00:00Autour de la table, Hélène Rouet, bonsoir, journaliste au journal du dimanche, bonsoir Jean-Claude Dacier, chroniqueur politique, bonsoir Frédéric Michel.
00:10Bonsoir Pierre, bonsoir à tous.
00:11Et merci d'être à nouveau en ligne avec nous, vous êtes le correspondant d'Europe 1 dans le sud-est, vous connaissez comme je le disais, tristement bien sûr évidemment,
00:22ce dossier de la disparition du petit Émile, puisque vous avez été, j'allais dire, sur place dès le début, dès ce 8 juillet 2023,
00:31les jours qui ont suivi et les mois et les semaines qui ont suivi, évidemment avec les différents développements qu'il y a eu autour de cette affaire.
00:37Terrible, terrible, pourquoi ? Parce qu'il y a eu beaucoup d'opacité et beaucoup de difficultés à savoir, d'aujourd'hui on ne sait toujours pas d'ailleurs.
00:47Là, comment dirais-je, la nouveauté d'aujourd'hui, c'est que les grands-parents du petit Émile demandent des investigations complémentaires,
00:55on l'a vu tout à l'heure dans le journal de 19h, Frédéric, c'est-à-dire qu'ils sont revenus au Auvergne, ce lieu de vacances pour eux,
01:02ce village de moyenne montagne dans les Alpes de Haute-Provence, et ils se sont dit, peut-être Frédéric, qu'il y avait des trous dans la raquette,
01:10il y avait des pistes qui n'avaient pas été encore explorées.
01:13Oui, ils sont retournés au Vernet avec leurs avocats, avec certains de leurs enfants, pour confronter sur le terrain les éléments du dossier,
01:23car ils sont partis civils, et désormais, depuis quelques semaines, ils ont le dossier en main, ils ont pris des notes, des photos,
01:32un drone a même été utilisé, et s'ils saluent, me disait Maître Julien Pinelli, l'avocat de la grand-mère maternelle d'Émile,
01:41s'ils saluent le travail des gendarmes enquêteurs, ils demandent des précisions et des actes contrés,
01:47notamment aux deux juges d'instruction qui sont saisis du dossier.
01:52Est-ce qu'on sait ce qu'ils demandent exactement ?
01:55Alors, ils demandent un ensemble de choses.
01:57Ils demandent d'abord que l'on aille vérifier à nouveau des lieux, des endroits,
02:04qui, selon eux, n'ont peut-être pas été suffisamment explorés, certains pas du tout.
02:11Donc, ça se situe dans le Haut-Vernay, on pense aux maisons, on pense aussi, il y a plusieurs hangars agricoles,
02:18qu'ils soient en activité ou non, ou laissés en déshérence.
02:24Donc, ils demandent déjà qu'il y ait ce travail de fait, qu'on utilise aussi peut-être le Blue Star.
02:29Vous savez, c'est ce produit qui permet de révéler notamment des traces de sang.
02:34Il faut une quantité importante et peut-être une zone un peu plus poreuse,
02:41c'est-à-dire que le sang sur un véhicule bien nettoyé peut être effacé.
02:47Mais sur certains terrains, on retrouve des traces.
02:51Et ils demandent aussi que l'on pratique, alors, ils demandent, c'est-à-dire qu'ils proposent,
02:57ils trouvent que ce serait intéressant de pratiquer peut-être des tests ADDN sur des personnes
03:04qui fréquentaient le Haut-Vernay ou qui habitent le Haut-Vernay.
03:08Oui. Hélène Rouet a une question pour vous du JDD. Hélène.
03:11Oui, j'avais une question. Est-ce qu'il y a des pistes qui sont aujourd'hui complètement écartées ?
03:16Je sais qu'on parlait parfois d'Emile qui partait tout seul ou alors d'un engin agricole ou d'un potentiel véhicule.
03:23Est-ce qu'aujourd'hui, il y a des pistes qui sont complètement écartées par les enquêteurs ?
03:26Alors, on sait qu'Emile n'est pas parti tout seul et s'est perdu et il est mort parce qu'il s'est perdu.
03:35Ça, on le sait puisqu'il y a eu une intervention humaine, puisque le procureur l'a révélé.
03:39Mais il y a eu un choc, il y a eu un choc violent à la tête.
03:45Ça, on a pu le voir avec les ossements, notamment, qui ont été recueillis un an après la disparition du petit garçon.
03:52Exactement. Retrouvé sur un terrain, un chemin de terre, mais en plein milieu du chemin.
03:59D'ailleurs, là aussi, le rôdeur, on en a parlé. Il faut quand même dire qu'on est dans un coin où il faut connaître ce haut hameau du Haut-Vernay.
04:13On n'y va pas par hasard. Il y a un petit chemin par lequel on peut repartir, mais il faut vraiment connaître l'endroit.
04:21Et ce serait un hasard total, mais la piste n'est pas écartée.
04:23Et c'est pour cela que le travail sur la téléphonie est important.
04:27Mais toutes les pistes, c'est vrai qu'on se focalise sur la piste familiale.
04:31D'ailleurs, le procureur, lorsque les gardes à vue ont été levés, des quatre membres de la famille,
04:37les grands-parents, l'oncle, enfin un oncle et une tante des milles,
04:42les pistes, toutes les pistes sont explorées, y compris encore celles de la famille.
04:48– Il y a une dernière question que je voulais vous poser, Frédéric Michel,
04:53c'est vous parler du contexte familial.
04:56Pour ceux qui n'ont pas complètement bien suivi l'affaire,
04:59quand on dit les oncles et tantes du petit Émile,
05:01Émile il a deux ans et demi quand il disparaît.
05:04Ça veut dire que notamment la tante et l'oncle qui avaient été mis en garde à vue,
05:09ils étaient à peine majeurs à l'époque, c'est-à-dire qu'ils avaient 17-18 ans.
05:13– Exactement, tout juste et d'ailleurs, c'est une fratrie de 10 enfants
05:20et ils ont des écardages de 2-3 ans, Émile lui-même avait donc ses oncles et tantes
05:31étaient avec eux en vacances, ce qui est tout à fait naturel.
05:36C'était une famille rassemblée dans leur résidence secondaire
05:39et c'est vrai que certains, si on parle de pistes, vous parliez de pistes,
05:46on peut imaginer le drame familial, c'est-à-dire l'accident des enfants qui jouent
05:52mais toutes ces pistes sont étudiées par la justice.
05:57Il y a ces deux vélos qui ont été saisis il y a quelques semaines
06:01dans cette résidence secondaire, vélos qu'utilisait Maxima,
06:05donc l'un des oncles d'Émile, et c'est cet oncle qui a été placé en garde à vue il y a près d'un an.
06:12– Qui est aujourd'hui à 19 ans je crois, ou quelque chose comme ça.
06:14– Qui a aujourd'hui 19 ans, 20 ans, donc Maxima,
06:18et c'est vrai qu'on va essayer de voir s'il y a des traces sur ce vélo,
06:24des traces de choc, de sang, mais ça paraît quand même très très compliqué.
06:29Alors oui, tout est ouvert et c'est pour cela aussi que la famille aujourd'hui,
06:34qui trouve naturel que la piste familiale soit évidemment étudiée,
06:40mais la famille demande aussi à ce qu'on aille voir peut-être d'autres pistes
06:45et peut-être des zones que l'on n'a pas encore totalement explorées.
06:49– Eh bien nous suivrons ça avec vous comme d'habitude Frédéric Michel,
06:52merci infiniment, vous étiez en direct de Nice,
06:54et vous suivez bien sûr ce dossier du Petit Émile pour Europe 1,
06:5920h21, pardon, sur Europe 1.
07:07– Hélène Rouet, c'est quelque chose que vous avez suivi bien sûr au JDD,
07:11c'est une affaire, j'allais dire tentaculaire,
07:14à la fois c'est un espèce d'immense cloué d'eau,
07:16parce qu'il y a cette famille qu'on sait très pratiquante, très catholique,
07:20avec beaucoup de tabous, beaucoup de non-dits,
07:22beaucoup de choses, et puis une pudeur familiale aussi,
07:26qu'on peut comprendre, on ne voulait absolument pas que les journalistes s'immiscent,
07:32qui sont arrivés évidemment par tonneau entier dans ce petit village,
07:37Frédéric a dit tout à l'heure, on n'y arrive pas par hasard,
07:40c'est une boucle, c'est-à-dire qu'il y a une route qui fait une sorte de boucle,
07:43et il n'y a pas d'autre route,
07:45donc c'est un petit vase clos,
07:47c'est un petit théâtre dans lequel on essaye de trouver des pistes totalement infimes en fait.
07:54Oui tout à fait, et puis c'est vrai qu'on pourrait aussi faire une comparaison avec l'affaire Grégory,
08:00c'est vrai qu'on parle d'un petit garçon,
08:02une piste familiale qui est parfois privilégiée,
08:04dans un village où tout le monde se connaît,
08:06c'est vrai que c'est curieux,
08:07et puis voilà, nous sommes quand même aujourd'hui deux ans après,
08:09on n'a absolument pas la réponse,
08:11sans parler de toutes les choses relativement bizarres
08:14qui se sont intégrées dans cette histoire.
08:15C'est vrai que quand on voit la randonneuse
08:18qui trouve effectivement les ossements après neuf mois
08:21à 1,7 km de l'endroit où il a disparu,
08:24on se dit mais c'est pas possible,
08:25à moins de deux kilomètres,
08:27avec les vêtements qui étaient encore à un autre endroit.
08:29On a déjà tout fouillé, on a déjà tout vu,
08:31c'est quand même très curieux.
08:32Il y a également eu le suicide du prêtre,
08:34qui a baptisé Émile, pareil.
08:36Donc en fait, cette histoire a exactement les mêmes ingrédients,
08:40je vais même aller encore plus loin,
08:42à les mêmes ingrédients que l'histoire du petit Grégory
08:45qui fascine tant la France encore aujourd'hui.
08:47Dont on n'a toujours pas l'explication.
08:48Dont on n'a évidemment toujours pas l'explication.
08:50Et je dirais même, ça va encore même plus loin,
08:52parce que même eux, même la famille dans sa propre chair,
08:55a dû traverser une période médiatique absolument horrible.
08:59Je rappelle quand même qu'il y a un certain nombre de médias
09:01qui sont tout de suite allés sur le côté,
09:04Metz en latin, Cato Rea,
09:06qui en fait sont tombés sur cette famille pour ces raisons-là,
09:09ce qui est un véritable scandale.
09:10Et on sait, bon, le petit Grégory, c'était encore autre chose,
09:13mais c'est vrai que la souffrance des parents,
09:15précisément à cause des médias, avait été tellement folle aussi.
09:18C'est vrai qu'on trouve des similitudes entre ces deux histoires,
09:20et donc on se demande, est-ce qu'on saura un jour la vérité aussi ?
09:22Jean-Claude et moi pourrons témoigner,
09:24parce que vous êtes trop jeunes,
09:25mais à l'époque, pour le petit Grégory,
09:27là, c'était le côté Cato,
09:29pratiquant, réac, etc.
09:31À l'époque du petit Grégory,
09:32je parle sous votre contrôle Jean-Claude,
09:34c'était, j'allais dire, c'est les 100 dents,
09:36pour reprendre l'expression de François Hollande,
09:39mais c'était le coin pourri de France,
09:41où il n'y avait que des gens illitrés,
09:43un mépris absolu, absolu,
09:45de ces populations.
09:47Souvenez-vous de Christine Villemin ?
09:48On est encore aujourd'hui certains de rien.
09:52Et pas davantage dans cette affaire du petit Émile.
09:56Je pensais une seconde que la piste accidentelle
10:00pouvait en réalité se présenter,
10:02mais j'avais oublié l'essentiel.
10:03C'est qu'il y a quelqu'un qui a quand même recueilli
10:05ce qu'il restait de ce pauvre enfant,
10:08et l'a amené à quelques endroits,
10:12puis ensuite a prévenu les forces de l'ordre.
10:14C'est terrifiant, parce qu'on arrive,
10:17on a souvent des intuitions,
10:18qui sont parfois fausses.
10:20Mais là, honnêtement,
10:22je me mets à la place des enquêteurs,
10:24ça ne doit pas être un travail facile.
10:25Non mais en plus, c'est-à-dire qu'on nous met,
10:27entre guillemets, sous la dent,
10:28ou sous la dent des enquêteurs plutôt,
10:30des petits indices,
10:32qui sont sordides.
10:34C'est-à-dire que, par exemple,
10:36si vous lisez certains articles,
10:38on vous explique que la personne
10:41dont on a parlé avec Frédéric Michel,
10:43l'oncle du petit Émile,
10:44qui est aujourd'hui à 19-20 ans,
10:45s'appelle Maximin.
10:47Après, on sait que la messe des funérailles
10:50a lieu à l'église Saint-Maximin.
10:53Alors, tout de suite, on tombe dessus,
10:55en disant, vous voyez bien,
10:56et c'est, j'allais dire,
10:59le réflexe des journaux à papier glacé
11:01qu'on trouve notamment Outre-Manche,
11:05qui sont capables de titrer en disant,
11:07ça y est, on sait.
11:08Et c'est terrible,
11:10parce qu'en fait, on ne sait rien.
11:11Et on ne sait pas plus sur l'affaire Grégory,
11:14qu'on ne sait pas plus sur la disparition d'Agnès Leroux,
11:17qu'on ne sait pas plus sur des tables Cold Case
11:19qui aujourd'hui sont...
11:20Chacun y va de sa théorie,
11:23mais oui, bien sûr, il ne faut pas oublier que,
11:25c'est vrai qu'il y a quand même un petit garçon
11:27qui est mort là-dedans.
11:28Oui, et puis il y a des souffrances des familles,
11:30Jean-Claude ?
11:32Oui, je regardais les quelques images
11:34qui ont été tournées aujourd'hui, je pense.
11:38Elles ont le sentiment d'avoir dominé leur peine
11:41et la tragédie qu'elles ont vaincue,
11:44mais tout de même,
11:45c'est absolument terrible d'avoir aucune réponse
11:48à la mort d'un enfant,
11:51qui, on le sait aujourd'hui,
11:53est mort d'une façon probablement tragique.
11:57J'avais oublié le suicide du curé.
12:00Oui, tout à fait,
12:01qui a baptisé Émile en l'occurrence.
12:02Dites-moi un peu, là, j'ai oublié ça.
12:04Alors, il s'est suicidé, de ce qu'on sait,
12:06il avait laissé une lettre à sa sœur,
12:09il avait notamment évoqué une certaine altercation
12:11avec le grand-père d'Émile,
12:13parce qu'il lui avait reproché de donner
12:15une certaine photo à des journalistes.
12:17Encore une fois, c'est comme dans l'affaire Grégory,
12:19ça prouve rien, mais c'est curieux.
12:22Et pour rappeler quand même aux auditeurs,
12:24c'est vrai que là, ce que les grands-parents font
12:26en demandant des fouilles approfondies,
12:28pareil, on peut se poser une question.
12:29Parce que c'est vrai que des fouilles,
12:31deux ans et demi après,
12:32on se dit toujours, bon, alors oui, bien sûr,
12:34mais à quoi ça sert ?
12:35Frédéric Michel me rappelait tout à l'heure,
12:37puisque nous sommes parlé, bien sûr,
12:38en préparant cette émission,
12:39il me disait, l'ADN c'est 50 ans.
12:40C'est-à-dire qu'on peut retrouver...
12:42Je lui disais, ben oui, mais alors le vélo,
12:45le fameux vélo de celui qui appartenait
12:47ou qui était utilisé la plupart du temps par Maxima,
12:49si on retrouve une thèse de champ,
12:51mais en fait, oui, on peut retrouver un tout petit...
12:53Et la police, aujourd'hui, scientifique,
12:55avec les moyens qu'elle a aujourd'hui,
12:57ça n'a rien en commun qu'avec la police de 1981,
13:01avec l'affaire du petit Grégory.
13:04Non, c'est pas 81, c'est plus tard, 84.
13:0616 octobre 84.
13:0716 octobre 84, oui.
13:08Donc aujourd'hui, on a quand même plus de...
13:12Ce qu'il y a d'assez, j'allais dire, disruptif,
13:16ou en tout cas étonnant peut-être,
13:17c'est que la demande vienne des grands-parents.
13:19Tout à fait.
13:20Il faut quand même rappeler qu'en mars 2025,
13:22effectivement, ils ont été placés en garde à vue
13:24et ils sont ressortis libres, faute de charge.
13:27Donc il faut quand même rappeler...
13:28Mais comme l'enclé et la tante à l'époque,
13:29comme Marthe et Maxima,
13:31qui sont du coup leurs petits-enfants.
13:33Leurs enfants.
13:34Leurs enfants, exactement.
13:35Tout à fait.
13:35Et les grands-parents...
13:36Oui, parce que les grands-parents
13:36n'ont pas du tout l'âge de grands-parents.
13:38En fait, ils ont 50 ans, je crois.
13:40Oui, ils doivent avoir une cinquantaine d'années, je pense.
13:41Oui, oui, tout à fait.
13:41Dans mon âge, en fait.
13:42Oui, c'est ça.
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