons regagner en compétitivité.
12:19Cette histoire de compétitivité,
12:20c'est-à-dire cette question du prix de l'alimentation,
12:24elle a besoin d'être soutenue par la compétitivité.
12:26Nous avons besoin d'avoir les mêmes moyens
12:28que nos collègues européens pour produire,
12:31ce qui n'est pas tout à fait le cas.
12:32Je vous parlais de l'eau tout à l'heure.
12:33Je vous parlais des moyens de défendre nos cultures
12:35et de protéger nos élevages.
12:40Et que c'est vraiment cet accès aux moyens de production,
12:42d'avoir de la simplification réglementaire,
12:46de la simplification administrative
12:47pour pouvoir moderniser nos élevages
12:49et à ce moment-là apporter une alimentation de qualité
12:51et à un prix accessible pour les consommateurs.
12:53C'est ce qu'on vous souhaite en tout cas
12:53parce que ça fait de nombreuses années
12:55qu'on entend ces revendications.
12:56Merci à vous en tout cas de mieux charger.
12:58Je rappelle que vous êtes président de la coopération
13:02agricole.
13:02Merci d'avoir été avec nous sur Europe 1.
13:05On se retrouve dans quelques instants
13:06avec Raphaël Stinville et Antonin André.
13:08On reviendra évidemment sur cet hommage,
13:10cette marche hommage à Lyon.
13:12Plus de 3000 personnes rassemblées dans le calme
13:15où le jeune étudiant a été lynché il y a une semaine
13:18en marge d'une conférence de Sciences Po
13:20qui recevait Rima Hassan.
13:21On se retrouve dans quelques minutes sur Europe 1.
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