00:00Europe 1 Soir, 19h, 21h, Pierre de Villeneuve.
00:05Et avec moi jusqu'à 20h, Gilles-William Golnadel, maître bonsoir.
00:08On va avoir besoin de vos lumières sur cette procédure, notamment dans ces réquisitions
00:13à l'encontre de Marine Le Pen et d'autres élus du FN devenu RN.
00:18Bonsoir Jules Thores, journaliste politique au JDD.
00:21Bonsoir Marc Ferracci, merci d'être l'invité politique d'Europe 1 Soir,
00:25ancien ministre de l'Industrie et de l'Énergie, député EPR des Français établis hors de France.
00:30Je le disais, pas d'exécution provisoire requise à l'encontre de Marine Le Pen.
00:34Comment est-ce que vous réagissez ce soir sur Europe 1 ?
00:37Hormis ce point sur l'exécution provisoire, je constate que les réquisitions vont dans le sens de la condamnation
00:41qui a été décidée en première instance, c'est-à-dire 4 ans, dont 1 ferme,
00:46c'était 2 fermes de mémoire en première instance, et surtout ces 5 ans d'inéligibilité.
00:51Donc la décision maintenant appartient évidemment aux juges.
00:54Je constate également que Marine Le Pen a changé son système de défense,
00:58ce qui peut-être d'ailleurs explique la décision du parquet sur l'exécution provisoire.
01:03En première instance, il avait eu une approche consistant à remettre en cause la légitimité même de ce procès,
01:10en vertu notamment du principe de séparation des pouvoirs.
01:13Je pense que c'était une approche très politisée de ce procès qui n'avait pas beaucoup de sens.
01:17Et donc, il y a eu un revirement sur ce point.
01:22Maintenant, vous savez que tout le débat était autour de l'exécution et que la décision est attendue.
01:27En attendant, et comme l'a dit Rodolphe Bousslu, l'avocat de Marine Le Pen,
01:30c'est un bon signal pour Marine Le Pen dans le sens où tout le débat a été sur l'exécution provisoire justement.
01:38Tout le débat est sur l'exécution provisoire, mais il me semble que Marine Le Pen a surtout un enjeu qui est celui de son avenir politique.
01:45Et donc, la question qui est la plus cruciale probablement, c'est celle de la peine d'inéligibilité qui sera ou pas prononcée dans quelques jours.
01:55Et à partir du moment où la peine d'inéligibilité est prononcée,
01:58je parle sous le contrôle de M. Golnadel qui est avocat,
02:02il y a la possibilité de se pouvoir en cassation.
02:04La cour de cassation s'est prononcée sur le fait qu'elle allait statuer assez vite,
02:08ce qui, je pense, est une bonne chose, qu'elle allait statuer avant l'été.
02:12Et donc, si d'aventure il y a une peine d'inéligibilité qui est prononcée,
02:16il appartiendra à la prévenue de décider si elle se pourvoit en cassation
02:20en fonction de toutes les conséquences politiques que ça peut avoir également.
02:24Gilles William Golnadel.
02:25M. Fertschi fait une excellente analyse, même s'il n'est pas avocat,
02:30de la situation juridique.
02:32Ça reste une peine sévère, enfin des réquisitions, pardon,
02:36c'est des réquisitions assez sévères.
02:37On en a eu aux réquisitions, en effet.
02:38Ça permet de rappeler qu'il n'y avait pas d'enrichissement personnel.
02:44Quatre ans, et alors maintenant c'est une année ferme,
02:51c'était deux années effectivement en première instance,
02:55c'était quand même très lourd.
02:56L'exécution, pour les voir, elle n'est pas requise.
03:00Je ne sache pas d'ailleurs qu'elle ait été requise par le parquet en première instance.
03:04Il me semble que c'était une...
03:05Si, elle l'était.
03:06C'est dans la fête de Sarkozy.
03:07C'était Sarkozy, d'accord.
03:08Où elle s'avait été rajoutée après.
03:09Mais je veux dire, c'était particulièrement sévère, l'inigibilité.
03:14Donc, il n'y a pas de...
03:15Je veux dire, ça redevient un peu plus la norme.
03:19Alors, c'est vrai qu'ils n'étaient plus dans la défense de ruptures,
03:23un peu comme en première instance,
03:25encore que c'était une rupture quand même assez polie.
03:27Ils n'ont pas quand même...
03:28Il n'y a pas eu d'incident d'audience en première instance.
03:31Bon, donc, M. Ferracci voit bien les choses.
03:33Tout dépend si, comme on le pense, la Cour de cassation va examiner ça
03:39dans de très brefs délais, ce qui serait quand même très bien.
03:43Donc, tout peut encore arriver.
03:46Je me permets de rappeler aussi qu'il peut y avoir aussi des surprises sur le fond.
03:51M. Ferracci, notamment, moi, je me suis toujours interrogé
03:54sur le fait qu'on n'ait pas réclamé l'application du droit européen
03:58sur une affaire européenne.
03:59Il m'étonnerait que les avocats de Mme Le Pen
04:03ne reprennent pas ce moyen-là, également, en cassation.
04:07Chulterès, pour rajouter quelque chose,
04:10Marine Le Pen, de toute manière, l'avait dit,
04:12elle prendra sa décision pour 2027
04:14après le jugement de la Cour d'appel.
04:16Elle avait dit que, finalement, la vraie question,
04:18c'est est-ce que Marine Le Pen va être condamnée, oui ou non,
04:20à deux ans d'inéligibilité ?
04:22C'est le seul sujet, parce qu'on le sait qu'elle purge
04:24depuis le 31 mars 2025,
04:26avec son exécution provisoire d'inéligibilité,
04:29et au bout, en 2027, il y aura deux ans,
04:32si elle est condamnée à trois ans.
04:33Ce sera terminé, parce qu'elle avait dit
04:35qu'elle n'attendrait pas la Cour de cassation,
04:37parce que la Cour de cassation,
04:38il y a une sorte d'hypothèque sur la candidature
04:41à la présidentielle, parce qu'on ne sait pas
04:42quand elle rendra son jugement,
04:44et on ne sait même pas si elle lavera
04:45de tout soupçon Marine Le Pen.
04:46Donc Marine Le Pen avait dit
04:48qu'elle déciderait après la Cour d'appel,
04:49peut-être qu'elle le respectera.
04:51Je pense qu'il n'appartient pas à la Cour de cassation
04:53de laver de tout soupçon,
04:54puisqu'il faut quand même rappeler
04:55que la Cour de cassation ne se prononce pas
04:57sur la matérialité des faits.
04:58Elle juge en droit, et d'ailleurs,
04:59on peut invoquer d'autres sources de droits,
05:03une erreur de droit en Cour de cassation,
05:05mais la Cour de cassation ne juge pas au fond.
05:07Il faut quand même bien le rappeler.
05:08Et donc, quelque part,
05:11c'est aussi à cela que, je pense,
05:13on est confronté dans la réflexion
05:15sur est-ce qu'on va en cassation ou pas.
05:16Maintenant, moi, je partage ce que vous dites,
05:19je le disais tout à l'heure,
05:20il y a des réquisitions qui sont dans le droit fil
05:23de la décision de première instance,
05:26et l'enjeu, c'est principalement pour nous
05:28qui nous intéressons à la politique,
05:30de savoir ce que sera la peine d'inéligibilité.
05:34Bien sûr.
05:34Et en attendant,
05:36sans vouloir préjuger de quoi que ce soit,
05:38et en attendant surtout
05:39le jugement de la Cour d'appel
05:41et le prononcer des peines,
05:44est-ce que dans la Macronie,
05:47puisque vous êtes le représentant de la Macronie
05:49ici même en tant que député ancien ministre,
05:51proche du président de la République,
05:53sachant que dans les sondages
05:54Bardella-Le Pen, Le Pen-Bardella,
05:57on était vraiment infinitisimal
05:59à 1% près,
06:00que ce soit l'un ou l'autre qui se présente,
06:02est-ce que ça change quelque chose
06:03que, d'une certaine manière,
06:05ce soir, Marine Le Pen favorablement réapparaisse
06:08dans la course à la présidentielle ?
06:11Encore une fois, je ne pense pas
06:13qu'on puisse tirer les conclusions
06:15que vous tirez des réquisitions du parquet.
06:16J'ai mis de l'emballage.
06:17Vous avez bien fait, je pense.
06:19Non, je pense que, très sincèrement,
06:21ça ne change pas grand-chose.
06:22D'abord, pour les raisons que vous indiquez.
06:24Il y a aujourd'hui un socle.
06:26J'ai de la lucidité de le constater
06:27pour le Rassemblement national,
06:29dans les sondages,
06:29dans les enquêtes d'opinion
06:30et aussi dans les urnes,
06:31compte tenu de ce qu'ont été
06:32les résultats des dernières législatives.
06:35Et ce socle,
06:36il apparaît qu'il existe à la fois
06:38pour Marine Le Pen
06:38et pour Jordan Bardella.
06:39Donc, je pense que ça ne change,
06:40au fond, pas grand-chose.
06:42Si d'aventure,
06:43c'était Jordan Bardella
06:44le candidat en campagne,
06:45il ne ferait probablement pas
06:46la même campagne que Marine Le Pen.
06:47Mais encore une fois,
06:48on n'en est pas là.
06:48Gilles-William Golnadel.
06:49Je voudrais faire une remarque
06:51socio-psychologique.
06:54C'est que si Marine Le Pen,
06:57finalement, est éligible,
06:59je remarque,
07:01je n'en tire aucune conséquence personnelle,
07:04je veux dire,
07:05je remarque que
07:06vous n'avez même pas eu à l'idée,
07:08personne n'a l'idée
07:09de dire que cette condamnation
07:11serait infamante.
07:13Dans l'esprit public,
07:14maintenant,
07:16lorsque les juridictions pénales
07:18statuent dans ce type d'affaires,
07:21à tort ou à raison,
07:22je pense aussi à M. Sarkozy,
07:24personne n'ose penser
07:28que l'honneur de ces personnes
07:30est entaché.
07:31C'est en dit long.
07:33Très sincèrement,
07:33je ne partage pas votre avis.
07:35Moi, je trouve ça très très lourd.
07:38Si l'aventure,
07:38elle était condamnée,
07:39mais pas de l'inilégalité,
07:41il me semble que moralement,
07:43la peine serait un poids
07:44extrêmement lourd à porter.
07:46Je ne vous prende pas
07:47votre jugement moral.
07:48C'était une remarque sociologique.
07:50Il ne vous est pas arrivé
07:52à l'esprit
07:53de penser que
07:55Mme Le Pen,
07:58si elle décidait,
07:59et si elle pouvait
08:00se présenter,
08:02pourrait peut-être pâtir
08:03pâtir de la décision
08:05de justice
08:06qui lui aurait été
08:08infligée.
08:08Je crois précisément
08:09pour des raisons morales
08:10qu'elle n'en pâtirait.
08:11Après, c'est son choix.
08:13Moi, c'est ce que je pense.
08:15Et puis, encore une fois,
08:16faire campagne,
08:18j'ai fait deux campagnes
08:19autour du président
08:20de la République,
08:21puisque, vous l'avez dit,
08:22je suis un compagnon de route
08:24du président de la République
08:25depuis un certain temps.
08:26Depuis la première.
08:26C'est une campagne
08:27très difficile,
08:28la campagne
08:28de l'élection présidentielle.
08:29C'est une campagne
08:30dans laquelle on peut faire
08:31un faux pas à chaque heure,
08:34dans un micro tendu,
08:35au contact des citoyens,
08:36dans un meeting,
08:36dans un média.
08:38Je pense que faire
08:39une campagne
08:39avec une condamnation
08:41qui vient de tomber,
08:43c'est beaucoup plus compliqué
08:44parce que vos interlocuteurs
08:46vous renvoient ça.
08:47Et je pense qu'ils ont raison
08:48de le faire
08:48parce que les Français
08:49ont besoin également
08:50qu'on leur rappelle
08:51la nature,
08:52le profil
08:53et le parcours
08:53des gens qui candidatent
08:56à la plus haute fonction
08:56de l'État.
08:57Écoutons,
08:57écoutons,
08:58maître Rodolphe Bousselu,
08:59l'avocat de Marine Le Pen
09:00qui a réagi juste après
09:01ses réquisitions.
09:02Le seul point
09:03que je vois aujourd'hui
09:04extrêmement positif
09:06dans ses réquisitions,
09:08c'est qu'il a été dit
09:09qu'une ligne de défense
09:11n'était plus
09:12une criminalisation
09:13et un risque de récidive
09:15pour le client.
09:16Je peux vous dire
09:17que comme avocat,
09:18c'est une très bonne nouvelle.
09:20Le reste viendra
09:21à la fin de la semaine prochaine.
09:23Voilà,
09:23c'est tout ce qu'on a eu
09:24en tout cas
09:24des conseils
09:25de Marine Le Pen
09:26ce soir.
09:27Rodolphe Bousselu
09:28garde ses réactions
09:30pour après.
09:31Bien sûr,
09:31parce que l'exécution provisoire
09:33qui avait été donnée
09:33en première instance
09:34était notamment justifiée
09:35dans les motivations
09:36du tribunal
09:36sur l'axe de défense
09:38de Marine Le Pen.
09:38C'est pour cela d'ailleurs
09:39que la présidente disait
09:41qu'il y avait
09:42un risque de récidive
09:43et possiblement
09:43un trouble
09:44à l'ordre public.
09:45Là,
09:45il y a eu quand même
09:45une différence
09:46en tout cas
09:46entre les réquisitions
09:47et encore une fois,
09:48ça reste des réquisitions,
09:49ce sont les avocats généraux
09:51et libres
09:52à la Cour d'appel de Paris
09:53de prendre une décision
09:54qui ne suit pas
09:55peut-être fondamentalement
09:57et systématiquement
09:58les réquisitions
10:00des avocats.
10:01Bon,
10:01Marc Giratti ?
10:02Quand même rappeler,
10:03je ne veux pas avoir
10:03le mot de la fin
10:04sur ce sujet,
10:04je sais qu'on a d'autres
10:05sujets à traiter,
10:06mais que Marine Le Pen
10:08durant les quelques jours
10:10de cette audience
10:11n'a pas remis en question
10:13la matérialité des faits
10:14parce que les preuves
10:15sont quand même
10:15assez accablantes
10:16sur l'existence
10:17d'un détournement
10:18de fonds publics
10:18au détriment
10:19du Parlement européen.
10:20Et de ce point de vue,
10:22il y a aussi
10:22une forme de clarification.
10:24C'est ce qui vient
10:25d'être dit
10:26et c'est au fond
10:27peut-être aussi
10:28l'enseignement
10:28qu'on peut tirer
10:29de ces réquisitions.
10:30Est-ce que quand même
10:30on ne peut pas se demander,
10:31même si oui,
10:32vous avez raison,
10:33c'est peut-être pas
10:34le meilleur dossier
10:35à plaider,
10:36que cette affaire
10:37quand même
10:37est une affaire
10:38d'assistant parlementaire,
10:39on peut considérer
10:40quand même
10:40qu'il y a une zone grise
10:41sur les fonctions
10:42et sur l'utilité
10:43d'un parlementaire européen,
10:44mais est-ce que
10:45sur la base
10:46d'une seule affaire
10:46de parlementaire européen,
10:48on peut redessiner
10:49le casting
10:50de l'élection présidentielle
10:51et empêcher
10:52la favorite
10:53de la prochaine
10:53élection présidentielle ?
10:54Vous savez,
10:54moi je suis convaincu
10:55d'une chose,
10:56c'est qu'au-delà
10:57du casting,
10:58comme vous le dites,
10:58de l'élection présidentielle,
11:00de est-ce que c'est
11:01Marine Le Pen,
11:02est-ce que c'est
11:02Édouard Philippe,
11:03est-ce que c'est
11:03un tel qui est candidat
11:05à l'élection
11:05et qui à la fin
11:06est président,
11:07il y a des principes
11:07beaucoup plus hauts
11:09et beaucoup plus profonds
11:10qui tiennent
11:10nos institutions,
11:11en particulier
11:12le principe de l'égalité
11:13devant la loi ?
11:14Que ne dirait-on pas
11:15si Marine Le Pen,
11:17grâce au recours
11:19qu'elle fait,
11:20enjambait l'élection
11:21présidentielle
11:22et était condamnée
11:24quelques années après,
11:26plus tard ?
11:28On en tirait
11:28la conclusion
11:29qu'on a élu
11:29à la plus haute fonction
11:30de l'État
11:31pour représenter
11:31l'ensemble
11:32de la nation française
11:33et du peuple français,
11:34quelqu'un qui a commis
11:35un délit.
11:36Et je pense que
11:36de cela,
11:37les Français
11:38ne seraient réellement
11:39pas heureux.
11:40Ce principe d'égalité
11:41devant la loi,
11:42il faut le rappeler.
11:43Marc Ferracci,
11:43on a d'autres sujets
11:44à traiter,
11:45on va les traiter
11:45après la pause.
11:46Donc restez avec nous
11:47sur Europe 1,
11:48nous sommes avec
11:48le député ensemble
11:50pour la République,
11:51ancien ministre
11:52Marc Ferracci
11:53sur Europe 1.
11:53Tout de suite.
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